JAZZMEN PLAY THE BLUES 1923-1957

LOUIS ARMSTRONG, KING OLIVER, SIDNEY BECHET, JOHNNY HODGES…

More details

Number of CDs : 2


29,99 € tax incl.

FA5256

Available. Will be sent within 24 to 72h

Add to my wishlist

+3 loyalty points


"Not only a form of expression unique to black America, the blues is one of the major musical elements of jazz. 
Great jazzmen are often also great bluesmen with the gift of adapting the sound of the human voice to that of their instrument.
In this album, comprising two CDs, Jacques Morgantini presents some of the most beautiful blues recorded by jazz musicians, a perfect blend of the lyricism of blues and the exuberance of jazz."
Patrick Frémeaux
Droits : DP Frémeaux & Associés.
JAZZMEN play the BLUES

JAZZMEN play the BLUES 
1923-1957
 








Les thèmes sur lesquels les premiers musiciens de jazz ont improvisé ont été, en grande majorité, des blues. En effet, nombre d’entre eux avaient commencé par accompagner des chanteuses de blues et à se former à leur contact. C’est ainsi qu’ils ont élaboré leur discours, une manière spéciale de faire parler leurs instruments en adoptant les caractéristiques essentielles de la technique vocale de ces artistes qui, voix noire oblige, possédaient un large vibrato, utilisaient des notes longuement tenues, des inflexions qui permettaient une très grande expressivité, une chaleur unique. Les autres morceaux qu’ils avaient à leur disposition étaient souvent des thèmes qu’ils avaient composés eux-mêmes. Tout au long de l’histoire du jazz, le blues a été un tremplin fétiche pour beaucoup et, à ce titre, est resté très présent dans leur répertoire. Non seulement les solistes, mais également les grands orchestres, ont largement utilisé le blues et les Duke Ellington, Count Basie, Lionel Hampton, Buddy Johnson… ont écrit et joué des compositions, des arrangements sur les mythiques douze mesures du blues. Certains de ces orchestres possédaient dans leurs rangs des chanteurs de blues qui ont beaucoup œuvré pour la diffusion et la popularité du blues, ainsi Jimmy Rushing chez Count Basie, Eddie Vinson chez Cootie Williams, Ella John­son chez Buddy Johnson, Sonnie Parker chez Lionel Hampton, etc. Des amateurs de jazz ont longtemps pensé que le terme blues était une autre appellation pour désigner des slows ou morceaux joués sur tempo lent. Maintenant chacun sait que le blues peut être joué aussi bien sur tempo lent que médium ou vif. Il fallait bien le préciser, en rappelant que ce thème, plus vieux que le jazz, s’est répandu dans la communauté noire depuis la fin de l’esclavage au XIXe siècle, pour prendre sa forme définitive avec une séquence, une progression harmonique d’une logique exemplaire, permettant aux exécutants les envo­lées les plus belles. Ce blues s’est fixé finalement à douze mesures au début du XXe siècle, se décomposant en trois parties de 4 mesures chacune (1). C’est ce thème, basé seulement sur trois accords, qui a, plus que tout autre, ses racines plongées profondément dans l’âme des Noirs des USA. C’est le moyen le plus direct pour eux de faire part de ce qu’ils ressentent profondément.

L’art de jouer le blues
Pour un grand musicien, jouer le blues c’est se livrer entièrement, c’est faire émerger ce qu’il y a de plus sincère, de plus profond dans sa personnalité musicale ! C’est affirmer à tous ce qu’il est réellement, ce qu’il ressent, ce qu’il veut nous faire partager ! Vous remarquerez qu’il n’y a jamais la moindre grandiloquence déplacée chez les grands joueurs de blues ! Notre propos est de mettre en avant les musiciens de jazz les plus renommés et les plus exceptionnels pour jouer le blues. Car on ne joue pas le blues comme un autre morceau. Les broderies trop brillantes, les grandes phrases jouées avec sentimentalité (je n’ai pas dit : sentiment !), les effets de virtuosité sont déplacés dans le blues. Ils vont parfois jusqu’à nuire à la qualité de l’improvisation et sont même dérangeants pour l’auditeur averti. Lorsque l’on joue le blues, il faut faire parler, clamer son instrument avec profondeur, âpreté, densité, avec un poids loin de la virtuosité, de la joliesse et des effets faciles ! Pour rapprocher encore plus leur discours mélodique des inflexions de la voix humaine, les cuivres, trompettes et trombones, utilisent des sourdines diverses qui, en modifiant le son émis, donnent une plus grande intensité, une plus grande force expressive à ce qu’ils veulent exprimer. La fameuse plunger-mute est en fait une coupe en caoutchouc qui n’est autre que la ventouse dont se servent les plombiers pour déboucher les éviers ! C’est le trompettiste Bubber Miley, le bras droit de Duke Ellington dans les années 20, qui popularisa cette technique dite wa-wa, qu’il transmit au trombone Tricky Sam Nanton, musicien qui arrive à réellement faire parler son instrument comme une voix humaine. À son tour, Tricky Sam forma le successeur de Bubber Miley dans l’orchestre de Duke, le grand Cootie Williams, ainsi que Rex Stewart et par la suite Ray Nance et Cat Anderson ! Parfois, dans ses orchestrations, Duke Ellington utilise tous ses cuivres jouant wa-wa pour obtenir des effets saisissants, c’est son fameux style jungle, devenu sa signature. D’autres musiciens utilisent toutes sortes de sourdines qu’ils bricolent eux-mêmes ou qu’ils trouvent tout simplement autour d’eux, Sidney De Paris à la trompette se sert parfois d’un simple verre à boire, ou un chapeau métallique qu’il déplace devant le pavillon de son instrument. Dickie Wells lui, fait confiance à l’occasion à un béret troué qu’il place sur l’orifice externe de son trombone…

Les musiciens sont inégaux devant l’art de jouer le blues. Certains l’ont d’instinct, “dans la peau” pourrait-on dire, d’autres, au contraire, même très bons jazzmen, ne parviennent pas à être à l’aise sur ce canevas harmonique ; ils jouent le blues avec emphase, avec des intonations qu’ils utilisent lorsqu’ils brodent sur des ballades, ce qui peut provoquer un sentiment de malaise. Cela va de celui qui n’est pas très convaincant lorsqu’il aborde les 12 mesures, jusqu’à ceux qui carrément sont hors du coup, pour ne pas dire plus, avec des roucoulades néfastes au climat exigé par ce thème ! Voulant être positif, je ne citerai pas de noms, m’attachant à mettre en évidence ceux qui sont de vrais maîtres du blues, ceux que ce thème oblige à donner ce qu’il y a musicalement de plus profond en eux, et qu’ils puisent dans leurs racines. Chez les trompettistes, par lesquels nous allons commencer, les plus grands s’appellent King Oliver, Louis Armstrong, Tommy Ladnier, Hot Lips Page, Bubber Miley, Cootie Williams, Sidney De Paris, Buck Clayton… Chacun de ces musiciens sera illustré par un ou plusieurs de ses disques les plus représentatifs. Quel­quefois certaines interprétations nous don­neront l’occasion d’entendre plusieurs solistes s’exprimant sur le blues, à la perfection. Ce sera le cas, par exemple, avec des titres de Duke Ellington où les Cootie Williams, Tricky Sam Nanton, Johnny Hodges, Barney Bigard, grands bluesmen s’il en est, nous démon­treront leur efficacité sur ce thème majeur de la musique des Noirs des USA. Car n’est-il pas curieux que des centaines de musiciens aient improvisé sur des blues et que chaque fois le résultat soit différent d’un musicien à l’autre ? Chaque artiste a sa manière personnelle d’aborder le blues et d’y exprimer ses sentiments, ses émotions du moment, pour les transmettre à l’auditeur, chaque musicien a une manière bien à lui et unique de jouer le blues !

Les trompettistes
Ce West End Blues de Louis Armstrong est la version avec grand orchestre de 1939, au cours de laquelle il reprend presque littéralement la célèbre introduction de la version originale datant de 1928 avec ses Hot Five. Outre de fulgurants chorus de Louis, on entend un fort bon solo du trombone J.C. Higginbotham qui lui aussi connaît bien son blues et sait le jouer avec force notes tenues. Après un interlude de guitare, Louis vocalise sur un background des anches (clarinettes et saxos) ; nouvel interlude de piano avant un magnifique solo de trompette, où Louis démontre une fois de plus que le blues n’exige pas des avalanches de notes. Back O’Town Blues est tiré d’un concert au Town Hall de New York en avril 1947 où Louis, avec son fidèle batteur Big Sid Catlett, est entouré de quelques musiciens blancs. Dès les premières mesures, on est stupéfait par  la puissance et la beauté de la sonorité de Satchmo. Après ce premier solo, il chante quelques chorus de blues et l’on perçoit ça et là les exhortations d’un spectateur qui voulait peut-être marquer bruyamment son enthousiasme, jusqu’au moment où Louis, ayant assez de ce perturbateur, lui lance un vigoureux “shut up boy“ (la ferme, petit !) immédiatement applaudi par l’assistance. Mais, distrait par cet incident, Louis se trompe de paroles dans le début de la strophe suivante, ce qu’il rectifie aussitôt avec maîtrise et élégance ! Jack Teagarden joue au trombone le chorus suivant, pas trop mal par moments, mais se laissant aller à des roucoulades nuisibles à la fin de son solo, roucoulades très éloignées de l’esprit du blues. Mais remarquez comment Louis, dans son dernier chorus, remet les choses en place ; nous baignons là dans le blues grandiose joué par le Roi, parfaitement épaulé par la batterie de Big Sid ! Un document ! Nous proposons ensuite Jack-Armstrong Blues de 1944, V-Disc de l’armée américaine. C’est une jam-session avec Louis entouré de musiciens blancs, sauf Cozy Cole à la batterie et Al Hall à la basse. Outre des dialogues entre les deux trombones Jack Teagarden et Lou McGarity, il y a quelques chorus d’improvisation collective, mais ces musiciens ne maîtrisent pas bien cet art, chacun jouant pour soi d’où un résultat brouillon. Heureusement, Louis apparaît enfin pour six chorus de trompette sur le blues absolument renversants ; c’est une véritable marche triomphale, le punch, les idées, la sonorité majestueuse, le swing énorme, la sensibilité, tout y est ! Notez et dégustez la note violemment vibrée (le shake) avec laquelle Louis attaque son dernier chorus ! Un must inoubliable !

