LE HORLA, LA CHEVELURE & AUTRES RECITS FANTASTIQUES

MAUPASSANT, EDGAR ALLAN POE, BARBEY D'AUREVILLY, VILLIERS DE L'ISLE-ADAM

Plus de détails

Nombre de CDs : 4


29,99 € TTC

FA8085

En Stock . Expédition prévue sous 24 à 72h selon week-end

Ajouter à ma liste

+3 pts fidélité


Chef-d’œuvre de la nouvelle fantastique, le célèbre Horla de Maupassant amorce ce coffret dédié au genre. Traduit et défendu par Baudelaire, Edgar Allan Poe forge l’identité du fantastique français post-romantique. Face au désenchantement du monde, le récit fantastique se charge de faire apparaître le surnaturel dans le quotidien, de définir un nouveau rapport à l’étrange, d’appréhender ses peurs différemment. Confrontés à l’impossible, les personnages offrent à leurs auteurs l’opportunité de déployer en toute finesse une analyse psychologique pénétrante. Ils reflètent nos angoisses de la vie moderne et offrent une échappatoire.
Pierre Bellemare, en admirable conteur et en amateur de fantastique, se glisse parfaitement dans la peau du narrateur et nous plonge dans ces récits littéraires de référence qu’il sait mieux que tout autre rendre vivants. 
Claude Colombini Frémeaux

Maupassant : Le Horla - La chevelure
Autres récits fantastiques :
Edgar Allan Poe : Le Chat noir - Le Cœur révélateur 
Jules Barbey d’Aurevilly : Le Bonheur dans le crime
Villiers de l’Isle-Adam : Véra - Vox Populi - Les Demoiselles de Bienfilâtre.

Droits : Frémeaux & Associés en accord avec PBRK.
"
Le HORLA & LA CHEVELURE

Le HORLA & LA CHEVELURE
GUY DE MAUPASSANT
Et autres récits fantastiques : Edgar Allan Poe, Barbey d’Aurevilly, Villiers de l'Isle-Adam

COFFRET 4 CDs
Lu par Pierre Bellemare




Récits fantastiques du 19e siècle
Poe, le modèle américain
Le récit fantastique au XIXe siècle est le révélateur de l’état de la croyance face au désenchantement du monde. La littérature a remplacé la religion ; on est prêt à croire d’une autre manière, en réaction au devenir matérialiste et positiviste de la civilisation européenne. Le fantastique : échappatoire à la rationalisation d’un monde qui mange petit à petit les territoires de l’âme : “quand les religions elles-mêmes ébranlées jusque dans leurs fondements ne parlent plus à l’imagination, ou ne lui portent que des notions confuses de jour en jour obscurcies par un scepticisme inquiet, il faut bien que cette faculté de produire le merveilleux dont la nature l’a douée s’exerce sur un genre de création plus vulgaire, et mieux approprié aux besoins d’une intelligence matérialisée… Voilà ce qui a rendu le fantastique si populaire en Europe depuis quelques années, et ce qui en fait la seule littérature essentielle de l’âge de décadence ou de transition où nous sommes parvenus… si l’esprit humain ne se complaisait encore dans de vives et brillantes chimères, quand il a touché à nu toutes les repoussantes réalités du monde vrai, cette époque de désabusement serait en proie au plus violent désespoir et la société offrirait la révélation effrayante d’un besoin unanime de dissolution et de suicide. Il ne faut donc pas crier contre le romantique et le fantastique” (Charles Nodier, De la Littérature fantastique, Revue de Paris, 1830). L’article inaugural de Nodier sur le fantastique répond au désarroi des générations romantiques confrontées à l’évacuation de la dogmatique religieuse mise à mal par l’athéisme libertin des siècles précédents. La restauration du christianisme avait été tentée par le premier romantisme ; sans succès. La foi n’est plus au rendez-vous. Reste une force d’imagination pas encore complètement tarie, sorte d’allergie au réalisme (“aux repoussantes réalités du monde vrai”). Inventer un monde faux, à tout prix, satisfaire une envie de “chimères”, croire alors qu’il en est encore temps, user jusqu’au bout les derniers élans irrationnels qui habitent l’homme, voilà le mot d’ordre. Demain, peut être, l’état de décadence sera trop avancé pour désirer autre chose que l’anéantissement pur et simple. L’argument catastrophiste est avancé pour justifier la remontée des anges et des démons des régions surnaturelles. L’imaginaire fait pendant au spleen : les romantiques, dignes descendants du René de Chateaubriand, cherchent un divertissement pour fuir leur velléité suicidaire et malheureuse.

