THE GREATEST BLUES SHOUTERS 1944 - 1955

BIG JOE TURNER, JIMMY WITHERSPOON, LOUIS JORDAN

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Nombre de CDs : 2


29,99 € TTC

FA5166

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"Les blues shouters sont parmi les plus grands chanteurs que nous ait donné l’Amérique noire. Leurs voix puissantes, émouvantes, et parfois déchirantes n’en finissent pas de résonner encore aujourd’hui. Jacques Morgantini, avec le concours de Jean Buzelin, nous fait revivre cette histoire par ses 40 titres les plus expressifs."
Patrick Frémeaux

Droits audio : Groupe Frémeaux Colombini SAS - Le Patrimoine Sonore - Notre mémoire collective - Histoire du Rythm N Blues et Soul Music.

Coffret 2 CD et livret 32 pages :
Big Joe Turner : Feeling so sad • Still in the dark • Poor lover’s blues • T.V. Mama • Shake rattle & roll - Jimmy Rushing : Jimmy’s blues • Somebody’s spoiling these women • Goin’ to Chicago Blues • Boogie Woogie (I may be wrong) • Every day I have the Blues - Wynonie Harris : Here comes the Blues • In the evening • Good rockin’ tonight • Bloodshot eyes • Night train - Big Joe Turner & Wynonie Harris : Goin’ home - Eddie Vinson : Somebody’s got to go • Juice head baby • Cherry red Blues • My big brass bed is gone - Jimmy Witherspoon : Spoon calls hootie • Blues in trouble • Two little girls • Jay’s blues - Sonny Parker : Sad feeling • Pretty baby • Helpless • She set my soul on fire • Worried life blues - Tiny bradshaw : The blues came pouring down • T-99 • The train kept-a-rollin’ - Louis Jordan : Let the good time roll - H-Bomb Ferguson : Give it up • You made me baby - Eddie Mack : Mercenary papa • Heart throbbing blues - Piney Brown : How about rocking with me - Roy Brown : Dreaming blues - Smiley Lewis : Lowdown."
The greatest blues shouters 1944-1955

Dans le milieu des années 1930, les grands orchestres tiennent le devant de la scène du jazz. La présence dans leurs rangs de chanteurs et chanteuses était indispensable, car les Américains ont le culte du chant et nulle formation ne pouvait percer sans quelques bons vocalistes. Cela allait du crooner sirupeux faisant chavirer le beau sexe, jusqu’à des chanteurs plus musclés interprétant plus particulièrement des blues.

Big Joe Turner (1911-1985) et Kansas City
A Kansas City, dans les années 30, le maire Tom Pendergast, grand amateur de jazz discrètement soutenu par le gangster Johnny Lanzia, (le Al Capone local), avait décidé que sa ville, malgré la prohibition qui était de règle dans tout le pays, serait open city, une ville ouverte aussi bien à l’alcool qu’à tous les autres plaisirs, musique, jeux, loteries, maisons closes… ce qui faisait les délices des éleveurs, maquignons, gros fermiers et clients divers venus de loin pour s’éclater dans cette accueillante cité ! Cela faisait l’affaire des nombreux musiciens qui se pressaient à Kansas City, car ils étaient sûrs d’y trouver du travail en abondance. Un jeune barman chantait le blues et, très vite, fît équipe avec l’exceptionnel pianiste de blues et de boogie-woogie Pete Johnson, lui aussi natif de Kansas City. Joe Turner, car il s’agit de lui, avait une voix de baryton d’un volume et d’une ampleur hors du commun. Lorsqu’il chantait dans un bar, la légende dit qu’on l’entendait à plusieurs blocs à la ronde. À cette époque, il n’y avait pas encore de microphones et les chanteurs utilisaient des porte-voix en zinc, ou même plus simplement faits d’un carton roulé en forme de cornet. Mais ces ustensiles primitifs, utiles pour certains, étaient méprisés et négligés par l’impressionnant Big Joe, qui, même par la suite, dédaignait les microphones, faisant confiance à l’exceptionnel volume sonore de sa voix. Il fût l’archétype de ce que l’on a appelé alors les blues shouters, les “crieurs de blues”. De jeunes chanteurs, dont nous vous parlerons en détail plus loin, ont été éblouis par l’art de Joe Turner, par son rayonnement et ils s’inspirèrent tout naturellement très étroitement de lui. Pour Wynonie Harris, pour Jimmy Witherspoon, Big Joe était le modèle, mieux leur idole, dont ils possédaient tous les disques ! On peut constater qu’un grand nombre de ces blues shouters, qui savaient à la perfection s’insérer dans les arrangements et les orchestrations des formations de jazz, en devinrent vite un élément indispensable. Il faut souligner aussi que la majorité d’entre eux n’étaient que chanteurs et nullement instrumentistes. Eddie Vinson, également saxophoniste, est une exception au sein de cette honorable phalange. Parlons en détail maintenant du “maître”, l’admirable Joe Turner, The Boss of the Blues, né le 18 mai 1911 à Kansas City. Il fréquente très jeune les musiciens de la ville et écoute avec ferveur les disques de Bessie Smith et d’Ethel Waters, ses deux chanteuses préférées. À l’audition du How Long Blues du pianiste-chanteur Leroy Carr, il comprend alors où se trouve sa voie. C’est bien cela qu’il veut faire : chanter le blues ! Dès lors il fréquente les bars, devenant pour être plus près des musiciens : barman, livreur de boissons explosives (!), meneur de jeux et, son impressionnante carrure le lui permettant facilement, videur à l’occasion ! Il ne tarde pas à faire équipe avec Pete Johnson, avec lequel on le retrouvera tout au long de sa carrière. Car c’est avec Pete qu’ils ont connu la gloire, et c’est avec Pete à ses côtés que Joe se sent le plus à l’aise. Si l’on remarque en premier lieu, à l’audition de Big Joe Turner, l’extraordinaire ampleur de sa voix, cela ne doit pas occulter l’extrême sensibilité de son chant, son art consommé des nuances, son aisance à détailler les mots, à animer par des contrastes subtils chaque phrase, à faire vibrer son auditoire par de longues notes tenues ! On pourrait dire que son chant s’apparente par sa diversité, ses modulations, ses larges inflexions, au déroulement d’un solo d’un instrumentiste, un grand saxo-ténor par exemple. Il est en également renommé pour ses dons de création et d’invention. Il n’est nullement l’esclave des textes qu’il interprète, il en modifie le sens par le poids qu’il donne à certaines syllabes, par sa manière de découper les phrases, pour donner plus de vie, plus de passion à son chant ! On comprend que sa voix “énorme”, sa façon unique de “clamer” le blues aient suscité une telle admiration chez les jeunes chanteurs. Toutes ses qualités dont nous avons parlé plus haut, ainsi que son swing naturel jamais pris en défaut font de lui un artiste d’une carrure rare, le rendant l’égal des plus grands instrumentistes de jazz ! Notre sélection qui lui est consacrée commence par Feeling So Sad, beau blues lent de 8 mesures chanté avec chaleur et puissance maîtrisée. On notera un court solo de piano de Pete Johnson, qui soutient le vocal de Big Joe avec vigilance et à propos ; Pete, toujours attentif au piano pour Still In The Dark parsemé de magnifique inflexions de son partenaire. C’est début 1951 que Big Joe Turner signe un long contrat avec la marque Atlantic qui avait un réseau de distribution plus efficace que les autres maisons de disques qui avaient utilisé les services de Joe auparavant. Avec de bons jazzmen et le piano robuste de Harry Van Walls, Joe donne une vibrante interprétation de Poor Lover’s Blues bien soutenu par un arrangement sobre, collant parfaitement à son vocal. Il passe en 1953 à Chicago au cours d’une tournée, et Atlantic profite de cette occasion pour l’enregistrer avec le groupement d’un guitariste-chanteur de blues de grande renommée, Elmore James. L’entente est magnifique entre Joe et les tenants du blues de Chicago : pulsation implacable, solo de guitare tendu d’Elmore, piano harcelant de Johnnie Jones et la voix de Joe, ce T.V. Mama est à coup sûr un grand disque dans la carrière du chanteur. En 1954, c’est le coup d’éclat avec la gravure de Shake Rattle And Roll, disque qui fait entrer le rhythm and blues dans le rock ‘n’ roll et une réussite qui reste accolée à jamais au nom de Joe Turner !

