ANTHOLOGIE DE LA POESIE DE LANGUE FRANCAISE

PAR LA COMEDIE FRANCAISE

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Livret : 80 PAGES
Nombre de CDs : 6


59,99 € TTC

FA8037

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Coffret 6 CD & livret 80 pages présentant six siècles de poésie du Moyen-Age au début du XXe siècle interprété par Denis Podalydes, Yves Gasc, Catherine Férran, Sylvia Berge, Eric Ruf, Eric Genovese et Christian Gonon de la Comédie Française.

Anthologie dirigée par Alain Frémeaux, suivi lecture par Olivier Cohen, production par Claude Colombini et la Comédie Française, soutien de la SCPP.

L’art du langage poétique vise à sublimer le sens des mots en éclairant leurs musicalités. Pourtant aussi extraordinaire que cela puisse paraître, aucun éditeur phonographique n’a encore réuni à ce jour l’ensemble des grands textes poétiques sous l’angle de leur qualité prosodique…
Frémeaux & Associés, défenseur de l’oralité comme véhicule de transmission des savoirs et de l’émotion, se devait de constituer une première base sonore à ce patrimoine collectif.
L’anthologie sonore de la poésie de langue française (1265-1915) réunit six siècles d’œuvres poétiques sélectionnées par Alain Frémeaux, enregistrées par les plus grands techniciens de la diction que sont les pensionnaires de la Comédie Française, sous la direction d’Olivier Cohen, directeur du Théâtre du Proscénium.
Pour la première fois dans l’histoire du disque un ouvrage sonore de plus de 6 heures, accompagné d’un livret de 80 pages, présente une exposition de la poésie rimée, classée par thème, avec la volonté d’en révéler au public toute la richesse mélodique et harmonique.
Claude Colombini & Patrick Frémeaux

Suivi lecture : Olivier Cohen  pour le Théâtre du proscenium.

Droits : Groupe Frémeaux Colombini SAS en accord avec La Comédie Française.

RUTEBEUF Que sont mes amis devenus ? (Extrait) • EUSTACHE DESCHAMPS Virelai d’une pucelle • Ballade du contrefait • CHRISTINE DE PISAN La fille qui n’a point d’ami • CHARLES D’ORLEANS Rondeaux • FRANCOIS VILLON Ballade des Dames du temps jadis • Ballade des Pendus • CLEMENT MAROT Rondeau : D’un qui incite une jeune dame à faire amy • De sa grande amie • Au beau tétin • Plaisir n’ai plus • Plus ne suis ce que j’ai été • Epistre au roi pour avoir été dérobé (Extrait) • MAURICE SCEVE Délie (Extraits) • PERNETTE DU GUILLET • Quand vous voyez que l’estincelle • JOACHIM DU BELLAY L’idée • Heureux qui comme Ulysse • Las ! où est maintenant... • Epitaphe d’un chat • Les vieux «Singes de Cour» • PIERRE DE RONSARD Mignonne, allons voir si la rose • Quand vous serez bien vieille • Chanson • Je plante en ta faveur • Je n’ai plus que les os • Comme on voit sur la branche • LOUISE LABE Baise m’encor • Je vis je meurs • OLIVIER DE MAGNY Sonnet à Mesme • Anne, je vous supplie • PHILIPPE DESPORTES • Vous n’aimez rien que vous • Si la foi plus certaine • O mon coeur plein d’ennuis • AGRIPPA D’AUBIGNE Sonnet pour Diane • L’hiver de M. D’Aubigné • FRANCOIS DE MALHERBE Dessein de quitter une dame qui ne le contentait que de promesse • Paraphrase du psaume CXLV • Consolation à M. Du Perrier • MATHURIN REGNIER Satire XIX • FRANCOIS MAYNARD La belle vieille • Il est temps que l’amour • HONORAT DE BEUIL DE RACAN Stances : Thirsis, il faut penser... (Extrait) • THEOPHILE DE VIAU Stances : Quand tu me vois • Sonnet : Quelque si doux espoir • JEAN AUVRAY Sonnet : Ma belle un jour • Contre une dame trop maigre (Extrait) • Sonnet : Sur la passion du sauveur • CLAUDE MALLEVILLE Stances : Pour un amant qui s’était baigné avec sa maitresse • MARC ANTOINE GERARD DE SAINT-AMANT Sonnet inachevé • Sonnet sur des mots qui n’ont point de rime • PIERRE DE MARBEUF Sonnet : Sur le retour d’Hélène... • Sonnet : Le sein d’Amaranthe • VINCENT VOITURE La belle matineuse • GUILLAUME COLLETET Sonnet : Les beautés empruntées • Sonnet : Faiblesse d’amour • TRISTAN L’HERMITE Sonnet : La belle esclave Maure • Sonnet : Sur un tombeau • JEAN-FRANCOIS SARASIN Sonnet : La beauté que je sers • Sonnet : Lorsqu’Adam vit... • PIERRE CORNEILLE Stances : A la Marquise • Sonnet : Pour M.D.V. envoyant un galant... • Epigramme : Sur le cardinal de Richelieu • Sonnet : Epitaphe sur la mort de damoiselle E. Ranquet • PAUL SCARRON Stances : Pour Mme de Hautefort • Sonnet : Vous faites voir des os... • ISAAC DE BENSERADE Sonnet : Sur une coquette... • JEAN DE LA FONTAINE Le corbeau et le renard • La laitière et le pot au lait • Le chat, la belette et le petit lapin • MOLIERE Sonnet du vicomte • LAURENT DRELINCOURT Sonnet : Sur les vents • Sonnet : Remède • NICOLAS BOILEAU Air • L’art poétique (Extrait) • JEAN RACINE Stances : A Parthénice (Extrait) • Le vendredi (Extrait) • JEANNE-MARIE GUYON Abîme de l’amour • VOLTAIRE A Mme du Chatelet • Epigrammes • Stances à Mme Lullin • PHILIPPE FABRE D’EGLANTINE L’orage • JEAN-PIERRE CLARIS DE FLORIAN Plaisir d’amour • ANDRE CHENIER La jeune captive • La jeune Tarentine • MARCELINE DESBORDES-VALMORE Les Séparés • Qu’en avez-vous fait ? • La Couronne effeuillée • ALPHONSE DE LAMARTINE Chant d’amour (Extrait) • L’Isolement • Milly ou la Terre Natale • Le Lac • Le vallon (Extrait) • L’Automne • ALFRED DE VIGNY La maison du berger - Lettre à Eva (Extraits) • La mort du loup • VICTOR HUGO La coccinelle • Vieille chanson du jeune temps • Rosa fâchée • Elle était déchaussée... • Ma Jeanne • La cicatrice • Jeanne au pain sec • La légende de la nonne • La conscience • Booz endormi (Extraits) • Oceano nox (Extrait) • A Villequier (Extraits) • Demain, dès l’aube • A quoi songeaient les deux cavaliers dans la forêt • CHARLES SAINTE BEUVE Mon âme est ce lac même • Les rayons jaunes • FELIX ARVERS Sonnet : Mon âme a son secret • GERARD DE NERVAL Fantaisie • El Desdichado • Résignation (Extrait) • Epitaphe • ALFRED DE MUSSET Chanson de Fortunio • Chanson • La nuit d’août (Extraits) • La nuit d’octobre (Extraits) • La nuit de mai (Extrait) • Tristesse • Souvenir • Ballade à la lune (Extraits) • THEOPHILE GAUTIER Baiser rose, baiser bleu • Premier sourire de printemps • Dans la Sierra • Ce que disent les hirondelles • Carmen • CHARLES-MARIE LECONTE DE LISLE Midi • Le coeur de Hialmar • CHARLES BAUDELAIRE Remords posthume • La chevelure (Extrait) • A une passante • Spleen : Quand le ciel bas est lourd • L’invitation au voyage • Moesta et Errabunda • L’harmonie du soir • Chant d’automne • Le chat • L’albatros • Les aveugles • Les phares • La servante au grand coeur • OCTAVE CREMAZIE Le Canada • JEAN-BAPTISTE CLEMENT Le temps des cerises • SULLY PRUDHOMME Le long du quai • Les yeux • STEPHANE MALLARME Mysticis umbraculis • Brise marine • L’azur • Sonnet : Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui • JOSE MARIA DE HEREDIA Les conquérants • Soleil couchant • Antoine et Cléopâtre • Sur le livre des amours de Pierre de Ronsard • FRANçOIS COPPEE A Georges Druilhet • CHARLES CROS Sonnet : Cueillette • Sonnet : Conclusion • Sonnet : Moi, je vis la vie à côté • PAUL VERLAINE Mon rêve familier • Green • Voeu final • Ariette • Le ciel est par dessus le toit • Chanson d’automne • O mon Dieu... • Art poétique • TRISTAN CORBIERE Paysage mauvais • Le crapaud • Epitaphe (Extrait) • LE COMTE DE LAUTREAMONT Les chants de Maldoror (Extrait) • MAURICE ROLLINAT La biche • Chopin (Extrait) • GUY DE MAUPASSANT Nuit de neige • GERMAIN NOUVEAU Le baiser (Extrait) • L’amour de l’amour • ARTHUR RIMBAUD Roman • Première soirée • Rêve pour l’hiver • Le bateau ivre (Extraits) • Ma bohème • Sensation • Les chercheuses de poux • Les effarés • Les pauvres à l’église • Le dormeur du Val • Voyelles • EMILE VERHAEREN Asseyons-nous tous deux près du chemin • Les hôtes • JEAN MOREAS Stances • ALBERT SAMAIN Mon âme est une infante • JULES LAFORGUE Notre petite compagne • Complainte sur certains ennuis • Esthétique • PAUL-JEAN TOULET Romance sans musique • Douce plage où naquit mon âme • L’immortelle et l’oeillet de mer • A Londres je connus Bella • EDMOND ROSTAND Hymne au soleil • CHARLES PEGUY Présentation de la Beauce à Notre Dame de Chartres (Extrait) • Mère, voici vos fils (Extrait) • ALFRED JARRY Madrigal • RENEE VIVIEN Devant l’été • GUILLAUME APOLLINAIRE La chanson du mal-aimé (Extrait) • L’adieu • Le Pont Mirabeau • La Loreley • Les mouton noirs • Si je mourrais là-bas.

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ANTHOLOGIE DE LA POÉSIE

ANTHOLOGIE DE LA POÉSIE DE LANGUE FRANCAISE
Du Moyen Age au début du XXe siècle








Le projet de lire ou dire la poésie peut paraître des plus périlleux. Quelle option de diction ou d’interprétation privilégier pour rendre justice à la diversité de couleurs et de sens  qui fait l’essence même de l’écriture poétique ? Si quelques textes possèdent parfois l’évidence de la plainte, du discours ou du portrait, la majorité des œuvres présentées dans cette anthologie se refusent évidemment à toute lecture univoque… Trop souvent, ce paradoxe amène l’interprète à privilégier telle ou telle teneur de l’écri­ture, à en appuyer la musicalité ou pire encore, à adopter un recueillement ou un “ton” soi-disant aptes à en révéler la qualité littéraire. La force d’une lecture tient peut-être à ce qui constitue l’essence même d’une interprétation. Si le comédien ne peut totalement rendre compte de la complexité de l’œuvre poétique, il peut en dévoiler certaines des résonances les plus précieuses. Se faisant l’écho d’une émotion ou d’une pensée,  il suit ses cheminements intimes et parvient à faire entendre la voix du poète. La rigueur et la virtuosité technique des sept comédiens du Français présents dans cet enregistrement rendent possible ce petit miracle… au prix d’une longue pratique, ils s’attachent à pénétrer la matière même du texte, laissant leur sensibilité  accompagner chacun des mouvements du texte ou choisissent de se faire discrets “passeurs” et nous donnent l’impression de réinventer le texte à nos oreilles.
Olivier Cohen (Directeur artistique chez Frémeaux & Associés, Directeur du théâtre “Le Proscenium”)


ANTHOLOGIE DE LA POESIE DE LANGUE FRANçAISE DU MOYEN AGE AU DEBUT DU VINGTIEME SIECLE
par Alain Frémeaux

Qu’est-ce que la poésie ?
Le Petit Robert nous enseigne que c’est l’art du langage visant à exprimer ou à suggérer par le rythme (surtout le vers), l’harmonie et l’image. La poésie suggère. Parce qu’elle suggère, elle sort du langage. Elle va plus loin que les mots. Elle éblouit par ce que les mots n’expriment pas. Elle est une lumière sur l’invisible, l’invisible des poètes mais aussi le nôtre car leurs joies, leurs peines et leurs révoltes ont un caractère universel. En fait, il y a autant de définitions de la poésie qu’il y a de poètes. Si Henri Michaux, qui est de toute évidence un poète, déclare : «Je ne sais pas faire de poèmes, ne me considère pas comme un poète, ne trouve pas particulièrement de la poésie dans les poèmes et ne suis pas le premier à le dire», c’est que l’idée que nous nous faisons de ce qui est ou non de la poésie a évolué considérablement du Moyen Age à la fin du vingtième siècle en raison des thèmes abordés, des écoles littéraires, des goûts et des mœurs et j’ajouterai, de l’intellectualité croissante. Est-ce que la poésie de Villon est moins digne de ce nom que celle de Ronsard, celle de Malherbe fait-elle pâle figure à côté de celle de Rimbaud, celle de Verlaine moins magique que celle d’Eluard ? On parle à tort ou à raison de poésie lyrique, épique, didactique, satirique,  dramatique. Certains genres ne font que frôler la magie. La rhétorique rimée de Boileau, les épigrammes de Voltaire, les satires de Scarron ont-elles une dimension poétique ? Et que dire des épîtres sémillantes de Marot ? Je vous laisse seul juge. Il ne vous est pas interdit de tomber sous le charme de l’éloquence et de l’esprit !

Sélection des poèmes de cette anthologie
Les critères qui ont présidé à mes choix sont les suivants : Tout d’abord l’idée qu’il y a plus de grands poèmes que de grands poètes. Aussi n’ai-je pas voulu réduire cette anthologie au seul choix des meilleurs auteurs mais ai-je inclus des poèmes de grande qualité de poètes de second ordre. La compréhension auditive des textes retenus impliquait que l’écriture soit suffisamment proche de notre langue, ce qui m’a conduit à éliminer avec regret de nombreux textes du XIIIème au XVIème siècles. Mon goût, bien sûr, qui m’a amené à montrer mes préférences sans pour autant exclure ceux qui me plaisant moins sont néanmoins considérés par la majorité des critiques comme des valeurs sûres. Le rejet de l’éloquence appuyée ainsi que de la poésie dramatique de scène quelle qu’en soit sa valeur. Enfin la durée d’écoute fatalement limitée m’a imposé de proposer parfois des extraits de poèmes. L’honnêteté m’oblige à préciser que ces coupures doivent autant à mon désir de n’offrir que le meilleur qu’à la contrainte du temps d’écoute.

Présentation de l’anthologie :
Les poèmes ont été classés par thème. Tout d’abord, l’amour en déclinant toute la gamme des sentiments, des premiers émois aux souvenirs, puis l’amitié, l’art d’être grand-père, la mélancolie, la fuite, la nostalgie du temps et de la terre natale, la nature, les portraits, la satire et les épigrammes, les récits, fables et contes, la poésie biblique et mythologique, la religion, le patriotisme, la guerre, le mal, la mort, les paroles de consolation et enfin le langage poétique. Il y a bien sûr une part d’arbitraire dans ce classement car de nombreux poèmes traitent de plusieurs thèmes à la fois. C’est le thème qui m’est apparu prédominant autant que l’enchaînement des textes qui ont prévalu pour cette classification.

Evolution de la poésie de langue française au travers des siècles
Les origines de la littérature française remontent au XIème siècle avec les poèmes bibliques, les vies de saints, les chansons de gestes ou romans de chevalerie en vers et les romans courtois, également versifiés.  Peu d’œuvres de ce siècle ont pu être conservées. L’activité poétique des XIIème et XIIIème siècles fut très féconde. Les premières poésies étaient des chansons que les troubadours (poètes du sud) et les trouvères (poètes du nord) chantaient en s’accompagnant à la vielle. Une opulente vie de cour s’était organisée d’abord dans le Midi (en Aquitaine et Gascogne notamment) puis ensuite dans le nord de la France (Arras devint le haut lieu du lyrisme du nord) et a permis l’éclosion d’une poésie courtoise dont Eléonore d’Aquitaine, reine de France puis plus tard, reine d’Angleterre fut la protectrice ins­pirée. C’était l’époque des lais décrivant des situations amoureuses, des virelais, petites pièces à refrains, des chansons à danser: rondets de carole et ballettes; des chansons de croisade; des chansons à personnages: chansons de mal mariées, chansons d’aube évoquant l’heure de la séparation des amants, pastourelles racontant une rencontre entre un seigneur et une bergère, des débats: petits dialogues sur l’amour, des motets: chants à deux voix; des reverdies relatant l’émoi du poète devant un décor printanier; des chansons de toile, ainsi appelées car les scènes décrites se passaient souvent dans des ateliers de tissage et de couture.

La poésie dominée par le lyrisme chantait l’amour de créatures d’exception parées de beauté et de vertus, les scènes de la vie courante, la courtoisie, les soucis d’ordre chevaleresque, les croisades, la dévotion à la Vierge. La poésie était marquée par beaucoup de naïveté mais elle était en même temps grave, pleine de raffinements dans le vocabulaire et le style. D’ailleurs, cette ingénuité s’estompe progressivement au fur et à mesure que l’écriture gagne en technicité. Les poètes étaient des hommes cultivés mais de conditions fort différentes: soit de riches amateurs appartenant au monde seigneurial (Thibaud de Champagne, Conon de Béthune) ou bourgeois (Jean de Meung) soit des clercs, écrivains cultivés (Rutebeuf) soit encore et souvent des jongleurs forains (Colin Muset), terme qui recouvrait aussi bien les acrobates, les musiciens, les montreurs de bêtes et autres amuseurs publics. La littérature pénétrait toutes les couches de la société. C’était les fêtes, les foires, les adoubements (cérémonies par lesquelles un noble était fait chevalier) qui formaient un auditoire de voyageurs, de chalands, de marchands et de badauds. Il y avait une même ferveur pour la poésie sur les places publiques que dans les cours de châteaux. Puis des genres nouveaux apparaissent, notamment  les jeux partis composés par deux poètes sous une forme contraignante, les fatrasies cultivant l’absurdité ou l’incohérence, les rondeaux et la poésie d’inspiration religieuse.

Après Rutebeuf, fin du XIIIème siècle, deux poètes marquent le siècle suivant: Guillaume de Machaut, poète et musicien et surtout Eustache Deschamps, son neveu, à la recherche de la perfection formelle dans l’expression des sentiments. La ballade et le rondeau deviennent à la mode alors que subsistent encore les lais et virelais de la poésie courtoise. Les problèmes de la vie quotidienne commencent à pénétrer le monde poétique. La guerre de cent ans (1337-1440) fige la création. Ses horreurs terminées, on assiste à une renaissance poétique grâce à Charles d’Orléans. Un concours de poésie sur un thème imposé est organisé à Blois. On travaille sur les rythmes, la musicalité dans une langue sensible, légère et railleuse ou plus grave mais aux émois mesurés. La poésie profondément humaine de François Villon, le plus grand poète du XVème, reste un cas isolé. Au début du XVIème, le souci de la forme prédomine. Jean Molinet prépare le premier catalogue de toutes les formes poétiques. Avec une créativité prodigieuse, les grands Rhétoriqueurs s’amuseront longtemps à multiplier les jeux sur les rimes, à écrire des rondeaux à lecture multiple, à composer des rébus. C’est l’époque de la première renaissance, marquée par la découverte de l’Italie et du platonisme. C’est l’apogée de l’école de Lyon, toute proche de la Florence des Médicis, dont le représentant inspiré, Maurice Scève, chante un amour sensuel et mystique pour Délie. Enfin les Blasons sur la femme connaissent un grand succès : «Au beau tétin» de Clément Marot en est l’illustration.  Avec François Ier protecteur des arts et sa sœur Marguerite d’Angoulême, future reine de Navarre, on assiste à l’efflorescence du lyrisme: c’est la Pléiade. Superbe hymne à la vie où sont traités avec raffinement les grands thèmes de l’amour, la mort et la nature.

La poésie rejette la folle technique rhétoricienne, puise ses sources dans l’Antiquité et se fait le reflet des émotions et des sentiments de la vie. L’expression est simple tout en restant musicale, le style se fait plus pur. On passe ainsi à la langue stabilisée, proche de la nôtre, des Du Bellay, Ronsard et Desportes, encore que chez ce dernier elle soit plus maniérée. Le vocabulaire devient plus riche. L’expression plus libre du baroque, le mysticisme d’Agrippa d’Aubigné, le délire sombre de J. Auvray cèdent la place aux règles et à l’harmonie voulues par Malherbe et ses disciples Maynard et Racan. On épure la langue à plaisir, on interdit le hiatus, l’enjambement... On glisse dans le XVIIème. Richelieu crée l’Académie Française. La vie de salon avec tout ce qu’elle comporte d’esprit libertin, de raffinement, d’amour de la «pointe» glisse vers la préciosité avec De Viau, Saint-Amant, Colletet, Tristan l’Hermite, Malleville, Marbeuf et Voiture. La Guirlande de Julie (1633) composée par dix neuf poètes à la demande du marquis de Montausier et offerte à Julie d’Angennes, fille de la marquise de Rambouillet, est le couronnement de cette période. Suivra bientôt l’aimable conflit entre Voiture et Bensérade et leurs clans respectifs au sujet de leurs sonnets qui fera écrire au grand Corneille :
    Deux sonnets partagent la ville,
    Deux sonnets partagent la Cour
    Et semblent vouloir à leur tour
    Rallumer la guerre civile !

La «Journée des Madrigaux» en 1653 marque la fin de la préciosité. On revient à une langue épurée proche du langage commun. Puis on entre dans le XVIIème, le siècle des lumières, qui a vu la fabuleuse éclosion de Corneille, Molière et Racine dont la célébrité tient évidemment plus à leur immense talent d’auteurs de pièces de théâtre dramatiques et de comédies qu’à leurs sonnets et leurs stances, si gracieux soient-ils ! A part La Fontaine, le génial poète des fables, et Jeanne-Marie Guyon, c’est le début d’une longue période de versification creuse. Toutefois, au XVIIIème siècle, on peut glaner chez Voltaire, ce conteur exquis et spirituel, cet intellectuel engagé de génie, quelques stances marquées du sceau du charme et de l’esprit! Quant à André Chénier, guillotiné trop jeune par la Terreur, il était presque inconnu de son vivant, ce qui, bien sûr, n’enlève rien à sa valeur.

