CARLOS GARDEL

ANTHOLOGIE

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Booklet : 40 PAGES - ENGLISH NOTES
Number of CDs : 2


29,99 € tax incl.

FA054

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Plus de soixante ans après sa mort, sa mémoire fait l’objet d’un véritable culte car Gardel chante chaque jour de mieux en mieux. Jordi Pujol, historien et musicologue de référence en Espagne sur l'histoire latine de la musique présente 2 CD accompagné d'un livret de 40 pages illustré de 20 photos sur l'un des plus grands chanteurs du XXe siècle.
Patrick Frémeaux

Droits audio et masterisation : Groupe Frémeaux Colombini SAS - La librairie sonore - Frémo y Associados.

Les ouvrages sonores de Frémeaux & Associés sont produits par les meilleurs spécialistes, bénéficient d’une restauration analogique et numérique reconnue dans le monde entier, font l’objet d’un livret explicatif en langue française et d’un certificat de garantie. La marque Frémeaux & Associés a obtenu plus de 800 distinctions pour son travail muséographique de sauvegarde et de diffusion du patrimoine sonore.
This album, issued by the world-famous publishers, Frémeaux & Associés, has been restored using the latest technological methods. An explanatory booklet of liner notes in English and a guarantee are included.
CARLOS GARDEL38 CHEFS-D’ŒUVRE fa054

CARLOS GARDEL
38 CHEFS-D’ŒUVRE
38 MASTERPIECES









CD1        
1. TOMO Y OBLIGO – Tango (C. Gardel, M. Romero)   2’17
Orquesta : F. Canaro – Buenos Aires, 1931      
2. ALMAGRO – Tango (V. San Lorenzo, A. Timarni)  2’48
Guitarras : J.M. Aguilar, G.D. Barbieri, D. Riverol – Buenos Aires, 1930     
3. VIEJO RINCON – Tango (R. De Los Hoyos, R. Cayol)         2’24
Guitarras : J.M. Aguilar, G.D. Barbieri, D. Riverol – Buenos Aires, 1930   
4. SILENCIO – Tango (C. Gardel, H. Pettorsi, A. Le Pera)          2’40
Guitarras : G.D. Barbieri, D. Riverol, H. Pettorosi, J. Vivas y coro – Buenos Aires, 1933      
5. RENCOR – Tango (Charlo, L.C. Amadori) 2’34
Guitarras : G.D. Barbieri, H. Pettorosi, D. Riverol, J. Vivas – Buenos Aires, 1933        
6. SECRETO – Tango (E.S. Discépolo) 2’20
Guitarras : G.D. Barbieri, H. Pettorosi, D. Riverol, J. Vivas – Buenos Aires, 1933  
7. VOLVIO UNA NOCHE – Tango (C. Gardel, A. Le Pera)         3’01
Orquesta : T. Tucci – Nueva York, 1935      
8. LA CANCION DE BUENOS AIRES – Tango (O. Cufaro, A. Maizani, M. Romero)    2’12
Guitarras : G.D. Barbieri, H. Pettorosi, D. Riverol, J. Vivas – Buenos Aires, 1933 
9. JUVENTUD – Tango (R. Aubiot Barboza, J. Bauer)        2’27
Guitarras : J.M. Aguilar, G.D. Barbieri, D. Riverol – Buenos Aires, 1930
10. VOLVER – Tango (C. Gardel, A. Le Pera)          2’52
Orquesta : T. Tucci – Nueva York, 1935
11. SENDA FLORIDA – Tango (R. Rossi, E. Cárdenas)          2’41
Guitarras : J.M. Aguilar, G.D. Barbieri, J. Ricardo – Paris, 1928
12. BANDONEON ARRABALERO – Tango (J.B. D’Ambroggio, P. Contursi)   2’06
Guitarras : J.M. Aguilar, G.D. Barbieri, J. Ricardo – Paris, 1928
13. LO HAN VISTO CON OTRA – Tango (H. Pettorosi)      2’35
Guitarras : J.M. Aguilar, G.D. Barbieri, D. Riverol – Buenos Aires, 1930
14. CUESTA ABAJO – Tango (C. Gardel, A. Le Pera)         3’10
Orquesta : T. Tucci – Nueva York, 1934
15. MUÑECA BRAVA – Tango (E. Cadícamo, L. Visca)        2’14
Guitarras : J.M. Aguilar, G.D. Barbieri – Buenos Aires, 1929
16. TANGO ARGENTINO – Tango (J. Maglio, A. Bigeschi)   2’24
Guitarras : J.M. Aguilar, G.D. Barbieri – Buenos Aires, 1929
17. PALOMITA BLANCA – Vals (A. Aieta, F. Garcia Jiménez)  3’03
Guitarras : J.M. Aguilar, G.D. Barbieri, D. Riverol – Buenos Aires, 1930
18. DANDY – Tango (A. Irusta, R. Fugazot, L. Demare)   2’20
19. LA GARÇONNIÈRE (Canaro, Caruso)    2’42
Acompañamiento : Orquesto de Francisco Canaro – Buenos Aires, 1924

