THAILAND - MUSICS AND SONGS FROM THE GOLDEN TRIANGLE


PEOPLES MEO, LISU, SHAN, LAHU NYI, YAO, AKHA, KAREN SKAW

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Artistical Director : FRANCOIS JOUFFA
Booklet : 20 pages - ENGLISH NOTE
Number of CDs : 2


19,99 € tax incl.

FA5407

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Located within the borders of Thailand, Myanmar and Laos, the Golden Triangle is a remote region of Southeast Asia at the crossroads of Chinese and Indian influences. On the outskirts of steep mountain passes and of its foothills covered with luxuriant jungles live peoples of Chinese origin isolated from the rest of the world that François Jouffa recorded in an area known for its dangerousness, in the late 1970s, on the Cold War and traffic drugs background. This sound recording, here presented on a double CD, is a rare audio testimony which lists the different types of music, the songs and the music instruments of the Meo, the Lisu, the Shan, the Lahu Nyi, the Yao, the Akha and the Karen Sgaw peoples, the traditions and customs of which are very ancient.

Patrick FRÉMEAUX

Thailande FA5407

THAÏLANDE 
Musiques et chants du Triangle d’Or
Peuples Meo, Lisu, Shan, Lahu Nyi, Yao, Akha, Karen Skaw

THAILAND
Music and songs from the Golden Triangle
Meo, Lisu, Shan, Lahu Nyi, Yao, Akha and Karen Sgaw tribes

par François JOUFFA





MUSIQUES ET CHANTS DU TRIANGLE D’OR
Peuples Meo, Lisu, Shan, Lahu Nyi, Yao, Akha, Karen Skaw
par François JOUFFA

« Ils jouaient sur de longs instruments à vent en bambou, et leur musique était mélancolique et vibrante. (…) Cette musique vous donnait l’impression d’être infiniment ancienne. (…) et inspirée par les bruits intermittents de la jungle et le débit discret des rivières. » 
Somerset Maugham, Un gentleman en Asie, 1930.

Au nord de la Thaïlande, dans une région géopolitiquement indéfinie, les tribus nomades d’origine chinoise qui subsistaient, tant bien que mal, en cultivant la fleur du pavot, avaient été protégées du reste du monde, et des soi-disant progrès de la civilisation industrielle, par la difficulté de les atteindre à travers jungles et montagnes. Si, par la suite, quelques touristes aventureux, conduits par un guide local, abordaient les villages les plus proches des rives de la rivière Mae Kok, ne se risquaient, autrefois, dans les collines des frontières thaïlandaises, birmanes et laotiennes que des trafiquants de métier, ou alors des missionnaires chrétiens à la recherche d’âmes à sauver parmi ces animistes que les anthropologues, qui les connaissent assez mal, classent dans le « stock » sino-tibéto-birman.

À l’époque des enregistrements pour ces disques, à la toute fin des années 1970, les descendants de l’armée de Tchang Kaï-chek réfugiés dans la région - cent mille personnes environ qui espéraient encore reconquérir la Chine rouge - faisaient payer une dime aux caravanes qui passaient les cols avec de la marchandise ; et ces maîtres du trafic de l’opium et des laboratoires clandestins inondaient le monde entier en poudre blanche mortelle. Dans le Triangle d’Or, outre des bandits de grands chemins, détrousseurs et tueurs, on croisait également des rebelles militaires de plusieurs sortes : l’armée de l’état Shan qui se battait pour obtenir son indépendance de la Birmanie devenue Myanmar, tout comme l’armée de libération nationale Karen, et même des partisans communistes thaï qui préparaient des sabotages, aidés par certaines tribus, et qui pouvaient se retrancher au Cambodge auprès des Khmers rouges. Selon les enjeux de la « Guerre froide », les uns et les autres étaient soutenus financièrement soit par les Soviétiques, soit par les Américains, soit par les Chinois, quelquefois par deux de ces puissances, ou même les trois…

Dans ce dangereux contexte politique toujours en effervescence, les peuples (Meo, Lisu, Shan, Lahu Nyi, Akha, Yao et Karen Skaw), dont nous avions enregistré les chants et musiques sur le territoire thaïlandais, vivaient en autarcie de la même façon que leurs ancêtres. Cela faisait des centaines d’années qu’ils circulaient dans ce périmètre, fuyant des persécutions diverses, en gardant intactes leurs coutumes et traditions qui remontent à plusieurs millénaires. Ces tribus, dont les cultures n’ont rien de commun avec les peuples voisins de l’Asie, ne connaissaient pas l’écriture. D’une tribu à l’autre, distante de quelques heures de marche en montagne, on ne parlait pas la même langue. On ne croyait pas en les mêmes forces spirituelles qui peuplent l’eau, les roches et les rizières, à partir du Tibet jusqu’au Viêt-Nam. Les membres des tribus sont toujours habillés comme dans le lointain passé, ce qui faisait qu’une promenade expédition dans le Triangle d’Or était un véritable voyage dans le temps.

DISQUE 1 – Durée totale : 60’43
WHITE MEO : Les Meo racontent que leurs chevaux ont mangé leurs manuscrits alors qu’exténués, ils dormaient après avoir accompli une longue marche depuis la Chine. Selon les anthropologues, c’est une façon de justifier leur absence de culture livresque remplacée par des expériences « bien digérées ». Mais, d’après les ethnologues, ces Meo-là, qui se désignent entre eux comme des H’mong, n’ont rien à voir avec leurs homonymes chinois. Leur histoire remonte à plus de quatre mille ans et, comme ils se mélangent aux Chinois depuis 700 ans avant J.-C., cela explique leurs fortes ressemblances physiques. Le shaman chante en s’accompagnant d’un gong pour communiquer avec les forces mystérieuses. Un orgue à bouche (guimbarde) et un tambour sont utilisés pour guider l’âme d’un disparu. Le joueur de « bambou musical » peut tomber malade en attirant le mauvais esprit qui est très friand de ces sonorités. Nous écoutons, ici, les « Meo blancs » du village de Pong-Nok.

