LE MYTHE DE SISYPHE - ALBERT CAMUS

LU PAR JACQUES PRADEL

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Artiste JACQUES PRADEL
Nombre de CDs : 3


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FA8025

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LE MYTHE DE SISYPHE - ALBERT CAMUS 
Lu par Jacques Pradel 
Texte intégral en 3 CD.
 
Note de l’Editeur
Pourquoi faire enregistrer la lecture d’un des chef-d’œuvres de la philosophie du XXe siècle par Jacques Pradel ? Parce que tout d’abord traiter de la seule question philosophique qui en vaut la peine, à savoir de vivre ou de ne pas vivre en s’interrogeant sur le suicide, m’est apparu plus inté­ressante dite et interprétée par une personnalité populaire et proche de l’émotion du grand public, que par un représentant reconnu du monde de l’esprit ou des arts. Ensuite parce que Jacques Pradel a été pendant de longues années sur France Inter tous les matins, le récitant et le promoteur de la lecture sonore.
De plus, pour ceux dont la carrière télévisuelle de Jacques Pradel (culturellement embarrassante au début des années 90) imposerait un refus catégorique à apprécier cet ouvrage sonore, je leur rappellerais que Françoise Dolto, la pédopsychiatre française qui a accompagné plusieurs générations de femmes dans leurs rôles de mères a pu être présente sur les ondes publiques grâce au concours de ce même Jacques Pradel.
Par ailleurs, la traversée du désert vécue par Jacques Pradel sur les dernières années justifiait à mes yeux sa crédibilité, voire sa légitimité, à devenir la voix de Camus dans le Mythe de Sisyphe.
Enfin pour tous les intellectuels épris d’absolu, j’invoquerais que c’est la contradiction chez l’homme qui peut l’empêcher de sombrer dans une entropie intellectuelle et émotionnelle où le cloisonnement des genres bien déterminés renforce la pensée unique dans ce qu’elle a de plus regrettable.
Un grand merci à Gallimard et à la succession Albert Camus pour avoir donné son accord immédiatement, à Claude Colombini et Olivier Cohen pour la qualité de la production sonore et du travail de direction artistique, à Allain Bougrain Dubourg pour avoir été à l’initiative de l’idée, et surtout à Jacques Pradel pour son enthousiasme à nous révéler son talent et oser cette mise à nu parfois presque fusionnelle dans un texte particulièrement difficile à vivre. Jacques Pradel a réalisé une véritable œuvre sonore ou le mental et l’émotion étroitement liés donne une nouvelle approche digne d’une adaptation théatrale de la pensée de Camus.
Patrick Frémeaux 

ALBERT CAMUS (1913 - 1960)
Né le 7 novembre 1913 à Alger, Albert Camus passe son enfance et son adolescence dans le quartier populaire de Belcourt, sous le double signe du dénuement matériel et de l’éclat du soleil méditerranéen : “La misère m’empêcha de croire que tout est bien sous le soleil et dans l’histoire ; le soleil m’apprit que l’histoire n’est pas tout.”  Le jeune Albert ne connaîtra pas son père, blessé lors de la bataille de la Marne et mort à Saint-Brieuc en Septembre 1914. Il sera éduqué, comme Lucien, son frère, par sa grand-mère, une femme autoritaire plutôt que par sa mère qui abandonne toute responsabilité en raison de graves problèmes d’audition et de parole.
De nombreux biographes ont pensé qu’une partie de l’œuvre de Camus s’est édifiée pour tenter de répondre à cette absence et à ce silence. 
A l'école, un instituteur, Louis Germain, pousse Camus à passer le concours des bourses : il lui permet ainsi de poursuivre ses études au lycée et à l'université. L’auteur de “la Chute” lui en gardera une telle reconnaissance que Louis Germain sera l’un des premiers à recevoir les remerciements du nouveau Prix Nobel de Littérature en 1957. Grâce au lycée, mais aussi à son oncle, le boucher Gustave Acault, Camus développe un goût important pour la lecture.
A seize ans, il commence à prendre ses distances avec une part des grands auteurs de son temps ; il marque ainsi sa déception à la lecture des “Nourritures terrestres” d'André Gide (il expliquera dans “Noces”, trouver trop “cérébrale” la façon qu'à Gide d'exalter le corps). À dix-sept ans, l’adolescent studieux et sportif – il est passionné de football – se voit malheureu­sement atteint d’une tuberculose dont les rechutes seront nombreuses ; dès sa première manifestation, la maladie lui fait prendre conscience de sa solitude et de sa mortalité.  Camus découvre alors la philosophie, grâce à l’enseignement de Jean Grenier, son professeur de lycée puis d’hypokhagne.
D’abord tenté par une conception idéaliste de l’art et de la vie, il reconnaît rapidement que l’écriture peut être un moyen de dire sa fidélité au monde démuni de son enfance, dont son accès à la culture l’a séparé : “Il me faut témoigner”, note-t-il en 1935 dans ses Carnets . 