Jimmy Rushing (1903-1972)
Jimmy Rushing, vieux routier de la scène du jazz du Middle West, devint, après avoir fait partie des Walter Page’s Blue Devils et de l’orchestre de Bennie Moten, le chanteur-vedette de la formation de Count Basie à Kansas City. Dans les multiples titres qu’il a gravé avec ce dernier, pourquoi ne pas prendre Jimmy ’s Blues de 1944 ? Arrangement somptueux dominé par la voix vibrante de Rush, soutenu par son accompagnateur attitré dans l’orchestre, le fameux trombone Dickie Wells. Que voilà une carte de visite de haut niveau ! Avec une formation plus réduite comprenant d’anciens partenaires de l’orchestre de Count Basie en 1952, Jimmy, toujours très en voix pour Somebody’s Spoiling These Women, se demande “qui est en train de pourrir toutes ces femmes qui deviennent de plus en plus exigeantes !”. Grande séance en 1954 avec un orchestre taillé sur mesure avec Buddy Tate au ténor (le ténor qui joue le mieux le blues pour Mister Rushing) et la section rythmique des anciens “Basie-ites” Walter Page à la basse et Jo Jones à la batterie, plus le piano de Sammy Price, un Maître du blues qui est pour beaucoup dans la réussite de ces faces ! Jimmy reprend deux de ses anciens succès de l’époque Basie, le célèbre Goin’ To Chicago et le vif et enlevé Boogie Woogie où toute la formation swingue avec ardeur : Pat Jenkins convainquant à la trompette avec deux chorus, également deux chorus pour l’infaillible Buddy Tate, dont l’entrée rageuse est bien réjouissante ; quant au chanteur, il termine en puissance, électrisant l’orchestre avec les traditionnels “bye, bye, baby, bye” légendaires à Kansas City. Et voici de nouveau le magnifique Pete Johnson qui ouvre Every Day I Have The Blues par un solide solo de piano. L’euphorie est présente dès le départ, car Pete est soutenu par rien moins que “l’All American Rhythm Section” composée de Freddie Green, Walter Page et Jo Jones, la fameuse section rythmique de Count Basie, tout simplement la meilleure du monde. Là encore, la pulsation magnifique est typique du jazz de Kansas City ! Rushing est sur un nuage, solos splendides, d’un drive étonnant de Pete Johnson, puis Emmett Berry qui casse tout à la trompette avant Buddy Tate toujours parfait et éloquent au saxo-ténor soutenu en puissance par le piano. Seul Lawrence Brown n’est pas dans le ton ; dès qu’il lui faut jouer le blues, il surcharge avec des roucoulades, roucoulades hors du climat du blues comme dans son deuxième chorus. Dommage, mais c’est bref et Rushing remet tout en place pour terminer ! Une formidable interprétation à écouter et réécouter ! Un disque de chevet !

Wynonie Harris (1913-1969)
D’abord chanteur chez Lionel Hampton, puis chez Lucky Millinder, le danseur-vocaliste Wynonie Harris avait une idole : Big Joe Turner. Grâce à une étonnante présence sur scène, à son bagout, à son désir de plaire aux femmes, à ses provocations, cet extraverti, buveur, joueur, grand organisateur de soirées où le beau sexe était présent en force, devint pendant les années 45 à 55, la coqueluche de bien des jeunes Noirs de son temps. Sa puissance vocale, les paroles souvent salées de ses blues, son dynamisme ne pouvaient laisser ses auditeurs indifférents. On accola à son nom, celui de Mister Blues ! En Californie en 1944, il a la chance d’enregistrer avec le saxo-ténor qui faisait de plus en plus parler de lui, à juste titre, Illinois Jacquet. On les retrouve au cours d’un magnifique Here Comes The Blues où ils rivalisent d’intensité, la voix étant prolongée, complétée par les inflexions du ténor. Une grande réussite ! Avec le titre suivant, attention ! une partie des hordes hamptoniennes est en place, section rythmique de fer et un Milton Buckner omniprésent, aussi remarquable dans ses solos que dans son accompagnement de tous les instants derrière un Wynonie poussé à crier son blues avec vigueur ! Le chanteur Roy Brown, compositeur de Good Rockin’ Tonight, voit son thème fétiche récupéré par l’avisé Wynonie Harris qui le fait grimper en haut des charts (classement des meilleures ventes). La version de Wynonie avec un rythme puissant, un after-beat souligné par des claquements de mains, un solide solo de ténor de Hal Singer, des paroles à double sens et, bien sûr, la force du vocal, avait tout pour propulser Mr Blues sur le devant de la scène. Autre succès avec Bloodshot Eyes aux paroles cyniques pour une petite amie dont “les yeux ressemblent à deux cerises dans un verre de petit lait” et plus loin “tes yeux ressemblent à une carte routière, et j’ai peur de respirer ton haleine !”. Charmant ! Tout cela swingue avec allégresse avec hand clapping (claquement de mains), commentaire énergique du ténor de John Greer, le solo étant confié au saxo-baryton de Bill Graham. Dès le départ du célèbre “train de nuit”, bien connu dans sa version instrumentale, Wynonie clame Night Train avec conviction, soutenu par une formation importante. Presque tous les musiciens sont des jazzmen de classe dont le saxo-ténor Count Hastings, auteur d’un excellent solo, le guitariste Skeeter Best et le batteur Jimmy Crawford, l’ex-vedette de l’orchestre de Jimmy Lunceford. Malheureusement, Wynonie Harris eut une triste fin de carrière. Ruiné par son train de vie fastueux, ses dépenses folles, mais aussi injustement privé d’accès au circuit du rock ‘n’ roll, il tombe dans un anonymat relatif et se trouve écarté des studios d’enregistrement. “He was a lady’s man” (un homme à femmes) disait-on à son propos et finalement ses extravagances ont eu raison de lui !

Battles of Blues
Vers les années 1945-47, devant la popularité grandissante des blues shouters, des organisateurs de tournées mirent sur pied des “Battles of Blues”, des batailles de chanteurs. C’est ainsi que Big Joe Turner, Wynonie Harris, Jimmy Witherspoon, Roy Brown ou Crown Prince Waterford ont pu se retrouver parfois les uns et les autres sur une même scène. Un document intéressant nous offre une rencontre entre Big Joe et Wynonie soutenus par un orchestre de musiciens non identifiés. Dans Goin’ Home, Big Joe ouvre les hostilités avec deux puissants chorus où sa voix magnifique installe le débat à un haut niveau. Wynonie suit crânement accompagné par un saxo-alto qui a beaucoup écouté Earl Bostic ! Peut-être est-ce Donald Hill ? On sent une grande complicité, pas la moindre rivalité dans ce beau document tiré d’une séance qui fût la seule du genre, hélas !

Eddie “Cleanhead” Vinson (1917-1988)
Une belle histoire comme il en arrive parfois. Arrivé au Texas pour écouter son ami le saxo-ténor Arnett Cobb, le grand trompettiste Cootie Williams (alors chef d’une grande formation) entend un jeune saxophoniste-alto qui, à l’occasion, s’amusait à chanter le blues. Cet inconnu attaque quelques blues et en l’entendant, Cootie bondit en disant : “mais c’est ça que je veux, c’est ça que je recherche!”. Et il engagea aussitôt Eddie Vinson qui fit les beaux jours de son grand orchestre, comme tout au long de Somebody’s Got To Go, morceau tiré du répertoire du chanteur-guitariste de blues Big Bill Broonzy que Cleanhead admirait beaucoup. Par la suite Eddie Vinson vola de ses propres ailes et enregistra avec son propre grand orchestre certains de ses succès comme Juice Head Baby, blues où il détaille les démêlés qui sont les siens face à une solide buveuse, ayant d’après le médecin, une whiskey head et qui boit du gin comme de la limonade!.. Notons combien Eddie Vinson est un remarquable saxo-alto qui joue particulièrement bien le blues. Sa belle voix éclatante fait merveille dans son classique Juice Head Baby ainsi que dans Cherry Red, blues de 8 mesures qu’il emprunte au répertoire de Joe Turner, au cours duquel il parsème son vocal de coups de gosier qui sont sa signature. Avec une solide formation comprenant l’infaillible Milt Buckner au piano et Buddy Tate au ténor, Cleanhead dans My Big Brass Bed Is Gone a de sérieux ennuis avec le vol de son grand lit à boules de cuivre, mais en fait ce qui le contrarie le plus c’est que sa petite amie était encore dans le lit qu’on vient de lui dérober !!