1. AMOUR (YEAE). Chant : M. Kai. 4’14.
« Je suis un homme et, toi, une femme. Je t’aime beaucoup. Je suis très amoureux de toi. Je te propose de venir batifoler dans la jungle avec moi. On sera tranquille et on passera un bon moment. Nous ne serons que tous les deux. Nous pourrons bâtir une grande famille et notre avenir sera solide. »

2. L’UNIQUE (NEER-SHI). Chant : Mme Ngaw. 3’58.
« Je suis une femme et, maintenant, je suis en âge de me marier. J’ai plusieurs petits amis, mais un seul représente quelque chose pour moi. Il est unique. S’il manifeste son désir de m’épouser, je pense que je ne le repousserai pas. C’est un beau garçon. »

LISU : Les Lisu sont une de ces tribus du nord de la Thaïlande apparentés, d’après les anthropologues, au groupe tibéto-birman de type mongoloïde. Ils appartiennent à une tribu fière et guerrière qui a toujours eu maille à partir avec les Chinois jusqu’au jour où les autorités de l’ancienne Chine décidèrent que ces braves devaient être engagés comme mercenaires. Plus proche de nous dans le temps, les Lisu se distinguèrent en Mésopotamie durant la deuxième guerre mondiale. Dans les années 1940-1950, fuyant les persécutions et abandonnant la Chine, ils sont apparus en Thaïlande après avoir traversé l’état Shan de la Birmanie. Ils sont animistes et pratiquent certaines formes de culte des ancêtres et divers exorcismes. Les esprits sont partout, et particulièrement dans l’eau vive. Comme les Meo, les Lisu subsistent principalement de la culture de l’opium dont les champs sont cachés dans la montagne à plusieurs heures de marche de leurs villages. Merveilleux linguistes, ils parlent parfois quatre langues. Enregistrements au village de Huey-San.

3. MON AMOUR. Chant : Mmes A-Sa-Ma et A-Vou-Mae. 6’01.
« Je vis à la montagne. Un jour, un homme du sud est venu visiter mon village. C’était la première fois qu’un bel homme me regardait droit dans les yeux. Ce fut pour moi le coup de foudre. Je pense qu’il m’aime aussi parce qu’il n’est jamais reparti vers son pays, et qu’il vient me parler chaque jour. » 

4. ALCOOL DE MAÏS (YUE-PHUE). Chant : Mmes A-Sa-Ma et A-Vou-Mae. 5’01.
« Je vis dans une grande famille où tout le monde aime boire. Aussi, je distille du bon alcool à partir du maïs. Il est très fort : 75°. Tout le monde y goûte pendant les festivités. Ma famille m’adore parce que je sais fabriquer un excellent breuvage. »

5. LES VISITEURS. Sue-bue (instrument à 3 cordes) : M. A-Be-Dme. 5’02.
« Nous avons plusieurs visiteurs dans notre maison, aujourd’hui. Ne sois pas timide, ne te cache pas dans ta chambre, ne reste pas dans la cuisine. Viens te joindre à nous pour boire de l’alcool et déguster les nombreux plats préparés pour nous tous. »

6. NOUVELLE ANNÉE. Sue-bue : M. A-Be-Dme. 8’43.
« Pour nous, c’est le temps des fêtes de la nouvelle année (« la pleine lune de février »). C’est le moment où les jeunes garçons et filles peuvent s’aimer et partir voyager ensemble. Ensuite, nous déciderons si l’on doit les marier. En attendant, rencontrez-vous et prenez du bon temps. »

7. À LA PÊCHE. Khène à 5 bambous (orgue à bouche, furu en dialecte Lo-lo) : M. O-Be. 6’04.
« Je suis allé à la pêche pendant trois jours et j’ai essayé d’attraper des poissons dans la rivière. Malheureusement, je suis rentré bredouille et je n’ai pas de nourriture à rapporter à ma famille. Je n’ose pas revenir à la maison, les mains vides. »

8. BEL OISEAU. Khène : M. O-Be. 1’22.
« J’ai une piège à oiseaux. Je suis parti pendant quatre jours dans la jungle mais je n’ai attrapé qu’un seul oiseau. À cause de moi, il a maintenant une patte cassée. Je ne veux pas le ramener chez moi. Je l’ai laissé repartir. Le bel oiseau s’est envolé. Il est trop beau pour être mangé.»

9. TRAVAIL AUX CHAMPS. Khène : M. O-Be. 4’42.
« Notre nourriture principale est le riz, aussi chacun doit travailler dans les rizières. La pluie est venue. Il nous faut cultiver pour les réserves de l’an prochain. Le travail est dur, mais on doit le faire. »

SHAN : Les Shan étaient, alors, environ 70 mille en Thaïlande. Ce sont des réfugiés de la guerre que se livrent leurs compatriotes au Myanmar (ils y sont plus de 2 million) où ils ont constitué une armée de libération pour obtenir l’indépendance de l’état qu’ils occupent au sein de la fédération birmane. Les Shan et Thaï s’entendent bien car ils ont des origines ethniques communes (le nom Shan provient de la même racine sino-thaï que le nom Siam qui veut dire « libre »). Les Shan, qui parlent un dialecte thaï, se nomment d’ailleurs eux-mêmes « Grands Thaï ». Leurs vêtements traditionnels sont teintés de bleu indigo, ce qui leur vaut le surnom de Thaï noirs, pour les mêmes raisons qu’on appelle Hommes bleus certains nomades du Sahara. Ils sont en voie d’intégration et sont installés dans la partie thaïlandaise du bassin de Salin, à l’ouest de Chiang Mai. Les enregistrements suivants ont été réalisés dans les locaux de l’école du village Ban-Mai-Mork-Jam.
Chants : Mlles Mue, Suey-Ing, Khae et Lord.
Instrumentistes : MM. Pang (toe-yoe, vièle à 4 cordes avec pavillon et caisse de résonnance métalliques), Mun (grone-chum, batterie de 3 tambours alignés de tailles différentes), Gonejee (mon-vang, xylophone à lames de bambou) et Gowina (ching, petites cymbales chinoises).

