AINSI PARLAIT ZARATHOUSTRA - NIETZSCHE - VOL 2

Lu par THIERRY FREMONT

Plus de détails

Nombre de CDs : 4


29,99 € TTC

FA8073

En Stock . Expédition prévue sous 24 à 72h selon week-end

Ajouter à ma liste

+3 pts fidélité


Volume 2 : Nietzsche était intimement convaincu que seule une inversion de toutes les valeurs admises jusqu’ici pourrait libérer l’horizon de l’ombre tutélaire de Dieu. Zarathoustra n’est donc pas seulement l’impitoyable iconoclaste qui brise les tables de l’ancienne loi ; il est surtout le législateur de l’avenir, le créateur de nouvelles valeurs, nées de l’acquiescement à la vie, “malgré ce qu’elle a de terrible et de problématique”. La sanctification païenne de l’existence met ainsi fin au ressentiment érigé en religion.
Claude Colombini Frémeaux & Yannis Constantinidès

Thierry Frémont
, comédien : Comment parvient-on à lire à haute voix un texte aussi difficile ? “Il m’a fallu deux jours pour trouver le souffle, la rythmique particulière qui irait avec sa musicalité. D’autre part, il faut être plein du sens du texte pour le transmettre. Je relisais chaque paragraphe pour bien comprendre avant de me lancer. D’autant que Nietzsche change parfois de ton de façon brutale. On peut ainsi passer d’un grand enthousiasme à un paragraphe plus sombre.” Propos recueillis par A. Brocas – Epok

Suivi lecture : Olivier Cohen
Droits audio : Groupe Frémeaux Colombini SAS
(livres audio, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre)

"

Friedrich Nietzsche Ainsi parlait zarathoustra Vol. 2

Friedrich Nietzsche
Ainsi parlait Zarathoustra 

Vol. 2 Le Grand Midi  

Lu par Thierry Frémont







Ainsi parlait Zarathoustra - Friedrich Nietzsche
(traduction d’Henri Albert)
Sélection thématique de Yannis Constantinidès


CD1
III/ L’inversion de toutes les valeurs : 
1/ LA DESTRUCTION DES ANCIENNES VALEURS
“Des vieilles et des nouvelles tables”  
01    Je suis assis là et j’attends…    1’00   
02    Lorsque je suis venu auprès des hommes…    3’49
03    C’est là aussi que j’ai ramassé…    2’50
04    Regardez, voici une nouvelle table…    1’13
05    Telle est la manière des âmes nobles…    1’01
06    Ô mes frères, le précurseur…    1’10
07    Être véridique : peu de gens le savent !    1’20
08    Quand il y a des planches…    2’05
09    Il y a une vieille folie…    0’56
10    Tu ne déroberas point…    1’00
11    Ceci est ma pitié à l’égard…    1’39
12    Ô mes frères ! Je vous investis…    2’35
13    Pourquoi vivre? tout est vain…    1’14
14    Pour les purs, tout est pur…    1’24
15    J’ai entendu de pieux hallucinés de l’arrière-monde…    1’04
16    Qui apprend beaucoup…    2’34
17    La barque est prête, elle vogue…    1’56
18    Ô mes frères, il y a des tables…    1’45
19    Je trace des cercles autour de moi…    2’09
20    Ô mes frères, suis-je donc cruel??    0’57
21    J’aime les braves?: mais il ne suffit pas…    2’16
22    Si ceux-ci avaient le pain gratuit…    1’08
23    C’est ainsi que je veux…    0’27
24    Veillez à la façon dont vous concluez…    1’34
25    Celui qui a acquis l’expérience…    1’49
26    Ô mes frères?! où est le plus grand danger…    2’12
27    Ô mes frères?! avez-vous aussi compris cette parole??    0’28
28    Vous fuyez devant moi??    1’37
29    Pourquoi si dur?? dit un jour au diamant…    1’26
30    Ô toi ma volonté?! Trêve de toute misère…    1’48 
“Des hallucinés de l'arrière-monde” 
31    Un jour Zarathoustra jeta son illusion…    4’21
32    Et ce moi, l’Être le plus loyal…    4’08   

CD2
“Des contempteurs du corps”
01    C’est aux contempteurs du corps…    2’25
02    Ton soi rit de ton moi?et de ses cabrioles…    2’27 
“Du pâle criminel”
03    Vous ne voulez point tuer, juges et sacrificateurs…    3’01
04    Qu’importe le sang?! dit-elle…    2’44 
“Des prédicateurs de la mort”
05    Il y a des prédicateurs de la mort et le monde…    2’09
06    La vie n’est que souffrance, prétendent-ils…    2’22 
“De la nouvelle idole”
07    Il y a quelque part encore des peuples…    3’26
08    Vous devez lui servir d’appât…        3’25 
“Des prêtres”
09    Un jour Zarathoustra fit une parabole…    3’22
10    Et celui qui habite près d’eux…    3’16 
“De la canaille” 
11    La vie est une source de joie…    3’32
12    Que m’est-il donc arrivé? Comment me suis-je délivré…     3’35 
“Des tarentules”
13    Regarde, voici le repaire de la tarentule?!    4’01
14    Il y en a qui prêchent ma doctrine de la vie…    4’10 
“De la vertu qui rapetisse”
15    Lorsque Zarathoustra revint sur la terre ferme…    2’04
16    Je passe au milieu de ce peuple…    2’57
17    Ils apprennent aussi à marcher à leur manière…    3’20
18    Je passe au milieu de ce peuple…    2’47
19    Vous ménagez trop, vous cédez trop…    2’42   

CD3
“De l’esprit de lourdeur”
01    Ma bouche est la bouche du peuple…    2’06
02    Celui qui apprendra à voler…    2’45
03    Mais ce n’est que l’homme lui-même…    3’25
04    Et je ne veux pas demeurer où chacun crache…    3’21  

2/ LA CREATION DE NOUVELLES VALEURS
“Mille et un buts”
05    Zarathoustra a vu beaucoup de contrées…    3’22
06    En vérité, les hommes se donnèrent…    3’37
“De la guerre et des guerriers”
07    Nous ne voulons pas que nos meilleurs ennemis…    2’28
08    La guerre et le courage ont fait…    2’38 
“De l’amour du prochain”
09    Vous vous empressez auprès du prochain…    4’20 
“De l’enfant et du mariage”
10    J’ai une question pour toi seul…    2’53
11    Cet homme me semblait respectable…    2’46 
“De la mort volontaire”
12    Il y en a beaucoup qui meurent trop tard…    3’23
13    Il y en a qui manquent leur vie…    3’45
“De la vertu qui donne”
14    Lorsque Zarathoustra eut pris congé…    3’03
15    Dites-moi, mes frères, quelle chose…    3’06
16    Ici Zarathoustra se tut quelque temps…    3’48
17    Quand Zarathoustra eut prononcé ces paroles…    3’13