On saute ainsi dans le romantisme annoncé par l’écriture frémissante de J.J. Rousseau. C’est une débauche de poésie lyrique, c’est une libération, c’est l’exaltation des sentiments personnels qui fait dire au jeune Hugo après la parution des Méditations de Lamartine: «Voici donc enfin des poésies qui sont d’un poète, des poésies qui sont de la poésie !» C’est la sensibilité exacerbée, le goût des larmes, l’apologie de la souffrance avec Mme Desbordes-Valmore, Lamartine, Vigny, Musset, Hugo, au moins pour ses Odes, Sainte-Beuve et G. de Nerval qui ont donné des pages magnifiques à la litté­rature française. Mais après le sentiment, la raison ! Aux romantiques ont succédé les Parnassiens (Hugo, Baudelaire, Gautier, Leconte de Lisle, Prudhomme, Hérédia, Banville et dans une certaine mesure Coppée, Rollinat, Vicaire et Richepin) qui se sont élevés contre l’étalage impudique du sentiment personnel qualifié par Flaubert d’«embêtements bleuâtres du lyrisme poitrinaire» et par Prigent de «béance baveuse du moi» et contre une forme d’éloquence souvent pompeuse et parfois proche de la facilité. Ils ne renient pas pour autant la sensibilité au cœur même de toute la poésie romantique mais s’attachent à exprimer des idées, à soustraire l’art à un abus d’émotions personnelles au profit d’une certaine forme d’impassibilité, à rechercher l’ordre, la clarté, la perfection dans l’expression. C’est le culte de l’art pour l’art avec le retour aux thèmes de la beauté antique, de l’histoire, de la philosophie.

Après l’exaltation déclamatoire du moi romantique et le culte parnassien de la raison aux émotions contenues, aux vers ciselés dont le prestige s’est exercé jusqu’en 1880, la poésie s’est renouvelée et a donné naissance au Symbolisme. L’ambition a été de supprimer la logique, l’analyse, la rhétorique du langage poétique et de refondre celui-ci dans un lyrisme pur affranchi de tout sentiment personnel, de lui faire suggérer des sensations par la musicalité des vers et la multiplication des symboles. Trois poètes principaux ont rejeté la froide leçon de l’art pour l’art et attirés par les démons de l’inconscient, envoûtés par ce qu’il est convenu d’appeler «l’alchimie baudelairienne» faite de lyrisme et de magie évocatoire, ont dominé cette école: Verlaine, Rimbaud et Mallarmé. Verlaine avec sa musicalité, ses pensées toutes en nuances, ses frissonnements de l’âme, Rimbaud avec ses visions, ses hallucinations, sa sensualité, ses révoltes de génie précoce, enfin Mallarmé avec la mystérieuse et abstruse beauté de sa langue et sa syntaxe unique cherchant à donner « un sens aux mots de la tribu ».Une des conquêtes du Symbolisme a été le vers libre utilisé par Paul Fort et ses disciples.

Quant à Lautréamont, Corbière et Laforgue, ils exaltent leur imagination jusqu’aux portes de l’inconscient et de l’illumination. C’est aussi l’époque de l’achèvement de l’Album Zutique (1871), recueil poétique auquel collaborent Rimbaud, Verlaine, C. Cros et Richepin qui, sur un mode érotique voire obscène, parodient les célébrités poétiques du moment. Au XIXème siècle, la poésie québécoise se cherche. Un nom toutefois domine son époque, celui d’Octave Crémazie. Citons aussi François-Xavier Garneau dont les poèmes annoncent une vocation d’historien; Louis Fréchette surnommé «Victor Hugo le petit», qui célèbre entre autres, non sans emphase, l’histoire de son pays; Alfred Garneau, fils de François-Xavier, spécialiste du sonnet intimiste et enfin Eudore Evanturel, adorateur de Musset et de Gautier dont la poésie a des accents plus personnels. Mais les poètes reconnus comme tels appartiennent au XXème siècle à l’exception d’Emile Nelligan (1879 - 1941), le Rimbaud québécois, le poète maudit dont l’essentiel de l’œuvre a été composé avant son internement à l’âge de dix-neuf ans mais qui n’est pas couvert dans cette étude. Au début du XXème siècle, les poètes sont restés sensibles à un lyrisme épuré, à une langue plus souple que l’esthétique parnassienne, enfin à la clarté du classicisme. Samain, Guérin, de Régnier, Verhaeren, Jammes et Moréas semblent répondre au moins pour partie de leurs oeuvres à ces critères. Il n’y a plus à proprement parler d’école littéraire. La poésie légèrement précieuse est représentée par P.J. Toulet. Mais où classer Péguy, Apollinaire et tous les poètes qualifiés de «modernes», nés à la vie littéraire après 1900 ? Il faut attendre 1917 pour assister à la création du mouvement dadaïste dont l’ambition a été d’offrir un univers plus abstrait où les réalités visibles du monde sont remplacées par les virtualités impulsives de l’esprit. Mais on sort maintenant du cadre de cette anthologie qui s’arrête sur la fin prématurée de Guillaume Apollinaire.

LES AUTEURS
1. Rutebeuf  (  ?   - 1280)
Quel est ton prénom, Rutebeuf ? Explique-nous donc pourquoi, étant clerc de formation, sachant le latin, pouvant faire carrière dans le clergé ou à l’Université, tu as choisi l’existence plutôt misérable des jongleurs ?
    «Je ne sais par où je commence
    Tant ai de matière abondance
    Pour parler de ma pauvreté...»

Et plus loin...
    «Pauvre sens et pauvre mémoire
    M’a Dieu donnés, le roi de gloire,
    Et pauvre rente
    Et froid au cul quand bise vente !»

Assidu insouciant des tavernes parisiennes, grand ami devant l’éternel du vin et du jeu, tu t’es fait une joie d’amuser ton public en récitant tes fabliaux presque toujours écrits, comme à cette époque, aux dépens des femmes affligées de tous les vices ! Mais tu as aussi composé des vies de saints et sur commande des complaintes funèbres. En plus d’être écrivain-défenseur de causes au service des Grands, polémiste passionné par les débats d’idées, tu as su être proche des préoccupations du peuple. Lyrique et sincère, marquée par une véritable foi chrétienne, ton oeuvre est celle d’un homme qui, avec simplicité et sensibilité, exprime les espoirs, les peines et  les problèmes de la vie quotidienne. Que ta complainte toujours admirée, toujours chantée traverse les siècles à venir comme elle a traversé sept siècles depuis ta mort et que personne jamais ne puisse murmurer: qu’est notre ami Rutebeuf devenu ?

2. Eustache Deschamps  (1346 - 1406/1407)
Eustache a, semble-t-il, été élevé par son oncle Guillaume de Machaut, poète et compositeur talentueux. Après des études de droit, Eustache est au service de la monarchie et de la maison d’Orléans où il occupe aussi bien des postes subalternes que de hautes charges mais aux gages incertains. Contrairement à son oncle qui a pu vivre de son art grâce à sa double habileté poétique et musicale, Eustache a du faire passer sa vocation d’auteur au second plan. Son oeuvre est néanmoins importante: mille ballades, deux cents rondeaux, des chants royaux et des virelais. Elle reflète les réalités quotidiennes de la classe moyenne des villes. C’est par quoi Eustache tranche avec la tradition poétique de son époque encore empêtrée dans la poésie lyrique de cour ou dans de subtils débats sur l’amour comme en témoigne le concours poétique organisé par quatre Seigneurs en Avignon en 1390. Son écriture allie à une fine expression des sentiments une perfection formelle de ton qui va du burlesque à la satire, particulièrement développée à l’encontre des femmes dans le «Miroir du Mariage», de la gaieté au désenchantement voire à l’aigreur au fur et à mesure que vieillit le poète mais sa pensée prend une hauteur majestueuse quand elle traite des malheurs du temps et de la guerre.

3. Christine de Pisan  (1364 - 1430)
Bonjour, Christine ! Qui ne tremblerait à tes malheurs ? Veuve à 25 ans, après avoir perdu en plus ton père et ton protecteur, sans fortune et avec trois enfants en bas âge! Femme de lettres remarquablement cultivée, tu t’es mise à chanter l’amour dans de très jolies ballades avec un vif succès ! Quand s’exhale ton chagrin, c’est là qu’avec grâce et naturel, sans forcer ton talent, tu exprimes le plus d’émotion. Tu as aussi écrit des songes, des allégories dédiés à de grands seigneurs, tournant toujours autour des thèmes de l’amour. Dans ton oeuvre de grande érudite, de féministe avant l’heure, tu as plaidé la cause des femmes de tout âge et de toute condition sociale et par-là même tu fais revivre les mœurs de la société de ton temps. Mais n’as-tu pas un peu trop donné à la poésie amoureuse plutôt conventionnelle, pour ne pas dire compassée de ton époque, même si tu as une rare maîtrise de tous les styles et registres ?

4. Charles d’Orléans  (1394 - 1465 )
Que Monsieur Charles veuille bien m’accorder que s’il chante l’amour avec une technique, une grâce, une fraîcheur tranchant quelquefois avec la mièvrerie courtoise de son temps, il aurait pu, ayant vécu en seigneur les tragédies de la première moitié du XVème siècle, ne pas se cantonner à un genre aussi léger ! Son père est assassiné par Jean sans Peur en 1407, sa mère meurt l’année suivante. Après bien des péripéties, Monsieur Charles est fait prisonnier à Azincourt en 1415 et emmené en Angleterre où il reste vingt cinq ans en captivité. Il a tout le temps de se livrer à l’écriture... Son style est enjoué, brillant d’aisance. Mais c’est surtout à la cour de Blois où Monsieur Charles se retire dans la dernière partie de sa vie parmi les fins rimeurs de son temps qu’il compose des rondeaux d’une grâce éternelle.

5. François Villon  (François de Montcordier ou des Loges) (1431/32 - 1473?)
Salut, François ! Si je te salue bien bas, ce n’est pas parce que tu manies la dague à la perfection - un certain prêtre et un notaire pontifical l’ont appris à leurs dépens ! - ou que tu as la main chapardeuse - pour m’exprimer sur un mode mineur car tu as plutôt un profil de truand ! - les écus d’or volés au Collège de Navarre témoignent ! - non , c’est parce que tu es le plus grand poète du XVème siècle ! Bien que licencié et maître de la Faculté des Arts à vingt ans, tu mènes une vie de bandit de grand chemin, parsemée d’exils et d’incarcérations. Ton existence errante et tes misères physiques (soumis en plus deux fois à la question !) ont plus inspiré ta poésie que les voluptés que t’ont fait partager les ribaudes ou que le dédain des froides demoiselles ! C’est ce qui fait dire à André Gide qu’il n’est plus question avec toi «de langueurs amoureuses, de soupirs, d’yeux aimantés et de ruisseaux de pleurs... Comme Verlaine plus tard, tu balances entre la Sainte Eglise et le bordel...assoiffé de rachat et maudit.»  Gide se trompe : tu n’hésites pas, tu vas aux deux avec le même enthou­siasme! Ta foi en Notre-Seigneur et en Notre-Dame est sincère. Avec une certaine naïveté, tu ne doutes pas d’obtenir leur pardon. Par ailleurs, si tes relations avec Marion l’Idolle et Jehanne de Bretagne, les fées de la luxure, tenancières de cabarets borgnes, ne démentent pas l’affirmation de Gide, que dire de la coquette «aux doux regards et beaux semblants» de ta chère Rose que tu appelles «ma damoiselle» et qui t’a laissé une plaie ouverte au cœur ?
    «Un temps viendra qui fera dessécher,
    Jaunir, flétrir votre épanouie fleur...»

Et encore...
    «Vieux je serai, vous laide, sans couleur»
Sincère, tu l’es dans ta façon de nous faire partager les désillusions de l’amour, tes horribles souvenirs de geôle, la cruauté de la pauvreté, de la maladie et de la vieillesse avec gaieté et tristesse mêlée quelquefois d’ironie, souvent avec une émotion et une simplicité qui te rendent profondément humain. Ton oeuvre rompt profondément avec la poésie gentillette et conventionnelle de Christine de Pisan et de Charles d’Orléans, que ce soit par les thèmes abordés, l’absence totale de sentiments convenus, d’affectation dans la manière de te dévoiler en tant qu’homme. Ta poésie est souvent spirituelle, pleine de nuances et d’une somptueuse musicalité. La ballade des «Dames du temps jadis» n’a pas séduit que G. Brassens qui a su si joliment mettre en chanson «les neiges d’antan». Ton Testament est terminé : 186 strophes de 8 vers sans compter 16 ballades et 3 rondeaux ! Tu as tout juste trente ans et déjà la mort te frôle ! L’épitaphe, écrite à l’énoncé de ta condamnation à être «étranglé et pendu au gibet de Paris» : «Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !» est sans doute le chef-d’œuvre qui, une fois de plus, t’a sauvé ! «Je ris en pleurs» est ta devise. Ayons si possible autant d’esprit que toi !

6. Clément Marot  (1496 - 1544)
Hé, Clément, toi aussi, tu as eu une vie bien agitée ! Heureusement pour toi, tes épîtres pleines d’esprit et de feinte ingénuité ont écourté tes séjours en prison. N’es-tu pas un disciple des Rhétoriqueurs, à ce titre, n’as-tu pas sacrifié quelquefois la poésie et le sens à la rime ? Mais tu es aussi un humaniste évangélique qui s’est attaché à traduire en vers les psaumes de David, peut-être pour plaire à ta protectrice Marguerite d’Alençon, future reine  de Navarre ! Parce que ta foi est sincère et leurs mœurs dissolues, tu as brocardé à l’occasion les moines et la papauté au travers de malicieuses épigrammes ! N’as-tu pas aussi cultivé, en tant que protégé de la duchesse de Ferrare, quelques doux sonnets encore que chez toi les temps d’émotion ne semblent pas avoir jamais duré bien longtemps !

7. Maurice Scève  (1500 - 1563)
Grand représentant de l’école lyonnaise, Maurice est né et mort à Lyon. Son oeuvre majeure est la «Délie», anagramme de «l’Idée». En 449 dizains, le poète chante son amour pour la poétesse Pernette du Guillet. Inspiré par Pétrarque - n’a-t-il pas découvert la tombe de Laure, son égérie, près d’Avignon ? - il fait l’apologie de l’amour sous toutes ses formes, du plaisir des sens jusqu’à l’Idée même de l’amour. Explorant les méandres du cœur, il dévoile ainsi son humanisme platonique et sa noblesse d’esprit. La langue est d’une belle harmonie musicale, souvent pure, comme illuminée par la magie de l’amour, parfois obscure, marquée par des cassures de rythmes et un sens incertain. Le ton est de plus en plus personnel à mesure que le poète pénètre le monde de l’inconscient. Hélas, Pernette meurt à 25 ans et Maurice se tourne alors vers une poésie philosophique plus abstraite encore et n’égalera jamais plus l’élévation d’âme à laquelle il atteint dans la «Délie».

8. Pernette du Guillet  (1520 - 1545)
Poétesse lyonnaise comme Louise Labé, Pernette est emportée dans la fleur de l’âge, un an après la publication de la fameuse Délie de Maurice Scève.  Délie, c’est elle, c’est Pernette, qui sait si bien chanter l’amour, ses désirs et ses peines, avec une grâce toute faite de subtilité et de douce émotion.

9. Joachim du Bellay  (1522 - 1560)
Tu es sans conteste une des deux lumières de la Pléiade avec Pierre de Ronsard, l’ami de tes vingt ans, l’ami de toujours qui lui aura la chance de te survivre de près d’un quart de siècle. Né dans une bonne famille angevine mais orphelin tôt, tu te laisses entraîner par Ronsard à Paris à l’âge de vingt ans pour y poursuivre tes études. Avec d’autres compagnons enthousiastes, vous créez «La Brigade» qui deviendra plus tard la «Pléiade». Est-ce Ronsard, plus autoritaire, qui te charge de rédiger la célèbre «Défense et illustration de la langue française» ? Langue que tu fais tienne pour composer les sonnets de l’Olive, anagramme de Mlle de Viole, qui n’est peut-être que la chimère d’un esprit amoureux, encore que José-Maria de Hérédia dans son sonnet intitulé «La belle viole» laisse entendre que ta célèbre «douceur angevine» ne saurait autre que cette demoiselle ! En fait tes sonnets sont dédiés à la grande protectrice des Arts, Marguerite de France, sœur d’Henri II. Puis tu suis à Rome, avec enthousiasme, ton oncle, le cardinal Jean du Bellay pendant plus de quatre ans, pendant lesquels tu t’inities à la culture italienne comme aux mœurs romaines... et chantes l’amour d’une Faustine en vers latins ! Après la première exaltation devant les beautés de la ville éternelle, ne sont-ce pas les travers de la société romaine, ses vices, ses intrigues que tu décris bientôt en humaniste satirique dans de petites pièces merveilleuses de raillerie ? Dans cette période de ta vie, deux ouvrages assureront ta gloire: les «Antiquités» qui témoignent de ton admiration pour les ruines d’un empire et les «Regrets» où une poésie personnelle, mélancolique exprime dans la sublimation des souvenirs de la terre natale la dureté de l’exil «Plus mon Loire gaulois que le Tibre latin». Enfin, les sonnets aux louanges de Marguerite de France lui font part de tes misères et la rappellent à ton bon souvenir avant les dernières et superbes pages des Jeux Rustiques. Ton art est tellement sûr, ta langue si claire, si sobre, si naturelle qu’on est épris d’admiration à te lire et qu’on déplore que ta courte vie s’achève à l’âge de trente-huit ans seulement dans la tristesse et en butte à l’hostilité que t’ont valu tes satires.

10. Pierre de Ronsard  (1524 - 1585)
Originaire du Vendômois, d’une haute lignée, promis à une vie facile, c’est ta surdité en plus d’un goût prononcé pour la poésie qui t’amènent à te jeter à corps perdu dans les études avec ton ami du Bellay. Peu après la parution de «Défense et illustration de la langue française» signée par du Bellay, paraissent les cinq premiers Livres de tes Odes qui soulèvent l’enthousiasme. Tu es le créateur de «La Brigade» puis de la «Pléiade», tu es le prince des poètes du siècle, le poète du roi, le «prince de la lyre» comme t’a surnommé du Bellay. Tu as renouvelé les formes poétiques, tu as enrichi la langue française en introduisant le grand lyrisme des Hymnes, des Elégies, en proposant des rythmes nouveaux sous la protection éclairée de Marguerite de France, ouverte aux audaces littéraires. Ta vie, Ronsard, est au service des Muses ! Tu es d’abord un lyrique, poète de l’amour. Tes odes sont destinées à être chantées. C’est la musique qui impose ses règles et ses rythmes. Tes 183 sonnets des Amours témoignent de ta passion sincère, retrace tes aventures et leurs drames: Cassandre Salviati qui, à treize ans, t’a ébloui un soir de bal et qui mariée peu après ne semble pas malgré sa gloire t’avoir accordé ses faveurs ! «Mignonne, allons voir si la rose...» Marie, une paysanne de Bourgueil, morte à la fleur de l’âge, t’a inspiré des vers plus beaux encore par leur simplicité et passe aussi à la postérité : «Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose...» Hélène de Surgères enfin, plus tard dans ta vie, que tu encenses dans tes sonnets et tes stances pour sa frêle beauté et ses lettres et que tu souhaiterais tant consoler d’une peine de coeur. «Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain...» En plus de Folastries érotiques, d’hymnes mémorables traitant de plus hauts sujets, tu as suscité l’admiration de tes semblables par les «Discours des misères de ce temps». Ta gloire, cependant, vient des Muses, des femmes que tu as sublimées sans doute comme Pétrarque magnifiait sa Laure au bord de la fontaine de Vaucluse et de celles aussi que tu as aimées et qui t’ont inspiré pour les choses de l’amour cette langue merveilleuse et chantante, coulante comme l’eau vive et ruisselante de lyrisme ! Et pourtant pendant plus de deux siècles, jusqu’au romantisme, on te critiquera, pire on t’oubliera ! On te reprochera tes audaces, tes mots composés, tes références à la mythologie, tes enrichissements abusifs de langage. Quelle injustice ! C’est seulement en 1828 que Sainte-Beuve te réhabilitera avec une certaine hardiesse pour son temps ! Certes tu déclames :
    «Cesse tes pleurs, mon livre: il n’est pas ordonné
    Du destin, que moi vif, tu sois riche de gloire...

Mais qu’on se rassure, le galant homme avait foi en son génie car il ajoute :
    «Quelqu’un, après mille ans, de mes vers étonné...
    En voyant mon pays, à peine pourra croire
    Que d’un si petit lieu tel poète soit né !»


11. Louise Labé  (1525 - 1565)
Fille d’un riche cordier de Lyon, il semble bien que tu mérites ton surnom de «belle Cordière!» pour ta beauté et ta vie quelque peu aventureuse. Lyrique, sensuelle, n’as-tu pas chanté passionnément l’amour, les voluptés de l’âme et de la chair en puisant tes sources chez le grand Pétrarque ? Parmi les poètes qui fréquentaient ton salon: Pontus de Tyard un autre lyonnais, Maurice Scève, l’auteur de la fameuse Délie, Olivier de Magny, ton petit préféré qui t’inspira de si beaux vers sur la douleur d’aimer !

12. Olivier de Magny  (1529 - 1561)
Cet amoureux délicat, un peu oublié, adhère à la Brigade et compose ses «Amours»à la mode de Pétrarque. Puis il part pour Rome en tant qu’attaché d’ambassade et tandis que Du Bellay remis de ses premières admirations compose ses «Regrets», lui couche sur le papier la poésie légère de ses «Soupirs» entrecoupés, semble-t-il, de fiévreuses idylles. Est-il l’auteur des peines d’amour de Louise Labé, la poétesse, qu’il rencontra sur le chemin du Vatican ? Olivier écrit de charmante façon. Ses vers sont empreints d’une délicate sensualité et d’une vive sensibilité pour la nature. C’est alors qu’il venait d’être nommé secrétaire d’Henri III que la maladie l’emporta et que depuis il se dissimule modestement derrière l’aura prestigieuse de ses amis Ronsard et Du Bellay.

12. Philippe Desportes  (1546 -1606)
Comme Racine chassera bientôt un Corneille vieillissant, ta jeune gloire va détrôner quelque peu celle du vieux Ronsard que le temps replacera à la première place. Très instruit, hospitalier, opportuniste malin donc ennemi de la satire, tu deviens vite le poète favori du roi Henri III. Tu chantes Diane, tu chantes Hippolyte, tu chantes l’amour au service des amoureux - les grands de l’époque - et pour ton compte bien entendu, avec des poèmes un peu passe-partout et maniérés. Mais si tu n’as ni le registre ni la créativité de Ronsard. Tes sonnets, tes stances, tes élégies et tes charmantes chansons expriment cependant toute la gamme des sentiments d’amour avec justesse dans une langue raffinée à la mode des beaux esprits italiens. L’harmonie est belle et l’expression fluide et d’une grande clarté. La relative monotonie d’un thème toujours répété ne t’a pas empêché d’avoir en ton temps nombre d’imitateurs.