Tommy Ladnier était renommé à Chicago, dans le début des années 20. On l’appelait “le Roi du Blues” pour la qualité de ses accompagnements de chanteuses comme Ma Rainey, Ida Cox, ou Bessie Smith ! Cependant il n’eut pas la carrière que son talent méritait. Pur musicien de la Nouvelle-Orléans, il est majestueux, recueilli tout au long de Really The Blues, gravé en 1938 en compagnie de Mezz Mezzrow et de Sidney Bechet, qui lui aussi nous gratifie d’un admirable solo de saxo-soprano. Là on est bien au cœur du blues le plus pur, pesant, dramatique, mais aussi triomphant ! À leurs débuts, l’idole de ces deux exceptionnels trompettistes a été le renommé King Oliver, celui qui recruta le tout jeune Louis Armstrong encore inconnu en 1923, pour qu’il joue à ses côtés dans son orchestre, l’un des meilleurs et l’un des premiers à être enregistré. Peu de longs solos de King Oliver ont été gravés, mais ses variations au cours de ses trois chorus avec sourdine wa-wa de Dippermouth Blues ont été parmi les solos les plus copiés de tout le jazz ! Un modèle pour les trompettes de la Nouvelle-Orléans ! La contribution du clarinettiste Johnny Dodds est également remarquable. Autre adepte du style New Orleans dont il s’est inspiré, Bubber Miley est celui, nous l’avons déjà dit, qui vulgarisa largement l’emploi de la sourdine wa-wa avec le growl. Ses élèves furent en d’abord les musiciens de l’orchestre de Duke Ellington avec lequel il collabora jusqu’en 1929. Comment ne pas sélectionner la version Victor de 1927 de la fameuse Black And Tan Fantasy, une des œuvres les plus illustres de Duke Ellington, qui fit de lui, le Roi du style jungle ? Ce morceau, écrit en collaboration avec Miley, eut un retentissement considérable. Après le sax alto d’Otto Hardwicke, Bubber joue deux chorus, prouvant qu’il fut, non seulement l’initiateur, mais aussi le maître incontestable de ce style. Après Duke au piano, c’est le tour de Tricky Sam Nanton qui fait parler son trombone avec force, aussitôt suivi de la trompette éloquente et expressive de Bubber. Nous avons là un des réels chefs-d’œuvre du jazz ! 

Cootie Williams, le successeur de Bubber Miley chez Duke, devint vite un expert dans le maniement des sourdines, au point de devenir le trompettiste le plus connu dans cet aspect du jeu. Sa puissance légendaire, sa maîtrise du growl, sa présence, en font un exceptionnel joueur de blues, faisant parler son instrument comme bien peu au cours de son Mobile Blues en 1938 ! Autre ellingtonien, le brillant et intrigant Rex Stewart qui sait faire parler littéralement sa trompette (en fait un cornet), notamment sur le blues lent, par exemple lors de Jug Blues, où son compagnon de l’époque Sandy Williams prouve lui aussi combien le trombone est un instrument “taillé” pour le blues. Ils sont étonnants tous deux sur ce titre enregistré en France en 1947. Sidney De Paris est certainement un des plus grands trompettistes que le jazz ait connu.  Il excelle dans tous les registres, sur tous les thèmes, les traditionnels de la Nouvelle-Orléans, les boogie-woogies, les classiques du répertoire, mais c’est aussi un formidable orateur sur le blues. Voici un disque qui lui rend justice, The Call Of The Blues, où ce virtuose des sourdines, se sert par moments d’un simple verre à boire ! Ça et là, il utilise le growl pour intensifier la tension avec laquelle il conduit ses interventions. Un magnifique artiste, un des plus grands que peu d’amateurs mettent à sa vraie place, hélas ! Beau solo du guitariste Jimmy Shirley qui s’étend sur deux chorus. Le clarinettiste Edmond Hall joue souvent mieux le blues, comme ici, que d’autres morceaux. Vic Dickenson est aussi un sacré bluesman, qui fait parler son trombone avec densité avant le retour de Sidney qui fait bonne mesure avec quatre chorus exemplaires. Quel message, on ne peut s’en lasser ! Un autre de nos “chouchous“ est le surpuissant et insurpassable trompette sur le blues Hot Lips Page. Tous les musiciens disaient que, lors d’une jam-session lorsque l’on attaquait le blues, nul ne pouvait rivaliser et tenir tête à Lips ! House Party le trouve en la compagnie fort relevée de Sidney Bechet, Mezz Mezzrow, Sammy Price, Sidney Catlett… Hot Lips joue le blues avec cette âpreté, cette flamme, cette tension qui le distingue de bien des musiciens : inflexions surpuissantes, malaxages des notes, vibrato expressif, émotion palpable ! Sidney Bechet qui suit n’est pas moins impressionnant, encore un titre à mettre au Panthéon ! Le chef d’orchestre Don Redman avait écrit un arrangement sur le blues médium Carrie Mae Blues, et il lui fallait, pour donner rayonnement et éclat à sa composition, l’intervention d’un trompettiste au jeu puissant et intense. C’est pourquoi son choix se fixa tout naturellement sur Hot Lips Page, qui galvanise tout l’orchestre au cours de deux chorus grandioses ! À souligner particulièrement les inflexions écrasantes qu’il utilise au début de son deuxième chorus ! Magistral ! Le trombone Henderson Chambers est lui aussi très efficace dans son solo qui ne s’étend que sur un seul chorus. Buck Clayton, musicien d’une rare sensibilité, à la sonorité émouvante et opulente, est lui aussi un as du blues, très différent cependant de ceux qui ont précédé. Moins low down peut-être, mais diablement prenant, comme au cours de ses deux chorus de Blues Too (de 1945) de Teddy Wilson, toujours bon au piano sans être du tout un spécialiste du blues. En dehors de Buck, Ben Webster pointe le bout de son saxo-ténor pour un énergique solo. Nous reviendrons sur ce musicien plus longue­ment, car c’est un maître en la matière, sa sono­rité somptueuse, ses inflexions magistrales et même ses silences sont encore du blues !

Les trombones
Commençons logiquement par le doyen, Kid Ory, un des musiciens les plus importants de ce merveilleux creuset que fut la Nouvelle-Orléans. Compagnon de Louis Armstrong lors des fameuses séances à Chicago des Hot Five de 1925 à 1927, nul ne l’a dépassé dans les improvisations collectives. Depuis le New Orleans Revival du début des années 40, il dirigea en Californie un orchestre qui, sans nul doute, fut celui qui a fait revivre la musique de la Nouvelle-Orléans, sous sa forme la plus pure. Dans Aunt Hagar’s Blues (1953) avec son indispensable batteur Minor Hall, Kid est en compagnie de l’excellent trompette Teddy Buckner. Ils s’entendent tous les deux à merveille et le solo de Mister Ory a toute la force et la truculence nécessaire, un régal ! Nous avons dit que, pour devenir le trombone sachant le mieux faire parler, gémir son instrument grâce à l’emploi des sourdines, Tricky Sam Nanton a bien suivi les conseils de Bubber Miley. Pour le style wa-wa, c’est bien Tricky Sam qui est la référence. Sweet Chariot (1932) de Duke Ellington a un triple avantage, celui de nous permettre d’entendre, bien sûr Tricky Sam  au cours de deux interventions splen­dides, mais aussi celui de nous présenter dans leurs œuvres Cootie Williams à la trompette et plus brièvement Johnny Hodges au saxo-alto, répondant au vocal paresseux de Cootie. Le background plaintif écrit par Duke pour ses saxos est le parfait soutien aux solistes et renforce l’atmosphère sombre et prenante du morceau. Pour Vic Dickenson, choisissons Bottom Blues (take 2), tiré d’une magnifique séance de février 1944 dirigée par Albert Ammons. Albert ouvre le bal par un chorus de blues exemplaire et Vic est là pour deux chorus où il utilise des notes étranglées, expressives qui conviennent si bien à ce type de morceau. Il est suivi par Don Byas qui fait un peu trop “joli” ; ce grand improvisateur joue bien, c’est évident, mais il enjolive un peu trop son propos, contrairement aux autres qui s’expriment avec un poids, une âpreté qui est exigée par le blues low down (puissant, à ras de terre) comme Lips Page le démontre avec bonheur plus loin ! L’élégant Dickie Wells est un trombone de première grandeur qui excelle, lui aussi, dans le blues. N’est-il pas justement célèbre pour ses accompagnements aux vocaux du blues shouter Jimmy Rushing avec l’orchestre de Count Basie ? À Paris, en 1937, Hugues Panassié eut l’excellente idée de lui faire graver Dickie Wells Blues, au cours duquel il peut longuement s’exprimer pendant plus de 3 minutes sans le moindre fléchissement ! Il aurait été souhaitable que l’on donne une telle chance à d’autres éminents solistes de jazz !