Vers 1830, le fantastique est très à la mode avec l’introduction en France des Contes d’Hoffmann. De l’autre côté de l’Atlantique, Edgar Allan Poe, traduit et défendu par Baudelaire, forge l’identité du fantastique français post-romantique : “Cet écrivain… a mordu avec une telle force sur l’imagination contemporaine, blasée de tout et devenue impuissante, qu’elle en est timbrée dans les deux sens du mot, et qu’on retrouve sur elle l’empreinte de ce cachet de Poe, sinistre et funèbre. Tout ce qui est jeune littérairement parlant a l’influence de Poe sur la personne de son talent (Barbey d’Aurevilly, Le Constitutionnel, 19 mars 1883)”. C’est à lui que Villiers de L’Isle-Adam, Barbey d’Aurevilly, Maupassant se réfèrent directement ou indirectement pour définir leur rapport à l’étrange.  Ainsi, dans une lettre de Villiers de L’Isle-Adam à Mallarmé du 11 septembre 1866 : “Claire Lenoir et Iseult sont des contes terribles écrits d’après l’esthétique d’Edgard Poe”. Vera rappelle Ligeia, Le Convive des dernières fêtes fait penser au Chat noir. Baudelaire envoie à Barbey d’Aurevilly un exemplaire de sa traduction des Histoires extraordinaires de Poe dès leur parution en mars 1856 en lui demandant d’en faire une critique dans le Pays, journal dans lequel il donnait quelques-unes de ses traductions. Barbey d’Aurevilly, responsable de la notice bibliographique du journal, réagit en dandy et en catholique à cette littérature américaine. Les deux hommes partagent une même vision de l’artiste et de la société : grands amateurs de beauté formelle, aristocrates de la pensée, ils méprisent la démocratie américaine, utilitariste et égalitariste. Le rejet du matérialisme les réunit là où la religion les sépare. Barbey d’Aurevilly s’obsède sur l’esprit protestant de Poe : “que Baudelaire s’en prenne à lui-même ! L’Edgar Poe qu’il nous donne ici… n’est rien de plus que l’Hoffmann du matérialisme américain (Le Pays, 10 juin 1856)”. A ses yeux, Poe reste un Américain : “Car il est américain, quoi qu’il fasse, cet homme qui détestait l’Amérique… On n’efface jamais à son front sa nationalité ou sa naissance (Le Réveil, 15 mai 1858)”. Conséquence : la peur “matérialiste” fabriquée par Poe dans ses histoires est infantile, ne s’adresse qu’à une imagination curieuse. Rien à voir avec la peur pascalienne devant les espaces infinis de la foi : “La peur de Pascal ne déshonore pas cet épouvanté sublime ! Elle vient d’une grande chose : de la foi qui lui montre l’enfer à l’œil nu… tandis que la peur d’Edgar Poe est la peur de l’enfant ou du lâche d’esprit, fasciné par ce que la mort, qui garde le secret de l’autre monde quand la religion ne nous le dit pas, a d’inconnu (ibid.)”. Derrière cette opposition attendue entre la foi et la superstition, est pointée l’inquiétude vraie qui travaille le siècle : on n’arrive plus à croire ; ou plutôt on attend beaucoup des progrès de la science. Le salut dépend de l’ingéniosité humaine ; plus le droit de s’appuyer sur des forces inexplicables. Même la peur doit être produite ; c’est ce que Barbey d’Aurevilly reproche à Poe : sa manière toute rationnelle de considérer l’irrationnel comme un effet littéraire à créer. Parlant du Scarabée d’or : “Le merveilleux expliqué n’est plus du merveilleux… après avoir commencé par les vertiges de l’Incompréhensible, Edgar Poe finit par s’asseoir paisiblement dans les explications naturelles… Il n’y a qu’un américain, en effet, qui ait pu songer à mêler aux fils brouillés de sa fiction les calculs mathématiques et les probabilités de la science expérimentale (Le Pays, 17 juillet 1853)”.

