CYRANO DE BERGERAC - EDMOND ROSTAND

ENREGISTREMENTS HISTORIQUES 1898-1938

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Le disque de référence sur l'histoire sonore du théâtre.
Enregistrements historiques 1898-1938, Un siècle sur scène 1897-1997
accompagné d'un livret documenté de 32 pages.

Inclus: enregistrement historique de Sarah Bernhardt en 1902.

L’impact de Cyrano de Bergerac fut énorme. Les tirades les plus fameuses ont été maintes fois dites... et redites sur tous les tons. Cet ensemble d’enregistrements, qui court de 1898 – au lendemain de la première au Théâtre de la Porte Saint-Martin – à 1938 – lorsqu’elle est inscrite au répertoire de la Comédie-Française –, montre le formidable engouement pour cette pièce. C’est un peu de la rumeur d’alors que ces témoignages nous rapportent, en même temps que quelques-unes des plus fameuses inflexions d’un art théâtral sous l’emprise des “monstres sacrés".
Jean Yves Patte nous fait entendre les Coquelin, l'enregistrement de Lombard voulu par Rostand en 1898, mais aussi Sarah Bernardt dans les "vieux" de Rosemonde Gérard.
Patrick Frémeaux 

Droits audio : groupe Frémeaux Colombini SAS.

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CYRANO DE BERGERAC d’Edmond Rostand

CYRANO DE BERGERAC
d’Edmond Rostand        








Edmond Rostand et Cyrano de Bergerac
Protégé par la grande Sarah Bernhardt, comme il le serait par une louve, Edmond Rostand, n’est, pour le public, qu’un jeune auteur1 rencontrant des succès d’estime. Certes ses méditations poétiques sont lues dans les salons, certes la création des Romanesques à la Comédie Française est un succès mais la Princesse Lointaine, écrite tout exprès pour Sarah Bernhardt dont il est adorateur et au char de gloire de qui il veut s’associer, est un “succès d’estime” et la Samaritaine guère mieux... Pourtant la grande tragédienne veut croire en lui. Il le lui rendra bien lui offrant avec l’Aiglon, l’un des plus beaux rôles de sa carrière.

Mais en attendant ces succès tant escomptés, Coquelin aîné qui souhait faire “son retour” – alors que le plus beau de sa carrière semble derrière lui – lui demande s’il ne pourrait pas lui écrire “quelque chose”. Rostand évoque un sujet : un jeune homme épris d’une belle à laquelle il ne sait parler et qu’un “beau parleur” conseille... Coquelin s’émerveille. L’idée est neuve, elle plaira. Au fil des rencontres avec Coquelin, au château de Saupisseau en forêt de Compiègne loin de l’agitation des salons parisiens, la pièce s’élabore. Là Rostand rassemble toute sa vieille admiration pour un fameux Cyrano évoqué par Théophile Gautier et se souvient de sa passion pour les Précieux2. Voilà le cadre planté, le décor esquissé des cinq actes dont Coquelin, l’artiste à la mémoire prodigieuse3, épris de grandiose, s’inquiète des progrès au fil des soirées d’avril 1896 à janvier 1897. Puis viennent les épuisantes répétitions. Tous, les amis comme les ennemis, y vont de leurs remarques... La tirade des nez? Ridicule, trop ridicule. La Ballade du duel? Mauvais. Le pessimisme s’installe, Rostand est accablé. “Pardonnez-moi, Coquelin, de vous avoir donné une pièce aussi inepte, aussi mal écrite”. Coquelin se récrie, il croit au chef-d’œuvre, d’ailleurs n’a-t-il pas participé aux frais du théâtre?Le soir de la Générale, Rostand tremble...

Par son fils, Sarah Bernhardt se fait tenir au courant des réactions chaque fois qu’elle sort de scène. Ce soir-là les Mauvais Bergers d’Octave Mirbeau sont joués de plus en plus rapidement à mesure que le messager fébrile lui apporte les nouvelles du succès de la porte Saint-Martin. Elle se hâte même de mourir – au grand dam des spectateurs – pour embrasser au plus vite et le Comédien, et l’auteur.C’est dans une rumeur de triomphe qu’elle arrive enfin. “Pourquoi la brise courant autour du théâtre transforme-t-elle à ce point les deux vieilles portes de pierre que la porte Saint-Denis et la porte Saint-Martin se donnent brusquement des airs d’arcs de triomphe? [...] Parce que, ce soir là, on jouait pour la première fois Cyrano de Bergerac au Théâtre de la Porte Saint-Martin” se souviendra longtemps Rosemonde Gérard, l’épouse du grand homme qui dit-on, afin de rendre le décor de l’auberge “plus vrai”, avait dévalisé les charcuteries alentours...Enfin Sarah est là. Elle n’a pu voir que le dernier acte. “Regardez mes larmes. Regardez! Regardez! Je pleure...” [...] Puis elle se précipite sur Coquelin, lui prend la tête entre deux mains, comme une soupière, et elle se penche, et elle le boit, et elle le mange.

“Coq!” dit-elle. “Oh! Grand Coq!”“Enfin Rostand!”. Et elle le prend pour elle seule, toujours par la tête, mais cette fois comme une coupe de champagne : mieux : une coupe d’idéal”4.Tout soudain, le succès né dans la fébrilité, bouleverse la vie bourgeoise, mondaine et aimable d’Edmond Rostand. En naissant de nouveau, Cyrano de Bergerac, duelliste fameux, homme d’esprit du XVIIe s., revenu sur la scène du monde durant l’hiver 1897-98, va provoquer son nouveau père pour le tuer aussi sûrement que d’un fameux coup d’épée. Désormais Rostand est un héros. Il est décoré de la Légion d’Honneur, élu à l’Académie Française en 1901 dans le fauteuil d’Henri de Bornier, qui avait offert à Sarah Bernhardt le rôle de Berthe, la farouche fille de Roland, en 1875, puis prononce son discours de réception en 1903. Il avoue alors que pour le construire le seul mot qui ne lui ait coûté aucun effort fut “Messieurs”. Car désormais Rostand est attendu partout. On se dispute l’honneur de le recevoir, de l’entendre, de le lire surtout. Le succès de Cyrano de Bergerac étouffe l’auteur. Il fuit Paris pour Cambo, au pays Basque, il fuit le monde, il fuit sa vie enfin se noyant toujours sous des travaux dont beaucoup restent inachevés, malgré l’Aiglon, malgré Chanteclerc qui ne sera pas compris. Le génie de Rostand serait-il chancelant? On le raille, on le siffle. Il étouffe enfin, contracte une maladie pulmonaire aggravée d’une sombre neurasthénie qui le poursuit depuis 1900, et meurt en 1918 de la grippe espagnole, mais plus sûrement d’un duel épique contre Cyrano, bel esprit du XVIIe s.
Jean-Yves Patte.