IV/ DIRE OUI A LA VIE ET A SON ETERNEL RETOUR
“Des joies et des passions”
18    Mon frère, quand tu as une vertu…    2’36
19    Jadis tu avais dans ta cave…    2’18   

CD4
“La vieille et la jeune femme” 
01    Pourquoi te glisses-tu furtivement dans…    3’12
02    Qu’il y ait de la vaillance dans votre amour !    3’05 
“Le chant de la danse”
03    Un soir Zarathoustra traversa la forêt…    3’52
04    Car c’est sur ce pied-là que nous sommes …    3’18 
“De la vision et de l’énigme”
05    Lorsque, parmi les matelots…    3’23
06    Zarathoustra, pierre de la sagesse…    2’57
07    Arrête-toi, nain?! dis-je…    3’00
08    Et cette lente araignée qui rampe…    2’52
09    Ai-je jamais vu tant de dégoût…    2’33 
“L’autre chant de la danse”
10    Je viens de regarder dans tes yeux, ô vie…    2’49
11    Aimablement tu claquais devant moi…    2’10
12    Voilà ce que me répondit alors la vie…    2’52
13    Un?! Ô homme prends garde?!…    1’04 
“Les sept sceaux”
14    Si je suis un devin et plein de cet esprit…    1’26
15    Si jamais ma colère a violé des tombes…    1’12
16    Si jamais un souffle est venu vers moi…    1’12
17    Si jamais j’ai bu d’un long trait…    1’10
18    Si j’aime la mer…    1’09
19    Si ma vertu est une vertu de danseur…    1’15
20    Si jamais j’ai déployé des ciels tranquilles…    1’18 
“Le signe”
21    Le matin cependant, au lendemain…    2’53
22    Que m’arrive-t-il?? pensa…    3’27
23    Mais Zarathoustra lui-même…    2’49  


AINSI PARLAIT ZARATHOUSTRA
FRIEDRICH NIETZSCHE

Lu par Thierry Frémont  

Introduction à Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche par Yannis Constantinidès 
Réapprendre à écouter
Ainsi parlait Zarathoustra est sans conteste le livre le plus déroutant d’un philosophe lui-même inclassable, longtemps pris pour un littérateur, un poète. Les discours lyriques de Zarathoustra nous semblent aussi exotiques et mystérieux que les hymnes védiques ou les Gâthâ de Zarathushtra (Zoroastre pour les Grecs), le modèle choisi par Nietzsche. Rien en effet de plus “inactuel”, rien de plus étranger au goût moderne que le style enthousiaste, dithyrambique. Habitués comme nous le sommes à la sobriété et au dépouillement, nous éprouvons de fortes réticences à nous laisser emporter par une musique jusque-là inouïe. Nietzsche était d’ailleurs conscient qu’il lui faudrait créer un public pour ce “nouveau langage, parlant d’un nouvel ordre d’expériences” : “Peut-être Zarathoustra appartient-il tout entier à la musique : il est en tout cas certain qu’il présupposait une véritable renaissance de l’art d’écouter”, note-t-il ainsi dans Ecce Homo. Ce livre “écrit avec du sang” est donc fait pour être lu à voix haute, comme il était d’usage naguère : “À voix haute : cela veut dire avec toutes les amplifications, les inflexions, tous les renversements d’intonation et les variations de tempo qui faisaient la joie du monde public antique.” Art de l’écoute qui s’est perdu avec la lecture silencieuse, la lettre ayant fini par étouffer l’esprit. Les lecteurs blasés que nous sommes gagneraient ainsi à entendre le Zarathoustra, c’est-à-dire à le vivre, puisque c’est cela véritablement comprendre pour Nietzsche. “Il faut mériter de l’entendre”, écrit encore Ecce Homo de ce livre pour tous et pour personne.  

Un ouvrage atypique et sans grande unité
On ne trouve ni concepts ni structure systématique dans Ainsi parlait Zarathoustra, mais quelques thèmes récurrents et de nombreux et souvent étonnants personnages, sans parler du bestiaire bien fourni. Renonçant au placide ordre des raisons propre aux traités philosophiques traditionnels, Zarathoustra s’adresse non à l’intellect, mais à la “grande raison” du corps, pour tenter de communiquer des états de passion dionysiaque et des expériences inédites que les mots ne peuvent que dénaturer, rendre banals : “C’est la réalité la plus immédiate, la plus quotidienne, qui parle ici de choses inouïes. La sentence frémissante de passion ; l’éloquence faite musique ; des éclairs lancés à l’avance vers des futurs jusqu’alors insoupçonnés. La plus puissante invention symbolique connue jusqu’alors est pauvre et enfantine, comparée à ce retour de la langue au naturel du langage imagé.” C’est l’atrophie de l’imagination créatrice de mythes qui permet en effet à la froide rationalité de se développer. Pour Nietzsche, qui déplore dès ses textes de jeunesse le discrédit dans lequel est tombée la rhétorique, les métaphores sont plus parlantes que les concepts. Le style poétique et prophétique du Zarathoustra ne vise pas de ce fait à convaincre, mais à transformer, métamorphoser le lecteur ou l’auditeur.  Le plan de l’œuvre, de nombreuses fois remanié, ne traduit pas une cohérence très forte de l’ensemble ; d’où l’intérêt de proposer une sélection de textes en prenant pour fil conducteur l’évolution de Zarathoustra lui-même qui, après avoir longtemps tergiversé, finit par se montrer à la hauteur de son enseignement en se métamorphosant en enfant.  

