AU PAYS DU TEMPLE DU SOLEIL - PEROU: LIMA, PUNO, CUZCO, AYACUCHO ET AMAZONIE

PERU: FOLKLORE AND MYTHOLOGY:LIMA, PUNO, CUZCO, AYACUCHO AND AMAZONIA

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Ce disque est un hommage post-mortem à Serge de Bru, disparu à 29 ans, en septembre 1970, dans la forêt vierge de l’Amazonie péruvienne en compagnie de deux autres aventuriers, le français Géraud Puel et l’américain Robert Nichols.
Leur but était de retrouver la ville mythique de Païtiti, aux toits et aux murs d’or, où l’on imagine que les derniers Incas s’étaient réfugiés à l’arrivée des conquistadores de Pizarro. L’Eldorado !
Ce CD de musiques folkloriques enregistrées au Pérou par François Jouffa en 1975-76, s’ouvre et se ferme par des morceaux gravés in situ par le jeune explorateur disparu mystérieusement, et donne à entendre l’univers musical du mythique pays du Temple du Soleil."
Claude COLOMBINI & Patrick FRÉMEAUX

This CD is dedicated to Serge de Bru. He was 29 years old in September 1970 when we lost his trail in the jungle of the Peruvian Amazon’s Green Hell along with two other adventurers, the French Géraud Puel and the American Robert Nichols.
Their goal was to find the mythical city of Paititi, with its roofs and walls made of gold, where the last Incas are supposed to have fled at the arrival of Pizarro's conquistadors. El Dorado!
Therefore, this disc of folk music, recorded in Peru by François Jouffa in
1975 76, starts and finishes with pieces recorded in situ by the young explorer who has disappeared mysteriously.

1. Diablada 2’12 - 2. Diablada à Puno 2’44 - 3. Despedida (La répudiée) 2’00 - 4. Cacharpati 3’09 - 5. Palomita (Petite colombe) 0’48 - 6. La vida del soltero (La vie du célibataire) 1’58 - 7. Le désespoir 1’23 - 8. Por la eternidad (Pour l’éternité) 3’15 - 9. Ea Huinihuinash 1’22 - 10. Ea Huaronyamai 0’31 - 11. Fiesta de carnaval 0’41 - 12. Rythme de valse 0’53 - 13. Morena pintada Christo (La couleur brune du Christ) 2’54 - 14. Quisiero ser picaflor (Je voudrais être un oiseau-mouche) 2’24 - 15. Pasacalle (Le passage) 1’47 - 16. Paras 2’38 - 17. Huaynachura 1’34 - 18. Qanchis 7’59 - 19. Folklore Aymara 2’16 - 20. Carnaval à Oruro 2’18 - 21. Canto con charango y guitara 2’19 - 22. Cauja 2’39 - 23. Chirisuya y tambor 1’38 - 24. Ayacucho 1’44 - 25. Sikuris 1’52 - 26. Cruzenita de mi amor (La petite de Santa Cruz que j’aime) 1’45 - 27. Llanto de mi madre (La complainte de ma mère) 3’08 - 28. Negritas del pagador (Les petits Noirs de l’employeur) 4’04
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Au pays du Temple du Soleil

Au pays du Temple du Soleil 
Musiques incas et métisses de Lima, Puno, Cuzco, Ayacucho et d’Amazonie
 
Peru : FOLKLORE AND MYTHOLOGY
Inca and mestizo pieces of music from Lima, Puno, Cuzco, Ayacucho and Amazonia 





Eldorado et Enfer Vert

Ce disque, le producteur François Jouffa et les éditions Frémeaux & Associés le dédient à Serge de Bru. Il avait 29 ans, en septembre 1970, lorsqu’on perdit sa trace dans la forêt vierge de l’Amazonie péruvienne en compagnie de deux autres aventuriers, le français Géraud Puel et l’américain Robert Nichols. Leur but était de retrouver la ville mythique de Païtiti, aux toits et aux murs d’or, où l’on imagine que les derniers Incas s’étaient réfugiés à l’arrivée des conquistadores de Pizarro. L’Eldorado ! Serge et ses compagnons ont-ils été massacrés par les descendants des fils du Soleil qui protègeraient toujours leur trésor ? Se sont-ils perdus dans les marécages ? Ont-ils été dévorés par des jaguars ? Ou, plus vraisemblablement, comme l’affirmaient alors des missionnaires, ont-ils été assassinés après avoir été dévalisés par des Indiens nomades comme les Machiguengas ? Tout ce qu’on sait, c’est que leurs guides métis ont refusé de s’enfoncer plus avant sur des terres sacrées et interdites (tabou !) et, qu’avant de continuer sans eux, Serge de Bru leur avait remis une mini cassette audio contenant le journal parlé de son périple dans l’Enfer Vert. Ce document sonore, les guides l’avaient confié aux missionnaires les plus proches qui l’avaient remis à l’ambassadeur de France à Lima, lequel l’avait fait parvenir aux parents du jeune homme à Paris. Sept ans plus tard, après avoir écouté à la radio, un samedi, le récit de François Jouffa au Pérou sur France Inter dans “L’Aventure au Coin de l’Oreille”, M. et Mme de Bru prirent contact avec lui pour le supplier de partir tenter de retrouver leur fils. Certains, au Pérou, disaient qu’il avait découvert l’or des Incas et qu’il vivait depuis parmi ces Indiens entièrement nus à la peau blanche et de haute taille du groupe Huachipaïres. François se contenta d’encourager l’expédition de Michel Gomez, jeune postier marseillais de 21 ans, qui retrouva finalement, en 1980, des objets ayant appartenu à l’équipe de Serge de Bru dans une case d’un village de la région du Kosnipapa, “le Pays du brouillard”, justement chez ces grands Indiens considérés par la légende comme les gardiens de la Cité perdue des Incas. A la fin de sa vie, Madame Renée de Bru, nonagénaire, de sa maison de retraite à Béziers, avait fait promettre à François Jouffa de perpétuer la mémoire de son fils. Elle lui avait confié des bandes magnétiques de Serge. C’est pourquoi ce CD de musiques folkloriques enregistrées au Pérou par François Jouffa en 1975-76, s’ouvre et se ferme par des morceaux gravés in situ par le jeune explorateur disparu mystérieusement.   
Claude Colombini & Patrick Frémeaux

Au pays du Temple du Soleil
« Je hais les voyages et les explorateurs ». Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques, 1955.