CD 2       
1. MILONGA SENTIMENTAL – Milonga (S. Piana, H. Manzi)        2’57
Guitarras : G.D. Barbieri, H. Pettorosi, D. Riverol, J. Vivas – Buenos Aires, 1933       
2. VIEJO SMOCKING – Tango (E.C. Flores, G.D. Barbieri)         2’39
Guitarras : J.M. Aguilar, G.D. Barbieri, D. Riverol – Buenos Aires, 1930
3. TORTAZOS – Milonga (J. Razzano-Sierra, E.P. Maroni) 2’33
Guitarras : JM Aguilar, G.D. Barbieri, D. Riverol – Buenos Aires, 1930        
4. SUEÑO DE JUVENTUD – Vals (E.S. Discépolo)        2’28
Piano : J.C. Mateo – Violín : J. Solsona – Barcelona, 1932   
5. EL DIA QUE ME QUIERAS – Canción (C. Gardel, A. Le Pera)    3’20
Orquesta : T. Tucci – Nueva York, 1935 
6. SILBANDO – Tango (S. Piana, J. González Castillo)     2’46
Guitarras : J.M. Aguilar, G.D. Barbieri, D. Riverol – Buenos Aires, 1930     
7. MI BUENOS AIRES QUERIDO – Tango (C. Gardel, A. Le Pera)      2’37
Orquesta : T. Tucci – Nueva York, 1934
8. PASEO DE JULIO – Tango (E. Fresedo)         2’18
Guitarras : J.M. Aguilar, G.D. Barbieri – Buenos Aires, 1929       
9. FAROLITO DE PAPEL –Tango (T. Lespés, F. Garcia Jiménez)          2’25
Guitarras : G.D. Barbieri, J. Ricardo – Buenos Aires, 1927
10. POR UNA CABEZA – Tango (C. Gardel, A. Le Pera)          2’30
Orquesta : T. Tucci – Nueva York, 1935
11. CAPRICHOSA – Fado (J.M. Aguilar)          2’10
Guitarras : J.M. Aguilar, G.D. Barbieri, D. Riverol – Buenos Aires, 1930
12. PARLEZ-MOI D’AMOUR – Canción (Lenoir)   2’34 
Guitarras : G.D. Barbieri, D. Riverol, H. Pettorosi, J. Vivas – Buenos Aires, 1933
13. MI NOCHE TRISTE – Tango (S. Castriota, P. Contursi)     3’16
Guitarras : J.M. Aguilar, G.D. Barbieri, D. Riverol – Buenos Aires, 1930
14. MEDIANOCHE – Tango (E. Escaríz Méndez, A. Tavarossi) 2’41
Guitarras : J.M. Aguilar, G.D. Barbieri, J. Ricardo – Paris, 1928
15. POMPAS – Tango (E. Cadícamo, R. Goyeneche)         2’09
Guitarras : G.D. Barbieri, J. Ricardo – Buenos Aires, 1927
16. VIEJA RECOVA – Tango (E. Cadícamo, R. Sciamarella)       2’44
Guitarras : J.M. Aguilar, G.D. Barbieri, D. Riverol –Buenos Aires, 1930
17. TU VIEJA VENTANA – Vals (G.D. Barbieri, A. Rio)     2’15
Guitarras : G.D. Barbieri, J. Ricardo – Barcelona, 1927
18. LEJANA TIERRA MIA – Canción (C. Gardel, A. Le Pera)          2’39
Orquesta : T. Tucci – Nueva York, 1935
19. LA CUMPARSITA (Matos, Maroni, Contursi)          2’13
Guitarras : Barbieri y Ricardo – Buenos Aires, 1927

**********************

VOLVER
Yo adivino el parapadeo
de las luces que a lo lejos
van marcando mi retorno.
Son las mismas que alumbraron
con sus pálidos reflejos
hondas horas de dolor.
Y aunque no quise el regreso
siempre se vuelve al primer amor.
La vieja calle donde el eco dijo :
tuya es su vida, tuyo es su querer,
bajo el burlón mirar de las estrellas
que con indiferencia hoy me ven volver.

Refrán

Volver,
Con la frente marchita
las nieves del tiempo
platearon mi sien.
Sentir,
que es un soplo la vida,
que veinte años no es nada
que febril la mirada

errante en las sombras,
te busca y te nombra.
Vivir,
con el alma aferrada
a un dulce recuerdo
que lloro otra vez

Tengo miedo del encuentro
con el pasado que vuelve
a enfrentarse con mi vida.
Tengo miedo de las noches
que pobladas de recuerdos
encadenen mi soñar.
Pero el viajero que huye,
tarde o temprano detiene su andar
y aunque el olvido que todo destruye
haya matado mi vieja ilusión,
guardo escondida una esperanza humilde
que es toda la fortuna de mi corazón.


--------

Je devine le clignement
des lumières qui au loin
signalent mon retour.
Ce sont les mêmes qui éclairèrent
de leurs pâles reflets
de profondes heures de douleur.
Et bien que je n’aie pas voulu le retour
on revient toujours à son premier amour.
La vieille rue où l’écho disait :
tienne est sa vie, tien est son amour,
sous le regard moqueur des étoiles
qui, avec indifférence,
me voient aujourd’hui revenir.

Refrain

Revenir,
avec le front flétri,
les neiges du temps
argentèrent mes tempes.
Sentir,
que la vie est un souffle,
que vingt ans ce n’est rien
que, fébrile, le regard

errant parmi les ombres,
te cherche et te nomme.
Vivre,
avec l’âme accrochée
à un doux souvenir
que je pleure à nouveau.

J’ai peur de la rencontre
avec le passé qui revient
s’affronter avec ma vie.
J’ai peur que les nuits,
peuplées de souvenirs
enchaînent mon rêve.
Mais le voyageur qui fuit
tôt ou tard suspend sa marche
et bien que l’oubli qui détruit tout
ait tué ma vieille illusion,
je garde cachée une humble espérance
qui est toute la fortune de mon cœur.


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La réputation dont jouit encore Carlos Gardel, plus de soixante ans après sa disparition, dépasse très largement le cadre strict du tango. Si sa voix dont les disques restituent encore la magie, ou son rôle dans l’élaboration du tango chanté restent essentiels, Gardel est bien plus qu’un artiste hors pair dont la carrière exemplaire se confond avec l’âge d’or du tango. Immigrant et batard, ce gamin des rues a gravi tous les échelons pour devenir une vedette de stature internationale. Forgeant son art au contact des payadores et dans les conventillos des quartiers populaires de son enfance, celui que ses contemporains surnommaient el zorzal ou le morracho del Abasto, est devenu pour le peuple argentin, toutes catégories sociales confondues, un symbole de réussite. Sa personnalité rayonnante, son pouvoir de séduction matérialisé par de nombreux succès féminins, la discrétion dont il a su entourer sa vie privée, et les circonstances étranges de sa mort survenue en pleine gloire, constituent autant d’éléments d’un mythe que les Argentins continent à célébrer comme un témoignage de leur propre histoire.Le mystère qui entoure la naissance de Carlos Gardel renforce la dimension légendaire du personnage.

Selon l’hypothèse la plus certaine, Charles Romuald Gardes serait le fils illégitime de Berthe Gardès, une repasseuse toulousaine qui aurait émigré en Argentine vers 1893, le nom de Gardès s’hispanisant alors en Gardel. D’après le registre d’état civil de la ville de Toulouse, Gardel y serait né le 11 décembre 1890. Ces renseignements sont confirmés par un testament rédigé de sa main en 1933. Une autre possibilité proposée par Erasmo Silva Cabrera, et qui semble moins probable, le ferait naître, le 11 décembre 1887 à Tucuarembo, en Uruguay. Gardel serait le fruit d’une liaison passagère entre Carlos Escaloya, un colonel de l’armée uruguayenne, et Manuela Bento de la Mora. Cette dernière aurait confié son fils, alors âgé de deux ans, à Berthe Gardès qui l’aurait élevé. Ces données sont mentionnées sur le livret militaire argentin de Gardel. Ajoutons que volontairement discret pour tout ce qui concernait sa vie privée, Gardel n’a jamais contribué à éclaicir le halo d’incertitudes existant sur sa date de naissance qu’il situait vers 1885.