14. Théodore Agrippa d’Aubigné  (1552 - 1630)
Né près de Pons en Saintonge, toi aussi, tu figures parmi les grands poètes ! Calviniste ardent, soldat loyal, fidèle écuyer d’Henri IV, roi de Navarre au service duquel tu peux t’enorgueillir d’avoir reçu pas moins de 12 blessures, amoureux de Diane Salviati, nièce de Cassandre, tu ne veux pour elle «entreprendre d’en rechanter autant que Ronsard a chanté !» Ton univers de grande poésie baroque va des passions terribles où rôde la mort au lyrisme, à la satire, à l’inspiration épique. Pénétré d’esprit biblique, doublé de vues prophétiques, tes vers parfois avec fureur frappent par leurs images éclatantes, leurs métaphores sublimes, leur sens du grandiose et de la démesure tout en portant la marque des passions blessées.

15. François de Malherbe  (1555 - 1628)
    «Enfin Malherbe vint, et, le premier en France,
    Fit sentir dans les vers une juste cadence.»

selon le mot de Boileau !
Au service du duc d’Angoulême (fils naturel d’Henri II) gouverneur de Provence, tu passes la première partie de ta vie à Aix puis à Caen. Tu te lies notamment avec du Perrier auquel tu écrivis à la mort de sa fille des stances demeurées célèbres ! Bien que marqué par le baroque, toi le Réformateur, tu as cherché constamment à épurer la langue. Si tu ratures à loisir les Odes de Ronsard, c’est parce que tu es en quête perpétuelle du style le plus limpide, du mot le plus juste, de l’expression  la plus musicale. Les épithètes superflues sont éliminées tout comme les détails, les répétitions, les mots composés chers à Ronsard toujours pressé d’imiter les Anciens. Ce n’est pas par modestie que tu te glorifies de n’être qu’un bon «arrangeur de syllabes!» car ta vision de la fonction du poète est avant tout d’être un bon ouvrier du vers. D’ailleurs, la faveur que quatre siècles t’ont déjà consenti n’a-t-elle pas légitimé ton alexandrin fanfaron:
    «Ce que Malherbe écrit dure éternellement !»
Tu enseignas avant Boileau l’importance d’une forme parfaite qui est la marque de ta poésie sans doute plus intellectuelle  et plus froide que celle de la Pléiade; ces qualificatifs ne s’appliquant évidemment pas à tes satires érotiques fort talentueuses.

16. Mathurin Régnier  (1573 - 1613)
Neveu de P. Desportes, tonsuré à l’âge de neuf ans, attaché à quatorze ans au cardinal de Joyeuse, tu es bientôt surnommé «le bon» malgré ou grâce à un goût prononcé pour les aventures galantes et un esprit satirique des plus remarquables. Vers la fin de ta vie, la crainte de l’enfer plus que la profondeur de ta foi t’amène à écrire quelques vers religieux. Ton oeuvre satirique connaît un grand succès. Ton chef-d’œuvre est «Macette», (Satire XIII). Tu es un fort talentueux peintre de mœurs. Molière lui-même s’est inspiré de certains de tes personnages. Tu campes tes proies comme personne. Ta langue est précise, le mot bien choisi, la raillerie sûre et le trait final souvent superbe et truculent.

17. François de Maynard  (1583 - 1646)
Natif de Toulouse, tu rencontres Malherbe à vingt trois ans à Paris que tu quittes bientôt en proie à la disgrâce de Richelieu. Excellent rimeur, tu es aussi un élégant railleur dont les épigrammes connurent des heures de gloire. A un langage sobre et épuré, tu allies comme Malherbe clarté et perfection dans la forme et musicalité dans le vers.

18. Honorat de Bueil de Racan  (1589 - 1670)
Nommé à treize ans page du roi Louis XIII après le décès de tes père et mère, tu rencontres Malherbe avec qui tu te lies d’amitié. Plus grand poète que militaire ou séducteur, tu connus une célébrité méritée par la beauté de tes vers bucoliques, parfois un peu précieux mais toujours sincères et joliment empreints de lyrisme.

19. Théophile de Viau  (1590 - 1626)
Poète très doué, libertin corrompu, tu es une première fois banni de Paris pour tes comportements licencieux à la cour mais gracié en 1621 après avoir abjuré la calvinisme. L’année suivante, ne t’attribue-t-on pas les plus érotiques voire les plus obscènes des sonnets du Parnasse satyrique qui te valent 2 ans d’emprisonnement ? Ton Ode au roi te vaut d’être gracié mais tu meurs peu après de ta vie de luxure et des séquelles de ton séjour à la Conciergerie. Tu manies fort adroitement toutes les formes poétiques allant de l’épigramme aux élégies, des épîtres aux stances sentimentales, des poèmes érotiques aux sonnets scandaleusement provocateurs avec  un art unique de t’affranchir des règles, de rejeter la «leçon» de formalisme de Malherbe, d’innover et de railler avec une aisance remarquable.
    «Malherbe a très bien fait; mais il a fait pour lui...
    J’approuve que chacun écrive à sa façon;
    J’aime sa renommée, et non point sa façon.»

On me rapporte que Malherbe trouva assez plaisant qu’on t’ait jeté en prison, non pour tes satires érotiques (Malherbe sur ce chapitre n’est pas en reste !) mais pour l’impertinence avec laquelle tu t’es démarqué de sa doctrine et les mauvais vers, prétendait-il, qui ont suivi !

20. Jean Auvray  (1590? - 1630?)
Tu aurais passé toute ta vie à Rouen. Ton chef-d’œuvre est le «Banquet des Muses». Ta verve satirique s’y donne à plein. Ta poésie proche du délire verbal, traversée par des images de mort et d’horreur, à la fois religieuse, noire et fantastique, dresse un tableau sombre et risible du monde.

21. Claude Malleville  (1592 - 1646/1647)
En tant que secrétaire du maréchal de Bassompierre, Claude fréquente l’Hôtel de Rambouillet où sévissent les beaux esprits. Il excelle dans le sonnet galant, l’épigramme dévastateur. Il serait avec V. Voiture dont il raille la « très basse nature « le demi-dieu de la guerre des « Belles Matineuses ». Il est aussi l’un des dix neuf poètes ayant contribué à la Guirlande de Julie.Ce sont essentiellement ses sonnets inspirés des Italiens au ton précieux et léger qui ont fait sa célébrité. Son oeuvre a été rassemblée en 1649, quelques années près sa mort.

22. Marc-Antoine Girard de Saint-Amant  (1594 - 1661)
Grand ami de Théophile de Viau, le «bon gros Saint-Amant» est comme lui protestant, jouisseur et libertin. Il se convertit comme lui à la religion catholique vers la trentaine, par opportunisme probablement. Très doué également, il rejette à priori les règles des Anciens que dit-il «je révère et n’ignore pas.» Sa liberté d’esprit, la culture glanée dans ses voyages aux quatre coins du monde l’incitent à essayer tous les genres, tous les styles: le burlesque, la satire, le lyrisme et les poèmes érotiques bien sûr ! Il joue avec les mots, les sensations dans une expression musicale, étrange, presque délirante avec un vocabulaire exubérant. Parfois avec frénésie, il se livre à des descriptions apocalyptiques où la réalité se mêle aux visions cauchemardesques. Sa poésie évoque la peinture, les couleurs vives, les éclairages. Ses vers sont souvent soignés et mêlent à une évidente drôlerie une certaine finesse de sentiment.

23. Pierre de Marbeuf  (1595 - 1645)
Juriste charmeur converti à la poésie galante, Pierre chante l’amour avec pudeur dans des vers légers, d’une musicalité et d’une fluidité rappelant le style de Malleville, de Colletet et de Viau.

24. Vincent Voiture  (1597 - 1648)
Poète de la poésie légère, de la frivolité, porté sur le jeu et la débauche, Vincent brille par son impertinence, son esprit et son badinage à l’Hôtel de Rambouillet. Il nous offre une poésie de pur plaisir pleine de grâce et d’ironie qui marque une rupture avec la poésie galante un peu pincée. On songe parfois aux stances spirituelles que Voltaire écrira presque cent cinquante ans plus tard. Pas de grand souffle poétique mais un art léger dont La Fontaine s’inspirera, d’où émane parfois comme l’ombre d’une certaine amertume.

25. Guillaume Colletet  (1598 - 1659)
Poète libertin, de bonne compagnie, ami de Théophile de Viau, admirateur de Ronsard, Guillaume traite tout par la dérision sauf l’écriture :
    «Je rougis de pâlir si longtemps sur un livre;
    De me tuer toujours pour vouloir toujours vivre,
    ... D’affliger mon esprit pour divertir autrui...»

Ses vers sont délicatement travaillés, quelquefois spirituels et d’une haute musicalité. Mais l’amour et la beuverie restent ses passe-temps préférés.

26. Tristan l’Hermite  (1601 - 1655)
Petit page à la Cour, Tristan ne le reste pas longtemps. Il s’enfuit pour mener une vie de vagabondage et de débauche. On le retrouve à la Cour en 1620. D’un tempérament agressif et velléitaire, il se brouille avec ses protecteurs. Insouciant, pauvre parce que joueur, il privilégie néanmoins sa vie durant son oeuvre théâtrale et poétique à sa carrière. Admirateur de Malherbe, de T. de Viau, de Marino, il écrit en s’inspirant des Italiens, des madrigaux, des sonnets galants d’une réelle élégance plastique et d’une fraîche musicalité. Depuis son premier recueil lyrique, les «Plaintes d’Acante» en 1633, il chante la femme avec pudeur et exprime avec sensibilité toute la palette des sentiments de l’amour quelquefois teintés d’une discrète mélancolie. Sous le portrait figurant en tête des «Vers héroïques» (1648), on peut lire les vers suivants qui ne manquent pas de sel si l’on songe à sa vie tumultueuse :
    «Elevé dans la Cour dès ma tendre jeunesse
    J’aborday la Fortune et n’en eus jamais rien,
    Car j’aimay la Vertu, cette ingrate Maîtresse
    Qui fait chercher la Gloire et mespriser le Bien.»

27. Jean-François Sarasin  (1604/1614 - 1654)
On sait que cet esprit spirituel, ce grand amateur de badinage raffiné est mort à Pézenas en 1654 mais on ne sait à dix ans près sa date de naissance ! Toujours au service des Grands, intrigant, joueur et dépensier, amuseur public de talent, Jean-François est pétri de malice et de gaieté. Grâce à son ingéniosité verbale, son ton léger et précieux, son bel esprit, il charme l’Hôtel de Rambouillet puis, vers la fin de sa vie, les «Samedis de Sapho»: les soirées de Madeleine de Scudéry. Ses oeuvres ont été publiés en 1656 et 1674.

28. Pierre Corneille  (1606 - 1684)
Ce jeune magistrat rouennais serait devenu poète pour les beaux yeux de Catherine Hue mais surtout, comme chacun sait, auteur génial de poésie dramatique où s’exaltent la grandeur, l’héroïsme, la gloire dans des tirades superbes, quelquefois pompeuses mais témoignant souvent d’une rare sensibilité lyrique. Son exceptionnel talent se retrouve aussi dans une face moins connue de son art : l’écriture de poèmes d’amour où l’on sent déjà de vibrants accents de mélancolie annonciateurs du romantisme, d’épigrammes sensibles ou narquoises, de psaumes et d’hymnes.

29. Paul Scarron  (1610 - 1660)
Aussi bonhomme et gai que disgracieux, Paul atteint des sommets dans le burlesque mais n’a ni l’imagination ni le brillant de Saint-Amant. Son esprit, ses railleries, son ricanement l’emportent sur l’inspiration poétique. Le «Roman comique» est son chef-d’œuvre. Toute son oeuvre est un immense éclat de rire. et lui-même ne s’épargne pas sauf, pourrait-on dire, quand quadragénaire, presque cul-de-jatte, il épouse la ravissante Françoise d’Aubigné de seize ans, petite fille d’Agrippa d’Aubigné, qui lui fait dire :
    «Le nom des femmes de roi meurt avec elles;
    Celui de la femme de Scarron vivra éternellement ! »
Incroyable ironie du sort que notre «raccourci de la misère humaine» n’aurait pas désavoué : la Veuve Scarron se fera épouser secrètement par Louis XIV sous le nom de Marquise de Maintenon !

30. Isaac de Bensérade  (1613 - 1691)
Honoré à la Cour en raison de son art de plaire, la virtuosité et la finesse de son esprit, Isaac est un protégé des Grands, richement doté. C’est la querelle entre les admirateurs de son sonnet sur Job et ceux du sonnet «A Uranie» de V. Voiture qui le rendit célèbre. Il devient peu après le poète du jeune Louis XIV auquel il propose l’écriture de ses ballets. Est-ce à son papillonnage autour des filles d’honneur de la reine qu’on doit ce style léger, mondain, quelquefois satirique, brillant d’intelligence et de subtilité psychologique, dont il empreint sa poésie amoureuse ?

31. Jean de La Fontaine  (1621 - 1695)
Pour la vie de tous les jours, tu aurais, dit-on, quelque chose d’un assisté, génial et naïf! Il semble que tu ne fasses rien d’autre qu’écrire et encore, à te croire, si peu ! Heureusement pour toi, on ne compte plus tes protectrices et tes protecteurs même si ton indépendance d’esprit, la licence de certains de tes écrits et ta fidélité à Fouquet, le superintendant de Vaux-le-Viconte, indisposent quelque peu le roi. Alors, comme ça, tu joues, tu folâtres, tu muses à la recherche des plaisirs, tu butines en fantaisiste ! Tu te dis paresseux mais on ne te croit qu’à demi, quoiqu’en dise ton épitaphe, vu la fécondité de ta plume : des ballades aux épîtres, des contes aux fables.
    «Jean s’en alla comme il était venu...
    ... Quant à son temps, bien le sut dispenser :
    Deux parts en fit, dont il voulait passer
    L’une à dormir et l’autre à ne rien faire.»

Sincérité et candeur, ingénuité dirais-je, marquent ton œuvre en dépit de ton existence agitée de libertin. Tes sources d’inspiration sont Marot, Rabelais, Voiture, les Latins et les Grecs. C’est dans tes fables que tu montres le plus de délicatesse, de goût de la perfection, de créativité poétique avec la seule ambition d’amuser tes semblables, de remuer gentiment l’âme des enfants, de les amener à s’interroger à propos des éternels travers de l’humanité en revêtant tes personnages quelquefois aussi cruels que leur morale de bien amusantes apparences animales.

32. Molière (Jean-Baptiste Poquelin)  (1622 - 1673)
Un fond de génie comique associé au désir farouche de plaire est la clé de l’immense succès du plus grand poète comique de langue française que tu es, Molière ! D’où te vient ce surnom, personne ne sait ! Chef de troupe de théâtre, comédien principal des plus drôles, auteur de tant de chefs-d’œuvre, tu savais aussi, avec une grâce proche de la préciosité, tourner quelques sonnets coquins et stances galantes !

33. Laurent Drelincourt  (1626 - 1680)
Prédicateur célèbre, fils de pasteur, L. Drelincourt a marqué son oeuvre du sceau de la foi et de l’espérance en l’immortalité, ce qui n’exclut pas un questionnement angoissé autour de la mort.

34. Nicolas Boileau Despréaux  (1636 - 1711)
Rimeur plus que poète inspiré, ne disais-tu pas de toi-même que tu avais deux grands talents: «L’un de bien jouer aux quilles, l’autre de bien faire des vers!» L’ironie, la moquerie sont les traits forts de ton art de polémiste, acharné à attaquer les puissants et avec plus ou moins de justesse les poètes en vogue. Mais ton amitié pour tes deux aînés de génie que sont La Fontaine et Molière ainsi que pour Racine un peu plus jeune que toi ne se démentira jamais. Grand compositeur de satires, d’épîtres, d’odes et d’un Art poétique, tu sais dire admirablement les choses mais la spontanéité, l’envolée, le charme manquent le plus souvent à ton écriture laborieuse, un peu froide, quelquefois didactique sauf quand la verve lyrique l’emporte dans quelque méchante satire ou que le songe et les souvenirs te confèrent un court moment de grâce. L’un des 2 morceaux choisis est un extrait de l’Art poétique car qui voudrait que l’on omette les vers fameux que les professeurs de français rabâchent depuis trois siècles: «Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement...» et «Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage...»

35. Jean Racine  (1639 - 1699)
Auteur dramatique immense, tu as baigné certaines pièces d’une poésie vertigineuse et sanglante ! Ton style est fluide, parfois merveilleux de musi­calité jusqu’à nous faire oublier la versification dans l’aisance et la souplesse de l’expression. Tu t’es plu, en marge de tes chefs-d’œuvre, à composer des épigrammes, des odes, des stances, des cantiques spirituels dans lesquels tu joues de tous les talents de ta palette: du mordant des épigrammes au lyrisme empreint d’une sensibilité parfois à fleur de peau des odes et des stances.

36. Jeanne-Marie Guyon  (1648 - 1717)
Educatrice au service de Mme de Maintenon, Jeanne-Marie Guyon d’une piété et d’une foi ardente poussée jusqu’au fanatisme devient la grande prêtresse du quiétisme et convertit Fénelon, disciple passionné, à sa doctrine. Leurs idées ne tardent pas à imprégner les esprits jeunes et ardents. Fénelon se voit obligé de se retirer dans son diocèse et le roi, exaspéré par le scan­dale, obtient sa condamnation papale en 1699. Quant à Mme Guyon, elle perd aussi les faveurs de Mme de Maintenon, déchaîne la fureur de Bossuet et est emprisonnée puis exilée jusqu’à la fin de sa vie. Adepte mystique, Mme Guyon n’a probablement pas bien mesuré les conséquences possibles du quiétisme: s’il se voulait être abandon total de l’âme entre les mains de Dieu, il risquait d’être compris comme une désappropriation possible de l’être pouvant aller jusqu’au reniement du culte et l’acceptation du péché. La poésie de Jeanne-Marie Guyon reflète l’expérience fanatique de sa religiosité et tente d’exprimer son idéal de piété, par delà le drame d’une existence si favorablement commencée.

37. Voltaire (François-Marie Arouet)  (1694 - 1778)
Brillant jusqu’à l’outrance, drôle mais dérangeant, suintant d’intelligence, de finesse et d’esprit, il s’est essayé avec succès au métier de dramaturge, d’historien, de philosophe, de romancier, de journaliste, de faiseur d’épigrammes malicieuses et légères, souvent cruelles et ce que l’on pardonne moins en­core, à celui... de financier fort avisé! On s’accorde à dire que Voltaire n’est pas poète. Baudelaire, critique à l’esprit acéré, va jusqu’à le saluer d’un «anti-poète !» Pourtant, les quelques textes retenus témoignent de la façon dont il excelle dans les stances et les madrigaux où le charme, la grâce et l’esprit baignent la fluidité des vers.

38. Fabre d’Eglantine  (Philippe Fabre)  (1750 - 1794)
En hommage non au dramaturge mais à l’auteur d’une jolie chanson: «Il pleut, il pleut, bergère...» dont les petits moutons d’un rêve n’ont pas su attendrir la guillotine révolutionnaire.

39. Jean-Pierre Claris de Florian  (1755 - 1794)
Voltaire dont tu es le petit-neveu t’appelle «Florianet !» Officier d’artillerie, au cœur trop tendre, tu as quitté tôt le métier des armes et t’es mis au service du duc de Penthièvre, grand seigneur à tout point de vue. Tu es l’auteur de romances pastorales, de romans historiques, de fables et de nouvelles. Il est un de tes poèmes qui grâce à la charmante mélodie du compositeur allemand naturalisé français, Jean-Paul Martini, traverse les siècles :
«Plaisir d’amour ne dure qu’un moment...»
La révolution aura raison de ta vie. Pourtant Thermidor te sauve de la Montagne et te libère de ses geôles mais ton cœur, Jean-Pierre, était si tendre que l’anxiété et la douleur de vivre ces jours de haine et de terreur firent aussi bien que la guillotine.

40. André Chénier  (1762 - 1794)
    «Le pourvoyeur paraît. Quelle sera la proie
    Que la hache appelle aujourd’hui ?»

Toi, André, le 7 thermidor, soit le 25 juillet 1794, moins de 5 mois après ton arrestation, toi, André, le plus grand poète du XVIIIème siècle, inconnu de ton vivant, pour être guillotiné par la Terreur ! «Escorté d’infâmes soldats», ressasses-tu ce vers que tu fais murmurer à la «jeune captive», Mme de Coigny, dont les douceurs ont peut-être adouci tes derniers mois passés à la prison Saint-Lazare : «Je ne veux point mourir en­core.» L’essentiel de ton oeuvre ne sera publié qu’en 1819 grâce aux soins de ton neveu, soit vingt cinq ans après ta mort. Né à Constantinople d’un père français et d’une mère grecque. Le père nommé consul de France à Salé laisse femme et enfants à Paris. Après d’excellentes études et quelques voyages, André est nommé secrétaire d’ambassade à Londres jusqu’en 1790. Il s’associe aux prémices de la révolution, condamne ses premiers excès, fuit à Versailles où il s’amourache de «Fanny», Mme Le Coulteux puis revient à Paris où il est arrêté le 7 mars 1794. Ton oeuvre écrite entre dix-neuf et trente-deux ans a été admirée par les romantiques. Tu as beaucoup lu les maîtres de l’Antiquité et ne t’es jamais caché d’imiter, de multiplier les emprunts mais ton génie est d’avoir su les associer sans montrer de «couture». Tu as renoncé au badinage des poètes de boudoir. Tu aimes les plaisirs de la vie, tu aimes l’amour mais sans donjuanisme ni débauche. Tu n’es pas non plus un romantique car tu as trop le goût de vaincre et guère l’envie de te complaire dans la douleur. Fier des vertus de l’écriture hellène, ton style est clair et ordonné mais tu ne t’es pas soucié de suivre comme tes contemporains d’ailleurs, les règles de Malherbe et de Boileau. Ton cœur exprime ce que chacun peut sentir comme toi mais la beauté plastique de tes vers a cependant plus vieilli que la grâce de tes sentiments éternels.

41. Marceline Desbordes-Valmore  (1786 - 1859)
Encore une tragique existence ! Rien ne t’es épargné : des débuts difficiles de chanteuse, de comédienne, des difficultés matérielles, un amour passionné pour Henri de Latouche, poète, romancier, Directeur du Figaro dont tu nourriras ta passion romantique puis des années après, un mariage avec le comédien Valmore dont tu auras en mère aimante quatre enfants dont aucun ne te survivra. Tu es la muse du romantisme. Les grands poètes te lisent et t’admirent. Ta poésie est le miracle d’un don exceptionnel car tu as fait peu d’études. Tu as chanté «comme l’oiseau chante» selon le mot de Sainte-Beuve, avec une émouvante sincérité. Tes mots sont ceux d’un cœur touché par la grâce d’un élan mystique. Ta peine est la nôtre parce qu’elle nous est proche comme les sentiments et les émotions que tu nous fais partager, qu’il s’agisse de ton attachement au pays natal, de ta tendresse brisée de mère ou de ta sensibilité de femme blessée dans son amour.