La genèse du Zarathoustra
Le point de départ de la pensée de Nietzsche (1844-1900) est la volonté d’ennoblir l’homme mutilé, dénaturé par deux millénaires de négation chrétienne du corps et de la saine sensualité. Sa nature d’artiste et de visionnaire s’exprime dès le poème symphonique de 1862 consacré à la légende d’Ermanaric, le roi des Ostrogoths, qui révèle déjà une certaine prédilection pour les mythes païens. Bien que très divers, les ouvrages qui précèdent le Zarathoustra ont pour trait commun la révision des préjugés moraux hérités du christianisme et se proposent d’alléger l’existence en délivrant l’homme du péché originel pour lui redonner foi en lui-même et en son avenir. Mais l’événement capital fut pour Nietzsche, de son propre aveu, la “révélation” de l’éternel retour du même : “Je vais maintenant conter l’histoire de Zarathoustra. La conception fondamentale de l’œuvre, l’idée de retour éternel, la forme la plus haute d’acquiescement qui puisse être atteinte, — remonte au mois d’août 1881 : elle a été griffonnée sur un feuillet, avec la mention : “6000 pieds au-dessus de l’homme et du temps.” Ce jour-là, j’allais à travers bois, le long du lac de Silvaplana ; je fis halte près d’un énorme bloc de rocher dressé comme une pyramide, non loin de Surlei (en Suisse). C’est alors que me vint cette pensée...”  Ce rocher est aujourd’hui connu sous le nom de “rocher de Zarathoustra”, même si l’œuvre proprement dite a été conçue plus tard. Le personnage de Zarathoustra est certes mentionné pour la première fois à la fin du livre IV du Gai savoir (1881), juste après l’évocation du “poids le plus lourd”, la pensée de l’éternel retour du même, mais ce n’est qu’en février 1883 que paraîtra la première des quatre parties du Zarathoustra. Nietzsche la présente comme un aboutissement à Peter Gast, son confident habituel : “Il s’agit d’un tout petit livre, d’une centaine de pages environ. (...) Mais c’est mon meilleur ouvrage et je me suis enlevé en l’écrivant un rude poids de la conscience. Je n’ai rien donné de plus grave ni, en même temps, de plus gai ; je désire de tout cœur que cette couleur — qui n’a même pas besoin d’être une couleur mélangée — devienne de plus en plus celle de ma “na­ture”.” Nietzsche parle ici de délivrance parce que cette publication fait suite à l’échec du projet de “trinité” d’esprits libres qu’il voulait former avec Paul Rée et Lou von Salomé pour “évoquer l’avenir de l’humanité”. La rupture douloureuse, avec Lou surtout, a fini par convaincre Nietzsche que sa solitude était totale et que ses intuitions les plus profondes resteraient incomprises, même s’il reconnaîtra plus tard que ce n’est qu’après l’avoir rencontrée qu’il se sentit prêt pour le Zarathoustra. Retiré à Rapallo, près de Gênes, malade et profondément déprimé, Nietzsche a pourtant réussi à “transmuer le plomb en or” et à communiquer l’incommunicable. C’est pour cela qu’Ainsi parlait Zarathoustra est adressé à tous et à personne à la fois. Si la tonalité générale de l’œuvre est malgré tout gaie, c’est parce que “Zarathoustra s’est égayé à [ses] dépens”. Nietzsche a mis le meilleur de lui-même dans cet ouvrage, donnant ainsi l’exemple du dépassement de soi prêché dans le Prologue. 

On comprend dès lors qu’il ait été profondément blessé par le silence de plomb qui a accueilli un tel don de soi. Rêvait-il naïvement de produire un effet immédiat, comme Zarathoustra, dressant un portrait flatteur du surhumain (Übermensch) devant la foule passive, avant de comprendre qu’il n’y avait pas là d’oreilles pour sa “bonne nouvelle” ? Nietzsche renoncera en tout cas à rendre publique la quatrième et dernière partie de l’ouvrage, rédigée en 1885 et imprimée (à compte d’auteur...) à quarante exemplaires seulement. Cette “Tentation de Zarathoustra”, qui n’était pas prévue au départ, est quelque peu moins gaie que les précédentes, même si elle se termine par l’annonce de la proximité du Grand Midi. Malgré les apparences, cette espérance n’a rien de messianique : elle ne fait qu’indiquer une direction à la volonté de réformer l’existence. Pour que le type surhumain ne reste pas un songe creux, une vaine aspiration, il faut le vouloir et non l’attendre comme le Sauveur. Un fragment posthume de 1883 précise en ce sens qu’il faut “deviner les conditions dans lesquelles vivront les hommes de l’avenir— car deviner ainsi et anticiper ont la force d’un mobile : l’avenir, en tant qu’il est ce que nous voulons, agit sur notre présent.” Bien que guéri de toute illusion sur la possibilité d’une conversion massive aux idéaux du Zarathoustra, Nietzsche ne renoncera jamais à cet espoir incertain du surhumain, né du refus de la médiocre modernité. Par-delà bien et mal (1886) sera présenté comme un simple “commentaire” d’Ainsi parlait Zarathoustra, Ecce Homo (1888) insistera longuement sur la révolution stylistique et spirituelle qui y est menée et le tout dernier ouvrage publié par Nietzsche lui-même avant d’être happé par la folie, les Dithyrambes de Dionysos (1889), reprendra en écho ses principaux chants. On ne saurait donc reprocher à Nietzsche d’avoir mal assuré la promotion de sa “bonne nouvelle” ! Son talent de pêcheur à la ligne n’est pas en cause, “ce sont les poissons qui manquaient...”, comme il le dit avec humour.  

Pourquoi donner la parole à Zarathoustra ?
Reste à expliquer le choix de la figure historique de Zarathushtra, le réformateur iranien du VIIe siècle av. J.-C., comme porte-parole paradoxal. On sait que l’auteur des Gâthâ promettait aux bons et aux justes qu’Ahura Mazda, le principe personnifié du Bien, réformerait l’existence et les délivrerait du mal. En attendant la transfiguration du monde, Zarathushtra recommandait à ses disciples de s’astreindre aux bonnes pensées, aux bonnes paroles et aux bonnes actions. C’est au prix d’un contresens que l’on a fait de ce précurseur du monothéisme le père du dualisme métaphysique alors qu’il se refuse à reconnaître à Ahra Mainyu (Ahriman), le principe du mal, une dignité équivalente à celle d’Ahura Mazda (Ormazd), la victoire finale de ce dernier ne faisant aucun doute à ses yeux. Mais on peut en revanche comme Nietzsche lui attribuer la paternité du partage des actions en bonnes et mauvaises, ce qui fait de lui l’ancêtre de l’éthique judéo-chrétienne. S’il redonne voix à ce vieux prophète oublié, c’est pour lui permettre de rectifier lui-même son erreur, comme il l’explique dans un passage crucial d’Ecce Homo : “On ne m’a pas demandé – mais on aurait dû me demander –, ce que signifie dans ma bouche, dans la bouche du premier immoraliste, le nom de Zarathoustra, car c’est juste le contraire qui fait le caractère monstrueusement unique de ce Perse dans l’histoire. Zarathoustra, le premier, a vu dans la lutte du bien et du mal la vraie roue motrice du cours des choses – la transposition en métaphysique de la morale conçue comme, cause, fin en soi, telle est son œuvre à lui. Mais poser cette question serait au fond déjà y répondre. Zarathoustra a suscité cette funeste erreur qu’est la morale : par conséquent il doit être le premier à la reconnaître. Non seulement il a en cela une expérience plus vaste et plus longue qu’aucun penseur – toute l’histoire est en fait la réfutation empirique du prétendu “ordre moral universel” – mais encore, et c’est le plus important, Zarathoustra est plus sincère qu’aucun autre penseur. Sa doctrine, –  et c’est la seule –, a pour vertu suprême la sincérité – c’est-à-dire le contraire de la lâcheté de l’“idéaliste” qui prend la fuite devant la réalité. Zarathoustra a plus de courage inné que tous les penseurs pris ensemble. Dire la vérité et bien décocher ses flèches, telle est la vertu perse. – Me comprend-on ?... La morale se dépassant elle-même par souci de vérité, le moraliste se dépassant en son contraire – en moi – voilà ce que signifie dans ma bouche le nom de Zarathoustra.” 

