LE SCARABEE D'OR - LA LETTRE VOLEE - ANNABEL LEE

EDGAR ALLAN POE

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Livret : 32 PAGES
Nombre de CDs : 2


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Coffret 2 CD avec livret 32 pages.

Les récits envoûtants d’Edgar Poe appartiennent à des registres variés. Le Scarabée d’or est une histoire de trésor caché dans une île que l’on ne peut découvrir qu’en résolvant une énigme. Le thème via Stevenson est promis à un bel avenir. La Lettre volée nous emmène à Paris. Nous voyons à l’œuvre Dupin, ancêtre de tous les détectives au raisonnement infaillible : Sherlock Holmes, Maigret, Nestor Burma, Lavardin, Derrick, Colombo et bien d’autres lui doivent beaucoup. Annabel Lee, dans un genre tout à fait différent, transporte le lecteur vers la mystérieuse lisière qui sépare la vie de la mort. Mais chaque fois, grâce à la savante architecture de son histoire, Poe nous captive et nous fait vaciller notre jugement.
Patrick Frémeaux & Claude Colombini

Droits audio : La Librairie Sonore - Frémeaux & Associés

EDGAR POE LE SCARABEE D'OR

EDGAR POE

LE SCARABÉE D’OR
LA LETTRE VOLÉE
MORELLA 

TEXTE INTÉGRAL lu par CHRISTIAN BENEDETTI
 




EDGAR POE 
Génie et misère 

Géographiquement américain

Edgar Poe n’a jamais quitté les États-Unis en dehors d’une période durant laquelle, de six à onze ans, il a été éduqué en Angleterre. Il tentera de faire croire qu’il s’était rendu en Russie d’où il aurait été renvoyé. Il a aussi essayé de persuader ses biographes qu’il avait marché sur les pas de Byron, le maître de sa jeunesse, et qu’il était allé soutenir les insurgés grecs. Autre allégation sans fondement.

La preuve est faite qu’il s’est cantonné à un univers restreint : Richmond, Charlottesville pour le Sud, Boston, New York, Philadelphie, Baltimore pour le Nord. Les États-Unis n’avaient pas à l’époque leur ampleur d’aujourd’hui et l’examen de ses déplacements donne le sentiment d’une destinée provinciale. Cependant, même s’il se dit parfois virginien, il ne sera jamais tenté par la veine régionaliste.

En dépit de cet enracinement géographique, il ne faudrait pas compter sur ses œuvres pour connaître la vie de ses contemporains. Il n’est pas du genre à faire concurrence à l’état civil. Ses contes sont d’ailleurs souvent situés ailleurs qu’aux États-Unis : aux Pays-Bas, en France, en Europe centrale, en Espagne, en Islande, en pleine mer ou dans des régions mal définies. Ils ne cherchent jamais à peindre le réel tel qu’il est, mais à créer, par la magie de l’écriture, des univers ambigus qui nous font douter du réel. Selon le grand principe du fantastique, la description précise n’a pas d’autre but que de nous faire croire à l’incroyable. La fiction n’est pas un miroir mais un moyen de nous conduire de l’autre côté du miroir.

On pourrait bien sûr trouver chez lui des côtés américains : le sens de l’actualité, le goût pour la science, un sens journalistique du texte court, mais il ne se laisse pas emprisonner par le contexte national. Ce qui explique peut-être l’universalité de son audience. 


Naissance d’un mythe

Pendant plus d’un siècle, la légende va masquer la réalité quant à ce que fut réellement Edgar Poe. On peut distinguer trois grandes raisons de ce travestissement des faits. Il y eut tout d’abord la cohorte de ses ennemis plus ou moins avoués, qui, à peine son cadavre refroidi, s’empressèrent de raconter sur lui les pires vilenies. Tout à l’opposé, Baudelaire, bien intentionné, tirant cet écrivain à lui, fera beaucoup pour le présenter comme le type même du poète maudit. Mais l’essentiel de cet infléchissement de la réalité provient certainement de Poe lui-même.

Nous ne pensons pas aux quelques efforts maladroits qu’il fit pour masquer tel ou tel épisode de sa biographie : par exemple son séjour à West Point la célèbre école militaire dont il fut en fin de compte expulsé. C’est plutôt à ses textes qu’il faut s’arrêter. Dans de nombreux cas, il raconte en première personne, des histoires dont le narrateur-personnage donne le sentiment d’avoir un équilibre mental précaire et des tendances plus ou moins sataniques. Poe a été, sur ce point, victime de sa réussite.

Les critiques semblent avoir eu du mal à ne pas confondre l’auteur (un écrivain convaincu de son génie et perclus de dettes) et son narrateur-personnage principal, méchant bonhomme, ou fantasque, meurtrier à l’occasion. La vilenie du narrateur a été attribuée à l’auteur comme si une convaincante peinture de la démence ne pouvait provenir d’une personne parfaitement saine d’esprit.


L’immortelle infamie

Jusqu’au dernier jour de l’humanité, le révérend Griswold restera, aux yeux des amis de la littérature, une immonde canaille. C’est à son propos qu’un critique américain favorable à Poe parlera d’une immortelle infamie, formule reprise par Baudelaire.

Qu’est qui a poussé Edgar Poe à faire de ce littérateur son exécuteur testamentaire? Ceux qui connaissent «Le démon de la perversité», le texte par lequel s’ouvrent les Nouvelles histoires extraordinaires, le comprendront aisément. Nous sommes parfois poussés, invinciblement, à agir d’une manière dont nous savons que c’est justement ce qu’il faudrait  éviter. Cette conduite d’échec semble avoir joué un rôle déterminant dans la vie de Poe.

Toujours est-il que celui-ci confie sa destinée posthume à un homme qui va complètement trahir sa mission. Ses ragots auront d’autant plus de poids du fait que, outre l’article nécrologique, ils figurent dans une préface aux œuvres de Poe, ce qui leur donne, aux yeux du lecteur, un caractère quasiment officiel.