42. Alphonse de Lamartine  (1790 - 1869)
On le sait : Flaubert haïssait «les embêtements bleuâtres du lyrisme poitrinaire» que tu nous as couchés sur le papier de tes mélancolies nocturnes et bucoliques ! Sensible, tendre, après une intrigue à Naples avec une Graziella idéalisée, dénommée Antoniella, tu rencontres au cours d’une cure à Aix-les-Bains Julie Charles que tu retrouves à Paris mais très malade, la blême Julie ne viendra pas l’été suivant roucouler au bord des eaux où tu l’attends en vain... Ainsi naît le Lac, un chef-d’œuvre d’amour pour «Elvire» dont la publication dans les Méditations Poétiques t’assure une célébrité immédiate !
    «Qui de nous, Lamartine, et de notre jeunesse,
    Ne sait par coeur ce chant des amants adoré,
    Qu’un soir au bord d’un lac, tu nous as soupiré ?»

... comme t’écrit élogieusement Musset ! Qui est Elvire sinon la femme idéalisée, une Graziella mâtinée de Julie, la Cassandre de Ronsard ou l’Eva de Vigny ! Mais un malheur en appelle un autre : lors d’un voyage en Orient, la fille que tu as eue d’une union avec Marianne Eliza Birch meurt de phtisie à l’âge de dix ans. Tu fais parallèllement à ta carrière littéraire une carrière politique : député pendant vingt ans, Ministre des Affaires Etrangères d’un gouvernement provisoire mais es battu aux Présidentielles derrière Napoléon Bonaparte. Tu es ruiné. Malgré un travail de forçat dans l’écriture, tu es obligé de vendre tes biens dont la maison de Milly où tu as passé ton enfance. Tu ne recevras une rente à titre de récompense nationale que 32 ans plus tard, soit 2 ans avant ta mort. Ta vie n’a pas été bien gaie, tes espérances souvent déçues et pourtant l’espoir, le rêve mais aussi l’action, les idées généreuses comme ton refus de voir le mal ont été, tout au long du chemin suivi, tes fidèles compagnons de route. Ne pleure pas, Alphonse, on t’aime ! On t’aime pour la limpidité de ton style, pour la musique suave de ta langue, pour ton amour de la nature, pour la beauté de tes prières amoureuses, pour la noblesse de tes pensées et enfin pour tes émotions et tes larmes parce que leur sincérité quelquefois un peu niaise est une fleur d’innocence dans notre champ de cynisme !  On t’aime pour la façon dont tu as «spiritualisé la nature, l’homme, ses passions, le rêve lui-même» comme l’écrivait José Maria de Hérédia. «Il a des départs prestigieux» disait Gide en parlant du Lac et du Vallon, «mais son essor atteint aussitôt son plafond» et concluait avec une tendre férocité : «Dans le flasque, c’est encore ce qu’on a fait de mieux !» Oui, le chantre élégiaque d’Elvire a composé pour nous, sur fond de nostalgie, un hymne magnifique à la nature et à l’amour. Mais il était aussi un diplomate, un ministre, un orateur de grand talent qui est descendu dans l’arène du réel et s’est préoccupé du sort des hommes de son temps :
    «Frère, le temps n’est plus où j’écoutais mon âme...
    Puis mon cœur, insensible à ses propres misères
    S’est élargi plus tard aux douleurs de mes frères...»

Un «grand dadais» comme toi, pour reprendre le mot injuste et cruel de Chateaubriand, du genre «Cigogne-larmoyante» dixit Lautréamont qui en a pour tout le monde, on se le garde pour relire les pages divines de sensibilité de ses poèmes lyriques où plane l’aura des femmes aimées et ces mots que peut-être tu as murmurés, le crucifix d’Elvire à la main :
    «J’ai vécu pour la foule et je veux dormir seul !»

43. Alfred de Vigny  (1797 - 1863)
Toi non plus, tu ne respires pas une immense gaieté ! Les faits semblent justifier le côté sombre de ton dandysme intellectuel, le pessimisme à tout crin de ton esprit et ta délectation apparente à faire l’éloge des souffrances humaines ! «La vérité sur la vie, c’est le désespoir !» t’exclames-tu. Ce sera aussi la conclusion des Fleurs du mal. Tu es issu d’une famille noble de militaires, seul survivant de quatre enfants. Après une enfance malheureuse au collège, tu gardes de ton éducation le culte de l’honneur et un penchant pour le stoïcisme. D’ailleurs, n’écris-tu pas :
    «Gémir, pleurer, prier, est également lâche.»
Vite déçu par le métier des armes, tu utilises fort à propos des années de garnison pour écrire «Stello» et  «Servitude et Grandeur militaires». Après ta démission désenchantée de l’armée, commence le temps des rencontres ! C’est tout d’abord à Delphine Gay, ravissante collaboratrice de la Muse française, que tu dédies tes Poèmes antiques et modernes. Une mère austère brise net cette idylle qui tournait au projet de mariage ! Peu après tu épouses pour convenances familiales Miss Lydia Jane Bunbury, fille du gouverneur de la Jamaïque. Cette jeune personne ne parlait pas notre langue et ne s’intéressait guère à la littérature ! Pourtant tu soignes avec abnégation cette créature souffreteuse pendant trente-cinq années d’union en te réservant pour l’écriture «le calme adoré des heures noires». Enfin, c’est la rencontre avec Marie Dorval, comédienne d’une grande beauté et d’un charme fou, qui ne laissait pas insensible George Sand éclectique à plus d’un titre, avec laquelle tu connaîtras les délices et les malheurs des grandes passions romantiques ! Est-elle l’Eva mystérieuse de la Maison du berger ? L’ordinaire, le commun, l’obscur, le laborieux côtoient dans tes vers l’incomparable. Si l’on ne te tient pas rigueur de ton pessimisme, de ton goût profond pour le désespoir «Mais le ciel reste noir et Dieu ne répond pas !», on ne peut qu’être admiratif devant la majestueuse beauté de la Maison du berger. Si ce texte traite du rapport de l’homme à la nature indifférente et cruelle, il est aussi un hymne des plus purs et des plus émouvants à la femme. C’est la raison pour laquelle il a toute sa place dans le grand chapitre de l’amour.

44. Victor Hugo  (1802 - 1885)
Monsieur Hugo, vous êtes un cas. Franchement, vous dérangez ! Trop, c’est trop ! Je parle de génie évidemment. Certes, vous prévenez: dès l’âge de quatorze ans, vous écrivez sur votre cahier de classe : «Je veux être Chateaubriand ou rien !» On préférerait vous critiquer un peu, vous faire descendre du piédestal où votre effrayante virtuosité et votre mégalomanie, assez compréhensible, il faut l’avouer, vous ont hissé, histoire de vous ramener à un niveau honnête de grand écrivain ! Les malheurs n’épargnent pas votre vie : votre frère est interné à la suite de votre mariage avec Adèle Foucher. Votre premier fils meurt à la naissance. Votre fille Léopoldine se noie à dix-neuf ans avec son mari à Villequier. Votre autre fille deviendra folle après une liaison malheureuse. Il y a comme un petit grain dans la famille. Et pourtant, malgré ces blessures, votre vie est triomphale : 83 ans d’exis­tence, toutes les réussites dans le métier d’écrivain, tous les honneurs littéraires (succès, Académie) et politiques (député, sénateur, pair de France), toutes les amours Adèle Foucher, Juliette Drouet, etc., et toutes les passades dont on s’abstiendra ici de faire, comme vous, la comptabilité ! Enfin, une mort enviée avec un deuil national, une marche au pas de l’Arc de Triomphe au Panthéon et un sommeil de rêve car «La voix d’un peuple entier le berce en son tombeau !». Poète épique, vous êtes le maître incontesté de l’invention verbale, de l’évocation dans la puissance et le sublime, projeté en avant par la violence d’un souffle créateur ! Poète lyrique, vous être le maître de l’émotion, le pourvoyeur sensible des «vers de l’intérieur de l’âme». Vous êtes un chef, un visionnaire, un précurseur, le créateur d’une langue nouvelle ! «Sa puissance objective» écrit José Maria de Hérédia «est telle qu’il matérialise l’idée. Il fait toucher l’impalpable, il fait voir l’invisible.» Tremblez, auditeurs : «L’oeil était dans la tombe et regardait Caïn !» Enfin, vous êtes un adorable grand-père !!!  Citons quelques-unes de vos œuvres poétiques : «Odes et Ballades», «Feuilles d’Automne», «Chants du Crépuscule», «Les Voix Intérieures», «Les Rayons et les Ombres» et composées pendant vos dix-huit années d’exil : «Châtiments», «Les Contemplations», «La Légende des siècles» sans parler de votre théâtre et de vos romans ! Ouf ! Monsieur Hugo, pardonnez-moi de préférer à la suffisance de votre génie déferlant, à vos sublimes mais souvent pompeux et ronflants alexandrins :
    «Ce siècle avait deux ans, Rome remplaçait Sparte,
    Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte...»

de préférer donc, à votre verve éclatante, démesurée, le charme ineffable de petites pièces aux mots simples qui reflètent les «mémoires d’une âme» où l’émotion est in­tense, le souvenir charmant, la sensualité à fleur de peau. Toutefois, cette anthologie ne pouvait pas ne pas inclure un extrait de «Booz endormi» et «A quoi songeaient les deux cavaliers dans la forêt» qui est l’illustration de la pensée hugolienne fondée sur la thèse et l’antithèse et puis «La légende de la nonne» si joliment interprétée par G. Brassens et quelques poèmes à votre petite Jeanne où la sensibilité d’un fabuleux grand-père ne peut qu’attendrir les jeunes mamans ! Enfin, pouvais-je écarter les vers poignants de simplicité et d’émotion que le malheur de la mort de votre fille Léopoldine fait sourdre au bout de votre plume :
    «Demain dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
    Je partirai...»

Merci , Monsieur Hugo, de nous faire partager l’histoire grandiose et misérable des hommes comme celle de votre âme qui se cherche en cherchant Dieu, tout en restant si proche de nous par cette qualité d’émotion et cette sensibilité au malheur comme à la beauté. Transportez-nous encore dans vos rêves et vos souvenirs où se mêlent la vie, le bonheur, l’amour, la souffrance et le deuil !

45. Charles Sainte-Beuve  (1804 - 1869)
Poète romantique, romancier mais surtout brillant historien et critique littéraire, professeur à l’Ecole normale, sénateur, académicien. Charles publie les «Poésies de Joseph Delorme», poète timide à son image et plus tard un recueil de poèmes proches de la vie quotidienne peignant des scènes de ville véridiques. Charles partage une mélancolie feutrée, une grâce de sentiments retenus - on est loin ici des inondations lacrymales des grands romantiques - mais il semble qu’il garde en lui une solitude d’âme intérieure et n’atteint jamais les envols lyriques de Musset, l’incomparable hauteur de Vigny ou la virtuosité de Hugo.

46. Félix Arvers  (1806 - 1851)
Je ne sais plus qui a dit : «Il n’y a pas de grands poètes, il n’y a que de grands poèmes!» Félix, poète romantique, il t’a suffi d’un sonnet pour assurer la célébrité d’un secret d’amour: «Mon âme a son secret, ma vie a son mystère». Peut-on avouer au monde que tu aimais Marie Nodier, fille du Charles de même nom, talentueux bibliothécaire de l’Arsenal, dont le salon était ouvert aux artistes de son temps ?
    La tête coquette et fleurie
    De Marie
    Brillait comme un bluet mêlé
    Dans le blé

... chantait Musset qui lui aussi brillait dans les salons ! Ainsi donc, la jolie Marie, en charmante compagnie, poussait la romance en s’accompagnant au  piano sous l’œil douloureux du timide Félix ! Sut-elle jamais quel chef-d’œuvre de sonnet et quelle fièvre pour elle se cachaient sous tes prunelles ardentes de poète ?

47. Gérard de Nerval  (Gérard Labrunie)  (1808 - 1855)
Une vie qui débute mal et finira de façon pire ! Ta mère décède à l’âge de tes deux ans et ton père militaire est absent pendant ta petite enfance. Tu te lies d’amitié notamment avec Théophile Gautier durant tes études et surtout rencontres Jenny Colon dont tu tombes follement amoureux et que tu sublimeras après sa mort, dans une merveilleuse confusion de l’esprit, jusqu’à en faire une figure mythique, une image de rêve de la femme où se mêlent la pureté de la Vierge et le visage imaginaire d’une mère qui t’a tant manqué. Une première crise de folie te conduit en clinique. On dit que tu te promenais, nu comme un ver, en plein Paris à la poursuite de je ne sais quel fantasme spirituel ! Le goût des voyages t’amène en Orient où tu composes «Le voyage en Orient»,«Les Filles du feu», «L’angélique» et les douze sonnets des chimères portant en eux les secrets des puissances occultes et d’une magie aux portes de la folie et du sacré. Commence ensuite une fin de vie misérable, ponctuée de séjours en clinique où tu composes encore «Aurélia» jusqu’à l’aube du 26 janvier où on te re­trouve pendu dans une ruelle près du Chatelet.
    «Je suis le Ténébreux - le Veuf - l’Inconsolé...»
Poète à part, grand prêtre des magies de l’Orient, tu laisses à la postérité quelques vers superbes, empreints d’un lyrisme contrôlé. Parmi tes fleurs et tes plantes, frissonnent la mort, les mystères de la vie et les souvenirs sublimes et imaginaires d’une «chanson d’amour qui toujours recom­mence...»

48. Alfred de Musset  (1810 - 1857)
Alfred, on t’aime bien. Pour les vers du dandy romantique un brin impudent que tout le monde connaît ! Ah ! gâté, tu l’es par la naissance, la famille, le talent, la beauté et l’aisance ! Franchissons quelques étapes car j’ai hâte de parler de ta grande histoire d’amour ! Enfin vint ce «cher George», «la femme Sand» selon l’expression de Baudelaire qui la détestait ! Avec elle, tu as tout connu... Le septième ciel embrasé, les filles pour frasques auxquelles tu soumettais tes besoins impérieux quand ton «cher George» était malade sur le chemin de Venise ! Puis à Venise même, quand à ton tour tu as été alité, la science médicale du bon docteur Pagello ne s’est-elle pas effacée pour satis­faire les gloutons intermèdes du «cher George» ? Curieux et dramatique amour inspirant à ta maîtresse le courrier suivant : «cher ange, fais ce que voudras... sonnets, poèmes, parle de moi comme tu l’entendras. Je me livre à toi les yeux bandés. Et elle ajoute un peu plus loin comme preuve irréfutable de leur intimité : «Je ne me porte pas très bien. L’air de Venise est éminemment coliqueux et je vis dans des douleurs d’entrailles continuelles...» Des déchirements de cet amour jaillit un chef-d’œuvre de lyrisme : «Les Nuits» où tu dialogues avec ta muse et dont tant de vers restent sur nos lèvres! Pourtant, «Poète, prends ta lyre et me donne un baiser !» a pris un coup dans l’aile ! L’emphase mélodramatique de «Rien ne nous rend si grand qu’une grande douleur» ou «Les plus désespérés sont les chants les plus beaux» semble être passée de mode ! Le monde actuel plutôt cynique et ricaneur se prête mal aux pleurnicheries romantiques :
    «Ah! laissez-les couler, elles me sont bien chères
    Les larmes que soulève un cœur encor blessé !»

Tant pis, je le dis sans honte, j’aime Les Nuits ! J’aime l’éloquence sensible de ta plume, le développement des thèmes qui se terminent en fanfare sur des vers légèrement déclamatoires ou sur le mode de la confession à toi-même dans des vers fragiles de beauté et si joliment rythmés :
    «Je me dis seulement : A cette heure, en ce lieu,
    Un jour, je fus aimé, j’aimais, elle était belle.
    J’enfouis ce trésor dans mon âme immortelle
    Et je l’emporte à Dieu !»

On te doit aussi de multiples chansons, pleines de fraîcheur et de gaieté. Ta vie comblée de succès amoureux (des comédiennes Rachel, Allan à Louise Collet et combien d’autres encore !) et littéraires s’achève tristement dans la boisson et la luxure. On garde en nous tes Nuits d’amour et de tristesse. On se prend à rêver dans les brouillards du soir au pélican qui apporte son cœur à ses petits affamés comme l’a fait si bien le poète que tu es, même si Lautréamont qui joue les purs après le reniement de ses Chants, en parle comme de la «repoussante comparaison du pélican !»

49. Théophile Gautier  (1811 - 1872)
Romantique fiévreux dans sa jeunesse, Théophile compare le poète au pin qu’on saigne pour recueillir sa résine :
    «Il faut qu’il ait au cœur une entaille profonde
    Pour épancher ses vers, divines larmes d’or !»

... mais son penchant sarcastique l’amène bientôt à ironiser à propos de l’impudeur larmoyante des romantiques. Si l’émotion n’est jamais absente de ses vers, elle est retenue. Théophile recherche une pureté formelle exemplaire. L’inspiration doit se plier aux règles. Le Parnasse n’est pas loin. Le poète exalte la beauté plastique de la femme, peint les scènes de la vie, les paysages aimés. On sent un souffle de mélancolie. Au prix d’un long travail, il maîtrise tous les éléments de sa poésie: la lumière, les couleurs, le rythme et la musique. Son chef-d’œuvre est «Emaux et Camées» publié en 1852. Théophile croit plus que tout à la prééminence de l’art pour l’art qu’il a érigé en culte. N’écrit-il pas :
    «Tout passe. L’art robuste
    Seul a l’éternité. »

50. Charles-Marie-René Leconte de Lisle  (1818 - 1894)
Breton d’origine mais né à la Réunion. Il s’installe à Paris en 1845 après des études de droit à Rennes. Tout au long de sa vie, son pessimisme ne fera que se creuser, ses désillusions se multiplier. La flore luxuriante et sauvage de l’île de la Réunion n’est pas la sereine nature Lamartinienne «qui t’invite et qui t’aime». Enfant, elle l’épouvante par son exubérance, elle lui parait ensuite indifférente, voire hostile. Sur le plan politique, Charles-Marie rêve en bon républicain, d’une société plus juste et plus humaine, ainsi est-il saisi d’une grande déception lors des évènements qui suivent la révolution de 1848. Enfin, il cherche un dieu et sombre dans l’anéantissement des «Poèmes Antiques» publiés en 1852 puis dix ans plus tard dans ceux des «Poèmes barbares» : les dieux sont morts, les religions ont disparu, la destinée humaine est apocalyptique. On traverse dans l’histoire de l’humanité «le champ clos immense de la haine». On prend conscience avec lui de «l’horreur d’être un homme». Charles-Marie est un des maîtres du Parnasse. Sa langue est pure, rigou­reuse, son vocabulaire précis. C’est un obsédé de l’art grec et de la perfection de l’expression. Pas de confidence sur le mode romantique: les sentiments sont tus et s’effacent devant l’angoisse que font sourdre en lui ses visions de la laideur du monde. Seule la sagesse hindoue faite de renoncement lui paraît encore enviable. Charles-Marie aspire à «la paix impossible des morts».

51 Charles Baudelaire  (1821 - 1867)
Un bon élève à Louis-le-Grand, j’allais dire comme tout le monde, puis une espèce de dandy rebuté par le «travail», écœuré par la société comme le monde bourgeois se plaît à en fabriquer de temps à autre ! S’ensuivent de chaudes fredaines avec une certaine Sarah la Louchette puis dans les hallucinations de la drogue de brûlants ébats avec Jeanne Duval, une superbe mulâtresse ! Enfin, c’est d’une comédienne nommée Marie Daubrun puis de Mme Sabatier qui tient salon à Paris dont il tombe amoureux, si le terme lui sied ! Sans doute est-il devenu depuis longtemps déjà la bête noire de sa famille qui l’a placé sous tutelle. Une attaque d’hémiplégie met une triste fin à sa vie. Oui, Charles, en plus d’être l’immense poète de la transition, tu es aussi un polémiste redoutable, un critique d’art d’une intuition exceptionnelle, le génial traducteur d’Edgar Poe. Tu as accompagné le romantisme sur son lit de mort avec la misère de ta vie, et la splendeur des Fleurs du mal. A la verve romantique issue du cœur: «Ah ! Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie !» comme s’exclamait Musset, tu as substitué les sentiments raisonnés, revus et corrigés par la tête. Tous tes vers pris un à un ne sont pas magiques mais l’ensemble est d’une qualité extraordinaire. Même si ta vie est marquée par la souffrance, le désespoir et les désillusions, le rejet de la famille et des valeurs traditionnelles, il te reste l’attirance et le vertige de l’insaisissable : «J’aime les nuages, les nuages qui passent...là-bas... les merveilleux nuages !» Oublie, si tu veux bien ta contemplation céleste d’un court moment et baisse la tête vers «l’immonde cité» où tu rôdes au milieu des fleurs, des senteurs, des passantes aux yeux livides «où germent l’ouragan», de la luxure et des tombeaux qui heureusement «toujours comprennent les poètes» sous les beaux yeux de ton chat «mêlés de métal et d’agate !» C’est à peine si la bouffée de fraîcheur du «vert paradis des amours enfantines» vient refroidir les ténèbres brûlantes de tes voluptés infernales, de tes cauchemars éveillés où la beauté et les idéaux côtoient l’obsédante idée de la mort. Toi qui n’as pas connu la gloire de ton vivant, longtemps, longtemps encore, crois-moi, le monde trouble et ténébreux de tes poèmes, plus proche de Satan que de Dieu, hantera les esprits avides des Fleurs du mal.

52. Octave Crémazie  (1827 - 1879)
Poète québécois, partagé entre le patriotisme et le souvenir de la France, il doit son heure de célébrité aux événements historiques de son temps chantés d’une façon assez conventionnelle plus qu’à sa poésie d’inspiration romantico-parnassienne. Il a aussi oeuvré pour donner une identité à la littérature québécoise. N’oublions pas que les Canadiens français qui revendiquaient une république canadienne française furent traités après la révolte des Patriotes (1837 - 1838) de «Peuple sans histoire et sans littérature». Il faudra attendre seize ans après la mort de Crémazie pour que soit fondée l’Ecole littéraire de Montréal.

53. Jean-Baptiste Clément  (1837 - 1903)
En hommage à ton intemporelle chanson «Le temps des cerises» qu’en chansonnier talentueux et socialiste engagé, tu dédias à ta fille le 28 mai 1871, juste après la «semaine sanglante» de la Commune.