Pérou : folklore et mythologie.
Musiques incas et métisses de Lima, Puno, Cuzco, Ayacucho et d’Amazonie. 


1 – Diablada. 2’12
Les terres en altitude qui bordent le lac sacré Titicaca sont peu hospitalières et les peuples Quechua et Aymara, descendants des Incas, qui sont en luttes incessantes contre les méfaits de la nature, attribuent une âme à tout ce qui les entoure. Pour rendre favorables ou inoffensifs les mauvais esprits, il faut les exorciser par des rites animistes. Il s’agit de chasser les impuretés des âmes, ainsi que celles de la terre cultivable. La Diablada, c’est la marche des diables ou la danse des forces obscures. Son origine se perd dans la nuit des temps, mais la conquête espagnole l’a adaptée à la morale catholique. Elle symbolise donc la lutte du Bien (l’archange Gabriel) contre le Mal sous toutes ses formes. Les masques (aujourd’hui en fer blanc de boîtes de conserves, alors qu’ils étaient ciselés d’or et d’argent au temps des Incas) sont multicolores et surmontés d’un bestiaire (à la fois gros lézard de la  mythologie inca et dragon de l’histoire sainte chrétienne) aux yeux globuleux ; ils ne sont pas sans rappeler étrangement leurs homologues pour les cérémonies du Tovil de Sri Lanka. Les costumes des danseurs, de soie et de satin, sont richement brodés de pierreries. En Bolivie, à Oruro, c’est la danse de ceux qui travaillent dans les mines et qui y pratiquent le culte du Tio en se mettant sous la protection de l’Oncle diable. 

2 – Diablada à Puno (voir photo de couverture). 2’44
Cette Diablada est célébrée à Puno, au Pérou, pendant la fête de leur sainte marraine, Notre-Dame de la Chandeleur, le 2 février. Pour cet enregistrement, le Diable caporal, incarnation de tous les défauts, est joué par Vincente Quisbert, créateur des masques (mi-artisan mi-sorcier), l’avarice par Angel Pino Diaz, l’envie par Rene Arroyo Rivera et, enfin, la luxure par Vilfredo Pino Diaz. Les instruments : un tambour, une grosse caisse, trois trompettes, un cor, trois tubas. Enregistrements : le samedi 20 décembre 1975. 

3 – Despedida (La répudiée). 2’00
Cette danse fait suite à la Diablada. Tous les spectateurs de la Banda du diable dansent à la suite des artistes diablotins, pendant des heures, en sautillant d’un pied sur l’autre. Dès les premières notes de musique, le ciel ensoleillé s’est couvert et, dès les premiers pas du diable, il s’est mis à pleuvoir … 

4 – Cacharpati. 3’09

Autre Despedida puñena typique, il s’agit d’une vieille chanson à boire traduite de l’aymara en espagnol (castellano). Au Pérou, où sévit l’un des plus fort taux d’alcoolisme mondial, on boit de la chicha de jora à base de maïs macéré, liqueur qui date de l’époque pré-incaïque et qui était utilisée pendant les libations rituelles et autre sacrifices humains. Les chanteurs, ici visiblement éméchés, renouent avec la cosmologie de leurs ancêtres : “Quand arrive le soleil, on continue à danser et à boire ; quand sort la lune, on continue à danser et à boire”. Puis, l’ode aux astres incas se transforme en une plainte d’amour impossible : “Oui, jolie petite femme, je pourrais, mon amour ; avec toi, je pourrai partir enlacé ; avec toi, je pourrai me marier. Mais il n’y a pas d’avenir pour ces ivrognes pourtant tant appréciés dans ce village”.

 5 – Palomita (Petite colombe). 0’48
Au milieu des eaux du lac Titicaca, sur des îles flottantes constituées d’épaisses couches de roseaux amassés en plate-forme de cent mètres carrés environ (voir photos page 17), vivent des indiens de sangs mêlés Uros et  Aymaras, deux à trois cents personnes divisées en petits groupes. Les derniers purs Uros, qui prétendaient avoir du sang noir et affirmaient ne pas sentir le froid, ont disparu dans les années 1950. Leurs descendants métissés vivent toujours de la pêche (et maintenant du tourisme). Les enfants, malgré la persistance d’une importante mortalité, sont très nombreux et suivent les cours d’un pasteur adventiste dans la seule école flottante du monde. Ici, ils chantent moitié en aymara, moitié en espagnol avec le souffle assez faible bien que leurs petites cages thoraciques soient acclimatées aux 3812 mètres d’altitude du lac. Enregistrement : le vendredi 19 décembre 1975. 