Voilà ce qu’écrit l’«ami» de Poe, le 9 octobre 1949, soit deux jours après le décès de l’écrivain, sous un pseudonyme, au début de son article nécrologique :

«Edgar Allan Poe est mort. Il est mort avant-hier à Baltimore. Cette nouvelle surprendra beaucoup de gens mais en chagrinera peu. Le poète était bien connu dans ce pays, que ce soit en personne ou de réputation; il avait des lecteurs en Angleterre et dans plusieurs pays du continent européen, mais il n’avait que peu ou pas d’amis et sa mort ne laissera de regrets que si l’on considère que l’art de la littérature a perdu en lui l’une de ses étoiles les plus brillantes, mais les plus erratiques.»

L’exécuteur testamentaire veut bien reconnaître un certain talent à l’écrivain, mais, pour ce qui est de l’homme, le ton est tout de suite donné. D’autres n’iront pas jusqu’à cette reconnaissance littéraire. Rendant compte de l’édition de Griswold, John M. Daniel écrit :

«La réputation d’Edgar Poe reposera sur une très petite minorité de compositions incluses dans ces deux volumes. Parmi tous ses poèmes, deux ou trois ne sont pas absolument exécrables. La plupart de ses écrits en prose sont le fruit de l’indigence et de la dyspepsie, des imprimeurs de fortune et du cauchemar.»

Griswold ment en disant que Poe a été exclu de l’Université alors que c’est simplement son tuteur qui ne l’a pas réinscrit. Il le présente comme un déserteur alors qu’il a été régulièrement démobilisé. Le reste à l’avenant. Au besoin, il invente une anecdote calomnieuse ou récrit les lettres dont il possède les originaux afin de mieux noircir le personnage. Bref l’ignominie.

Pour l’honneur de la critique américaine, disons tout de suite que l’attitude de Rufus Wilmot Griswold provoqua une réaction et qu’il se trouva des journalistes pour défendre la mémoire de l’écrivain outragé. L’un d’eux soulignera avec talent que l’exécuteur a manqué aux devoirs de l’honneur. Parmi les causes de cette vengeance post mortem, il indiquera qu’il faut prendre en compte l’amertume de ceux, amis de Griswold, que Poe, critique littéraire fougueux et impitoyable, avait criblé de ses flèches. 


Un problème avec l’alcool

On a tout dit sur les rapports de Poe avec l’alcool. Ses ennemis l’ont présenté comme un pochard toujours entre deux cuites. Baudelaire laisse croire qu’il aurait vu dans le vin un moyen propice à l’inspiration. Ses amis et ses proches avançaient qu’il était très fragile nerveusement et qu’un seul verre suffisait à le mettre dans tous ses états. De là quelques incidents que ses adversaires s’empressaient d’amplifier.

Les deux premières hypothèses paraissent devoir être écartées. Il ne buvait pas régulièrement, mais seulement à l’occasion de crises que séparaient de longues périodes de tempérance. L’alcool n’était pas un ami et il n’en a jamais chanté les louanges. C’était, tout au contraire, un ennemi, ennemi auquel il résistait autant que possible. Il flanchait lorsque la vie devenait vraiment insupportable. À quelqu’un qui associait ses idées de suicide à l’alcool, il répondit que ce n’était pas l’alcool qui lui donnait envie d’en finir avec la vie, mais qu’il ne se mettait à boire que lorsqu’il ne voyait plus d’autre possibilité que le suicide.

L’un de ses proches confirmait le propos en disant qu’il ne buvait pas comme un gourmet, mais comme un barbare, avec une sorte de férocité. L’alcoolisme était vraiment à ses yeux une maladie honteuse.

On ne sait pas exactement comment il est mort. Il a été trouvé dans la rue et emmené à l’hôpital où il rendit l’âme quelques heures plus tard. L’hypothèse la plus solide veut qu’il ait été enivré par des agents électoraux peu regardants sur la manière de récolter des voix. À cette thèse d’un moment de faiblesse peut cependant s’opposer celle d’un homme  épuisé, ayant le sentiment d’avoir avec Eureka mit un point final à son œuvre, et se disant qu’il était temps de tirer sa révérence.  


Un problème avec l’argent

Depuis ses premières dettes de jeu à l’Université de Virginie jusqu’à son dernier jour, Edgar Poe se débat dans les problèmes d’argent. Souvent, il se voit contraint de quémander. La situation est parfois humiliante : ainsi quand, après s’être fâché avec son tuteur, il est obligé de l’appeler au secours pour ne pas sombrer complètement.

De ses parents comédiens morts très tôt, il ne pouvait rien attendre. Mais son tuteur était un commerçant prospère qui lui aurait préparé la voie s’il avait eu l’intention de faire son chemin dans le négoce. Il n’en fut rien. Très tôt, il apparut qu’il avait opté pour l’écriture. Les tentatives dans d’autres directions restent sans lendemain.

Vivre de sa plume n’a jamais été facile. À titre de curiosité, pour l’ensemble de la francophonie, il n’y a qu’un peu plus de trois cents auteurs qui réussissent à vivre des seuls droits d’auteur que leur rapportent leurs livres. Les États-Unis en gestation étaient, il est vrai, dynamique du point de vue de la presse et de l’édition. Mais Poe, en dépit de l’énorme travail qu’il abat dans tous les journaux où il passe, ne réussira jamais à sub­venir à ses besoins. Cela tient à lui-même et au contexte éditorial. Il ne sait pas négocier, ne réussit pas à faire payer à leur juste prix ses prestations. On le voit réviser à la baisse les offres d’un directeur de journal ou même lui offrir de travailler pour rien. Méthode assurée pour se faire exploiter et mépriser.

La situation de l’auteur est aussi rendue difficile par la situation de l’édition dans les États-Unis de cette époque. Il n’existait pas, comme aujourd’hui, une organisation internationale du droit d’auteur. De ce fait un éditeur américain pouvait éditer n’importe quel auteur anglais sans avoir à verser la moindre rémunération. Il n’était donc pas spécialement porté à éditer des auteurs américains qu’il fallait payer.

Edgar Poe devra donc publier son premier volume à compte d’auteur et, par la suite, la totalité de sa production en volumes ne lui rapportera que l’équivalent de quelques milliers de francs. D’où une perpétuelle gêne en dépit des efforts de sa femme et de sa belle-mère qui le soutient avec héroïsme.