54. Sully Prudhomme  (René François Armand Prudhomme) (1839 - 1907)
Une autre existence tristounette ! Notre homme perd son père à deux ans. Lui-même de santé fragile grandit entre une veuve abattue et une sœur âgée. Une ophtalmie l’oblige à renoncer à Polytechnique et notre rationaliste au cœur tendre traverse alors une crise religieuse. A un ami de passage qui l’interroge sur ses activités, il répond en poète philosophe: «Je cherche une définition de l’homme !» En raison d’une hypersensibilité maladive, Sully garde au cœur une blessure d’amour que lui a infligé une petite compagne de jeux dont il est resté amoureux.
    «Peut-être la croyez-vous morte ?
    Non. Le jour où j’ai pris son deuil
    Je n’ai vu de loin ni cercueil
    Ni drap cloué devant sa porte».
Et il ajoute : «Les ruines d’un amour ne se réparent jamais.» Ses oeuvres traduisent les drames intimes, le questionnement philosophique et les doutes d’une âme noble, portée à la mélancolie. Il s’engage en 1870 après que plusieurs deuils familiaux l’aient profondément affligé. Il est peu après atteint de paralysie et ne retrouvera ses forces que partiellement, il se refuse donc à fonder une famille. Sully a jadis collaboré au «Parnasse Contemporain» et conserve de cette école outre la vertu du vers, une expression claire, ordonnée, un formalisme classique. Doué d’un intérêt d’homme de science et d’homme de lettres, il a souffert du doute métaphysique, ce qui explique que jusqu’à la fin de sa vie, bien que comblé d’honneurs (Académicien, lauréat du premier Grand Prix Nobel de littérature) et rongé par une maladie douloureuse, il ait recherché une certitude qui lui apporte la paix et satisfasse «à la fois son cœur et sa raison».

55. Stéphane Mallarmé  (1842 - 1898)
Ta poésie est abstraite, abstruse, à soumettre de toute urgence à l’exégèse, «intraduisible même en français» selon le mot de Jules Renard ! On me dit que tu es beau parleur et que tu reçois souvent chez toi à Paris les poètes et grands écrivains de ton temps. Ni la gloire ni l’argent n’ont compté dans ta vie. Ce n’est pas ta poésie parfois proche, entre deux images lumineuses, de «l’absence de signification», ni ta carrière de professeur d’anglais qui pouvaient t’apporter la notoriété et la fortune. Esthète métaphysique, idéaliste toujours à la recherche d’une expression plus épurée dans son mystère, dépouillée de toute liaison, de toute transition jusqu’à l’inintelligibilité, fugitive jusqu’au mutisme, tu deviens le maître à penser des jeunes symbolistes. C’est vers 1886 alors que la perfection parnassienne n’est plus au goût du jour que Verlaine et surtout Huysmans dans «A rebours» fait l’éloge de ton oeuvre. Esotérique, accessible aux seuls initiés, ta poésie, comme tu l’écris si bien «te tient lieu d’amour, parce qu’elle est éprise d’elle-même et que sa volupté retombe délicieusement en ton âme !».

56. José-Maria de Hérédia  (1842 - 1905)
La France, as-tu déclaré dans ton discours de réception à L’Académie Française est «la patrie de mon intelligence et de mon cœur. Je l’ai aimée dès le berceau.» Fils d’un père espagnol et, comme cet aveu le laisse présager, d’une mère française, José-Maria, en élève studieux ne tardera pas à suivre «l’excellence des préceptes et des conseils» de Leconte de Lisle. Ses poèmes sont réunis dans un seul recueil : «Les Trophées» publié en 1893. Sous forme de sonnets, il puise son inspiration parmi les héros et les dieux dans l’Antiquité grecque et romaine, l’Orient, le Moyen Age, la Renaissance, etc. Ses vers reconnaissables entre tous ont une somptuosité presque artificielle, l’éclat des fanfares, des couleurs magiques. Le style est clair, précis comme celui de son maître. Les sentiments sont retenus mais l’émotion nous guette au détour d’un vers car de façon délicate, José-Maria suggère l’inexprimable avec lyrisme ou dépose avec une sensibilité toute humaine comme une touche de sensualité sur ses évocations.

57. François Coppée  (1842 - 1908)
«Peut-être ai-je été un très insuffisant serviteur de la poésie, je demeure au moins un des plus fidèles» as-tu écrit quarante ans après la publication de ton premier recueil. Tu as partagé et encensé les valeurs bourgeoises de ton temps et connu le succès et les honneurs. En moralisateur, tu as fait étalage de bons sentiments et l’apologie du patriotisme, de la foi, de la morale, de la vertu, des institutions comme la famille et le mariage. Le sort des humbles, c’est vrai, t’a inspiré de la compassion. Ta poésie est versifiée, sans éclat particulier, prend sa source au Parnasse mais évolue vers un réalisme lyrique de la vie populaire. De la sensibilité, de l’émotion parfois mais on a plus souvent l’impression d’écouter une rengaine charitable, bien comme il faut, que d’entendre un chant ou des cris vraiment personnels. Bref, de temps à autre, on se prend à chercher un homme en proie aux faiblesses et aux doutes. On jalouse quelque peu l’âme naïve et tendre qui nous fait cette confidence :
    «Mon coeur s’émeut enfin...
    Et tout en pleurs, tendant mes deux mains vers la Croix,
    J’ose dire: « Mon Dieu, je vous aime et je crois !»

58. Charles Cros  (1842 - 1888)
Méridional, amuseur extravagant des «Hydropathes», des «Hirsutes», des «Zutistes» et des «Jemenfoutistes», groupes on s’en doute de la bohème littéraire, humoriste à l’œil aux «lueurs gavrochardes», joyeux drille du salon de Nina de Villard, sa compagne, Charles Cros, le surdoué, savant de son état, inventeur, professeur de chimie, érudit, ami des impressionnistes et des poètes de son temps, trouve encore le temps d’écrire de la poésie d’inspiration parnassienne ! C’est dans son «Coffret de Santal» qu’il cache, me semble-t-il, sa solitude de poète, sa sensibilité sous un masque léger d’humour et une délicate sensua­lité.

59. Paul Verlaine  (1844 - 1896)
Salut Verlaine ! Si je suis émerveillé par ton goût presque précieux du vers travaillé, par ton lyrisme adolescent, par les libertés merveilleuses que tu prends avec la langue : «Il pleure dans mon cœur...», par ton nom de poupée en porcelaine qui «ouvre son âme dès qu’on la couche», je me demande comment une telle pureté musicale, une telle nostalgie naïve, de si poignants appels au souvenir «des voix chères qui se sont tues», bref comment tant de beauté peut sourdre d’un homme violent, ignoble, dépravé, battant sa mère, brutalisant sa femme même enceinte et recherchant dans l’absinthe et les beuveries courage et consolation avant la ferveur du repentir ? Des études secondaires quelconques font suite à une enfance joyeuse. Jeune rond-de-cuir à l’hôtel de ville, il apprend la mort de son père et d’une cousine qui lui est chère. Déjà ivrogne et débauché, il bat un peu sa mère puis épouse Mathilde, une petite bourgeoise de seize printemps, de dix ans sa cadette. Moins d’un an après, un ange et un démon font irruption dans leur vie de couple : ils se nomment Arthur Rimbaud ! Ils font fuir ta femme et ton fils jeune de quelques mois. Ainsi débute une folle et orageuse passion qui s’achève dans le sang ! Le jeune Arthur essuie deux coups de revolver qui valent au «Pauvre Lélian» anagramme de tes nom et prénom, autant d’années de prison et un repentir sincère ! Au Seigneur, n’écrira-t-il pas :
    «Oserai-je adorer la trace de vos pas
    Sur ces genoux saignants d’un rampement infâme ?»

Ah ! il n’est pas le premier voyou en poésie à faire preuve de piété tardive ! Rappelons-nous Villon : «Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !» Après les «Poèmes Saturniens», les «Fêtes Galantes», c’est le chef-d’œuvre des «Romances sans Paroles» de ses jeunes années. L’inspiration religieuse présente dans ses dernières oeuvres ne l’empêche pas d’élever un hymne à l’amour charnel dans les vers les plus crus. Il s’est fait agriculteur, professeur, congédié peu après pour ivrognerie, il dépose le bilan de son entreprise agricole, redevient professeur, entretient chez les Jésuites une liaison avec un de ses élèves  qui reviendra mourir dans ses bras, il écrit, il boit, il rachète une petite ferme dans le nord pour s’enfoncer tranquillement dans la dépravation, il étrangle encore un peu sa mère et retourne en prison. Il est bien seul et sans le sou. Sa mère finit par mourir sans son aide, sa femme s’est remariée, on la comprend ! Le «Pauvre Lélian» erre de prostituée en prostituée tout en commençant à entrer dans une ère de gloire et à être souvent sollicité pour des conférences. On le lit, on l’acclame et puis il meurt en plein hiver dans la chambre miteuse d’une certaine Eugénie sous un concert de louanges... Barrès lui-même fera son éloge funèbre !

60. Tristan Corbière  (Edouard Joachim Corbière )  (1845 - 1875)
Breton, fils d’un capitaine au long cours, poète «tondu, sans aile, rossignol de la boue» selon tes propres termes, déformé et enlaidi très jeune par des rhumatismes articulaires, rongé plus tard par la phtisie, tu publies à compte  d’auteur «Les Amours jaunes» en 1873. A partir de 1883, Verlaine, Huysmans et Laforgue te couvriront de louanges. Enfiévré de désirs, assoiffé de beauté, Tristan qui a baptisé son chien du même nom - voyez comme il s’aime ! - se défend de sa détresse physique et morale et du désespoir par un humour grinçant et un lyrisme  entrecoupé de sarcasmes, de meurtrissures, de ricanements. Le rythme est haché, désarticulé; le vers se contorsionne sous des vagues de hargne brutale  ou s’étale sous un flux d’apitoiement éphémère. Il est mort inconnu, rejeté de tous et surtout de lui-même, en ouvrant lui aussi la voie à l’écriture surréaliste.

61. Le Comte de Lautréamont  (Isidore Ducasse)  ( 1846 - 1870 )
Fils brillant et matheux d’un diplomate basé en Uruguay, Isidore est envoyé en France dans l’espoir paternel de faire Polytechnique. Isidore est un passionné de lecture et de sciences. Il dévore les Anciens et les modernes. A vingt-deux ans, il fait paraître à ses frais le premier des Chants de Maldoror sous le nom de Lautréamont tiré du roman d’Eugène Sue intitulé «Latréaumont». L’année suivante, soit en 1869, il achève les cinq autres chants. Un éditeur belge accepte de les publier mais affolé par la violence de l’œuvre en suspend la diffusion. C’est un jeune homme sérieux «Je n’ai jamais pu rire quoique plusieurs fois j’ai essayé de le faire. C’est très difficile d’apprendre à rire...» triste et pâlot menant une vie calme et rangée, qui jette dans l’histoire littéraire une bombe devançant et allant plus loin encore que «Les Illuminations» rimbaldiennes. Les «Chants de Maldoror» sont puisés dans l’inconscient et annoncent l’écriture automatique des Surréalistes qui, les premiers, encenseront Lautréamont cinquante ans après sa mort et feront de lui leur idole! Les chants dont il reconnaît avoir «un peu exagéré le diapason» sont l’apologie du mal, la révolte contre l’ordre établi, contre les institutions, contre l’Eglise et les tabous, contre Dieu, dans un univers peuplé d’animaux fantastiques, d’images fulgurantes, de visions, d’obsessions où rare est la pitié. Le style emphatique, flamboyant est aussitôt raillé ou traité par la dérision: «Ma poésie ne consistera qu’à attaquer, par tous les moyens, l’homme, cette bête fauve, et le créateur, qui n’aurait pas dû engendrer une pareille vermine.» Le fragment lu est un extrait du Chant Deuxième, cœurs sensibles, s’abstenir ! En 1869, il écrit: «J’ai renié mon passé, je ne chante plus que l’espoir !» «... Oui, je veux proclamer le beau sur une lyre d’or, défalcation faite des tristesses goitreuses et des fiertés stupides qui décomposent, à sa source, la poésie marécageuse de ce siècle» et fait publier ses «Poésies» sous le nom de Ducasse. On ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec Rimbaud dont le reniement prendra la forme d’une fuite. Après l’apologie de la haine et du mal “pour faire désirer au lecteur le bien comme remède…” voici un plaidoyer outrancier de toutes les vertus ! Quelle est la nature de cette conversion ? Est-ce de la mystification ou de la folie ? Isidore meurt le 24 novembre à l’âge de vingt-quatre ans. L’acte de décès porte pour seule mention : «Sans autres renseignements». L’épitaphe est de lui, bien sûr :
    «Ci-git un adolescent qui mourut poitrinaire... ne priez pas pour lui !»

62. Maurice Rollinat  (1846 - 1903)
Poète parnassien de la nature et de ses mystères mais aussi  poète macabre des «Névroses» inspirées par les Fleurs du mal» et les contes d’Edgar Poe. Conteur et mime de tes propres poèmes au Chat noir et dans quelques autres cabarets, tu as légué, Maurice, une poésie diverse d’une haute musicalité, tendre comme «la biche qui brame au clair de lune» ou funèbre comme «les notes sépulcrales dignes d’accompagner les hoquets sourds des morts.»

63. Guy de Maupassant  (1850 - 1893)
Avant tout un conteur mais aussi un romancier et un poète à l’occasion. Pessimiste dans l’âme, torturé sans relâche par l’angoisse métaphysique, il meurt jeune en proie aux hallucinations de la folie après douze mois d’agonie. Le poème choisi «Nuit de neige» n’échappe pas à un sentiment de désolation.

64. Germain Nouveau  (1851 - 1920)
Un sort tragique, une longue fin de vie misérable. Natif du midi, Germain s’installe à Paris en 1872. Sans le sou, bohème, il se lie d’amitié avec Rimbaud et fait avec lui une escapade à Londres pendant que «Le pauvre Lélian» purge sa peine dans la prison de Mons. Mais Arthur ne tarde pas à renier son oeuvre et à prendre la fuite pour toujours! Alors, c’est au tour de Verlaine, enfin libéré, de fréquenter Germain. Tout en vouant un culte fou à l’amour, à la femme, à la sensualité, il écrit un recueil de poésie religieuse «La doctrine de l’Amour» qu’il signe Humilis par modestie. Un poste éphémère de professeur de dessin lui assure quelques subsides tandis que les charmes de Valentine Renault l’enfièvrent et lui insufflent la verve érotique et quelquefois perverse des «Valentines»!  On se perd entre un poète qui chante Dieu avec exaltation et les jouissances charnelles avec autant de fièvre ! Atteint en 1891 d’une crise de délire mystique, Germain est interné à Sainte-Anne puis à Bicêtre à l’âge de quarante ans. Les trente dernières années de sa vie seront misérables. Il appelle au secours ! Mais Rimbaud à qui il écrit est mort depuis deux ans. En vagabond, il erre de ville en ville, portant sa liberté comme une croix. Qui sait encore qui il est, ce poète sans gloire, cet homme déchu et oublié de tous ? Il vit de la charité publique et fouille dans les poubelles. Il écrit encore: «Avec leur infâme loi de Mendicité... et de Vagabondage... ils me déshonorent aux yeux de mes parents... mais je préfère ma place, si mauvaise qu’elle soit, à la leur.» On retrouvera ce vrai poète allongé mort sur un grabat dans sa ville natale.

65. Arthur Rimbaud  (1854 - 1891)
Qui es-tu Arthur, un fugueur, un révolté, un mystique, un voyant, un aventurier? Quelle énigme as-tu emporté dans ta tombe littéraire à l’âge de vingt et un ans? Tu es né à Charleville d’une mère conservatrice et sévère, d’un père militaire épris d’aventures au point d’abandonner bientôt femme et enfants. Elève brillant mais révolté, tu prends en haine le conformisme bourgeois et politique, le milieu clérical, le monde du travail, la civilisation européenne. A seize ans, tu fugues : crise d’adolescence ? Chamboulement des esprits dus à la guerre ? Refus de Banville d’imprimer tes premiers poèmes ? G. Izambard, ton professeur de rhétorique, te sort de prison où t’a conduit une simple absence de billet… A dix-sept ans, tu refugues ! Retour à Charleville ! Peu après, tu découvres et éblouis Verlaine par tes vers. Tu invectives les vieilleries poétiques, notamment la prose rimée, irrites les Parnassiens et inventes la couleur des voyelles. Commence alors ta folle cavale amoureuse avec Verlaine qui s’achève par deux coups de revolver et de légères blessures ! De retour dans les Ardennes, tu achèves le produit de tes voyances : une «Saison en enfer», prélude aux «Illuminations» d’un monde imaginaire aux images hallucinatoires, finalement détruit, écroulé, éclaté et proposé en solde : «A vendre les Corps, les voix...» où la parole privée de tout espoir va  bientôt toucher au silence. A vingt et un ans, Rimbaud a cessé d’écrire ! Sauf des lettres, des tableaux, des inventaires ! L’œuvre et le poète sont désavoués : «Je est un autre!» «Il» mène alors une vie d’aventurier, tour à tour soldat, déserteur, chef de carrière, recruteur de mercenaires, employé dans l’administration d’un cirque, employé de maisons de commerce, vendeur d’armes, explorateur ! Ses terres d’aventure : l’Europe, l’Asie et surtout l’Afrique ! Bien qu’il ait fait si peu de son vivant pour assurer sa célébrité ou tout au moins se faire éditer, on commence quelques années avant sa mort, sans doute grâce à Verlaine, à entourer le mystère Rimbaldien d’un halo de génie.Une tumeur au genou contractée au Harar se solde par l’amputation de la jambe malade quelques mois après. Le 10 novembre 1891, c’est un aventurier ordinaire qui meurt à l’hôpital de Marseille d’un cancer généralisé pour rejoindre l’aura déjà légendaire d’un génie poétique renié et mort seize ans plus tôt !
    «On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans...»

66. Emile Verhaeren  (1855 - 1916)
Poète belge, né à Saint-Amand près d’Anvers. Après de premiers poèmes truculents sur la terre de Flandre et une crise de désespoir exprimée dans les «Débâcles»  et les «Flambeaux noirs», il fait entrer dans le lyrisme poétique, avec une rare puissance, séduit par l’idéal socialiste, gagné par une foi nouvelle, un hymne à l’ère industrielle, aux usines, aux machines, aux métiers et aux foules ouvrières. C’est le poète de l’énergie ! isionnaire humanitaire, il fait l’apologie de la civilisation et chante sa marche en avant vers un avenir meilleur. Son vers est libre, la syntaxe souvent méprisée, le style emphatique mais une sincérité, une force particulière, une violence parfois sous-tendent l’expression qui sait aussi, à l’heure où commence la Grande Guerre et les jours de malheur s’apitoyer et s’infléchir avec compassion.

67. Jean Moréas  (Johannès Papadiamantopoulos)  (1856 - 1910)
Grec d’origine, Jean Moréas monte à Paris dans sa jeunesse et s’y établit. Il rédige le manifeste littéraire du groupe symboliste dont l’idole est Stéphane Mallarmé. Mais pris, six mois après, semble-t-il, d’une soudaine nostalgie pour sa terre natale et du désir de restituer à la poésie les vertus méditerranéennes de clarté et de rigueur, il trahit ses amis et fonde l’école romane !  Ses recherches l’amènent à revenir aux sources de la Renaissance et Jean s’attache à offrir la perfection formelle et la versification traditionnelle comme support à sa sensibilité maladive. Ses stances donnent la mesure de son talent. Ses vers respirent la grâce d’une émotion contenue.

68. Albert Samain  (1858 - 1900)
Symboliste dans la lignée de Henri de Régnier, Jean Moréas et Jules Laforgue, Albert ne vit que pour la poésie. La sensibilité et la grâce langoureuse de ses vers tout en nuances, baignés d’une fluidité musicale lui valent bien des admirateurs. «Au jardin de l’Infante» puis «Aux flancs du vase» sont ses deux principaux recueils. Alors que le vers libre devient l’usage, Albert se cantonne aux formes traditionnelles avec talent. Une touche de mélancolie flotte sur ses poèmes. Il «rêve de vers doux mourant comme des roses.»

69. Jules Laforgue  (1860 - 1887)
Né en Uruguay où son père travaille, Jules revient en France chez des cousins à l’âge de six ans. A quinze ans, une Marguerite blonde cause à l’adolescent timide un chagrin d’amour. A seize ans, il s’installe à Paris. Sa mère meurt deux ans après et son père malade va vivre en province. Fantaisiste, peu assidu, Jules échoue trois fois au bac, fréquente le monde artistique et devient secrétaire de Charles Ephrussi, le célèbre collectionneur. Il quitte ce poste à vingt et un ans pour celui de lecteur de l’impératrice Augusta en Allemagne. Il y échange une longue correspondance avec Mme Mültzer, poétesse qui tient salon à Paris et dont il est cérébralement amoureux mais l’idylle prend fin dans l’injure: «Je ne vous baise rien, ni le bout des doigts, ni autre chose...» Il s’enflamme aussi pour une «R» à la cour mais Jules est un obsessionnel de la pureté dans l’amour. En fait, il n’aime pas les femmes et ne cache pas une certaine répugnance pour l’amour physique. Malgré l’aisance de sa vie en Allemagne, il ne tient plus en place et au bout de cinq ans décide de rejoindre Paris. Il épouse une Anglaise maigre et rousse, Miss Leah Lee qu’il a connue là-bas et dont il ne voit encore que l’image de la pureté, les autres ne sont-elles pas «toutes des chiennes ?» Atteint de phtisie, en proie aux ennuis d’argent, Jules meurt à vingt-sept ans, soit huit mois après son mariage, entraînant sa compagne à qui il a passé la maladie dans le même triste sort. Ses oeuvres sont marquées par le pessimisme «nous ne serons jamais plus cruels que la vie», son obsession de la mort, sa vision sexuée des femmes qui lui est insupportable, ses désillusions sur Dieu «que n’est-il à refaire !» et par le désespoir qu’il éprouve de se sentir en tout battu d’avance. Que ce soit «Le sanglot de la terre» publié après sa mort ou «Les complaintes» parues en 1885, c’est le même désenchantement. Il se protège de son hypersensibilité par une ironie grinçante. Symboliste certes mais de plus en plus hanté par la libération de la forme et de l’esprit, Jules à l’écoute de l’inconscient est à la recherche de rythmes nouveaux, souvent agressifs. Peu à peu, le style renonce aux carcans, il veut «botter le train au langage» et la créativité de l’auteur éclate alors sur tous les tons d’une palette qui peut allier le grotesque à l’agressivité, le calembour à la pirouette, le mot cru à la formule recherchée et la bouffonnerie aux sanglots !