En 1933, Camus poursuit ses études à la Faculté des Lettres d'Alger ; au moment même où Hitler accède au pouvoir. Camus militera bientôt au Mouvement antifasciste.
Après un bref mariage avec une jeune fille belle et instable, Simone Hié, il adhère au Parti communiste algérien, et oc­cupe des fonctions importantes dans les milieux musulmans.
De ce bref passage dans ces partis, il gardera pourtant une certaine méfiance de l’endoctrinement et le sentiment que l’éthique ne doit jamais s’assujettir à la pure politique.
En 1935, Camus commence à écrire “L'Envers et l'Endroit”, suite de courts textes (entre l'essai et la nouvelle) où il fait entendre les “voix du quartier pauvre”. Il y marque la difficulté de  l’apprentissage du réel, mais aussi avec la “joie profonde” d’écrire. Ces récits affirment que “l’amour de vivre” et “le désespoir de vivre” sont inséparables.
En marquant la pleine conscience que Camus a de la solitude de l’homme, du tragique de son face-à-face avec la nature, ces textes ébauchent les prémices de sa conception de l’absurde de l’existence. Après la rédaction d’un Diplôme d'études supérieures (maîtrise) intitulé “Métaphysique chrétienne et néoplatonisme”, Camus fonde la troupe du Théâtre du Travail et écrit pour elle, l’une de ses premières pièces : “Révolte dans les Asturies”. Il connaît une brève carrière d’acteur dans cette troupe, puis dans celle de Radio-Alger. En 1937, il devient journaliste à Alger-Républicain où il s'occupe particulièrement des procès politiques en Algérie. Il commence un roman, “La Mort heureuse”, qui restera inachevé. Empruntes de lyrisme, les essais de Noces (1939) chantent la “gloire d’aimer sans mesure”, la vérité du soleil, de la mer, de la mort. Un “je” décrit ou médite, évitant toute abstraction, et annonçant ainsi les personnages narrateurs des prochains romans, ainsi que les “je” des textes philosophiques. Camus, qui revendique son statut d’intellectuel, mais qui se veut également en prise directe avec le réel, trouve alors dans le journalisme un autre mode d’action et d’expression idéal : entre 1938 et 1940, il publie, dans les colonnes d’Alger-Républicain , puis de Soir républicain, organe du Front populaire, plus de cent articles : son activité va de l’article sur la politique locale ou nationale, aux chroniques judiciaires et littéraires, ou aux reportages, dont le célèbre “Misère de la Kabylie”.  Camus passe le début de l’année 1940 à Oran et épouse Francine Faure (une Oranaise). Il quitte l’Algérie pour la métropole, travaille au journal Paris-Soir, termine en mai “L’Etranger”.
Au moment de l’invasion allemande (mai-juin), il se replie sur Clermont-Ferrand, en zone libre, où il rédige la première partie du “Mythe de Sisyphe”.

En 1941, Camus commence à songer au roman qui deviendra “La Peste” et milite dans des mouvements de résistants.
En 1942, son état de santé l’oblige à aller se reposer à la montagne, près de Saint-Etienne. “L’Etranger” paraît en juillet, alors que les Alliés débarquent en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, et que les Allemands ripostent en occupant la totalité du territoire français.
En 1943, alors que “Le Mythe de Sisyphe” vient de paraître, Camus devient lecteur chez Gallimard. Il fréquente Gide, Aragon et Sartre. L’année suivante, “Le Malentendu” est représenté à Paris ; puis à la libération de Paris, Camus prend, avec son ami Pascal Pia, la direction du journal Combat, à Paris.
Le 8 mai 1945, alors que l’armistice est signé en Europe, Camus se rend en Algérie pour enquêter sur les révoltes musulmanes violemment réprimées, qui ont suivi l’armistice (Caligula est représenté pour la première fois à Paris en septembre).  A ce moment, Camus écrit “Remarque sur la révolte”, point de départ d’une réflexion qui aboutira à l’essai intitulé “L’Homme révolté”. Au cycle de l’Absurde (comprenant principalement Caligula, L’Étranger, Le Mythe de Sisyphe) succédera le cycle de la Révolte.
En 1946, Camus voyage aux Etats-Unis et achève “La Peste”. Ce roman, connaîtra un immense succès, mais contribuera à donner à Camus une réputation de “saint laïque” ou de “juste” qui l’agacera toujours. Camus continue de travailler pour le théâtre, à ses yeux “le plus haut des genres littéraires et en tout cas le plus universel”. Mais “L’état de siège”, écrit en collaboration avec Jean-Louis Barrault et créé à Paris en octobre 1948, est un échec. “Les Justes” connaîtront heureusement, en décembre 1949, un plus grand succès.
Sa mauvaise santé freine la composition de “L’Homme révolté”, qui paraît en octobre 1951 et va déclencher une polémique avec Sartre et ses amis de la revue “Les Temps modernes”. Camus en sortira profondément blessé... et rompra définitivement avec Sartre. 
Cette année constitue une date charnière, où fleurissent de nombreux projets: un roman intitulé (Le Premier Homme), des nouvelles (finalement celles de L’Exil et le Royaume), une pièce (Don Juan, ébauché une adaptation des Possédés, de Dostoïevski, qui sera représentée sept ans plus tard).