Le Francesito
Comme beaucoup de gamins des faubourgs, Gardel, que l’on surnomme le francesito (le petit français), délaisse le plus souvent l’école et passe le plus clair de son temps dans la rue ; occupation qui lui occasionnera quel­ques démêlés avec la police qui seront démesurément grossis par la suite. En fait, le jeune garçon manifeste des aptitudes pour la musique. Au cours d’une interview réalisée en 1936 et citée par Horacio Salas dans son excellent ouvrage intitulé Le Tango et paru aux éditions Actes Sud, Bertha Gardès a témoigné de la vocation précoce de son fils : «Il disait toujours qu’il voulait être chanteur. Comme nous vivions en face du Politeama et que je travaillais pour des chanteurs célèbres, il se glissait dans les loges où tout le monde l’aimait beaucoup. Il entendait des opéras et comme il avait de l’oreille, il les chantait et jouait à lui seul tous les rôles.» Gardel fréquente aussi les almacenes que l’on rencontre dans les faubourgs des grandes villes. Les almacenes étaient des épiceries où l’on pouvait se restaurer, dormir et écouter des payadores (chanteurs des rues) comme Gabino Ezeiza, José Betinotti et Arturo de Navas qui lui apprendront les rudiments de son art en l’initiant à la musique populaire de Buenos Aires.

D’après Ruben Pesce, «Ezeiza lui enseigna l’authentique vibration créole, Betinotti, l’interprétation sentimentale et de Navas, l’importance d’une voix bien timbrée». Gardel complètera son éducation avec deux spécialistes des chansons paysannes, Saûl Salinas et Pedro Garay, qui l’initieront à l’art du duo. Muni de ce bagage musical et fasciné par le répertoire des payadores, Gardel débute, en 1912, une carrière de chanteur associé à Francisco Martin. Son répertoire est celui des chanteurs populaires de l’époque : chansons créoles, valses, payadas ou milongas – il se spécialisera bien plus tard dans le tango. Doté d’une voix dont les qualités lui valent le surnom d’ el zorzal, il commence à connaître un petit succès. En 1913, les deux hommes sont rejoints par Saûl Salinas et le chanteur, guitarite et compositeur urugayen José Razzano. Après le départ de Salinas et de Martino survenu un an plus tard, Gardel et Razzano débutent une association qui s’avèrera vite fructueuse. Délaissant les cafés de banlieue, ils ne tardent pas à travailler dans des endroits prestigieux comme le Nacional, un théâtre de la rue Corrientes, ou l’Arme­nonville, un cabaret luxueux fréquenté par la jeunesse dorée de Buenos Aires et où officiait l’orchestre du pianiste Roberto Firpo.

* * *

Le «tango chanté»
En 1915, le guitariste José Ricardo est engagé pour les accompagner. Quelques divergences commencent à naître au sein du groupe. Gardel ne souhaite pas limiter son répertoire aux chansons campagnardes qu’affectionne Razzano et commence à chanter des tangos en public. Il faut bien noter que le tango est encore considéré comme une danse lascive qui se pratique dans les lieux mal famés et dont le caractère sensuel et provocant ne saurait convenir aux jeunes filles de la bonne société. Bravant cet handicap, Gardel ose interpréter, un soir de 1917, sur la scène de l’Empire, un lieu visité par la bourgeoisie de Buenos Aires, un tango intitulé Mi noche triste (Ma nuit triste) qui sera très favorablement accueilli. Composé à l’origine par Samuel Castriota, ce morceau subira quelques modifications dues à la plume habile de Pascual Contursi (1888–1932) avant de paraître sous son titre définitif. Quelques mois plus tard, Gardel, accompagné par Razzano, confiera à la cire Mi noche triste – dont on trouve ici une version plus récente gravée en 1930 – qui marquera symboliquement l’avènement du tango chanté.Jusque là, le tango était surtout une musique de danse essentiellement instrumentale que l’on agrémentait parfois de paroles. L’idée n’était donc pas en soi nouvelle. Au début du siècle, on improvisait des couplets salaces sur des airs de tango.

Plus tard, une personnalité comme Alfedro Eusebio Gobbi (1887 - 1938) s’était taillé une réputation estimable en tant que compositeur, parolier et chef d’orchestre. Associé à sa femme, la chanteuse Flora Gobbi, il présentait ses tangos entre des numéros de jongleurs, d’illusionistes, de magiciens ou de danseurs. Son répertoire était constitué de pièces dont les paroles inoffensives favorisaient les flirts entre jeunes gens de bonne famille. Dans ce contexte, Contursi va innover en articulant son texte autour d’une histoire sentimentale et de thèmes évoquant l’abandon ou l’amour non partagé. N’utilisant pas d’effets vocaux spectaculaires, l’interprète devenait autant chanteur que narrateur. Pour la première fois, les paroles prenaient autant d’importance que la musique et la «poésie venait éclairer la mélodie». Dès lors, en s’appuyant sur la force des paroles, le tango perdra une partie de son côté festif pour exprimer les émotions et les sentiments du peuple argentin ; car entre plainte et douleur, le parler vrai de Mi noche triste prend un sens général.

Percanta que me amuraste
en lo mejor de mi vida
dejándome el alma herida
y espinas en el corazón

Môme qui m’as largué
au meilleur moment de ma vie
tu m’as laissé l’âme meurtrie
et des épines dans le coeur.


A l’origine percanta était l’expression utilisée par les souteneurs pour désigner leur «gagneuse». Avec le temps, le sens du mot s’élargira pour représenter n’importe quelle femme. Magnifiées par la voix de Gardel et la force du lunfardo (argot populaire de Buenos Aires), les paroles de Mi noche triste prendront une signification plus générale et compteront une histoire dans laquelle nombre de couples des quartiers pauvres de Buenos Aires pourront se projeter.Même s’il use le procédé jusqu’à la corde en sombrant dans le sentimentalisme facile, Contursi peut être considéré comme un pionnier du tango chanté. Son apport fondamental a été reconnu par Horacio Salas en ces termes : «En transformant une simple danse en chronique, en portrait, ou en estampe, Contursi a permis à un rythme de devenir une expression littéraire où ceux qui n’avaient jamais fait entendre leur voix pouvaient enfin s’exprimer, conter leurs chagrins, leurs frustations et leurs angoisses. En ouvrant les portes aux sentiments, en permettant de pleurer les amours perdues, il a donné au tango une sensibilité, l’a dépouillé de ses masques, l’a rendu humain». Conscient de la portée de l’évènement, le directeur de théâtre Elias Alippi intègrera immédiatement Mi noche triste chanté par Manolita Poli, dans la trame de la pièce Dientes del perro (Dents de chien). Le succès apportera à Contursi les moyens de vivre à Paris et de réaliser ainsi le rêve commun à tous les argentins de cette époque. Il y écrira sur une musique d’Antonio Scatasso Ban­doneon Arrabalero (Ban­donéon des faubourgs, 1928), un autre de ses tangos célèbres, interprété par Gardel.Précédé par les efforts de quelques précurseurs, Gardel sera le premier à amener véritablement le tango des «pieds aux lèvres» selon la belle formule d’Enrique Santos Discépolo et à le faire accepter par la bourgeoisie argentine de l’époque. S’ il n’est pas à proprement parlé le créateur du genre, nul n’est mieux placé que lui pour conter son histoire comme dans Tango argentino (Tango argentin, 1929).