Les clarinettes
Dans Harlem Flat Blues de Duke Ellington, seulement deux solistes prennent chacun deux chorus à la file et nous sommes, là encore, au cœur du blues low down avec Tricky Sam et la clarinette sinueuse et insistante de Barney Bigard, un enfant de la Nouvelle-Orléans qui fut un des rares à avoir su adapter, après 1930, le style de clarinette de sa ville natale au jazz des grands orchestres. Car si les principaux instruments solistes passèrent du style New Orleans au jazz des années 30 et 40 sans difficultés, la clarinette, qui était tellement présente et indispensable dans cette musique des origines, ne sut pas bien prendre sa place par la suite dans les grandes formations. Seuls Bigard, Buster Bailey et quelques autres surent tirer leur épingle du jeu. Toujours Barney Bigard dans un autre chef d’œuvre de Duke, Saturday Night Function, où sa clarinette, à la sonorité chaude et somptueuse, aux inflexions intenses, fait merveille tout au long de ses deux remarquables chorus. Autre musicien notable dans cette interprétation, Johnny Hodges, en marge des cuivres jouant avec le growl ; quant au trompettiste Art Whetsol, sa sonorité un peu plate et son jeu saccadé ne font pas de lui un bon clameur de blues ! Vous constaterez vite la différence lorsque Tricky Sam nous réinstalle dans le blues, de même que Johnny Hodges qui termine. Illustration très claire entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas improviser sur le blues avec l’accent indispensable ! Avec Johnny Dodds, nous avons un des tous meilleurs pour cette spécialité. Jeu tendu, âpre, inflexions puissantes, vibrato ample, on est comblé dès les premières mesures de S.O.L. Blues qu’il a enregistré en 1927 avec Louis Armstrong. Après son vocal, Louis joue le fameux chorus qui fît à l’époque sensation et fut repris par de multiples musiciens comme Vic Dickenson dans un enregistrement de 1944 (soit 17 ans plus tard !). Même flamme de Mister Dodds tout au long de Clarinet Wobble (1927) avec Bud Scott à la guitare. Pour la flamme, l’envolée, la rage de s’exprimer totalement que ce soit avec la clarinette ou son saxo-soprano, pas de rival pour le génial Sidney Bechet. Il est éblouissant et son inspiration est au plus haut niveau dans le long Blue Horizon de 1944. Un sommet non seulement pour Bechet, mais pour tout le jazz ! Avec Mezz Mezzrow, un des rares Blancs à parfaitement jouer le blues à la clarinette, Bechet est une fois encore triomphant, dominateur au saxo-soprano tout au long de Gone Away Blues de 1945. Magnifique !

Les saxophones
Johnny Hodges, le plus grand des saxo-altos est aussi un brillantissime spécialiste du saxo-soprano, le meilleur avec Sidney Bechet qui avait, du reste, donné leçons et conseils au jeune Johnny dans les années 20 ! Comment décrire la musique de Johnny Hodges ? Céleste devrait suffire ! Dooji-Wooji (1938) s’ouvre sur une figure de piano lancinante de Duke, puis Cootie avec la plunger-mute dialogue avec l’orchestre avant l’arrivée de Johnny qui commence son solo par de longues notes tenues qui amorcent magistralement ses deux chorus. Cootie a le dernier mot d’une bien belle façon ! Un disque de chevet ! That’s the Blues Old Man est un titre qui mérite une explication. Lorsque les musiciens terminèrent ce morceau, les responsables du studio deman­dèrent aussitôt à Hodges quel était son titre, et Johnny, avec un haussement d’épaule, lança : “Mais c’est le blues, mon vieux”, et c’est finalement ce qui a été retenu lors de la sortie du disque. Blues recueilli et de nouveau l’entente entre Johnny Hodges, ici au soprano, et Cootie fait merveille. Ces deux artistes étaient vraiment faits pour jouer ensemble. Il est curieux de remarquer qu’après les multiples chefs-d’œuvre qu’ils ont gravés en commun de 1936 à 1941, ils n’ont plus jamais été réunis en disque, même lorsque Cootie est revenu dans l’orchestre de Duke où ils se trouvaient tous les deux. Nous ne féliciterons pas les directeurs artistiques des marques de disques qui n’ont pas été très avisés… Chez les saxo-altos, un nouveau venu a su créer, à partir de 1938, un style particulièrement efficace et musclé pour jouer le blues. C’est Louis Jordan, également chanteur, qui imposa cette nouvelle et swinguante manière ; il fît école et les Eddie Vinson, Donald Hill, etc., lui doivent beaucoup. Personnage haut en couleur, goguenard, familier du blues, nous le trouvons avec son Tympany Five dans Inflation Blues qu’il chante avec bonne humeur et insolence, pour se plaindre auprès du Président des Etats-Unis de l’augmentation du prix de la vie ! (Déjà !). Ses deux chorus d’alto sont là pour nous démontrer que c’est un vrai de vrai en la matière ! Pour le saxo-ténor, nous n’aurons que l’embarras du choix, car il y a là de sacrés blues blowers. Un des meilleurs est certainement Ben Webster, aussi impérial dans les blues que dans les ballades les plus mélodieuses ! Il improvise sur le blues avec une conviction et une éloquence rares, servi par une sonorité ample, somptueuse même, un vibrato chaleureux, un son énorme. Avec une seule note, une inflexion, Big Ben ne peut que régaler d’au­diteur ! En Californie en 1951, il grave avec l’orchestre de Johnny Otis One Nighter Blues, véritable référence et exemple à suivre pour ceux qui veulent apprendre à faire parler leur instrument sur le canevas des 12 mesures ! Intervient aussi dans ce titre Pete Lewis, le guitariste régulier d’Otis, dont on ne sait pas grand-chose mais qui remplit bien son rôle, avant un dernier rugissement de Ben pour conclure.
 
Autre ténor dont la maîtrise sur le blues n’est plus à vanter, le Texan Buddy Tate, qui fut pendant plus de 10 ans vedette du big band de Count Basie. Son compagnon dans l’orchestre, le chanteur de blues Jimmy Rushing, un fin connaisseur, disait que “Buddy était le meilleur pour jouer le blues” ! Alors ? Le voici avec son orchestre dans Blue Buddy qui lui est entièrement consacré. Pourquoi devant un tel disque faire le moindre commentaire ? C’est parfait ! Autre Texan et voix majeure de son instrument, notre autre ami Jean-Baptiste “Illinois” Jacquet, lui aussi un immense orateur sur le blues, comme au cours de Goofin’ Off de 1947. “No comment” pour ce preaching définitif ! Son ami et successeur dans les rangs de l’orchestre de Lionel Hampton, encore un surdoué membre des “Texas ténors”, est le surpuissant Arnett Cobb. En compagnie de l’excellente Dinah Washington et de certains membres de la glorieuse phalange hamptonienne de l’époque, Arnett joue deux chorus, au cours de Salty Papa Blues, qui allient puissance maîtrisée et profonde sensibilité, prouvant bien que le wild man of the tenor sax savait également jouer le blues avec un heureux mélange de sérénité et de tension extrême ! La vedette de l’orchestre de Jimmie Lunceford, Joe Thomas, fonda à la fin des années 40 un petit orchestre le mettant souvent en valeur. Disons tout de suite que c’est un exceptionnel interprète de blues ! Ampleur sonore, grandes clameurs, notes tenues vibrantes, font de lui un bluesman d’une rare efficacité, d’autant plus que sa sonorité au vibrato si expressif n’est pas, par moments, sans évoquer la voix humaine ! C’est le parfait “prêcheur” de blues comme au cours du saisissant Harlem Hop (1949) sur tempo médium. Après le solo du saxo-baryton, pas mauvais du tout, dégustez l’entrée de Joe qui commence par une immense inflexion, et le discours ne fait que se développer et monter en puissance tout au long de ses chorus successifs ! Quel dommage qu’un tel artiste ait quitté le métier dans la plénitude de ses moyens pour ouvrir une entreprise de pompes funèbres à Kansas City ! Une perte pour le jazz authentique… Avec Ike Quebec, nous avons un admirateur de Coleman Hawkins, dont il a la sonorité ferme et opulente. En compagnie du maître de la guitare électrique Tiny Grimes, ils ont gravé ensemble un réel chef-d’œuvre, Blue Harlem, où ils démontrent tous deux combien ils maîtrisent l’art du blues. Après un solo d’antho­logie de Tiny Grimes, Ike Quebec développe le sien avec une rare intensité, une insistance, un poids sur les notes qui évoquent des trompettistes utilisant la sourdine wa-wa, notamment au cours de son deuxième chorus. Nous avons employé à propos d’artistes s’exprimant par­ticulièrement bien sur le blues, le mot preaching, qui désigne la manière convaincante, exaltée parfois, que les prêcheurs noirs utilisent pour secouer et convertir leurs ouailles. C’est cette conviction qui anime Ike Quebec tout au long de son solo. Eddie Chamblee est un ténor familier du blues, sur lequel il sait et aime improviser. Son débit, sa sonorité, qu’il renforce parfois d’un growl bienvenu font merveille au cours de Long Gone n° 2 où il est épaulé, stimulé par le piano de Sonny Thompson, un expert en la matière.