Alors qu’en juin 1953, des ouvriers s’insurgent à Berlin-Est, s’opposant à un pouvoir stalinien qui prétend représenter la Révolution, Camus dé­clare “Quand un travailleur, quelque part au monde, dresse ses poings nus devant un tank et crie qu’il n’est pas un esclave, que sommes-nous donc si nous restons indifférents ?”.
Cette période est celle d’une grave crise morale ; il publie L’Été (textes dont certains remontent à l’année 1939), mais n’écrit rien de nouveau. En novembre, l'Algérie connaît de “graves événements”, nom que la France donnera longtemps à ce qui est en fait une guerre d’indépendance.
Solidaire des Français d’Algérie, mais sensible à la misère des musulmans et hostile à une répression aveugle, Camus vivra cette guerre comme une tragédie. Camus revient au journalisme en collaborant à L’Express, qu’il quittera rapidement à cause de ses positions favorables à l’indépendance de l’Algérie. 
En mars 1957, Camus publie L’Exil et le Royaume, recueil de nouvelles dont “La Chute” devait à l’origine faire partie, puis “Réflexions sur la guillotine”, en collaboration avec Arthur Koestler et Jean Bloch-Michel. Le 17 octobre, il se voit attribuer le prix Nobel de littérature. Il est le neuvième Français et le plus jeune à recevoir cette distinction. A l’occasion de la remise du prix, il prononce une réflexion sur les rapports de l’artiste avec la société qui l’entoure : le fameux “Discours de Suède”. 
En janvier 1959, il assure lui-même la mise en scène de son adaptation des Possédés, de Dostoïevski. Vers la fin de l’année il rédige plusieurs projets à Lourmarin, où il a acheté une maison, mais il travaille surtout au Premier Homme.  Le 4 janvier 1960, il rentre à Paris dans la voiture de Michel Gallimard. Mais entre Sens et Montereau, sur la Nationale 5 sa voiture fait une embardée. Albert Camus est tué sur le coup. Il est enterré à Lourmarin.
Olivier Cohen
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS / GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI S.A. 2001. 

Le mythe de Sisyphe (1937 - 1941)
Publié en octobre 1942, chez Gallimard, dans la collection “Les Essais”, “Le Mythe de Sisyphe” est dédié à Pascal Pia, avec qui il a partagé la plupart de ses activités de journaliste.
D'entrée, l'auteur se défend d'être un philosophe : “Les pages qui suivent traitent d'une sensibilité absurde qu'on peut trouver éparse dans le siècle – et non d'une philosophie absurde que notre temps, à proprement parlé, n'a pas connue.” Ce texte décrit l'attitude de l'homme confronté à l'absurde de la condition humaine. Point de vue formulé dès 1938, dans une critique de “La Nausée”, publiée par Alger-Républicain : “Constater l'absurdité de la vie ne peut être une fin, mais seulement un commencement.
C'est une vérité dont sont partis presque tous les grands esprits. Ce n'est pas une découverte qui intéresse, mais les conséquences et les règles d'action qu'on en tire.” Ce constat se trouve d’ailleurs inscrits dès les premières phrases foudroyantes du Mythe de Sisyphe: “Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide.” Camus ne se borne plus à s’opposer à la philosophie, il la refuse.  Devant la fondamentale absurdité existentielle que perçoit tout homme conscient du silence de l’univers, et de l’éphémère de la vie, l’homme se trouve devant un choix incontournable : doit-il se suicider ou continuer à espérer ?  Prisonnier de ces habitudes, ces illusions, ces croyances, l’homme traverse la vie sans la connaître vraiment. Dès qu’une certaine lassitude s’installe, ou dès qu’une tragédie le déstabilise, il se retrouve seul face à lui-même, seul face un univers qui le dépasse et lui semble étranger. Le monde d’ailleurs lui échappe comme  sa propre vie qu’il est à tout moment susceptible de perdre.  “Je disais que le monde est absurde et j'allais trop vite. Ce monde en lui-même n'est pas raisonnable, c'est tout ce qu'on peut en dire. Mais ce qui est absurde, c'est la confrontation de cet irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l'appel résonne au plus profond de l'homme. L'absurde dépend autant de l'homme que du monde. Il est pour le moment leur seul lien”. Si l’homme décide de ne plus se mentir, il prend conscience de sa solitude, du vide qui emplit sa vie. Les existentialistes ont nommé ce phénomène : crise existentielle. On doit en effet constater que la vie ne possède qu’un terme, la mort. Tout être, ne vivant et ne pensant qu’en fonction d’un futur, comprend que ce même futur est son pire ennemi, et que chaque instant passé le rapproche de sa destruction. 