Jimmy Witherspoon (1923-1997)
Autre admirateur de Joe Turner dont il possédait tous les disques : Jimmy Witherspoon. Très vite, en Californie, il est engagé par le pianiste Jay McShann, lui aussi héros de Kansas City, qui venait de perdre Walter Brown, le chanteur de son orchestre. Doué d’une voix magnifique, très phonogénique, Spoon a enregistré de multiples disques au cours d’une longue et fructueuse carrière. Lorsqu’il est bien accompagné, il atteint les plus hauts niveaux comme dans le premier titre que l’on trouve ici, où il exhorte Mister Hootie (le surnom de McShann) qui s’adjuge un remarquable solo de piano, suivi par un bon solo d’alto de Frank Sleets. Pour les deux titres suivants, Jimmy est particulièrement en voix, démarrant Blues In Trouble avec une envolée, un lyrisme, un punch qui ne peuvent qu’éblouir l’auditeur ! Dès les premières mesures de ce morceau, on est emporté par la grandeur et la beauté du vocal ! Et l’orchestre dirigé par le saxo-ténor Maxwell Davis est en forme : cohésion, vigueur, enthousiasme, sont présents. Maxwell Davis est un des hommes qui, par ses solos, ses arrangements, ses directions d’orchestres, ses organisations de séances de studio, eut une place d’une importance majeure dans le jazz californien, place qui n’a jamais été assez soulignée. Un artiste de premier plan ! Avec les mêmes et le même jour, Two Little Girls est tout aussi notable avec une belle partie de guitare de Tiny Webb, autre musicien local mésestimé. Maxwell Davis sort les tripes de son saxo (si je peux me permettre une telle image !) et Spoon est rayonnant. Jay’s Blues, hommage à son ancien leader, s’étend sur deux faces de 78 tours que nous avons regroupées ici. Surprenant, c’est l’arrangeur Buster Harding,  célèbre pour ses somptueuses orchestrations jouées par Count Basie, qui tient ici le piano et de fort belle manière ! Le saxo-ténor, excellent au demeurant, serait tenu par J. Allen dont ne sait pas grand-chose. Tout l’orchestre carbure bien derrière Jimmy, toujours aussi convainquant lorsqu’il faut clamer le blues. Un artiste chaleureux, talentueux et attachant ! Notons que nous donnons pour la face 2, la prise d’origine du 78 tours de la marque Federal, contrairement aux rééditions qui, jusqu’alors, ont donné une autre prise.

Sonny Parker (1925-1957)
Avec Sonny Parker nous avons là un jeune artiste rayonnant, qui hélas devait décéder à l’âge de 31 ans et qui enregistra trop peu. Il a été le chanteur vedette du grand orchestre de Lionel Hampton autour des années 50. Un des chefs-d’œuvre avec cette formation est Sad Feeling, arrangement discret mais chaleureux, vocal captivant de Sonnie et exceptionnel solo de vibraphone de Lionel ! Très jeune, âgé seulement de 24 ans, il fait preuve dans Pretty Baby gravé avec des vedettes de l’orchestre de Lionel Hampton, d’une étonnante maîtrise et d’une assurance affirmée. Derrière son chant chargé d’émotion et de tension, il y a la guitare de Wes Montgomery qui le suit avec vigilance mesure après mesure. Après une belle introduction de guitare, le chant reste toujours déchirant et tendu pour Helpless gravé avec Hampton et quelques-uns de ses musiciens plus Floyd Dixon au piano et Chuck Norris à la guitare. À Houston, la crème des Hamptoniens de l’époque se retrouve pour une séance d’exception dont nous avons sélectionné le swinguant She Set My Soul On Fire. Après Sonnie, véhéments à souhait défilent Johnny Board au ténor, le grand Billy Mackel à la guitare et Al Grey fracassant avec sa plunger-mute au trombone, avant le retour de Sonnie qui termine en apothéose. Ouf ! Milton Buckner passe du piano à l’orgue pour un envoûtant Worried Life Blues, le splendide blues lent de 8 mesures. Grandiose version de ce blues devenu un classique qu’avait illustré en son temps, en1941, l’émouvant pianiste-chanteur de blues Big Maceo, blues venant en fait du Someday Baby de Sleepy John Estes, enregistré lui en 1934. Tout au long, la partie d’orgue de Milt est exemplaire et le solo de trombone avec sourdine d’Al Grey est de la quintessence du blues au trombone, voilà un solo qui raconte une histoire et de quelle façon ! Efficaces contre-chants de Walter Williams à la trompette et Bobby Plater au saxo-alto. On aurait aimé que des musiciens ayant une telle complicité, une telle affinité, s’entendant à la perfection, puissent prolonger la séance plus longuement. De toutes façons ce Worried Life Blues reste l’un des grands disques gravés au cours des années 50. Sonnie Parker qui eut une carrière fulgurante, hélas trop brève, a été, il faut le souligner, un des artistes les plus talentueux de son temps !

Tiny Bradshaw (1905-1958)
Tiny Bradshaw roula longtemps sa bosse dans divers orchestres, plus ou moins obscurs comme batteur et chanteur. Mais c’est devant l’orchestre qu’était sa vraie place. Dès 1934, il dirige une belle formation comptant dans ses rangs quelques musiciens renommés. Son élégance, son sens de la scène, ses vocaux firent merveille et durant toute sa vie on le trouve devant de multiples formations. Orchestre solide avec un bon guitariste, solos confiés à un saxo-ténor musclé, en dehors des vocaux du chef, voilà la recette de l’époque pour ce que l’on a appelé le rhythm and blues, et c’est vers cette formule que s’engouffre Tiny Bradshaw au début des années 40, avec une grande réussite. Son dynamisme, ses vocaux énergiques, son sens du blues, son enthousiasme communicatif font de lui un artiste fort populaire auprès de la clientèle noire. Soutenu par l’efficace et vigilant guitariste Willie Gaddy, qui le suit pas à pas, il détaille avec chaleur The Blues Came Pouring Down. Et l’on passe à un de ses grands succès, T-99, composé par le chanteur Jimmy Nelson, qui bénéficie de la présence d’un remarquable saxo-ténor, Red Prysock, très à son avantage dans ce thème comme dans The Train Kept A Rollin’ qui suit. Venant de la formation de Tiny Grimes, ce musicien talentueux n’eut aucun mal à se glisser dans le combo de Tiny Bradshaw qui lui confiait la majorité des solos qu’il exécutait toujours avec une réjouissante vigueur. Tiny Bradshaw avait en lui l’homme de la situation.

Louis Jordan (1908-1975)
En Louis Jordan, nous avons un réel monument de la musique de jazz. Saxo-alto brillant, chanteur efficace, détaillant avec humour des textes souvent désopilants, c’était un artiste aimé du public, ses disques se vendaient par milliers, et son orchestre régulier, au personnel très stable, savait lui donner l’accompagnement souhaité. Louis n’est pas un typique blues shouter, mais il sait, lorsqu’il le faut, forcer sa voix et crier ses blues avec force et bonne humeur ! Son importance dans la musique de jazz fût souvent déterminante dans l’évolution et les orientations qui, partant du blues et des blues shouters, déboucha sur le rhythm and blues et un peu plus tard sur le rock & roll ! En Louis Jordan nous avons un maillon que l’on ne peut négliger, aussi dégustons son allègre Let The Good Times Roll et laissons le bon temps rouler…

Robert “H-Bomb” Ferguson   (né en 1929 ou 1931)
H-Bomb a beaucoup écouté Wynonie Harris auquel il ressemble souvent beaucoup. Ce chanteur qui était à l’occasion pianiste possède une belle voix puissante et chaleureuse. Il commence à enregistrer en 1950 pour de petites marques avant de passer chez Savoy qui lui fît graver entre 1951 et 1952 une quinzaine de titres avec de bons musiciens, comme par exemple le saxo-ténor Count Hastings dans Give It Up. Puis c’est pour lui la traversée du désert pendant de longues années et vers 1985, un timide retour lui permet de revenir fugitivement sur le devant de la scène. Dans You Made Me Baby on entend un guitariste fort capable dont le nom serait Wesley Jackson (?).