Pourquoi ne pas prendre tout simplement Poe pour le fer de lance de l’art pour l’art ? Pas d’au-delà hors de l’oeuvre. Tout est affaire de combinatoire dans le sens chimique du terme : “L’imagination pure ne choisit au sein de la Beauté ou de la Difformité que les éléments les plus propres à entrer dans une combinaison et jusqu’alors inutilisés dans aucune combinaison (Marginalia)”. Baudelaire ajoute : “Pour lui, l’imagination est la reine des facultés… L’imagination n’est pas la fantaisie… L’imagination est une faculté quasi divine qui perçoit d’abord, en dehors des méthodes philosophiques, les rapports intimes et secrets des choses, les correspondances et les analogies (Préface des Nouvelles histoires extraordinaires, 1857). Si fantastique dérive étymologiquement de fantaisie, Poe est le contraire d’un fantaisiste : il choisit les éléments qui, mélangés, vont produire de la nouveauté, du surprenant, de l’original. Pas de laisser-aller hasardeux. L’étrange est réductible à un art rigoureux d’écrire : “Pour moi, la première de toutes les considérations, c’est celle d’un effet à produire. Ayant toujours en vue l’originalité… je me dis, avant tout : parmi les innombrables effets ou impressions que… l’âme est susceptible de recevoir, quel est l’unique effet que je dois choisir dans le cas présent ?… et puis je cherche autour de moi, ou plutôt en moi-même, les combinaisons d’événements ou de tons qui peuvent être les plus propres à créer l’effet en question (La Genèse d’un poème)”. Poe fait croire sans vouloir se prendre à son jeu ; il terrifie son lecteur à l’aide d’une rhétorique des impressions extraordinaires. Pas d’autre accès au fantastique que l’écriture. L’art suit la religion et précède la science : il enferme le surnaturel dans les limites d’un “savoir” faire. Le fantastique, ainsi, ne peut être, comme le dit Nodier, qu’un phénomène transitoire : il est coincé entre le merveilleux et l’étrange, entre l’irréel pris pour le réel des temps de grande crédulité et l’irréel expliqué par le réel des temps positivistes. Selon la définition devenue classique de Tzvetan Todorov : “Le fantastique, c’est l’hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturel (Introduction à la littérature fantastique, ch.2)”. En cela, il est une dégradation de la croyance en doute et non comme le pense Nodier une réaction au scepticisme qui accompagne la mort de la religion. Pour croire, l’homme moderne doute, n’arrivant pas à expliquer tous les phénomènes de la nature. Ou son imagination est le théâtre d’apparitions peu communes ; ou il lui manque les outils scientifiques nécessaires pour en rendre compte. C’est l’impuissance à croire naïvement et à expliquer de A à Z qui donne sa chance au fantastique. Dès que le savoir aura remplacé les derniers vestiges de la foi, la littérature ne pourra plus rien faire pour lui.

Le Chat noir et Le Cœur révélateur de Edgar Allan Poe (1809-1849)
Les Histoires extraordinaires et Les Nouvelles extraordinaires (dans lesquelles apparaissent Le Chat noir et Le Cœur révélateur) sont les titres sous lesquels Baudelaire publie ses traductions de Poe. Contes du grotesque et de l’arabesque (Tales of the Grotesque and Arabesque) est le titre donné par Poe à la publication de son premier recueil de nouvelles : grotesque répond à une catégorie esthétique romantique théorisée par Théophile Gauthier, Hugo puis Baudelaire qui s’oppose aux catégories de l’harmonieux et du sublime ; sortant du genre décoratif dans lequel on le cantonnait jusqu’alors, il n’est plus un ajout extérieur échappant à la mesure, à l’ordre artistique ; c’est plutôt son prolongement exagéré, une manière de considérer le difforme dans l’horizon de la forme : “le champ d’action de l’Imagination est sans limite… elle pourra faire entrer jusqu’à des difformités dans la fabrication de la Beauté, qui est à la fois son unique objet et son nécessaire critère (Poe, Marginalia)”. Le Cœur révélateur (The Tell-tale heart) est la première esquisse du Chat noir. Publié dans le Paris (4 février 1853) puis dans Le Pays (29 juillet 1854), Baudelaire ajoute le sous-titre : Plaidoyer d’un fou qu’il enlèvera ensuite. Il s’appuie sur la version de l’édition Griswold pour faire sa traduction. La nouvelle a sa source dans un récit de Dickens (The Clock Case : A Confession Found in Prison in the Time of Charles the Second contenu dans Master Humphrey’s Clock) que Poe trouve “d’une puissance remarquable, de conception vraiment originale et développée avec beaucoup d’habileté”. Elle fait partie avec Le Puits et le pendule et Le Chat noir qui l’encadrent d’une série narrative ouvertement biblique qui développe le thème de l’exorcisme : destruction du mauvais œil d’un moribond et d’un chat noir. La traduction par Baudelaire du Chat Noir est tirée de l’édition des Contes (Tales) publiée par Poe en 1845 ; elle paraît une première fois dans le Paris des 13 et 14 novembre 1853, puis dans Le Pays (31 juillet et 1er août 1854). L’emmurement final de la femme-sorcière du narrateur et du chat noir ne laisse pas de rappeler un pan de la vie de Poe relaté par Emile Hennequin : “la femme de Poe, qu’il avait épousé par amour et qu’il avait adorée toute sa vie avec une impeccable fidélité, mourut devant lui, sur une planche, roulée dans les haillons d’un vieux châle, et littéralement sans chemise, n’ayant pour réchauffer son agonie que le corps de son chat, qu’elle s’était mis sur la poitrine (Barbey d’Aurevilly, Le Constitutionnel, 19 mars 1883)”. Baudelaire veut voir en Poe l’anti-Rousseau, retenant du Chat Noir une conception du mal originel, appelé “esprit de PERVERSITÉ” : “cet auteur… a imperturbablement affirmé la méchanceté naturelle de l’homme. Il y a dans l’homme, dit-il, une force mystérieuse dont la philosophie moderne ne veut pas tenir compte… l’impossibilité de trouver un motif raisonnable suffisant pour certaines actions mauvaises et périlleuses, pourrait nous conclure à les considérer comme le résultat des suggestions du Diable (Préface des Nouvelles histoires extraordinaires)”.