Pourtant, l’homme veut vivre; son âme et son corps l'exigent. Voilà donc une aberration de l'existence. Le sentiment d'absurde naît de la révolte de l'être contre le non-être, de la lutte entre le désir de vivre et la réalité de la mort. Si l’homme tente de vivre comme s’il n'allait mourir, il peut sans doute s’inventer des dieux et des paradis comme autant de protections ; mais à un moment ou un autre, lors d’une prise de conscience, d’une crise, d’une période de doute, il se trouve face à ce cruel paradoxe : vouloir vivre éternellement mais ne pas le pouvoir.  Camus réagit à cette conscience de l’absurde par un “suicide philosophique ou existentiel”. Il s’agit ainsi de refuser l'absolu de la logique, de la pensée ou de la foi, de constater l'absurdité de l'existence et de la philosophie humaine. Il renonce aux illusions comme à l'espoir chimérique de l'immortalité. Il regarde froidement le néant, ce Dieu des existentialistes, et accepte qu'il n'y a pas d'explication au monde. Et puisque tout ce qui constitue l’existence ou l’univers reste toujours hors de son pouvoir, ne reste à l’homme que la lourde responsabilité de ses propres choix, même si cette liberté peut apparaître comme difficile à porter. Si ce suicide existentiel peut paraître aisément acceptable, le suicide tout court ne résout rien. La cessation de l'espoir permet à l’être humain d'accepter le présent comme son univers, en d’autres termes de ne vivre que les conséquences de ses choix. Il s’agit là d’une réelle liberté : en renonçant à tout faux espoir, à tout mi­rage, la conscience a au moins le pouvoir et la fierté d'être libre. Aucun problème n'est résolu, mais chacun d'eux prend un nouvel aspect. Pour l'esprit désillusionné, la science et la logique n'ont pas plus de valeur que la tendresse, la dignité, l'amour, la créativité et l'honneur.  Tout redevient subjectif. Plutôt que de choisir la mort, la personne peut penser que justement cette absurdité redonne à la vie toute sa valeur. On ne peut nier l'absurde, mais on peut l'accepter. Tout espoir aboli, la personne prend pleinement conscience de son être et de ses limites... Certaine de sa mortalité, elle aime la vie qui lui est d'autant plus chère qu'il doit la quitter. Chaque moment est une source de joie, l'intensité de chaque seconde est sans pareille puisque leur nombre est limité. Ces joies, comme ces peines, sont d’ailleurs d'autant plus intenses qu'elles naissent de la liberté d'une personne, de son propre travail plutôt que d'une source extérieure. C'est là l'essence même de la liberté héroïque, celle de jouir de la souffrance qui résulte de ses propres choix. C'est la liberté des martyrs véritables, qui meurent pour une cause qu'ils ont choisi de défendre. Ils ne meurent pas avec amertume mais plutôt pleins de fierté. La vie devient alors comme un vin rare et précieux dont chaque goutte mérite d'être savourée avec un plaisir qui croît au fur et à mesure qu'est bu le liquide. La dernière goutte serait alors la meilleure, l'apothéose. L’homme libre accepte de profiter de sa vie qu’il reconnaît pour ce qu’elle est au contraire du suicidé qui refuse la vie et la perçoit comme une horreur, un supplice auxquels il veut échapper. 