Les pianistes
On pensera tout de suite aux pianistes boogie-woogie, cette manière énergique de jouer le blues sur tempo souvent rapide, avec des basses très mobiles, à 8 voire 6 notes à la me­sure. Ce style a ses champions, les Pete Johnson, Albert Ammons (déjà représenté plus haut), Lloyd Glenn, Sammy Price, Jay McShann… Mais d’autres pianistes, non-spécialistes exclusifs du genre, sont également à l’occasion de brillants boogiemen ! Tel Milton Buckner que nous trouvons ici avec son patron Lionel Hampton, autre infaillible sur les 12 mesures au cours du long Vibe Boogie. Les quatre chorus en block-chords, style en accords popularisé par le joyeux Milton, ont été un modèle, une référence pour beaucoup. Quant à Lionel, c’est le super doué du jazz, toujours extraordinaire sur toutes les trames harmoniques qu’on peut lui proposer ! Encore cinq minutes inoubliables avec le fidèle guitariste Billy Mackel, toujours aussi vigilant et efficace derrière les deux solistes ! Milt a toujours eu une affinité spéciale avec le blues qu’il interprète avec maestria. En compagnie de Mickey Baker à la guitare souple et éloquente, il est ici à l’orgue Hammond pour un splendide duo orgue-guitare ! Conversation passionnante de ces deux artistes sur ce Mighty Low ! L’inventeur de l’orgue électrique, du moins celui qui a ouvert la voie à tous les autres, est Wild Bill Davis. Le truculent Wild Bill, au swing dévastateur, était parfaitement entouré par Floyd Smith à la guitare et Chris Columbus à la batterie ! Ces trois lascars sont absolument renversants dans le blues lent I Ain’t Feeling So Good, enregistré un soir de 1955 dans un cabaret new-yorkais. Comme disent certains, “c’est du blues qui drague à mort !”. Dès le départ, Floyd Smith fait gémir sa guitare avec véhémence, soutenu en puissance par Wild Bill Davis qui poursuit avec ses accords joués par paquets ! Count Basie, le modeste, est lui aussi un remarquable blues guy ! A Kansas City, le blues était roi et Basie, en représentant éminent de ce style, ne déroge pas à cette tradition. On le trouve en 1942 sur Way Back Blues le bien nommé, en compagnie de sa prestigieuse section rythmique composée, il n’est pas inutile de le rappeler, de Freddie Green à la guitare, de Walter “Big One” Page à la basse et de Jo Jones à la batterie. Basie, d’un calme olympien comme toujours, déroule son blues avec sérénité, parfaitement soutenu par ses partenaires, dont se détache parfois la basse de “Big One”. Ils se baladent avec nonchalance et leur en­tente tient du miracle ! Autre figure légendaire de la musique de Kansas City, Pete Johnson, une sommité sur le blues au piano comme pour le boogie-woogie. C’est le genre de musicien que l’on pourrait écouter pendant des heures ! Nous le trouvons dans Cuttin’ The Boogie associé à son comparse, l’autre grand du boogie, le magnifique Albert Ammons. Leur entente et leur complicité tiennent du prodige ! Chaque seconde de ce duo est à déguster, car jamais deux pianistes n’ont atteint une telle fusion, une telle complémen­tarité. Le pianiste Buddy Johnson, également compo­siteur et arrangeur, dirigea un grand orchestre de jeunes musiciens qui, le succès aidant, eut une vie plus longue que beaucoup d’autres. Sa formation était très prisée des Noirs des états du Sud, région dans laquelle il tournait régulièrement, écumant tous les grands dancings, les grands ballrooms du Deep South ! Pendant quelques mois cependant, il s’installait dans le fameux Savoy Ballroom de Harlem, où sa musique faisait les délices des danseurs de la côte Est(2). Sa recette ? Des blues et des blues-ballades qu’il composait, chantés pas sa sœur, la très sous-estimée et pourtant remarquable Ella Johnson, ainsi que de solides jump-numbers à destination des lindy hoppers (danseurs de swing acrobatique) de la région de New York ! Un swing donnant des fourmis dans les jambes à tous les fanatiques de la danse, une pulsation énergique, souple et stimulante qui entraîne les danseurs vers la piste, et voilà ! Beaucoup semblent oublier que le jazz fut une musique de danse, selon la formule : plus de swing, plus de danse, plus de jazz ! Climat envoûtant, cohésion de tous (ah la chaleur de la section des saxes !) et piano lancinant du chef, tout cela pour un très beau Minglin’ ! Du solide !

Les guitaristes
Le père du blues à la guitare électrique, le grand T-Bone Walker, à la sonorité somptueuse, unique, aux inflexions intenses, à la souplesse de tous les instants, est à son maximum tout au long de Blues For Marili. Une musique magnifique dont chaque note est à savourer, je ne peux cacher ici mon admi­ration, mon enthousiasme ! Inoubliable ! On comprend aisément pourquoi il a été le mo­dèle, l’idole de centaines de guitaristes de blues et de jazz ! Autre figure incontournable pour jouer le blues, le spécialiste de la guitare à quatre cordes (et non six) Tiny Grimes, qui sait travailler les notes, modeler les accords les plus intrigants et les plus inattendus avec maîtrise et feeling comme dans Rocking The Blues Away ! Encore du blues de derrière les fagots ! Bien sûr, des centaines de musiciens se sont essayés au blues avec des résultats divers et certains, excellents, ne figurent pas dans cette sélection. Ils n’ont nullement démérité, mais il n’y avait pas la place pour tous les valeureux ! Quelle injustice dans une telle entreprise, mais nous pouvons affirmer que “les meilleurs des meilleurs” sont présents ici ! Et cela est bien ainsi. Alors laissez-vous envahir, intoxiquer, enchanter par le blues, cette magnifique structure musicale, si simple et si parfaite, qui illustre si bien le génie musical des artistes noirs de tous les temps !
Jacques MORGANTINI
© 2009 Frémeaux & Associés  

Notes
(1) Voir Savoir écouter le Blues (FA 5181)
(2) Voir The Savoy Ballroom (FA 5189) 

78 tours issus de la collection Jacques Morgantini. Photos et collections : Louis Bachoué, Jean Buzelin, Jacques Morgantini, Paul Rust, X (D.R.). Reproductions photographiques : Pierre Allard.  Remerciements à Jean Buzelin.  

english notes
JAZZMEN PLAY THE BLUES 1923-1957
The majority of early jazz themes were based on the blues. Indeed, many jazz musicians started out accompanying blues singers, thus perfecting the ‘voices’ of their instruments by developing broad vibratos, sustained notes and a warmth of expression. They would supplement this with their own creative themes. Blues was also a very prominent feature in the history of jazz orchestras. The likes of Duke Ellington, Count Basie, Lionel Hampton and Buddy Johnson all composed pieces based on the traditional 12-bar blues theme. Moreover, many of these bands included lead singers who had greatly contributed to popularising the blues, such as Jimmy Rushing with Count Basie, Eddie Vinson with Cootie Williams, Ella Johnson with Buddy Johnson, Sonnie Parker with Lionel Hampton and so on. For a long time “blues” was perceived as a term to describe slower tracks. By now, of course, we know that the blues can be performed at any tempo, including fast. This music, far older than jazz, blossomed throughout the black community during the nineteenth century and the end of slavery. By the beginning of the following century, it had assumed its definitive form of 12 bars divided into three parts of four bars each. It is via the medium of this three chord theme that the true soul of black music is best expressed. 

The art of playing blues
The blues is a very heartfelt form of musical expression. In this selection, we present some of the exceptional blues interpreters of jazz. There is a  distinct way of performing the blues. It is not to be over-elaborated, over-sentimentalised and any  clever effects are inappropriate to the form and interfere with its spontaneity. Intensity, sincerity and substance should prevail over frivolous virtuosity. The brass instruments are able to echo the human voice more expressively by adding a variety of mutes to their trumpets and trombones. All you need, in fact, is a plumber’s rubber plunger! Bubber Miley,  a trumpeter with Duke Ellington’s band in the Twen­ties, popularised this “wa-wa” technique, influen­cing Tricky Sam Nanton, who made his trombone sound uncannily close to the human voice. Other followers included Cootie Williams, Rex Stewart, Ray Nance and Cat Anderson. Ellington’s signature “jungle” sound involved most of the brass section playing wa-wa. Musicians would incorporate all manner of objects as mutes: Sidney De Paris, for example, would use a drinking glass or a metal cap on his trumpet; Dickie Wells put a perforated beret to ingenious use when muting his trombone. The abilities of jazz musicians vary when it comes to the blues. Some of them possess an instinctive approach, while others are less comfortable with the medium. The latter tend to perform the blues in a ballad mode which can sound awkward. But let  us concentrate on those that mastered the genre successfully, among them the trumpeters King Oliver, Louis Armstrong, Tommy Ladnier, Hot Lips Page, Bubber Miley, Cootie Williams, Sidney De Paris and Buck Clayton, who feature on this selection. There are also blues performances by soloists, such as on the Duke Ellington tracks, including Cootie Williams, Tricky Sam Nanton, Johnny Hodges and Barney Bigard, all true bluesmen. Every musician’s take on the blues is different and the sheer variety of individual interpretations is  fascinating.

Trumpeters
During this big band version of West End Blues by Louis Armstrong from 1939 he repeats almost note for note the famous introduction from the original version in 1928 with his Hot Five. Apart from some dazzling choruses from Armstrong there is a very good solo from J.C. Higginbotham on trombone, also a great blues player who makes extensive use of his typical drawn out notes. After a guitar interlude, Louis takes his vocal backed by clarinet and saxes; a piano interlude is followed by a magnificent trumpet solo where he proves yet again that the blues does not need an over abundance of notes. Back O’Town Blues is from a concert in New York Town Hall in April 1947 when Armstrong and his faithful drummer Big Sid Catlett were accompanied by several white musicians. From the opening bars the listener is struck by the power and beauty of Satchmo’s tone. He then sings a few choruses  to encouraging shouts from a member of the audience, no doubt keen to show his appreciation, that is until Louis has had enough and shouts back “Shut up boy!” Distracted by this incident, he mixes up the opening words of the next verse but recovers himself very smoothly! Jack Teagarden’s trombone comes in with the next chorus and, although he plays reasonably well at times, he incorporates some unnecessary warbling notes that have little to do with a feeling for the blues. However, in the final chorus, Armstrong soon gets things back on track with some superb blues playing, perfectly backed by Big Sid. On the 1944 V-Disc Jack-Armstrong Blues Louis is surrounded by white musicians, apart from Cozy Cole on drums and Al Hall on bass. Apart from exchanges between trombonists Jack Teagarden and Lou McGanity, the collective improvisations are just a jumble as most of these musicians were used to playing for themselves, rather than improvising as a group. Fortunately, Armstrong again saves the day with six superb choruses. Tommy Ladnier, a well known Chicago figure in the early 20s, was known as the “King of the Blues” for his stints as accompanist to the likes of Ma Rainey, Ida Cox and Bessie Smith, yet he never achieved the fame he deserved. His pure New Orleans style is evident throughout Really The Blues, recorded in 1938 alongside Mezz Mezzrow and Sidney Bechet who also contributes a brilliant soprano sax solo. When starting out both Ladnier and Armstrong admired the renowned King Oliver who hired the as yet unknown young Armstrong in 1923. His band was among the best and one of the first to record. Although King Oliver recorded few long solos, his variations on three choruses played with wa-wa mute on Dippermouth Blues are some of the most copied of all time and a model for all New Orleans trumpeters. Johnny Dodds’ clarinet contribution is also noteworthy.