10. EN PROGRÈS. 3’07.
« Voici notre groupe musical. Nous répétons très souvent ensemble. Maintenant, on joue très bien. Nous souhaitons être si bons que, nulle part, personne ne jouera et chantera aussi bien que nous. Aussi, devons-nous travailler tout le temps pour être en progrès. Notre musique sera jouée pour l’éternité. »

11. QUESTIONS. 2’33.
« Comment allez-vous ? D’où venez-vous ? Je crois qu’on ne vous a jamais vu. Êtes-vous un voyageur ? Où allez-vous ? Votre voyage s’est-il bien passé ? Pourquoi venez-vous ici ? De toute façon, j’espère que vous êtes heureux chez nous car nous sommes contents de vous recevoir. J’espère que vous passerez un bon séjour. Bonne chance à vous. »

12. PAISIBLE. 1’56.
« Je vous présente mon foyer et toute notre terre. En ce moment, tout est paisible. Nous sommes protégés par la police qui nous apporte la paix. De nombreux soldats à la frontière repoussent les bandits loin de notre village. Chacun est heureux de vivre ici. Nous avons de la chance. »

13. POUR VIVRE. 3’38.
« Comment allez-vous ? Comment est-ce dans votre maison ? Que faites-vous dans la vie ? Nous, nous faisons pousser du riz et des légumes pour vivre. Vous, que mangez-vous ? La même chose que nous ou est-ce différent ? »

14. AMOUREUSE. 3’44.
« Je suis une adolescente, souvent amoureuse. Mais les garçons ne sont pas tous honnêtes avec moi. Il faut que je m’assagisse. J’ai eu trop d’aventures indécentes. Je vais refuser la compagnie des hommes. Quand je serai seule, je me retrouverai un peu moi-même. »

DISQUE 2 – Durée totale : 59’18
LAHU NYI : Les Lahu Nyi sont originaires du Yunnan du sud, en Chine. Ils ont émigrés de la Birmanie en Thaïlande, il y a environ un siècle. Certains étaient partis vers le Laos mais sont revenus en Thaïlande, au milieu des années 1970, fuyant le communisme, à la fin de la guerre américaine du Viêt-Nam. Derniers arrivants, ils n’ont pu s’installer que sur des sites difficiles, éloignés des points d’eau et dans les montagnes. Ils se sentent ainsi supérieurs parce qu’ils vivent plus haut que les autres. Ce sont d’excellents alpinistes, bien que très « accrochés » à l’opium. Les Thaï et les Shan les appellent Mussuh, ce qui signifie Chasseurs. Ils étaient, alors, environ dix mille personnes réparties dans une quinzaine de villages. On y trouve parfois une case pour la danse, dont le plancher en lames de bambous a été renforcé. C’est généralement la jeune fille qui courtise l’homme, très timide, en l’aguichant avec les notes d’une guimbarde de bambou qu’elle vient jouer sous la maison (sur pilotis) de l’élu de son cœur. Ils adorent chanter des ballades d’amour. Enregistrements au village de Hey-Sala.
Chant : M. Tai-Yae.
Instrumentistes : MM. Ja-Bue (pi-shi-gong, guitare à 2 cordes) et Aie-Saw (khène ou naw en dialecte Lahu).

1. PENSÉES (YI-MA-HA). 9’00.
« Je circule beaucoup dans de nombreux lieux éloignés de mon foyer. Au loin, je pense beaucoup à mes parents et à ma fiancée. En marchant, je rêve d’elle. A chaque pas, j’ai des pensées pour ma famille et ma maison et pour tous ceux du village. Quand j’étais jeune, j’avais envie de tout quitter pour conquérir le monde. Maintenant, j’ai envie de revenir les retrouver. »

2. TRIO LIBRE. 2’17.
Improvisation musicale.

YAO : Les Yao descendent d’un chien, d’après leur mythologie. Cet animal sacré aurait épousé la fille d’un empereur, offerte en remerciement du meurtre d’un ennemi. Le couple mixte vint s’installer dans les montagnes de la Chine du sud, et formèrent une famille qui serait à l’origine du peuple Yao. On retrouve des traces de leur passage en Chine centrale, 2500 ans avant J.-C. Leur véritable origine est la province chinoise de Kweichow d’où viennent également les Meo. Leurs langues ont des racines communes, mais ils ne se comprennent pas. Les Yao n’ont pas d’écriture, mais certains transcrivent leurs mots en caractères chinois. Si les Chinois, dans leurs chroniques de la dynastie des rois Chow, les appelaient « Chiens », c’était à cause de leur cruauté. Aujourd’hui, au nombre d’environ 4 millions de personnes, les Yao vivent dans la province chinoise de Kwangsi et dans le sud du Yunnan, mais aussi au Tonkin, Laos et Thaïlande. Excellents éleveurs de bétails, ils ont surtout été les plus importants cultivateurs d’opium de tout le Triangle d’Or. Ils sont considérés aussi comme les meilleurs commerçants de ces tribus : ils excellent dans le travail de la broderie et de l’argenterie. On compte 112 villages ou hameaux à l’est et au nord de Chiang Raï. Enregistrements au village de Pha-Dua.

3. BIENVENUE. Chant : Mme Fam-Lin. 2’39.
« Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu des gens comme vous. Mais vous êtes les bienvenus. Nous sommes tous très heureux que vous soyez venus nous rendre visite sur nos terres. »

4. AMIS LOINTAINS.  Chant : Mme Ley-Mue-Sang. 2’59.
« Vous devez venir de très loin. Vous avez dû traverser des mers, parcourir de nombreux pays avant d’arriver jusqu’ici. De toute façon, nous vous considérons comme des membres de notre famille. Nous sommes tous frères et sœurs dans ce monde. »

5. REGARDS. Chant : M. Sang-Sen. 2’36.
« Je suis debout, immobile, dressé en haut de la montagne, avec une vue sur toute la région. Je vous vois tous. Je sais exactement combien vous êtes. Je sais où vous allez. Je vois tout ce qui se passe, partout à la fois.»