6 – La vida del soltero (La vie du célibataire). 1’58
Le nom de la ville de Cuzco signifie “Centre du monde” en langage inca. Depuis les temps précolombiens, le Cuzco est un centre artistique qui draine vers sa région les artistes de tous les points de l’empire inca. Juan Cancio,  originaire de Combapata, est un paysan libéré du servage semi féodal des structures agraires des latifundios par les réformes agraires de 1968-1973. Il chante en Runa Simi (“langage des hommes”), un des idiomes incas qui est devenu la seule langue d’Amérique du Sud ayant joué un rôle “civilisateur” puisqu’après la conquête, il fut adopté par l’église comme instrument d’évangélisation : “Je suis parti de ma terre, je suis solitaire, je n’ai personne pour m’aimer. J’espère rencontrer quelqu’un qui souffrira pour moi”. Il compose et il joue du charango ochillador, mandoline à 5 cordes aux sons aigus dont la caisse de résonnance est constituée d’une carapace de tatou, mammifère édenté recouvert d’écailles. Enregistrement dans les ruines du temple du dieu Puma, autel du sacrifice, le lundi 22 décembre 1975 (voir photo page 10, colonne de gauche). 

7 – Le désespoir. 1’23
Juan Cancio a écrit et chante en vers cette triste chanson adressée à sa bien aimée : “Si je te donne des coups de pierre sur les pieds ou si je te pique les mains, on verra si tu ne souffriras pas autant que moi de ton ingratitude”. 

8 – Por la eternidad (Pour l’éternité). 3’15

C’est au Pérou que prennent leurs sources les trois rivières dont l’union forme le fleuve Amazone. C’est le long de l’une d’elle, l’Ucayali, en plein “Enfer vert”, que l’on peut rencontrer des indiens Chamas ou Shipibos, en empruntant ensuite le cours d’eau Shanuaya. Les enregistrements 8, 9 et 10 ont été effectués, le dimanche 14 décembre 1975, au sein de la communauté de Sempaya à Pao Cocha, en “Upper Amazonia”, à cinq jours de bateau de la ville de Pucallpa en remontant la rivière. Là, dans une hutte au toit de chaume sur pilotis qui sert d’école (voir photos page 13), les enfants chantent à leur manière, selon le rythme de leur tradition ancestrale, les textes enseignés par des missionnaires protestants (ici disciples de l’Américain Billy Graham). 

9 – Ea Huinihuinash. 1’22

En langue Shipibo, ce titre signifie : “Celui qui pleure ne sauve personne”. Encore un chant chrétien traduit dans le dialecte de la Selva. L’évangélisation est, malheureusement, synonyme d’acculturation, sinon de dépersonnalisation, pour les indigènes de l’Amazonie. On remarque, dans cette mélopée, d’étranges similitudes avec les rythmes polynésiens. Si ce n’est pas uniquement dû à l’influence d’un missionnaire, cela ajoute une pierre de plus au mythe péruvien qui prétend qu’en des temps pré-incaïque, une peuplade venant de l’ouest serait arrivée en radeau de rondins de balsa du style Kon Tiki. Des deux côtés de l’océan Pacifique, on retrouve la sarbacane et la flûte de pan. On trouve aussi des similitudes entre la langue Maori de la Polynésie et le Quechua des Incas, toujours en activité. D’autre part, les géologues ont avancé l’hypothèse de l’effondrement d’une contrée qui se serait située entre le dit Nouveau Monde et l’Australie. Cela étant, cette musique ne peut rien prouver puisqu’en Polynésie comme en Amérique du Sud, c’est la même culture blanche et chrétienne qui a transformé l’art vocal. 

10 – Ea Huaronyamai. 0’31

En Shipibo, cette phrase signifie : “Je ne me saoule jamais d’illusions”. Cette mélodie très faiblement modulée est très agréable à entendre, à la manière d’une berceuse. C’est la véritable “musique hallucinogène”, laquelle alliée à des plantes magiques (ainsi la liane Oyahuasca), provoque engourdissement de l’esprit et excitation de l’imagination. 

11 – Fiesta de carnaval. 0’41
Tambourin et flûte pandilla en roseau. Le flûtiste soliste, Pablo Rios Marcella, est le chef d’une famille de Campas (voir photo page 10). Ces nomades de la forêt amazonienne, qui se peignent le visage en rouge pour des raisons religieuses (écarter les mauvais esprits), pratiques (se protéger des rayons du soleil) et esthétiques, nous avons pu les rencontrer après une journée de pirogue supplémentaire dans les méandres du rio Ronuya. 

12 – Rythme de valse. 0’53

Une semaine de bateau sur les rios, dévorés par les moustiques et des insectes non identifiés, deux journées et une nuit dans une pirogue, au-dessus des piranhas et des crocodiles… tout ça pour graver un total d’une minute trente-cinq secondes de musique ethnique des rares Campas. Mais quel plaisir ! Enregistrements, le mardi 16 décembre 1975. 

13 – Morena pintada Christo (La couleur brune du Christ). 2’54
Ce morceau, comme le suivant, sont représentatifs du style musical de Lima. La guitare de type classique l’emporte sur les instruments à vent modernes (trompettes, saxos) et traditionnels (kena) ou sur les instruments à cordes plus rustiques (harpe, charango). Le jeu en est plus sophistiqué et urbain mais sa saveur toute particulière est propre à la capitale péruvienne. Interprétation : Los Chiclayanos avec le guitariste, chanteur et compositeur Edmunto Enriquez. Enregistrements dans les faubourgs pauvres de Lima, le lundi 30 novembre 1975. Il s’agit d’une Marinera, danse qui s’est surtout popularisée parmi les Noirs, encore qu’il existe une version andine plus austère. Elle fait partie de l’héritage des danses populaires d’origine hispanique reconnaissables à leur structure rythmique (alternance de rythmes à 6/8 et 3/4) : rien d’étonnant à lui trouver une parenté avec le Huapango mexicain, la Cueca chilienne, la Zamba et la Chacarera argentines pour n’en citer que quelques cas. La  Marinera est une danse pleine de grâce. La coutume d’y agiter les mouchoirs remonte à la Renaissance espagnole : à cette époque, les mains des danseurs ne devaient se rencontrer que protégées du contact physique par quelque étoffe, ceci afin de ne pas encourir les foudres du clergé. Le texte chanté évoque, avec naïveté, les inévitables conflits raciaux surgis sur la côte ouest de la rencontre des ethnies amérindienne, européenne et africaine. L’orgueilleuse revendication l’emporte dans la première partie : “Viva la gente morena / Morena pintada Christo (Vive les gens bruns / C’est brun que l’on peint le Christ)”. La couleur brune est évidemment celle de la peau qui vaut plus, selon cette chanson, que “toute la blancheur du lys”. Dans la seconde partie, c’est au contraire un rejet douloureux de la condition de métis qui est manifesté : “Que no quiero ser / Color del carbon / Color de mis penas (Que je ne veux pas être / De la couleur du charbon / Couleur de mes peines)”. 