Il est à remarquer qu’à la différence d’autres écrivains qui eurent des problèmes avec leurs créanciers, par exemple Balzac ou Dostoïevski, Poe ne laisse pas transparaître ses angoisses pécuniaires dans ses ouvrages. Il y a la vie d’un côté avec son aspect sordide et de l’autre les constructions de l’imaginaire qui valent pour elles-mêmes. Par son écriture, il proclamait ce qui sera explicité par Baudelaire : – «N’importe où, pourvu que ce soit hors du monde!»  


Les férocités du négoce

George Graham, propriétaire du Graham’s Magazine, dont Poe fut le rédacteur en chef, est l’un de ceux qui défendirent la mémoire du poète. Parlant de ses difficultés pécuniaires, il résume la situation en une phrase où se reconnaîtront Baudelaire, Mallarmé et bien d’autres: «Les aspirations passionnées de son âme vers le beau et le vrai ne le préparaient absolument pas aux joutes et aux féroces rivalités du négoce.» 


Baudelaire et le mythe du poète maudit

Quand Baudelaire rencontre l’œuvre d’Edgar Poe, il éprouve le sentiment de découvrir un autre lui-même. Il a déjà écrit une bonne partie des Fleurs du Mal, ce qui lui permettra de répondre à ses détracteurs quand ceux-ci l’accuseront de tout devoir à l’écrivain d’outre-Atlantique. Cette fraternité par-delà les frontières, poussée à ce point, est un phénomène plutôt rare dans l’histoire de la littérature. Elle mérite cependant quelques explications. Pour résumer en quelques mots, Baudelaire va d’autant plus se sentir des affinités avec cet écrivain qu’il l’a tiré à lui. Il gauchit la réalité, retient des critiques américains ce qui confirme son propos, écarte ce qui le dérange. L’objectif étant d’évoquer la destinée d’un poète maudit, le poète maudit dont il a décidé lui, Baudelaire, d’incarner la destinée.

L’idée d’un Edgar Poe méconnu parmi les siens et découvert en France durant ses dernières années doit tout d’abord être écartée. Poe comme critique, et comme auteur de contes ou de nouvelles, a joui de son vivant d’une solide notoriété aux États-Unis. Il obtient des prix et, après la pu­blication de son poème Le Corbeau, accède à la célébrité. Il lui arrive d’être rédacteur en chef et aspire à devenir propriétaire d’une revue dont il serait le seul maître à bord. Il n’a donc pas vécu dans l’obscurité et s’il est resté relativement marginal ce n’est pas vraiment le résultat d’un choix.

Il faut de même écarter l’idée d’un Edgar Poe qui aurait consciemment eu recours aux excitants pour stimuler son imagination. Parce qu’il a tenté de se suicider en avalant du laudanum, cela suffit à Baudelaire pour en faire un amateur des sortilèges de l’opium. Il en va de même pour l’alcool, nous l’avons vu. Dans Edgar Poe, sa vie et ses œuvres, Baudelaire écrit :

« Je crois que dans beaucoup de cas, non pas certainement dans tous, l’ivrognerie de Poe était un moyen mnémonique, une méthode de travail, méthode énergique et mortelle, mais appropriée à sa nature passionnée. Le poète avait appris à boire, comme un littérateur soigneux s’exerce à faire des cahiers de notes. Il ne pouvait résister au plaisir de retrouver les visions merveilleuses ou effrayantes, les conceptions subtiles qu’il avait rencontrées dans une tempête précédente; c’était de vieilles connaissances qui l’attiraient impérativement, et, pour renouer avec elles, il prenait le chemin le plus dangereux, mais le plus direct. Une partie de ce qui fait aujourd’hui notre jouissance est ce qui l’a tué. »

Un poète est bien placé pour sentir ce qui se passe dans l’âme d’un autre poète. Pourtant, celui qui connaît la vie de Poe à l’impression qu’ici Baudelaire parle beaucoup plus de lui-même que de son frère en littérature.

Le seul point où la convergence évidente entre Poe et Baudelaire son traducteur, et, plus tard, entre Poe et Mallarmé, est une façon commune d’envisager l’écriture. Pour eux celle-ci exige un engagement de toute la personne. Elle se présente comme une vocation au sens religieux du mot. L’écrivain, bénédiction ou malédiction, est un élu.  


Le vacillement de la raison

Le rapprochement Poe-Dostoïevski peut surprendre. Quoi de commun, à première vue, entre des écrivains dont les univers sont radicalement différents. Ceux qui ont lu Le Sous-sol de Dostoïesvki comprendront la filiation qui rattache cet auteur à Poe. Le narrateur-personnage principal est fascinant. On sent bien que son équilibre mental est compromis, mais il réussit à nous faire participer à sa logorrhée, un peu comme le fait aussi le personnage du Journal d’un fou de Gogol.

Or, ce récit en première personne par un narrateur-personnage principal au cerveau un peu dérangé est une technique chère à Edgar Poe. Par exemple, Le Cœur révélateur commence ainsi : « Vrai ! je suis très nerveux, épouvantablement nerveux, — je l’ai toujours été ; mais pourquoi prétendez-vous que je suis fou ? La maladie a aiguisé mes sens, — elle ne les a pas détruits, — elle ne les a pas émoussés. » Ce narrateur nous explique ensuite, par le menu, comment il a assassiné un vieillard et l’a enterré sous son plancher. Quand les policiers passent poser quelques questions, mais sans soupçonner particulièrement l’intéressé, il ne leur viendrait pas à l’idée de fouiller sous le plancher. Mais le cœur de ce cadavre se met à battre de plus en plus fort si bien qu’à la fin, le coupable n’y tient plus : « Misérables ! — m’écriai-je — ne dissimulez pas plus longtemps ! J’avoue la chose ! — arrachez ces planches ! C’est là, c’est là ! — C’est le battement affreux de son cœur ! »

Mais l’entretien avec les policiers qui précède a été si bien mené par l’auteur que le lecteur vacille et finit par comprendre que c’est le propre cœur du narrateur qui l’a amené à confondre le réel et son fantasme.