Le Bonheur dans le crime de Barbey d’Aurevilly (1808-1889)
Le Bonheur dans le crime fait partie des Diaboliques, recueil de nouvelles publié en 1874 qui fait de la femme décadente – séductrice et fatale – l’expression de la perversité morale, du malin : son crime n’y est pas puni, ne cause en elle aucun remords ; plus de grâce possible dans un monde régi par l’action féminine/diabolique. Ricochets de conversation, tel était le titre premier de ce recueil : chaque histoire, composée de peu de scènes et racontée à un auditoire qui se réduit parfois à une personne, est reliée aux autres histoires par le fil de la causerie ; c’est moins le récit que le conteur – la manière dont il le met en scène – qui est suivi. Ainsi, la contemplation d’une panthère noire au Jardin des Plantes, comparée à une jeune fille morte de la poitrine, annonce quasi allégoriquement le drame du Bonheur dans le crime : “Quand on se retournait de cette forme idéale de beauté souple, de force terrible au repos…, ce n’était pas l’humanité qui avait le beau rôle, c’était la bête”. Est-ce d’ailleurs un hasard si une anecdote racontée par un ami de Barbey d’Aurevilly  a servi d’amorce à cette histoire : le fictionnel s’appuie sur l’informalité de la discussion. Faut-il aussi voir dans la forme littéraire qu’il emprunte l’influence d’Une Conversation entre onze heure et minuit publié dans les Contes bruns par Balzac ? Barbey d’Aurevilly se comporte en dandy ; il veut comme son héros, le comte Serlon de Savigny, être “irremarquable” et pourtant attirer l’attention “par lui-même”. D’où un jeu qui mêle le respect des conventions sociales et leur subtile transgression : “Le dandysme… se joue de la règle et pourtant la respecte encore. Il en souffre et s’en venge tout en la subissant ; il s’en réclame quand il y échappe ; il la domine et en est dominé tour à tour : double et muable caractère ! (Du dandysme et de Georges Brummell)”. La préface des Diaboliques est mielleuse à souhait : le catholique Barbey d’Aurevilly jure au nom de l’église qu’il ne partage aucunement la dépravation de ses personnages : “Bien entendu qu’avec leur titre de Diaboliques, elles n’ont pas la prétention d’être un livre de prières ou d’Imitation chrétienne… Elles ont pourtant été écrites par un moraliste chrétien, mais qui se pique d’observation vraie… Or, l’auteur de ceci, qui croit au Diable et à ses influences dans le monde, n’en rit pas, et il ne les raconte aux âmes pures que pour les épouvanter”. Sa fascination pour la duplicité de ses diaboliques qui “ont un œil bleu et un œil noir” trahit son catéchisme. C’est elles qui ont le dernier mot en un temps trop policé où l’usure des convenances appelle la fantaisie. C’est sur le dos de la religion mise à mal que le fantastique croît. La diabolique est un dandy féminin.