Eddie Mack (? - ?)
On  ne possède pas non plus des masses d’informations sur ce chanteur (né Mack Edmundson), sinon qu’il remplaça Eddie Vinson dans l’orchestre de Cootie Williams en 1947. De 1949, avec Cootie à la tête d’une formation plus réduite, nous avons choisi Mercenary Papa qu’il chante avec conviction, morceau qui contient deux chorus vibrants de Cootie à la trompette qui utilise avec “férocité” sa sourdine wa-wa. Cet Eddie Mack, quoique peu connu, est un très bon chanteur qui finalement n’est pas loin, en qualité et émotion, des grandes chanteurs qui précèdent. De la même année 1949, nous avons Heart Throbbing Blues où cette fois il bénéficie du soutien d’une formation de musiciens de l’orchestre d’Erskine Hawkins dirigée par le saxo-alto et arrangeur Bobby Smith. Après 1952, plus le moindre disque de cet artiste qui disparut injustement à la fin de la vogue du rhythm and blues, ses activités discographiques se situant seulement de 1947 à 1952 !

Piney Brown (né en 1922)
Piney Brown, né dans l’Alabama, fait également partie des admirateurs de Wynonie Harris. Il est représenté ici avec How About Rockin’ With Me? enregistré en 1950 pour la marque Apollo, morceau fort bien enlevé par un bon orchestre dont on ne sait rien ! Il swingue allègrement, évoquant de très près Wynonie. Après 1950 il continue à enregistrer çà et là quelques faces sans jamais rencontrer de grands succès. On dit qu’il a fait un comeback bien venu au cours d’un festival en Hollande pour son 80e anniversaire.

Roy Brown (1925-1981)
Roy Brown lui, a connu sinon la gloire, du moins de très grands succès tout au long des années 1947 à 1955 avec de multiples titres qui figurèrent dans les classements des meilleures ventes aux USA (les charts). Vraiment un grand chanteur et un compositeur prolifique, on a vu plus haut. que Wynonie Harris a obtenu un triomphe avec son Good Rockin’ Tonight, ainsi que son Lollipop Mama enregistré le même jour. Enfant de la Nouvelle-Orléans, ce chanteur à la voix haute, cependant chaude et vibrante, bien que n’étant pas un pur et exclusif blues shouter, devait fort justement figurer dans notre sélection. Ses grandes années étant passées, Roy Brown revint brièvement sur le devant de la scène mais il mourut trop tôt pour profiter d’une nouvelle carrière.

Smiley Lewis (1913-1966)
Smiley Lewis, en fait Overton Amos Lemons, est lui aussi un enfant de la Nouvelle-Orléans et c’est dans sa ville qu’il a gravé de multiples disques de 1947 à 1965. Guitariste modeste, c’est avant tout un chanteur puissant à la voix ample, chaude et bien timbrée qui rappelle par moment Big Joe Turner. Oui, à l’évidence, son homme, son modèle, c’etait bien le grand Joe dont il a parfois les envolées, l’articulation, les longues notes tenues. L’omniprésent Dave Bartholomew, trompette, arrangeur, superviseur, le prend sous son aile et le pilote chez Imperial, marque pour laquelle il enregistre la majorité de ses disques dans les studios de la Nouvelle-Orléans. Smiley Lewis chante le blues lent avec conviction et véhémence dans le beau et sombre Low Down accompagné par Bartholomew dont on ne dira jamais assez quel formidable trompettiste il était !  Dommage que ses activités multiples de directeur de séances, de producteur, de compositeur, de coach, de talent-scout, aient occulté et fait passer au second plan ses dons d’instrumentiste !

L’âge d’or des blues shouters fût limité dans le temps, ils tinrent le devant de la scène principalement de 1940 à 1955. Ils avaient un pied dans le jazz et l’autre dans ce que l’on a appelé le Rhythm & Blues, un terme commercial lancé par les marques de disques et les radios soucieuses de classification facile ! Ce R&B fût un fourre-tout où l’on mettait en vrac toutes sortes d’artistes allant du meilleur au pire ! Lorsque ce soit disant rhythm and blues commença à être remplacé par le rock and roll, de nombreux chanteurs tombèrent dans l’anonymat et l’oubli ! Ceux qui purent survivre à cette désaffection du public furent, bien évidemment les plus grands, ceux qui étaient, en fait, des artistes appartenant au monde du jazz et donc dépendant moins de la mode, les Big Joe Turner, Jimmy Rushing, Eddie Vinson, Jimmy Witherspoon et Louis Jordan.

Nous vous avons proposé les meilleurs représentants de ce courant musical qui, s’il ne dura qu’un temps, permit aux plus éminents d’entre eux de continuer à créer leur propre musique, dynamique, chaleureuse, émouvante. Car ils savaient que pour réussir et survivre, seuls la qualité, le rayonnement et la sincérité étaient les critères indispensables à réunir, et finalement peu importe le nom que l’on a accolé à leur Art !

Jacques MORGANTINI  © 2007 FRÉMEAUX & ASSOCIÉS
Remerciements à Jean Buzelin ainsi qu’à Pierre Allard pour les tirages photographiques.

CD The greatest blues shouters 1944-1955 © Frémeaux & Associés. (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)




Ecoutez Piste Titre / Artiste(s) Durée
CD 1
 
01 FEELING SO SAD - TURNER 02'33
 
02 STILL IN THE DARK - TURNER 02'48
 
03 POOR LOVER S BLUES - TURNER 02'46
 
04 T V MAMA - TURNER 02'49
 
05 SHAKE RATTLE AND ROLL - TURNER 03'02
 
06 JIMMY S BLUES - COUNT BASIE AND HIS ORCHESTRA 02'56
 
07 SOMEBODY S SPOILING THESE WOMEN - RUSHING 02'43
 
08 GOIN TO CHICAGO BLUES - RUSHING 03'38
 
09 BOOGIE WOOGIE (I MAY BE WRONG) - RUSHING 03'40
 
10 EVERYDAY I HAVE THE BLUES - RUSHING 06'18
 
11 HERE COMES THE BLUES - WYNONIE 02'58
 
12 IN THE EVENING - WYNONIE 02'48
 
13 GOOD ROCKIN TONIGHT - WYNONIE 02'40
 
14 BLOODSHOT EYES - WYNONIE 02'43
 
15 NIGHT RAIN - WYNONIE 02'33
 
16 GOIN HOME - TURNER 03'10
 
17 SOMEBODY S GOT TO GO - VINSON 03'24
 
18 JUICE HEAD BABY - VINSON 03'14
 
19 CHERRY RED BLUES - VINSON 02'48
 
20 MY BIG BRASS BED IS GONE - VINSON 02'45
CD 2
 
01 SPOON CALLS HOOTIE - WITHERSPOON 02'46
 
02 BLUES IN TROUBLE - WITHERSPOON 02'54
 
03 TWO LITTLE GIRLS - WITHERSPOON 02'34
 
04 JAY S BLUES - WITHERSPOON 05'23
 
05 SAD FEELING - PARKER 02'47
 
06 PRETTY BABY - PARKER 02'45
 
07 HELPLESS - PARKER 02'36
 
08 SHE SET MY SOUL ON FIRE - PARKER 02'50
 
09 WORRIED LIFE BLUES - PARKER 02'55
 
10 THE BLUES CAME POURING DOWN - BRADSHAW 01'52
 
11 T 99 - TINY BRADSHAW AND HIS ORCHESTR 03'00
 
12 THE TRAIN KEPT A ROLLIN - TINY BRADSHAW AND HIS ORCHESTR 02'49
 
13 LET THE GOOD TIME ROLL - LOUIS JORDAN AND HIS TYMPANY F 02'47
 
14 GIVE IT UP - FERGUSON 02'32
 
15 YOU MADE ME BABY - FERGUSON 02'33
 
16 MERCENARY PAPA - COOTIE WILLIAMS AND HIS ORCHES 02'19
 
17 HEART THROBBING BLUES - MACK 03'00
 
18 HOW ABOUT ROCKING WITH ME - BROWN 02'40
 
19 DREAMING BLUES - BROWN 03'07
 
20 LOWDOWN - LEWIS 02'46
Recommandé par le Musée du Quai Branly

"Un voyage au coeur des voix les plus célèbres du Blues." Musée du Quai Branly




"Une somme des meilleurs et plus significatifs "crieurs" de blues" par Biblionline