Même chose avec Bérénice. Le personnage principal nous parle dès le début de sa raison dérangée, puis de la façon dont il est obsédé par les dents de Bérénice : « Les dents ! — les dents ! — Elles étaient devant moi, longues, étroites et excessivement blanches, avec les lèvres pâles se tordant autour… » Bérénice meurt d’une crise d’épilepsie et nous comprenons que le personnage, qui ne distingue plus très bien le réel du rêve, a violé la sépulture pour s’approprier les dents de Bérénice. Nous avons, comme dans le cas précédent, et comme chez Dostoïevski ou Gogol, vécu la folie de l’intérieur.

Le Chat noir peut être rattaché à cette série de nouvelles centrées sur un narrateur-personnage principal au cerveau quelque peu fêlé. Dès le début, il est mis en place : « Relativement à la très-étrange et pourtant très familière histoire que je vais coucher par écrit, je n’attends ni ne sollicite la créance. Vraiment, je serais fou de m’y attendre dans un cas où mes sens eux-mêmes rejettent leur propre témoignage. Cependant, je ne suis pas fou, — et je ne rêve pas. Mais demain je meurs, et aujourd’hui je voudrais décharger mon âme. »

Marié jeune, il s’est vu offrir divers animaux par sa femme dont un chat noir. Mais devenant de plus en plus morne, en dépit de la longue amitié qui le lie à l’animal, pris par une fureur de démon, un jour, il lui arrache un œil avec son canif. Le chat guérit avec seulement à la place de l’orbite une cicatrice effrayante. Le narrateur noie son chagrin dans l’alcool.

Se met alors en œuvre l’esprit de perversité qui nous conduit implacablement à faire ce dont nous sentons, au plus profond de nous-mêmes, que nous ne devrions pas le faire. Il pend son chat. Le soir même, la maison brûle. Sur l’un des murs la trace d’un chat gigantesque avec une corde autour du cou.

Le narrateur continue de noyer son chagrin dans les bouges. Dans l’un d’eux il trouve un chat noir, borgne lui aussi, dont il fait l’acquisition. Ce chat a sur le corps une tache blanche qui ressemble à un gibet. Voulant s’en débarrasser, il tue accidentellement sa femme et l’emmure. Il se voit alors confondu, du fait de ce chat, dans des circonstances qui rappellent la conclusion du Cœur révélateur.

Todorov explique bien ce qui caractérise le fantastique : « Le fantastique n’est rien d’autre qu’une hésitation prolongée entre une explication naturelle et une autre, surnaturelle, concernant le même événement. » Le récit en première personne du Chat noir fait que le lecteur participe à cette oscillation. L’art de l’auteur l’a conduit au cœur des ténèbres.  


Trop de commentaire nuit

Dans un texte de 1848 paru dans le Southern Literary Messenger, Poe s’amuse à montrer que la lumière ne jaillit pas toujours de la discussion :

«Le sujet le plus clair peut être obscurci tout simplement par un excès de commentaire. En chimie, le meilleur moyen de séparer deux corps, c’est d’en ajouter un troisième; dans le domaine spéculatif, il arrive souvent qu’un fait vérifie un autre fait, un argument, un autre argument, jusqu’à ce qu’un fait ou un argument nouveau, qui se veut décisif, vienne tout ficher par terre. Une fois sur cent, on discute trop une question parce qu’elle est obscure; et les quatre-vingt-dix-neuf fois qui restent, elle est obscure parce qu’on en discute trop.»



Le fiel

Le critique John M. Daniel ayant à présenter une édition des œuvres de Poe se venge ignoblement à titre posthume d’une ancienne querelle. Parlant de ceux qui ont rédigé les textes de présentation, il écrit:

«On a longtemps laissé le public dans l’attente de la parution des œuvres de Poe, afin que ce puissant triumvirat de protecteurs puisse les sortir parmi les splendeurs d’un feu d’artifice. Paris ne s’est pas fait en un jour; il en est de même pour une composition de ce genre. La voici enfin, et le devoir nous contraint de dire que c’est de la filouterie la plus crue, la plus effrontée, la plus choquante et la plus habile qui ait jamais été commise aux dépens de ce benêt de monde. Dans leurs dix-neuf pages et demie d’aride typographie, ces trois hommes sont parvenus à accumuler plus de choses propres à susciter l’indignation chez toute personne avisée et de bon sens que nous n’en avions vu jusqu’alors dans un espace aussi restreint; et par cette publication, ils ont commis sur l’acquéreur une escroquerie aussi fla­grante que celle qui envoie d’habitude une fripouille à la maison d’État.»

Il va de soi que de tels propos, surtout concernant un écrivain mort, jugent plus le critique que l’auteur dont il parle. La rédaction du journal s’excusera par la suite auprès de ses lecteurs pour ces excès.



Le père du roman policier

La déduction consiste à partir de faits ou de propositions logiques pour déboucher sur une conséquence imparable. L’exemple suivant est emprunté à l’histoire du roman policier.
Proposition 1. Les juifs pratiquants s’interdisent toute activité le samedi.
Proposition 2. Le rabbin a été assassiné un samedi.
Conséquence. L’assassin n’est pas un juif pratiquant.

Cette application d’une suite de déductions pour découvrir la vérité se retrouve dans l’Antiquité. Plus près de nous, Voltaire en donne un exemple amusant au début de Zadig. Pourtant, le véritable maître en la matière est bien Edgar Poe avec son détective, C. Auguste Dupin, un Français dont le raisonnement vient à bout des mystères les plus compliqués.

Dupin apparaît pour la première fois dans Double assassinat dans la rue Morgue (1841). On le retrouve ensuite dans Le Mystère de Marie Roget (1842-1843) et dans La Lettre volée (1845). L’action se situe dans les trois cas à Paris. Dans Double assassinat… Dupin déduit de ses multiples observations et raisonnements que le crime a été commis par un… orang-outang. La personne injustement accusée peut être libérée. Le préfet de police n’est pas très content de ce détective qui empiète sur son domaine. Ce thème de la lutte des polices est promis à un bel avenir.