Un long cycle historique se clôt ainsi symboliquement avec la “rédemption de la réalité”, l’innocence restaurée du devenir délivré de la volonté de vengeance et du ressentiment. Zarathoustra est “le parfait héritier” parce que lui incombe la lourde tâche de “racheter” l’ensemble du passé et d’accomplir en lui la synthèse de millénaires de contradictions. Au contraire du chameau, de l’héritier involontaire qu’écrase le poids de la tradition et des valeurs établies, l’héritier critique est celui qui s’affranchit du passé et crée de nouvelles valeurs. On comprend dès lors que Nietzsche fasse de son Zarathoustra le dernier maillon, conscient, d’une chaîne d’or de législateurs qui part de son homonyme perse et s’étend à travers les siècles : “En tout ce qui pouvait émouvoir Zoroastre, Moïse, Mohammed Jésus Platon Brutus Spinoza Mirabeau, moi aussi d’ores et déjà j’étais vivant et pour maintes choses ce n’est qu’en moi que vient au jour ce qui nécessitait quelques millénaires pour passer de l’état embryonnaire à celui de pleine maturité.”  

La “Bible de l’avenir”
Nietzsche présente ainsi son Zarathoustra comme un “cinquième Évangile”, une épreuve à vivre, car “que vaut un livre qui ne nous emmène pas au-delà de tous les livres ?” De fait, cet ouvrage d’apparence religieuse ne ressemble à rien de connu, pas même à ses illustres modèles : la Bible, parodiée pourtant presque à chaque ligne, ou les écrits sacrés des Bouddhistes (le Lalitâvistara, par exemple), auxquels il emprunte l’expression récurrente “Ainsi parla…” (Also sprach), qui clôt chaque chapitre. Car si Zarathoustra est décrit comme un “Éveillé”, à l’instar de Bouddha, et s’il a bien un enseignement éthique à communiquer comme Jésus et les autres prophètes, il n’est nullement un fondateur de religion : “Qui parle dans ces pages n’est pas un “prophète”, ni aucun de ces hybrides de maladie et de volonté de puissance que l’on nomme “fondateurs de religion”. Il faut avant tout savoir entendre l’accent qui sort de cette bouche, cet accent alcyonien, pour ne pas se méprendre piteusement sur le sens de sa sagesse.” Nietzsche ne cesse en effet de répéter que Zarathoustra est fondamentalement impie et qu’il appelle à la fidélité à la terre plutôt que d’indiquer comme ses prédécesseurs un moyen pour s’en évader. La “bonne nouvelle” (évangile) de cette “Bible de l’avenir”, venue remédier au “dysangile” chrétien, est qu’il n’y a pas d’autre éternité que celle de l’instant et qu’il faut donc courageusement renoncer à toutes les espérances supraterrestres. “Ce que veut Zarathoustra”, d’après Ecce Homo, c’est une race d’hommes qui “conçoit la réa­lité telle qu’elle est”, qui “est elle-même cette réalité, et porte en elle tout ce que cette réalité a de terrible et de problématique”. Plutôt que d’attendre le salut dans la crainte et le tremblement, l’homme doit être son propre créateur et le créateur de ses valeurs : aide-toi, le ciel ne t’aidera pas ! Ainsi parlait Zarathoustra propose un contre-idéal, à rebours des idéaux qui passaient jusqu’alors pour les plus élevés ; il indique à l’humanité une autre voie que celle de l’abnégation et du sacrifice de soi que les plus grands “sages” de l’humanité ont, avec une complaisance cer­taine, identifiée à la vertu : la voie de la grandeur.  Nietzsche veut, contre toute tentation nihiliste, réhabiliter la forte séduction de la vie. Il n’hésite pas pour cela à rejeter le masque trompeur de la sagesse, toute sagesse risquant de se pétrifier, de se retourner contre la vie alors même qu’elle en est issue ! À la rancune secrète de tous les fatigués des luttes de la vie qui aspirent à un refuge, à un terne au-delà, Zarathoustra oppose une gratitude sans faille, disant oui à la vie malgré son absence radicale de sens et toute la souffrance qu’elle charrie. Cette approbation inconditionnelle le distingue favorablement de tous les pessimistes qui ne supporteraient même pas la pensée d’un éternel retour de la vie, d’une vie sans horizon autre que celui qui s’ouvre à l’action humaine, enfin débarrassée de l’ombre tutélaire de Dieu. Ainsi parlait Zarathoustra est en ce sens un véritable hymne à la vie pleine et entière, une preuve de “grande santé” en même temps qu’une invite à cette “santé toujours renouvelée” qui caractérise justement le type de Zarathoustra et que le Gai savoir décrit de la sorte : “une santé qu’il ne suffit pas de posséder, mais qu’il faut sans cesse conquérir et reconquérir puisqu’il faut sans cesse la risquer et la remettre en jeu…”. 