Another adept of the New Orleans style and master of the wa-wa and growl mutes, Bubber Miley’s first disciples included members of Ellington’s orchestra with whom he collaborated until 1929 This 1927 Victor version of the well known Black And Tan Fantasy, typical of the Duke’s famous jungle style, was written with Miley, who takes the first two choruses, followed by Ellington on piano, then a forceful Tricky Sam Nanton on trombone before more eloquent trumpet from Bubber. Cootie Williams, who succeeded Miley in Duke’s line up, soon became an expert at handling mutes. His mastery of the growl, together with his legendary powerful tone and stage presence made him an exceptional blues player. On his Mobile Blues from 1938 he really makes his instrument talk in a way few others could. Another Ellingtonian, Rex Stewart, also used his trumpet (in fact a cornet) to great effect, especially on slow blues e.g. Jug Blues (recorded in France in 1947) where Sandy Williams shows that the trombone also is a perfect blues instrument. Sidney De Paris is certainly one of the best ever jazz trumpeters. He excels on every type of theme, whether traditional jazz, boogie-woogie or standards, but is also an excellent blues orator. On Call Of The Blues this virtuoso of the mute uses growl mute and even a simple glass in places to emphasize his interventions. A great musician, unfortunately too often underrated by fans. The track includes a nice guitar solo from Jimmy Shirley plus some excellent work by Edmond Hall on clarinet and Vic Dickenson on trombone. Another of our favourite blues trumpeters is Hot Lips Page. Other musicians said that, during a jam session, nobody could outdo Hot Lips when it came to the blues! On House Party he is accompanied by Sidney Bechet, Mezz Mezzrow, Sammy Price and Sidney Catlett. Hot Lips’ raw, passionate style, with its blend of notes and expressive vibrato, distinguishes him from many other blues players. Bandleader Don Redman had written an arrangement of the medium tempo Carrie Mae Blues for which he needed a powerful trumpeter. His choice fell naturally on Hot Lips Page who galvanises the entire band throughout two magnificent choruses. Note also Henderson Chambers’ short but interesting trombone solo. Another blues ace, Buck Clayton has a stirring, rich tone and a true feeling for the blues but a very different style from the above. Less low down perhaps but utterly compelling, as on Blues Too from 1945 by Teddy Wilson, excellent on piano although not a blues specialist. Ben Webster, who is men­tioned below, also contributes a lively solo.

Trombonists
One of the most important New Orleans musicians was Kid Ory whose improvisations were an outstanding feature of Armstrong’s famous Hot Five Chicago sessions between 1925 and 1927. He went on to lead an orchestra in California that played a huge role in the New Orleans Revival in the early 40s. On Aunt Hagar’s Blues (1953) backed by drummer Minor Hall, Ory is flanked by the excellent trumpeter Teddy Buckner. As already mentioned Tricky Sam Nanton was influenced by Bubber Miley as his use of the wa-wa mute shows on Sweet Chariot (1932) by Duke Ellington, also featuring Cootie Williams on trumpet and briefly Johnny Hodges on alto sax. The plaintive sax backing written by the Duke underlines the sombre, compelling atmosphere of the piece. Bottom Blues (take 2) from an excellent session in February 1944, led by Albert Ammons, features Vic Dickenson whose husky tone is perfectly suited to this type of blues. Don Byas puts in a competent performance but adds too many unnecessary flourishes, unlike the others, including  Hot Lips Page, who provide that raw harshness that low down blues demands. That Dickie Wells is also an excellent blues player is evident on his accompaniments to blues shouter Jimmy Rushing with Basie’s orchestra. In 1937, in Paris, Hugues Panassié arranged for him to record Dickie Wells Blues on which he is given over three minutes to express himself. A pity that other jazz greats didn’t get the same opportunity!

Clarinettists
On Ellington’s Harlem Flat Blues only two soloists take successive choruses: Tricky Sam and clarinettist Barney Bigard, one of the rare musicians who, after 1930, successfully adapted his New Orleans style to that of a big band. While other front line instrumentalists made the change in the 30s and 40s without too much difficulty, clarinet players found it less easy to carve out a place for themselves in big bands. Only Bigard, Buster Bailey and a few others managed it. Bigard features again on another Ellington masterpiece Saturday Night Function, using his warm, full tone to full effect on two outstanding choruses. While Johnny Hodges is equally effective, trumpeter Art Whetsol’s rather flat tone and jerky phrasing do not make him a good blues player. The difference is underlined when Tricky Sam and Hodges come back in. Johnny Dodds is also considered to be one of the best blues players. His tight, powerful inflections and ample vibrato is evident from the opening bars of S.O.L. Blues in 1927 with Louis Armstrong. After his vocal, Louis plays the famous chorus that created a sensation at the time and was copied by numerous musicians e.g. Vic Dickenson in a recording made 17 years later! Dodds evinces the same fiery attack on Clarinet Wobble (1927) with Bud Scott on guitar.  For passion, imaginative scope and the ability to give his all Sidney Bechet has no equal. He is at his dazzling best on Blue Horizon from 1944 which is an outstanding jazz moment. Alongside Mezz Mezzrow, one of the few white clarinettists who could play the blues perfectly, Bechet’s soprano sax dominates on the magnificent Gone Away Blues from 1944.

Saxophonists
The greatest of all alto saxophonists Johnny Hodges was also a specialist of the soprano sax, on a level with Sidney Bechet who had, in fact given him some lessons and advice in the 20s. Ellington introduces Dooji-Wooji (1938) with some trenchant piano, then Cootie Williams with plunger mute before Hodges launches into his solo with a few long held notes that lead into two superb choruses before Cootie has the last word. There is a story behind the title of That’s The Blues Old Man: when the musicians had finished, the studio technicians asked Hodges for the name of the piece. He shrugged and said “But it’s the blues old man” and that’s what appeared when the record was issued. In spite of the obvious musical understanding between Hodges and Cootie Williams, after recording numerous masterpieces together, they never cut another disc together even when they were both back in Ellington’s band. A newcomer among alto sax players emerged in 1938 with a different swinging style of playing the blues. Louis Jordan, also a vocalist, had a great influence on Eddie Vinson, Donald Hill etc. who owed him a lot. We find this colourful, sardonic character fronting his Tympany Five on Inflation Blues, with a satirical vocal addressed to the U.S. President on the rising cost of living, followed by two alto sax choruses that prove his ability. When we come to tenor saxophonists the choice  is difficult because they included some excellent blues blowers. One of the best was certainly Ben Webster, as outstanding on the blues as when playing ballads. His eloquent blues interpretations make full use of his rich tone, warm vibrato and huge sound. With the Johnny Otis band in California in 1951 he recorded One Nighter Blues, a perfect example for any budding blues player. The title also features Otis’ regular guitarist, Pete Lewis, about whom little is known but who acquits himself well.  That other great blues tenor saxophonist, Buddy Tate, was the star of Count Basie’s big band for over ten years. Blues singer Jimmy Rushing, also with the band, declared “Buddy was the best at playing the blues!” We hear him here with his own band on Blue Buddy. Also a Texan Jean-Baptiste “Illinois” Jacquet was another great bluesman e.g. Goofin’ Off from 1947. His friend and successor in the ranks of Lionel Hampton’s orchestra was another member of the “Texan tenors”, Arnett Cobb. Alongside Dinah Washington and some of Hampton’s line up at the time, Arnett offers us two choruses on Salty Papa Blues revealing that this “wild man of the tenor sax” could play the blues with a subtle blend of serenity and tension.  In the late 40s the star of Jimmie Lunceford’s orchestra, Joe Thomas, formed a small band, using it to highlight his own big, vibrant sound and expressive vibrato that at times almost sounds like the human voice! His gifts as a blues preacher are evident on the medium tempo Harlem Hop (1949). Taking up from the baritone sax soloist, he develops his powerful improvisation over successive choruses. A pity that such a talented musician retired at the height of his success to open a funeral parlour in Kansas City! Ike Quebec was an admirer of Coleman Hawkins, adopting the latter’s confident, opulent tone. Toge­ther with electric guitar maestro Tiny Grimes he recorded Blue Harlem, a real blues masterpiece. He follows a legendary solo from Grimes with an equally compelling one of his own, the weight he gives to certain notes evoking a trumpeter using a wa-wa mute.  Eddie Chambers often played the blues on which he loved to improvise as on this Long Gone N° 2 backed by Sonny Thompson on piano. 

Pianists
Naturally we think first of great boogie-woogie pianists such as Pete Johnson, Albert Ammons (see above), Lloyd Glenn, Sammy Price and Jay McShann. However, other pianists, although not specialists in the genre, did at times reveal themselves as brilliant boogie men e.g. Milton Buckner here with his boss Lionel Hampton, another master of 12-bar blues, on Vibe Boogie. Buckner’s block-chord choruses served as a model for many. Hampton is as extraordinary as ever with his regular guitarist Billy Mackel providing a solid backing throughout. Buckner moves over to Hammond organ on Mighty Low with the eloquent guitar here provided by Mickey Baker. Wild Bill Davis deserves the credit for introducing the electric organ. His truculent and devastating swing is perfectly backed by Floyd Smith on guitar and Chris Columbus on drums on the slow blues I Ain’t Feeling So Good, recorded in 1955 in a New York club. Count Basie kept up the Kansas City blues tradition on titles such as Way Back Blues from 1942. Accompanied, of course, by his legendary rhythm section of Freddie Green on guitar, Walter Page on bass and Jo Jones on drums, Basie’s detached playing is echoed by the laid back playing of the others. Another Kansas City legend is Pete Johnson whose blues playing was as polished as his boogie woogie. On Cuttin’ The Boogie in duo with Albert Ammons there is a rare understanding and shared feeling between the two pianists. A composer and arranger, as well as a pianist, Buddy Johnson led a big band of young musicians whose continued success meant they outlived many others. They were popular with coloured audiences in the south where he toured regularly. He also did several months residence at the famous Savoy Ballroom in Harlem where his music delighted dancers: the blues and blues ballads he composed, sung by his sister the frequently underrated Ella Johnson, together with some solid jump numbers aimed at lindy hoppers. The band played with tremendous swing and a driving beat that inspired dancing e.g. Minglin’. It is sometimes forgotten that jazz is also dance music!