Le Mystère de Marie Roget raconte la disparition d’une belle jeune fille qui a été retrouvée noyée. Impossible de découvrir la vérité. Les journaux rivalisent d’ingéniosité pour expliquer le meurtre, mais c’est en fin de compte Dupin qui, raisonnant mieux que tous les autres, découvre le fin mot de l’histoire. Il est aidé dans sa tâche par le narrateur, homme dont la collaboration est précieuse, mais qui n’a pas l’intelligence supérieure de Dupin. L’idée du collaborateur, moins intelligent que son chef mais cependant précieux, était, elle aussi, promise à un grand avenir.

Avec La lettre volée, C. Auguste Dupin, à nouveau en action, va réussir là où, en dépit d’un énorme déploiement de moyens, la Préfecture de police a échoué. Pour retrouver cette lettre qui pourrait compromettre une dame et avoir des conséquences politiques fâcheuses, les limiers de la Préfecture de police fouillent une maison de fond en comble avec les moyens les plus sophistiqués. En vain. C’est alors que Dupin intervient. Il serait trop long de donner la liste de ses déductions, mais il réussit grâce à son intelligence là où des enquêtes plus lourdes ont échoué.

Sa méthode telle qu’il l’expose a son intérêt. Il s’agit de transporter dans le cerveau de l’autre, ce que font aussi le joueur et l’écrivain. Il a mis au point cette méthode grâce à un enfant qui gagnait toujours dans un jeu consistant à deviner si l’adversaire avait dans la main un nombre pair ou impair de billes. L’enfant s’en expliquait ainsi : «Quand je veux savoir  jusqu’à quel point quelqu’un est circonspect ou stupide, jusqu’à quel point il est bon ou méchant, ou quelles sont actuellement ses pensées, je compose mon visage d’après le sien, aussi exactement que possible, et j’attends alors pour savoir quelles pensées ou quels sentiments naîtront dans mon esprit ou dans mon cœur, comme pour s’appareiller et correspondre à ma physio­nomie.»

Ce rapide exposé permet de comprendre tout ce que doivent à Poe des personnages comme Sherlock Holmes, Hercule Poirot, Maigret, Colombo, Derrick, Nestor Burma et bien d’autres.

Le Scarabée d’or n’a plus pour but de trouver un coupable mais de découvrir un trésor. La méthode reste pourtant la même. Il faut raisonner avec minutie et rigueur. La moindre erreur au départ peut conduire irrémédiablement sur une fausse piste.

On revient d’ailleurs au meurtre dans les dernières lignes. Comment expliquer la présence d’ossements à côté du trésor. Tout simplement en imaginant que celui qui a enfoui le trésor s’est débarrassé de ceux qui, l’ayant aidé, connaissaient son secret : «Deux bons coups de pioche ont peut-être suffi, pendant que ses aides étaient encore occupés dans la fosse; il en a peut-être fallu une douzaine. – Qui nous le dira?» 


Ce qu’on peut dire d’un crâne

Le seul texte du critique John M. Daniel qui ait quelques chances de passer à la postérité – mais pas pour de bonnes raisons – est cette  description du crâne d’Edgar Poe. Difficile de faire mieux dans le  ridicule que ce donneur de leçons :
 
«Son front était sans aucun doute le plus beau que nous ayons jamais vu, par ses proportions et son expression. Il frappait par une largeur ou une hauteur peu ordinaires, mais on eût dit que sa proéminence était due aux organes de la réflectivité et de la constructivité. Les aires de la perception ne faisaient pas défaut, mais elles paraissaient comprimées par la croissance et la supériorité de la causalité, de la comparaison et de la construction. Tout près s’élevaient les voûtes de l’idéalité, le dôme où règne la beauté, tressant ses guirlandes. Pourtant, dans l’ensemble, la tête était vraiment détestable. Quand on la regardait de face, le développement hardi et expressif du front retenait l’attention et l’observateur ne remarquait pas l’atrophie de la calotte crânienne. Un examen de profil plaçait ses imperfections en pleine lumière. Devant et derrière, il y avait une énorme masse de cerveau, mais il était réduit ou inexistant sur le dessus et entre ces deux masses. En termes plus concis, l’aire basilaire possédait un pouvoir immense, à la fois intellectuel et animal. L’aire coronale était très imparfaite. Elle renfermait peu de sens moral et encore moins de vénération.»



CHRONOLOGIE

1809 Naissance le 19 janvier à Boston. Poe essaiera à plusieurs reprises de tricher sur sa date de naissance. On gardera à l’esprit que les États-Unis n’ont pas à cette époque l’ampleur géographique d’aujourd’hui. L’indépendance ne date, en effet, que de 1776 et de nombreux États se sont depuis ajoutés au noyau initial.

1811 Suite à la mort de ses parents, des comédiens, il est recueilli (mais non adopté) par John Allan, un riche négociant en tabac. Celui-ci aurait cédé aux instances de sa femme. Le Allan qui s’insère entre le prénom Edgar et le patronyme Poe (Edgar Allan Poe) se réfère évidemment à ce père de substitution.

1815-20 De six à onze ans, il réside en Angleterre avec ses parents «adoptifs». Scolarité dans des établissements de l’endroit.

1826 Études à l’Université de Virginie. Il contracte des dettes de jeu, mais n’est pas renvoyé comme on le dit parfois. Simplement, John Allan ne le réinscrit pas l’année suivante.

1827 Tension avec John Allan. Poe part pour Boston où il publie Tamerlane and Other Poems.  S’engage dans l’armée en mai 1827. Il y restera jusqu’en avril 1829 soit en tout 23 mois.

1829 Rupture avec John Allan. Celui-ci, devenu veuf, s’était remarié. La seconde épouse n’a pas pour le jeune homme l’indulgence de la première, ce qui entraîne la séparation. Publication de poèmes.

1830 Entre à West Point, célèbre école militaire. Mais il ne travaille pas sérieusement et se fait renvoyer.

1831 Publication de Poems à New York. Sa situation étant extrêmement précaire, il s’installe chez sa tante à Baltimore.

1832 Il a participé à un concours en envoyant cinq contes. Ne reçoit pas le prix, mais ses textes sont publiés.

1833 Premiers succès littéraires avec Manuscrit trouvé dans une bouteille.

1835-37 Critique littéraire au Southern Literary Messenger (journal implanté à Richmond). Ses articles sont d’une extrême violence, ce qui lui vaut de nombreux ennemis. Certains d’entre eux se vengeront même après sa mort, faisant courir sur son compte les pires calomnies. Il y publie aussi des contes et, en feuilleton, les Aventures d’Arthur Gordon Pym. Il abat durant cette époque un énorme travail. Quelques cas d’ivresse et ses emportements de plume finissent par conduire le directeur du journal à mettre fin à cette collaboration.