"Les collections Frémeaux & Associés sont célèbres pour leurs compilations thématiques. Celle-ci présente une somme des meilleurs et plus significatifs "crieurs de blues". Du plus connu Big Joe Turner qui fit entendre sa voix de baryton aux côtés du pianiste Pete Johnson en pleine prohibition à Kansas City, à Jimmy Rushing chanteur attitré de l’orchestre de Count Basie. Du crooner séducteur Wynonie Harris au saxophoniste chanteur Eddie « Cleanhead » Vinson à la voix phonogénique de Jimmy Witherspoon. Tous les grands orchestres de jazz avaient leurs chanteuses mais aussi leurs chanteurs pour les ballades séduisantes ("She set my soul on fire" mais aussi pour chauffer la salle et le band avec des blues-boogies particulièrement endiablés ("How about rocking with me", aux paroles parfois sexistes ("TV Mama", "Bloodshot eyes"), à double sens ("My big brass bed is gone"), ou dans la plus pure tradition du blues "geignard" ("Helpless" avec Lionel Hampton et Sonny Parker) véritable défouloir pour la population noire qui se pressait à ces soirées. Devant l’augmentation des shouters et l’engouement du public, on organisa dans les années 45/47 des batailles de chanteurs tout comme il y avait dans les années 20 des rent- parties (compétitions de musiciens et de claquettistes). (Cf  "Goin’ home" CD 1). On doit à certains d’avoir fait évoluer le jazz du bues vers le rhythm’n’blues et le rock’n’roll ( Louis Jordan). Significatif sur le titre "The train kept-a-rollin". On entend d’ailleurs selon les titres la pulsation qui change et on reconnaît ça et là comme les fantômes du King et de The Genius. Les héritiers en droite ligne de ces blues shouters au début de leur carrière." Albi Bop - Biblionline.com




« The greatest blues shouters » par le Bulletin du Hot Club de France

       Ce double album présente les plus importants artistes d’un mode d’expression particulièrement attrayant qui marqua l’histoire du jazz. Ces blues shouters privilégiaient le dynamisme, la force expressive sans pour cela sacrifier le côté émotionnel et ils bénéficiaient généralement de l’accompagnement de jazzmen jouant dans le même esprit. Un livret copieux et intéressant donne toutes les informations voulus sur ce panorama parfaitement représentatif, le texte et la judicieuse sélection des enregistrements sont dus à Jacques Morgantini.
       Le CD 1 débute avec le champion de la catégorie, le boss, Big Joe Turner dont la voix magnifique, ardente et chaleureuse, envahit l’espace. Dans Feeling so sad, idéalement accompagné par le piano de Pete Johnson et une section de saxes, il montre à la fois énergie contenue et feeling. Sa voix nonchalante et admirablement timbrée fait merveilles dans Still in the dark et Poor lover’s blues avec robuste accompagnement orné d’une élégante pratie de piano de Harry Van Walls. Dans le titre suivant, T.V. Mama, il reçoit la réplique de la guitare d’Elmore James, quant à Shakr rattle & roll, cette interprétation dégage un swing monumental.
       Les cinq plages suivantes reviennent à l’autre géant de la spécialité, Jimmy Rushing, entendu d’abord avec le soutien somptueux du grand orchestre de Count Basie et escorté de Dicky Wells dans Jimmy’s blues. Sa voix ardente, toujours extrêmement prenante, reçoit sur Somebody’s spoiling these women le soutien de Frank Galbreath à la trompette cependant que Jimmy Shirley déroule une stimulante partie de guitare. Un orchestre all-stars, comme on en réunissait quelques fois à cette époque bénie, l’accompagne par des riffs cependant que Sammy Price s’active au piano dans Goin’ to Chicago blues et Boogie woogie. Un autre all-stars, avec généreuse contribution de Pete Johnson, l’entoure dans Everyday I have the blues.
       L’excellent Wynonie Harris possède une vitalité contagieuse. Dans Here comes the blues, son vocal partage la vedette avec le saxo ténor d’Illinois Jacquet. Il se trouve en compagnie d’Hamptoniens, dont Milt Buckner très présent au piano, dans In the evening et dans son grand succès, Good rockin’ tonight, avec Hot Lips Page à son côté. Sa fougue entrîne ses partenaires dans Bloodshot eyes et même le grand orchestre qui l’assiste dans Night train. Dans Goin’ home, il participe à un duo avec Big Joe Turner, celui-ci débute avec deux chorus puis Wynonie Harris suit pour deux autres. On notera la différence d’ampleur de leurs voix.
       Eddie Vinson occupe les quatre dernières plages du CD1. Dans Somebody’s got to go, accompagné par le grand orchestre de Cootie Williams, il donne une version convaincante du blues de Big Bill. Il attaque ses deux succès, Juice head baby et Cherry red blues, par un solo d’alto et chante ensuite d’une voix étranglée mais néanmoins éclatante. My big brass bed is gone bénéficie d’un soutien solide d’où émerge le piano de Milt Buckner.
       Le CD2 s’ouvre sur quatre plages réservées à Jimmy Witherspoon doté, lui aussi d’une voix robuste et éclatante. Avec l’orchestre qui le réléva, celui de Jay McShann, il swingue plein d’autorité Spoon calls Hootie. Un ensemble assez important dirigé par le ténor Maxwell Davis, l’accompagne dans Blues in trouble et Two little girls. Porté par les riffs d’un groupe réduit il lance un vocal plein d’envolée dans Jay’s blues.
       Se placent ensuit cinq interprétations de Sonny Parker, superbe chanteur, dont la très brève carrière explique qu’il soit parfois négligé. Associé à l’orchestre Lionel Hampton, il enregistra essentiellement entouré d’Hamptoniens (l’intégrale parue sur CD Blue Moon puis CD EPM Blues Collection, cf. Bulletins 473 et 515) voise avec le big band au complet dans l’émouvant Sad feeling. Sonny Parker se déchaîne dans Sehr set my soul on fire sur tempo vif avec solos de Johnny Board (ts), Billy Mackel (g), Al Grey (tb). Dans les interprétations en tempo lent, il s’exprime avec un profond feeling : Pretty baby (avec la connivence du guitariste Wes Montgomery), Helpless (super Hampton au vibraphone) et Worried life blues (Lit Buckner à l’orgue et Al Grey).
       Tiny Bradshaw, renommé comme chef d’orchestre, était également shouter efficace comme le prouve The blues came pouring down, avec la complicité du guitariste, t-99, avec chœur des musiciens répétant le titre et intervention préemptoire de Red Prysock qui récidive dans The train kept-a-rollin’. Après le populaire Louis Jordan qui swingue le non moins populaire Let the good times roll, arrivent trois chanteurs peu connus. Booby Ferguson débuta sous le sobriquet de Cobra Kid avant que Savoy ne le surnomme H-Bomb, en référence à une énergie communicative (Give it up, You made me baby). Eddie Mack chante en force plus qu’en nuance, accompagné par Cootie Williams dans Mercenary papa et un contingent de l’orchestre Erskin Hawkins dans Heart throbbing blues, quant à Piney Brown, il possède une voix plus sourde et statique (How about rocking with me).
       Roy Brown fut célèbre (et influent) aux USA mais la malchance voulut qu’il passe longtemps inaperçu chez nous. Sa voix se distingue par une ampleur et une chaleur remarqables ; dans Dreaming blues il chante avec un feeling empoignant. Enfin, Smiley Lewis a souvent des accents proches de Big Joe Turner et il conclut avec Low-down soutenu par la trompette de Dave Bartholomew et l’insistant piano de Tuts Washington.
       Ce passionnant panorama présente des artistes sachant ce que chanter veut dire (surtout ne pas se laisser par l’appellation shouter) donc dans aucune relation avec la quasi-totalité des consternantes vedettes vantées aujourd’hui par les médias.
A.V. – BULLETIN DU HOT CLUB DE FRANCE