1 Il est né le 1er avril 1868, à Marseille au sein d’une famille aisée. Son père est journaliste économiste et poète.
2 Il avait remporté le Prix de l’Académie de Marseille en 1887 sur le sujet “deux romanciers de Provence : Honoré d’Urfé et Émile Zola.”
3 Il aurait confié, le soir de la première, “C’est le plus long des rôles que j’aie joué. Quatorze cents vers! Ruy Blas n’en a que douze-cents...”
4 Rapporté par Jules Renard. Journal 1935.

© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS SA, 1997

Le coin des critiques
Ainsi il y a un chef-d’œuvre de plus au monde
Jules Renard, 28 décembre 1898.

M. Constant Coquelin vient de jouer le plus énorme, le plus extraordinaire, le plus parfait de ses rôles... Il y retrouve, en y joignant de neuves émotions, le beau romantisme hautain et farce à la fois que lui conseillait, au temps de sa jeunesse, Théodore de Banville, notre maître et le sien; et ce soir, Coquelin a été prestigieusement, miraculeusement, un Cyrano fantasque, tendre, futile, grand aussi, et mourant si tendrement, et si héroïquement, et si tendrement encore. Ah ! que je suis content d’avoir vu l’œuvre d’un tel poète exprimée par un tel comédien.
Catulle Mendès, 1897.

Des fleurs, rien que des fleurs, mais toutes les fleurs à notre grand poète dramatique! Rostand a remis debout l’art isolé, souverain et magnifique. On va encore pouvoir parler d’amour, se dévouer individuellement, pleurer sans raison et s’enthousiasmer pour le seul plaisir d’être lyrique...
Jules Renard (Journal).

Le 28 décembre 1897 restera, je crois, une date dans nos annales dramatiques. Un poète nous est né et ce qui me charme encore davantage, c’est que ce poète est un homme de théâtre. [...]Cyrano de Bergerac est une très belle œuvre, et le succès d’enthousiasme en a été si prodigieux que, pour trouver quelque chose de pareil, il faut remonter jusqu’aux récits que nous ont faits des premières représentations de Victor Hugo, les témoins oculaires. C’est une œuvre charmante de poésie, mais c’est surtout et avant tout une œuvre de théâtre. [...]Et ce qui me charme plus encore, c’est que cet auteur dramatique est de veine française. il nous rapporte du fond des siècles le vers de Scarron et de Regnard [...]. Il est aisé, il est clair, il a le mouvement et la mesure, toutes les qualités qui distinguent notre race.

Francisque Sarcey, 3 janvier 1898.

Cyrano de Bergerac est le plus beau poème dramatique qui ait paru depuis un demi-siècle. [Edmond Rostand], à vingt-cinq ans, ouvre le vingtième siècle d’une manière éclatante et triomphale qui annonce une période nouvelle, sur qui l’Europe va avoir les yeux fixés avec envie sur la France, avec un ravissement d’orgueil et d’espérance. [...] Serait-ce vrai? ce n’est pas fini! Il y aura encore en France une grande œuvre littéraire poétique digne de 1550, digne de 1630, digne de 1660, digne de 1830! Elle est là! Elle se lève! J’aurai vécu assez pour la voir! Je vais commencer à appréhender de mourir dans le souci de ne pas la voit toute entière! Ah! Quelle espérance et quelle crainte aussi délicieuse!

Émile Faguet, janvier 1898.

Je n’étais pas à la première du Timocrate, de Thomas Corneille, ni même à celle des Vêpres Siciliennes, de Casimir Delavigne, où la foule applaudit sans interruption tout un entracte. Mais il y a un fait : Cyrano de Bergerac est, de beaucoup, le plus grand succès que j’aie vu depuis bientôt treize ans que je fais ce métier de critique dramatique.  Toute la “presse” du lendemain, et toute la “presse” de huit jours après ont proclamé Cyrano chef d’œuvre. [...] Mais résignons nous à parler raisonnablement.[...] La pièce de M. Rostand n’est pas seulement délicieuse : elle a eu l’esprit de venir à propos. Je vois à l’énormité de son succès deux causes, dont l’une (la plus forte) est son excellence, et dont l’autre est sans doute une lassitude du public et comme un rassasiement, après tant d’études psychologiques, tant d’historiettes d’adultères parisiens, tant de pièces féministes, socialistes, scandinaves : toutes œuvres dont je ne pense a priori aucun mal, et parmi lesquelles il y en a peu être qui contiennent autant de substance morale et intellectuelle que ce radieux Cyrano; mais moins délectables, à coup sûr et dont on nous avait un peu accablés dans ces derniers temps. Joignez que Cyrano a bénéficié même de nos discordes civiles. Qu’un journaliste éloquent ait pu écrire que Cyrano de Bergerac “éclatait comme une fanfare de pantalons rouges*” et qu’il en ait auguré un réveil du nationalisme en France, cela montre bien que des sentiments ou des instincts assez étrangers à l’art sont venus seconder la réussite de cette exquise comédie romanesque [...]Je serais plutôt tenté de croire que le mérite de cette ravissante comédie, c’est, sans rien “ouvrir” du tout (au moins à ce qu’il me semble), de prolonger, d’unir et de fondre en elle sans effort, et certes avec éclat, et même avec originalité, trois siècles de fantaisie comique et de grâce morale, - et d’une grâce et d’une fantaisie qui sont “de chez nous”. [...] Si bien que Cyrano de Bergerac, loin d’être un renouvellement, est plutôt une récapitulation, ou, si vous préférez, est comme la floraison suprême d’une branche d’art tricentenaire.