Guitarists
The father of electric guitar blues T-Bone Walker, with his unique sound, carefully chosen chords and meticulous phrasing, is at his best throughout the magnificent Blues For Marili. It is obvious why he was the idol of certain blues and jazz guitarists. Tiny Grimes was a gifted exponent of the four-string guitar (rather than six), with an intriguing and often unexpected choice of chords. His real feeling for the blues is evident on Rocking The Blues Away.  Of course, countless musicians have tried to play the blues with varying degrees of success and some who excelled do not appear here as there was not room for all of them. However, we hope we have included the very best. So just sit back and immerse yourself in the blues, that superb music, so simple and yet so moving, brought to you by some of the greatest black artistes of all time.
Jacques MORGANTINI
Adapted from the French text by Joyce WATERHOUSE
© 2009 Frémeaux & Associés 

Notes
(1) See Listening to the Blues (FA 5181)
(2) See The Savoy Ballroom (FA 5189)


78s from Jacques Margantini’s collection. Photos and collections: Louis Bachoué, Jean Buzelin, Jacques Morgantini, Paul Rust, X (D.R.). Photographic reproductions: Pierre Allard. With thanks to Jean Buzelin.  

DISCOGRAPHIE
CD 1  
1 WEST END BLUES (E. Ory) 65346A  
2 BACK O’TOWN BLUES (L. Armstong - L. Russell) D8 VC 75  
3 JACK-ARMSTRONG BLUES (L. Armstrong - J. Teagarden) VP 1054  
4 REALLY THE BLUES (M. Mezzrow) 030319-1  
5 DIPPERMOUTH BLUES (J. Oliver - L. Armstrong) 11389B   
6 BLACK AND TAN FANTASY (D. Ellington - B. Miley) 40155-4  
7 MOBILE BLUES (D. Ellington - C. Williams) 956-2  
8 JUG BLUES (R. Stewart) 2219  
9 THE CALL OF THE BLUES (S. De Paris) 984
10 HOUSE PARTY (M. Mezzrow - S. Bechet) KJ 12-2
11 CARRIE MAE BLUES (D. Redman - Blanchard)
12 BLUES TOO (T. Wilson) 5299
13 AUNT HAGAR’S BLUES (W.C. Handy - Brymn)
14 SWEET CHARIOT (D. Ellington - I. Mills) 404522B
15 BOTTOM BLUES N °2 (Young) 4721-2
16 DICKIE WELLS BLUES (D. Wells) 1899-1
17 HARLEM FLAT BLUES (D. Ellington) 29383
18 SATURDAY NIGHT FUNCTION (D. Ellington - B. Bigard) 49653-2
19 S.O.L. BLUES (L. Armstrong) 81126B
20 CLARINET WOBBLE (J.Dodds) 22710 

SOLOISTS & ARRANGERS  
1 L. Armstrong (tp, voc), J.C. Higginbotham (tb), L. Russell (p). Arr: Luis Russell  
2 L. Armstrong (tp, voc), J. Teagarden (tb)  
3 J. Guarnieri (p), J. Teagarden/L. McGarity (tb & voc. duet), L. Armstrong (tp)  
5 K. Oliver (tp), J. Dodds (cl)  
6 O. Hardwicke (as), B. Miley (tp), D. Ellington (p), J. Nanton (tb). Arr: Duke Ellington
11 O. Page (tp), H. Chambers (tb). Arr: Don Redman
14 J. Hodges (as), C. Williams (tp, voc), J. Nanton (tb). Arr: Duke Ellington
17 J. Nanton (tb), B. Bigard (cl), Arr: Duke Ellington
18 J. Hodges (as), B. Bigard (cl), A. Whetsel (tp), J. Nanton (tb). Arr: Duke Ellington 

(1) Louis Armstrong & His Orchestra: Louis Armstrong (tp, voc), Shelton Hemphill, Otis Johnson, Henry Allen (tp), Wilbur De Paris, George Washington, J.C. Higginbotham (tb), Charlie Holmes, Rupert Cole (cl, as), Joe Garland, Bingie Madison (ts), Luis Russell (p), Lee Blair (g), Pops Foster (b), Sidney “Big Sid“ Catlett (dm). New York City, April 5, 1939.
(2) Louis Armstrong & His All Stars: Louis Armstrong (tp, voc), Bobby Hackett (tp), Jack Teagarden (tb), Peanuts Hucko (cl, ts), Dick Carey (p), Bob Haggart (b), Sidney Catlett (dm).Town Hall, NYC, May 17, 1947.
(3) Louis Armstrong & the V-Disc All Star Jam-Session: Louis Armstrong, Billy Butterfield, Bobby Hackett (tp), Jack Teagarden, Lou McGarity (tb, voc), Ernie Caceres (cl), Nick Caiazza (ts), Johnny Guarnieri (p), Herb Ellis (g), Al Hall (b), Cozy Cole (dm). NYC, December 6, 1944.
(4) Tommy Ladnier & His Orchestra: Tommy Ladnier (tp), Sidney Bechet (ss), Milton “Mezz“ Mezzrow (cl), Cliff Jackson (p), Teddy Bunn (g), Elmer James (b), Manzie Johnson (dm) NYC, November 28, 1938.
(5) King Oliver’s Creole Jazz Band: King Oliver, Louis Armstong (cnt), Johnny Dodds (cl), Honore Dutrey (tb), Lil Hardin (p), Bill Johnson (bjo, voc break), Warren “Baby“ Dodds (dm). Richmond, IN, April 6, 1923.
(6) Duke Ellington & His Orchestra: Bubber Miley, Louis Metcalf (tp), Joe “Tricky Sam“ Nanton (tb), Otto Hardwicke (ss, as), Harry Carney (as, bs), Rudy Jackson (cl, ts), Duke Ellington (p), Fred Guy (bj), Wellman Braud (b), Sonny Greer (dm). NYC, October 26, 1927.
(7) Cootie Williams & His Rug Cutters: Cootie Williams (tp), Barney Bigard (cl), Johnny Hodges (as) Otto Hardwicke (as, bss), Harry Carney (bs), Duke Ellington (p), Billy Taylor (b), Sonny Greer (dm). NYC, December 21, 1938.
(8) Rex Stewart & His Orchestra: Rex Stewart (cnt), Sandy Williams (tb), John Harris (cl, as), Vernon Story (ts), Don Gais (p), Ladislas Czabanick (b), Ted Curry (dm). Paris, December 10, 1947.
(9) Sidney De Paris’ Blue Note Jazzmen: Sidney De Paris (tp), Vic Dickenson (tb), Edmond Hall (cl), James P. Johnson (p), Jimmy Shirley (g), John Simmons (b), Sidney Catlett (dm) NYC, June 21, 1944.
(10) Mezzrow-Bechet Septet: Oran “Hot Lips“ Page (tp), Mezz Mezzrow (cl), Sidney Bechet (ss), Sammy Price (p), Danny Barker (g), Pops Foster (b), Sidney Catlett (dm). NYC, July 30 1945.
(11) Don Redman & His Orchestra: Hot Lips Page, Dick Vance, Harold “Money“ Johnson, Henry Glover (tp), Henderson Chambers, unknown (tb), Bernie Peacock, Don Redman (as), Don Byas, unknown (ts), Bob Wyatt (p), unknown (b), Cozy Cole (dm). NYC, January 29, 1946.
(12) Teddy Wilson Sextet: Buck Clayton (tp), Ben Webster (ts), Teddy Wilson (p), Al Casey (g), Al Hall (b), J.C. Heard (dm). NYC, August 1, 1945.
(13) Kid Ory’s Creole Jazz band: Teddy Buckner (tp), Bob McCracken (cl), Edward “Kid“ Ory (tb), Don Ewell (p), Julian Davidson (g), Morty Cobb (b), Minor Hall (dm). Los Angeles, CA, December 1, 1953.
(14) The Harlem Footwarmers: Cootie Williams (tp, voc), Arthur Whetsol, Freddie Jenkins (tp), Joe “Tricky Sam” Nanton, Juan Tizol (tb), Barney Bigard (cl, ts), Johnny Hodges (as, ss), Harry Carney (cl, as, bs), Duke Ellington (p), Fred Guy (bj), Wellman Braud (b), Sonny Greer (dm). NYC, October 20, 1930.
(15) Albert Ammons & His Rhythm Kings: Hot Lips Page (tp), Vic Dickenson (tb), Don Byas (ts), Albert Ammons (p), Israel Crosby (b), Sidney Catlett (dm). NYC, February 12, 1944.
(16) Dickie Wells & his Orchestra: Dickie Wells (tb), Sam Allen (p), Roger Chaput (g), Bill Beason (dm). Paris, July 12, 1937.
(17) Duke Ellington & His Cotton Club Orchestra: same as for 14, but Juan Tizol omit. NYC, March 1, 1929.
(18) Ssame as for 17, but Bubber Miley (tp) replaces Cootie Williams; Otto Hardwicke (cl, as) added. NYC, January 16, 1929.
(19) Louis Armstrong & His Hot Seven: Louis Armstrong (tp, voc), John Thomas (tb), Johnny Dodds (cl), Lil Armstrong (p), Johnny St.Cyr (bj), Pete Briggs (tuba), Baby Dodds (dm). Chicago, May 13, 1927.
(20) Johnny Dodds’ Trio: Johnny Dodds (cl), Lil Armstrong (p), Bud Scott (g). Chicago, April 21, 1927.