« The greatest blues shouters 1944-1955 » par Soulbag

On sait à quel point la maison Frémeaux & Associés soigne ses editions pour nous faire connaitre un artiste ou un style musical. Non seulement ils ne dérogent pas à leur règle avec cette anthologie, mais ils se surpassent. L’école des blues shouters est née dans les années 30 à Kansas City et connut son heure de gloire à l’époque où les grands orchestres sillonnaient les Etats-Unis. C’est bien sûr parce que les chanteurs devaient pousser leur voix pour se faire entendre au sein des big bands qu’on les qualifia de hurleurs/shouters. Les héros du genre furent, par ordre d’apparition, Jimmy Rushing, Big Joe Turner, Eddie Vinson et Jimmy Witherspoon. Joe Turner n’est peut-être pas le premier, mais c’est lui qui va populariser ce style et en être l’ambassadeur jusqu’à sa mort en 1984 ; toutes les facettes de son art sont ici bien représentées. En suivant l’évolution de ses cinq titres, nous pouvons comprendre comment il a contribué à la naissance du rythme & blues. Chanté de sa puissante voix au drive magistral Shake rattle & roll est l’exemple parfait du rock’n’roll naissant. C’est dans un domaine plus jazz que les trois autres évoluèrent au sein des orchestres de Count Basie, Lionel Hampton, Jay McShann et Cootie Williams. Ces quatre créateurs vont faire école, provoquant les vocations de Tiny Bradshaw, Wynonie Harris, H-Bomb Ferguson ou Sonny Parker, ici représentés, et de quelques autres. Le succès des blues shouters va décroître à mesure que le rock and roll s’étend, ils continuèrent néanmoins leur carrière. Si Louis Jordan n’appartient pas directement à cette tradition, sa présence ici est justifiée par le célèbre Let the good times roll. Pour ceux qui ne seraient pas familiarisés avec ce courant historiquement important de l’histoire du jazz et du blues, ce double CD offre, avec un confort d’écoute exceptionnel, un formidable panorama concocté par le grand connaisseur qu’est Jaques Morgantini. Vraiment jubilatoire.       
Danny « Louis » GARCON – SOULBAG




« CD-Audio » par Croire aujourd’hui

Entre le blues et le rock’n’roll, ces chanteurs sont bouleversants. L’amplitude sonore de leur voix semble naturelle, jamais forcée. Même quand ils crient, c’est l’âme qui soupire. Derrière eux, des orchestres de très haute tenue. Un document magnifique.
P.C. - CROIRE AUJOURD’HUI




« The greatest blues shouters 1944-1955 » par Prestige Audio Video

Après ses compilations, toutes superbes, sur le blues de la Nouvelle-Orléans, des hillbillies, de Californie, de Chicago, du Delta, Frémeaux et Associés nous offre une compil’ de choc, celle des crieurs de blues (Blues Shouters) dont la voix, tonitruante, avec ou sans micro, dominait la masse sonore d’un big band comme ceux de Count Basie, de Jay McShann, d’Illinois Jacquet, de Cootie Williams ou de Lionel Hampton. Ce sont ces « hurleurs » connus (Big Joe Turner, Wynonie Harris, Jimmy Rushing, Eddie « Cleanhead » Vinson, Jimmy Witherspoon, Sonny Parker) ou oubliés (« H-Bomb » Fergusson, Piney Brown) qui forgèrent le rock’n’roll et non pas quelque Presley. Ecoutez-les pleurer ou/et rire (« Ils m’ont fauché mon lit en cuivre, et ma nana était dedans ! »). Le blues, quoi ?
Michel BEDIN – PRESTIGE AUDIO VIDEO  




« Un blues fort en gueule » par Regards

Dans l’histoire du blues, certains artistes occupent une place de choix, car ils ont autant participé à la genèse du rock que de la soul. Ainsi Wynonie Harris, infernal interprète de « Good rockin’tonight », adulé aussi bien par Elvis Presley que James Brown. Un blues fort en gueule, mais aussi d’une sensualité explicite, qui sentait la sueur des bas-fonds et des bordels de la Nouvelle-Orléans et plus largement du Sud des Etats-Unis. A retrouver dans cette compilation Louis Jordan ou bien Big Joe Turner, ces « héros oubliés du rock’n’roll » selon la belle formule de Nick Tosches, on sent monter la fièvre et l’ont renifle l’alcool vénéneux qui courait dans leurs veines lors de leurs prestations sur le devant d’un vieux rade des « quartiers chocolat » de l’Amérique ségrégationniste.
MARTOV – REGARDS




« The Greatest Blues Shouters - 1944-1955 » par Les Inrockuptibles

Au cours de la décennie précédant l’avènement du rock, son fils bâtard, le blues, pétait encore des flammes. A partir de 1940, et durant quinze années, de la Californie à Kansas City, des chanteurs énergiques et chaleureux maintinrent haute la tradition vocale issue des beuglants de la prohibition et autres lieux de plaisir. Pour séduire le public le plus large possible, il convenait qu’un chant (soit le sucre des crooners, soit la sueur du blues) se fraie son chemin en devant de scène. L’évocation historique offerte ici fige dans l’histoire l’instant attendrissant où les Noirs américains parviennent à une relative aisance économique, où des vocalistes se démènent toutes cordes vocales dehors, poussés au cul par de joviales sections de cuivres et où, pour séduire le chaland, le jazz se fait parfois appeler rhythm’n’blues. Dans à peine plus d’une décennie, le rock’n’roll blanc renverra aux marchés ethniques beaucoup d’étoiles filantes de la sueur et du rythme. Mais les meilleurs (avec, en tête, le boss of the blues, ce Big Joe Turner dont l’organe, disait-on, pouvait franchir impunément plusieurs blocs) furent assez puissants pour survivre. Donc, on peut cesser quelques secondes de claquer des doigts, pour : entendre Jimmy Rushing sublimer Everyday I Have the Blues, soutenu par la section rythmique de Count Baisie (dont Freddie Green, maître guitariste qui jamais ne prit de solo) ; surveiller du coin de l’œil le crâne chauve d’Eddie « Cleanhead » Vinson, pleurant le vol de son lit en cuivre (et de la petite amie qui se trouvait dedans !) ; s’incliner devant la star du lot, un Louis Jordan déjà symbole du futur du rock’n’roll ; apprécier la mise en paroles du standard instrumental Night Train par Wynonie Harris, étincelant séducteur qui aura beaucoup chanté, et encore davantage dépensé ses cachets aux côtés des souris de nuit ; et faire les comptes… Quatorze artistes, quarante chansons, et un éternel retour vers notre gros préféré, Joe Turner qui, dans un Shake Rattle and Roll éruptif, explique benoîtement d’où nous venons tous.
Christian LARRÈDE – LES INROCKUPTIBLES