70. Paul-Jean Toulet  ( 1867 - 1920 )
Paul-Jean, tu es un anti-conformiste, un drogué léger, un romancier et le poète exquis des Contrerimes. Tu es en quelque sorte le précurseur du mouvement fantaisiste marqué par la sincérité de la pensée et le rejet des grands sentiments auquel adhèrent notamment Francis Carco et Tristan Derême. Les «Contrerimes» publiées après ta mort sont un recueil de petites pièces souvent désenchantées, au style aérien et précieux, brodées d’épithètes bien choisies, faisant sourire par leur grâce moqueuse ou rêver dans un instant d’émotion:
«Mourir non plus n’est ombre vaine.
La nuit quand tu as peur,
N’écoute pas battre ton cœur:
C’est une étrange peine.


71. Edmond Rostand  (1868 - 1918)
Auteur de pièces de théâtre d’inspiration néo-romantique, Edmond a l’imagination débordante. Touché par la grâce du style, il sait avec l’adresse des orateurs jouer avec les mots, se montrer à la fois brillant et accessible à tous. Il daigne aussi faire un clin d’œil à la poésie avec les gasconnades de Cyrano de Bergerac et sa fameuse tirade des nez et surtout avec les «Musardises», son recueil de poèmes d’où est extrait «l’Hymne au soleil».

72. Charles Péguy  ( 1873 - 1914)
Poète à part, d’aucun courant, d’aucune école. Ecrivain engagé, socialiste chrétien, disciple de Jaurès, défenseur acharné des libertés, toujours prêt à combattre l’injustice et le conformisme intellectuel: «Il y a  quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise pensée, c’est d’avoir une pensée toute faite». Né à Orléans d’une mère rempailleuse et d’un père menuisier qui meurt peu après ta naissance. Tu fais l’Ecole Normale Supérieure et fondes les «Cahiers de la Quinzaine» au Quartier latin.
Dès 1905, tu luttes contre l’antimilitarisme ambiant et désapprouves l’anticléricalisme du mouvement socialiste. Tu seras tué le 5 septembre à Villeroy sur le front de la Marne à peine plus d’un mois après ta mobilisation. Ignoré de la plupart des grands écrivains de ton temps, tu es aujourd’hui indépendamment de tes talents de prosateur et de critique, reconnu en tant que poète. La démarche obsessionnelle de ton écriture, voisine du piétinement, peut paraître pesante, parfois proche de la facilité, voire du remplissage qui a fait dire à André Gide : «Je range ses alexandrins en général, et en particulier ceux de son Eve si souvent cités et si opportunément loués, parmi les plus mauvais qui jamais aient été bâclés dans aucune langue. La Foi les dicte: il faut la Foi pour les goûter». Pourtant, ne me dites pas que la première strophe d’Eve n’est pas admirable :
    «O mère ensevelie hors du premier jardin,
    Vous n’avez plus connu ce climat de la grâce,
    Et la vasque et la source et la haute terrasse,
    Et le premier soleil sur le premier matin.

Qui ne connaît par ailleurs la présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres :
    «Etoile de la mer, voici la lourde nappe
    Et la profonde houle et l’océan des blés...»

Le processus répétitif est aussi le moyen par lequel la pensée se forme, le sens se précise, la page gagne peu à peu en profondeur et en clarté. On ne peut sous-estimer l’effet de martèlement de la litanie où se mêlent le spirituel et le charnel dans un bouquet de foi, d’espérance et de charité. C’est la structure longue et balancée de l’alexandrin qui sublime ses prières dont la beauté ne peut nous laisser insensibles. Les thèmes récurrents sont ceux de l’amour divin, du salut, de l’innocence et quelquefois de l’amour. Il y a chez Péguy une telle inspiration dans la foi, un tel rayonnement dans la mystique qu’il a offert à la religion peut-être les vers les plus simples et les  plus émouvants de la littérature chrétienne.

73. Alfred Jarry  (1873 - 1907)
Jarry le rebelle, l’homme par qui le scandale arrive - de son vivant - Jarry le docteur Faustroll des «Gestes et Opinions du Docteur Faustroll», le père Ubu d’«Ubu-Roi», «celui qui revolver» selon le mot d’A. Breton, raille l’ignominie du monde en suscitant le rire par l’étalage de la bêtise, de la lâcheté et de la cruauté. La révolte d’Alfred Jarry a bien des similitudes avec celles de Rimbaud (une «Saison en Enfer») et de Lautréamont («Les Chants de Maldoror») mais contrairement à ses illustres prédécesseurs, elle éclate de son vivant dès la première représentation d’Ubu-Roi en 1896. Le poète, affectueux dans la vie semble-t-il, n’aime pas les femmes et à l’image de Maldoror ne dédaigne pas d’inspirer l’épouvante. Précis, rigoureux dans son langage, il pratique avec délice l’humour noir, l’humour féroce, grâce auquel il jette à la face du monde son dégoût de la société dans un guignolesque éclat de rire. Il figure avec Lautréamont, Corbière et quelques autres parmi les précurseurs des mouvements «dadaïste» et «surréaliste».

74. Renée Vivien  (1877 - 1909)
L’œuvre poétique de Renée Vivien est essentiellement consacrée à l’amour des femmes. Evidemment elle fait scandale à cette époque. L’écriture est sensible, passionnée, aux accents quelquefois baudelairiens. La fuite du temps, la précarité des êtres, la souffrance, l’amour et la mort sont les thèmes itératifs de cette poétesse damnée.

75. Guillaume Apollinaire  (Guglielmus Apollinaris de Kostrowitzky) (1880 - 1918)
Bâtard immigré, Guillaume est élevé par une mère instable. Il passe sa prime enfance en Italie puis fait ses études sur la Côte d’azur notamment et se fixe enfin à Paris en 1899. Recalé à son bac, il fait différents métiers : employé de banque, journaliste, critique littéraire, critique d’art, secrétaire-commissionnaire d’un boursier, écrivain de nouvelles pornographiques.
Après une liaison avec Marie Dubois à laquelle il dédie quelques poèmes, c’est au tour de «Linda la zézayante» qui ne durera que ce que durent les roses ! Guillaume devient le précepteur de la fille de la vicontesse de Milhau et part pour la Rhénanie. Il vit une histoire d’amour tourmentée avec la gouvernante du château : Annie Playden. Elle fuit. Il la poursuit ! Elle fuit à Londres puis en Amérique. De cette sombre idylle naît «La chanson du mal-aimé», inséré dans le recueil «Alcools». Guillaume collabore à la Revue néo-symboliste La Phalange et fonde sa propre revue : «Le festin d’Esope». A la suite de sa rencontre avec Marie Laurencin, peintre, il compose «Le Pont Mirabeau» - on est sous le charme de la Seine à Paris ! - et toujours à la pointe de l’avant-garde participe à la création du cubisme et promeut l’art moderne en toutes circonstances. Il élabore des «idéogrammes lyriques» où le poète dispose ses vers de façon à dessiner l’objet même du poème. Rabelais en était l’inventeur. Apollinaire s’engage dans l’armée française au début de la guerre. Une passion pour Louise de Coligny-Châtillon donne naissance aux «Poèmes  à Lou» écrits sur le front: «Lou, si je meurs là-bas, souvenir qu’on oublie...» Blessé à la tête la troisième année de guerre, il est trépané puis réformé. Il épouse Jacqueline Kolb et meurt en novembre 1918 à trente-huit ans de la grippe espagnole. A son retour, il est fêté comme il se doit par ses pairs. Guillaume le visionnaire, le moderniste est admiré par la génération nouvelle. Il incarne l’esprit nouveau et ses calligrammes, ses poèmes de guerre et de paix témoignent de ses recherches esthétiques et d’une volonté précoce, anticipant sur les oeuvres surréalistes, d’intégrer dans sa poésie les éléments du monde industriel. Son écriture revêt toutes les formes: des vers réguliers aux vers libres, du travail le plus ciselé à la formulation spontanée.  Ses oeuvres regroupent des poèmes d’inspiration romantique comme «Le Pont Mirabeau», d’autres sont proches de l’esprit symboliste, d’autres enfin comme «La chanson du mal-aimé» relèvent d’un lyrisme moderne mais ce qui m’émeut le plus dans son oeuvre sont les vers intemporels sur ses amours qui ont la beauté aérienne du chant et souvent l’ineffable magie de la vraie poésie.
Alain Frémeaux
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS, GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA, 2002

Résumé de la biographie des auteurs :
au XIIIème siècle : Rutebeuf, un homme !
au XIVème siècle : Deschamps, neveu de Machaut, un air de famille au service de la monarchie
au XVème siècle : Villon, un autre homme !
au XVIème siècle : Ronsard et Du Bellay, ah! la Renaissance !
au XVIIème siècle : Quelques lumières de poésie dramatique : Corneille, Racine et un immense bouffon : Molière, et sans doute un poète: La Fontaine !
au XVIIIème siècle : Personne ! sauf peut-être Chénier inconnu, guillotiné à 32 ans !
au XIXème siècle : Splendeur ! on passe de l’écriture larmoyante ou stoïque (Desbordes-Valmore, Lamartine, Musset, Vigny) à la surpuissance Hugolienne, de la pudeur Parnassienne (Baudelaire, Gautier, Leconte de Lisle, Hérédia), à la magie symboliste (Verlaine, Rimbaud, Mallarmé)... ajoutons le diabolique Lautréamont... n’en jetons plus, ce siècle est admirable !
au XXème siècle : que le temps fasse son oeuvre....
Remerciements : L’auteur tient à remercier son fils Patrick Frémeaux et son associée Claude Colombini qui lui ont permis de réaliser cette anthologie ainsi que Nicole Frémeaux, son épouse, pour sa précieuse collaboration.

INDEX CHRONOLOGIQUE DES AUTEURS
1/ RUTEBEUF  (2ème moitié du XIIIè siècle)  Que sont mes amis devenus ? Extrait  
2/ EUSTACHE DESCHAMPS  (1346-1406/1407) Virelai d’une pucelle, Ballade du contrefait
3/ CHRISTINE DE PISAN  (1363-1431) La fille qui n’a point d’ami   
4/ CHARLES D’ORLEANS (1391-1465) Rondeaux
5/ FRANçOIS VILLON (1431-1473 ?) Ballade des Dames du temps jadis, Ballade des Pendus
6/ CLEMENT MAROT (1496-1544) Rondeau : D’un qui incite une jeune dame à faire amy, De sa grande amie, Au beau tétin, Plaisir n’ai plus, Plus ne suis ce que j’ai été, Epistre au roi pour avoir été dérobé (Extrait)
7/ MAURICE SCEVE (1500-1563) Délie Extraits 
8/ PERNETTE DU GUILLET (1520-1545) Quand vous voyez que l’estincelle
9/ JOACHIM DU BELLAY (1522-1560) L’idée, Heureux qui comme Ulysse, Las ! où est maintenant..., Epitaphe d’un chat, Les vieux «Singes de Cour»
10/ PIERRE DE RONSARD (1524-1585) Mignonne, allons voir si la rose, Quand vous serez bien vieille, Chanson, Je plante en ta faveur, Je n’ai plus que les os, Comme on voit sur la branche
11/ LOUISE LABE (1524-1565) Baise m’encor, Je vis je meurs
12/ OLIVIER DE MAGNY (1530-1561) Sonnet à Mesme, Anne, je vous supplie 
13/ PHILIPPE DESPORTES (1546-1606) Vous n’aimez rien que vous, Si la foi plus certaine, O mon coeur plein d’ennuis
 14/ AGRIPPA D’AUBIGNE (1552-1630) Sonnet pour Diane, L’hiver de M. d’Aubigné, 15/ FRANçOIS DE MALHERBE (1555-1628) Dessein de quitter une dame qui ne le contentait que de promesse, Paraphrase du psaume CXLV, Consolation à M. Du Perrier
16/ MATHURIN REGNIER (1573-1613), Satire XIX
17/ FRANCOIS MAYNARD (1583-1646) La belle vieille, Il est temps que l’amour
18/ HONORAT DE BEUIL DE RACAN (1589-1670) Stances : Thirsis, il faut penser... Extrait
19/ THEOPHILE DE VIAU (1590-1626) Stances : Quand tu me vois, Sonnet : Quelque si doux espoir
20/ JEAN AUVRAY (1590-1630) Sonnet : Ma belle un jour, Contre une dame trop maigre (Extrait), Sonnet : Sur la passion du sauveur
21/ CLAUDE MALLEVILLE (1590-1647) Stances : Pour un amant qui s’était baigné avec sa maitresse
22/ MARC-ANTOINE GIRARD DE SAINT-AMANT (1594-1661) Sonnet inachevé, Sonnet sur des mots qui n’ont point de rime
23/ PIERRE DE MARBEUF (1595 ? - 1645 ?), Sonnet : Sur le retour d’Hélène..., Sonnet : Le sein d’Amaranthe
24/ VINCENT VOITURE (1597-1648) La belle matineuse
25/ GUILLAUME COLLETET (1598-1659) Sonnet : Les beautés empruntées, Sonnet : Faiblesse d’amour
26/ TRISTAN L’HERMITE (1601-1655) Sonnet : La belle esclave Maure, Sonnet : Sur un tombeau
27/ JEAN-FRANCOIS SARASIN (1604 ? 1614 ? -1654) Sonnet : La beauté que je sers, Sonnet : Lorsqu’Adam vit...
28/ PIERRE CORNEILLE (1606-1684) Stances : A la Marquise, Sonnet : Pour M.D.V. envoyant un galant... , Epigramme : Sur le cardinal de Richelieu, Sonnet : Epitaphe sur la mort de damoi­selle E. Ranquet
29/ PAUL SCARRON (1610-1660) Stances : Pour Mme de Hautefort, Sonnet  : Vous faites voir des os...
30/ ISAAC DE BENSERADE (1613-1691) Sonnet : Sur une coquette...
31/ JEAN DE LA FONTAINE (1621-1695) Le corbeau et le renard, La laitière et le pot au lait, Le chat, la belette et le petit lapin
32/ MOLIERE (1622-1673) Sonnet du vicomte
33/ LAURENT DRELINCOURT (1626-1680) Sonnet : Sur les vents, Sonnet : Remède
34/ NICOLAS BOILEAU (1636-1711) Air, L’art poétique (Extrait)
35/ JEAN RACINE (1639-1699) Stances : A Parthénice (Extrait), Le vendredi Extrait
36/ JEANNE-MARIE GUYON (1648-1717) Abîme de l’amour
37/ VOLTAIRE (1694-1778) A Mme du Chatelet, Epigrammes, Stances à Mme Lullin
38/ PHILIPPE FABRE D’EGLANTINE (1750-1794) L’orage
39/ JEAN-PIERRE CLARIS DE FLORIAN (1755-1794) Plaisir d’amour
40/ ANDRE CHENIER (1762-1794) La jeune captive, La jeune Tarentine
41/ MARCELINE DESBORDES-VALMORE (1786-1859) Les Séparés, Qu’en avez-vous fait ?, La Couronne effeuillée
42/ ALPHONSE DE LAMARTINE (1790-1869) Chant d’amour (Extrait), L’Isolement, Milly ou la Terre Natale, Le Lac, Le vallon (Extrait), L’Automne
43/ ALFRED DE VIGNY (1797-1863) La maison du berger - Lettre à Eva Extraits, La mort du loup
44/ VICTOR HUGO (1802-1885) Vieille chanson du jeune temps, La coccinelle, Rosa fâchée, Elle était déchaussée..., Ma Jeanne, La cicatrice, Jeanne au pain sec, La légende de la nonne, La conscience, Booz endormi (Extraits), Oceano nox (Extraits), A Villequier (Extraits), Demain, dès l’aube, A quoi songeaient les deux cavaliers dans la forêt
45/ CHARLES SAINTE BEUVE (1804-1869) Mon âme est ce lac même, Les rayons jaunes
46/ FELIX ARVERS (1806-1850) Sonnet : Mon âme a son secret
47/ GERARD DE NERVAL (1808-1855) Fantaisie, El Desdichado, Résignation  (Extrait), Epitaphe
48/ ALFRED DE MUSSET (1810-1857) Chanson de Fortunio, Chanson, La nuit d’août (Extraits), La nuit d’octobre (Extraits), La nuit de mai (Extraits), Tristesse, Souvenir, Ballade à la lune Extraits
49/ THEOPHILE GAUTIER (1811-1872) Baiser rose, baiser bleu, Premier sourire de printemps, Dans la Sierra, Ce que disent les hirondelles, Carmen
50/ CHARLES-MARIE LECONTE DE LISLE (1818-1894) Midi, Le coeur de Hialmar
51/ CHARLES BAUDELAIRE (1821-1867) Remords posthumen, La chevelure (Extrait), A une passante, Spleen : Quand le ciel bas est lourd, L’invitation au voyage, Moesta et Errabunda, L’harmonie du soir, Chant d’automne, Le chat, L’albatros, Les aveugles, Les phares, La servante au grand coeur
52/ OCTAVE CREMAZIE (1827-1879) Le Canada
53/ JEAN-BAPTISTE CLEMENT (1836-1903) Le temps des cerises
54/ SULLY PRUDHOMME (1839-1907) Le long du quai, Les yeux
55/ STEPHANE MALLARME (1842-1898) Mysticis umbraculis, Brise marine, L’azur, Sonnet : Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui
56/ JOSE MARIA DE HEREDIA (1842-1905) Les conquérants, Soleil couchant, Antoine et Cléopâtre, Sur le livre des amours de Pierre de Ronsard
57/ FRANçOIS COPPEE (1842-1908) A Georges Druilhet
58/ CHARLES CROS (1842-1888) Sonnet : Cueillette, Sonnet : Conclusion, Sonnet : Moi, je vis la vie à côté
59/ PAUL VERLAINE (1844-1896) Mon rêve familier, Green, Voeu final, Ariette, Le ciel est par dessus le toit, Chanson d’automne, O mon Dieu..., Art poétique
60/ TRISTAN CORBIERE (1845-1875) Paysage mauvais, Le crapaud, Epitaphe (Extrait)
61/ LE COMTE DE LAUTREAMONT (1846-1870) Les chants de Maldoror Extrait
62/ MAURICE ROLLINAT (1846-1903) La biche, Chopin Extrait
63/ GUY DE MAUPASSANT (1850-1893) Nuit de neige
64/ GERMAIN NOUVEAU (1851-1920) Le baiser Extrait, L’amour de l’amour 
65/ ARTHUR RIMBAUD (1854-1891) Roman, Première soirée, Rêve pour l’hiver, Le bateau ivre Extraits, Ma bohème, Sensation, Les chercheuses de poux, Les effarés, Les pauvres à l’église, Le dormeur du Val, Voyelles
66/ EMILE VERHAEREN (1855-1916) Asseyons-nous tous deux près du chemin, Les hôtes
67/ JEAN MOREAS (1856-1910) Stances
68/ ALBERT SAMAIN (1858-1900) Mon âme est une infante
69/ JULES LAFORGUE (1860-1887) Notre petite compagne, Complainte sur certains ennuis, Esthétique
70/ PAUL-JEAN TOULET (1867-1920) Romance sans musique, Douce plage où naquit mon âme, L’immortelle et l’oeillet de mer, A Londres je connus Bella
71/ EDMOND ROSTAND (1868-1918) Hymne au soleil
72/ CHARLES PEGUY (1873-1914) Présentation de la Beauce à Notre Dame de Chartres (Extrait), Mère, voici vos fils (Extrait)
73/ ALFRED JARRY (1873-1907) Madrigal
74/ RENEE VIVIEN (1877-1909) Devant l’été 
75 /GUILLAUME APOLLINAIRE (1880-1918) La chanson du mal-aimé (Extrait), L’adieu, Le Pont Mirabeau, La Loreley, Les mouton noirs, Si je mourrais là-bas

TABLE ALPHABETIQUE DES AUTEURS
75  Apollinaire (Guillaume)
14  Aubigné (Agrippa d’)
46  Arvers (Félix)
20  Auvray (Jean)
51  Baudelaire (Charles)
30  Bensérade (Isaac de)
34  Boileau (Nicolas)
      Bueil (Honorat de) voir Racan
40  Chénier (André)
53  Clément (Jean-Baptiste)
25  Colletet (Guillaume)
57  Coppée (François)
60  Corbière (Tristan)
28  Corneille (Pierre)
52  Crémazie (Octave)
58  Cros (Charles)
41  Desbordes-Valmore (Marceline)
  Deschamps (Eustache)
13  Desportes (Philippe)
33  Drelincourt (Laurent)
  9  Du Bellay (Joachim)
      Ducasse Isidore, voir Lautréamont
  Du Guillet (Pernette)
38  Fabre d’Eglantine (Philippe)
39  Florian (Jean-Pierre Claris de)
49  Gautier (Théophile)
36  Guyon (Jeanne-Marie)
56  Hérédia (José Maria de)
44  Hugo (Victor)
73  Jarry (Alfred)
61  Lautréamont
      L’Hermite, voir Tristan
31  La Fontaine (Jean de)
11  Labé (Louise)
69  Laforgue (Jules)
42  Lamartine (Alphonse de)
50  Leconte de Lisle (Charles-Marie-René)
12  Magny (Olivier de)
15  Malherbe (Françoisde)
55  Mallarmé (Stéphane)
21  Malleville (Claude)
23  Marbeuf (Pierre de)
  Marot (Clément)
63  Maupassant (Guy de)
17  Maynard (François de)
32  Molière
67  Moréas (Jean)
48  Musset (Alfred de)
47  Nerval (Gérard de)
64  Nouveau (Germain)
  4  Orléans (Charles d’)
72  Péguy (Charles)
  3  Pisan (Christine de)
      Prudhomme, voir Sully Prudhomme
18  Racan (Honorat de Beuil de)
35  Racine (Jean)
16  Régnier (Mathurin)
65  Rimbaud (Arthur)
62  Rollinat (Maurice)
10  Ronsard (Pierre de)
71  Rostand (Edmond)
  1  Rutebeuf
22  Saint-Amant (Marc-Antoine Girard de)
45  Sainte-Beuve (Charles)
68  Samain (Albert)
27  Sarasin (Jean-François)
29  Scarron (Paul)
  7  Scève (Maurice)
54  Sully Prudhomme
70  Toulet (Paul-Jean)
26  Tristan l’Hermite (François)
66  Verhaeren (Emile)
59  Verlaine (Paul)
19  Viau (Théophile de)
43  Vigny (Alfred de)
  Villon (François)
74  Vivien (Renée)
24  Voiture (Vincent)
37  Voltaire

Biographies
Yves Gasc
De 1950 à 1952 Yves Gasc se forme au Centre d’art dramatique de la rue Blanche, puis il entre au Conservatoire national supérieur d’art dramatique dans les classes de Jean Yonnel et Georges Le Roy. De 1953 à 1963 Yves Gasc intègre le T.N.P. Il y joue Maffio dans Lorenzaccio d’Alfred de Musset, Billaud-Varennes dans la Mort de Danton de Georg Büchner, Chérubin dans le Mariage de Figaro de Beaumarchais, puis des rôles dans l’Avare, le Malade imaginaire, l’Étourdi, l’École des femmes de Molière. De 1973 à 1977, avec la Compagnie Renaud-Barrault, il joue dans Harold et Maude de C. Higgins, le Suicidé de Nicolaï Erdman,  le Livre de Christophe Colomb de Paul Claudel, Des journées entières dans les arbres de Marguerite Duras, le Nouveau Monde de Villiers de l’Isle-Adam. En janvier 1978, Yves Gasc entre à la Comédie-Française dont il devient sociétaire honoraire en 1998. Entre 1980 et 2001 Yves Gasc incarne de nombreux rôles. On peut citer, entre autres, l’Homme dans Traces de Jacques Le Marquet, mis en scène par Patrice Kerbrat,  le Maire dans Intermezzo de Jean Giraudoux, dirigé par Jacques Sereys. L’Ivrogne dans le Mariage de Witold Gombrowicz, Monsieur Hortensius dans la Seconde Surprise de l’amour de Marivaux, dirigé par Jean-Pierre Miquel, plusieurs rôles dans Rue de la Folie Courteline II de Georges Courteline, mis en scène par Patrice Caurier et Moshe Leiser. Ou encore Dupuis dans les Corbeaux de Henry Becque et Nikifor Arséniévitch Pougatchov dans le Suicidé de Nicolaï Erdman, dirigé par Jean-Pierre Vivcart. Sous la direction de Jean-Luc Boutté, Yves Gasc jouera Maître Eneas Dulverton dans Marie Tudor de Victor Hugo, Nibio dans l’Impresario de Smyrne de Carlo Goldoni, Jodelet dans les Précieuses ridicules, Brécourt dans l’Impromptu de Versailles. Il sera également le Général dans le Balcon de Jean Genet, mis en scène par Georges Lavaudant, ou l’Aumônier du Carmel dans Dialogues des Carmélites de Georges Bernanos, dirigé par Gildas Bourdet. Il travaille également dans des mises en scènes de Jacques Lassalle, Otomar Krejca, Jean-Paul Roussillon, Roger Planchon, Jean-Louis Benoit, Simon Eine, Jean-Michel Ribes. Au cours de la saison 2001-2002 il joue au Théâtre du Vieux-Colombier, le gardien de musée Pirole / Ron dans Opéra savon de Jean-Daniel Magnin. Metteur en scène, il est chargé par jean Vilar de la responsabilité des soirées ou matinées poétiques et littéraires du Théâtre national de Chaillot, au Festival d’Avignon et en tournées. A la Comédie-Française, il propose des versions scéniques: le Montreur d’Andrée Chédid, Paralchimie de Robert Pinget,  Le jour où Mary Shelley rencontra Charlotte Brontë d’Éduardo Manet, le Triomphe de l’amour de Marivaux, le Plaisir de rompre et le Pain de ménage de Jules Renard, Turcaret d’Alain-René Lesage, le Châle de David Mamet, L’Entretien de M. Descartes avec M. Pascal le jeune ainsi que le Fauteuil à bascule de Jean-Claude Brisville. Yves Gasc est Officier dans l’Ordre national du Mérite et Officier des Arts et des Lettres.