CD 2  
1 BLUE HORIZON (S. Bechet) 208  
2 GONE AWAY BLUES (M. Mezzrow) KJ 30-1  
3 DOOJI-WOOJI (D. Ellington) 977-1  
4 THAT’S THE BLUES, OLD MAN (J. Hodges) 053605-1  
5 INFLATION BLUES (L. Jordan - C. Alexander) L4594  
6 ONE NIGHTER BLUES (B. Webster - J. Otis) 4717  
7 BLUE BUDDY (B. Tate) 3315  
8 GOOFIN’ OFF (I. Jacquet) 260-1  
9 SALTY PAPA BLUES (L. Feather) LHS 3
10 HARLEM HOP (J. Thomas) 5802
11 BLUE HARLEM (I. Quebec - T. Grimes) 988-1
12 LONG GONE Part. 2 (S. Thompson - L. Simpkins) 22187
13 VIBE BOOGIE (L. Hampton) VP 1125
14 MIGHTY LOW (M. Buckner) 21056
15 I AIN’T FEELING SO LONG (B. Davis - F. Smith - C. Columbus) 10653
16 WAY BACK BLUES (C. Basie) 0879-1
17 CUTTIN’ THE BOOGIE (A. Ammons - P. Johnson) 063864-2
18 MINGLIN’ (B. Johnson) 16142
19 BLUES FOR MARILI (A. Walker) 2276
20 ROCKIN’ THE BLUES AWAY (T. Grimes) 1032 

SOLOISTS & ARRANGERS
6 B. Webster (ts), P. Lewis (g)
10 B. Kynard (bs), J. Thomas (ts)
13 L. Hampton (vib), M. Buckner (p). Arr: Milton Buckner.
18 B. Johnson (p). Arr: Buddy Johnson. 

(1) Sidney Bechet & His New-Orleans Feetwarmers: Sidney De Paris (tp), Vic Dickenson (tb), Sidney Bechet (cl), Art Hodes (p), Pops Foster (b), Manzie Johnson (dm). NYC, December 20, 1944.
(2) Mezzrow-Bechet Quintet: Sidney Bechet (ss), Mezz Mezzrow (cl), Fitz Weston (p), Pops Foster (b), Kaiser Marshall (dm). NYC, August 30, 1945.
(3) Johnny Hodges & His Orchestra: Cootie Williams (tp), Lawrence Brown (tb), Johnny Hodges (as), Harry Carney (bs), Duke Ellington (p), Billy Taylor (b), Sonny Greer (dm). NYC, February 27, 1939.
(4) Same as for 3, but Johnny Hodges (ss) ; Jimmy Blanton (b) replaces Billy Taylor. Chicago, IL, November 2, 1940.
(5) Louis Jordan & His Tympany Five: Aaron Izenhall (tp), Louis Jordan (as, voc), Eddie Johnson (ts), Wild Bill Davis (p), Carl Hogan (g), Dallas Bartley (b), Chris Columbus (dm). LA, December 1, 1947.
(6) Johnny Otis Orchestra: Don Johnson, Gerald Wilson (tp), John Pettigrew, George Washington (tb), Floyd Turnham (as), Ben Webster, Lorenzo Holden (ts), Curtis Lowe (bs) Devonia Williams (p), Pete “Guitar“ Lewis (g), Mario Delagarde (b), Leard Bell (dm), Johnny Otis (vib). LA, December 26, 1951.
(7) Buddy Tate & His Orchestra: Pat Jenkins (tp), Eli Robinson (tb), Ben Richardson (cl, as, bs), Buddy Tate (ts), Skip Hall (p), Flat Top Wilson (b), Clarence Donaldson (dm). NYC, 1954.
(8) Illinois Jacquet & His Orchestra: Joe Newman, Russell Jacquet (tp), J.J. Johnson (tb), Illinois Jacquet (ts), Leo Parker (bs), Sir Charles Thompson (p), John Collins (g), Al Lucas (b), Shadow Wilson (dm). NYC, September 10, 1947.
(9) Lionel Hampton Sextet with Dinah Washington: Joe Morris (tp), Rudy Rutherford (cl), Arnett Cobb (ts), Milt Buckner (p), Vernon King (b), Fred Radcliffe (dm), Dinah Washington (voc), Lionel Hampton (lead). NYC, December 39, 1943.
(10) Joe Thomas, His Sax & His Orchestra: John Grimes (tp), Dickie Harris (tb), Joe Thomas (ts), Ben Kynard (as, bs), George Rhodes (p), George Duvivier (b), Joe Marshall (dm). NYC, November 28, 1949.
(11) Ike Quebec Quintet:  Ike Quebec (ts), Ram Ramirez (p), Tiny Grimes (g), Milton Hinton (b), J.C. Heard (dm). NYC, July 18, 1944.
(12) Sonny Thompson with The Sharps & Flats: Eddie Chamblee (ts), Sonny Thompson (p), Alvin Garrett (g), Leroy Morrison (b), Red Cooper (dm). Chicago, 1947.
(13) Lionel Hampton & His Orchestra: Wendell Culley, Joe Morris, Snooky Young, Lamar Wright, Dave Page (tp), Sonny Craven, Vernon Porter, Allen Durham, Fred Beckett, Andrew Penn, Al Hayse (tb), Herbie Fields, Gus Evans (as, cl), Arnett Cobb, Fred Simon (ts), Charlie Fowlkes (bs), Milton Buckner (p), Billy Mackel (g), Charles Harris, Ted Sinclair (b), Fred Radcliffe (dm), Lionel Hampton (vib). NYC, January 22, 1945.
(14) Milt Buckner Organ Group: Milt Buckner (org), Mickey Baker (g), Milt Hinton (b), Shadow Wilson (dm). NYC, March 12 or 15, 1956.
(15) Wild Bill Davis Trio: Wild Bill Davis (org), Floyd Smith (g), Chris Columbus (dm). LA, November 21, 1953.
(16) Count Basie & His All-American Rhythm Section: Count Basie (p), Freddie Green (g), Walter Page (b), Jo Jones (dm). Hollywood, CA, July 24, 1942.
(17) Pete Johnson-Albert Ammons: Pete Johnson and Albert Ammons (piano duet), James F.Hoskins (dm). NYC, May 7, 1941.
(18) Buddy Johnson & His Orchestra: Buddy Johnson (p), prob. Harold Minerve (as), Purvis Henson, prob. Johnny Burdine (ts), rest of the band unknown. NYC, November 6, 1957.
(19) T-Bone Walker, His guitar & band: T.Bone Walker (g), Lloyd Glenn (p), Billy Hadnott (b), Oscar Lee Bradley (dm). LA, 14 December 1956.
(20) Tiny Grimes Quintet: Red Prysock (ts), Freddie Redd (p), Tiny Grimes (g), unknown (b),Jerry Poter (dm). Chicago, November 27, 1951.

CD JAZZMEN play the BLUES  1923-1957 © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)




ExtractTrackAuthorDuration
CD 1
01 West End Blues - Louis03'10
02 Back O'Town Blues - Louis04'20
03 Jack Armstrong Blues - Louis03'45
04 Really The Blues On - Tommy03'40
05 Dippermouth Blues - King02'29
06 Black And Tan Fantasy - Bubber03'11
07 Mobile Blues - Cootie02'33
08 Jug Blues - Rex03'14
09 The Call Of The Blues - Sidney de Paris04'21
10 House Party - Hot Lips02'44
11 Carrie Mae Blues - Hot Lips03'20
12 Blues Too - Buck03'13
13 Aunt Hagar's Blues - Kid03'02
14 Sweet Chariot - Cootie02'54
15 Bottom Blues n°2 - Vic04'43
16 Dickie Wells Blues - Dickie03'23
17 Harlem Flat Blues - Tricky03'06
18 Saturday Night Function - Tricky03'06
19 Sol Blues - Johnny02'55
20 Clarinet Wobble - Johnny02'36
CD 2
01 Blue Horizon - Sidney04'30
02 Gone Away Blues - Mezzrow Bechet02'44
03 Dooji Wooji - Johnny02'59
04 That's The Blues Old Man - Johnny02'58
05 Inflation Blues - Louis03'05
06 One Nighter Blues - Ben02'45
07 Blue Dubby - Buddy03'11
08 Goofin' Off - Illinois02'36
09 Salty Papa Blues - Arnett03'06
10 Harlem Hop - Joe02'55
11 Blue Harlem - Ike04'36
12 Long Gone Part 2 - Eddie02'59
13 Vibe Boogie - Lionel06'02
14 Mighty Low - Joe02'59
15 I Ain't Felling So Long - Ike03'40
16 Way Back Blues - Count03'29
17 Cuttin' The Boogie - Pete02'26
18 Minglin' - Buddy03'06
19 Blues For Marili - T-Bone04'20
20 Rockin' The Blues Away - Tiny02'56
« Des lignées de styles et de techniques » par Jazz Mag/Jazz Man

Dans l’histoire du jazz, le blues tient une place essentielle qui diminue lorsque disparaît le souci des inflexions vocales propres à cet idiome protéiforme. Terrain d’improvisation pour tous les instruments, il peut faire oublier son canevas formel, jamais son climat. C’est ce qu’illustre cette belle anthologie où abondent les chefs-d’œuvre, même si le commentaire de son artisan, Jacques Morgantini, cède parfois à des accès de partialité qui relèvent d’une petite tradition en France. […] Louis Armstrong règne comme il se doit sur le blues des trompettistes et de bien d’autres, notamment avec le West End Blues version 1939 où il côtoie J.C. Higginbotham (tb). Le compilateur esquisse clairement des lignées de styles et de techniques associant un ou deux instruments (Bubber Miley-Tricky Sam Nanton-Cootie Williams pour les cuivres, Sidney Bechett-Jonnhy Hodges pour les anches) tout en faisant place au traitements du blues selon chaque instrument, sans négliger la clarinette que les big bands refoulèrent en partie. Parmi les sommets qui ponctuent le parcours, on retient le grandiose Blue Horizon de Bechet (1944), un Bottom Blues N°2 unissant Vic Dickenson et Albert Ammons (que l’on retrouve en duo pianistique avec Pete Johnson dans un parfait Cuttin’ The Boogie), l’élégant Blues Too de Buck Clayton et Teddy Wilson, un grand Ben Webster chez Johnny Otis, ou encore T-Bone Walker et Tiny Grimes pour la guitare. On en passe, bien sûr […]. JAZZ MAG/JAZZ MAN