« Mérite un boulevard dans les coeurs » par Jazz Magazine

Apparus avec les big bands des années 30, les blues shouters ont repris le flambeau des chanteuses professionnelles de blues « classique » (ou « vaudeville ») auxquelles le jazz avait prêté son concours dès les débuts de l’enregistrement. Durant leur période glorieuse, que vient borner l’explosion du rock and roll, ils se sont rendus indispensables à des formations swing de taille décroissante et ont dominé une bonne part de ce qui grouillait sous l’étiquette rhythm & blues. Cette sélection en deux CD due à Jacques Morgantini donne de ces chanteurs, du moins des principaux d’entre eux, une image à leur hauteur, ce qui n’est pas rien. Car ils figurent parmi les plus mémorables illustrateurs de la beauté du jazz et du blues quand ceux-ci cheminent ensemble et parfois se confondent. Une beauté dont Johnny Otis a pu dire qu’une « petite boîte », la télévision, lui avait lentement tordu le cou. On démarre avec le meilleur, Big Joe Turner de Kansas City, mais le vin sera presque aussi fiable ensuite puisque l’anthologie s’achève sur Roy Brown et Smiley Lewis, deux voix d’une Nouvelle-Orléans en regain de santé. Turner, barman chantant et baryton à longue portée, est aussi souverain sur tous les tempos, en compagnie de son vieux complice le pianiste Pete Johnson, à Chicago avec Elmore James (on ne se lasse pas de ce TV Mama) ou à New York chez Atlantic quand le rock s’annonce. Jimmy Rushing, qui a enregistré dès 1929 avec les Blues Devils avant de rejoindre Bennie Moten puis Count Basie, était un rondouillard optimiste capable de remettre en lice un orchestre guetté par la dépression. Mais ce maître du swing vocal, du blues et de la ballade ne craignait aucun climat, du plus lourd au plus guilleret. Basie et Sammy Price (p), le trombone Dickie Wells et le sax ténor Buddy Tate lui donnent d’habiles reparties dans les plages rassemblées ici, couronnées par un magnifique Everyday I Have The Blues de 6’18’’ gravé an 1955 avec Pete Johnson en soliste auprès de B. Tate et Emmett Berry, Jo Jones et Walter Page étant aussi de la partie. Venu de chez Hampton et Lucky Millinder, Wynonie Harris était chanteur-danseur, c'est-à-dire homme de scène. Ce « Mister Blues » de l’immédiat après-guerre, voix souple et virile assénant des paroles gaillardes sans emphases inutile, est entouré d’Illinois Jacquet, de Hal Singer ou Count Hastings. Here Comes The Blues et Bloodshot Eyes le montrent sous ses plus belles couleurs, de même que la joute qui l’oppose à Big Joe Turner dans Goin’ Home. Le sax alto texan Eddie « Cleanhead » Vinson est, avec Louis Jordan, l’un des rares shouters-instrumentistes chez qui la première de ces qualités n’éclipse pas la seconde, même si ses fameux « coups de gosier » ou effets d’étranglement portent sa marque la plus évidente. Sa version du Cherry Red Blues de B.J. Turner est de très grande classe, mais My Big Brass Bed Is Gone s’élève sans peine au même niveau par d’autres moyens. Jimmy Witherspoon, successeur de Walter Brown dans l’orchestre Jay McShann (dernier des big bands célèbres du Middle West à avoir débuté comme « territory band »), apparaît d’abord dans ce cadre d’une parfaite mise en place, puis dans deux séances de 1952 qui ont produit l’excellent Jay’s Blues, où « Spoon » salue son ancien patron sur un tempo envoûtant qu’exploite à merveille un sax ténor à l’identité incertaine. On se réjouit de la bonne représentation donnée à Sonny Parker, chanteur de chez Hampton mort à 31 ans et qu’oublient régulièrement les anthologies.
Sad Feeling, gravé à 23 ans, révèle un phrasé vocal très découpé, mais Pretty Baby – où Parker côtoie la guitare de Wes Montgomery – témoigne d’un mariage plus subtil entre la vigueur de l’attaque et la mélancolie de certaines inflexions. Parker est très bien servi par un groupe de hamptoniens où brille notamment Al Grey (tb) dans l’énergique She Set My Soul On Fire et une reprise de Worried Life Blues. Les autres chanteurs retenus (il n’y a guère eu des femmes shouters, à l’exception peut-être de « tempéraments » comme Big Maybelle ou Big Mama Thornton) vont de Tiny Bradshaw  et L. Jordan à S. Lewis en passant par les peu connus H-Bomb Ferguson et Eddie Mack (avec Cootie Williams). Chacun révèle une face distincte de cette grande lignée afro-américaine qui mérite un boulevard dans les cœurs.
Philippe BAS-RABÉRIN – JAZZ MAGAZINE




« Une excellente introduction à l’art des blues shouters » par Jazz Classique

Cette compilation illustre l’histoire des blues shouters à travers l’œuvre des meilleurs représentants du genre. Ses mérites ne se réduisent pas à la seule qualité des interprétations, toutes remarquables. Ils tiennent aussi à l’excellence de l’accompagnement orchestral dispensé par des musiciens de la classe de Pete Johnson, Mawwell Davis, Elmore James, Harry Van Walls, Emmett Berry, Buddy Tate, Illinois Jacquet, Jo Jones et Milton Buckner, à une reproduction sonore soignée et à un texte de pochette riche en informations et en commentaires avisés. Les cinq premières faces sont consacrées à Big Joe Turner qui, avec Jimmy Rushing, a porté le genre à sa perfection. Quand on entend la puissance tranquille de sa voix dont l’ampleur fait résonner les notes de tout leur poids, ces intonations si bien maîtrisées, on comprend l’admiration que lui portaient ses collègues. Son art est illustré par trois blues somptueux Feeling So Sad, Still In The Dark et Poor Lover’s Blues. Suivent T.V.Mama, où se manifeste une entente miraculeuse entre Joe Turner et Elmore James, et Shake Rattle & Roll, son grand succès. La même magie opère avec la voix splendide et l’assurance vocale de Jimmy Rushing dont la richesse du timbre et la et la dynamique du phrasé illuminent Jimmy’s Blues et Everyday I Have The Blues. Le plaisir de l’écoute ne faiblit pas avec le chant puissant et la voix d’airain de Wynonie Harris. Sa version de Here Comes The Blues enrichie par le contre-chant d’Illinois Jacquet compte parmi les chefs-d’œuvre du blues. Une autre figure populaire de l’époque est Eddie Vinson, un excellent saxophoniste alto doté d’une voix au timbre brillant, que l’on ne présente pas aux lecteurs de Jazz Classique. Tout comme Jimmy Witherspoon dont le sex-appeal vocal fait tout le charme de Spoon Calls Hootie, le chef d’orchestre Tiny Bradshaw, et l’éminent Sonny Parker, un magnifique chanteur malheureusement décédé trop tôt qui n’a rien à envier à quiconque. Le reste de la sélection est constituée  par des morceaux de Robert « H-Bomb » Ferguson, Eddie Mack, Smiley Lewis, Piney Brown et Roy Brown, un compositeur et un vocaliste de talent qui n’a jamais été reconnu à sa juste valeur malgré l’influence qu’il a exercée sur ses collègues. On peut s’étonner de la présence de Louis Jordan qui n’est pas un blues shouter au sens strict du terme, même s’il sait, comme le signale Jacques Morgantini, forcer sa voix à l’occasion. Ils étaient nombreux à pouvoir le faire. Par ailleurs, un trompettiste non mentionné dans la discographie, est présent dans Spoon Calls Hootie. Réalisée avec un goût sûr, cette compilation s’écoute avec un grand plaisir. Elle ne s’adresse pas aux spécialistes qui possèdent tous ces titres mais constitue une excellente introduction à l’art des blues shouters.
Alain TOMAS – JAZZ CLASSIQUE




« Un ‘best-of’ propre à séduire un public de non initiés » par Jazzman

♦♦♦♦ Puissant
La force de la voix et du blues alliée à la puissance d’instrumentistes et d’orchestres hors pairs : l’ère des crieurs de blues, les « blues shouters », qui advient à Kansas City, dans les années 1930, tient de l’âge d’or. Cette compilation signée Jacques Morgantini et Jean Buzelin regroupe quarante titres gravés entre 1944 et 1955, période encore faste mais charnière des amours du blues et du swing. Il n’est ici question que de poids lourds : Joe Turner, Jimmy Rushing, Jimmy Witherspoon, Eddie Vinson, Sonny Parker, Wyonnie Harris et quelques autres propulsés par les formations ou les musiciens de Basie, Hampton, Jay Mc Shann, Illinois Jacquet, etc. Les chants sont tendus, les orchestres à l’affût. Dès lors, libre à l’auditeur d’écouter ces disques comme on prend un train choisissant l’arrêt en station au gré des humeurs. Le dialogue entre Hampton et Sonny Parker (Sad Feeling) donne le frisson. Le rare et puissant TV Mama fait se rencontrer, plus loin, Joe Turner et Elmore James. Stop obligé au Goin’ to Chicago Blues de Rushing et Basie… avant d’attaquer et de réécouter l’énorme Every Day I Have the Blues. Plusieurs titres (Shake Rattle and Roll, Good Rockin’Tonight, Bloodshoot Eyes, etc.) ouvrent toute grande la porte au rock and roll en même temps qu’ils commencent à la fermer sur une période désormais mythique. Une notice pédagogique et enthousiaste complète ce « best-of » propre à séduire un public de non initiés. 
Christophe DRIANCOURT – JAZZMAN