Jules Lemaître, 1er février 1898.
*Couleur du pantalon des militaires

Jadis, aux environs de la Porte Saint-Martin, M. Edmond Rostand tint boutique [...]. Là se vendirent des bijoux plaqués, des gemmes en verroteries, des fleurs en papier, d’une haute nouveauté (genre très artiste) ; les procédés d’exécution, rapides et peu coûteux, permettaient de donner la marchandise à bon marché. [...] Au même lieu, il ouvrit un magasin d’objets de piété en plâtre et en  carton-pierre [La Samaritaine, 1896] [...] Il vient, à la porte Saint-Martin même, de tenter une nouvelle entreprise. C’est un grand bazar où se déballent des articles éminemment français, jouets connus depuis longtemps il est vrai, mais toujours agréables à revoir, et dont le mécanisme ne fatigue pas l’entendement. [...] Il faut pourtant être juste envers M. Edmond Rostand, et lui reconnaître un talent singulier : il est un art, en effet, qu’a perfectionné l’auteur de [...] Cyrano de Bergerac : c’est de mal écrire.M. Edmond Rostand est le plus excellent cacographe dont puissent, aujourd’hui, s’enorgueillir les lettres françaises, aussi commence-t-il à être compté parmi les poètes patriotes.[...]Le jeu merveilleux de M. Coquelin et son adresse comme metteur en scène prêtent quelque vie au drame de M. Rostand. [...] Grâce à M. Coquelin, Cyrano de Bergerac peut donner l’illusion d’avoir quelque mérite.
André-Ferdinand Hérold, février 1898.

Un “bluff” littéraire : le cas Edmond Rostand.[...] En voilà assez. [...] Si cette œuvre enchante une racaille élégante, elle mécontente une partie considérable de la Foule qu’il faut se garder de provoquer. Je veux parler de l’armée impressionnante des Laborieux et des Exploités, sans le consentement et la discipline de qui, il n’y aurait ni richesse, ni civilisation, ni arts, ni sciences, ni parasites, ni délicats oisifs, ni rien, absolument rien de ce qui fait la joie de vivre pour un petit nombre. [...]Rostand, “le poète”?Alors que d’autres pays présentent des Artistes et des Penseurs comme Gérard Hauptmann, Ibsen, Bjornstjerne-Björnson, d’Annunzio, Dostoïevsky, Tolstoï, Gorki. etc., etc., tous écrivains qui se sont penchés fraternellement sur les plaies de l’Homme contemporain, la France, pour tout potage, présente aux affamés de sa lumière spirituelle Cyrano, l’Aiglon et le panache de Rostand?Flûte alors![...] Rostand, le Poète?Vrai, je m’étais fait une autre idée des devoirs d’un Poète à notre époque. [...] La mission traditionnelle du Poète est de s’inquiéter des douleurs, des injustices, des misères populaires de son époque et de s’en ériger l’impitoyable vengeur.[...] Voilà qui serait digne du “Poète”.Mais, lorsqu’on en est déjà pourvu, gagner et entasser de nouveaux millions en lançant sur les planches des pantins en pelure d’oignon et des douleurs chimériques, ça n’est ni beau ni propre.Ma conscience m’obligeait à le proclamer et je ne suis pas fâché de l’avoir fait.
Jehan Rictus, 1903.

Au point de vue du style aucun de nos auteurs ne l’a égalé dans l’art d’édifier, d’épanouir et de faire éclater la période étincelante. [...] Edmond Rostand s’adressait directement au public, à tous ses publics. Il pensait d’abord à lui, s’emparait de son attention, et forçait son suffrage dans une conclusion brillante, inattendue.
P.B. Gheusi, 1918.

Constant Coquelin, dit Coquelin aîné, le créateur du rôle.
Boulogne-sur-Mer 1841 - Suresnes 27 janvier 1909.
Fils de boulanger, il se passionne pour le Théâtre et, en 1859, entre au conservatoire dans la classe de Regnier. Dès 1860 il débute à la Comédie Française dans la plupart des rôles du répertoire classique. Sa brillante interprétation du Mariage de Figaro, de Beaumarchais, fait de lui à vingt trois ans (1862) l’un des acteurs les plus fêtés de Paris... deux ans après, il est sociétaire de la Comédie Française où il reste jusqu’en 1886. Cette année là, il se heurte à l’administration de la Grande Maison, et la quitte. Interdit de représentations en France pour quatre années, il entreprend une tournée triomphale à l’Étranger. Entre 1890 et 1892, il retourne à la Comédie Française : il est pensionnaire. Mais épris de liberté, il fonde une compagnie avec laquelle il sillonne la vieille Europe et le Nouveau-Monde. Enfin il entre au Théâtre de la Renaissance en 1895, puis dirige le Théâtre de la Porte Saint-Martin où il crée Cyrano de Bergerac en 1897. Il est Cyrano, rôle qu’il portera plus de quatre cents fois. Fidèle à l’œuvre de Rostand, il joue l’Aiglon, aux côtés de Sarah Bernhardt et meurt durant les répétitions de Chanteclerc...         
Jean-Yves Patte

Grand valet ou premier rôle de Drame, Coquelin fut toujours un comédien de la vieille roche ou de la vieille école, à la diction savante et sonore, au jeu très étudié, un peu appuyé, qui cherche l’effet, et qui l’obtient, mais le sacrifie parfois au naturel où à ce que nous considérons comme tel à présent. [...] Coquelin, illustre vétéran, n’avait pas été détrôné par ses émules les plus jeunes, et qui ont paru plus modernes? Il demeurait comme le plus admirable représentant d’un école théâtrale qui avait eu du bon et dont le meilleur échappait aux variations de la mode.
Paul Souday, 1909.

Cyrano de Bergerac : les raisons d’un succès
A la fin du XIXe s., il paraît difficile pour un auteur de faire du neuf, ou simplement de se faire admettre, car les critères d’admission aux grandes scènes sont étroits. L’art théâtral semble appauvri et vit sur des engouements déjà anciens. Le théâtre bourgeois se coupe des sources mêmes de la création, faisant sien encore le mot du XVIIIe s. par dessus les bouleversements de la Révolution : “En France, on aime beaucoup ce que l’on a beaucoup entendu”. Toute la consécration doit venir des salons, des rumeurs flatteuses. Avant de pouvoir accéder à la scène, il faut être soutenu, aimé choisi, choyé, avoir fait ses preuves… Alors, en attendant celui qui sera le héros de demain, le public court les pièces anciennes, succès éprouvés où les “monstres sacrés” – terme forgé par Jean Cocteau –, par leurs seules présences fascinent souvent, même si ils réduisent, par des effets de grandioses auxquels ils s’attachent, la compréhension de la pièce. N’a-t-on pas reproché maintes fois à Sarah Bernhardt de mettre en scène sa propre vie et ses émotions intimes avant de servir les textes des auteurs? De plus la carrure de tels “monstres sacrés”  n’écrase-t-elle pas le jeu des acteurs de second plan qui souvent ne passent plus que pour des faire-valoir?Le théâtre d’avant-garde s’essouffle un peu aussi. Antoine (1848-1943), créateur du Théâtre Libre – et qui dirige alors l’Odéon – à côté des grandes pièces du répertoire crée des nouveautés – souvent taxées de “brumeuses” – d’Ibsen, Strindberg ou Hauptmann. Mais il lasse parfois, malgré la grandeur de la tâche entreprise…Et la Comédie légère ne se renouvelle guère, même si l’éternelle histoire de la Coquette, son Mari et son Amant, amuse toujours un public frivole, amateur de “scènes parisiennes”! - car c’est bien connu, de telle situations ne se rencontrent qu’à Paris...