Le mythe de Sisyphe devient pour Camus un excellent et symbolique référent :  Les dieux avaient condamné Sisyphe à rouler sans cesse un rocher jusqu'au sommet d'une montagne d'où la pierre retombait entraînée par son propre poids. Les dieux avaient ainsi pensé avec qu'il n’existe pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir. Sisyphe apparaît à Camus comme “le héros absurde” par excellence : “il l'est autant par ses passions que par son tourment. Son mépris des dieux, sa haine de la mort et sa passion pour la vie, lui ont valu ce supplice indicible où tout l'être s'emploie à ne rien achever. C'est le prix qu'il faut payer pour les passions de cette terre. On ne nous dit rien sur Sisyphe aux enfers(…) on voit seulement tout l'effort d'un corps tendu pour soulever l'énorme pierre, la rouler et l'aider à gravir une pente cent fois recommencée; on voit le visage crispé, la joue collée contre la pierre, le secours d'une épaule qui reçoit la masse couverte de glaise, d'un pied qui la cale, la reprise à bout de bras, la sûreté tout humaine de deux mains pleines de terre. Tout au bout de ce long effort mesuré par l'espace sans ciel et le temps sans profondeur, le but est atteint. Sisyphe regarde alors la pierre dévaler en quelques instants vers ce monde inférieur d'où il faudra la remonter vers les sommets. Il redescend dans la plaine. C'est pendant ce retour, cette pause, que Sisyphe m'intéresse. Un visage qui peine si près des pierres est déjà pierre lui-même ! Je vois cet homme redescendre d'un pas lourd mais égal vers le tourment dont il ne connaîtra pas la fin. Cette heure qui est comme une respiration et qui revient aussi sûrement que son malheur, cette heure est celle de la conscience. A chacun de ces instants, où il quitte les sommets et s’enfonce peu à peu vers les tanières des dieux, il est supérieur à son destin. Il est plus fort que son rocher (…) Toute la joie silencieuse de Sisyphe est là. Son destin lui appartient. Son rocher est sa chose. De même, l'homme absurde, quand il contemple son tourment, fait taire toutes les idoles. Dans l'univers soudain rendu à son silence, les mille petites voix émerveillées de la terre s'élèvent. Appels inconscients et secrets, invitations de tous les visages, ils sont l'envers nécessaire et le prix de la victoire. Il n'y a pas de soleil sans ombre, et il faut connaître la nuit. L'homme absurde dit oui et son effort n'aura plus de cesse. S'il y a un destin personnel, il n'y a point de destinée supérieure ou du moins il n'en est qu'une dont il juge qu'elle est fatale et méprisable. Pour le reste, il se sait le maître de ses jours. A cet instant subtil où l'homme se retourne sur sa vie, Sisyphe, revenant vers son rocher, contemple cette suite d'actions sans lien qui devient son destin, créé par lui, uni sous le regard de sa mémoire et bientôt scellé par sa mort. Ainsi, persuadé de l'origine toute humaine de tout ce qui est humain, aveugle qui désire voir et qui sait que la nuit n'a pas de fin, il est toujours en marche. Le rocher roule encore.”

Si les Grecs anciens, voyait dans le personnage de Sisyphe le moyen d’indiquer aux mortels la folie d’une révolte contre les dieux, Camus, lui, envisage Sisyphe comme un héros, celui qui se rebelle contre les lois et accepte la responsabilité de ses actes. Il pourrait peut-être espérer échapper à son destin, maudire les dieux, mais cela ne changerait en rien sa condition. Au contraire, il décide de vivre pleinement son châtiment. Sisyphe devient alors libre, car ses maux ne lui viennent plus des dieux mais de son propre choix. Il accepte de vivre sa destinée. Chaque instant de cette vie difficile lui appartient. Il n'est plus condamné à monter le rocher, il choisit de le faire. Sisyphe devient alors maître de son rocher autant que de son destin. Tous deux lui appartiennent. Le travail sans fin de Sisyphe, c'est l'existence humaine. Il est inévitable comme l'est la mort. L'Homme n'est pas libre de mourir, mais il est libre de vivre. Cette vie, il peut la subir ou la faire sienne. Il peut être passif ou, comme Sisyphe, décider de vivre chacun des instants qui la composent. Lorsque l'inévitable mort viendra le chercher, l’homme aura eu le choix de vivre dans l'illusion et de mourir dans l'angoisse, ou au contraire de vivre librement et d'accepter avec noblesse l'inévitable achèvement de sa vie.  “L'absurde est le contraire de l'espoir”, annonce Camus ; l'absurde définit “un lieu privilégié et amer où l'espérance n'a plus de place”, et aboutit en effet, comme Kierkegaard l'avait entrevu au “désespoir” terme auquel Camus préfère ceux “d'absence totale d'espoir” qui “n'a rien à voir avec le désespoir”. 