1836 Il épouse sa cousine Virginia alors âgée de quatorze ans. Il en a à ce moment vingt-sept. Elle vient s’installer chez sa tante qui habite alors Richmond. Elle n’est pas plus riche que lui et la précarité reste la règle.

1837 S’installe à New York. Les Aventures de Gordon Pym paraissent en volume. Ces récits d’aventures maritimes influenceront Conrad et Jules Verne.

1838 Se trouve à Philadelphie. Fait paraître un manuel de conchyliologie plagié pour l’essentiel. La conchyliologie, comme nul ne l’ignore, est l’étude des coquillages.  Rédacteur en chef d’un magazine où il fait paraître des contes qui passeront à la postérité comme La Chute de la Maison Usher.

1839 Parution en volume des contes connus sous le nom d’Histoires extraordinaires (Tales of the Grotesque and Arabesque).

1840 Le Gentleman’s Magazine est racheté par George Graham avec qui il s’entend bien. Celui-ci défendra sa mémoire contre les calomnies après sa mort.  En particulier du fait des articles critiques et des contes (par exemple Double Assassinat de la rue Morgue) qu’il y publie, le journal connaît un grand succès d’audience. D’autres contes paraissent dans des revues. (Le Scarabée d’or, Le Chat noir, 1843). C’est selon Claude Richard «la période la plus glorieuse de sa vie».

1842 Il quitte le journal jugeant son directeur trop conciliant avec les médiocres. Trouve d’autres tâches journalistiques.

1845 Son poème Le Corbeau lui assure une grande célébrité. Il obtient la responsabilité du Broadway Journal où il continue de pourfendre ceux dont les œuvres lui déplaisent. Le journal fait faillite en 1846.

1846 Vit toujours très précairement avec sa femme et sa tante. Outre quelques contes, il publie un texte sur la genèse du Corbeau (Philosophy of Composition, en français La Genèse d’un poème). Cette étude ainsi que d’autres textes théoriques retiendront notamment l’attention de Paul Valéry. Il y retrouve sa thèse de l’œuvre d’art comme une action concertée en vue d’un effet (à l’opposé de la création dans l’enthousiasme et l’inconscience de l’inspiration).

1847 Mort de sa femme Virginia. La mère de celle-ci, dans les deux années qui suivent, va se dévouer corps et âme pour son gendre, courant les rédactions pour placer des textes, « mendiant » comme le dit sans méchanceté un directeur de journal qui rend hommage à son dévouement.

1848 Publication de ses nouvelles traduites en français par Baudelaire. Ce dernier publiera plusieurs textes sur Poe dont une partie est démarquée des articles écrits par des Américains. Il contribuera à forger le mythe du poète maudit.  Poe rédige cette année un texte théorique important, Le Principe poétique (The Poetic Principle) qui paraîtra après sa mort.

1849 Retour à Richmond où il est très bien reçu. Donne des conférences. Écrit le poème Annabel Lee. On le retrouve début octobre 1849 inconscient dans une rue de Baltimore. Sur ce point sa destinée ressemble à celle de Stendhal frappé d’une crise d’apoplexie alors qu’il marchait sur le boulevard. 


Pour découvrir Poe

Les œuvres

Une grande partie des œuvres de création en prose se trouve dans un volume de la Pléiade. Les textes non traduits par Baudelaire sont disponibles dans Ne pariez jamais votre tête au diable (Folio). Pour les poèmes, le mieux est de recourir à l’édition bilingue chez Aubier. Les traductions des poèmes faites par Mallarmé se trouvent dans le Mallarmé en Pléiade. L’ensemble des œuvres (prose et poésie) se trouve aussi dans d’autres collections (Bouquin et Textuel) avec un accompagnement critique intéressant. 


Critique

Une excellente synthèse dans l’article «Poe» de l’Encyclopædia Universalis. On n’y retrouve pas, comme dans de nombreuses publications du même genre, toutes les légendes colportées depuis la mort de l’écrivain.

Le Edgar Poe par lui-même, dans la collection «Écrivains de toujours» au Seuil fournira aussi les éléments essentiels. À noter un ouvrage de Barbey d’Aurevilly aux éditions Complexe dans la collection «Le regard littéraire».

Pour une étude plus approfondie le fondamental Edgar Allan Poe dans les «Cahiers de l’Herne» (Fayard). On y trouve en particulier les textes théoriques de Poe et les articles, fielleux ou favorables, des critiques américains du temps. 


Dates et contexte des publication choisies 

Le Scarabée d’or 
Cette nouvelle primée en 1843 par le Dollar Newspaper, qui avait organisé un concours, est publiée dans ce journal puis dans le Saturday Courier. Elle paraît dans la traduction de Baudelaire en 1856, mais avait déjà été traduite en français à cette date. Stevenson qui naît un an après la mort de Poe a sans doute subi l’influence de ce texte quand il écrit L’Île au trésor.

La Lettre volée 
Publiée en 1845 dans Gift cette nouvelle paraît la même année en volume avec d’autres, dont Le Scarabée d’or. Traduction de Baudelaire en 1854 qui fait autorité. Cette nouvelle fait partie d’une trilogie où apparaît Dupin, le détective au flair infaillible. Les deux autres nouvelles de cette trilogie sont Double assassinat dans la rue Morgue et Le Mystère de Marie Roget.

Morella 
Première parution dans le Southern Literary Messenger (avril 1835). Traduction de Baudelaire publiée en 1853 et 1854.

Christian Benedetti 
De 1990 à 1995, professeur à l’école du Théâtre National de Chaillot. Depuis septembre 1994, professeur d’Art Dramatique au Conservatoire National de Région de Marseille. 1995, professeur à l’ENSATT (Rue Blanche); Ecole Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre. A partir de septembre 1998, création et direction de la section mise en scène de l’ENSATT installée à Lyon. 