D’où vient alors le succès de la pièce?
Non seulement elle profite d’une faiblesse passagère de l’histoire du théâtre, mais encore elle fait écho à des préoccupations qui “chatouillent” l’âme française, la flattent aussi sans doute. Car la France, acceptant mal le “désastre de 1870” et qui se voit de plus divisée par l’Affaire Dreyfus - Rostand est d’ailleurs dreyfusard -, trouve soudain en Cyrano de Bergerac un baume apaisant. Le romantisme de “cape et d’épée”, le panache, le courage stimulent un “renouveau moral” auquel des “philosophes” belliqueux, dont Déroulède, aspirent. La “nouvelle France”, celle qui vaincra bien entendu, est à nouveau “debout”. A l’opposé, les esprits pacifiques y voient la réconciliation des vertus du courage et de l’abnégation, sources “d’une force morale” – encore! – qui prône la responsabilité de l’homme et de son destin...Mais pour tous Cyrano de Bergerac incarne le renouveau de l’idéal servi par la poésie et la limpidité.Autour de ce constat naissent de nouveaux débats. On veut opposer Rostand à Antoine. Une pièce qui porte en elle une histoire “simple et limpide” semble devoir se dresser contre les “tranches de vie” naturalistes, ouvrant vers des perspectives psychologiques alors jamais abordées. “Quel bonheur! Quel bonheur! Nous allons enfin être débarrassés des brouillards scandinaves et des études psychologiques trop minutieuses, et des brutalités voulues du drame réaliste” s’exclame Francisque Sarcey, au lendemain de la première en 1897.Mais par-delà tous ces débats, la clef du succès de Cyrano, comme celle d’ailleurs de toutes les “bonnes” pièces ne repose-t-elle pas dans cette constatation émerveillée de Jack London, qui en 1898 assistait à la première américaine de Cyrano, loin des états d’âme français : “Plusieurs morceaux semblent contenir mes propres pensées, mes propres sentiments.”
Jean-Yves Patte.
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS SA, 1997

Le “vrai” Cyrano
Hercule-Savignien Cyrano de Bergerac (1619-1655) que l’on pourrait croire gascon ne l’est pas, mais le laissait entendre et le laissait dire profitant habilement d’une homonymie qui faisait passer sa modeste noblesse de robe pour une – plus brillante – d’épée... Car son Bergerac natal est un village dans les Yvelines, non en Dordogne! Grâce à cette confusion, il entra comme Cadet dans le régiment des gardes sous la conduite du Capitaine de Casteljaloux... et s’y distingua par sa bravoure. Puis il quitta le service, ayant reçu de profondes blessures, et se voua à l’écriture. Mais grand duelliste, il mena une vie aventureuse qui le réduisit rapidement à la misère. Lorsqu’il meurt, âgé de trente-six ans, il est certes auteur apprécié, Molière et Voltaire lui feront quelques emprunts, mais homme peu goûté...En dehors d’une vie surprenante et digne de voir quelques uns de ses épisodes portés à la scène, Cyrano de Bergerac fut aussi un visionnaire de génie. N’a-t-il pas entrevu une manière de phonographe? Sait-il jamais que son souvenir est enfermé dans des sillons témoins du temps de sa renaissance, un certain 28 décembre 1897?“A l’ouverture de la boîte [de l’une des deux qui semblent être des volumes, l’un de diamant, l’autre de perle], je trouvais dedans un je ne sais quoi de métal presque semblable à nos horloges, plein de je ne sais quels petits ressorts et de machines imperceptibles. C’est un livre à la vérité, mais c’est un livre miraculeux qui n’a ni feuillet, ni caractère; enfin c’est un livre où pour apprendre les yeux sont inutiles; on n’a besoin que des oreilles. Quand quelqu’un donc souhaite lire, il bande avec grande quantité de toutes sortes de petits nerfs de cette machine, puis il tourne l’aiguille sur le chapitre qu’il souhaite écouter [...] Ainsi [il a éternellement autour de lui] tous les grands hommes morts et vivants qui [l’] entretiennent de vive voix.”
Cyrano de Bergerac
Les États et les Empires de la Lune et du Soleil. D’après la première édition de 1657.

Les grandes tirades(extraits)
Tirade du nez
Ah! non! c'est un peu court, jeune homme!
On pouvait dire... Oh! Dieu!... bien des choses en    somme...
En variant le ton, - par exemple, tenez :
Agressif : “Moi, monsieur, si j'avais un tel nez,
Il faudrait sur le champ que je me l'amputasse!”
Amical : “Mais il doit tremper dans votre tasse :
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap!”
Descriptif : “C'est un roc!... c'est un pic... c'est un cap!
Que dis-je, c'est un cap?... C'est une péninsule!”
Curieux : “De quoi sert cette oblongue capsule?
D'écritoire, monsieur ou de boîte à ciseaux?”
Gracieux : “Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes?”
Truculent : “ça, monsieur, lorsque vous pétunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu'un voisin ne crie au feu de cheminée”
Prévenant : “Gardez-vous, votre tête entraînée
Par ce poids, de tomber en avant sur le sol!”
Tendre : “Faites-lui faire un petit parasol
De peur que sa couleur au soleil ne se fane!”
Pédant : “L'animal seul, monsieur, qu'Aristophane
Appelle Hippocampelephantocamélos
Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d'os!”
Cavalier : “Quoi, l'ami, ce croc est à la mode?
Pour pendre son chapeau c'est vraiment très commode!”
Empathique : “Aucun vent ne peut, nez magistral,
T'enrhumer tout entier, excepté le mistral!”
Dramatique : “C'est la Mer Rouge quand il saigne!”
Admiratif : “Pour un parfumeur, quelle enseigne!”
Lyrique : “Est-ce une conque, êtes-vous un triton?”
Naïf : “Ce monument, quand le visite-t-on?”
Respectueux : “Souffrez, monsieur, qu'on vous salue,
C'est là ce qui s'appelle avoir pignon sur rue!”
Campagnard : “Hé, ardé! c'est-y un nez? Nanain!
C'est queuqu'un navet géant ou ben queuqu'melon nain!”
Militaire : “Pointez contre cavalerie!”
Pratique : “Voulez-vous le mettre en loterie?
Assurément, monsieur, ce sera le gros lot!”
Enfin parodiant Pyrame en un sanglot :
“Le voilà donc ce nez qui a des traits de son maître
A détruit l'harmonie! Il en rougit, le traître!”
- Voilà ce qu'à peu près, mon cher, vous m'auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d'esprit :
Mais d'esprit, Ô le plus lamentable des êtres,
Vous n'en êtes jamais un atome, et de lettres
Vous n'avez que les trois qui forment le mot : Sot!
Eussiez-vous eu, d'ailleurs, l'invention qu'il faut
Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
Me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n'en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d'une, car
Je me les sers moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve
.