6. ELLE EST JOLIE. Chant : M. Sang-Sen. 3’14.
« Oh, je vois une belle fille. Elle est vraiment belle. S’il te plaît, tourne tes yeux vers moi. Tu ne me vois pas parce que je suis trop vieux. Je souhaite que tu comprennes qu’on pourrait simplement devenir amis. Tu es si jolie. »

7. MARIAGE. 2’33.
Instrumentistes : MM. Sang-Guy (dyo, petit tambour), Luv-Ven (sajey, cymbales), Lae-Fin (loe, gong), Sue-Jue (dya, hautbois). Morceau joué pendant les cérémonies des mariages.

AKHA : Les Akha (ou E-Kaw) de Thaïlande sont arrivés de Chine du nord en passant par la Birmanie. Aujourd’hui, ils résident dans la province thaï de Chiang Raï où l’on compte environ 75 de leurs villages. Physiquement, ils sont très proches des Tibétains. On retrouve des mots chinois dans leur dialecte, mais ils ne connaissent pas l’écriture. Très superstitieux, ils érigent des portails devant les villages et l’odeur des têtes de chiens pourries, qui y sont accrochées, empêche les esprits mauvais d’apporter des maladies à la communauté. Bien que très pauvres, ce sont sans doute les indigènes les plus spectaculaires de tout le Triangle d’Or. Les femmes, qui fument la pipe, ont de magnifiques costumes dont des minijupes au-dessus des jambières. Leur coiffure est richement décorée d’amoncellement de pièces d’argent. Les hommes portaient une petite natte et, si on la leur coupait, ils devenaient fous. Les notions géopolitiques ne les embarrassent pas : ainsi, il n’est pas rare qu’un village situé en Thaïlande possède des champs en Birmanie. Enregistrements au village de Saenchai-Kao.

8. JARDIN D’AMOUR (TO-SO-LEA). Chants : Melle Me-Bgar et Mme A-Pare. 1’46.
« On a travaillé durement dans les champs. C’est maintenant le soir. Le travail terminé, nous pouvons rentrer à la maison pour prendre un bon repas. On se fait belles avec des habits propres. Puis, on se rend au « Jardin d’amour » pour chanter et jouer de la musique. Ainsi, on peut attirer les hommes. Comme il fait froid la nuit, il faut trouver quelqu’un pour se réchauffer. »

9. CÉLIBATAIRE (O-SAY-SA-MER). Chants : MM. A-Sor et A-Bea. 1’27.
« J’ai été célibataire toute la journée. J’ai travaillé durement pour ma famille. C’est l’heure maintenant de rentrer à la maison pour reprendre des forces avec la nourriture. Le repas me rendra suffisamment résistant pour affronter le froid de la nuit. Dans le « Jardin d’amour », m’attend ma petite amie. Je dois avoir assez de forces pour toute la nuit. »

10. TOI ET MOI (A-YEA-CHA). Chant : MM. A-Sor et A-Bea, Melle Me-Bgar et Mme A-Pare. 3’22.
« Nous sommes ensemble, toi et moi. Nous passons un bon moment. Je vais, peut-être, t’épouser et je pourrai te donner encore plus d’amour que maintenant. En tout cas, on n’aura pas froid cette nuit, ni les suivantes. Ne me laisse jamais avoir froid. »

11. MUSICAL. 3’47. Chant : Mme A-Pare.
Instrumentistes : M. A-Sor (ya-eah, guimbarde), M. A-Bea (tong, tambour), Melle Me-Bgar (feuille d’arbre soufflée entre ses pouces).
 

KAREN SKAW : Les Karen sont assez pauvres, aujourd’hui. Ils vivent de la pêche et louent leurs éléphants aux sociétés qui exploitent le teck. Ce sont aussi de grands trafiquants de pierres et bois précieux, armes, médicaments (mais, eux, pas de la drogue) qu’ils portent à dos d’hommes à travers les frontières. Généralement animistes, quelquefois chrétiens, tous violemment anti-communistes (sauf les bouddhistes), les paysans Karen protègent les partisans nationalistes qui livrent une guérilla intensive au régime de Rangoon depuis 1948. Émigrés de Birmanie, il y a plusieurs générations, ils disent avoir déjà vécu en Thaïlande du temps du royaume Mon-Khmer, avant les Thaï eux-mêmes. Ils en tirent une certaine fierté par rapport aux nouveaux occupants du territoire avec lesquels ils ont peu de contacts. Ils sont divisés en deux groupes (sous divisés en deux autres groupes) qui sont différents culturellement et physiquement, les Pwo et Skaw. Ici, nous écoutons les plus purs, les Karen-Skaw. Enregistrements dans le village de Muang-Ngam.
Instrumentistes : MM. Mue-So (klaung, dae en dialecte Karen, tambour), Di-Doe (ching, ja-kaw, petites cymbales), Ba-Pi (kong, mo, gong).

12. GARÇONS ET FILLES (NOE-DAE-JOE). Chants : MM. Lung-Dang et Ni-Grew. 10’12.
« Alors que les garçons et les filles du village sont tombés amoureux, les uns des autres, ils chantent et jouent de la musique ensemble. Nous nous marierons après cette chanson. Profitons de la danse. Si tu chantes pour moi, je chanterai pour toi. Buvons, chantons, dansons. Notre amour sera éternel. »

13. CŒUR À PRENDRE. Chants : Mmes Mue-To et Mae-Poe. 5’05.
« J’ai suffisamment grandi pour être en âge de regarder les garçons. Je dois sortir de chez moi pour trouver un homme. Il faudra qu’il soit gentil, beau et courageux au travail. Je souhaite sincèrement en trouver un qui fera l’affaire dans ce village. »

BONUS À BANGKOK.
Enregistrements, en octobre 1974, au Nagra III mono avec bande magnétique Agfa. Avec la complicité de Sylvie Meyer.