La tâche d'inversion de toutes les valeurs
Au cœur de l’ouvrage se trouve la tâche d’inversion de toutes les valeurs (Umwertung aller Werte), présentée comme un destin auquel Zarathoustra ne peut se dérober, même s’il est quelquefois tenté de le faire. De l’aveu même de Nietzsche, le long chapitre intitulé “Des vieilles et des nouvelles tables” est la “partie capitale” de cette Bible déroutante. C’est ici que la volonté de philosopher “à coups de marteau” prend tout son sens : ce marteau, c’est celui du législateur de l’avenir, qui assume la lourde responsabilité de remodeler l’humanité à l’image du surhumain et de décider de son avenir. La véritable création est toutefois solidaire de la destruction, comme le rappelle une formule essentielle de la Généa­logie de la morale : “Pour pouvoir ériger un sanctuaire, il faut détruire un sanctuaire : c’est la loi”. Aux yeux des “chameaux”, qui s’accrochent aux valeurs établies, le créateur de nouvelles valeurs fait forcément figure de criminel, parce qu’ils ne voient en lui qu’un lion négateur. Du reste, le sentiment de culpabilité que ressent le “pâle criminel” du Zarathoustra est l’effet de l’intériorisation des valeurs judéo-chrétiennes ; son instinct léonin lui commande de transgresser ces vertus castratrices, mais il ne peut s’empêcher d’éprouver après coup du repentir, “cette espèce de lâcheté devant son acte”. Ainsi parlait Zarathoustra est donc bien “une étrange sorte de prédication morale”. Le commandement “Soyez durs !” vise en tout cas à prémunir les forts contre le poison du repentir et de la compassion, qui ôtent à l’action son innocence et sa spontanéité.  Il ne faut pas s’y tromper en effet : l’“immoralisme” de Nietzsche n’implique pas le rejet de toute morale, mais seulement de la morale décadente, qui cherche à rapetisser l’homme. La première inversion des valeurs fut en réalité l’œuvre des prêtres ascétiques, ces “alchimistes à rebours”, qui transformèrent l’or en plomb et jetèrent l’opprobre sur toutes les valeurs nobles. Ce qui rend nécessaire l’inversion de l’inversion qu’accomplit le Zarathoustra, c’est le fait que la décadence, la haine de la vie florissante ont jusqu’ici dicté leurs valeurs, élevant au rang de mesure de la vertu l’expression de corps malades, diminués, rabougris.

Nietzsche déplore ainsi que la tâche d’éducation de l’homme ait jusque-là été abandonnée à la morale judéo-chrétienne. Il faut désormais commencer par le bon endroit, c’est-à-dire par le corps, pour éviter toute conduite de fuite projective hors de la réalité, car “il n’y a pas assez d’amour et de bonté sur terre pour avoir le droit d’en prodiguer à des êtres imaginaires” ! Les prétendus sentiments élevés (la grandeur d’âme, l’abnégation, l’humilité) paraissent suspects à Nietzsche dans la mesure précisément où ils détournent de la réalité et creusent un fossé en l’homme entre l’ange et la bête. Contrairement à l’ascète, l’individu synthétique et souverain auquel il donne le nom de surhumain ne renie pas ces “chiens sauvages” que sont ses pulsions, mais les met au service d’une spiritualité qui intègre la sensualité plutôt que de se dresser contre elle. “L’Antéchrist” n’hésite pas dès lors à réhabiliter les “mauvaises” passions comme la méchanceté, l’envie, l’égoïsme et même la cruauté, car “toute mauvaise chose a deux bons envers”. En se bornant à la condamnation et à l’anathème, le dualisme moral interdit à l’homme toute réconciliation entre sa part d’ombre (la “part maudite”) et son “moi supérieur”…  Même si l’inversion des valeurs établies n’est pas une pure et simple restauration de l’ordre ancien, Nietzsche ne cache pas qu’il prend les Grecs pour modèle. Il reconnaît ainsi leur devoir l’hypothèse de la volonté de puissance et il sait gré à Héraclite d’avoir été le premier à prêcher l’éternel retour de la vie : “L’acquiescement à l’impermanence et à l’anéantissement, le “oui” dit à la contradiction et à la guerre, le devenir, impliquant le refus de la notion même d’“être” — en cela, il me faut reconnaître en tout cas la pensée la plus proche de la mienne qui ait jamais été conçue. La doctrine de l’“éternel retour”, c’est-à-dire du mouvement cyclique absolu et infiniment répété de toutes choses — cette doc­trine de Zarathoustra pourrait, tout compte fait, avoir déjà été enseignée par Héraclite.”   

Le long chemin vers la liberté
Ce qui fait toutefois la spécificité de ce nouveau prophète de l’éternel retour qu’est Zarathoustra, c’est sa conscience aiguë du caractère tragique d’une vie dépourvue de toute consolation. L’éducateur devant lui-même être éduqué, Ainsi parlait Zarathoustra prend naturellement la forme d’un récit initiatique. On remarquera ainsi que l’ouvrage débute et se termine par un hymne au soleil très zoroastrien. Mais pour rendre possible ce Grand Midi, pour devenir ce qu’il est, c’est-à-dire le législateur de l’avenir, Zarathoustra doit résister à la tentation du “profond sommeil”, au confort du renoncement à soi propre aux derniers hommes. Car il n’est que trop facile de devenir le singe de son propre idéal, de continuer à le professer tout en y ayant renoncé dans son for intérieur… Il ne s’agit donc pas seulement de prêcher le dépassement de soi, mais d’en donner l’exemple : “La victoire que Zarathoustra remporte sur lui-même, considérée en tant que modèle de la victoire que l’humanité doit remporter sur elle-même pour réaliser le surhumain. Pour cela il est nécessaire de surmonter la morale.” Le parcours tortueux de Zarathoustra, qui n’a que tardivement le courage de ce qu’il sait, s’apparente dès lors à une véritable traversée des enfers, l’annonciateur du surhumain devant subir dans sa propre chair les conséquences effroyables de son geste iconoclaste de destruction de toutes les valeurs dominantes. Nietzsche prend semble-t-il un malin plaisir à nous montrer Zarathoustra pétri de doutes, s’abandonnant même un moment à la douce mais délétère torpeur du “Midi”, l’heure de l’ombre la plus courte, c’est-à-dire du déclin, du sommeil cataleptique voisin de la mort. Mais si Zarathoustra fait montre plus d’une fois de lassitude, s’il éprouve lui aussi cette grande fatigue qui est à l’origine de tous les jugements pessimistes sur la vie, il finit toutefois par se reprendre et par surmonter ce qui en lui voulait décliner. Retrouvant tout son courage à “l’heure la plus silencieuse de la nuit”, il délivre à l’auditeur prédestiné une leçon de volonté : “vouloir libère”, même de la tentation grecque d’un repos prolongé dans les Îles bienheureuses. Sans Dieu pour le guider ou l’inspirer, Zarathoustra “devient enfant” au terme d’une véritable odyssée intérieure, ses rêves jouant notamment un rôle important de maturation. Ce n’est qu’à la fin de l’ouvrage qu’il connaîtra l’apaisement, en apercevant les lions rieurs et les autres signes précurseurs du Grand Midi. 