La ballade du duel
CYRANO, (fermant une seconde les yeux).
Attendez!... je choisis mes rimes... Là, j'y suis,
(Il fait ce qu'il dit, à mesure.)
Je jette avec grâce mon feutre,
Je fais lentement l'abandon
Du grand manteau qui me calfeutre,
Et je tire mon espadon;
Elégant comme Céladon,
Agile comme Scaramouche,
Je vous préviens, cher Mirmydon,
Qu'à la fin de l'envoi je touche!
(Premiers engagements de fer.)

Vous auriez bien dû rester neutre;
Où vais-je vous larder, dindon?...
Dans le flanc, sous votre maheutre?...
Au coeur, sous votre bleu cordon?...

- Les coquilles tintent, ding-don!
Ma pointe voltige : une mouche!
Décidément... c'est au bedon,
Qu'à la fin de l'envoi, je touche.

Il me manque une rime en eutre...
Vous rompez, plus blanc qu'amidon?
C'est pour me fournir le mot pleutre!
- Tac! je pare la pointe dont
Vous espériez me faire le don;
-J'ouvre la ligne, - je la bouche...
Tiens bien ta broche, Laridon!
A la fin de l'envoi, je touche.

(Il annonce solennellement :)
ENVOI
Prince, demande à Dieu pardon!
Je quarte du pied, j'escarmouche,
Je coupe, je feinte...
(Se fendant.)
Hé! là donc!
(Le vicomte chancelle; Cyrano salue.)
A la fin de l'envoi, je touche.


Non merci!
Et que faudrait-il faire?...
Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
Et s'en fait un tuteur en lui léchant l'écorce,
Grimper par ruse au lieu de s'élever par force?
Non, merci. Dédier, comme tous ils le font,
Des vers aux financiers? se changer en bouffon
Dans l'espoir vil de voir, aux lèvres d'un ministre,
Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre?
Non, merci. Déjeuner, chaque jour, d'un crapaud?
Avoir un ventre usé par la marche? une peau
Qui plus vite, à l'endroit des genoux, devient sale?
Exécuter des tours de souplesse dorsale?...
Non, merci. D'une main flatter la chèvre au cou
Cependant que, de l'autre, on arrose le chou,
Et donneur de séné par désir de rhubarbe,
Avoir son encensoir, toujours, dans quelque barbe?
Non, merci! Se pousser de giron en giron,
Devenir un petit grand homme dans un rond,
Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames?
Non, merci! Chez le bon éditeur de Sercy
Faire éditer ses vers en payant? Non, merci!
S'aller faire nommer pape par les conciles
Que dans des cabarets tiennent des imbéciles?
Non, merci! Travailler à se construire un nom
Sur un sonnet, au lieu d'en faire d'autres? Non,
Merci! Ne découvrir du talent qu'aux mazettes?
Etre terrorisé par de vagues gazettes,
Et se dire sans cesse : oh, pourvu que je sois
Dans les petits papiers du Mercure François?

Non, merci! Calculer, avoir peur, être blême,
Préférer faire une visite qu'un poème,
Rédiger des placets, se faire présenter?
Non, merci! non, merci! non, merci! Mais... chanter,
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l'œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, - ou faire un vers!
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
A tel voyage, auquel on pense, dans la lune!
N'écrire jamais rien qui de soi ne sortit
Et modeste d'ailleurs, se dire : mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles!
Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d'en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d'être le lierre parasite,
Lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul!


Phonographie - Cyrano de Bergerac
Premier Acte :         
Une représentation à l'Hôtel de Bourgogne.
Navré des rodomontades de l'acteur Montfleury, Cyrano de Bergerac empêche cet acteur de jouer. "Coquin, ne t'ai-je pas interdit pour un mois ?". Les Précieux, petits marquis et pédants soutiennent l'acteur, et se fâchent. Le ton monte. Un vicomte - moins pleutre que les autres - se veut brave, mais se couvre de ridicule (Acte I, scène 4) : "Attendez, je vais lui lancer un de ces traits…" [Il s'avance vers Cyrano qui l'observe, écrit Rostand, et se campant devant lui d'un air fat.] "Vous… vous avez un nez… heu… un nez… très grand." C'est alors que Cyrano lui réplique prestement.

1/ André Brunot : Tirade du Nez  / 1938
Disque Columbia L 850 / D 19 060

André Brunot a fait ses débuts sur la scène dans "Les Précieuses ridicules", de Molière au Théâtre Sarah Bernhardt - Théâtre de la Ville -. Car, en 1900, la Comédie Française ayant brûlé, sa troupe avait trouvé sur cette scène un refuge en attendant la reconstruction de nouveaux locaux. Puis en 1938, il est "le" Cyrano de la pièce de Rostand lorsque celle-ci est inscrite au répertoire de la Comédie Française. Enfin André Brunot se produit encore à l'Odéon, marquant ainsi les scènes de deux des théâtres parmi les plus actifs foyers de création de son temps.