Es hijo malevo, tristón y canyenque
nació en la misera del viejo arrabal.
Su primer amigo fue
un taita de lengue
su novia primera vestia percal....

Tango argentino
sos el himno del suburbio
y en jaranas o disturbios
siempre supiste tallar.


Il est fils de canaille,
tristounet et sensible :
il naquit dans la misère
du vieux faubourg.
Son premier ami fut un homme
qui était craint...
Sa première fiancée se vêtit de percale...

Tango argentin
t’es l’hymne de la zone,
qui s’arrange toujours pour triompher
dans le tapage et dans les troubles.


Son influence sera déterminante. Fait de retenue et de dignité, son chant est habillé d’une intensité dramatique qui contraste avec les maniérismes sirupeux de quelques–uns de ses collègues ; il constituera un modèle incontournable dont se réclameront nombre d’interprètes et d’amateurs de tango. Le triomphe du tango chanté correspond à l’avènement du bandonéon dont l’emploi se généralise. Cet instrument étant délicat à maîtriser, les tempos ralentiront et, corrélativement, le tango deviendra plus triste et mélancolique. Tous ces changements se cristalliseront autour de la voix de Gardel qui, par ses qualités d’interprète et son charisme, contribuera à établir les caractéristiques musicales du genre en assurant sa promotion sociale et sa diffusion.

* * *
En route vers la gloire
Pour Gardel et Razzano, la voie du succès est désormais tracée. Les maisons de disques les sollicitent : les deux compères enregistrent ensemble pour la compagnie Nacional Odeon et séparément, Gardel pour Columbia et Razzano pour Victor. Un second guitariste, Guillermo Barbieri, vient renforcer l’équipe – il restera avec Gardel jusqu’à sa mort. En 1923, Gardel et Razzano se produisent à l’Apollo de Madrid avec la compagnie d’Enrique de Risas et Mathide Rivera. De retour à Buenos Aires, ils passent à la radio Gran Splendid. La réussite venant, Gardel prend de plus en plus d’indépendance et, prétextant que Razzano ne possède plus ses moyens vocaux d’antan, il décide, en 1925, de voler de ses propres ailes et de consacrer tous ses efforts à la promotion du tango. En 1928, il entreprend une tournée européenne qui le mène en Espagne et en France où il enregistre (voir le recueil intitulé Le tango à Paris paru chez Frémeaux & Associés sous l’étiquette FA012). Paris lui réserve un accueil royal et ses apparitions dans des endroits aussi prisés que le théâtre Femina des Champs Elysées ou le Florida, un cabaret de luxe de la rue de Clichy, sont des triomphes. Sa notoriété ne cesse de s’étendre. Il est devenu un personnage incontournable dans son pays car ses tangos dont les mélodies sont parfaitement adaptées à sa voix, comptent des histoires qui correspondent au vécu journalier de chaque argentin  dont il est l’idole.         

* * *
Vers la plénitude d’un art
Durant les années vingt, Gardel, plus que tout autre, contribue à définir le répertoire classique du tango avec des pièces comme Caminito (1926), Cumparsita (1927) ou Adios Muchachos (1928). Devenant moins aiguë, sa voix lui permet de soigner la qualité dramatique de ses textes car, à l’image de tous les grands interprètes, Gardel possède au plus haut degré la faculté de s’impliquer complètement dans une interprétation qu’il marque de façon indélibile du sceau de sa personnalité. Pour réussir dans son entreprise, il bénéficie du concours d’accompagnateurs de grande classe (José Ricardo, Guillermo Barbieri et José Maria Aguilar) et de compositeurs et paroliers compétents comme le grand Enrique Santos Dis­cépolo (1901–1951), dit Discepolin. Avec Discépolo, le tango prend une dimension métaphysique et devient «une pensée triste qui se danse». «A l’origine d’un tango, déclarait–il, il y a toujours la rue, et c’est pourquoi je marche dans la ville en essayant d’en pénétrer son âme, en imaginant au plus profond de moi ce que tel homme ou telle femme qui passent souhaiteraient entendre, ou ce qu’ils pourraient chanter à un moment heureux ou malheureux de leur vie... Le personnage de mes tangos, c’est Buenos Aires, c’est la ville». Evitant les histoires à l’eau de rose et le sentimentalisme facile, les textes de Discépolo sont écrits dans un style dont la vivacité est accentuée par l’utilisation des richesses du lunfardo, cet argot poétique si souvent associé à l’histoire du tango.

Empreints d’un grand pessimisme, ils dénoncent avec réalisme le monde sans morale qui sévit dans l’Argentine des années trente où «la vie n’est qu’un cimetière de rêves». Dans l’univers de Discépolo, les douleurs de l’individu se fondent dans la grisaille d’une vie sociale dominée par l’immoralité ; l’espoir n’a pas de place et l’ivresse ne peut faire oublier les aléas d’une existence où l’amour est associé à la déception et à la solitude (Esta noche me emborracho, Cette nuit je me saoule, 1928) – Ce thème est exploité dans Tomo y obligo (A la tienne, 1931), une composition de Manuel Romero, proposée par cette compilation. Ainsi dans Que Vavaché! (Qu’est ce que ça fout, 1927), le poète exhibe un monde où le sens des valeurs s’est perdu et où «être traître ou honnête / ignorant ou savant, voyou, généreux ou voleur» revient tout compte fait au même. Le scepticisme qui habite l’oeuvre de Discépolo se retrouve dans Secreto (Secret, 1933) magistralement interprété par Gardel. Ici l’amour est condamné à une fin sans issue et ne peut aboutir qu’à un châtiment destructeur sanctionné par un suicidé raté. Un autre parolier important dont Gardel révèlera le talent est Celedenio Esteban Flores (1896–1947). Utilisant une écriture riche et expressive rendue acerbe par quelques touches de lunfardo distillées avec tact, Flores excelle dans la peinture de moeurs où son sens poétique fait merveille. Ses héros occupent une position sociale plus élevée que le sempiternel souteneur de Contursi. Arrivés à la fin de leur vie, ils peuvent mesurer avec mélancolie et résignation les temps heureux et éphémères de leur jeunesse où l’argent apportait gloire et amour. Ainsi le personnage de Viejo Smoking (Vieux smoking, 1930) déclare : Poco a poco todo a ido / de cabeza p’al empeño, / se dio juego de pileta / e hubo que echarse a nadar (Peu à peu tout est parti, / j’ai tout mis au clou / les dés étaient jetés / il a bien fallu se mettre à l’eau.)