14. PIPHAT-MAKANG. 5’27.
L’ensemble Piphat-Makang, du Département des Beaux-arts de Bangkok, joue dans la cour du Wat Saket, le Temple de la Montagne d’Or de la capitale thaïlandaise, à l’occasion d’une ordination de bonzes bouddhistes et de la distribution de leurs robes de couleur orange safran offertes par sa majesté le roi Rama IX, Bhumibol Adulyadej en personne. Les instruments traditionnels sont, outre une conque marine blanche (sang) qui ouvre les morceaux (et dont l’appel sonore peut rappeler le shofar du rituel israëlite), un hautbois (pi nai), une corne, deux trompes métalliques (trae), une paire de petites cymbales (ching), une flûte en bois (khlui), une rangée circulaire horizontale de 16 petits gongs bulbés (khong-wong-yai), deux xylophones soprano (ranaht ek) et alto (ranaht thum) et un tambour (klong khaek).

15. MILITAIRES AU WAT SAKET. 2’12.
Les musiciens classiques sont interrompus par l’arrivée de la fanfare militaire royale. Les deux styles de musique, l’une mystique, l’autre martiale, ne peuvent se faire entendre en même temps. C’est, évidemment, la plus forte des deux qui aura la dernière note. Le symbole est tristement évident pour cette partie du monde pourtant toujours épargnée par les conflits du Sud-est asiatique.

Production-réalisation-textes : François Jouffa.
Enregistrements en janvier 1979 au magnétophone Nagra IV stéréo avec bandes magnétiques Pyral et microphones Sennheiser MKH 416 T (sauf  morceaux 14 et 15).
Photos : Sylvie Jouffa (Nikkormat EL).
Guide-interprète auprès des tribus : Thirawat Weeranuwati.


MUSIC AND SONGS FROM THE GOLDEN TRIANGLE
Music and songs from the Golden Triangle
Meo, Lisu, Shan, Lahu Nyi, Yao, Akha and Karen Sgaw tribes

“Here and there a little band of musicians occupied a booth. In one three men beat on gongs, one played the cymbals, and another thumped a drum as long as himself. My uneducated ear could discern no pattern in that welter of sound, but only a direct and not unexhilarating appeal to crude emotion; but a little further on I came across another band, not of Shans this time but of hillmen, who played on long wind instruments of bamboo and their music was melancholy and tremulous. Every now and then I seemed in its vague monotony to catch a few notes of a wistful melody. It gave you an impression of something immensely old. (...)You had the feeling of a music recollected at night by the camp-fires of nomad tribes on their wanderings from the grasslands of their ancient home and begotten of the scattered sound of the jungle and the silence of the flowing rivers.”
Somerset Maugham, The Gentleman in the Parlour, A Record of a Journey from Rangoon to Haiphong, 1930.

In northern Thailand there is an undefined geo-political region where nomadic tribes of Chinese origin subsist as best they can by cultivating poppies. The difficult access of this mountain and jungle region has protected them from the rest of the world and the so-called progress of industrial civilization. Nowadays, local guides sometimes lead adventurous tourists to the villages around the banks of the Mae Kok River, but in former times, very few people ventured into the hills around the frontiers of Thailand, Burma and Laos. These were professional traffickers or Christian missionaries in search of souls to save among these animist people whom anthropologists (who know them rather badly) classify in the Sino-Tibetan-Burman stock.

At the time these recordings were made, in the late seventies, descendants of the Chiang Kai-shek army, who had taken refuge in the region (about one hundred thousand people still hoping to reconquer Red China), made the merchandise caravans pay a levy to go through the passes, and these masters of opium traffic and clandestine laboratories flooded the world with the deadly white powder. In the Golden Triangle, one also came across all kinds of rebels: the army of the Shan state fighting for its independence from Myanmar, the national Karen liberation army and even Thai communist partisans who prepared sabotage with the help of some of the tribes and who were able to entrench themselves in Cambodia with the Khmers Rouge forces. Following the variation in the stakes of the “Cold war”, these movements were financially supported by the Soviets, the Chinese or the Americans, at times by two of them or even all three…

In this dangerous, constantly stirring political context, the peoples (Meo, Lisu, Shan, Lahu, Nyi, Akha, Yao and Karen Sgaw) whose music and songs we recorded on the Thai territory were living in autarky, in the same manner as their distant ancestors. For hundreds of years they circulated in this perimeter, fleeing from various persecutions and keeping intact customs and traditions going back a few millenniums. These tribes, whose cultures have nothing in common with the neighboring peoples of Asia, do not know writing. From one tribe to the next located only a few hours hike away, people do not even speak the same language or believe in the same spiritual forces. These spirits inhabit water, rocks and rice fields from Tibet to Vietnam. The members of these tribes still dress as they did in the Middle Ages; a trip to the Golden Triangle was therefore like travelling in time. 
François Jouffa, 1979

CD 1 – Total playing time: 60’43
MEO: The Meo say that their horses ate their manuscripts when they had fallen asleep from exhaustion after their long walk from China. According to anthropologists, this is a way to justify the absence of written culture, replaced by “well digested” experiences. But ethnologists point out that these Meo who call themselves H’mong, have nothing in common with their Chinese homonyms. Their history dates back more than four thousand years, and the fact that they have mixed with the Chinese since 700 BC explains their strong physical resemblance. The shaman sings and accompanies himself with a gong to communicate with the spirits. The mouth-organ (Jew’s harp) and drum guide the soul of a deceased person. The “musical bamboo” can attract a certain malevolent spirit which delights on its sound, so that the musician playing it falls ill. The following pieces present the White Meo from the village of Pong-Nok.

1. LOVE (YEAE). Vocals: Mr. Kai. 4’14.
“I am a man and you are a woman. I love you very much. I am very much in love with you. Come and frolic with me in the jungle. We will not be disturbed and we will have a good time. We can build a large family and our future will be solid.”

2. THE UNIQUE (NEER SHI). Vocals: Mrs Ngaw. 3’58.
“I am a woman and I have reached the age to be married. I have several boyfriends, but only one means something to me. He is unique. If he expresses his desire to marry me, I think I will not turn him down. He is a nice-looking boy.”