Barbey d’Aurevilly fait tout pour éviter ce qu’il souhaite : un procès. Un article d’un rédacteur du Charivari démasque le faux chrétien et attire sur lui l’attention du Parquet qui saisie tous les exemplaires restants de l’ouvrage. Intervention de Gambetta en sa faveur ; non-lieu prononcé ; destruction des exemplaires saisis ; réédition de l’ouvrage en 1882. On croit Barbey d’Aurevilly timide, ne sachant pas vraiment ce qu’il veut. Pourquoi ne pas voir seulement en lui un dandy ? Barbey d’Aurevilly reproche à Poe de ne pas donner d’âme ou de sentiments à ses personnages et en même temps d’idéaliser la vision qu’il a de la femme, voyant en lui non pas un frère comme Baudelaire mais son négatif : “Edgar Poe est un poète pathologique qui veut exprimer des phénomènes très particuliers à l’organisation humaine, mais les sentiments qui sont la substance invisible, le mérite de l’homme ou son crime, son bonheur ou son infortune… ne vibrent pas dans son génie (Le Pays, 10 juin 1856)”. Le plus chrétien se révèle être le moins croyant : Barbey d’Aurevilly oppose crime et bonheur alors qu’il les confond. La femme ne peut être céleste (“Après les Diaboliques, les Célestes… si on trouve du bleu assez pur (Préface)”. Parlant de Villiers de l’Isle-Adam, Anatole France remarque : “ Il était de cette famille de néo-catholiques littéraires dont Chateaubriand est le père commun, et qui a produit Barbey D’Aurevilly, Baudelaire… Ceux-là ont goûté par-dessus tout dans la religion les charmes du péché (La Vie littéraire)”.

Les Demoiselles de Bienfilâtre, Véra, Vox populi de Villiers de l’Isle-Adam (1838-1889)
Les Demoiselles de Bienfilâtre, Véra, Vox populi sont les trois premiers contes apparaissant dans les Contes cruels, recueil publié en 1883 non sans difficulté chez Calmann Lévy qui, avant de revenir sur sa décision, trouvait au manuscrit tous les éternels défauts éditoriaux  : ne correspond pas au goût de la clientèle, arrive alors que le monde de l’édition va mal et autres arguments du même genre. Les Contes cruels n’ont pas la cohérence de ton, de style et de genre des Diaboliques : Les Demoiselles de Bienfilâtre est une satire mordante sur la condition féminine de l’époque (un conte “au fer rouge”) ; Véra une histoire fantastique, “mystérieuse”; Vox populi un poème philosophique en prose traitant de la vanité des changements historiques. Leur point commun est de répondre à la devise que Villiers de l’Isle-Adam avait choisie pour sa Revue des lettres et des arts : “Faire penser”. Vera est ainsi l’illustration de la sentence placée au début du récit : “L’Amour est plus fort que la Mort”. Sans conteste, Poe est un maître avoué ou comme l’affirme Mallarmé “son altier cousin”. Détracteur décidé du positivisme, le réalisme de Villiers de l’Isle-Adam ne reste jamais pur : partant de la description presque anecdotique d’un lieu connu (un café du Boulevard dans Les Demoiselles de Bienfilâtre), il en altère la quotidienneté pour y introduire de l’insolite, du fantastique. Les Demoiselles de Bienfilâtre paraît pour la première fois dans La Semaine parisienne, hebdomadaire dirigé par Jules de Clerville le 26 mars 1874. L’histoire qui y est traitée coure un peu dans tous les journaux : des filles sont surveillées par leur parents qui redoutent de les voir “aimer pour rien”, sans bénéfices ; pas d’amour sans prostitution. Le café de Madrid, où Villiers de l’Isle-Adam avait l’habitude d’aller et d’écrire pendant sa période parnassienne, sert de cadre au récit. Le conte illustre un des lieux communs de Léon Bloy (Avoir du cœur, avoir un bon cœur). Véra est d’abord publié le 7 mai 1874 dans La Semaine parisienne. Le conte y porte le sur-titre “Histoires mystérieuses” et est précédé d’une introduction philosophique. Est repris la thématique de la femme qui revient ou semble revenir de la mort qu’on retrouve dans trois nouvelles de Poe (Eleonora, Morella et Ligeia). Des emprunts sont faits à La Morte amoureuse et à Spirit de Gauthier : même volonté de revenir de la mort pour retrouver l’homme aimé. “L’amour est plus fort que la Mort, a dit Salomon” est une citation de La Morte amoureuse et non pas de la Bible (Le Cantique des Cantiques dit : “L’amour est fort comme la mort”). Comme l’annonçait Nodier, le romantique et le fantastique font bon ménage : les amours impossibles croisent les histoires de revenants. L’occultisme a peut-être aussi sa part dans ce conte : le comte d’Athol se comporte en adepte d’Eliphas Lévi, auteur de Dogme et rituel de haute magie, en faisant comme si sa défunte épouse était encore vivante. Le poème en prose, Vox populi, est imprimé dans L’Etoile française le 14 décembre 1880. Dans la suite de Baudelaire et de ses Petits poèmes en prose, Villiers de l’Isle-Adam est un des premiers adeptes et défenseurs de ce nouveau genre poétique, horizon formel des parutions de sa revue (Revue des lettres et des arts) ; y sont ainsi publiés le Gaspard de la nuit d’Aloysius Bertrand ainsi que plusieurs textes de Mallarmé. C’est de la bouche d’un mendiant que Villiers de l’Isle-Adam aurait tiré “le plus beau vers de la langue française”, alexandrin qui ponctue le conte : “Ayez pitié d’un pauvre aveugle, s’il vous plaît”.