« Ces héros du blues » par Lylo

Une compilation pour (re-)découvrir la force swinguante de ces héros du blues aux voix aussi énormes que les succès bien tardifs d’un Elvis… Gloire aux héraults « colorés » morts pour le rock’n’roll. LYLO




"Hommage mérité et bienvenue à ces chanteurs d’une autre époque." par Culturejazz

"Il y a grande chance que ce coffret soit une découverte pour beaucoup de jeunes amateurs. Shout = cri, aussi manière puissante de chanter, de « crier » le blues. L’âge d’or des blues shouters fût limité dans le temps, ils tinrent le devant de la scène principalement de 1940 à 1945… Ils avaient un pied dans le jazz et l’autre dans ce qu’on a appelé le rhythm and blues… écrit Jacques Morgantini dans son texte de présentation précisant avoir sélectionné les meilleurs représentants de ce courant musical, dont la principale caractéristique était une voix puissante (au début l’absence de microphone), un exceptionnel volume sonore. Big Joe Tuner (1911-1985) fût l’archétype de ces crieurs de blues, par sa façon unique de le clamer, le déclamer, de sa belle voix de baryton ; renommé aussi pour ses dons de création et d’invention, il est notamment ici accompagné par le pianiste Pete Johnson (Feeling So Bad et Still in the Dark) ou en compagnie du guitariste-chanteur Elmore James (T.V. Mama).
Jimmy Rushing (1903-1972) est surtout connu pour sa participation à l’orchestre de Count Basie, la plus belle machine à swing de tous les temps (son fameux Every day I have the Blues repris plus tard par son successeur, un Joe Williams plus crooner). « Mr Five by Five » (par sa corpulence, sa petite taille) fût un prodigieux swingman (Boogie Woogie, I may be Wrong) avec une voix de ténor souple et généreuse.
Dans le sillage des précédents se situe Wynonie Harris (1913-1969) à la vie mouvementée, surnommé Mister Blues. Sa puissance vocale, les paroles souvent salées de ses blues, son dynamisme ne pouvaient laisser ses auditeurs indifférents écrit Jacques Morgantini. Des cinq titres choisis très significatifs, on retiendra plus particulièrement son interprétation du fameux Night Train.
Nous retrouvons avec plaisir le chanteur et saxophoniste-alto (plutôt parkerien) Eddie « Cleanhead » Vinson (1917-1988) dont la prestation enflammée au festival de Montreux en 1974 reste pour moi inoubliable. Sans oublier les grands vocalistes Jimmy Witherspoon et Sonny Parker à la trop courte carrière. Mention enfin pour ces autres shouters que furent Tiny Bradshaw, Louis Jordan, H-Bomb Ferguson, Eddie Mack, Piney et Roy Brown, Smiley Lewis.
Hommage mérité et bienvenue à ces chanteurs d’une autre époque."
JACQUES CHESNEL - CULTUREJAZZ




« Les vraies bases de la musique » par Blues Again

Le terme Blues Shouters est apparu avec la popularisation du blues, vers la fin de la seconde guerre mondiale. Ces chanteurs de blues se caractérisaient par leurs voix puissantes et riches qui leur autorisaient énormément de nuances. Souvent accompagnés d’un big band leur musique, flirtant avec le jazz, leur a permis d’atteindre un plus large public, blanc et noir, qui a contribué à leur succès. On retrouve les maîtres du genre : Big Joe Turner, Jimmy Rushing, Sonny Parker, Louis Jordan et quelques-uns moins connus, comme Jimmy Witherspoon ou Eddie Vinson. Ce qui frappe ici, c’est le large spectre musical de ces chanteurs : avec ‘Shake, Rattle and Roll’, Big Joe Turner annonce le rock’n’roll, tout comme Tiny Bradshaw avec ‘Train Kept A Rollin’. Leur musique annonce également ce qui deviendra le rhythm’n’blues dans les années 50, et la soul dans les année 60. Les Blues Shouters ont posé les vraies bases de la musique de la seconde moitié du vingtième siècle. Par sa diffusion plus large, ce blues a permis aux jeunes blancs la découverte du genre.  Et ces derniers de courir les clubs noirs, et d’y découvrir le vrai blues, celui des ghettos et des bayous. Mis à part l’aspect historique, tout cela reste réjouissant et agréable à écouter.
Julien DELÉGLISE – BLUES AGAIN




« Hurler le blues avec ses tripes » par Blues Magazine

Le terme Blues Shouters est né dans les années 30 à Kansas City. A cette époque, les grands orchestres de jazz et de blues comptaient dans leurs rangs des chanteurs ou chanteuses à la voix puissante. En effet, au milieu d’un big band survolté avec une section de cuivres débridée, et devant des joueurs de poker enivrés, il fallait bien se faire entendre. A Kansas City, malgré la prohibition en vigueur, le maire décida que sa ville ne fermerait pas ses portes aux plaisirs démoniaques et charnels, à savoir l’alcool, les jeux, les prostituées, et bien entendu le blues. Ceci explique la venue de moult musiciens dans cette ville festive et lubrique, où le whisky coulait à flots, car ils étaient certains d’y trouver des contrats. Ce luxueux coffrets, comme à l’accoutumée avec la maison Frémeaux & Associés, superbement bien documenté par Jacques Morgantini, nous propose 40 titres allant de la période 44-45, des plus grands spécialistes du style chanteurs/hurleurs (shouters). Ça commence avec Big Joe Turner qui n’a cessé de son vivant de hurler le blues avec ses tripes comme si sa vie en dépendait, à l’instar d’un Howlin’Wolf dans un autre registre. On retrouve Big Joe avec des classiques tels que ‘Feelin So Sad’, ‘T.V. Mama’ ou bien avant Bill Haley ‘Shake Rattle & Roll’ qui annonce les premiers balbutiements du rock’n’roll. Vient ensuite le colossal (dans tout les sens du terme) Jimmy Rushing et sa voix de stentor. L’archétype du ‘Blues Shouter’ par excellence. Né en 1903 à Oklahoma City, ce dernier avait l’art de faire swinguer les mots comme personne, avant qu’il décède tragiquement en 1972 d’une leucémie. Wynonie Harris quant à lui a débuté sa carrière dans l’orchestre de Lucky Millinder avant de faire une fructueuse carrière dans sur des tempos trépidants comme notamment ‘Here Comes The Blues’ ou ‘Good Rockin’ Tonight’ avant qu’Elvis Presley en enregistre une version universelle du côté de Memphis. On retrouve également le saxophoniste texan Eddie Vinson dans un style gouailleur qui lui colle à la peau. Jimmy Witherspoon est aussi au programme et tient une place prépondérante au milieu des meilleurs blues shouters. Originaire de l’Arkansas, il débuta le chant dans les chœurs de l’église de son petit village natal. Chanteur convaincant à la voix de velours, à la fin 40’s Jimmy Witherspoon fut une grande vedette du rhythm & blues et obtint de nombreux hits pour les labels Modern et Federal. Viennent ensuite Sonny Parker dont la voix puissante faisait des merveilles au sein de l’orchestre de Lionel Hampton, l’incontournable Louis Jordan avec le célèbre ‘Let The Good Time Roll’, Eddie Mack, le légendaire Roy Brown et bien d’autres héros plus ou moins obscurs du style des ‘hurleurs’ de la musique du Diable, formidables vocalistes au look impeccable et à la tenue vestimentaire extrêmement soignée. Ce coffret de deux CD regorge de trésors entre blues, jazz, swing et rhythm and blues et démontre l’importance à travers l’histoire de ce courant blues capital ; Encore bravo et merci au label Frémeaux & Associés, ainsi qu’à Jacques Morgantini pour leur fabuleux travail de recherche et de conception qui rend l’objet indispensable et exaltant !
Serge SCIBOZ – BLUES MAGAZINE




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