Bien sûr, cela ne signifie pas que l'homme absurde espère malgré tout, ce qui serait contradictoire et constituerait le même “saut” qu'il reproche à Kierkegaard, Chestov, Husserl ou Jaspers. L'homme absurde “a désappris d'espérer” : il sait qu'il “n'y a pas de lendemain” et que “l'indifférence à l'avenir” est indissociable de “la passion d'épuiser tout ce qui est donné”. “Il n'y a pas d'amour de vivre sans désespoir de vivre”. Cela n'empêche pas, certes, de faire des projets, ni même sans doute, dans la vie quotidienne, d'espérer telle ou telle satisfaction. Mais cela interdit d'y croire tout à fait et, a fortiori, d'en faire une métaphysique.  L'espoir est une erreur, face à la vie. C'est en quoi Camus se sent proche d'Epicure (malgré ce qu'il y trouve d' “affreuse tristesse”), et plus encore, parce qu'il le sent plus révolté, de Lucrèce : “Tout le malheur des hommes vient de l'espérance”, écrit Camus a propos d'Epicure, alors qu'inversement “le bonheur naît de l'absence d'espoir”. L'homme absurde semble plus proche de Don Juan, de son “rire clair et joyeux”, que de l'Ecclésiaste : “Les tristes ont deux raison de l'être, ils ignorent ou ils espèrent. Don Juan sait et n'espère pas...” Si “l'expérience absurde s'éloigne du suicide”, explique Camus, c'est que ce dernier est le contraire de la révolte (“par le consentement qu'il suppose”. puisqu'on mourrait alors “de plein gré”).  Il apparaît alors que l’homme absurde refuse le consentement, qu’on pourrait nommer sagesse, au sens traditionnel du terme, entendant par-là tout idéal d'unité ou de fusion avec la nature ou le réel (comme on voit dans le stoïcisme, chez Spinoza ou dans certaines pensées orientales). Camus refuse en fait toute dissolution de l'absurde dans l’acceptation ou dans la réconciliation. Il reste, chez l’auteur du “Mythe de Sysiphe” un aspect adolescent, intransigeant : Camus veut “tout ou rien”, et il répugne au mot “accepter”. En effet, “l'absurde n'a de sens que dans la mesure où l'on n'y consent pas”, “l'absurde exige pour demeurer qu'on y consente point”. Le “consentement”, parce qu'il “détruit le divorce”, est aussi ce qui “ruine l'absurde”. Il importe donc non seulement, de refuser ses inverses (l'espoir, la religion...), mais aussi, paradoxalement, de le refuser lui-même.  Il apparaît alors, et cela constitue peut-être une des ambiguïtés du Mythe de Sisyphe, que ce consentement à l'absurde, au monde, au devenir, devient le dernier mot de Camus : “Je juge que tout est bien”, dit Œdipe, et cette parole est sacrée... Mais comment concilier cette phrase avec la révolte de l’absurde ? Pas d'absurde, sans révolte, et le révolté  “est un homme qui dit non”... il existe donc un oui de Sisyphe et en général, de l'homme absurde et un non inhérent à son opposition au monde ? Comment donc concilier absurde et acceptation... révolte et sagesse ?  L'homme absurde dit oui aussi à ses propres refus, puisque Sisyphe approuve jusqu'à son propre combat (L'homme révolté, est un “homme qui dit non”. Mais “s'il refuse, il ne renonce pas : c'est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement”. Ni “oui absolu”, donc, ni “non absolu”, l'un et l'autre mortels ou assassins mais une perpétuelle tension entre les deux. Ou pour le dire autrement : ni religion ni nihilisme... et c'est entre ces deux abîmes (l'abîme du oui, l'abîme du non !) que Camus ne cesse de se maintenir et de trouver ses valeurs.
Olivier Cohen
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS / GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI S.A. 2001. 

LE MYTHE DE SISYPHE lu par JACQUES PRADEL
CD1
1. L’absurde et le suicide 5.21
2. Le sujet de cet essai…  6.12
3. Les murs absurdes 6.01
4. Un degré plus bas et voici l’étrangeté… 3.55
5. La première démarche de l’esprit… 4.10
6. De qui et de quoi en effet puis-je dire… 3.21
7. L’intelligence aussi me dit donc à sa manière… 3.26
8. Mais jamais peut-être en aucun temps… 3.56
9. Chestov de son côté… 3.25
10. Comment ne pas sentir la parenté profonde… 1.48
11. Le suicide philosophique 5.59
12. Il existe un fait d’évidence… 5.29
13. Or, si l’on admet que l’absurde est le contraire… 5.13
14. Je n’ai pas à me demander… 5.41

CD2
1. Je prends la liberté d’appeler ici suicide… 5.59
2. Car Husserl parle aussi… 5.19
3. Il est significatif que la pensée de l’époque… 4.39
4. La liberté absurde 4.37
5. Je puis aborder maintenant la notion de suicide 4.01
6. C’est pourquoi je ne puis pas… 6.07
7. Mais que signifie la vie… 4.59
8. Par une étrange inconséquence… 3.09
9. L’homme absurde 5.13
10. Le Don Juanisme 5.24
11. Est-il pour autant égoïste ? 3.22
12. C’est cela son crime… 3.28
13. La comédie 5.08
14. Mime du périssable… 4.02
15. Adrienne Lecouvreur, sur son lit de mort… 2.18