2/ Denis d'Inès : la Tirade du Nez  / 1928
Disque Gramophone BS 3681 / 31376 / P818

Après des débuts remarqués en 1909 au Théâtre de l'Odéon - dans la mort de Pan d'A. Arnoux -. Denis d'Inès entre à la Comédie-Française sous le "proconsulat" d'Émile Fabre - qui s'étend de 1915 à 1936 -. C'est une période difficile : les attaques sont féroces : "la Comédie-Française a cessé d'être un théâtre pour devenir un cimetière" proclame Pierre Brisson. Pourtant la "grande maison" qui reçoit une subvention misérable, conserve de rares artistes qui lui sont fidèles… Ceux-là seront à la source même du renouveau du Théâtre, comme Fernand Ledoux, Mary Marquet, Berthe Bovy, Madeleine Renaud…

3/ Camille Dumény : la Tirade du Nez et commentaire.
Disque A.P.G.A 1254 et 1255 /1908

Avant d'être "du Gymnase" ou "du Vaudeville", Camille Dumény est de l'Odéon. Là il côtoie les plus grands sous la direction d'Antoine. On pense à De Max, bien sûr, mais aussi à Réjane aux côtés de laquelle il crée Amoureuse, de Georges de Porto-Riche, en 1899. Malgré son départ de l'Odéon, il n'en reste pas moins un fidèle de cette maison. Il vient régulièrement y donner des "causeries", où il explique sa manière d'aborder un rôle ou de comprendre un texte. Ces "causeries", selon le mot qu'il choisit lui-même, sont si recherchées par un public mondain qu'il en diffuse les meilleurs moments par le disque !

4/ Dessarneaux : la Tirade du Nez / 1900
Berliner 276 / 31 151. Paris.

Qui est Monsieur Dessarneaux ? Si lui aussi a été tenté par l'humour et le regard amusé que Cyrano porte sur lui-même, pas une coupure de la presse de l'époque ne semble avoir retenu le nom de cet interprète. Cet homme, si avare en traces historiques, est-il véritable ? On sait en effet que les techniques d'enregistrement d'alors imparfaites et qui demandaient parfois à l'artiste de "forcer" son art - au risque de le trahir - rebutaient les plus grands acteurs ; mais l'un d'entre eux, tenté par l'expérience phonographique, aurait-il choisi un pseudonyme ?

5/ Paul-Joseph Duparc : la Tirade du Nez /1 899
Cylindre Pathé 2789

Paul-Joseph Aye, dit Duparc, est aussi un acteur qui "monte" à Paris. Il fait ses débuts à Toulouse, en 1875-75, puis passe par Bordeaux avant de gagner Paris en 1877-78. Mais c'est pour mieux repartir vers Marseille, Alger, St-Étienne… et revenir de nouveau à Paris en 1882-84, où il semble se fixer. Il entre à l'Odéon, en 1885 où il fait toute sa carrière, ce qui lui vaudra d'être nommé Officier d'Académie en 1903. Sauf en 1898, où il fait une saison à l'Ambigu, il est un des piliers de la troupe. Là, il occupe nombre de seconds rôles et emplois de "Raisonneurs". Sans doute inspiré par De Max, véritable idole qu'il côtoie sur scène, il enfle un peu sa diction, visant les effets déclamatoires sublimes du grand art.

6/ Victor Lejal : la Tirade du Nez / 1899
Cylindre Lioret.   

Sans être une des plus grandes figures du Caf'Conc', Victor Lejal n'en est pas moins un de ses meilleurs témoins, une vedette de la Scala. Ses imitations de Paulus, auxquelles comme beaucoup alors il se livre pour la plus grande joie de ses admirateurs, lui valent des ovations. Sa figure réjouie et son air dégourdi lui attirent les sympathies. On comprend dès lors qu'il ait voulu à son tour endosser la truculente personnalité de Cyrano. L'a-t-il jamais déclamé sur la scène, ou l'a-t-il simplement gravé pour les amateurs d'Edmond Rostand lors de quelques unes de ses séances d'enregistrement chez Henri Lioret ?

7/ Lombard : la Tirade du Nez / 1898
Cylindre Columbia.

La carrière de Lombard témoigne du parcours d'un artiste qui, venu de la province où il a reçu sans doute une formation très classique, "monte" à Paris. Depuis le Théâtre de Rochefort où il se produit vers 1881-82, il tente plusieurs scènes parisiennes entre 1883 et 1885, avant de gagner Montmartre où, à l'instar de nombreux autres artistes, il est diseur. Sans être l'égal des plus célèbres, il campe un Cyrano plein de bonhomie et n'hésite pas à teinter cette fameuse tirade d'un peu d'accent du Sud-ouest, ce qui ne manque pas de personnaliser un rôle tout frais marqué de la superbe de Coquelin.

Mais la plaisanterie n'est pas du goût du vicomte. Il se sent offensé. Le ton monte encore, mais cette fois on ne rit plus c'est le duel inévitable [Acte I, scène 4]. Fort de sa Tirade du Nez, Cyrano se propose de dépêcher le vicomte en vers. "- Cyrano : Je vais vous donner un petit coup charmant. - Le vicomte, méprisant : Poète !… - Cyrano : Oui, monsieur, poète ! et tellement,      Qu'en féraillant je vais - hop - à l'improvisade  Vous composer une ballade."


8/ Jean Coquelin présente l'interprétation historique de son père / 1943 ?
Disque de l'Association Française de Gramophilie [A.F.G. n° 1.A] - édité en 1946 -    

Sur l'autre face de ce disque est présenté un repiquage "bricolé" du cylindre "paradis" destiné originellement au Phono-cinéma. Seules les acclamations ont été conservées et mixées au cylindre n°3341.  Mais sur la première face de ce disque, celui qui a créé Ragueneau, Jean Coquelin, se souvient de son père travaillant le rôle de Cyrano. Enregistré avant 1944, année de sa mort, la voix de Jean Coquelin réveille les échos d'heures fastes de l'histoire du théâtre français.