La tension dramatique qui parcourt l’œuvre est précisément exprimée par l’alternance du jour et de la nuit. La “nature solaire” de Zarathoustra, sur laquelle insiste Ecce Homo, n’est plus celle de son modèle perse Zarathushtra (dont le nom peut être traduit par “chameau d’or” !), ennemie jurée des ténèbres, mais celle, moins angélique, du voyageur réconcilié avec son ombre dionysiaque. Zarathoustra commence par se coucher comme le soleil avant de finir dans sa vieillesse par accueillir avec joie l’aurore annonciatrice du Grand Midi et de sa propre rédemption par la réalité. Il est alors définitivement guéri de l’attrait morbide du crépuscule et des valeurs crépusculaires, remis aussi de la brutale révélation de l’éternel retour du semblable. C’est cette santé renouvelée qui le fait proclamer son amour du destin (amor fati) et lui donne le courage de faire tourner à nouveau la roue de la vie plutôt que de tenter comme Bouddha de mettre fin au cycle éternel des (re)naissances. Zarathoustra préfère en effet le samsara, ce monde prétendument trompeur, au nirvana, l’extinction de soi, comme le montre son goût de la danse, des chants et du jeu. Ses fidèles compagnons, l’aigle et le serpent, sont d’ailleurs complémentaires puisque le premier incarne la fierté altière et la volonté de puissance et le second l’attachement indéfectible à la terre et l’éternel retour du semblable. En fin de compte, la transcendance n’est pas à chercher ailleurs que dans l’immanence : c’est le sens du symbole du serpent enroulé autour du cou de l’aigle à la fin du Prologue.  Ce choix de l’immanence radicale divise l’Histoire en un avant et un après ; Ecce Homo parlera en ce sens de “l’événement que fut Zarathoustra, cet acte de purification et de consécration de l’humanité” et oppose la légèreté de l’enfant à “l’esprit de lourdeur” de l’ancienne morale : “On n’avait jamais rêvé que la nature alcyonienne, les pieds légers, l’omniprésence de la malice et de l’enjouement, qui caractérisent le personnage de Zarathoustra, puissent être des traits essentiels de la grandeur.” Rejetant le sérieux apocalyptique qui caractérise d’ordinaire les prédicateurs de vertu, Nietzsche prend soin de préciser dans Ecce Homo qu’il préférerait encore passer pour un pitre plutôt que pour un saint. Le surhumain n’est après tout qu’un audacieux pari, qu’un “dangereux peut-être” qu’il faut accueillir avec l’innocence de l’enfant qui joue. C’est pour avoir cru aux diverses promesses de salut que tant d’“hommes supérieurs” sont devenus des railleurs et des destructeurs, des lions aigris. Les idéalistes déçus, tel le jeune homme appuyé contre l’arbre dans la montagne, finissent ainsi par désespérer de toute grandeur. À ce rire jaune du “brûlé”, Nietzsche oppose le rire franc et libérateur du berger, qui mord à belles dents la tête du serpent l’empêchant de respirer, acquiescant par là dans l’instant à l’éternel retour de la vie.   

Choisir entre montée et déclin
La doctrine de l’éternel retour du semblable, “forme outrancière du nihilisme” qu’il faut comme le berger s’incorporer, apparaît dès lors comme l’épreuve suprême pour l’humanité, appelée à choisir son avenir, à se prononcer clairement en faveur du surhumain ou bien du dernier homme. Convaincu que “beaucoup d’aurores n’ont pas encore lui”, Nietzsche interpelle sans ménagement ses lecteurs dans Aurore : “Et en fin de compte : si l’humanité ne périt pas à cause d’une passion, elle périra à cause d’une faiblesse : que préfère-t-on ? C’est la question essentielle. Lui souhaitons-nous de finir dans le feu et la lumière, ou dans le sable ?” Si la vie est bien une corde tendue au-dessus de l’abîme, il n’y a plus d’échappatoire : on ne peut qu’aller de l’avant ou sombrer…  C’est que la mort de Dieu est un événement ambigu, qui libère certes l’horizon mais ôte en même temps toute béquille transcendante à l’homme, le laissant en proie au nihilisme. Le désenchantement guette alors : à quoi bon en­core agir, encore créer si tout est éphémère, s’il n’y a pas d’éternité en dehors de celle de l’instant ? Le cri de détresse des hommes supérieurs témoigne de la profondeur du désarroi des orphelins de l’au-delà. Ébranlé par cet appel à l’aide, Zarathoustra trouve pourtant la force de ne pas céder à sa dernière tentation, celle de la pitié pour les forts brisés, les comédiens de l’idéal. La dureté est d’autant plus requise ici du législateur de l’avenir que l’affect chrétien de la compassion risque de le détourner de sa tâche d’inversion de toutes les valeurs. C’est pour cela que Zarathoustra finit dans le Prologue par abandonner le cadavre du funambule qu’il s’était promis, par égard pour son courage, d’enterrer de ses propres mains. Le diabolique bouffon de la tour, incarnation du caractère impitoyable de l’existence, l’avait d’ailleurs d’emblée mis en garde contre tout sentimentalisme, tout apitoiement sur soi-même ou sur les héros déchus. Tout compte fait, l’existence n’est pas aussi sombre qu’il y paraît : autant alors vivre en beauté et périr comme le funambule en tentant de se dépasser soi-même plutôt que de se laisser glisser vers une mort retardée et indolore, comme le dernier homme. 