CD3
1. La conquête 4.32
2. Les conquérants savent que l’action… 6.01
3. Encore une fois, ce ne sont pas… 2.26
4. La création absurde 5.39
5. On ne saurait trop insister sur l’arbitraire… 5.06
6. Penser, c’est avant tout vouloir créer un monde… 4.15
7. Dans la création où la tentation d’expliquer… 2.46
8. Kirilov 4.56
9. Kirilov lui-même nous aide à mieux comprendre 4.12
10. Ainsi les romans… 5.03
11. La création sans lendemain 4.56
12. Qu’on ne se trompe pas d’esthétique 3.53
13. Le mythe de Sisyphe 4.31
14. Si la descente ainsi se fait certains jours… 4.43

Ecouter LE MYTHE DE SISYPHE ALBERT CAMUS  Lu par Jacques PRADEL (livre audio) © Frémeaux & Associés / Frémeaux & Associés est l'éditeur mondial de référence du patrimoine sonore musical, parlé, et biologique. Récompensés par plus de 800 distinctions dont le trés prestigieux "Grand Prix in honorem de l'Académie Charles Cros", les catalogues de Frémeaux & Associés ont pour objet de conserver et de mettre à la disposition du public une base muséographique universelle des enregistrements provenant de l'histoire phonographique et radiophonique. Ce fonds qui se refuse à tout déréférencement constitue notre mémoire collective. Le texte lu, l'archive ou le document sonore radiophonique, le disque littéraire ou livre audio, l'histoire racontée, le discours de l'homme politique ou le cours du philosophe, la lecture d'un texte par un comédien (livres audio) sont des disques parlés appartenant au concept de la librairie sonore. (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, cours sur CD, entretiens à écouter, discours d'hommes politiques, livres audio, textes lus, disques parlés, théâtre sonore, création radiophonique, lectures historiques, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre, audio-livre, lecture à voix haute, entretiens à haute voix, parole enregistrée, etc...). Les livres audio sont disponibles sous forme de CD chez les libraires  et les disquaires, ainsi qu’en VPC. Enfin certains enregistrements de diction peuvent être écoutés par téléchargement auprès de sites de téléchargement légal.
LE MYTHE DE SISYPHE - ALBERT CAMUS




PisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 L ABSURDE ET LE SUICIDE - PRADEL05'21
02 LE SUJET DE CET ESSAI - PRADEL06'12
03 LES MURS ABSURDES - PRADEL06'01
04 UN DEGRE PLUS BAS - PRADEL03'55
05 LA PREMIERE DEMARCHE - PRADEL04'10
06 DE QUI ET DE QUOI EN EFFET - PRADEL03'21
07 L INTELLIGENCE AUSSI - PRADEL03'26
08 MAIS JAMAIS PEUT ETRE - PRADEL03'56
09 CHESTOV DE SON COTE - PRADEL03'25
10 COMMENT NE PAS SENTIR LA PARENTE - PRADEL01'48
11 LE SUICIDE PHILOSOPHIQUE - PRADEL05'59
12 IL EXISTE UN FAIT D EVIDENCE - PRADEL05'29
13 OR SI L ON ADMET QUE L ABSURDE - PRADEL05'13
14 JE N AI PAS A ME DEMANDER - PRADEL05'41
CD 2
01 JE PREND LA LIBERTE D APPELER - PRADEL05'59
02 CAR HUSSERL PARLE AUSSI - PRADEL05'19
03 IL EST SIGNIFICATIF QUE LA PENSEE - PRADEL04'39
04 LA LIBERTE ABSURDE - PRADEL04'37
05 JE PUIS ABORDER MAINTENANT - PRADEL04'01
06 C EST POURQUOI JE NE SUIS PAS - PRADEL06'07
07 MAIS QUE SIGNIFIE LA VIE - PRADEL04'59
08 PAR UNE ETRANGE INCONSEQUENCE - PRADEL03'09
09 L HOMME ABSURDE - PRADEL05'13
10 LE DON JUANISME - PRADEL05'24
11 EST IL POUR AUTANT EGOISTE - PRADEL03'22
12 C EST CELA SON CRIME - PRADEL03'28
13 LA COMEDIE - PRADEL05'08
14 MIME DU PERISSABLE - PRADEL04'02
15 ADRIENNE LECOUVREUR - PRADEL02'18
CD 3
01 LA CONQUETE - PRADEL04'32
02 LES CONQUERANTS SAVENT - PRADEL06'01
03 ENCORE UNE FOIS CE NE SONT PAS - PRADEL02'26
04 LA CREATION ABSURDE - PRADEL05'39
05 ON NE SAURAIT TROP INSISTER - PRADEL05'06
06 PENSER C EST AVANT TOUT VOULOIR - PRADEL04'15
07 DANS LA CREATION OU LA TENTATION - PRADEL02'46
08 KIRILOV - PRADEL04'56
09 KIRILOV LUI MEME NOUS AIDE A MIEUX COMPRENDRE - PRADEL04'12
10 AINSI LES ROMANS - PRADEL05'03
11 LA CREATION SANS LENDEMAIN - PRADEL04'56
12 QU ON NE SE TROMPE PAS D ESTETHIQUE - PRADEL03'53
13 LE MYTHE DE SISYPHE - PRADEL04'31
14 SI LA DESCENTE AINSI SE FAIT CERTAINS JOURS - PRADEL04'43
"Le Mythe de Sisyphe" Albert Camus par Ecouter Voir