* * *
La vedette internationale
Mais Gardel ne se contente pas d’être une célébrité en Argentine ; il veut élargir son audience et entreprend une carrière de comédien. Les premiers essais, peu encourageants, dévoilent un personnage dont les kilos superflus accentuent le jeu maladroit et emphatique. Mais il persévère et Esperame (Attends–moi), tourné en 1932 dans les studios de la Paramount à Joinville, témoigne de progrès incontestables. Il est vrai que Gardel bénéficie du concours d’ Alfedro Le Pera qui possède l’art de trousser des textes collant parfaitement aux mélodies que compose maintenant le chanteur dans la continuité de la tradition. Ensemble, ils produiront des dizaines de titres qui sont extraits des films que Gardel tourne pour la Paramount et qui constituent autant de pièces maîtresses de son répertoire : Luces de Buenos Aires (Lumières de Buenos Aires, 1931), Melodia de Arrabal (Mélodie de Faubourg, 1931), La casa es seria (La maison est sérieuse, 1932) ; Cuesta abajo (La mauvaise pente, 1934), El tango en Broadway (Le tango de Broadway, 1934) et El dia que me quieras (Le jour où tu voudras de moi, 1935). Le Pera contribuera à façonner l’image internationale de Gardel. Moins percutant que celui de Discépolo, son langage est dépouillé et contient peu de références au lunfardo. Ses textes peuvent, de ce fait, être appréciés dans tous les pays hispaniques. Dépassant les anecdotes contant la vie colorée des faubourgs de Buenos Aires, les thèmes traités sont universels – c’est là que réside le grand mérite de Le Pera – et projettent dans un contexte plus général toutes les facettes de l’identité argentine (Mi Buenos Aires querido (Mon Buenos Aires chéri, 1934). Ainsi les paroles de Volver (Revenir, 1935) qui évoque le retour au pays et l’importance des racines retrouvées traduisent tout le talent poétique de Le Pera.

Tengo miedo del encuentro
con el pasdo que vuelve
a enfrentarse con mi vida.
Tengo miedo de las noches
Que pobladas de recuerdos
encadenen mi soñar
Pero el viajero que huye
tarde o temprano detiene su andar,
y aunque el olvido
que todo destruye
haya matado mi vieja ilusión,
guardo escondida
una esperanza humilde
que es toda la fortuna de mi
corazón


J’ai peur de retrouver
mon passé qui revient
se mesurer à ma vie.
J’ai peur que de longues nuits
peuplées de souvenirs
enchaînent ma rêverie.
Car le voyageur qui s’enfuit
tôt ou tard s’arrête en chemin
et si l’oubli qui détruit tout
a tué mes rêves d’autrefois
il y a cachée en moi une humble lueur,
la seule fortune qui reste à mon coeur.


Gravé la même année, Volvió una noche (Elle est revenue un soir) raconte l’immense difficulté de revivre son passé et l’écoulement inexorable des heures perdues à jamais : Las horas que pasan ya no velven más. / Y así mi cariño al tuyo enlazado / es solo un fantasma del viejo pasado / que yano se puede resucitar. (Les heures qui passent ne reviennent jamais. / Et ma tendresse à la tienne enlacée / N’est que le fantôme d’un lointain passé / que l’on ne peut ressusciter.)En plus de ses activités cinématographiques, Gardel signe un contrat avec la chaîne de radio N.B.C. dont les émissions transmises dans tous les Etats–Unis lui assurent une popularité immense. L’internationalisation de sa carrière aidant, Gardel qui utilise toutes les ressources des studios européens et new–yorkais, bénéficie des orchestrations de Terig Tucci (Cuesta Abajo, El dia que me quieras, 1934) et d’accompagnements beaucoup plus variés : formation de Fransisco Canaro dans une reprise de Tomo y obligo (1931), quatuor de guitares de Vivas, Riverol, Barbieri et Pettorossi (Silencio, Secreto, La cancion de Buenos Aires, 1933). Enregistrée en 1933, avec la même formation, Milonga sentimental révèle toutes les qualités d’Homero Manzi (1905–1951) en remettant aux goûts du jour, grâce à l’interprétation de Gardel, un genre un peu oublié. Homero Manzi est un grand poète du tango dont la carrière se poursuivra avec succès dans les années quarante. Chez Manzi, les paroles s’articulent en poèmes qui sont autant d’ évocations nostalgiques du Buenos Aires d’antan (Milonga sentimental, 1933). Au début des années trente, l’art de Gardel atteint sa plénitude.

Comme l’a souligné Matamoro cité par Horacio Salas : «C’est vrai que sa voix s’est embuée avec le temps, comme c’est normal chez un homme qui atteint la cinquantaine et dont les tissus — en particulier les muscles qui travaillent lorsqu’on chante — présentent les signes d’une fatigue normale à cet âge. Avec le temps et la pratique du chant, toute voix s’endurcit, s’obscurcit, prend un timbre plus nasal très caractéristique. Et bien que la voix de Gardel perde la coloration et les aigus de sa jeunesse, en devenant plus opaque, elle gagne en densité, et rend compte de la maturité et de la finesse du chanteur. C’est l’époque où Gardel chante d’une voix admirablement grave ses propres chansons et des tangos dont Alberto Castellanos et Terig Tucci font les arrangements.»En mars 1935, Gardel débute une tournée triomphale qui le mène à Puerto Rico, Carcacas et Bogota. L’étape suivante ne sera jamais atteinte. Le 24 juin, son avion, un trimoteur de la S.A.C.O. (Sociedad Aéra Columbiana), qui vient de se ravitailler en essence à l’aéroport de Medellin (Co­lombie), prend feu au décollage et entre en collision avec un autre appareil garé en bout de piste. Gardel, identifié par sa dentition, périra carbonisé avec Le Pera et Barbieri. Ses cendres seront transférées à Buenos Aires à bord du paquebot Pan American ; il sera inhumé, le 6 février 1936, au cimetière de la Chararita.