9/ Constant Coquelin, dit l'Aîné : la Ballade du Duel
Cylindre Pathé n° 3341  / 1903

Le créateur du rôle ne pouvait manquer d'immortaliser cette œuvre à la mesure de son talent, à la démesure même sans aucune connotation péjorative. Une autre version de cette tirade a existé - on en conserve un pâle reflet au travers d'un repiquage de 1946 - avec les acclamations de la foule sur un très gros cylindre "paradis" destinée au Phono-cinéma, ancêtre du cinéma parlant. Mais le cylindre édité, seul survivant - l'unique "paradis", paraîssant assez altéré, semble désormais perdu - reste supérieur au repiquage ancien. La verve et la faconde de celui qui a donné son âme au nouveau Cyrano éblouissent de nouveau par delà le témoignage historique.
Acte Deuxième : La rôtisserie des poètesDans la rôtisserie de Ragueneau, Pâtissier-poète, "l'affaire" du Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, et ses suites sont vivement commentées. Dans un coin, Cyrano écoute ces flatteuses rumeurs, mais il a d'autres projets en tête. Il est amoureux de la belle Roxane, et n'ose lui confier sa flamme : il se trouve trop laid. Cependant cette dernière demande à le voir. Le cœur de Cyrano s'enflamme… Sur ces entrefaits, son ami Lignière est menacé par "cent hommes" qui veulent lui faire rendre raison pour une mauvaise chanson satyrique. Cyrano, fort du rendez-vous accordé par l'élue de son cœur ne sent plus sa force et met en déroute la troupe qui menaçait son ami.Roxane arrive enfin. Mais il est déçu, c'est Christian qu'elle aime et elle tremble pour lui, car il vient d'entrer dans la compagnie des Cadets de Gascogne, réputés pour leur audace. Cyrano ne voudrait-il pas le protéger? Par amour pour Roxane, il y consent et rencontre les fameux Cadets de Gascogne qui l'accueillent. [Acte II, scène 7]

10/ Paul-Joseph Duparc : Les Cadets de Gascogne           
Cylindre Pathé n° 2982  1901

Mais aussitôt, Cyrano se prend de querelle avec de Guiche qui avait fait placer des hommes pour dérouter Lignère. Cette altercation menace la car-rière et la tranquillité de l'héroïque bretteur. Le Bret, son fidèle ami, s'inquiète pour lui et lui fait comprendre qu'il devrait chercher un protecteur puissant. Ainsi il pourrait laisser libre cours à son génie littéraire plutôt qu'à sa querelleuse bravoure. Cyrano se récrie. [Acte II scène 8]

11/ André Brunot : Non Merci ! / 1938
Disque Columbia L 850 / D 19 060

12/ Denis d'Inès : Non Merci !  / 1928
Disque Gramophone BS 3681 / 31376 / P818

13/ Jules Leitner : Non merci ! / 1902
Disque Gramophone G&T 31 305

Jules Leitner "de la Comédie Française" est réputé pour l'excellence de sa diction et la profondeur du travail de ses personnages. Nommé professeur de Diction au Conservatoire, il formera des générations de comédiens à une attentive écoute des mots, à l'acte tragique. Lorsqu'ilprend sa retraite en 1934, Louis Jouvet lui succéde au Conservatoire. Deux mondes opposés… Jouvet prône la "désincarnation de soi" pour "vivre une vie que l'on a pas vécue", tandis que Leitner représente encore "la vieille école", l'aboutissement de l'art ancien de la tragédie, de la déclamation qui avec "les monstres sacrés" (Sarah Bernhardt, Mounet Sully, de Max…) a alors atteint ses limites extrêmes et magnifiques.

14/ Louis Gauthier : Non merci ! /1901
Disque Gramophone G&T G.C. 31 053

Après un second prix de Comédie, obtenu en 1887, Louis Gauthier entre à l'Odéon la même année. Rapidement il se fait remarquer dans "Turcaret" de Lesage et comme interprète des pièces de Louis de Curel, auteur moderne, l'un des pères du théâtre d'idées du courant naturaliste. Puis il quitte l'Odéon en 1892. S'ouvre alors devant lui une carrière qui le conduit sur toutes les plus grandes scènes, tant à Paris qu'en Province. Il joue au Grand-Théâtre, à l'Ambigu, aux Folies-Dramatiques, à la Porte Saint-Martin, au Gymase, au Vaudeville, à la Renaissance, au Théâtre Fémina, au Théâtre Réjane, à la Comédie des Champs-Elysées, au Châtelet, au Théâtre Sarah Bernhardt, au Théâtre des Arts, au Théâtre Antoine, au Théâtre Pigalle, à l'Alhambra de Lille, au Théâtre Montparnasse… C'est aux Variétés de Marseille, en 1900, qu'il joue Cyrano. Acteur prolixe, il a joué environ six-cents pièces, dont soixante-huit créations. En outre, grand sportif, il est l'auteur d'un traité de natation en 1919 après avoir sauvé deux enfants de la noyade.

15/ Charles Monval (?) : Non Merci !  /1898
Cylindre de la Maison de la Bonne Presse

La Maison de la Bonne Presse distribue un répertoire choisi, depuis l'Opéra jusqu'aux chansons "de bon ton" pour une clientèle aux goûts classiques. Elle fonde aussi sa réputation sur le moindre coût de ses produits (des ouvrages pieux au phonographes). Ce choix entraîne nécessairement l'emploi d'artistes moins en vue que ceux des plus grandes scènes. Sans cette politique "bon marché", Charles Monval qui occupe "les petits emplois" au Théâtre du Palais-Royal, aurait-il eu jamais l'occasion de
revêtir la cape de Cyrano ? … et de laisser l'un des rares témoignage sonores de sa carrière - le seul (?), puisqu'il meurt brutalement en 1899, à l'âge de 57 ans - témoignage de son art et de celui des artistes qui, comme lui, ont des emplois modestes.

Enfin Cyrano rencontre Christian. Celui-ci s'avère plus que maladroit, et quelque peu écervelé… Mais il est beau, il plaît à Roxane… et Cyrano a promis.

Acte Troisième : Le baiser de Roxane
Peu à peu Cyrano offre à Christian tout l'amour qu'il portait à Roxane et dicte au jeune "sot" ses plus beaux serments. Ainsi, il se fond lui même dans le bellâtre, comme pour aimer sa belle au travers du sourire d'un autre, plus beau.[Acte III, scène 8]

16/ Mlle Clervanne et Roger Monteaux : La scène du balcon
Disque Odéon XXP 6932 - 171.090  / 1934

Rien de bien révolutionnaire dans cette interprétation. La création de Coquelin et la reprise de Le Bargy (en 1913) semblent avoir fixé une tendance "historique", un style. Mlle Clervanne, de l'Odéon, et Roger Monteaux, de la Comédie-Française, donnent un fidèle reflet des stéréotypes d'alors quand la Comédie-Française restait hermétique à toute innovation. Cyrano fanfaronne un peu, quoique dans un registre tendre ce qui peut sembler paradoxal, et la douce Roxane est plus précieuse que les Précieuses de Molière ! Mais il faut être juste, c'est sans doute une des scènes les moins faciles de la pièce… D'ailleurs c'est l'une des moins portées au disque aussi.