14 – Quisiero ser picaflor (Je voudrais être un oiseau-mouche). 2’24
Le Huayno, datant de l’époque incaïque, est probablement la danse la plus ancienne du continent à être demeurée florissante jusqu’à nos jours. L’orchestre était, à l’origine, exclusivement composé d’instruments à vent et de percussions. Il s’est enrichi d’instruments européens, tels que violons, harpes, guitares et mandolines. Quant à la poésie, elle ressort surtout de la tradition orale espagnole. Ici, c’est le fameux “Thème des métamorphoses” qui est abordé. L’amoureux aimerait avoir recours à une fantastique transformation pour conquérir sa belle : “Quisiero ser picaflor / Y que tu fueras clavel / Para chuparte la miel / Del capullo de tu boca (Je voudrais être oiseau-mouche / Et que tu sois œillet / Afin de butiner le miel / Du bouton de fleur qu’est ta bouche”). L’oiseau et la fleur sont constamment utilisés dans la poésie hispano amérindienne comme symboles sexuels. Ce langage, à peine voilé, possède le charme suranné de l’antique raffinement courtois, mais rappelle aussi qu’à l’époque coloniale, pétrie de catholicisme inquisitorial, l’érotisme ne trouvait à s’exprimer que par d’ingénieux détours poétiques. A rapprocher de l’allusion sexuelle du morceau I’m A King Bee signé du bluesman afro américain Slim Harpo qu’on retrouve dans le premier album des Rolling Stones en 1964. 

15 – Pasacalle (Le passage). 1’47

Les morceaux 15, 16, 17 et 18 ont été enregistrés au Cuzco, dans les locaux du Peña Folklorica, le mardi 23 décembre 1975, avec le groupe Antarqui. La Pasacalle, danse commune aux pays andins, est ici interprétée par une mandoline, deux guitares, un guitarron, un harmonium et deux flûtes. La kena (ou quena ou flûte andine ou flûte indienne) est l’instrument le plus populaire pour rythmer les actes de la vie quotidienne. A l’origine, il s’agissait d’un tibia humain percé de trous dont la longue dimension donnait des sonorités plus suaves que le tube de roseau actuel. Percée de 3 à 7 trous, ouverte aux deux extrémités, on peut aussi la trouver constituée d’un tibia de lama. Sur une gamme diatonique, la kena émet des notes toujours nostalgiques : c’est l’instrument de méditation par excellence. Au temps de la splendeur du Fils du soleil, la flûte indienne était coulée en or ou en argent. 

16 – Paras. 2’38
Cette danse inca exprime la joie des paysans à la vue des premières pluies de printemps (septembre-octobre). Des guirlandes de plumes multicolores représentent les premières fleurs. Symbolise le temps qui passe avec les  apparitions et disparitions du dieu Soleil.

 17 – Huaynachura. 1’34
Deux flûtes, une mandoline, deux guitares, quatre guitarrones, un harmonium, cinq hommes et six femmes dansent en frappant du talon de leurs bottes en cuir. 

18 – Qanchis. 7’59
Deux kenas et deux tambours : le grand (wankaar) et le petit (tinyar, pour deux baguettes). La membrane tendue sur des cadres de bois était, autrefois, en peau humaine, plus spécialement celle d’un ennemi courageux. Les temps et les mœurs ayant changé, on emploie maintenant une peau de lama, ce qui a fait perdre à cet instrument son caractère magique. Cette musique inca rend hommage aux éléments naturels : les montagnes, les rivières, le  soleil bien sûr, sans oublier la Terre-Mère (Pachamama). Le Varayo, l’autorité de la communauté, tient en main un objet phallique (la fertilité) avec lequel il frappe le sol. Deux jeunes filles, en costumes rouges et noirs et portant des chapeaux à damiers multicolores, symbolisent les offrandes et dansent en virevoltant. Quatre danseurs mâles s’emmêlent dans des cordes autour d’elles. 

19 – Folklore Aymara. 2’16
Les flûtes de pan zamponas (13 cylindres de bois de 8 à 29 cm) et les tambours se mêlent pour la fête de San Francisco de Borgia, au petit village de Yunguyo, à la fin de septembre. Nous sommes sur les rives du lac Titicaca, pas loin de Puno, en territoire Aymara, là où les moutons paissent sur la frontière entre la Bolivie et le Pérou. 

20 – Carnaval à Oruro. 2’18
Des paysans de la province de Caranguas viennent parmi des centaines de villageois, aussi bien péruviens que boliviens, pour les libations du carnaval de la ville d’Oruro. Ils interprètent des morceaux traditionnels avec leurs flûtes tarkas à bec en bois de cédrat (ancêtre du citron), leurs flûtes de pan sikus à plusieurs rangées de tubes (même famille que le zampona) et, bien sûr, leurs grands tambours tambores. 

21 – Canto con charango y guitara. 2’19
Enregistré parmi un groupe d’étudiants à Ayacucho (“Ville du sang” en Quechua), capitale de la province de Huamanga, à 2752 mètres d’altitude dans la Cordillère des Andes occidentales. 

22 – Cauja. 2’39
Les mêmes étudiants interprètent une riche chanson du folklore péruvien de cette ville fondée par le conquis­tador Francisco Pizarro. 

23 – Chirisuya y tambor. 1’38
Le tambor est un grand tambour dont la membrane est en peau de lama, le poil à l’extérieur, ce qui une fois frappé donne un son très doux. 

24 – Ayacucho. 1’44
Toujours les mêmes étudiants avec leur charangos et leurs guitares. La musique d’Ayacucho mêle les sonorités andines de la culture pré-inca Wari à une forte influence romantique espagnole. 

25 – Sikuris. 1’52
Tambores et sikus par Los Sikuris del Altiplano, un groupe de paysans indiens de la province bolivienne de Carangas. 

26 – Cruzenita de mi amor (La petite de Santa Cruz que j’aime). 1’45
Chanson d’amour originaire de Santa Cruz, de la Sierra Grande, ville de la région tropicale de la Bolivie. Les femmes y ont la réputation d’être les plus belles du monde. 

27 – Llanto de mi madre (La complainte de ma mère). 3’08
Ce magnifique Yaravi est chanté moitié en espagnol, moitié en langue autochtone Quetchua, langage des Incas resté presque intact. “C’est le chant de ma mère / Qui revient sous forme de pluie / Prie pour que jamais je ne t’oublie / Et que je te pleure jour et nuit”. 

28 – Negritas del pagador (Les petits Noirs de l’employeur). 4’04
Ce rythme afro amérindien apparu dans les années 1950-60 dans les festivités du carnaval d’Oruro, semble provenir de la région des Yungas méridionales, la partie tropicale de la Bolivie, proche de La Paz, aux pieds des Andes, sur leur versant Atlantique. Là, vivent des descendants des esclaves africains amenés par les Espagnols pour travailler dans les mines. Ce rythme saccadé se retrouve identique dans les carnavals brésiliens et cubains, ainsi la Conga de Santiago de Cuba.  

Production, réalisation : François Jouffa (1975; 2010).
Recherches sur le terrain : Sylvie Meyer (1975-76).
Photographies : Sylvie Jouffa (1975-76).
Textes pour la musique liménienne : Serge Roterman (1976).
Montage magnétique par Alain Sebbah au Studio AZ (1977).
Montage et premastering : Alexis Frenkel au studio Art & Son (2009).
Conseillers techniques et artistiques : Benjamin Goldenstein et Alexis Jouffa (2010).  



English Notes

El Dorado and Green Hell 
This disc, produced by François Jouffa and published by Frémeaux & Associates, is dedicated to Serge de Bru. He was 29 years old in September 1970 when we lost his trail in the jungle of the Peruvian Amazon’s Green Hell along with two other adventurers, the French Géraud Puel and the American Robert Nichols. Their goal was to find the mythical city of Paititi, with its roofs and walls made of gold, where the last Incas are supposed to have fled at the arrival of Pizarro’s conquistadors. El Dorado! Were Serge and his companions massacred by the descendants of the sons of the Sun who would always protect their treasure? Were they lost in the swamp? Or had they been eaten by jaguars? Or, more likely, as then stated by the missionaries, were they murdered after being robbed by Indians such as the nomadic Machiguengas? All we know is that their Metis guides had refused to plunge further on sacred and forbidden lands (taboo!) and that, before going any further without them, Serge de Bru had given them a mini audiotape containing the oral diary about his journey in the Green Hell. The guides had given the sound document to the nearest missionaries who had returned it to the Ambassador of France in Lima who himself had sent it to the parents of young man in Paris. Seven years later, after having listened François Jouffa’ story in Peru on the French national radio France Inter in “L’Aventure au Coin de l’Oreille”, Mr. and Mrs. de Bru made contact with him and begged him to seek their son. Some in Peru said he had found the gold of the Incas and he had lived among the Huachipaires group, white skinned Indians completely bare and tall. François merely encouraged the shipment of Michael Gomez, a young postman of 21 years old in Marseilles, who finally found, in 1980, objects that had belonged to the team of Serge de Bru in a hut of a village in the region Kosnipapa, “The Land of Fog”, precisely the home place of these great Indians considered by the legend as the guardians of the Incas’ Lost City. At the end of her life, nonagenarian Renée de Bru in a retirement home in Beziers had François Jouffa promise her to perpetuate the memory of her son. She then gave him some of Serge tapes. Therefore, this CD of folk music, recorded in Peru by François Jouffa in 1975-76, starts and finishes with pieces recorded in situ by the young explorer who has disappeared mysteriously. 
Claude Colombini & Patrick Frémeaux  

In the land of the Temple of the Sun
 “I hate travelling and explorers”. C. Levi-Strauss, A World on the Wane (Tristes Tropiques or Sad Tropics), 1961. 

Peru: folklore and mythology.  Inca and mestizo pieces of music from Lima, Puno, Cusco, Ayacucho and Amazonia 


1 - Diablada. 2’12 
The uplands bordering the sacred Lake Titicaca are inhospitable and the Aymara and Quechua peoples, descendants of the Incas, who are in constant struggle against the ravages of nature, attribute a soul to everything around them. In order to make evil spirits favourable or benign, they are to be exorcised by animistic rites. It aims at driving away the souls impurities and that of the arable land. The Diablada is the devils march or the dark forces dance. Its origin is lost in the midst of time, but the Spanish conquest has adapted it to Catholic morality. It therefore symbolizes the struggle between Good (the Archangel Gabriel) against Evil in all its forms. Masks (now in tin cans whereas chiselled in gold and silver at the time of the Incas) are multicoloured and topped by a bestiary (both big lizard of the Inca mythology and dragon of the Christian sacred history) with bulging eyes; they are strangely reminiscent of their counterparts used in Tovil ceremonies in Sri Lanka. The dancers costumes made of silk and satin are richly embroidered with jewels. In Oruro, Bolivia, it is the dance of those who work in mines and who practice the cult of Tio by placing themselves under the protection of Uncle Devil.  

2 - Diablada in Puno (see cover picture of the cd). 2’44 
This Diablada is celebrated in Puno, Peru, during the feast of their patron saint, Notre-Dame of Candlemas, on February 2. For this recording, the Devil corporal, incarnation of all defects, is played by Vincente Quisbert, the creator of the masks (half-craftsman and half-sorcerer), avarice by Angel Pino Diaz, envy by Rene Arroyo Rivera and, finally, lust by Vilfredo Pino Diaz. Instruments: a drum, a bass drum, three trumpets, a horn, three tubas.  Recordings: Saturday, December 20, 1975.  

3 - Despedida (The Repudiate). 2’00 
This dance follows the Diablada. All the spectators of the Devil’s Banda dance following artists imps, for hours, hopping from one foot to another. From the first notes of music, the sunny sky became overcast, as the first steps of the devil it started to rain...  

4 - Cacharpati. 3’09 

Another typical puñena Despedida. It is an old drinking song of the Aymara translated into Spanish (Castilian). In Peru, where there is one of the worldwide highest alcohol rates, one drinks chicha de Jora obtained from macerated yellow maize, a liqueur that dates back to pre-Inca times and was used for ritual libations and other human sacrifices. The singers, here visibly drunk, reconnect with the cosmology of their ancestors: “When comes the sun, we continue to dance and drink and when comes out the moon, we continue to dance and drink.” Then, the Inca ode to the stars turns into a complaint of impossible love: “Yes, pretty little woman, I could, my love; with you I will go intertwined; with you, I will get married. But there is no future for these drunks that are yet popular in this village.”  

 5 - Palomita (Little Dove). 0’48 

In the middle of Lake Titicaca, on floating islands made of thick layers of reeds raised in platforms of a hundred square meters each, live Uros and Aymara mixed blood Indians, two to three hundred people divided into small groups. The last pure Uros, who claimed to have black blood and be insensitive to coldness, have disappeared in the 1950’s. Their mixed descendants still live from fishing (and now from tourism). The children, despite the  persistence of high mortality, are very numerous and attend the class of an Adventist pastor in the only floating school of the world. Here they sing in half-Aymara and in half-Spanish with a quite low breath although their small  thoracic cages are acclimatized to the lake’s 3812 meters of altitude. Recordings: Friday, December 19, 1975.  

6 - La vida del soltero (The single’s Life). 1’58 
The name of the city of Cuzco means “Centre of the world” in Inca language. Since pre-Columbian times, Cuzco is an arts centre that drains into the region artists from all parts of the Inca Empire. Juan Cancio, from Combapata, is a farmer freed by the agrarian reform of 1968-1973 from the semi-feudal serfdom of latifundios structures. He sings in Runa Simi (“language of men”), one of the Inca idioms that became the sole language of South America that had played a “civilizing” role in the conquest as it was adopted by the church as an instrument of evangelism: “I have left my land, I am lonely / I have nobody to love me. I hope to meet someone who will suffer for me.” He composes and plays the charango ochillador, a 5-string mandolin with high-pitch sounds and whose sound box is made from an armadillo shell, toothless mammal covered with scales. Recording in the ruins of the temple of the god Puma, altar of sacrifice, Monday, December 22, 1975 (see picture p. 10, left column).  

7 - Despair. 1’23 
Juan Cancio wrote and sings this sad song addressed to his beloved: “If I give you shots of stone on the feet or if I sting your hands, we’ll see if you do not suffer as much as I do from your ingratitude.”  

8 - Por la eternidad (For Eternity). 3’15
 It is in Peru that are located the sources of the three rivers whose union form the Amazon River. It is along one of them, the Ucayali, in full Amazon’s Green Hell that we can meet Chamas or Shipibo Indians, then following the rio Shanuaya. Recordings 8, 9 and 10 were made on Sunday, December 14, 1975, within the community Sempaya in Pao Cocha, “Upper Amazonia”, five days by boat from the small city of Pucallpa going back up the river. There, is a school in a hut on stilts covered with a thatched roof (see pictures p. 13); children sing their way texts taught by Protestant missionaries at the pace of their ancestral traditions.  

9 - Ea Huinihuinash. 1’22
 In Shipibo language, this title means «One who weeps do not save anyone.» It is another Christian song trans­lated in the Selva dialect. Evangelism is unfortunately synonymous with acculturation, if not depersonalization, for the natives of the Amazonia. In this melody one can note strange similarities with Polynesian rhythms. If this is not only due to the influence of a missionary, it adds one more brick in the Peru myth which claims that in pre-Inca times, a tribe from the west had arrived on a raft of balsa logs of Kon Tiki style. On both sides of the Pacific Ocean are to be found blowguns and pan flutes. There are also similarities between the Maori language of Polynesia and the Quechua of the Incas, still active. On the other hand, geologists have speculated on the collapse of a country that would have been situated between the aforementioned New World and Australia. However, this music cannot prove anything since in Polynesia as in South America, it is the same white Christian culture that has transformed the art of singing.  

10 - Ea Huaronyamai. 0’31 
In Shipibo, this sentence means: “I never get drunk with illusions.” This very weakly modulated melody is very pleasant to hear, like a lullaby. This is the real “hallucinogen music” which, when combined with magical plants (as the Oyahuasca creeper) causes numbness of spirit and excitement of the imagination. 

11 - Fiesta Carnival. 0’41 

A tambourine and a pandilla flute made of reed. The soloist flutist is called Pablo Rios Marcella; he is at the head of a family of Campas Indians (see picture of his daughter, p. 10). After a day of additional canoe in the meandering of the rio Ronuya we could meet the nomads of the jungle who paint their faces red for religious (to keep away evil spirits), practical (protection from sunlight) and aesthetic reasons.  

12 - Waltz rhythm. 0’53 
One week of boat on the rios, devoured by mosquitoes and unidentified insects, two days and one night in a canoe above piranhas and crocodiles... all that to burn a total of one minute thirty-five seconds of ethnic music of the rare Campas. But what a pleasure! Recordings, Tuesday, December 16, 1975.  

13 - Morena pintada Christo (The brown color of Christ). 2’54 
This piece, like the following one, is representative of the musical style of Lima. The classical guitar style prevails on modern wind instruments (trumpets, saxes) and traditional ones (kena) or on the more rustic strings (harp, charango). The music is more sophisticated and urban, but its particular flavor is unique to the Peruvian capital.  Interpretation: Los Chiclayanos with guitarist, singer and composer Edmunto Enriquez. Recordings in the poor suburbs of Lima, Monday, November 30, 1975.  It is a Marina, a dance essentially popularized among the Blacks, yet there is a more austere Andean version. It is part of the heritage of folk Hispanic dances recognizable by their rhythmic structure (alternating rhythms in 6/8 and 3/4): the affinity with the Mexican Huapango it is not surprising, the Chilean Cueca, the Argentina Zamba and Chacarera to name a few. The Marinera is a dance full of grace. The custom of waving handkerchiefs can be traced back to the Spanish Renaissance: in that time the hands of the dancers were to meet only if protected from physical contact by any fabric, so as not to incur the wrath of the clergy. The sung text evokes, with simplicity, the inevitable racial conflicts that have arisen on the west coast from the meeting of Amerindian, European and African peoples. The proud claim prevails in the first part: “Viva la gente morena / Morena pintada Christo (Long live the brown people / In brown is painted the Christ)”. The brown color is obviously more worthy than “the whole lily whiteness”, according to this song. In the second part, instead, is manifested the painful rejection of the  Métis condition: “Que no quiero ser / Color del carbon / Color de mis penas (I do not want to be / Of coal color / Color of my pains).”  

14 - Quisiero ser picaflor (I would like to be a hummingbird). 2’24 
The Huayno, dating from the Inca period, is probably the oldest dance on the continent to have remained flourishing today. The band was originally composed entirely of wind instruments and percussions. It has been enriched with European instruments such as violins, harps, guitars and mandolins. As to poetry, it originates mostly from the Spanish oral tradition. Here is the famous “theme of metamorphosis” that is addressed. The lover would like to use a fantastic transformation to win her beautiful: “Quisiero ser picaflor / Y que tu fueras clavel / Para chuparte la miel / Del capullo de tu boca (I would like to be hummingbird / And you a carnation / To gather nectar / From the bud that is your mouth.” Birds and flowers are constantly used in the Hispano-Amerindian poetry as sex symbols. This language, thinly veiled, has the quaint charm of the ancient courtly refinement, but it also recalls that during the colonial era, steeped in inquisitorial Catholicism, eroticism was to be expressed only by ingenious poetic detours. It is to be compared to the sexual innuendo of the song I’m A King Bee signed by the African American bluesman Slim Harpo that we can hear in the first Rolling Stones’ album in 1964.  

15 - Pasacalle (The Passage). 1’47 
Pieces 15, 16, 17 and 18 were recorded in Cuzco, in the premises of Peña Folklorica, Tuesday, December 23, 1975, with the group Antarqui. The Pasacalle, a common dance shared by the Andean countries is here played by a mandolin, two guitars, a guitarron, a harmonium and two flutes. The kena (or quena or Indian flute or Andean flute) is the most popular instrument as it regulates the acts of daily life. Originally, it was a human tibia with holes whose long dimensions gave sounds sweeter than the current reed tube. Pierced with 3 to 7 holes, opened at both ends, it can also consist of a llama tibia. On a diatonic scale the kena always emit nostalgic notes: it is the instrument par excellence of meditation. At the time of the splendour of the Son of the Sun, the Indian flute was cast in gold or silver.  

16 - Paras. 2’38 
This Inca dance expresses the joy of peasants at the sight of the first spring rains (September-October). Garlands of multicoloured feathers represent the first flowers and symbolize the passing of time with the emergence and  disappearance of the Sun god.   

17 - Huaynachura. 1’34 
Two flutes, a mandolin, two guitars, four guitarrones, a harmonium. Five men and six women dance, stamping the heels of their leather boots.  

18 - Qanchis. 7’59 
Two kenas and two drums: the great (wankaar) and small one (tinyar, for two sticks). The membrane stretched over wooden frames used to be in human skin, especially that of a brave enemy. As times and manners have changed, llama skin is now employed but the magical character of the instrument is now lost. This Inca music pays homage to the natural elements: the mountains, the rivers, the course of the sun, not to mention Mother Earth  (Pachamama). The Varayo, the authority of the community, holds in his hand a phallic object (fertility) with which he strikes the ground. Two young girls in red and black costumes, wearing colourful checkered hats, symbolize the offerings while they are dancing and twirling. Four male dancers were tangling in ropes around them.  

19 - Folklore Aymara. 2’16 
The pan flutes Zampona (13 cylinders of wood from 8 to 29 cm) and the drums combine to celebrate the festival of San Francisco de Borgia, in the small village of Yunguyo, at the end of September. We are on the shores of Lake Titicaca, not far from Puno, on Aymara territory, where sheep graze on the border between Bolivia and Peru.  