Riverol mourra des suites de ses blessures deux jours plus tard et Aguilar, plus légèrement atteint, vivra jusqu’en 1951. Explosion accidentelle d’une cartouche de détresse : le copilote a été retrouvé mort avec un pistolet d’alarme auquel il manquait une cartouche, ou sabotage délibéré : les com­­pa­­gnies aériennes se disputaient âprement l’exploitation du ciel sud américain ; le mystère ne sera jamais levé.Sa mémoire fait depuis l’objet d’un véritable culte et il ne viendrait jamais à l’esprit de ses nombreux admirateurs de supposer qu’un chanteur puisse un jour le remplacer car Gardel chante chaque jour de mieux en mieux.      
Alain Monsarrat
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS SA 1996

Références :
– Le guide du tango de Pierre Monette. Editions Syros Alternatives (1992).
– Le tango, hommage à Carlos Gardel. Colloque International de Toulouse (13-14 novembre 1984). Université de Toulouse-LeMirail.
– Le Tango d’Horacio Salas. Essai traduit par Annie Morvan. Editions Actes Sud (1989).

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Tomo y obligo
Gardel – Romero
Tomo y obligo, mándese un trago
que hoy necesito el recuerdo matar
sin un amigo, lejos del pago,
quiero en su pecho mi pena volcar.
Beba conmigo, y si si empeña
de vez en cuando mi vos cantar,
no es que la llore porque me engaña,
yo sé que un hombre no debe llorar.

Si los pastos conversaran, esta Pampa le diría
con qué fiebre la queria, de qué modo la adoré
cuántas veces de rodillas, tembloroso, yo me he hincado
bajo el árbol deshojado donde un día la besé.
Y hoy al verla envilecida, y a otros brazos entregada
fue pa’mi una puñalada y de celos me cegué
y le juro, todavia no consigo convencerme
cómo pude contenerme y ahí nomás no la maté.

Tomo y obligo, mándese un trago
de las mujeres mejor no hay que hablar,
todas, amigo, dan muy mal pago,
y hoy mi experiencia lo puede afirmar.
Siga un consejo, no se enamore
y si una vuelta le toca hocicar,
fuerza, canejo, sufra y no llore
que un hobre macho no debe llorar


*********************

Silencio
Gardel – Pettorossi – Le Pera
Silencio en la noche... Ya todo está en calma...
El músculo duerme... La ambición descansa...

Meciendo una cuna, una madre canta
un canto querido que llega hasta el alma,
porque en esa cuna está su esperanza.

Eran cinco hermanos. Ella era una santa.
Eran cinco besos que cada mañana
besaban muy tiernos las hebras de plata

de esa viejecita de canas muy blancas.
Eran cinco hijos que al taller marchaban.

Silencio en la noche... Ya todo está en calma...
El músculo duerme... La ambición descansa...

Un clarín se oye... Peligra la patria...
Y al grito de guerra los hombres se matan,
cubriendo de sangre los campos de Francia.
Hoy todo ha pasado, renacen las plantas...
Un himno a la vida los arados cantan.
Y la viejecita de canas muy blancas
se quedó muy sola, con cinco medallas
que por cinco héroes le premió la patria.

Silencio en la noche... Ya todo está en calma...
El músculo duerme... La ambición descansa...
Un coro lejano de madres que cantan
mecen en sus cunas nuevas esperanzas.
Silencio en la noche... Silencio en las almas...


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Volvío una noche
Gardel – Le Pera
Volvió una noche, no la esperaba,
había en su rostro tanta ansiedad,
que tuve pena de recordarle
su felonía y su crueldad.
Me dijo humilde : Si me perdonas
el tiempo viejo otra vez vendrá
la primavera es nuestra vida
verás que todo nos sonreirá.

Mentira, mentira, yo quise decirle
las horas que pasan ya no vuelvan mas
y así mi cariño al tuyo enlazado
es solo un fantasma del viejo pasado
que ya no se puede resucitar.
Callé mi amargura y tuve piedad
sus ojos azules, muy grandes se abrieron
mi pena inaudita pronto comprendieron
y con una mueca de mujer vencida
me dijo, es la vida, y no la vi más.

Volvió una noche, nunca lo olvido,
con la mirada triste y sin luz
y tuve miedo de aquel espectro
que fue locura en mi juventud.
Se fue en silencio, sin un reproche,
busqué un espejo y me quise mirar
había en mi frente tantos inviernos
que también ella tuvo piedad.

Mentira, mentira, yo quise decirle, etc.


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La Canción de Buenos Aires
Cufaro – Maizani – Romero
Buenos Aires, cuando lejos te vi,
solo hallaba consuelo,
en las notas de un tango dulzón
que lloraba el bandoneón.
Buenos Aires, suspirando por ti,
bajo el sol de otro cielo,
cuántro lloró mi corazón
escuchando tu nostálgica canción.

Canción maleva, canción de Buenos Aires,
hay algo en tus entrañas que vive y que perdura,
canción maleva, lamento de amargura,
sonrisa de esperanza, sollozo de pasión ;
ese es el tango, canción de Buenos Aires,
nacida en el suburbio que hoy reina en todo el mundo,
ese es el tango que llevo muy profundo,
clavao en lo mas hondo del criollo corazón.

Buenos Aires, donde el tango nació
tiera mía querida ;
yo quisiera poderte ofrendar
todo el alma en mi cantar,
y le pido a mi destino el favor
de que al fin de mi vida,
oiga el llorar del bandoneón
entonando tu nostálgica canción.


******************

Dandy
Demare – Fugazot – Irusta
Dandy,
ahora te llaman
los que no te conocieron
cuando entonces
eras terrán.
Porque pasás
por niño bien
y ahura que creen
que sos un gran bacán,
mas yo sé, dandy,
que sos un seco
y en el barrio
se comentan bulerías
para tu mal.
Cuando sepan
que sólo sos
confidente,
los amigos del café
te piantarán.

Has nacido en una cuna
de malevos, calaveras,
de vivillos y otras yerbas,
sin embargo, quién diría
que en el circo de la vida
siempre fuiste un gran chabón.
Entre la gente del hampa
no has tenido performance
porque baten los pipiolos,
se ha corrido la bolilla
y han junao que sos un gran
batidor.

Dandy,
en vez de darte
tanto porte,
pensá un poco
en tu viejita
y en su dolor.
Tu pobre hermana,
en el taller,
la vida entrega
con entero amor
y por las noches
su almita enferma
con la de tu madrecita
en una sola
sufriendo están.
Cuando un día
llegue a nevar tu cabeza
a tu hermana
y a tu vieja
llorarás.

Has nacido en una cuna...


************************

El dia que me quieras
Gardel – Le Pera
Acaricia mi ensueño
el suave murmullo de tu suspirar.
Como ríe la vida
si tus ojos negros me quieren mirar ;
y si es mío el amparo
de tu risa leve que es como un cantar
ella aquieta mi heridatodo,
todo se olvida...