LISU: The Lisu are one of the northern Thailand tribes which, according to anthropologists, are related to the Tibetan-Burman group of Mongol type. They belong to a proud, martial tribe which often got into trouble with the Chinese, until the authorities of Ancient China decided to hire these brave men as mercenaries. Closer to us in time, the Lisu distinguished themselves in Mesopotamia during the Second World War. In the 40s-50s, fleeing from the persecutions and abandoning China, they arrived in Thailand after crossing the Shan state in Burma. They are animists and practice certain forms of ancestor cult and various exorcisms. The spirits are everywhere, notably in flowing water. Like the Meo, the Lisu mainly live off the cultivation of opium. The fields are hidden in the mountains, a few hours walk away from the villages. The Lisu are wonderful linguists who sometimes speak four languages. The following pieces were recorded in the village of Huey-San.

3. MY LOVE. Vocals: Mrs A-Sa-Ma and Mrs A-Vou-Mae. 6’01.
“I live in the mountain. One day, a man from the south came to my village. It was the first time an attractive man was looking at me straight in the eyes. For me it was love at first sight.
I think he loves me too, because he never went back to his country and he comes and talks to me every day.”

4. CORN SPIRIT (YUE-PHUE). Vocals: Mrs A-Sa-Ma and Mrs A-Vou-Mae. 5’01.
“I live in a large family where everybody likes to drink. So I distil good corn brandy. It is very strong, 75°. Everybody tastes it during celebrations. My family loves me because I make very good drink.”

5. VISITORS. Sue-bue (3-string instrument): Mr A-Be-Dme. 5’02.
“We have had several visitors in our house today. Don’t be shy, don’t hide in your room and don’t stay in the kitchen. Come and have a drink with us and taste the many dishes prepared for us all.”

6. NEW YEAR. Sue-bue: Mr A-Be-Dme. 8’43.
“It is the time of the new year celebration (the full moon of February). It is the time when young boys and girls fall in love and go and travel together. Then, we decide whether we must marry them. In the meantime, get together and have good time.”

7. FISHING. Khen with 5 bamboo tubes (gourd pipe called fu-ru in Lo-lo dialect): Mr O-Be. 6’04.
“I went fishing and for three days tried to catch fish in the river. Unfortunately, I came back with an empty bag and now
I have no food to bring to my family. I dare not go back home empty-handed.”

8. BEAUTIFUL BIRD. Khen: Mr O-Be. 1’22.
“I have a bird trap. I spent four days in the jungle but I only caught one bird. Because of me, it now has a broken leg.
I cannot bring it back home. I have let him go. The beautiful bird has flown away. It looks to fine to be eaten.”

9. WORK IN THE FIELDS. Khen: Mr O-Be. 4’42.
“Our main food is rice, so everyone has to work in the rice fields. The rain eventually fell. So we have to cultivate in order to grow the reserves for next year. The work is tough, but it must be done.”

SHAN: There were approximately 70 000 Shan in Thailand. They are refugees from the war that their fellow citizens are fighting in Myanmar (there are over 2 million Shan in Myanmar), where they have formed a liberation army for the independence of the state they live in within the Burma federation. The Shan and the Thai get along well. They have common origins (the name Shan comes from the same Chinese-Thai root as Siam which mean “free”). For that matter, the Shan speak a Thai dialect and call themselves “Tall Thai”. Their traditional dress is dyed with indigo blue, hence their nickname “Black Thai” – like the nomadic people in the Sahara who are called “Blue men”. The Shan are being integrated into the Thai population and they have settled in the Thai part of the Salin basin, west of Chiang Mai. The recordings which follow were made on the premises of the village school in Ban-Mai-Mork-Jam.
Vocals: Miss Mue, Miss Suey-Ing, Miss Khae and Miss Lord.
Instrumentalists: Mr Pang (toe-yoe, 4-string fiddle with a metal sound box), Mr Mun (grone-chum, a set of three drums of various sizes), Mr Gonejee (mon-vang, bamboo xylophone) and Mr Gowina (ching, small Chinese cymbals).

10. GETTING BETTER. 3’07.
“This is our musical ensemble. We rehearse very often. Now we play very well. We want to be so good that nobody anywhere will be able to sing or play as well as we does. So we must work all the time in order to get better. Our music will be played for eternity.”

11. QUESTIONS. 2’33.
“How are you? Where do you come from? I think no-one has never seen you around here. Are you a traveler? Where are you going? Has your trip gone well? Why have you come here? In any case, I hope that you are happy amongst us because we are happy to welcome you. I hope you will have a nice stay. Good luck to you.”

12. PEACEFUL. 1’56.
“Let me introduce my home and all our land. At the moment everything is peaceful. We are protected by the police, they bring us peace. There are many soldiers at the border keeping the bandits away from our village. Everyone is happy to live. We are lucky.”

13. LIVING. 3’38.
“How are you? What does your house look like? What do you do in life? We grow rice and vegetable to live on. What do you eat? Is it the same food that we eat, or is it different? “

14. IN LOVE. 3’44.
“I am a teenage girl, often in love. But boys are not always honest with me. I must quiet down. I had too many disappointing affairs. I am going to turn down the company of men. When I am alone, I will find myself again.”

CD 2 – Total playing time: 59’18
LAHU NYI: The Lahu Nyi came from southern Yunnan in China. They emigrated from Burma to Thailand more than a century ago. Some of them went to Laos but came back to Thailand in the mid 70s to escape communism at the end of the Vietnam war. Being last arrivals, they could only settle on difficult sites in the mountains, far away from where water can be found. They feel superior because they live higher than other people. They are excellent mountain climbers, although they are quite “hooked” on opium. The Thai and the Shan call them Mussuh, which means Hunters. There were some 10 000 Lahu Nyi living in about fifteen villages. They sometimes build special huts for dancing, whith reinforced bamboo flooring. It is generally the young maids who court men (Lahu men are very shy), by tantalizing them with a bamboo Jew’sharp which they play under their beloved’s house (built on piles). They enjoy singing love ballads. These recording were made at the village of Hey- Sala.
Vocals: M. Tai-Yae.
Instrumentalists: Mr. Ja-Bue (pi-shi-gong, 2-string guitar) and Mr. Aie-Saw (khen, gourd pipe  called naw in Lahu dialect).