La Chevelure, Le Horla (première version) de Maupassant (1850-1893)
Le Horla trouve dans La Chevelure une première préfiguration. Ces deux nouvelles fantastiques font revenir du passé un “hors-là” ou “hors-soi”, femme désirable ou être terrifiant – fléau qu’on croyait révolu – qui, de manière latente, tapis, vivent la vie des vivants, à côté, à leur place jusqu’à se substituer à eux, race post-humaine : “Sa Folie, son idée était là, dans cette tête, obstinée, harcelante, dévorante. Elle mangeait le corps peu à peu. Elle, l’Invisible, l’Impalpable, l’Insaisissable, l’Immatérielle Idée minait la chair, buvait le sang, éteignait la vie (La Chevelure) ”. La Chevelure paraît dans Gil Blas le 13 mai 1884. Le point de vue médical, comme dans la première version du Horla, ouvre et ferme la nouvelle. La première version du Horla est publiée dans Gil Blas (26 octobre 1886). La nécrophilie de La Chevelure est remplacée par la terreur-panique du narrateur devant l’imminence d’un danger qui menace l’humanité entière. Le choléra qui sévit dans le Midi de la France en 1884 a peut-être servi de déclencheur à cette histoire : choléra est presque l’anagramme de Horla. Le lien entre la maladie et l’être surnaturel est fait dans une autre nouvelle La Peur : “Allez, on sent bien qu’il est là, Lui… Le choléra c’est autre chose, c’est l’Invisible, c’est un fléau d’autrefois, des temps passés, une sorte d’Esprit malfaisant qui revient et qui nous étonne autant qu’il nous épouvante, car il appartient, semble-t-il, aux âges disparus”. Le grand trois-mâts brésilien qui, sur la Seine, passe devant la maison du narrateur du Horla apporte le mal exotique redouté. Maupassant est le lecteur souhaité de Poe ; âme à l’affût des présences invisibles, il se désole de la fin de l’ère fantastique proclamée par Charles Nodier : “Lentement, depuis vingt ans, le surnaturel est sorti de nos âmes. Il s’est évaporé comme s’évapore un parfum quand la bouteille est débouchée… Dans vingt ans, la peur de l’irréel n’existera plus même dans le peuple des champs. Il semble que la Création ait pris un autre aspect… De là va certainement résulter la fin de la littérature fantastique (“Le Fantastique”, chronique parue dans Le Gaulois, octobre 1883)”. Un phénomène culturel – l’incrédulité généralisée des peuples occidentaux en cette fin de XIXe siècle – est associé à l’avènement et la disparition de la littérature fantastique, refuge des dernières chimères. N’est-ce pas précisément cette littérature qui met un terme au fantastique en le consignant dans ses bornes ? Reste à trouver l’anormal dans l’écrivain lui-même. La mode est moins au poète maudit qu’à la folie, substitut de l’inspiration romantique. La maladie mentale expliquera désormais les hallucinations littéraires, de Maupassant à Artaud. D’où une interprétation psychologisante sans dire psychiatrique de leur œuvre. Le fantastique appartient à son auteur. Affaire strictement subjective, il n’y a que lui pour croire à son horla. Ils sont loin les temps où les êtres surnaturels faisaient partie de l’univers, très évidemment, aux yeux de tout le monde.
Alexandre WONG
© 2008 Frémeaux & Associés – Groupe Frémeaux Colombini SAS

Pierre BELLEMARE
Pierre BELLEMARE, né en 1929 à Boulogne-Billancourt, se distingue dès sa plus tendre enfance par une imagination débordante. Si, durant ses jeunes années, il peine à faire preuve d’attention aux cours de ses professeurs, il saura plus tard capter celle de millions d’auditeurs, lecteurs et téléspectateurs durant des décennies. Dès ses 17 ans, il entre dans une société de production pour la radio et la télévision. Cette première passion ne le quittera plus. En 1947, il entre à la radiodiffusion française comme “metteur en ondes” (réalisateur). Huit ans plus tard, il est engagé par une toute nouvelle radio, dont le nom deviendra vite célèbre : Europe n° 1. Il commence à y raconter ses Histoires extraordinaires, dont les récits tiendront en haleine ses auditeurs pendant plus de 14 ans. Après quelques années d’absence, il reprend son émission en 2004. Surtout connu du public par les nombreuses émissions de radio et de télévision qu’il a produites, Pierre Bellemare est également un écrivain traduit dans plusieurs langues et un grand amoureux de la littérature. Son aura audiovisuelle lui permet d’amener un grand public à la littérature. Dans ce cadre, Pierre Bellemare a enregistré un grand nombre d’œuvres littéraires et les a confiées à Frémeaux & Associés, comme La Passion de Charles Péguy, qu’il a enregistré en avril 2006 en la Cathédrale de Périgueux, en coédition avec Radio France.
Benjamin GOLDENSTEIN, d’après Roland KLUGER
© 2008 GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SAS