El día que me quieras
la rosa que engalana
se vestirá de fiesta
con su mejor color.
Al viento las campanas
dirán que eres mía
y locas las fontanas
se contarán tu amor.
La noche que me quieras
desde el azul del cielo,
las estrellas celosas nos mirarán pasar
y un rayo misterioso
hará nido en tu pelo,
luciérnaga curiosa
que verá que eres mi consuelo.
(Recitado)
El día que me quieras
no habrá más que armonías,
será clara la aurora
y alegre el manantial,
traerá quieta la brisa
rumor de melodías
y nos darán las fuentes
su canto de cristal.
El día que me quieras
endulzará sus cuerdas
el pájaro cantor,
florecerá la vida,
no existirá el dolor.

La noche que me quieras
desde el azul del cielo,
las estrellas celosas
nos mirarán pasar
y un rayo misterioso
hará nido en tu pelo,
luciérnaga curiosa
que verá que eres mi consuelo


***************

Mi Buenos Aires querido
Gardel – Le Pera
Mi Buenos Aires querido,
cuando yo te vuelva a ver
no habrá más pena ni olvido.
El forolito de la calle en que nací
fue el centinela de mis promesas de amor,
bajo su inquieta lucecita yo la vi
a mi pebeta luminosa como un sol.
Hoy que la suerte quiere que te vuelva a ver,
ciudad porteña de mi unico querer
y oigo la queja de un bandoneón
dentro del pecho pide rienda el corazón.

Mi Buenos Aires, tierra florida,
donde mi vida terminaré.
Bajo tu amparo no hay desengaños
vuelan los años, se olvida el dolor.
En caravana, los recuerdos pasan,
como una estella dulce dce emoción.
Quiero que sepas que al evocarte
se van las penas del corazón.

La ventanita de mis calles de arrabal
donde sonrie una muchachita en flor ;
quiero de nuevo hoy volver a contemplar
aquellos ojos que aracian al mirar.
En la cortada más maleva una canción
dice su ruego de coraje y pasión ;
una promesa y un suspirar
borró una lágrima de pena aquel cantar.

(Coda)

Mi Buenos Aires querido,
cuando yo te vuelva a ver
no habrá más pena ni olvido


*****************

La Cumparsita
Matos – Maroni – Contursi
Si supieras
que aun dentra de mi alma
conserva aquel cariño
que tuve para ti,
quién sabe si supieras
que nunca ta he olvidado,
volviendo a tu pasado
te acordaras de mi.

Los amigos ya no vienen
ni siquiera a visitarme ;
nadie quiere consolarme
en mi aflicción ;
desde el día que te fuiste
siento angustias en mi pecho,
decí percanta, ¿ qué has hecho
de mi pobre corazón ?
Al cotorro abandonado
ya ni el sol de la mañana
asoma por la ventana
como cuando estabas vos,
y aquel perrito compañero
que por tu ausencia no comía,
ai verme solo el otro día,
también me dejó.

Sin embargo,
te llevo en el reccuerdo
con el cariño santo
que tuve para amar
y sos en todas partes
pedazo de mi vida
una ilusión querida
que no podré olvidar.


*********************

english notes
Even today, more than sixty years after his death, Carlos Gardel still enjoys a reputation that far surpasses the strict limits of the tango. Although the magic of his voice and his role in the development of the “sung tango” remain crucial, Gardel is much more than an outstanding artist whose exemplary career coincided with the golden age of tango. Born illegitimate and an immigrant, here is a street kid who climbed every rung of the ladder to become an international star. Forging his art through contact with the payadores  and hanging out in the popular conventillos of his childhood, the young star they nicknamed el zorzal or el morracho del Abasto became a success symbol for the entire Argentinian people. His radiant personality, his powers of seduction, the discretion with which he surrounded his private life and the strange circumstances of his death while at the height of his fame, all combine to create a legend that the Argentinians continue to celebrate as a testimony to their own history.The mystery surrounding Carlos Gardel’s birth adds to this legendary dimension. The most likely circumstance is that Charles Romuald Gardès was the illegitimate son of a Toulouse washerwoman who probably emigrated to Argentina around 1893, the name Gardès being changed to the Spanish Gardel. According to the Toulouse register of births and deaths, Gardel was born there on 11 December 1890. These facts are confirmed by a will written in his own hand in 1933.

El Francesito
Like many working-class kids, Gardel, nicknamed el francesito, regularly played truant and spent most of him time on the streets, resulting in several brushes with the police which were later grossly exaggerated. In fact, the young boy was already showing a distinct talent for music. During an interview in 1936, Bertha Gardès confirmed the early ambitions of her son: “He always said he was going to be a singer.” Gardel also frequented the local almacenes  situated in the poorer districts of large towns. These were grocery stores where one could eat, drink, sleep and listen to payadores (street singers), the very people who taught him the rudiments of his art by introducing him to the popular music of Buenos Aires. Gardel completed his education by listening to singers specialising in peasant songs, artists who taught him the art of the duo.Armed with this store of musical knowledge and fascinated by the repertoire of the payadores,  Gardel began his singing career in 1912, in association with Francisco Martino. He sang popular songs of the day and it was only much later that he specialised in tangos. Endowed with an exceptional voice that earned him the nickname of el zorzal , he soon proved successful. In 1913 the two men were joined by Saûl Salinas and Uruguayan singer-guitarists-composer Jose Razzano. After Salinas and Martino left a year later, Gardel and Razzano embarked upon what proved to be a fruitful partnership. Abandoning working-class cafés, they were soon appearing at such prestigious venues as the Nacional  theatre and the Armenonville, a smart cabaret frequented by the gilded youth of Buenos Aires.

The “sung tango”
In 1915, they hired guitarist José Ricardo to accompany them, but differences of opinion soon began to emerge within the group. Gardel did not want to limit his repertoire to the country songs to which Razzano remained so attached, and he decided to set about singing tangos in public. The tango was still considered a lascivious dance, both sensual and provocative, and certainly entirely unsuitable for well-brought-up young ladies. Defying public opinion, one evening in 1917 Gardel had the temerity to sing a tango entitled Mi Noche Triste  on the stage of the prestigious Empire, an initiative that received a very favourable reception. A more recent version, recorded in 1930, is to be found here.Until now, the tango had been principally instrumental dance music, with just the occasional addition of words, so the concept was not entirely new in itself. Later, Pascual Contursi introduced the idea of writing lyrics based on stories of sad or unrequited love. Now relying more on the power of the accompanying words, the tango lost some of its festive spirit to become more an expression of the emotions and feelings of everyday Argentinian people. Despite carrying sentimentality to its limits, Contursi must nevertheless be considered a pioneer of the sung tango.