1. THOUGHT (YI-MA-HA). 9’00.
“I move around a lot in many places far from my home. When I am far away, I spend much time thinking about my parents and my girlfriend. As I walk, I think of her.  At each step, I have thoughts for my family, my house and all the people in the village. When I was young, I wanted to leave everything and go travel around the world. Now, I want to come back and see them again.”

2. FREE TRIO. 2’17.
Musical improvisation.

YAO: According to their mythology, the Yao are descended from a dog. This sacred animal is said to have married the daughter of an emperor offered in recognition for the murder of an enemy. The mixed couple came and settled in the mountains of southern China and formed a family which would be at the origin of the Yao people. One can find traces of their passage in Central China around 2500 BC. The true origin of the Yao is the Chinese province of Kweichow where the Meo also come from. Although their languages have common roots, both tribes do not understand each other. The Yao have no writing but some of them transcribe their words in Chinese characters. In their chronicles of the Chow kings dynasty, the Chinese called them “dogs” because of their cruelty. Today, the Yao number about 4 million people and live in the Chinese province of Kwangsi, in southern Yunnan, in Tonkin, in Laos and in Thailand. They are great cattle breeders but they were mainly the most important opium farmers of the whole Golden Triangle. They are also considered the best traders among these tribes: they excel embroidery and silver work. There are 112 villages or hamlets east and north of Chiang Rai. These recordings come from the village of Pha-Dua.

3. WELCOME. Vocals: Mrs Fam-Lin. 2’39.
“It has been a long time since I last saw people like you. But you are welcome. We are all very happy that you have come visit us on our lands.”

4. DISTANT FRIENDS. Vocals: Mrs Ley-Mue-Sang. 2’59.
“You must come from very far. You must have crossed the seas, gone through many countries before you arrived here. In any case, we consider you as members of our family. We are all brothers and sisters in this world.”

5. LOOKING. Vocals: Mr. Sang-Sen. 2’36.
“I am standing still on top of the mountain, overlooking the whole region. I can see you all. I know exactly how many of you there are. I know where you go. I can see everything that takes place, everywhere at once.”

6. SHE IS PRETTY. Vocals: Mr. Sang-Sen. 3’14.
“Oh, I can see a pretty girl. She is really beautiful. Please turn your eyes towards me. You cannot see me because I am too old. I hope you will understand that we can simply become friends. You are so pretty.”

7. WEDDING. 2’33.
Instrumentalists: Mr. Sang-Guy (dyo, small drum), Mr. Luv-Ven (sa-jey, cymbals), Mr. Lae-Fin (loe, gong), Mr. Sue-Jue (dya, oboe).
A piece played at wedding ceremonies.

AKHA: The Akha (or E-Kaw) of Thailand arrived from northern China through Burma. Today they reside in the Chiang Rai province, whith approximately 75 villages. They are physically related to the Tibetans. Chinese words can be found in their dialect, but they do not know writing. They are very superstitious. They set up gates at the entrance of villages, where they hang rotten dogs heads so that the smell keeps malevolent spirits from bringing diseases to the community. Although they are very poor, they are undoubtedly the most spectacular people in the whole Golden Triangle. The women, who smoke pipes, have magnificent costumes with mini-skirts worn on top of leggings and headdress richly decorated with many silver coins. The men wear their hair in a small braid. If someone cuts it off, they become demented. The Akha are not encumbered with geo-political notions and a village situated in Thailand often has fields in Burma. These recordings were made in the village of Saenchai-Kao.

8. GARDEN OF LOVE (TO-SO-LEA). Vocals: Miss Me-Bgar and Mrs A-Pare. 1’46.
“We worked hard in the field. The evening has now come. Now that work is over we can go home and have a good meal. We make ourselves pretty and wear clean clothes. Then we go to the Garden of love, to sing and play music. Thus we can attract men. As it is cold at night, we have to find someone to warm up with.”

9. SINGLE (O-SAY-SA-MER). Vocals: Mr. A-Sor and Mr. A-Bea. 1’27.
“I was single all day. I worked hard for my family. It is now time to go home and get some strength again with food. The meal will make me strong enough to face the cold of night. In the Garden of love, my girlfriend is waiting. I must have enough strength to last the night.”

10. YOU AND ME (A-YEA-CHA). Vocals: Mr. A-Sor and Mr. A-Bea, Miss Me-Bgar and Mrs A-Pare. 3’22.
“We are together, you and I. We are having a good time. Maybe I will marry you, so that I can give you even more love than now. In any case, we shall not be cold tonight or the following nights. Don’t ever let me get cold.”

11. MUSICAL. 3’47. Vocals: Mrs A-Pare.
Instrumentalists: Mr. A-Sor (ya-eah, Jew’s harp), Mr. A-Bea (tong, drum), Miss Me-Bgar (leaf blown between the thumbs).

KAREN SGAW: The Karen are rather poor today. They live off fishing and they rent their elephants to the company exploiting teak wood. They are also big smugglers of precious stones and wood, weapons, medicines (but not drugs), which they carry on their back across the borders. They are usually animist, sometimes Christian and always violently anti-communist (apart from the Buddhists). Karen peasants protect the nationalist guerrillas who have been fighting the Rangoon regime since 1948. They emigrated from Burma several generations ago and they say they had already lived in Thailand at the time of the Mon-khmer kingdom, before the Thai themselves. This makes them proud compared to new arrivals with whom they have little contact. They are divided into two groups (subdivided into another two) both culturally and physically different: the Pwo and the Sgaw. These recordings, made in the village of Muang-Ngam, present the Karen Sgaw, the “purest” Karen.
Instrumentalists: Mr. Mue-So (klaung, dae in Karen dialect, drum), Mr. Di-Doe (ching, ja-kaw, small cymbals), Mr.
Ba-Pi (kong, mo, gong).