“Albert Camus lu par Jacques Pradel. Voilà qui semble bien incongru. Pourtant la voix de l’animateur..., fait son effet et emporte le texte, relativement rude de Camus, dans une adaptation qui touche aux sens et quasiment théâtrale. Dès lors, le texte, prend toute son ampleur et séduit par sa véracité, sa logique et finalement sa simplicité. Bref, Jacques Pradel parvient à rendre audible, audible et recevable un texte intelligent, destiné à être lu et non pas entendu. Camus, même s’il refusait à reconnaître Le Mythe de Sisyphe comme un traité de philosophie, pose les bases d’une confrontation de l’homme avec l’absurde de sa condition. A écouter.” Lucas Falchero, ÉCOUTER VOIR




"Le Mythe de Sisyphe" Albert Camus par Notes Bibliographiques

“Il faut louer l’éditeur d’avoir donné à Jacques Pradel, l’occasion de lire un tel texte dont les subtilités sont rendues comme elles doivent l’être. Une bonne réalisation d’une oeuvre grave et difficile.” NOTES BIBLIOGRAPHIQUES




"Texte à écouter et à partager pour des instants de vrai bonheur !" par lexnews.com

"Lus par de grands artistes, ces enregistrements nous font revivre d’une autre manière des textes découverts par le livre seul. Détaché des lignes à parcourir, l’ouie prend le relais pour une autre sensibilité, celle des sonorités des mots, de leurs articulations et de leurs silences.
Pour finir, un texte plus moderne d’Albert Camus, « Le mythe de Sisyphe », lu par Jacques Pradel, est un moment de véritable découverte. Camus reconnaissait que c’est lors de la descente pour rechercher la pierre qu’il aurait à remonter sans cesse que le personnage mythologique de Sisyphe l’intéressait le plus. Conscient de la vacuité des recherches de l’homme, Camus regarde son tourment dont il sait qu’il ne connaîtra pas la fin. Mais c’est également là le génie de ce texte de ne point sombrer dans un pessimisme nihiliste : le regard est tragique car Sisyphe est conscient mais la tâche du héros peut également être joyeuse selon Camus car son destin lui appartient ! La voix de Jacques Pradel met bien en lumière ce texte à écouter et à partager pour des instants de vrai bonheur !" par LEXNEWS.COM




« Remise en cause » par UNSA Éducation

Les bouleversements de la première moitié du siècle dernier ont profondément transformé les bases de la pensée européenne. Jusque là conquérante, elle se met à douter d’elle même et encore plus du sens même de l’existence. Dans ce nouvel espace de la pensée, Albert Camus possède une place particulière ; le sentiment de l’absurde le mène à un renoncement exigeant et fier. Refusant les illusions de la logique et de la loi, abolissant tout faux espoir, il décrit un homme nouveau, qui prend pleinement conscience de son être et de ses limites ; qui aime d’autant plus profondément la vie qu’il doit la quitter. Écrit en 1942, ce livre prend encore tout son sens à la lumière des évènements d’aujourd’hui. Jacques Pradel, doué pour la remise en cause, vous conduit avec sensibilité à travers les cheminements de la pensée exigeante d’Albert Camus.
UNSA EDUCATION




« Il faut imaginer Sisyphe heureux » par Lire

« La formule clôt le premier « essai philosophique » de Camus. Sisyphe, « le héros absurde », avait été condamné par les dieux à rouler indéfiniment son rocher au sommet de la montagne d’où il retombait inexorablement sous l’effet de son propre poids. « Travailleur inutile des enfers », « prolétaire des dieux », Sisyphe donne une image de la condition de l’homme contraint de naître et de mourir dans un monde naturel et surtout humain qui se refuse à tout sens constitué, à tout donné. Mais Sisyphe n’est pas qu’une conscience malheureuse, sa condition enseigne à « l’homme absurde » qu’il n’y a qu’un monde, que « le bonheur et l’absurde sont deux fils d’une même terre ». Coupé des dieux, il s’est réapproprié son destin et a fait de son rocher « sa chose ». Il peut dès lors se réconcilier avec le monde, car il a compris que «  la lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir le cœur d’un homme ».
Par LIRE




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