Zarathoustra incite en fin de compte l’humanité à choisir entre une vie dangereuse mais brève et une vie longue mais sans grandeur, en espérant qu’elle optera comme Achille pour la première. Le nihilisme européen représente à cet égard une formidable opportunité en même temps qu’un risque immense : “Si nous ne faisons pas de la mort de Dieu un magnifique renoncement et une perpétuelle victoire sur nous-mêmes, nous aurons à payer pour cette perte.” Les demi-mesures n’étant plus de mise, il faut se résoudre à choisir entre montée et déclin. Pour éviter de prolonger inutilement l’agonie de l’humanité désorientée et s’accrochant aux ombres de Dieu avec l’énergie du désespoir, Zarathoustra tente de “provoquer la décision”. La mort elle-même doit être une affirmation de la vie, comme le montre le chapitre sur la mort volontaire. C’est le ressentiment à l’encontre de la vie qui rend la mort si effrayante et qui pousse à placer tous ses espoirs dans un “arrière-monde” rassurant certes, mais imaginaire. Avoir foi en soi et en l’avenir, ne plus subir l’éternel retour de la vie mais le vouloir, permet au contraire de vivre pleinement et de mourir sans regrets, sans avoir enterré vivante la meilleure partie de soi… Après tout, “la mort nous est proche suffisamment pour qu’il ne nous faille pas craindre la vie”. C’est là sans doute la plus grande leçon de Nietzsche-Zarathoustra.  
Yannis Constantinidès  
Pour une première approche de la pensée de Nietzsche et un large choix de textes commentés, lire Yannis Constantinidès, Nietzsche, Hachette, collection “Prismes”, 2001. 
© 2006 FRÉMEAUX & ASSOCIÉS - GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SAS 

Thierry Frémont 
Né en juillet 1962, Thierry Frémont conçoit le projet de devenir comédien alors qu’il est au lycée. Après un cursus au Cours Florent, il intègre, à vingt ans, le Conservatoire National Supérieur de Paris. Il débute au cinéma en 1987 par un rôle dans Travelling avant, de Jean-Claude Tachella, pour lequel il remporte le César du meilleur espoir masculin l’année suivante. La même année, sa prestation dans Les Noces barbares de Marion Haensel lui vaut le prix Jean Gabin.  Fort de ces premiers succès, Thierry Frémont multiplie des expériences placées sous le signe de l’éclectisme : cinéma, bien sûr, mais encore théâtre ou productions télévisées. Sur scène, il interprète les grands textes, de Marivaux à Miller, en passant par Claudel, Tchekhov, Büchner, etc. Dernièrement, son rôle dans Signé Dumas, de Cyril Gely et Eric Rouquette, mis en scène par Jean-Luc Tardieu au théâtre Marigny, lui a valu le Molière du Meilleur Second Rôle (2004). En 1996, il fait un retour remarqué au cinéma avec Les Démons de Jésus, de Bernie Bonvoisin. A partir de là, il a fréquemment tenu le haut de l’affiche, comme dans Nadia et les hippopotames de Dominique Cabrera (1999), Femme Fatale de Brian de Palma (2001), Livraison à domicile de Bruno Delahaye (2003), et tourne actuellement dans l’adaptation des mythiques Brigades du tigre ! Depuis le début de sa carrière, Thierry Frémont obtient également de grands rôles pour des productions de télévision. C’est grâce à cette diversité et une filmographie impressionnante que son dernier rôle en date pour la télévision, Dans la tête du tueur de Claude-Michel Rome, où il interprète le tueur en série Francis Heaulme, lui a valu l’honneur d’être le premier comédien français à recevoir un International Emmy Award, à New York, le 21 novembre 2005.   

Ecouter Friedrich Nietzsche Ainsi parlait zarathoustra  Vol. 2 (livre audio) © Frémeaux & Associés / Frémeaux & Associés est l'éditeur mondial de référence du patrimoine sonore musical, parlé, et biologique. Récompensés par plus de 800 distinctions dont le trés prestigieux "Grand Prix in honorem de l'Académie Charles Cros", les catalogues de Frémeaux & Associés ont pour objet de conserver et de mettre à la disposition du public une base muséographique universelle des enregistrements provenant de l'histoire phonographique et radiophonique. Ce fonds qui se refuse à tout déréférencement constitue notre mémoire collective. Le texte lu, l'archive ou le document sonore radiophonique, le disque littéraire ou livre audio, l'histoire racontée, le discours de l'homme politique ou le cours du philosophe, la lecture d'un texte par un comédien (livres audio) sont des disques parlés appartenant au concept de la librairie sonore. (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, cours sur CD, entretiens à écouter, discours d'hommes politiques, livres audio, textes lus, disques parlés, théâtre sonore, création radiophonique, lectures historiques, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre, audio-livre, lecture à voix haute, entretiens à haute voix, parole enregistrée, etc...). Les livres audio sont disponibles sous forme de CD chez les libraires  et les disquaires, ainsi qu’en VPC. Enfin certains enregistrements de diction peuvent être écoutés par téléchargement auprès de sites de téléchargement légal.




PisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 JE SUIS ASSIS LA ET J ATTENDS - FREMONT01'00
02 LORSQUE JE SUIS VENU AUPRES DES HOMMES - FREMONT03'49
03 C EST LA AUSI QUE J AI RAMASSE - FREMONT02'50
04 REGARDEZ VOICI UNE NOUVELLE TABLE - FREMONT01'13
05 TELLE EST LA MANIERE DES AMES NOBLES - FREMONT01'01
06 O MES FRERES LE PRECURSEUR - FREMONT01'10
07 ETRE VERIDIQUE PEU DE GENS LE SAVENT - FREMONT01'20
08 QUAND IL Y A DES PLANCHES - FREMONT02'05
09 IL Y A UNE VIEILLE FOLIE - FREMONT00'56
10 TU NE DEROBERAS POINT - FREMONT01'00
11 CECI EST MA PITIE A L EGARD - FREMONT01'39
12 O MES FRERES JE VOUS INVESTIS - FREMONT02'35
13 POURQUOI VIVRE TOUT EST VAIN - FREMONT01'14
14 POUR LES PURS TOUT EST PUR - FREMONT01'24
15 J AI ENTENDU DE PIEUX HALLUCINES DE L ARRIERE MOND - FREMONT01'04
16 QUI APPREND BEAUCOUP - FREMONT02'34
17 LA BARQUE EST PRETE ELLE VOGUE - FREMONT01'56
18 O MES FRERES IL Y A DES TABLES - FREMONT01'45
19 JE TRACE DES CERCLES AUTOUR DE MOI - FREMONT02'09
20 O MES FRERES SUIS JE DONC CRUEL - FREMONT00'57
21 J AIME LES BRAVES MAIS IL NE SUFFIT PAS - FREMONT02'16
22 SI CEUX CI AVAIENT LE PAIN GRATUIT - FREMONT01'08
23 C EST AINSI QUE JE VEUX - FREMONT00'27
24 VEILLEZ A LA FACON DONT VOUS CONCLUEZ - FREMONT01'34
25 CELUI QUI ACQUIS L EXPERIENCE - FREMONT01'49
26 O MES FRERES OU EST LE PLUS GRAND DANGER - FREMONT02'12
27 O MES FRERES AVEZ VOUS AUSSI COMPRIS CETTE PAROLE - FREMONT00'28
28 VOUS FUYEZ DEVANT MOI - FREMONT01'37
29 POURQUOI SI DUR DIT UN JOUR AU DIAMANT - FREMONT01'26
30 O TOI MA VOLONTE TREVE DE TOUTE MISERE - FREMONT01'48
31 UN JOUR ZARATHOUSTRA JETA SON ILLUSION - FREMONT04'21
32 ET CE MOI L ETRE LE PLU LOYAL - FREMONT04'08
33 C EST AUX CONTEMPTEURS DU CORPS - FREMONT02'25
34 TON SOI RIT DE TON MOI ET DE SES CABRIOLES - FREMONT02'27
35 VOUS NE VOULEZ POINT TUER JUGES ET SACRIFICATEURS - FREMONT03'01
36 QU IMPORTE LE SANG DIT ELLE - FREMONT02'44
37 IL Y A DES PREDICATEURS DE LA MORT ET LE MONDE - FREMONT02'09
38 LA VIE N EST QUE SOUFFRANCE PRETENDENT ILS - FREMONT02'22
39 IL Y A QUELQUE PART ENCORE DES PEUPLES - FREMONT03'26
40 VOUS DEVEZ LUI SERVIR D APPAT - FREMONT03'25
CD 2
01 UN JOUR ZARATHOUSTRA FIT UNE PARABOLE - FREMONT03'22
01 LORSQUE ZARATHOUSTRA EUT PRIS CONGE - FREMONT03'03
02 ET CELUI QUI HABITE PRES D EUX - FREMONT03'16
02 DITES MOI MES FRERES QUELLE CHOSE - FREMONT03'06
03 LA VIE EST UNE SOURCE DE JOIE - FREMONT03'32
03 ICI ZARATHOUSTRA SE TUT QUELQUE TEMPS - FREMONT03'48
04 QUE M EST IL DONC ARRIVE COMMENT ME SUIS JE DELIVR - FREMONT03'35
04 MON FRERE QUAND TU AS UNE VERTU - FREMONT02'36
05 REGARDE VOICI LE REPAIRE DE LA TARENTULE - FREMONT04'01
05 JADIS TU AVAIS DANS TA CAVE - FREMONT02'18
06 IL Y EN A QUI PRECHENT MA DOCTRINE DE LA VIE - FREMONT04'10
06 POURQUOI TE GLISSES TU FURTIVEMENT DANS - FREMONT03'12
07 LORSQUE ZARATHOUSTRA REVINT SUR LA TERRE FERME - FREMONT02'04
07 QU IL Y AIT DE LA VAILLANCE DANS VOTRE AMOUR - FREMONT03'05
08 JE PASSE AU MILIEU DE CE PEUPLE 1 - FREMONT02'57
08 UN SOIR ZARATHOUSTRA TRAVERSA LA FORET - FREMONT03'52
09 ILS APPRENNENT AUSSI A MARCHER A LEUR MANIERE - FREMONT03'20
09 CAR C EST SUR CE PIED LA QUE NOUS SOMMES - FREMONT03'18
10 JE PASSE AU MILIEU DE CE PEUPLE 2 - FREMONT02'47
10 LORSQUE PARMI LES MATELOTS - FREMONT03'23
11 VOUS MENAGEZ TROP VOUS CEDEZ TROP - FREMONT02'42
11 ZARATHOUSTRA PIERRE DE LA SAGESSE - FREMONT02'57
12 MA BOUCHE EST LA BOUCHE DU PEUPLE - FREMONT02'06
12 ARRETE TOI NAIN DIS JE - FREMONT03'00
13 CELUI QUI APPRENDRA A VOLER - FREMONT02'45
13 ET CETTE LENTE ARAIGNEE QUI RAMPE - FREMONT02'52
14 MAIS CE N EST QUE L HOMME LUI MEME - FREMONT03'25
14 AI JE JAMAIS VU TANT DE DEGOUT - FREMONT02'33
15 ET JE NE VEUX PAS DEMEURER OU CHACUN CRACHE - FREMONT03'21
15 JE VIENS DE REGARDER DANS TES YEUX O VIE - FREMONT02'49
16 ZARATHOUSTRA A VU BEAUCOUP DE CONTREES - FREMONT03'22
16 AIMABLEMENT TU CLAQUAIS DEVANT MOI - FREMONT02'10
17 EN VERITE LES HOMMES SE DONNERENT - FREMONT03'37
17 VOILA CE QUE ME REPONDIT ALORS LA VIE - FREMONT02'52
18 NOUS NE VOULONS PAS QUE NOS MEILLEURS ENNEMIS - FREMONT02'28
18 UN O HOMME PRENDS GARDE - FREMONT01'04
19 LA GUERRE ET LE COURAGE ONT FAIT - FREMONT02'38
19 SI JE SUIS UN DEVIN ET PLEIN DE CET ESPRIT - FREMONT01'26
20 VOUS VOUS EMPRESSEZ AUPRES DU PROCHAIN - FREMONT04'20
20 SI JAMAIS MA COLERE A VIOLE DES TOMBES - FREMONT01'12
21 J AI UNE QUESTION POUR TOI SEUL - FREMONT02'53
21 SI JAMAIS UN SOUFFLE EST VENU VERS MOI - FREMONT01'12
22 CET HOMME ME SEMBLAIT RESPECTABLE - FREMONT02'46
22 SI JAMAIS J AI BU D UN LONG TRAIT - FREMONT01'10
23 IL Y EN A BEAUCOUP QUI MEURENT TROP TARD - FREMONT03'23
23 SI J AIME LA MER - FREMONT01'09
24 IL Y EN A QUI MANQUENT LEUR VIE - FREMONT03'45
24 SI MA VERTU EST UNE VERTU DE DANSEUR - FREMONT01'15
25 SI JAMAIS J AI DEPLOYE DES CIELS TRANQUILLES - FREMONT01'18
26 LE MATIN CEPENDANT AU LENDEMAIN - FREMONT02'53
27 QUE M ARRIVE T IL PENSA - FREMONT03'27
28 MAIS ZARATHOUSTRA LUI MEME - FREMONT02'49
29 QUAND ZARATHOUSTRA EUT PRONONCE CES PAROLES - FREMONT03'13

Les clients qui ont acheté ce produit ont également acheté...