12. BOYS AND GIRLS (NOE-DA-JOE). Vocals: Mr. Lung-Dang and Mr. Ni-Grew. 10’12.
“When the boys and girls of the village fall in love, they sing and play music together. We shall marry after this song. Let’s enjoy this dance. If you sing for me, I shall sing for you. Let’s drink, sing and dance. Our love will last forever.”

13. A HEART TO TAKE. Vocals: Mrs Mue-To and Mrs Mae-Poe. 5’05.
“I have grown enough to look at boys. I must go out of my home to find a man. He must be kind, nice-looking and hard-working. I sincerely wish to find a suitable man in this village.”

BONUS TRACKS IN BANGKOK
Recorded in October 1974 with a mono Nagra III on Agfa tapes. With a little help from Sylvie Meyer.

14. THE PEE-PAT MAKANG. 5’27.
The Pee-Pat Makang orchestra of the Department of Fine Arts in Bangkok plays in the courtyard of the Wat Saket, Temple of the Golden Mountain of the capital, in king Bhumibol presence for the ordination of bonzes. The traditional instruments, besides the sea conch (sang), are an oboe (pi nai), a horn, two trumpets (trae), a pair of cymbals (ching), a wooden flute (khlui), a circular row of 16 bubled gongs (khong-wong-yai), two xylophones alto and soprano (ranaht ek and ranath thum) and a drum (klong khaek).

15. WITH THE ROYAL ARMY. 2’12.
The Pee-Pak Makang is interrupted by the coming of a military band. The two musical styles, one mystical and the other martial, cannot make themselves heard at the same time. It is the loudest who will gain the last note. The symbolism behind this scene can sadly be understood in this part of the world which has up to now been left out of the South-east Asia conflicts.

Produced and collected by François Jouffa. Recorded in January 1979 with a Nagra IV stereo,
two Sennheiser MKH 416 T microphones and Pyral tapes (except #14 and 15).
Photos by Sylvie Jouffa (Nikkormat EL).
Guide and interpreter among the tribes: Thirawat Weeranuwati.
Liner notes: François Jouffa translated by Dominique Bach and Susie Jouffa.
Editing and mastering in 2013 at the studio Art & Son, Paris, France, by Alexis Frenkel.
Artistic advisor in 2013: Augustin Bondoux.

Situé aux confins des frontières thaïlandaises, birmanes et laotiennes, le Triangle d’Or est une région d’Asie du Sud-Est reculée à la croisée des influences chinoises et indiennes. Aux abords des cols escarpés et des jungles luxuriantes en contrefort, vivent isolés du reste du monde des peuples d’origines chinoises que François Jouffa est parti enregistrer à la fin des années 1970 dans une zone alors réputée dangereuse, sur fond de Guerre froide et trafic de drogues. Cet enregistrement sur 2 CD est le rare témoignage audio qui recense les musiques chants et instruments des peuples Meo, Lisu, Shan, Lahu Nyi, Yao, Akha et Karen Skaw, aux traditions et coutumes millénaires. 
Patrick Frémeaux

Located within the borders of Thailand, Myanmar and Laos, the Golden Triangle is a remote region of Southeast Asia at the crossroads of Chinese and Indian influences. On the outskirts of steep mountain passes and of its foothills covered with luxuriant jungles live peoples of Chinese origin isolated from the rest of the world that François Jouffa recorded in an area known for its dangerousness, in the late 1970s, on the Cold War and traffic drugs background. This sound recording, here presented on a double CD, is a rare audio testimony which lists the different types of music, the songs and the music instruments of the Meo, the Lisu, the Shan, the Lahu Nyi, the Yao, the Akha and the Karen Sgaw peoples, the traditions and customs of which are very ancient. 
Patrick Frémeaux

CD Musiques et Chants du Triangle d'or Peuples Meo, Lisu, Shan, Lahu Nyi, Yao, Akha, Karen Skaw par François JOUFFA © Frémeaux & Associés 2013




ExtractTrackAuthorDuration
CD 1
01 Amour - M. Kai04'15
02 L'unique - Mme Ngnaw04'02
03 Mon amour - Mmes A-Sa-Ma et A-Vou-Mae06'03
04 Alcool de maïs - Mmes A-Sa-Ma et A-Vou-Mae05'04
05 Les visiteurs - Sue-Bue et M. A-Be-Dme05'04
06 Nouvelle année - Sue-Bue et M. A-Be-Dme08'46
07 A la pêche - M. O-Be06'07
08 Bel oiseau - M. O-Be01'25
09 Travail aux champs - M. O-Be04'46
10 En progrès - Mlles Mue, Suey-Ing, Khae et Lord03'09
11 Questions - Mlles Mue, Suey-Ing, Khae et Lord02'34
12 Paisible - Mlles Mue, Suey-Ing, Khae et Lord01'57
13 Pour vivre - Mlles Mue, Suey-Ing, Khae et Lord03'39
14 Amoureuse - Mlles Mue, Suey-Ing, Khae et Lord03'44
CD 2
01 Pensées - M. Tai Yae et MM. Ja-Bue et Aie-Saw09'02
02 Trio libre - M. Tai Yae et MM. Ja-Bue et Aie-Saw02'21
03 Bienvenue - Mme Fam-Lin02'41
04 Amis lointains - Mme Ley-Mue-Sang03'01
05 Regards - M. Sang-Sen02'38
06 Elle est jolie - M. Sang-Sen03'16
07 Mariage - MM. Sang-Guy, Luv-Ven, Lae-Lin, Sue-Jue02'37
08 Jardin d'amour - Mlle Me-Bgar et Mme A-Pare01'47
09 Célibataire - MM. A-Sor et A-Bae01'29
10 Toi et moi - MM. A-Sor et A-Bae, Mlle Me-Bgar et Mme A-Pare03'24
11 Musical - MM. A-Sor et A-Bae, Mlle Me-Bgar et Mme A-Pare03'51
12 Garcons et filles - MM. Lung Dang et Ni-Grew10'13
13 Coeur à prendre - Mmes Mue-To et Mae-Poe05'09
14 Piphat Makang - Ensemble Piphat-Makang05'28
15 Militaires au Wat Saket - Ensemble Piphat-Makang02'12