Ecouter LE SCARABEE D'OR, LA LETTRE VOLEE, MORELLA par EDGAR POE/BENEDETTI CHRISTIAN (livre audio) © Frémeaux & Associés
Frémeaux & Associés est l'éditeur mondial de référence du patrimoine sonore musical, parlé, et biologique. Récompensés par plus de 800 distinctions dont le trés prestigieux "Grand Prix in honorem de l'Académie Charles Cros", les catalogues de Frémeaux & Associés ont pour objet de conserver et de mettre à la disposition du public une base muséographique universelle des enregistrements provenant de l'histoire phonographique et radiophonique. Ce fonds qui se refuse à tout déréférencement constitue notre mémoire collective. Le texte lu, l'archive ou le document sonore radiophonique, le disque littéraire ou livre audio, l'histoire racontée, le discours de l'homme politique ou le cours du philosophe, la lecture d'un texte par un comédien (livres audio) sont des disques parlés appartenant au concept de la librairie sonore. (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, cours sur CD, entretiens à écouter, discours d'hommes politiques, livres audio, textes lus, disques parlés, théâtre sonore, création radiophonique, lectures historiques, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre, audio-livre, lecture à voix haute, entretiens à haute voix, parole enregistrée, etc...). Les livres audio sont disponibles sous forme de CD chez les libraires  et les disquaires, ainsi qu’en VPC. Enfin certains enregistrements de diction peuvent être écoutés par téléchargement auprès de sites de téléchargement légal.




PisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 LE SCARABEE D OR CHAP 1 - BENEDETTI10'12
02 LE SCARABEE D OR CHAP 2 - BENEDETTI10'20
03 LE SCARABEE D OR CHAP 3 - BENEDETTI24'00
04 LE SCARABEE D OR CHAP 4 - BENEDETTI14'00
CD 2
01 LE SCARABEE D OR CHAP 5 - BENEDETTI13'50
02 LA LETTRE VOLEE CHAP 1 - BENEDETTI13'20
03 LE LETTRE VOLEE CHAP 2 - BENEDETTI22'56
04 MORELLA - BENEDETTI12'00
"Le Scarabée D'or" Edgar Poe par Gérard Foreau

Voici un coffret de deux CD qu’il ne faut laisser passer à aucun prix. Y figurent trois nouvelles de caractères très différents : Le Scarabée d’or, histoire d’un trésor lointain auquel on ne peut accéder qu’en résolvant préalablement une énigme, La Lettre volée, et Morella qui nous amène aux portes du fantastique. Last but not least : un livret d’accompagnement exceptionnel, aussi abondant que bien fait, comportant une chronologie détaillée. Gérard FOREAU




« Un discours précieux » par Elle

Les CD de la collection Lectures, lancée et poursuivie par Frémeaux & Associés, offrent d’évidence un discours précieux pour les non-voyants et, pour les autres, permettent de renouer avec le plaisir perdu qui était autrefois prodigué par les lectrices (ou les lecteurs bien sûr). Entre autres titres : « Le joueur » dit par Jacques Bonnafé et qui donne l’illusion que Dostoïevski a choisi de se confier à vous ; Des nouvelles de Maupassant lues par Claude Lesko et Christian Benedetti. « Le Banquet » de Platon par Michel Aumont (admirable), « Le Prince » de Machiavel par Michel Galabru et bien d’autres textes enregistrés, sans oublier la Bible en 10 CD (Brigitte Fossey, Dominique Valadié, Michaël Lonsdale, Michel Duchaussoy, Jean-Pierre Michaël), un coffret qui rappelle comme le précise la notice que « la bible a été écrite pour être écoutée ». Il sera plus facile de faire écouter aux enfants « Le Scarabée d’Or » d’Edgar Poe que de devoir surmonter leur méfiance avec les livres. Essayez. […]
Pierre HEBEY - ELLE




« Une des plus grandes figures de la littérature fantastique» par L’Alsace

A travers ses romans savamment architecturés, Edgar Poe a ouvert la voie à nombre de détectives au raisonnement infaillible qui ont nom Holmes, Maigret, Lavardin, voire Derrick…Grâce aux éditions Frémeaux & Associés, on peut retrouver Poe à travers trois de ses œuvres – Le scarabée d’or, La lettre volée, Morella – lues par Christian Benedetti, naguère professeur d’art dramatique à l’école du Théâtre national de chaillot, aujourd’hui directeur de la section mise en scène de l’Ensatt (Rue Blanche) installée à Lyon…Avec des récits envoûtants qui vont d’une histoire de trésor caché dans une île (Le Scarabée d’Or) à la mystérieuse lisière entre la vie et la mort (Morella) en passant par une aventure du détective Dupin à Paris (La Lettre Volée), le coffret de deux CD (complété d’un excellent livret) permet de s’immerger dans l’œuvre de l’une des plus grandes figures de la littérature fantastique.
L’ALSACE




« Très agréable » par Notes Bibliographiques

Voici, dans la traduction de Baudelaire, trois textes célèbres d’Edgar Poe (1808-1849). La lettre volée a déjà été enregistrée en K7 par VSL avec un autre lecteur (N.B. déc. 1991, p.1486) et Morella par VSL également (N.B. nov. 1991, p. 1352). Le scarabée d’or est l’histoire rocambolesque de la découverte d’un trésor. Trésor fabuleux d’une valeur inestimable, fruit des rapines d’un célèbre pirate. Il n’a pu être trouvé que grâce à un scarabée d’or accompagné d’un bout de parchemin. L’extraordinaire perspicacité du découvreur lui a permis de le situer. Quant à La Lettre Volée, c’est l’histoire bien connue d’une lettre volée que le voleur réussit à soustraire à toutes les investigations grâce à un stratagème bien copié depuis : il l’avait laissée en évidence ! Le troisième, Morella, est bien différent. L’auteur aborde un thème qui lui est cher : où se situe la lisière entre la vie et la mort ? C’est court et intense. La lecture de Christian Benedetti est très agréable et séduisante, malgré un débit rapide.
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES




"Quelques lignes et nous voilà plongés dans l'étrange" par Le Poing et la Plume

"On retrouve d'ailleurs Dupin dans la « Lettre volée », autre nouvelle lue dans ce CD édité par Frémeaux et Associés par Christian Benedetti ...
A chaque fois, l'observation des faits, la logique mais aussi l'imagination permettent de démêler l'écheveau ... comme dans « Le scarabée d'or » où William Legrand, Jupiter et le narrateur remettent la main sur un trésor au terme d’une expédition lancée sur la base de documents codés … un texte qui aurait inspiré à Robert-Louis Stevenson son « Île au trésor » ...
« L’imagination est une faculté quasi divine qui perçoit tout d’abord, en dehors des méthodes philosophiques, les rapports intimes et secrets des choses, la correspondance et les analogies. »
Poe a influencé Conan Doyle, Robert-Louis Stevenson mais aussi Mary Shelley ... il suffit pour s'en convaincre de lire ses écrits où il est question de décrépitude ... voyez « La vérité sur le cas de M. Valdemar » où un homme voit sa vie prolongée par une expérience magnétique ... le lecteur veut croire à une dénouement heureux mais c'est oublier à qui l'on a affaire ...
Comme je faisais rapidement les passes magnétiques à travers les cris de : - Mort ! Mort ! - qui faisaient littéralement explosion sur la langue et non sur les lèvres de son sujet, - tout son corps, - d'un seul coup, - dans l'espace d'une minute, et même moins, - se déroba, - s'émietta, - se pourrit absolument sous mes mains. Sur le lit, devant tous les témoins, gisait une masse dégoûlinante et quasi liquide, - une abominable putréfaction.
Une référence au magnétisme que l'on retrouve d'ailleurs dans deux autres nouvelles : « Révélation magnétique » (que j'ai peu aimée) mais aussi et surtout dans « Les souvenirs de Monsieur Auguste Bedloe » ...
Enfin, on ne saurait oublier l'influence de l'auteur américain sur la littérature de science-fiction et l'un de ses meilleurs porte-drapeaux, Jules Verne et son « Cinq semaines en ballon » ...
C'est particulièrement flagrant dans « Le canard au ballon », le canard dont il est question ici est synonyme de canular ...
Au moyen d'un gouvernail , la machine pouvait aisément s'orienter dans toutes les directions. Le levier était d'une grande puissance, comparativement à sa dimension, pouvant soulever un poids de quarante-cinq livres sur un cylindre de quatre pouces de diamètre après le premier tour, et davantage à mesure qu'il fonctionnait. Il pesait en tout huit livres six onces. Le gouvernail était une légère charpente de roseau recouverte de soie, façonnée à peu près comme une raquette, de trois pieds de long à peu près, et d'un pied dans sa plus grande largeur. Son poids était de deux onces environ. Il pouvait se tourner à plat et se diriger en haut et en bas, aussi bien qu'à droite et à , et gauche, et donner à l'aéronaute la faculté de transporter la résistance de l'air, qu'il devait, dans une position inclinée, créer sur son passage, du côté sur lequel il désirait agir, déterminant ainsi pour le ballon la direction opposée.
L'extrait dont il est question illustre d'ailleurs parfaitement les mots de l'écrivain argentin Julio Cortazár, autre disciple de Poe, dont je vous ai déjà parlé ici même à plusieurs reprises ...
Le savoir, l'érudition, la manifestation, à chaque page de critique ou de fiction, d'une culture extrêmement vaste, personnelle, teintée de mystère et d'initiation à l'ésotérisme. De très bonne heure Poe organise tout un système de notes, de fiches où il consigne des phrases, des opinions, les points de vue hétérodoxes ou pittoresques qu'il glane dans ses lectures aussi variées que désordonnées.
Comme toujours, le thème chez Edgar Allan Poe se décline dans plusieurs nouvelles ... il n'est pas surprenant dès lors de retrouver sa passion pour l'astronomie dans « Aventure sans pareille d'un certain Hans Pfaal », où se prépare un voyage sur la lune ... le ballon s'élève très haut dans les airs avant de redescendre ... ce qui a amené certains critiques à se demander si le nom du personnage principal (Pfaal) n'était pas en fait une référence plus explicite à la chute (Fall) ... même interrogation quant au jeu de mot sur le nom d'un autre personnage, celui de Morella (Mort est là) ...
Attrait pour les airs, pour la terre, pour la mer aussi mais évidemment dans ce qu'elle a de plus étrange dans "Manuscrit trouvé dans une bouteille" et de plus dangereux quand s'exerce la force de ses tourbillons "Descente dans le Maelstrom"...
L'île que vous voyez là-bas, -reprit le vieux homme, - est appelée par les Norvégiens Vurrgh. Celle qui est à moitié chemin est Moskoe. Celle qui est à un mille au nord est Ambaaren. Là-bas sont Islesen, Hotholm, Keildhelm, Suarven et Buckolm; Plus loin, - entre Moskoe et Vurrgh, - Otterholm, Flimen, Sandflesen et Stockholm. Tels sont les vrais noms de ces endroits ; - mais pourquoi ai-je suggéré nécessaire de vous les nommer, je n'en sais rien, je n'y puis rien comprendre – pas plus que vous. - entendez-vous quelque chose ? Voyez-vous quelque changement sur l'eau ?
Ce qui frappe, à la lecture de Edgar Allan Poe, c'est que l'anormal apparaît très vite ... quelques lignes et nous voilà plongés dans l'étrange, le monstrueux ... On comprend dès lors que de nombreux citoyens américains considèrent l'auteur comme une vilain petit canard parce que grand ordonnateur de ces tableaux macabres ... c'est lui qui tire les fils des raisonnements comme le dit Cortazár ... un vrai pervers ...
Mais un pervers de génie dont il faut honorer la mémoire ... Un génie mort à 40 ans, imbibé d'alcool, dévasté par un delirium tremens, stade intermédiaire avant le sommeil éternel ... qu'a-t-il vu à ce stade de l'inconscience ? Un monde sale, morbide, laid ? Ou bien, au contraire, un monde harmonieux qu'il n'avait peut-être pas connu dans son existence, lui, le gamin très tôt orphelin ? Cela restera à jamais un mystère ..."
par William IRIGOYEN - LE POING ET LA PLUME




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