discographie
CD 1
GUY DE MAUPASSANT (1850-1893)
1. Le horla (première version) 4’54
2. “Qu’avez vous donc, Jean, vous êtes malade ?…” 5’04
3. La gaité me revenait quand j’appris… 5’00
4. Je ne dormis plus cette nuit-là. 5’01
5. “Oh vous souriez ! Pourquoi ?…” 4’00
6. La chevelure 4’55
7. Comme j’aurais voulu la connaître, la voir… 5’13
8. Je la pris doucement, presque religieusement… 5’09
9. J’attendais, j’attendais… quoi… 4’49

CD 2
EDGAR ALLAN POE (1809-1849)
1. Le chat noir 4’55
 2. Je tirais de la poche de mon gilet un canif… 5’07
 3. L’image était rendue avec une exactitude… 4’51
 4. Il suivait mes pas avec une opiniâtreté… 5’02
 5. Je ne doutais pas qu’il me fut facile… 3’20
 6. La police était pleinement satisfaite… 2’46
7. Le cœur révélateur 5’01
8. Maintenant vous croyez peut-être que je me retirais… 4’58
 9. La terreur du vieillard devait être extrême… 3’38
10. Le cri, dis-je, c’était moi qui l’avait poussé… 3’53

CD 3
JULES BARBEY D’AUREVILLY (1808-1889)
1. Le bonheur dans le crime
 5’00
2. Le premier soin du vieux prévôt… 4’54
3. Une femme qui fait ce que fait un homme… 5’02
4. J’avoue que je demeurais un instant… 5’01
5. Je ne crois pas qu’elle ait un défaut… 5’15
6. Hauteclaire était vêtue, si cela s’appelle vêtue… 4’42
7. Quand à l’horrible bourdonnement du crime… 4’58
8. Quand vous parlerez de cette méprise… 4’53
9. Cette boue, d’un crime lâche… 2’38

CD 4
AUGUSTE DE VILLIERS DE L’ISLE-ADAM (1838-1889)
1. Véra 5’05
 2. Les pieds nus de la bien-aimée… 5’01
 3. Le comte, à cette vue… 4’52
4. Le jour de sa fête, il plaça par plaisanterie… 4’59
5. L’impression passa en ce moment, définitive… 4’42
6. Vox populi 4’04
7. Mais les syllabes de l’ancien viva furieux… 3’41
8. Les demoiselles de Bienfilâtre 4’59
9. Tout alla sans l’ordre et à la débandade… 4’56
10. L’ecclésiastique habitué à toutes les misères… 2’10

Guy de Maupassant : Le Horla, La Chevelure
Edgar Allan Poe : Le Chat noir, Le cœur révélateur
Jules Barbey d’Aurevilly : Le Bonheur dans le crime
Villiers de l’Isle-Adam : Véra, Vox populi, ­­Les Demoiselles de Bienfilâtre


Ecouter Le HORLA & LA CHEVELURE de GUY DE MAUPASSANT (livre audio) © Frémeaux & Associés / Frémeaux & Associés est l'éditeur mondial de référence du patrimoine sonore musical, parlé, et biologique. Récompensés par plus de 800 distinctions dont le trés prestigieux "Grand Prix in honorem de l'Académie Charles Cros", les catalogues de Frémeaux & Associés ont pour objet de conserver et de mettre à la disposition du public une base muséographique universelle des enregistrements provenant de l'histoire phonographique et radiophonique. Ce fonds qui se refuse à tout déréférencement constitue notre mémoire collective. Le texte lu, l'archive ou le document sonore radiophonique, le disque littéraire ou livre audio, l'histoire racontée, le discours de l'homme politique ou le cours du philosophe, la lecture d'un texte par un comédien (livres audio) sont des disques parlés appartenant au concept de la librairie sonore. (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, cours sur CD, entretiens à écouter, discours d'hommes politiques, livres audio, textes lus, disques parlés, théâtre sonore, création radiophonique, lectures historiques, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre, audio-livre, lecture à voix haute, entretiens à haute voix, parole enregistrée, etc...). Les livres audio sont disponibles sous forme de CD chez les libraires  et les disquaires, ainsi qu’en VPC. Enfin certains enregistrements de diction peuvent être écoutés par téléchargement auprès de sites de téléchargement légal.




EcoutezPisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 Le horla (première version) - Pierre04'54
02 Qu'avez vous donc, Jean, vous êtes malade?… - Pierre05'04
03 La gaité me revenait quand j appris… - Pierre05'00
04 Je ne dormis plus cette nuit-là… - Pierre05'01
05 Oh vous souriez! Pourquoi?… - Pierre04'00
06 La chevelure - Pierre04'55
07 Comme j'aurais voulu la connaître, la voir… - Pierre05'13
08 Je la pris doucement, presque religieusement… - Pierre05'09
09 J'attendais, j attendais... quoi... - Pierre04'49
CD 2
01 Le chat noir - Pierre04'55
02 Je tirais de la poche de mon gilet un canif… - Pierre05'07
03 L'image était rendue avec une exactitude… - Pierre04'51
04 Il suivait mes pas avec une opiniâtreté… - Pierre05'02
05 Je ne doutais pas qu il me fut facile… - Pierre03'20
06 La police était pleinement satisfaite… - Pierre02'46
07 Le coeur révélateur… - Pierre05'01
08 Maintenant vous croyez peut-être que je me retirais… - Pierre04'58
09 La terreur du vieillard devait être extrême… - Pierre03'38
10 Le cri, dis-je, c'était moi qui l'avait poussé… - Pierre03'53
CD 3
01 Le bonheur dans le crime - Pierre05'00
02 Le premier soin du vieux prévôt… - Pierre04'54
03 Une femme qui fait ce que fait un homme… - Pierre05'02
04 J'avoue que je demeurais un instant… - Pierre05'01
05 Je ne crois pas qu'elle ait un defaut… - Pierre05'15
06 Hauteclaire était vêtue, si cela s'appelle vêtue… - Pierre04'42
07 Quand à l'horrible bourdonnement du crime… - Pierre04'58
08 Quand vous parlerez de cette méprise… - Pierre04'53
09 Cette boue, d'un crime lâche… - Pierre02'38
CD 4
01 Véra - Pierre05'05
02 Les pieds nus de la bien-aimée… - Pierre05'01
03 Le comte à cette vue… - Pierre04'52
04 Le jour de sa fête, il plaça par plaisanterie… - Pierre04'59
05 L'impression passa en ce moment, définitive… - Pierre04'42
06 Vox populi - Pierre04'04
07 Mais les syllabes de l'ancien viva furieux… - Pierre03'41
08 Les demoiselles de Bienfilâtre - Pierre04'59
09 Tout alla sans l'ordre et à la débandade… - Pierre04'56
10 L'ecclésiastique habitué à toutes les misères… - Pierre02'10
« Des histoires mystérieuses » par la Revue des médiathèques et des collections musicales

Quatre CDs de récits fantastiques… Qui, pensez-vous, était le mieux à même de donner sa voix à ces récits ?… Réfléchissez… Allons… Pierre Bellemare évidemment.  Dont on connaît le penchant radiophonique à raconter des histoires mystérieuses et sordides. Cette fois, il emprunte chez Poe, Aurevilly et l’Isle Adam. Un reflet de nos angoisses, une idée du fantastique post-romantique, un éclat du désenchantement du monde… Intéressant et inquiétant. Lucas FALCHERO – REVUE DES MEDIATHEQUES ET DES COLLECTIONS MUSICALES




« Donner le frisson ! » par La Classe

Guy de Maupassant, dont les nouvelles ont récemment eu l’honneur d’adaptations télévisées très réussies, a aussi écrit quelques textes d’inspiration fantastique, comme Le Horla et surtout La Chevelure, petit chef-d’œuvre du genre. Ces deux nouvelles sont racontées, avec le talent qu’on lui connaît, par Pierre Bellemare sur un CD audio tout entièrement dédié aux récits fantastiques. On y trouve aussi des histoires de Poe, de Barbey d’Aurevilly ou de Villiers de L’Isle-Adam qui toutes savent intriguer, étonner et… donner le frisson ! De grands moments en perspective pour les amateurs du genre. A noter que le Horla et autres récits fantastiques est doté d’un livret de 8 pages très instructif. LA CLASSE




Les clients qui ont acheté ce produit ont également acheté...