His immense success enabled him to realise the dream of every Argentinian: to go and live in Paris. It was here that in 1928 he wrote another of his famous tangos, Bandoneon Arrabalero, based on music by Antonio Scatasso and sung by Gardel.With the help of such authors, Gardel was the first to transfer the tango “from legs to lips”, as someone once put it, and make it acceptable to the Argentinian middle classes. Although, as we have seen, he was not actually the creator of the genre no-one is better placed to recount its history, witness the 1929 Tango Argentino.Certainly Gardel’s influence was decisive. Permeated by restraint, his singing possessed a dramatic intensity quite the opposite of the syrupy croonings of some of his colleagues: here, without a doubt, was the model for all to follow. The triumph of the sung tango coincided with the advent and increasingly wide use of the bandoneon. A difficult instrument to play, this tended to necessitate a slowing-down of the tempo, thus transforming the tango into something more melancholic. All these various changes crystallised around the voice of Gardel, who not only defined the musical nature of the genre but also ensured its social acceptance and dissemination.

The road to fame
Much sought-after by the record companies, Gardel and Razzano were by this time assured of celebrity. A second guitarist, Guillermo Barbieri, now joined the team and he would stay with Gardel until the end. In 1923, Gardel and Razzano appeared at the Apollo in Madrid, while back in Buenos Aires they broadcast on Gran Splendid radio. Such dizzying success gave Gardel a taste for independence, and in 1925, on the pretext that Razzano’s voice was no longer what it was, he decided to go it alone, devoting his entire energies to performing and promoting the tango. In 1928 a European tour took him to Spain and France, where he recorded Le Tango à Paris . The French capital accorded him a royal welcome and his reputation spread like wildfire. In the meantime, back in Argentina, his stature was now assured as his beautifully sung tangos recounted the happenings of everyday Argentinian life.Throughout the twenties, Gardel was the man who defined the classical repertoire of the tango with pieces such as Caminito (1926), Cumparsita (1927) and Adios Muchachos (1928). His voice now softening, he began to concentrate more on the dramatic content of the words, for he also enjoyed the advantage of receiving top-class material from leading composers and authors, among these the great Enrique Santos Discélpo with whom the tango assumed a metaphysical dimension.

The international star
But Gardel was not prepared to accept stardom in Argentina alone, and, in quest of a wider audience, he embarked on a career as a film actor. His first efforts were not encouraging: here was an overweight man whose acting was clumsy and exaggerated. He nevertheless persevered, and Esperame, shot in the Paramount Studios in Paris, showed undeniable progress. It is true, however, that he now had the support of Alfredo Le Pera who was able to churn out texts that matched the traditional melodies of the singer. Together, the two of them produced dozens of titles, all of them used in films that Gardel made for Paramount and constituting some of the masterpieces in his repertoire.In addition to filming, Gardel signed a contract with America’s NBC Radio whose coast-to-coast broadcasts brought him immense popularity. Such international recognition enabled Gardel, now with European and New York studios at his disposal, to commission orchestrations by Terig Tucci (Cuesta Abajo, El Dia Que Me Quieras, 1934) and call upon more sophisticated backings. Note, for example, the Francisco Canaro band on a remake of Tomo Y Obligo (1931) and the guitar quartet of Vivas, Riverol, Barbieri and Pettorossi on Silencio, Secreto and La Cancion De Buenos Aires (1933). Recorded in 1933 with the same group, Milonga Sentimental reveals the talents of the gifted Homero Manzi, the great tango poet who enjoyed such a successful career in the forties.By the early thirties, Gardel’s art had reached its peak. True, time had robbed his voice of something of its youthful clarity, warmth and range (hardly surprising in a man of fifty), yet it had now gained in depth and reflected the singer’s newfound maturity and sensitivity.

In March 1935, Gardel set off on a triumphal tour of Puerto Rico, Caracas and Bogota. On 24 June, his three-engine Colombian Airlines plane, which had just refuelled at Medellin airport, burst into flames on take-off and crashed into another plane parked at the end of the runway. Gardel was burnt to death and could be identified only by his teeth. His ashes were taken to Buenos Aires aboard the liner “Pan American” and buried in the Chararita Cemetery on 6 February 1936. Accident or sabotage? The co-pilot was found holding a distress pistol with one flare missing, and yet was this really the cause of the fire? We must remember that there was, at this time, much bitter rivalry between the airlines operating in South American airspace. The mystery remains unsolved to this day.The only thing we can be sure of is that Carlos Gardel is now a cult figure that his numerous admirers will never forget.
Adapted by Don Waterhouse from the French text of Alain Monsarrat
© FREMEAUX & ASSOCIES SA 1996

CD Carlos Gardel 38 chefs-´d´oeuvres © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)




ExtractTrackAuthorDuration
CD 1
01 TOMO Y OBLIGO - GARDEL02'21
02 ALMAGRO - GARDEL02'50
03 VIEJO RINCON - GARDEL02'26
04 SILENCIO - GARDEL02'44
05 RENCOR - GARDEL02'42
06 SECRETO - GARDEL02'25
07 VOLVIO UNA NOCHE - GARDEL03'04
08 LA CANCION DE BUENOS AIRES - GARDEL02'16
09 JUVENTUD - GARDEL02'19
10 VOLVER - GARDEL02'56
11 SENDA FLORIDA - GARDEL02'47
12 BANDONEON ARRABALERO - GARDEL02'09
13 LO HAN VISTO CON OTRA - GARDEL02'38
14 CUESTA ABAJO - GARDEL03'12
15 MUNECA BRAVA - GARDEL02'19
16 TANGO ARGENTINO - GARDEL02'26
17 PALOMITA BLANCA - GARDEL03'06
18 DANDY - GARDEL02'23
19 LA GARCONNIERE - GARDEL02'43
CD 2
01 MILONGA SENTIMENTAL - GARDEL03'00
02 VIEJO SMOCKING - GARDEL02'38
03 TORTAZOS - GARDEL02'37
04 SUENO DE JUVENTUD - GARDEL03'02
05 EL DIA QUE ME QUIERAS - GARDEL03'22
06 SILBANDO - GARDEL02'49
07 MI BUENOS AIRES QUERIDO - GARDEL02'41
08 PASEO DE JULIO - GARDEL02'22
09 FAROLITO DE PAPEL - GARDEL02'31
10 POR UNA CABEZA - GARDEL02'34
11 CAPRICHOSA - GARDEL02'12
12 PARLEZ MOI D AMOUR - GARDEL02'38
13 MI NOCHE TRISTE - GARDEL03'20
14 MEDIANOCHE - GARDEL02'47
15 POMPAS - GARDEL02'14
16 VIEJA RECOVA - GARDEL02'45
17 TU VIEJA VENTANA - GARDEL02'19
18 LEJANA TIERRA MIA - GARDEL02'43
19 LA CUMPARSITA - GARDEL02'12

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