Catherine Ferran
Après des études au Conservatoire national supérieur d’art dramatique dans la classe de Robert Manuel, elle est formée par J.H. Duval au Centre d’Art Dramatique. Elle est récompensée pour Camille dans On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset, Geneviève dans Sigfried de Jean Giraudoux et de Mme X. dans la Plus Forte d’August Strindberg par les 1er Prix de Comédie. Depuis 1971, Catherine Ferran a tenu de nombreux rôles à la Comédie-Française, dont Rita dans  les Danseurs de la pluie de Karin Mainwaring, Jacqueline dans Oublier de Marie Laberge, Amélie, la Baronne dans l’Incorruptible de Hugo Von Hofmannsthal, Ranevskaïa Lioubov Andreevna dans la Cerisaie d’Anton Tchekhov, Mary Cavan Tyrone dans Long Voyage du jour à la nuit d’Eugene O’Neill, Dorine dans Tartuffe de Molière, Alisa dans la Célestine de Fernando de Rojas, Eurydice dans Antigone de Sophocle et collabore ainsi avec de nombreux metteurs en scène tels que Alain Françon, Jacques Lasalle, Muriel Mayette, Jean-Louis Jacopin… A la télévision elle a touné sous la direction d’Alain Tasma dans Rastignac et d’Isabelle Broué dans Paris Deauville en  2000. Au cours de la Saison 2001-2002, elle joue dans Ruy Blas de Victor Hugo. Au Théâtre du Vieux-Colombier elle joue Nérine, dans Monsieur de Pourceaugnac de Molière puis, au Studio-Théâtre, Boreray, dans Quatre avec le mort de François Bon.

Sylvia Bergé
Après sa formation au Conservatoire national d’art dramatique, Sylvia Bergé joue dans de nombreux théâtres de Paris et de province : Catarina dans Angelo, tyran de Padoue de Victor Hugo sous la direction de Jean-Louis Barrault au Théâtre du Rond-Point. Elle joue Océanide dans Prometheus, mis en scène par Mehmet Ulusoy au Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet et Araminte dans les Acteurs de bonne foi de Marivaux, dirigé par Philippe Adrien. Suivront, entre autres, les rôles de Lisa dans la Nuit même  de Joseph Danan mis en scène par Alain Bezu au Théâtre des Deux Rives à Rouen et La Religieuse dans les Lettres de la religieuse portugaise, sous la direction de Hervé Dubourjal au Théâtre national de l’Odéon. Elle tourne également pour le cinéma et la télévision une dizaine de rôles entre 1983 et 1995, dont L’Allée du Roi de Nina Companaez en 1995. En 1988, Sylvia Bergé entre à la Comédie-Française au sein de laquelle elle joue Adèle Granjouan dans l’Émission de télévision de Michel Vinaver, crée sous la direction de Jacques Lassalle, Madame de Cossé dans Le roi s’amuse de Victor Hugo mis en scène par Jean-Luc Boutté, Giulia dans l’Étau de Luigi Pirandello, dirigé par Jean-Louis Benoit ou F4 dans le Silence de Nathalie Sarraute, dirigé par Jacques Lassalle. Viendront ensuite la Cafarde dans Neiges de Nicolas Bréhal, Lady Milford dans Intrigue et Amour de Friedrich von Schiller,  Panope dans Phèdre, Métella dans la Vie parisienne, Armande dans les Femmes savantes, ou encore Raymonde Pouce dans l’Hiver sous la table de Roland Topor. En 1999, sous la direction de Jean-Louis Benoit, elle joue Fevronia Petrovna Pochliopkina et la femme de Korobkine dans le Révizor de Nikolaï Gogol. En 2000, elle part en tournée jouer Léonor dans l’École des maris dirigé par Thierry Hancisse. Au cours de la saison 2001-2002 elle est Regina Morti dans Une visite inopporture de Copi au Studio-Théâtre.  Sylvia Bergé est Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

Eric Ruf
Eric Ruf débute sa formation à l’École nationale supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d’Art en 1987. Après le Cours Florent dont il suit les classes jusqu’en 1992, il intègre le Conservatoire national supérieur d’art dramatique dans les classes de Madeleine Marion et Catherine Hiegel. Avant de rentrer à la Comédie-Française en 1993, Eric Ruf joue notamment Abad dans Quai Ouest de Bernard-Marie Koltès sous la direction de Thierry Deperretti et Philippetto dans les Rustres de Carlo Goldoni, mis en scène par Jérôme Savary au Théâtre national de Chaillot, puis au Théâtre Mogador. A la Comédie-Francaise Eric Ruf jouera plusieurs rôles chaque saison. On peut citer Brooks et le Marchand de riz dans Aujourd’hui ou les Coréens de Michel Vinaver, mis en scène par Christian Schiaretti, en 1993 ou Gennaro dans Lucrèce Borgia de Victor Hugo, dirigé par Jean-Luc Boutté, Dom Carlos dans Dom Juan de Molière, dirigé par Jacques Lassalle au Festival d’Avignon puis à la salle Richelieu. Enfin Monsieur Bob’le de Georges Shehadé, sous la direction de Jean-Louis Benoit dans les rôles de Constant, Alexandre et le Maréchal-ferrant.  En 1995 il est Louis Laine dans l’Échange  de Claudel, sous la direction de Jean Dautremay. Suivront, entre autres, Flaming dans Léo Burckart de Gérard de Nerval, mis en scène par Jean-Pierre Vincent, Alexeï Nikolaïevitch Beliaïev dans Un mois à la campagne de Tourgueniev dirigé par Andreï Smirnoff ou encore Suréna dans la pièce éponyme de Corneille, sous la direction d’Anne Delbée. De 1994 à 1998, Eric Ruf figure dans plusieurs films dont Passionnément de Bruno Nuytten, et Place Vendôme de Nicole Garcia En 1999, il joue Horace dans l’École des femmes, dirigé par Éric Vigner, puis Lycaste dans le Mariage forcé, sous la direction d’Andrzej Seweryn. La même année Eric Ruf reçoit le Grand prix Gérard Philipe de la Ville de Paris. En 2000, il joue Valère dans L’Avare, mis en scène par Andreï Serban.  En 2001-2002 il retrouve la salle Richelieu où il sera Ruy Blas de Victor Hugo et continuera également avec l’œuvre de Molière dans les rôles de Dom Carlos et d’Amphitryon..

Eric Génovèse
Eric Génovèse entre au Conservatoire national supérieur d’art dramatique en 1988. Il y suivra les classes de Viviane Théophilidès, Pierre Vial, Madeleine Marion, Jean-Pierre Vincent jusqu’en 1991. En 1989 il est Ludwig Valentin dans Désert Désert de Jean-Pierre Renault, une lecture dirigée par Philippe Ripoll. Suivront, les rôles de Ptolomée dans la Mort de Pompée, de Cléandre dans la Place Royale de Corneille dans des mises en scène de Brigitte Jaques au Théâtre de la Commune à Aubervilliers. Dans des œuvres de P.P. Pasolini et sous la direction de Stanislas Nordey, il jouera Karel dans Bête de style, au Théâtre Gérard-Philipe à Saint-Denis, et accomplira une lecture de Porcherie. Fin 1993, Eric Génovèse entre à la Comédie-Française où il incarne Scipion dans Caligula d’Albert Camus sous la direction de Youssef Chahine, Boas dans Occupe-toi d’Amélie de Georges Feydeau, mis en scène par Roger Planchon, Hippolyte dans Phèdre de Racine, dirigé par Anne Delbée. Sous la direction de Jean-Luc Boutté, il joue Du Croisy dans l’Impromptu de Versailles et La Grange dans les Précieuses ridicules. Les années qui vont suivre seront notamment marquées par sa collaboration avec Daniel Mesguich sous la direction duquel il joue, au Théâtre du Vieux-Colombier, Xipharès dans Mithridate de Racine, Caliban dans la Tempête de Shakespeare, où encore Oreste dans Andromaque de Racine. Eric Génovèse jouera également, sous la direction d’Yves Gasc, le rôle de Pascal dans l’Entretien de M. Descartes avec M. Pascal le jeune de Jean-Claude Brisville. Suivront, entre autres, les rôles de Schweizerkas dans Mère Courage et ses enfants de Bertolt Brecht, mis en scène par Jorge Lavelli, puis, sous les directions de Andrzej Seweryn, Jean-Louis Benoit ou Andreï Serban, plusieurs pièces de Molière. En 2001-2002, il sera une des voix des lectures-spectacles du texte Des poètes à la rencontre de la Bible de Pierre Alferi. En dehors de la Comédie-Française, Eric Génovèse a lu, en 1999, La Damnation de Freud de Tobie Nathan, Isabelle Stengers et Lucien Hounkpatin, dirigé par Jorge Lavelli, au Théâtre du Rond-Point où en 2002 il est le récitant du Roi David d’Arthur Honnegger sous la direction de Jean Mislin ainsi que Bassa Selim dans l’Enlèvement au sérail de Wolfgang Amadeus Mozart avec l’ensemble orchestral de Paris, sous la direction de John Nelson au Théâtre des Champs Élysées.

Denis Podalydès
Denis Podalydès s’inscrit au Cours Florent en 1984. La même année, il suit les cours de Viviane Théophilidès, Michel Bouquet et Jean-Pierre Vincent au conservatoire national supérieur d’art dramatique. En 1988, il joue Lépide dans Sophonisbe de Corneille dans une mise en scène de Brigitte Jaques. En 1989, Jean pierre Miquel le dirige dans l’Épreuve et les Sincères de Marivaux ou il prend le rôle d’Ergaste. Suivront de nombreux rôles dont Célidan dans la Veuve de Corneille dans une mise en scène de christian Rist avec qui Denis Podalydès collaborera à plusieurs reprises, jouant Philinte dans le Misanthrope, Arsace, dans Bérénice de Racine ou encore Arlequin dans les Fausses Confidences de Marivaux en 1993. Dans un registre plus contemporain, il joue, en 1995, Anatole dans la pièce éponyme de Arthur Schnitzler, dans une mise en scène de De Lencquesaing et en 1998 il est le récitant dans Histoire du soldat de Stravinski sous la direction de Michel Plasson. En 1997, Denis Podalydès entre à la comédie francaise où il débute avec le rôle de Mikhaïl Alexandrovitch Rakitine dans Un mois à la campagne d’Ivan Tourgueniev sous la direction d’Andreï Smirnoff. Suivent de nombreux rôles dont Ivan Alexandrovitch Khlestakov dans le Révizor de Nikolaï Gogol sous la direction de Jean-Louis Benoit pour lequel il reçoit le Molière de la révélation masculine. La même année il lit Beaumarchais, dans le cadre des Salons littéraires au Studio-Théâtre. En 2000 il devient sociétaire de la comédie française, retrouve Jean-Pierre Miquel sous la direction duquel il joue Alceste au Théâtre du Vieux-Colombier et met en scène Tout mon possible d’Emmanuel Bourdieu au Théâtre de la Commune à Aubervilliers. La saison 2001-2002 est occupée par des rôles tels que  Éraste où l’Exempt dans Monsieur de Pourceaugnac de Molière, Don César de Bazan dans Ruy Blas de Victor Hugo ainsi que des lectures spectacles telles que Des poètes à la rencontre de la Bible, d’Olivier Cadiot. Denis Podalydès mène également une brillante carrière de cinéma depuis 1989 ou il joue dans Xénia, de Patrice Vivancos. Depuis il a tourné dans plus de vingt films dont Comment je me suis disputé d’Arnaud Desplechin, En cas de malheur, de Pierre Jolivet, les Enfants du siècle de Diane Kurys, À l’attaque, de Robert Guédiguian, la Chambre des officiers, de François Dupeyron, Laissez-passer de Bertrand Tavernier, Un monde presque paisible de Michel Dreville. Denis Podalydès est Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

Christian Gonon
Formé d’abord au Cours Jean Périmony de 1980 à 1982, il intègre l’École Nationale supérieure des arts et technique du théâtre de 1982 à 1985 et achève sa formation en suivant pendant un an des cours à l’Atelier Blanche Salan en 1986. Au cours de la Saison 2001-2002, il joue dans le Marchand de Venise de Shakespeare et dans le Malade imaginaire de Molière.  Au Théâtre du Vieux-Colombier, il s’illustre dans Hedda Gabler d’Henrik Ibsen, dans Opéra savon de Jean-Daniel Magnin. A partir de 1983, il travaille régulièrement avec Philippe Lanton notamment dans La Mort de Danton de G. Büchner au Théâtre 71. Il travaille aussi avec Anne Delbée, Paul Golub, Didier Fusillier, François Bourcier, Jean-Marie Lecoq, Jean-Louis Martin Barbaz, Geneviève Brunet et Odile Malet, Christophe Lidon, Joël Dragutin, Marc Fayet, Guy Louret, Luce Berthommé, Arnaud Javelle, Roger Louret, Jacques Weber, Jean-Paul Lucet, Jérôme Savary. Au cinéma, dirigé par Lionel Boncompagni il apparaît dans Le Temps des cerises en1994 ainsi que dans Un cœur en hiver de Claude Sautet en 1992. Il s’illustre dans plusieurs courts-métrages dont Memento réalisé par Jean-Max Peteau en 1992, grand prix Avoriaz et prix du public Clermont-Ferrand. Christian Gonon tourne également pour la télévision en 1994 dans Une journée au Luxembourg, réalisé par Jean Baronnet pour Arte ou avec des réalisateurs comme Philippe Galardi, Jacques Audoir, Nicole André, Dominique Léridon. Il reçoit en 1991 le Prix Jean Marais pour l’interprétation de d’Artagnan dans les Trois mousquetaires  d’Alexandre Dumas. A la Comédie-Française, Christian Gonon joue pour un grand nombre de metteurs en scène. En 2001, il joue Ergaste dans la Mère confidente de Marivaux, mise en scène Sandrine Anglade. En 2000, il joue sous la direction de Jean-Pierre Miquel dans le Misanthrope de Molière ; en 1999 pour Philippe Macaigne dans la Vie quotidienne, pour Alexander Lang dans Faust.

Ecouter ANTHOLOGIE DE LA POESIE DE LANGUE FRANCAISE  PAR LA COMEDIE FRANCAISE (livre audio) © Frémeaux & Associés. Frémeaux & Associés est l'éditeur mondial de référence du patrimoine sonore musical, parlé, et biologique. Récompensés par plus de 800 distinctions dont le trés prestigieux "Grand Prix in honorem de l'Académie Charles Cros", les catalogues de Frémeaux & Associés ont pour objet de conserver et de mettre à la disposition du public une base muséographique universelle des enregistrements provenant de l'histoire phonographique et radiophonique. Ce fonds qui se refuse à tout déréférencement constitue notre mémoire collective. Le texte lu, l'archive ou le document sonore radiophonique, le disque littéraire ou livre audio, l'histoire racontée, le discours de l'homme politique ou le cours du philosophe, la lecture d'un texte par un comédien (livres audio) sont des disques parlés appartenant au concept de la librairie sonore. (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, cours sur CD, entretiens à écouter, discours d'hommes politiques, livres audio, textes lus, disques parlés, théâtre sonore, création radiophonique, lectures historiques, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre, audio-livre, lecture à voix haute, entretiens à haute voix, etc...). Les livres audio sont disponibles sous forme de CD chez les libraires, dans les fnac et virgin, en VPC chez La librairie sonore, Audio-archives, Livraphone, Lire en tout sens, Livre qui Parle, Mots et Merveilles, Alapage, Amazon, fnac.com, chapitre.com etc.....Enfin certains enregistrements de diction peuvent être écouté par téléchargement auprès d'Audible (Audio direct - France loisirs) et d'iTunes (iStore d'Apple) et musicaux sur Fnacmusic.com., Virginméga et iTunes.




PisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 ROMAN - RIMBAUD02'23
02 VIEILLE CHANSON DU JEUNE TEMPS - HUGO01'55
03 CUEILLETTE - CROS00'56
04 LA COCCINELLE - HUGO01'06
05 MON REVE FAMILIER - VERLAINE01'12
06 MON AME A SON SECRET - ARVERS01'11
07 D UN QUI INCITE UNE JEUNE DAME - MAROT01'09
08 MIGNONNE ALLONS VOIRS SI LA ROSE - DE RONSARD01'20
09 QUAND VOUS SEREZ BIEN VIEILLE - DE RONSARD01'11
10 STANCES A LA MARQUISE - CORNEILLE01'43
11 LES BEAUTES EMPRUNTEES - COLLETET00'59
12 VOUS N AIMEZ RIEN QUE VOUS - DESPORTES01'09
13 SI LA FOIS PLUS CERTAINE - DESPORTES01'08
14 SUR UNE COQUETTE - DE BENSERADE00'57
15 DESSEIN DE QUITTER UNE DAME - DE MALHERBE01'22
16 REMORDS POSTHUME - BAUDELAIRE01'11
17 MOM AME EST CE LAC MEME - SAINTE BEUVE01'52
18 ASSEYONS NOUS TOUT DEUX - VERHAEREN01'30
19 GREEN - VERLAINE00'52
20 DE SA GRANDE AMIE - MAROT00'48
21 CHANSON DE FORTUNIO - DE MUSSET00'57
22 LA BELLE MATINEUSE - VOITURE00'58
23 SUR LE RETOUR D HELENE - DE MARBEUF01'00
24 CHANSON - DE RONSARD01'20
25 SONNET A MESNE - DE MAGNY01'02
26 STANCES A PARTHENICE - RACINE01'41
27 ABIME DE L AMOUR - GUYON01'14
28 LA CHEVELURE - BAUDELAIRE01'34
29 DEVANT L ETE - VIVIEN01'45
30 CHANT D AMOUR - DE LAMARTINE01'44
31 LA BELLE VIEILLE - DE MAYNARD03'18
32 ROMANCE SANS MUSIQUE - TOULET00'34
33 CONCLUSION - CROS00'48
34 LA MAISON DU BERGER - DE VIGNY04'36
35 ANNE JE VOUS SUPPLIE - DE MAGNY01'12
36 BAISE M ENCOR - LABE01'01
37 VOEU FINAL - VERLAINE01'03
38 PREMIERE SOIREE - RIMBAUD01'54
39 IL EST TEMPS QUE L AMOUR - DE MAYNARD01'08
40 MA BELLE UN JOUR - AUVRAY00'58
41 REVE POUR L HIVER - RIMBAUD01'08
42 FAIBLESSE D AMOUR - COLLETET01'09
CD 2
01 MYSTICIS UMBRACULIS - MALLARME00'48
02 VIRELAI D UNE PUCELLE - DESCHAMPS01'03
03 AU BEAU TETIN - MAROT01'49
04 BAISER ROSE BAISER BLEU - GAUTIER01'13
05 LE SEIN D AMARANTHE - DE MARBEUF00'59
06 SONNER POUR M D V - CORNEILLE01'03
07 LA BELLE ESCLAVE MAURE - TRISTAN L HERMITE01'02
08 DELIE - SCEVE01'28
09 QUAND VOUS VOYEZ QUE L ETINCELLE - DU GUILLET01'00
10 LA FILLE QUI N A POINT D AMI - DE PISAN01'13
11 PLAISIR N AI PLUS - MAROT00'53
12 JE VIS JE MEURS - LABE01'06
13 O MON COEUR PLEIN D ENNUI - DESPORTES01'17
14 SONNET POUR DIANE - AUBIGNE01'09
15 POUR UN AMANT QUI S ETAIT BAIGNE - MALLEVILLE01'42
16 QUAND TU ME VOIS - DE VIAU01'47
17 QUELQUE SI DOUX ESPOIR - DE VIAU01'01
18 LA BEAUTE QUE JE SERS - SARASIN01'16
19 SONNET DU VICONTE - MOLIERE00'59
20 CHANSON - DE MUSSET01'03
21 LA NUIT D AOUT - DE MUSSET04'38
22 LES SEPARES - DESBORDES VALMORE01'37
23 LA NUIT D OCTOBRE - DE MUSSET02'33
24 LA NUIT DE MAI - DE MUSSET04'34
25 TRISTESSE - DE MUSSET01'03
26 QU EN AVEZ VOUS FAIT - DESBORDES VALMORE01'19
27 L ISOLEMENT - DE LAMARTINE03'54
28 LA COURONNE EFFEUILLEE - DESBORDES VALMORE01'40
29 PLAISIR D AMOUR - DE FLORIAN01'07
30 ROSA FACHEE - HUGO00'56
31 A MME DU CHATELET - VOLTAIRE02'03
32 A GEORGES DRUILHET - COPPEE01'54
CD 3
01 A UNE PASSANTE - BAUDELAIRE01'10
02 LA CHANSON DU MAL AIME - APOLLINAIRE01'54
03 PREMIER SOURIRE DE PRINTEMPS - GAUTIER01'43
04 MIDI - LECONTE DE LISLE02'33
05 AIR - BOILEAU01'00
06 L ADIEU - APOLLINAIRE00'32
07 FANTAISIE - DE NERVAL01'00
08 DOUCE PLAGE OU NAQUIT MON AME - TOULET00'39
09 L IMMORTELLE ET L OEILLET DE MER - TOULET00'25
10 SOUVENIR - DE MUSSET02'14
11 LE TEMPS DES CERISES - CLEMENT01'31
12 JE PLANTE EN TA FAVEUR - DE RONSARD01'18
13 L ORAGE - FABRE D EGLANTINE02'05
14 ELLE ETAIT DECHAUSSEE - HUGO01'07
15 A LONDRES JE CONNUS BELLA - TOULET00'38
16 NOTRE PETITE COMPAGNE - LAFORGUE01'21
17 COMPLAINTE SUR CERTAINS ENNUIS - LAFORGUE01'05
18 ESTHETIQUE - LAFORGUE01'14
19 MADRIGAL - JARRY01'19
20 LE BAISER - NOUVEAU01'05
21 QUE SONT MES AMIS DEVENUS - RUTEBEUF01'15
22 MA JEANNE - HUGO01'32
23 LA CICATRICE - HUGO00'59
24 JEANNE AU PAIN SEC - HUGO01'42
25 ARIETTE - VERLAINE00'50
26 EL DESDICHADO - DE NERVAL01'06
27 QUAND LE CIEL BAS ET LOURD - BAUDELAIRE01'12
28 L IDEE - DU BELLAY01'06
29 L INVITATION AU VOYAGE - BAUDELAIRE01'47
30 LE LONG DU QUAI - PRUDHOMME00'45
31 LES CONQUERANTS - DE HEREDIA00'57
32 BRISE MARINE - MALLARME01'22
33 LE BATEAU IVRE - RIMBAUD03'12
34 L AZUR - MALLARME03'13
35 HEUREUX QUI COMME ULYSSE - DU BELLAY01'10
36 MILLY OU LA TERRE NATALE - DE LAMARTINE01'18
37 LA BALLADE DES DAMES DU TEMPS JADIS - VILLON01'38
38 LAS OU EST MAINTENANT - DU BELLAY01'20
39 MA BOHEME - RIMBAUD01'08
40 MOESTA ET ERRABUNDA - BAUDELAIRE02'23
41 LE CIEL EST PAR DESSUS LE TOIT - VERLAINE01'13
42 LE PONT MIRABEAU - APOLLINAIRE01'38
43 L HARMONIE DU SOIR - BAUDELAIRE01'20
44 HYMNE AU SOLEIL - ROSTAND01'38
CD 4
01 CHANSON D AUTOMNE - VERLAINE00'37
02 LE LAC - DE LAMARTINE04'14
03 L HIVER DE M D AUBIGNE - AUBIGNE02'00
04 PLUS NE SUIT CE QUE J AI ETE - MAROT00'37
05 SOLEIL COUCHANT - DE HEREDIA01'38
06 CHANT D AUTOMNE - BAUDELAIRE01'19
07 SENSATION - RIMBAUD00'41
08 RONDEAUX - D ORLEANS01'28
09 LES HOTES - VERHAEREN01'19
10 NUIT DE NEIGE - DE MAUPASSANT01'59
11 STANCES - MOREAS01'36
12 LE VALLON - DE LAMARTINE02'13
13 DANS LA SIERRA - GAUTIER00'59
14 BALLADE A LA LUNE - DE MUSSET01'32
15 LA BICHE - ROLLINAT00'48
16 CE QUE DISENT LES HIRONDELLES - GAUTIER03'02
17 PAYSAGE MAUVAIS - CORBIERE00'48
18 LE CHAT - BAUDELAIRE00'50
19 EPITAPHE D UN CHAT - DU BELLAY01'57
20 MON AME EST UNE INFANTE - SAMAIN03'23
21 L ALBATROS - BAUDELAIRE01'06
22 LA VIERGE LE VIVACE ET LE BEL AUJOURD HUI - MALLARME01'17
23 LE CRAPAUD - CORBIERE01'17
24 EPITAPHE - CORBIERE01'58
25 MOI JE VIS LA VIE A COTE - CROS00'58
26 CARMEN - GAUTIER01'15
27 LES CHERCHEUSES DE POUX - RIMBAUD01'35
28 LES AVEUGLES - BAUDELAIRE01'08
29 LES EFFARES - RIMBAUD01'30
30 CHOPIN - ROLLINAT01'22
31 LES PHARES - BAUDELAIRE02'53
32 BALLADE DE CONTREFAIT - DESCHAMPS01'33
33 STIRE XIX - REGNIER01'24
34 LES VIEUX SINGES DE COUR - DU BELLAY01'01
35 STANCES POUR MME DE HAUTEFORT - SCARRON01'56
36 LORSQU4ADAM VIT CETTE JEUNE BEAUTE - SARASIN00'57
37 CONTRE UNE DAME TROP MAIGRE - AUVRAY01'39
38 VOUS FAITES VOIR DES OS - SCARRON01'10
39 SONNET INACHEVE - GIRARD DE SAINT AMANT00'57
CD 5
01 EPIGRAMME SUR LE CARDINAL DE RICHELIEU - CORNEILLE00'36
02 EPIGRAMMES - VOLTAIRE00'40
03 EPISTRE AU ROI POUR AVOIR ETE DEROBE - MAROT03'23
04 LE CORBEAU ET LE RENARD - DE LA FONTAINE01'28
05 LA LAITIERE ET LE POT AU LAIT - DE LA FONTAINE00'30
06 LA LEGENDE DE LA NONNE - HUGO03'06
07 LA MORT DU LOUP - DE VIGNY06'19
08 LE CHAT LA BELETTE ET LE PETIT LAPIN - DE LA FONTAINE02'36
09 LA CONSCIENCE - HUGO04'08
10 BOOZ ENDORMI - HUGO04'38
11 ANTOINE ET CLEOPATRE - DE HEREDIA01'03
12 LA LORELEY - APOLLINAIRE02'35
13 LE COEUR DE HIALMAR - LECONTE DE LISLE02'54
14 LES RAYONS JAUNES - SAINTE BEUVE02'11
15 PRESENTATION DE LA BEAUCE - PEGUY01'48
16 PARAPHRASE DU PSAUME CXLV - DE MALHERBE01'26
17 REMEDE - DRELINCOURT01'18
18 REMEDE - DRELINCOURT01'18
19 SONNET SUR LA PASSION DU SAUVEUR - AUVRAY01'00
20 LE VENDREDI - RACINE00'55
21 L AMOUR DE L AMOUR - NOUVEAU01'46
22 LES PAUVRES A L EGLISES - RIMBAUD02'17
23 O MON DIEU - VERLAINE02'18
24 LA BALLADE DES PENDUS - VILLON02'33
25 FRANCE MERE DES ARTS - DU BELLAY01'24
26 LES MOUTONS NOIRS - APOLLINAIRE01'33
27 SI JE MOURRAIS LA BAS - APOLLINAIRE02'09
CD 6
01 LE DORMEUR DU VAL - RIMBAUD01'19
02 MERE VOICI VOS FILS - PEGUY01'53
03 LES CHANTS DE MALDOROR - LAUTREAMONT03'18
04 JE N AI PLUS QUE LES OS - DE RONSARD01'22
05 THIRSIS IL FAUT PENSER - DE BEUIL DE RACAN01'52
06 SUR LES VENTS - DRELINCOURT01'13
07 RESIGNATION - DE NERVAL00'54
08 L AUTOMNE - DE LAMARTINE02'17
09 LA JEUNE CAPTIVE - CHENIER02'31
10 OCEANO NOX - HUGO03'02
11 LA JEUNE TARENTINE - CHENIER02'03
12 A VILLEQUIER - HUGO03'24
13 DEMAIN DES L AUBE - HUGO01'17
14 LA SERVANTE AU GRAND COEUR - BAUDELAIRE01'28
15 A QUOI SONGEAIENT LES DEUX CAVALIERS - HUGO02'23
16 LES YEUX - PRUDHOMME01'17
17 PENSEE DES MORTS - DE LAMARTINE03'06
18 EPITAPHE - DE NERVAL01'19
19 STANCES A MME LULLIN - VOLTAIRE01'57
20 CONSOLATION A M DU PERIER - DE MALHERBE02'08
21 COMME ON VOIT SUR LA BRANCHE - DE RONSARD01'17
22 SUR LE LIVRE DES AMOURS DE RONSARD - DE HEREDIA01'16
23 EPITAPHE SUR LA MORT D E RANQUET - CORNEILLE01'17
24 SONNET SUR UN TOMBEAU - TRISTAN L HERMITE01'05
25 L ART POETIQUE - BOILEAU01'55
26 L ART POETIQUE - VERLAINE02'19
27 VOYELLES - RIMBAUD01'53
28 VOYELLES - RIMBAUD01'53
29 SONNET SUR DES MOTS QUI N ONT POINT DE RIME - GIRARD DE SAINT AMANT00'57
"Anthologie De La Poésie De Langue Française" par Télérama

“C’est d’un coffret à bijoux qu’il s’agit. Une boîte à merveille où l’on plonge avec gourmandise, séduit par la qualité du choix et de l’interprétation. Six siècles de poésie de Rutebeuf à Apollinaire, plus de deux cents poèmes ou extraits sélectionnés par Alain Frémeaux , dits par (...) la Comédie-Française. (...) Qu’importe le chemin que vous choisirez, le bonheur est au rendez-vous.” Michel ABESCAT, TÉLÉRAMA

“C’est d’un coffret à bijoux qu’il s’agit. Une boîte à merveille où l’on plonge avec gourmandise, séduit par la qualité du choix et de l’interprétation. Six siècles de poésie de Rutebeuf à Apollinaire, plus de deux cents poèmes ou extraits sélectionnés par Alain Frémeaux , dits par Yves Gasc, Catherine Ferran, Sylvia Bergé, Eric Ruf, Eric Génovèse, Denis Podalydès et Christian Gonon de la Comédie-Française. Commencerez-vous par le début avec Rimbaud, qui ouvre le bal : "On n'est pas sérieux quand on a 17 ans / Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade" ?... ou préférez-vous picorer au gré de vos envies, à la rencontre par exemple de Louise Labé, dont Sylvia Bergé exprime si bien la légèreté et la sensualité : "Baise m'encor" ?...Qu’importe le chemin que vous choisirez, le bonheur est au rendez-vous.” Michel ABESCAT, TÉLÉRAMA




"Voyage au coeur de la poésie" par Côté Femme

"Ce coffret de six CD, avec un livret de quatre-vingts pages, rassemble des œuvres dites par des comédiens de la Comédie-Française. Plus de six heures d’enregistrement. Un beau cadeau de fin d’année !" Jean-Marc POURCEL – CÔTE FEMME

« Editeur hors norme, Frémeaux & Associés s’est investi dans la défense du patrimoine sonore, mais aussi dans la promotion du texte audio. Il sort une superbe anthologie sonore de la poésie, sur plus de six siècles (de 1265 à 1915). Comment mieux percevoir la musicalité, l’émotion des textes de Ronsart, Lamartine, Baudelaire ou Péguy ? Ce coffret de six CD, avec un livret de quatre-vingts pages, rassemble des œuvres dites par des comédiens de la Comédie-Française. Plus de six heures d’enregistrement. Un beau cadeau de fin d’année ! » Jean-Marc POURCEL – CÔTE FEMME




"La voix du poème" par Le Matricule des Anges

"Une anthologie sonore de la poésie de langue française en un coffret de six compact-disques. Il fallait y penser. Alain Frémeaux, le premier, l'a fait. Il a sélectionné plus de deux cents poèmes -du Moyen Age au début du XXe siècle-, privilégiant son goût, bien sûr, mais aussi la qualité du texte plutôt que la notoriété du poète." Richard Blin
 - Le Matricule des Anges
(1) Ils sont sept : Yves Gasc, Catherine Ferran, Sylvie Bergé, Eric Ruf, Éric Génovèse, Denis Podalydès, Christian Gonon, sous la direction d'Olivier Cohen.

"Une anthologie sonore de la poésie de langue française en un coffret de six compact-disques. Il fallait y penser. Alain Frémeaux, le premier, l'a fait. Il a sélectionné plus de deux cents poèmes -du Moyen Age au début du XXe siècle-, privilégiant son goût, bien sûr, mais aussi la qualité du texte plutôt que la notoriété du poète.
Ensuite, il a veillé à ce que la langue utilisée soit suffisamment proche de la nôtre afin de faciliter la compréhension auditive. Enfin, il les a groupés par thèmes afin de créer des enchaînements et de favoriser des voisinages inédits. Et il les a fait dire par des pensionnaires de la Comédie Française (1) dont la rigueur et la virtuosité technique savent se mettre au service d'un poème qui nous parvient comme réincarné.
De Rutebeuf à Apollinaire en passant par quelques inconnus -Jean Auvray (1590?-1630?), Guillaume Colletet (1598-1659), Laurent Drelincourt (1626-1680), J.-P. Claris de Florian (1755-1794), petit-neveu de Voltaire et auteur du fameux "Plaisir d'amour ne dure qu'un moment...", Félix Arvers (1806-1850) ou Octave Cremazie (1827-1879), un poète québécois -, c'est une part du mystère consubstantiel à la poésie qui se donne ainsi à entendre. Initiation à l'humilité comme à la stupeur, des mots trouent la langue, nous font naître à l'amour comme au deuil, au silence comme à la solitude. Terrible beauté d'une mise à nu. On se perd, on s'invente, on se voue. Tantôt démuni, tantôt souverain, on entre dans la lumière comme dans la ruine de l'être.
Admirablement servie par des voix dont le pouvoir d'aimantation magnifie l'émotion tout autant que la mélodie, cette anthologie, unique dans l'histoire du disque (six heures d'écoute), est accompagnée d'un livret de 80 pages dans lequel Alain Frémeaux présente les soixante-quinze poètes qu'il a choisis."
Richard Blin - Le Matricule des Anges 
(1) Ils sont sept : Yves Gasc, Catherine Ferran, Sylvie Bergé, Eric Ruf, Éric Génovèse, Denis Podalydès, Christian Gonon.




"Une entreprise originale et risquée" par le Ministère des affaires étrangères

« Entreprise originale et risquée : donner voix à des voix, faire entendre sur six disques compacts la poésie française de 1265 à 1915. Un risque oui, et de même une réussite certaine. » M. B.   ADPF / VDP n° 13 / MINISTERE DES AFFAIRES ETRANGERES

« Entreprise originale et risquée : donner voix à des voix, faire entendre sur six disques compacts la poésie française de 1265 à 1915. Un risque oui, et de même une réussite certaine : les éditions Frémeaux ont obtenu une cohérence d’ensemble en invitant des sociétaires de la Comédie-française à participer à cette aventure. Yves Gasc, Catherine Ferran, Sylvia Bergé, Éric Ruf, Éric Génovèse, Denis Podalydès et Christian Gonon prononcent avec justesse et sans emphase un choix de poèmes réalisé par Alain Frémeaux et placé sous la direction artistique d’Olivier Cohen. En exergue de ce coffret massif est placée une citation de Jean-Michel Maulpoix : « La poésie se connaît trompeuse et se répète coupable… Elle voudrait sortir du langage, mais le langage est tout ensemble sa merveille et sa prison. » Cette démarche des éditions Frémeaux s’inscrit dans le souci de livrer un patrimoine sonore qui puisse intéresser autant une médiathèque qu’un particulier. Pour l’une comme pour l’autre, le recueillement propre à l’écoute du poème est ici respecté par l’articulation soignée des comédiens, qui n’hésitent pas à s’emparer en interprètes de ces vers pour en livrer leur propre version, au-delà de tout ton monocorde ou de toute neutralité. Il y a quelque chose d’étourdissant à passer ainsi de Marot à Baudelaire, d’entendre Rimbaud, Mallarmé, Lamartine, Musset, Heredia, Scarron et Samain à la suite les uns des autres. La poésie française apparaît ici dans ses aspects variés, ses chants, ses soubresauts, sa finesse, son humour, sa grâce… bref sa beauté. L’ensemble représente un imposant corpus, et rendra sûrement amers, quoique rassasiés, ceux qui ne peuvent mémoriser des poèmes pour se les réciter à eux-mêmes. Car, dans ce travail généreux, c’est bien la mémoire humaine qui est interrogée et la nécessité de faire partager au plus grand nombre la poésie française avec un enregistrement complété intelligemment d’un livret de quatre-vingts pages. » M. B.   ADPF / VDP n° 13 / MINISTERE DES AFFAIRES ETRANGERES




"Des CD audio à écouter" par France Culture

Recommandé par "Carnet Nomade" - France Culture

Recommandé par "Carnet Nomade" - France Culture




« Excellent » par L’Homme Nouveau

Un projet magnifique qui forme un excellent cadeau avec ce coffret de six CD. Découvrir ou redécouvrir la poésie de langue française non plus simplement en la lisant, mais – enfin - en l’entendant (ce pourquoi elle a été écrite). Un seul regret : la poésie du XXe siècle manque. Alain Frémeaux écrit qu’il faut le temps fasse son œuvre. Il a raison. Mais cette œuvre n’a-t-elle pas déjà commencé ?
B.M. – L’HOMME NOUVEAU




« Magnifique anthologie » par L’Enseignant

Les éditions Frémeaux & Associés présentent une magnifique anthologie de la poésie de langue française du Moyen-âge au début du XXe siècle en six CD. Les œuvres ont été classées par thèmes : l’amour, la mort, la mélancolie, le langage poétique…et les interprètes, parmi lesquels Denis Podalydès, redonnent toute leur dimension sonore à ces textes.
L’ENSEIGNANT




« Beau cadeau » par La Nef

La poésie est une musique qui doit être entendue à voix haute. Classée par thèmes (amour, amitié, nature, religion,…) ; cette anthologie est un beau cadeau pour tous les amateurs de poésie.
LA NEF




« Bel engagement littéraire » par Magazine Littéraire

Une anthologie de la poésie française, du Moyen Age (1265) au début du XXe (1915) en plus de six heures, de Rutebeuf à Apollinaire, lus par les pensionnaires de la Comédie Française. Le choix est d’Alain Frémeaux, nom de l’éditeur dont le catalogue témoigne d’un bel engagement littéraire.
MAGAZINE LITTÉRAIRE




« Superbe anthologie sonore » par Côté Femmes

Éditeur hors norme, Frémeaux & Associés s’est investi dans la défense du patrimoine sonore, mais aussi dans la promotion du texte audio. Il sort une superbe anthologie sonore de la poésie, sur plus de six siècles (de 1265 à 1915). Comment mieux percevoir la musicalité, l’émotion des textes de Ronsard, Lamartine, Baudelaire ou Péguy ? Ce coffret de six CD, avec un livret de quatre vingt pages, rassemble des œuvres dites par des Comédiens de l’Académie française. Plus de six heures d’enregistrement. Un beau cadeau de fin d’année !
CÔTÉ FEMMES




« C’est énorme » par Écouter Voir

Frémeaux & Associés propose un coffret de six CD, six heures d’écoute, de poésie lue par de grandes voix. Les périodes parcourues vont du Moyen Age au début du XXe siècle et les auteurs abordés sont très nombreux : d’Apollinaire à Voltaire, en passant par Fabre d’Eglantine et Charles Péguy. Vous trouverez à coup sûr un auteur que vous appréciez ! Yves Gasc, Catherine Ferran, Sylvia Bergé, Denis Podalydès, Eric Ruf, Eric Génovèse, Chrisitian Gonon donnent leurs voix à cette superbe collection de textes littéraires. Six heures, c’est énorme et c’est bien peu pour connaître la poésie française, mais c’est déjà ça. Saluons l’initiative de cette belle introduction. Un livret de 80 pages renseigne sur les auteurs, les périodes et les lecteurs.
Lucas FALCHERO – ÉCOUTER VOIR




« Nos plus grandes œuvres poétiques » par Famille Chrétienne

Enfin, il faut saluer la première anthologie sonore : en six CD, par thèmes (amour, nature…), nos plus grandes œuvres poétiques, admirablement dites par des acteurs de la Comédie Française.
M.-C. H. – FAMILLE CHRÉTIENNE




« Vaste et merveilleux parcours » par Nice Matin

Dans cette anthologie sonore de la poésie de 1265 à 1915, les auteurs – absents de Paris et d’ailleurs – sont évidemment excusés. De Rutebeuf (« Que sont mes amis devenus ? ») et Luise Labé (« Baise m’encor », « Je vis je meurs ») jusqu’à Toulet, Jarry et Apollinaire, leurs poèmes sont dits par sept voix, féminines et masculines, de la Comédie Française, selon une progression qui oscille entre thèmes (de l’amour à la mort), genres et formes. A l’extrême fin de ce vaste et merveilleux parcours, la poésie elle-même s’interrogera sur son art, avec Boileau, Verlaine, Rimbaud et Saint Amant.
Dominique MONDOLONI – NICE MATIN




« Un enchantement » par Notes Bibliographiques

Alain Frémeaux présente soixante quinze poètes de Rutebeuf à Apollinaire, et fait une brève introduction sur ce qu’est la poésie et son évolution. Les poèmes proposés sont classés par thèmes pour chacun des six CD :
- L’amour galant, sensuel, frivole
-  Le corps féminin, affres de l’amour, regrets et souvenirs
- Histoires d’amour, misogynie, amitié, mélancolie, nostalgie
- La nature, portraits, satire
- Fables, religions, guerre
-La mort, consolations, langage poétique
Le choix est large, judicieux et les « diseurs » (de la Comédie Française) sont tous excellents (un très léger bémol : les voix n’ayant pas la même tonalité, l’auditeur doit, parfois, monter ou descendre le son). Un important livret : index chronologique, table alphabétique, biographies des auteurs et des acteurs. Quelques photos. Le tout ? Un enchantement, six heures de pur plaisir, il faudrait y mettre une myriade d’étoiles !
MH – NOTES BIBLIOGRAPHIQUES




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