« They certainly know about the blues! » by Blues in Britain

« Ask a jazz musician to play the blues and you are unlikely (though it is admittedly not impossible) to get a version of «Sweet Home Chicago» or « Mojo Working ». You are far more likely to get an expressive slow piece based on a 12 bar format. But then again, the jazz musicians on the double CD Jazzmen Play The Blues 1923-1957 are pretty much a lively bunch, from Louis Armstrong and King Oliver to Lionel Hampton and Ike Quebec, and they certainly know about the blues. Then also there are people such as Louis Jordan, Johnny Otis, Buddy Johnson, and T-Bone Walker, well-known names to lovers of the vintage rhythm & blues sound, and such genre-hopping figures as Tiny Grimes, Eddie Chamblee, Buddy Tate and Arnett Cobb. It may not all sound like the blues as we know it-though a large proportion certainly does – but it is all well – worth hearing. »
By Norman Darwen — BLUES IN BRITAIN




«Un régal à écouter » Par Jazz Hot

« Souligner l’importance du blues n’est jamais inutile. Le blues concerne tout le monde, les bluesmen, le country, le rock’n’roll, le mal nommé « jazz moderne » («Parker’s Blues », Blues Monk », « Straight No Chaser », « Walkin’ », « The Preacher »…) et bien sûr les représentants du jazz classique et mainstream, voir les débuts de l’étiquette Rhythm’n Blues auxquels Jacques Morganti se consacre ici. Nous lui rappellerons que si « les mythiques [?] douze mesures du blues » (p.3) sont une réalité durable, il y a les variantes de 8 (« Trouble in Mind ») et 16 mesures (« Careless Love »). Il nous propose dans son domaine une sélection pertinente et qui est un régal à écouter (bonne qualité de restitution). Ses propos idéalistes prennent un sens dans son illustration. Le CD1 est dominé par les trompettistes dont il a choisi les maîtres : Louis Armstrong (version 1939 de « West End Blues » - notez la section de clarinettes derrière le chant -, le solo somptueux de « Back O’ Town Blues » avec Jack Teagarden – malmené par Morgantini -, sa coda dans « Jack Armstrong Blues » et l’impact de ses répetitions de phrases dans « SOL Blues », 1927), l’archétype du blues sobre à la trompette par Tommy Ladnier (« Really the Blues », 1938, qui est aussi le n° 196 des échantillons mp3 dans notre CD-Rom), l’apport historique de King Oliver (« Dippermouth Blues », 1923) et l’incontestable spécialiste Hot Lips Page (solo de « Housse Party », 1945, de « Carrie Mae Blues », 1946, « Bottom Blues n° 2 » avec, excellents, Vic Dickenson, tb, Don Byas, ts, 1944). On peut en effet ajouter Bubber Miley (« Black & Tan Fantasy », 1927), le Cootie Williams de « Mobile Blues » (1938), Rex Stewart (1947, « Jug Blues » avec effets half-valve), Sidney de Paris (1994, « The Call of the Blues » avec Vic Dickenson) et Buck Clayton (1945, « Blues Too » avec Ben Webster !). Mention aux trombonistes Dickie Wells (1937), Sandy Williams ( avec Rex), Henderson Chambers ( chez Don Redman) et Tricky Sam Nanton ( « Sweet Chariot », 1930 « Saturday Nigth Function », 1929 où Artie Whetsol joue un solo écrit). Faisant transition avec le CD suivant, on entend le maître de la clarinette blues, Johnny Dodds (avec King Oliver, Louis Armstrong et dans son « Clarinet Wobble », 1927. Le CD2 est en effet dominé par les anches (même si en final la guitare électrique se fait remarquer, 1951-56). On passe de la clarinette des maîtres du blues, Sidney Bechet (« Blues Horizon », 1944) et Mezz Mezzrow (« Gone Away Blues », 1945) pour célébrer le sax, moins alto (Johnny Hodges, Louis Jordan) que ténor par des maîtres du blues médium et lent : Ben Webster (« One Nighter Blues », 1951, Buddy Tate (« Blue Buddy », 1954), Illinois Jacquet (« Goofin’Off »,1947), Arnett Cobb (« Salty Papa Blues » avec Dinah Washington), l’oublié Joe Thomas («  Harlem Hop », 1949),Ike Quebec (« Blues Harlem »,1944) et Eddie Chamblee (« Long Gone », pt2, 1947). On retrouve ensuite le « blues-blues » notamment avec les pianistes Pete Jonhson-Albert Ammons. Peu importe la fidélité à la lettre de Jacques Morgantini à l’univers très cohérent et homogène qu’a fabriqué Hugues Panassié. Et oublions ces certitudes aussi irréalistes que celles de la chapelle d’en face, pour déguster la musique ici proposée, d’un niveau expressif exceptionnel. Morgantini n’a pas tort en affirmant que le blues n’est pas destiné au déballage de «virtuosité» (ce qui n’est pas synonyme de technique). Il a raison (p3), au début « nombre d’entre eux [les premiers musiciens de jazz] avaient commencé par accompagner des chanteuses de blues et à se former à leur contact ». C’est pour cela que le « jazz » est devenu « jazz » (mais, pour la clarté, aurait dû changer de nom pour se démarquer des ragtimisants jazz-bands), émergeant à partir de 1919. Ceci est une autre histoire. »
Par Michel Laplace — JAZZ HOT




« D’authentiques chefs-d’oeuvre » par Phonoscopies

Le blues (9 pages dans le dictionnaire du jazz) est issu des chants d’esclaves africains « exportés » en Amérique aux XVIIIe et XIXe siècles. Même si « une musique qui n’évolue pas est une musique morte. Le blues n’a pu évoluer qu’au prix d’un reniement à peu près total de ses origines » (André Hodeir), il n’empêche que ce « blues évolué » a produit d’authentiques chefs-d’œuvre du jazz, dont ce double CD nous fourbit 40 exemples, de King Olivier (1923) à Buddy Johnson (1957). PHONOSCOPIES




« De quoi passer du bon temps » par ABS Magazine

Quant on est trop concentré sur un style musical, on a tendance à oublier l’histoire et les vases communicants, le « blues » (apparu circa 1875) est un style vocal antérieur à l’apparition du « jazz » (circa 1895) qui, à l’origine, voulait imiter la voix humaine avec des instruments à vent, avant de récupérer la voix en tant qu’instrument supplémentaire. En outre, comme les gospels, les marches, les rags et les succès du jour, le blues, surtout, sont repris en tant que thèmes par tous les jazzmen des années 1920’s jusqu’au free jazz et aux fusions d’aujourd’hui. De nombreuses anthologies et autres volumes de la série « Quintessence » de l’éditeur Frémeaux & Associés témoignent de ces relations étroites et de totale osmose entre blues et jazz, entre autres les 2 recueils dont il est question ici. Les 40 faces de « Jazzmen play the blues » sont majoritairement instrumentales mais suivent généralement le canevas classique en 12 mesures comme le montrent tant la sélection exemplaire que les notes de pochette de Jacques Morgantini – dont l’expertise tant en blues qu’en jazz est bien connue – à commencer par Louis Armstrong qui en 1947 chante « Back o’town blues » (en 12 mesures) comme « West end blues » en scat (1939) et les autres exemples pullulent., comme l’intro de guitare de Teddy Bunn dans « Really the blues » (1938), du trompettiste Tommy Ladnier surnommé « le Roi du blues » après avoir accompagné des années durant Ida Cox, Ma Rainey, Bessie Smith, la performance de Floyd Smith (gt) dans « I ain’t feeling so long » et celle de Mickey Baker dans « Mighty low » (avec Milt Buckner,p), etc. Nombre de solistes font littéralement parler leur instrument comme les trompettistes Bubber Miley (Black and tan fantasy), Cootie Williams (Mobile blues), Rex Stewart (Jug blues), Sidney de Paris (The call of the blues), Buck Clayton (Blues too) sans oublier Oran « Hot Lips » Page (également shouter qui, hélas, oublie de chanter dans « House party » et dans « Carrie Mae blues), des trombonistes comme Tricky Sam Nanton, Kid Ory, Vic Dickenson, des clarinettistes comme Barney Bigard, Johnny Dodds et Sidney Bechet et des saxophonistes comme Johnny Hodges, Arnett cobb, Illinois Jacquet et Louis Jordan (Impérial dans Inflation blues). Au rayon pianistes, on appréciera le sens du blues chez Count Basie, Lionel Hampton, Buddy Johnson (sans sa chanteuse de sœur Ella dans Minglin’, dommage !), Sonny Thomson (Long gone pt 2), Sammy Price (House Party) et les spécialistes du boogie woogie comme Milt Buckner (Vibe boogie) , Albert Ammons (Bottom blues n°2) et Pete Johnson en duo avec Ammons dans « Cuttin’ the boogie ». Ajoutons encore Johnny Otis (avec Devonia Williams –p et Pete « Guitar » Lewis –gt) dans « One nighter blues, Dinah Washington avec Lionel Hampton dans « Salty papa blues » et deux guitaristes de légende Tiny Grimes (Rockin’the blues away) et T-Bone Walker qui transcende « Blues for Marili ». Que demander de plus ? Avec « The Best Small Jazz Bands », Morgantini est toujours aux commandes (sélection et notes de pochette) et, au fil des 36 faces, on retrouve pas mal des musiciens de l’opus précédent dans d’autres chefs-d’œuvre où blues et jazz se mêlent sans vergogne, pour un plaisir d’écoute hors du commun : « Hot Lips » Page, Arnett Cobb et d’autres et surtout de vieilles connaissances comme T-Bone Walker qui chante et montre à nouveau son inventivité et sa modernité à la guitare (Strollin with bone en 1950 et Street walkin woman en 1951, Fats domino (I know 1954), Jack McVea avec Gene Philipps –gt (Ok for baby, 1945), le Tiny Grimes Quintet (Call of the wild 1953), Louis Jordan (Salt Pork, West Virginia, 1945), Roy Milton avec la pianiste Camille Howard (The numbers blues, 1950) et les boogie men Albert Ammons (Boogie woogie stomp, 1936) et Amos Milburn (Roomin’house boogie, 1949). De quoi passer du bon temps.
Par Robert SACRE – ABS MAGAZINE




30 other products in the same category: