BOLERO 1952-1959

DANSES DU MONDE - ESPAGNE, CARAÏBE, AMÉRIQUE DU SUD, CD n°3

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Number of CDs : 1


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Le Boléro est inscrit au plus profond de la culture de l’Amérique Latine et a subjugué tout un peuple dans les années 1940 et 1950, où les plus beaux chants fondateurs ont été enregistrés.
Ce disque est issu de l’Anthologie des Musiques de Danse du Monde, réalisée grâce à la contribution des meilleurs spécialistes de chaque domaine. Un panorama historique spécialement pensé pour magnifier la relation des danseurs à la musique.
Noël Hervé & Patrick Frémeaux

Bolero belongs to the deep of Latin American culture and enthralled a whole people in the Forties and Fifties, when the first greatest songs were recorded.
This CD belongs to the “Dance Master Classics” anthology, a collection of 20 discs compiled by specialists in each of dancing’s domains. Gathered here in almost exhaustive fashion for the very first time, this a panorama of the best titles in dancehistory, grouped by aesthetic form, follow one special guiding principle: to magnify the relationship between dancers and music.

Production : Groupe Frémeaux Colombini SAS
Droits : Frémeaux & Associés.

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Anthologie des Musiques de Danse du Monde - bolero FA5333 OK

Anthologie des Musiques de Danse du Monde
The Dance Master Classics

BOLERO
1952-1959



“… comme si tout le plaisir du mélo (et peut-être aussi de la vie lorsqu’elle se pare des couleurs du mélodrame), ce n’était pas justement de s’y laisser aller.” (Zones, Jean Rolin)

 

La recette est simple : il suffit d’une conjonction idéale d’ingrédients pour obtenir un boléro de qualité supérieure. On prend des paroles fortes autour de l’amour vaincu, on ajoute une mélodie bien en symbiose avec le drame qui se joue, à quoi on apporte une pincée d’arrangements classieux et une voix qui sache porter à incandescence le tout. Ou le pathos et l’emphase comme mamelles du genre. Pour notre délectation égoïste.

Un continent sous séduction

Comme quoi un art mineur comme la chanson peut embraser tout un continent. En Amérique Latine, jeunes, vieux, noirs, blancs, métis, danseurs enlacés, couples déchirés, opérateurs des usines, paysans coupeurs de canne à sucre, professeurs et journalistes, maîtresse de maison avide des feuilletons radiophoniques et écrivains en mal d’inspiration, tous, oui, tous ont succombé au charme sulfureux du boléro qui s’est emparé, un jour, de l’âme de l’Amérique Latine pour ne plus la lâcher. Et quitte à apparaître comme un mécréant, il n’est pas faux d’écrire que le boléro a plus imprégné les cœurs et la vie quotidienne que la Bible. Comment peut-on expliquer que le monde hispanique se soit laissé séduire, des décennies durant, principalement dans les années quarante et cinquante, par ce genre musical ? Serait-ce la conjugaison d’un soupçon de sensualité africaine avec un précipité du “tragique” espagnol (à quoi il serait possible d’associer le fatalisme qui plombe le regard des indiens) ?

Sentir le boléro, c’est voir la vie sous son versant mélancolique, c’est l’amour trahi comme rocher de Sisyphe. Le boléro est une houle qui envahit, qui accompagne les jours, qui fait remonter à la surface les souvenirs pour les revivre avec une charge émotionnelle d’amplitude 7 sur l’échelle mentale de Richter. Un bon boléro ne s’écoute pas en musique de fond sonore, il se boit gorgée par gorgée comme se déguste un bon vieil Armagnac… Il faut qu’il brule l’intérieur… Dit autrement, le boléro est une des grandes créations du Nouveau Monde, c’est une forme créole qui emprunte à tout ce qui l’entoure mais qui est soi, et à soi seule une vérité essentielle. Avec lui, on reste dans la veine de la chanson populaire, comme celle que nous avons connue, en France, avec la chanson réaliste de Damia ou Piaf ou avec les tangos de Gardel voire avec les chansons sucrées du Sinatra de la fin des années trente mais ce n’est pas tout à fait la même chose et, en tout cas, c’est loin d’être suffisant pour l’expliquer : il y a de la sensualité, du sexuel dans la violente dramaticité du boléro. C’est un cousin proche de la habanera, du son, du mambo, parce qu’il est caribéen, mais il est aussi lui-même, indépendant, indifférent, autre et ailleurs. On ne drague pas sur un boléro, non, on partage une vision du monde. Ce n’est pas un slow où l’on cherche à séduire Paulette, c’est bien autre chose. Des paroles à la musique, il n’y a qu’un pas… Qui devient une danse. Et le boléro est devenu une danse sensuelle lente.

Passons en revue le bouquin des 36 leçons pour bien danser le boléro. Leçon 1 : c’est le même mouvement de hanche que dans la rumba ; leçon 2 : il faut faire face à sa partenaire, être en corps à corps, bras à la tropicale ; leçon 3 : le couple tourne lentement à gauche, en restant quasiment sur place ; leçon 4 : c’est une danse en miroir, quand l’homme avance le pied droit, la femme recule le pied gauche ; leçon 5 : le couple commence à se déplacer au deuxième temps d’un pas rapide, le quatrième temps est un pas lent et le premier temps suivant est seulement un mouvement de bassin caractéristique des danses caribéenne. D’aucuns pourraient dire que ces leçons illustrent plus un boléro mâtiné de mambo et que dans la réalité, le boléro est plus simple et qu’il s’agit uniquement de suivre, avec juste un petit peu de sens musical, le rythme. Et c’est vrai, le boléro n’épouse pas une chorégraphie complexe comme le tango ni ne suit une symbolique comme le paso-doble et il ne demande pas de passes qui font monter follement le rythme cardiaque comme le rock and roll. Il n’en reste pas moins que ce qu’il me plait, à moi, de retenir, c’est que l’on n’est pas obligé de le danser, le boléro, et qu’il suffit de se laisser bercer par le pathos des paroles, la mélodie accrocheuse, les arrangements somptueux des grandes versions et qu’il suffit de s’imaginer crooner à voix de miel comme Bobby Capó, séducteur avec des inflexions ironiques dans la voix, l’œil coquin, les cheveux gominés, portant bravement la moustache comme Bienvenido Granda ou des bagouses au doigts comme Alberto Bertran. Le boléro n’existe-t-il finalement pas uniquement pour nettoyer les chagrins, un verre de téquila à la main ?

Le triangle d’or 

C’était par là que ça se passait, entre Cuba, Porto-Rico et Mexique. Un triangle d’or devenu un carré d’as avec Miami après que Fidel, dont on murmure pourtant qu’il est friand de boléro et de cha-cha-cha au point d’avoir écrit des paroles, n’ait pas su fidéliser les musiciens avides de liberté artistique. Il semblerait que le boléro soit né, il y a bien longtemps en Espagne, lors des fêtes gitanes où les participants, sur une assise musicale de guitare et de battements de mains, dansaient en des mouvements amples et rapides rappelant le vol des oiseaux. C’est de là que viendrait le nom de “bolero” qui emprunterait à “volero”, du verbe voler... Mais le genre que l’on connaît et que l’on aime toujours est apparu à Santiago de Cuba, vers 1885, avec la composition “Tristezas” de José Pepe Sanchez, le chanteur qui fut le premier à structurer le boléro en une forme propre. Mais il est plus que probable que le boléro ait épousé les mesures de la contradanza du XVIIIe siècle et qu’il ait emprunté, au XIXe siècle, des caractéristiques du danzón et de la habanera. Il existe d’ailleurs une belle histoire que je vais m’empresser de vous raconter. C’est celle d’Aquellos Ojos Verdes, une chanson que tout le monde connaît. Elle fut composée par Nilo Mendez, en 1929, et devint le premier grand succès international du boléro. L’auteur racontait que la nuit même où il fit la connaissance d’une jolie fille aux yeux verts, il en tomba éperdument amoureux et demanda immédiatement au poète Adolfo Uretra, par ailleurs frère de cette accorte personne, de lui écrire les paroles qui immortalisèrent la rencontre et la chanson.

 

Le boléro au Mexique, à Cuba et à Porto - Rico
Dès les années quarante, le boléro s’était déjà imposé à Cuba avec des compositeurs comme Osvaldo Farrès (Toda una vida), Bobby Collazo (La Ultima Noche), César Portillo de la Luz (Contigo en la distancia) et Frank Dominguez (Tu me acostumbraste). C’est avec Agustin Lara que le Mexique connut son auteur le plus prolifique : plus de 500 chansons dont plus de 160 sont des boléros. C’est lui qui a établi, dans les années vingt, la forme classique du genre : 32 mesures divisées en deux parties, les 16 premières mesures en ton mineur et les 16 autres en ton majeur. Sa source d’inspiration unique : la femme dont il fragmente le corps, avec une grande sensualité ; les yeux, la bouche, la peau, la voix, tout est objet de désir, suivant en cela la tradition de l’amour courtois. Il représente la passion amoureuse comme un destin fatal plus fort que la mort. L’essence du boléro est désormais dans l’inconscient latino-américain. Il est toutefois possible de faire des distinctions entre les écritures selon les pays. Le boléro mexicain, usant et abusant d’allusions et de métaphores, est plus intensément dramatique au point qu’on l’imagine aisément illustrer un feuilleton radiophonique ou télévisuel alors que le boléro d’extraction cubaine a une dimension plus fine, plus sensible pour ne pas dire plus intellectuelle. Le boléro portoricain, lui, offre une notable différence en étant fondamentalement plus narratif et plus descriptif. Il existe quelques raisons pour expliquer cet état de fait : l’influence des trois genres musicaux purement local comme le “Aguinaldo”, le “villancio” et le “plena”, mais on peut aussi ajouter que l’essentiel des boléros portoricains a été composé aux USA pour un public composé d’émigrés, ce qui fit que les thèmes choisis tournaient autour de la nostalgie et de la patrie lointaine. De plus, pour capter l’attention de la classe moyenne émigrée et cultivée, les paroliers privilégièrent un langage épuré et plus moderne. Rafael Hernandez, l’auteur de Lamento Boricano, Pedro Flores, Bobby Capó et Tito Hernandez sont les plus renommés.


Besame Mucho

Le boléro est toujours chanté et les paroliers qui ont illustré le genre ont écrit des textes de qualité, un peu à l’égal des grands auteurs de tango. Il nous a donc semblé utile, dans cette présentation, de glisser les paroles de quelques boléros devenus des standards, ici en France ou en Amérique Latine, sa terre d’élection. Le boléro Besame Mucho, écrit en 1941, est la carte de visite de Consuelo Velazquez (1924-2005), qui n’avait que 17 ans lorsqu’elle l’a composé. Mexicaine, elle a commencé le piano très jeune et fut même soliste de l’Orchestre Symphonique du Mexique. Besame Mucho fut adaptée par Nat King Cole, ce qui permit à la chanson de connaître un succès foudroyant.


Lucho Gatica

Le chanteur chilien Lucho Gatica, appelée aussi “la voix de l’amour”, donne, dans notre disque, une version de référence de Besame Mucho. Elle fut enregistrée en 1953 avec l’orchestre de Roberto Inglez avec qui il fit une longue tournée au Brésil et en Argentine. Après un premier disque en duo avec son frère Arturo, il abandonne le tango qui commence à perdre de l’influence dans son pays pour se dédier au boléro en s’inspirant d’Olga Guillot et de Bobby Capó. Après Me importas-tu, son enregistrement de 1951, il grave deux autre succès : Contigo en la distancia de Portillo de la Luz, en 1952, et Besame Mucho. A partir de cette date, il s’installe définitivement au Mexique et rejoint le label Capitol. Lucho Gatica —de son vrai nom Luis Gatica — reste le chanteur de référence du genre boléro. Le fabuleux “Conjunto Los Pelegrinos” l’accompagne dans plusieurs boléros de notre disque.

 

“Embrasse, embrasse-moi fort / Comme si cette nuit était la dernière,/ Embrasse, embrasse-moi fort / Parce que j’ai peur de te perdre, / De te perdre à jamais / Je veux te tenir très près, / Regarder dans tes yeux / T’avoir près de moi, / Pense que peut-être demain / Je serai loin / Très loin de toi /. (Besame Mucho musique et paroles : Consuelo Velasquéz)


Bobby Capó

Bobby Capó ne serait-il pas le plus grand d’entre tous, avec sa voix de miel et son style décontracté de “mec à la cool” ? Portoricain, né en 1922, il avait émigré aux USA dans les années quarante, après avoir été membre du Cuarteto Victoria dirigé par son compatriote René Hernandez (un autre grand musicien de l’époque). Après s’être produit un temps dans l’orchestre de Xavier Cugat, il entame une carrière de soliste et fait admirer des compositions personnelles comme Ella Ella ou El Cucu. “L’infini peut rester sans étoiles / Et l’océan peut perdre son immensité / Mais le noir de tes yeux ne peut perdre sa couleur /Et que ta peau couleur cannelle reste la même / Si l’arc-en-ciel perdait sa beauté / Et les fleurs leurs parfum et leur couleur, / Ma tristesse ne serait pas si grande, / Comme celle de rester sans ton amour / Ce qui m’importe c’est toi, c’est toi, c’est toi / Et seulement toi, et toi et toi, / Ce qui m’importe c’est toi, c’est toi,c’est toi / Et rien d’autre que toi / Œil noir et peau cannelle / Qui arrivent à me désespérer / Ce qui m’importe c’est toi, c’est toi, c’est toi / Et seulement toi, et toi et toi / Ce qui m’importe c’est toi, c’est toi, c’est toi / Et rien d’autre que toi.”

(Piel Canela, Musique et paroles : Bobby Capó)

Olga Guillot

Tú me Acostumbraste, ce chef d’œuvre du compositeur et pianiste cubain Frank Dominguez (né en 1927, à Matanzas), a été interprété par Olga Guillot, accompagnée par le Gran Orquesta Riverside. Olga Guillot est née à Santiago de Cuba le 9 octobre 1922 au sein d’une famille d’artistes et elle fut découverte par le musicien cubain Facundo Rivero qui lui fit faire ses premiers pas à La Havane. Toutefois, ce fut l’immense chanteur Miguelito Valdes qui lui a permis d’enregistrer pour le label Decca à New York. En 1954, elle signe un contrat d’exclusivité avec le label Puchito pour qui elle enregistre le fameux boléro Mienteme du compositeur mexicain Armando “Chamaco” Dominguez. Chanteuse d’exception, Olga Guillot dégage un feeling qui reste d’une grande modernité. Elle vient de nous quitter le 12 juillet 2010. Le Gran Orquesta Riverside, emmené par Pedro Villa, fut à partir de 1947 une des plus prestigieuses formations cubaines.


“Tu m’a habitué, / À toutes ces choses-là / Et tu m’as enseigné / Qu’elles sont merveilleuses, / Avec subtilité tu es arrivé vers moi, / Comme une tentation / Et tu as rempli d’inquiétude mon cœur / Je ne pouvais pas comprendre / Comment on pouvait t’aimer / Dans ton monde étrange / Que par toi j’ai appris à connaître / A cause de tout ça je me demande, / Quand je vois que tu m’as oublié / Pourquoi tu ne m’as pas enseigné / Comme je peux vivre sans toi.”
(Tú me Acostumbraste, musique et paroles : Frank Domínguéz)


Historia de un Amor

Ce boléro qu’écrivit le panaméen Carlos Almarán, en notant la douleur insondable de son frère après le décès de sa femme est, sans conteste possible, un des plus émouvants de l’histoire du genre. L’interprétation n’en pouvait revenir qu’à Lucho Gatica, belle voix mais aussi et avant tout un des chanteurs les plus fins et les plus sensibles de l’actualité du boléro. Le fait qu’il soit de nationalité chilienne, même s’il fit sa carrière pour l’essentiel au Mexique où il avait décidé de résider, démontre bien le puissant impact du boléro auprès des auditeurs hispanophones. Même si la habanera a innervé la quasi-totalité des genres de la musique populaire d’Amérique Latine, c’est bien le boléro qui fit la conquête de tous les cœurs.

“Tu n’es plus à mes côtés, mon cœur, / Et dans l’âme, je n’ai que de la solitude / Et si déjà je ne peux plus te voir / C’est parce que Dieu m’a fait t’aimer / Pour me faire souffrir davantage / Tu a toujours été la raison de mon existence / T’adorer fut pour moi une religion, / Et dans tes baisers, je trouvais / L’amour qui m’offrait / La chaleur et la passion / C’est l’histoire d’un amour qui n’en connaîtra pas une autre identique / Qui m’a fait comprendre tout le bien, tout le mal / Qui a donné de la lumière à ma vie pour l’éteindre ensuite / Ah quelle vie très obscure, sans ton amour je ne vivrai plus.”

(Historia de un amor, Musique et paroles : Carlos Almarán)

Dos Gardenias

Ce boléro, qui fut interprété par Ibrahim Ferrer, est la composition majeure d’une femme active et attachante : Isolina Carrillo (La Havane 1907-1996). Outre ses activités de compositrice, elle fut pianiste, professeur de chant choral et leader du Septeto “Las Trovadores del Cayo”, dont tous les membres étaient de sexe féminin… Antonio Machin (Cuba 1903, Madrid 1977) fut un grand chanteur de ballades romantiques, surtout vers la fin de sa vie. Il fut aussi le chanteur de l’orchestre Casino de La Havana dirigé par Don Azpiazu et qui fit un tabac à New York en 1930 en interprétant El Manisero, connu en anglais comme The Peanuts Vendor.

“Deux gardénias pour toi, / Avec eux je veux te dire : je te veux, je t’adore, mon amour / Mets-y toute ton attention, / Parce que ce sont ton cœur et le mien. / Deux Gardénias pour toi, / Qui auront toute la chaleur d’un baiser, / De ces baisers que je t’ai donnés / Et que jamais tu ne rencontreras / Dans la chaleur d’un autre être aimé. / A tes côtés ils vont vivre et te parler / Comme lorsque tu étais avec moi / Et tu vas même croire ce qu’ils te diront : Je t’aime ! / Mais si un jour à la tombée de la nuit / Les Gardénias de mon amour meurent / C’est parce qu’ils auront deviné / Que ton amour n’est plus, / Parce qu’il existe un autre être aimé.”

(Dos Gardenias, Musique et paroles : Isolina Carrillo)

Osvaldo Farres

Né à Cuba, compositeur, animateur de radio et publicitaire, Osvaldo Farrès (1902-1985) fut aussi l’auteur de chansons et de boléros comme Toda una vida, Para que Sufra, Tres palabras et, bien sûr, Quizas Qizas Quizas, rien de moins.

Bienvenido Granda (1915-1983)

Il suffit d’écouter les premières notes de Nostalgia pour prendre la mesure du talent du chanteur moustachu Bienvenido Granda. Né à La Havane, il rejoint La Sonora Matancera en 1940 et nombreux sont ceux qui le considèrent comme le meilleur chanteur à s’être exprimé dans ce groupe prestigieux qui connut pourtant plusieurs solistes de grand talent comme Daniel Santos ou Celio Gonzales. Qu’il chante le boléro, la cha-cha-cha ou quoi que ce soit de caribéen, son timbre de voix caractéristique et son sens du phrasé font merveille.

 

Sonora Matancera
Un des monuments de la musique cubaine. Cet orchestre avait été créé en 1924, sous forme de sextette, la formule instrumentale de l’époque, à Matanzas, par Valentin Cané. Après son installation à La Havane, la formation s’adonne à tous les styles cubains liés à la danse et accueille des chanteurs d’exception comme Bienvenido Granda, Daniel Santos, Celio Gonzalez, Justo Bittancourt, Yayo El Indio. Le déracinement à New York, en 1960, marque la fin d’une formation qui aura influencé tous les orchestres du continent sud américain par la beauté de ses cuivres et ses arrangements intelligents.

Teca CALAZANS et Philippe LESAGE
© Frémeaux & Associés

Illustration du livret : collection Teca Calazans et Philippe Lesage.
Dessin de couverture : Bruno Blum © Frémeaux & Associés.
Partition de couverture : collection Philippe Baudoin.

english notes
the BOLERO 1952-1959
The recipe is simple: to obtain a bolero of superior quality, one only needs an ideal conjunction between the ingredients. Take strong lyrics that speak of vanquished love, and a melody in symbiosis with the drama being played out; add a pinch of classy arrangements, and a voice that can bring it to a rolling boil. The lifeblood of the genre, in other words (to our great, egoist’s delight), is pathos and bombast.

A continent seduced by its spell:
Or, if you prefer, the proof that a minor art-form like song is capable of setting a whole continent ablaze. In Latin America, everyone – young, old, black, white, half-caste, hugging dancers, couples torn apart, factory-workers, sugarcane-cutters, teachers, journalists, housewives with a craze for radio-serials, writers with blank-page syndrome, yes, everyone – has succumbed to this dance with a whiff of heresy known as the bolero. One day it seized the soul of Latin America and never let go. Even if it means appearing to be a non-believer, it’s not inexact to write that the bolero has left more of a mark on people’s hearts and everyday existence than the Holy Bible. How else can you explain that the Hispanic world has, for decades (particularly in the 40s and 50s) let itself be seduced by this music-genre? Could it be due to that conjugation of a drop of African sensuality with just a hint of Spanish trágico (possibly precipitated by that fatalism which turns the gaze of Indians to lead)?

Within the violent drama of the bolero lies sensual sexuality and this makes it a cousin of the habanera, the son or the mambo. Not only because it is Caribbean, but also because it is itself, i.e. independent, indifferent, other and different. It has become a slow, sensual dance, and in order to dance it well, the bolero has a manual with several lessons to be learned. Lesson 1: the hips move as in the rumba; lesson 2: you must face your partner, corps à corps, with your arm in a tropical position; lesson 3: the couple turns slowly to the left whilst remaining almost in place; lesson 4: it is a mirror-dance, and when the man advances his right foot, his partner withdraws her left; lesson 5: the couple begins its move on the second beat with a quick step, the fourth beat is a slow step, and the next first beat contains only a movement of the pelvis, a characteristic of Caribbean dances. Some people might say those lessons illustrate more «a bolero crossed with a bolero», and that the bolero is actually much simpler: one has only to follow one’s partner, provided one has a little feeling for music and rhythm. And it’s true: the bolero doesn’t mould itself to a complex choreography like the tango, nor does it follow a symbolic system like the paso doble; and it requires even less those rock & roll shifts that send your heartbeat through the roof.

 

The Golden Triangle
This is where it happened, between Cuba, Puerto Rico and Mexico, a golden three-of-a-kind that became four aces with the addition of Miami, once Fidel – who, it is whispered, is such a fan of the bolero and the cha-cha-cha that he writes lyrics for them – had failed to develop any kind of loyalty in musicians desperate for their artistic freedom. It seems that the bolero was born a long time ago in Spain, during gypsy feasts where participants, using a musical foundation of guitars and handclaps, danced in rapid, sweeping movements that recalled birds in flight. So «bolero» would be a corruption of «volero», meaning «flying»... but the genre we know and (still) love first appeared in around 1885 in Santiago de Cuba, with the composition Tristezas by José Pepe Sanchez, the singer who was the first to give the bolero form its own structure. But it’s more than likely that the bolero embraced the bars of the 18th century contradanza, and that in the 19th century it borrowed the characteristics of the danzón and habanera. Here’s a nice story, the tale of Aquellos Ojos Verdes, a song that everyone’s heard (composed by Nilo Mendez in 1929, it became the first great international bolero hit). Mendez said that on the night he met a pretty green-eyed young lady he at once fell hopelessly in love with her, and he asked the poet Adolfo Uretra – incidentally, the brother of the winsome green-eyed creature in question – to write some lyrics, thereby immortalizing both the encounter and the song.


Boleros in Cuba, Mexico and Puerto Rico
By the Forties, the bolero was established in Cuba thanks to composers such as Osvaldo Farrès (Toda una vida), Bobby Collazo (La Ultima Noche), César Portillo de la Luz (Contigo en la distancia) and Frank Dominguez (Tu me acostumbraste). Mexico’s most prolific writer was Agustin Lara, whose more than 500 works contain 160 boleros, and it was he who gave the genre its classic form in the Twenties: 32 bars divided into two parts, the first 16 bars in a minor key, and the next 16 in a major key. His sole source of inspiration was (a) female whose body he fragmented with great sensuality: the eyes, mouth, skin and voice all became objects of desire, following the courtly love tradition. He represented passionate love as a fatal destiny stronger than death itself. The essence of the bolero now belongs to the collective subconscious of Latin America. But it is possible to differentiate the compositions by country. The Mexican form, which uses (and abuses) both allusions and metaphors, is more intensely dramatic: you can easily imagine it being used on radio or TV in a serial; the Cuban bolero has a more subtle dimension, more sensitive if not more intellectual. As for the bolero of Puerto Rico, its most notable difference is that it is more fundamentally narrative and more descriptive. Several reasons explain this: the influence of the three purely local musical genres Aguinaldo, villancio and plena, to which you can also add the fact that most Puerto-Rican boleros were composed in the USA for an immigrant audience, with themes that had more to do with nostalgia for the country that had been left behind. On top of that, and in order to capture the attention of the cultivated, immigrant middle-classes, lyricists preferred a more modern less florid language. Rafael Hernandez, the writer of Lamento Boricano, Pedro Flores, Bobby Capó and Tito Hernandez are the most famous among these.
Teca CALAZANS et Philippe LESAGE

Adapted in English by Martin DAVIES
© Frémeaux & Associés


DISCOGRAPHIE
01. QUIZAS, QUIZAS, QUIZAS (Osvaldo Farrés)        3’04
Bobby Capó c/ Orquesta Seeco
SEECO SCLP-9055, 1956


02. DOS GARDENIAS (Isolina Carrillo)      2’53

Antonio Machin c/ Orquesta
EP ODEON (EMI) DSOE 16.201, 1958


03. SINCERIDAD (Peres)  3’13

Lucho Gatica c/ el conjunto los Pelegrinos
EP.ODEOM (EMI) MSOE 31.024, 1954


04. NOSTALGIA (Carlos Almarán)      2’10

Bienvenido Granda c/ la Sonora Matancera
SEECO-Rozemblit – 0156-B, 1956


05. BESAME MUCHO (Consuelo Velasquez)    3’08

Lucho Gatica c/ Roberto Ingles e sua orquestra
ODEON X-3451-B, 1953


06. PIEL CANELA (Bobby Capó)        2’43

Bobby Capó con La Sonora Matancera
SEECO SCLP 9120, 1959


07. HISTORIA DE UN AMOR (Carlos Almarán)  3’17

Lucho Gatica com orquesta José Sabre Marroquin
EP. ODEON (EMI) MSOE 31.182, 1958


08. AQUELLOS OJOS VERDES (Nilo Menendez / Adolfo Utrera)

version João de Barros      2’12
Trio Irakitan

ODEON 14.580 A Matriz 13880, 1959


09. SEÑORA (Orestes Santos)  2’34

Bienvenido Granda c/ la Sonora Matancera
SEECO Rozemblit – 0101-A SR 102, 1955


10. REGALO DE DIOS (Bobby Capó)         2’23

Bobby Capó c/ Orquesta de Mario Ruiz Armengol
RCA, 14/11/1956


11. LA BARCA (Roberto Cantoral)     3’30

Lucho Gatica com Orquesta de Jose Sabre Marroquin
EP. ODEON (EMI) DSOE 16.207, 1958


12. FRENESI (Alberto Dominguéz)

version Haroldo Barbosa   1’57
Trio Irakitan

ODEON, 1959


13. VEREDA TROPICAL (Gonzalo Curiel)          2’53

Adelina Garcia c/ Osvaldo Borba e sua Orquesta
ODEON- 8547-A, 1954


14. CONTIGO EN LA DISTANCIA

(César Portillo de la Luz)   3’21
Lucho Gatica c/ el conjunto Los Pelegrinos

EP. ODEON (EMI) MSOE 31.023, 1954


15. TU ME ACOSTUMBRASTE (Frank Domingues)   3’33

Olga Guillot c/ Orquesta Reverside
Puchito Records – MLP.515, 1954


16. SI ME COMPRIENDERAS (José Antonio Méndez)       3’02

Bobby Capó, com Orquestra de Mario Ruiz Ammengol
RCA, 1956


17. SI ME PUDIERAS QUERER (Ignacio Villa)  3’19

Toña la Negra con el Conjunto de Pablo Peregrino, 1958

18. EL RELOJ (Roberto Cantoral)       3’24

Lucho Gatica con Orquesta de Jose Sabre Marroquin
EP. ODEON (EMI) DSOE 16.207, 1958


19. NECESITO TU AMOR (Carlos Rigual) 2’53

Bobby Capó c / la Orquesta de Rafael de Paz
RCA, 14/11/1956


20. AMOR PROPIO (C. Lacalle)          2’59

2Daniel Santos c/ orquesta
SEECO – SCLP 3003, 1952

CD Anthologie des Musiques de danse du monde © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)

 





ExtractTrackAuthorDuration
01 Quizas, Quizas, Quizas - Bobby Capo et son Orchestre03'03
02 Dos gardenias - Antonio Machin et son Orchestre02'52
03 Sinceridad - Lucho Gatica con el conjunto Los Pelegrinos03'13
04 Nostalgia - Bienvenido Granda02'10
05 Besame mucho - Lucho Gatica03'07
06 Piel canela - Bobby Capo02'43
07 Historia de un amor - Lucho Gatica03'16
08 Aquellos ojos verdes - Trio Irakitan02'12
09 Senora - Bienvenido Granda02'33
10 Regalo de Dios - Bobby Capo02'22
11 La Barca - Lucho Gatica03'29
12 Frenesi - Haroldo Barbosa01'56
13 Vereda Tropical - Adelina Garcia02'53
14 Contigo en la distancia - Lucho Gatica con el conjunto Los Pelegrinos03'20
15 Tu me acostumbraste - Olga Guillot con su orquestra Reverside03'32
16 Si mecomprienderas - Bobby Capo03'01
17 Si me pudieras querer - Tona la Negra03'18
18 El reloj - Lucho Gatica03'24
19 Necesito tu amor - Bobby Capo02'53
20 Amor proprio - Daniel Santos et son orchestre02'59
"Pour danser, difficile de faire mieux et plus simple." par On-Mag

Le troisième CD (part. II) de cette anthologie des musiques de danse (deux fois dix volumes) est consacré au boléro. Pathos et emphase pour des chansons d’amours malheureuses, de passion trahie, ce sont les caractéristiques de cette danse sensuelle lente apparentée à la rumba, au mambo, au son, caribéens comme elle, qui est née à Santiago de Cuba au début du siècle, à partir de la contredanza (contredanse) du XVIIIe siècle, elle-même descendante des country dances britanniques, selon Alejo Carpentier. Les modèles archiconnus, ce sont « Besame mucho », « Historia de un amor », « Quizas, quizas, quizas » ou « Frenesi ». Des succès qui ont fait plusieurs fois le tour de la planète et qui continuent à le faire. Ils sont interprétés ici, avec seize autres, par les chanteurs à voix de velours qui en ont fait le symbole même de l Amérique latine du Nord (Mexique, Cuba, Porto-Rico + Miami), Boby Capo, Antonio Machin, Lucho Gatica, Bienvenido Granda, le trio Irakitan, Daniel Santos et les chanteuses ensorcelantes qu étaient Toña la Negra, Adelina Garcia ou Olga Guillot qui, comme son nom ne l’indique pas, était cubaine. Bien sûr, certains trouveront ces airs populaires sucrés, pleurnichards, mais c’est justement l’excès de grandiloquence qui permet d’écouter les boléros au deuxième degré. Et de les trouver bien moins larmoyants que les blues, les torch songs, les fados, ou les chansons d’Edith Piaf ou de Berthe Sylva. Et puis, pour danser, difficile de faire mieux et plus simple.
par Michel BEDIN - ON-MAG




« Un álbum que no podía faltar » par Tango Reporter

Un álbum sobre el bolero no podía faltar en una antología de la calidad de “Dance Master Classics”, una colección de 20 compactos sobre los distintos ritmos musicales del mundo que viene publicando el sello francés Frémeaux & Associés. El bolero, originario del Caribe, prendió con fuerza en el gusto popular de todos los países de habla hispana durante las décadas de 1940 y 1950, dos décadas en que la música popular de todos los países del mundo produjo sus mejores canciones. Surgido como una danza lenta, de románticas letras, evocativas de amores perdidos o encontrados, se tornó popular interpretado por lánguidas guitarras y calidás voces surgidas entre Cuba, Puerto Rico y México para luego encontrar intérpretes en todos los países latinoamericanos. Buen ejemplo de ello es esta recopilación de 20 boleros interpretados por Bobby Capó, Antonio Machín, Lucho Gatica, Bienvenido Granda, Trío Irakitán, Adelina García, Olga Guillot, Toña La Negra, y Daniel Santos. Son de destacar las versiones de Quizás, quizás, quizás y Piel canela (Bobby Capó), Dos gardenias (Antonio Machín), Sinceridad, Bésame mucho, La barca, Reloj, y Contigo en la distancia (Lucho Gatica), Nostalgia (Bienvenido Granda), Vereda tropical (Adelina García), Tu me acostumbraste (Olga Guillot), Si me pudieras querer (Toña La Negra), y Amor proprio (Daniel Santos), entre otros temas.
Tango Reporter





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