20 - Carnival in Oruro. 2’18 
Peasants from the province of Caranguas are among the hundreds of villagers, Peruvian as well as Bolivian, who come for the libations of the city of Oruro’s carnival. They sing traditional songs with their tarkas flutes with wood of citron (lemon ancestor) mouthpieces, their sikus pan flutes with several rows of tubes (same family as zampona) and, of course, their big drums tambores.  

21 - Canto con charango y guitara. 2’19
 Recorded among a group of students in Ayacucho (“City of Blood” in Quechua), capital of the province of Huamanga, at 2752 meters of altitude in the western Cordillera of the Andes. 

 22 - Cauja. 2’39 
The same students interpret a rich song from the Peruvian folklore of this city founded by the conquistador Francisco Pizarro.  

23 - Chirisuya y tambor. 1’38 
The tambor is a large drum whose membrane is made of llama skin with the wool on the outside and, once stroke, it gives a very soft sound.  

24 - Ayacucho. 1’44 
Still the same students with their charangos and their guitars. The Ayacucho music mixes the Andean sounds of the pre-Inca Wari culture with a strong Spanish romantic influence.  

25 - Sikuris. 1’52 

Tambores and sikus by Los Sikuris del Altiplano, a group of Indian peasants from the Bolivian province of Carangas. 

 26 - Cruzenita de mi amor (The chick of Santa Cruz that I love). 1’45

 Love song from Santa Cruz, Sierra Grande, and city of the tropical region of Bolivia. Women have the reputation of being the finest in the world.  

27 - Llanto de mi madre (The Lament of my mother). 3’08 
This magnificent Yaravi is sung half in Spanish, half in the native Quechua, the language of the Incas that has remained almost intact. “This is the song of my mother / Who came back as rain / Pray that I will never forget you / And that I will weep day and night your memory.”  

28 - Negritas del pagador (The Employer’s Little Blacks). 4’04 
The Afro Amerindian rhythm emerged in the years 1950-60 in the Carnival of Oruro and appears to come from the southern region of the Yungas, the tropical part of Bolivia, near La Paz, at the foot of the Andes, on the Atlantic side. There are living descendants of African slaves brought by the Spanish to work in mines. The staccato rhythm is found identical in the Brazilian and Cuban carnivals, thus the Conga from Santiago de Cuba.     

Production, direction: François Jouffa (1975; 2010). 
Field research: Sylvie Meyer (1975-76). 
English translation: Susie Jouffa (2010). 
Photographs: Sylvie Jouffa (1975-76). 
Texts on the music of Lima: Serge Roterman (1976). 
Analogue editing: Alain Sebbah in Studio AZ (1977). 
Editing and premastering: Alexis Frenkel in studio Art & Son (2009). 
Artistic and technical advisers: Benjamin Goldenstein and Alexis Jouffa (2010). 


Au pays du temple du soleil musique incas et métisses de Lima, Puno, Cuzco, Ayacucho et d'Amazonie © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)




ExtractTrackAuthorDuration
01 Diablada - Peuple Aymara et Quechua02'13
02 Diablada à Puno - Vincente Guisbert, Angelo Pino Diaz, Rene Arroyo Rivera, Vilfredo Pino Diaz02'46
03 Despedida - Vincente Guisbert, Angelo Pino Diaz, Rene Arroyo Rivera, Vilfredo Pino Diaz02'03
04 Cacharpati - Chœur populaire péruvien03'11
05 Palomita - Peuple Uros et Aymaras00'50
06 La vida del soltero - Juan Cancio02'00
07 Le désespoir - Juan Cancio01'24
08 Por la eternidad - Communauté de Sempaya03'17
09 Ea Huinihuinash - Peuple Shipobo01'24
10 Ea Huaronyamai - Peuple Shipobo00'32
11 Fiesta de carnaval - Pablo Rios Marcella00'42
12 Rythme de valse - Peuple Campas00'54
13 Morena pintada Christo - Los Chiclayonos02'55
14 Quisiero ser picaflor - Chœur populaire péruvien02'26
15 Pasacalle - Ensemble Antarqui01'48
16 Paras - Ensemble Antarqui02'39
17 Huaynachura - Ensemble Antarqui01'35
18 Qanchis - Ensemble Antarqui08'00
19 Folklore Aymara - Peuple Aymara02'17
20 Carnaval à Oruro - Peuple de la province de Carangas02'20
21 Canto con charango y guitara - Groupe d'étudiants de Ayacucho02'21
22 Cauja - Groupe d'étudiants de Ayacucho02'41
23 Chirisuya y tambor - Groupe d'étudiants de Ayacucho01'40
24 Ayacucho - Groupe d'étudiants de Ayacucho01'45
25 Sikuris - Los Sikuris del Altiplano01'53
26 Cruzenita de mi amor - Ensemble traditionnel péruvien01'46
27 Llanto de mi madre - Ensemble traditionnel péruvien03'09
28 Negritas del pagador - Communauté de Oruro04'03
«Un hommage qui leur est rendu. »Par Revue des Médiathèques et des Collections Musicales

« Enregistré au Pérou en 1975-76, ce CD de musiques folkloriques donne à entendre des morceaux de l’univers musical du pays du temple du soleil, le fameux Eldorado où les derniers Incas se seraient retranchés à l’arrivée des Conquistadors. La fameuse cité de Païtiti. En 1970, à 29 ans, l’aventurier Serge de Bru a disparu à la recherche de cette cité mythique en compagnie de deux autres explorateurs Gérard Puel et Robert Nichols. Ce disque est un hommage qui leur est rendu. »
Par Pierre Denuis — REVUE DES MEDIATHEQUES ET DES COLLECTIONS MUSICALES