La ruse réussit si bien que ce même soir Roxane épouse Christian. Mais il doit aussitôt partir à la guerre.

Acte quatrième : Les Cadets de Casgogne.
La guerre fait rage, les Cadets de Gascogne se battent à Arras. Roxane retrouve Christian au mépris du danger, et lui ouvre son cœur. Christian comprend alors qu'elle aime plus les lettres et les mots dictés par Cyrano que lui-même. Désespéré il court au devant du feu ennemi et se fait tuer. Devant la douleur de Roxane, Cyrano cherche la mort, plutôt qu'avouer la vérité que Christian avait demandé à son ami de révéler.

Acte cinquième : La Gazette de Cyrano.
Quinze ans ont passé. Roxane, pour trouver un apaisement à sa douleur, s'est retirée au couvent des Dames de la Croix. Cyrano vient souvent lui rendre visite. Un soir, Le Bret apprend à Cyrano que l'on veut attenter à ses jours. Ce dernier n'en a cure, mais à quelque distance de là, une poutre de bois tombe sur sa tête. Il se fait porter mourant vers Roxane qui comprend, enfin, que son plus fidèle et véritable amant est celui qu'elle à toujours cru son ami dévoué…

Ainsi Roxane et Cyrano ne vieilliront pas ensemble. C'est pourtant ce que de tous ses vœux Rosemonde Gérard leur aurait souhaité. Mais Madame Rostand n'influence pas le cours de la vie de Cyrano! Pas plus d'ailleurs qu'elle n'a pu prophétiser la sienne. Edmond Rostand, n'a pas vieilli à ses côtés. Il a choisi d'autres amies avant de disparaître en 1918.

La mort de l'Hiver, poème d'Edmond Rostand, illustre la carrière mondaine de cet auteur, connu d'abord pour ses textes délicatement ciselés. Lues ou déclamées dans les salons, ces poésies, destinées à toutes les oreilles, sont saluées de murmures flatteurs. Ce sont ces mêmes murmures qui lentement ont porté Edmond Rostand au devant de la scène. Là, ils ont cédé le pas aux ovations frénétiques.

17/ Charles Le Marchand : La mort de l'Hiver (Edmond Rostand)   / 1902
Cylindre Edison n° 17 384                              
                             
Charles Le Marchand n'est pas à proprement parler un artiste de premier plan. Il fit ses débuts au Théâtre Historique en 1890 avant d'intégrer la troupe du Théâtre Sarah Bernhardt, fondé en 1898, où il tint des emplois de second rôle. Sa voix aux incontestables qualités phonogéniques, sa diction claire lui permirent d'enregistrer de nombreuses fois des poèmes et des pièces de salons… comme cette "mort de l'hiver."

18/ Sarah Bernhardt : Les Vieux [Madame Rostand (Rosemonde Gérard)]         
Disque Gramophone G&T G.C. 31 172  /  1902

On ne présente plus Sarah Bernhardt, mythique actrice du théâtre du XIXe s. et du début du XXe s. Créatrice de quelques-uns des plus beaux rôle écrits par Edmond Rostand - écrits d'ailleurs pour elle - la "grande Sarah" n'est pas étrangère au succès de Cyrano. Amie de Coquelin, elle a présenté, dit-on, les deux hommes. Elle a même joué ce rôle, prenant goût à se travestir, et  faisant sans doute un Cyrano bien extravagant. Est-ce en amie de Rostand ou de Rosemonde Gérard qu'elle enregistre ce poème? Quoiqu'un peu oubliée aujourd'hui, la poétesse mondaine n'en reste pas moins l'auteur de la célèbre formule que répètent à l'envi tous les amoureux du monde qui s'aiment: "aujourd'hui plus qu'hier et moins bien que demain"…
Jean-Yves Patte
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS SA, 1997

Ecouter Cyrano de Bergerac d Edmond Rostand (livre audio) © Frémeaux & Associés / Frémeaux & Associés est l'éditeur mondial de référence du patrimoine sonore musical, parlé, et biologique. Récompensés par plus de 800 distinctions dont le trés prestigieux "Grand Prix in honorem de l'Académie Charles Cros", les catalogues de Frémeaux & Associés ont pour objet de conserver et de mettre à la disposition du public une base muséographique universelle des enregistrements provenant de l'histoire phonographique et radiophonique. Ce fonds qui se refuse à tout déréférencement constitue notre mémoire collective. Le texte lu, l'archive ou le document sonore radiophonique, le disque littéraire ou livre audio, l'histoire racontée, le discours de l'homme politique ou le cours du philosophe, la lecture d'un texte par un comédien (livres audio) sont des disques parlés appartenant au concept de la librairie sonore. (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, cours sur CD, entretiens à écouter, discours d'hommes politiques, livres audio, textes lus, disques parlés, théâtre sonore, création radiophonique, lectures historiques, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre, audio-livre, lecture à voix haute, entretiens à haute voix, parole enregistrée, etc...). Les livres audio sont disponibles sous forme de CD chez les libraires  et les disquaires, ainsi qu’en VPC. Enfin certains enregistrements de diction peuvent être écoutés par téléchargement auprès de sites de téléchargement légal.





PisteTitre / Artiste(s)Durée
01 TIRADE DU NEZ - BRUNOT02'40
02 LA TIRADE DU NEZ - INES02'46
03 TIRADE DU NEZ ET COMMENTAIRE - DUMENY06'28
04 TIRADE DU NEZ - DESSARNEAUX02'06
05 LA TIRADE DU NEZ - DUPARC02'43
06 LE TIRADE DU NEZ - VICTOR03'23
07 LA TIRADE DU NEZ - LOMBARD03'11
08 JEAN COQUELIN PRESENTE L INTERPRETATION HISTORIQUE - COQUELIN03'49
09 LA TIRADE DU DUEL - COQUELIN01'32
10 LES CADETS DE GASCOGNE - DUPARC02'09
11 NON MERCI - MONVAL01'58
12 NON MERCI - INES02'27
13 NON MERCI - BRUNOT02'47
14 NON MERCI - LEITNER02'19
15 NON MERCI - GAUTHIER02'35
16 LA SCENE DU BALCON - MONTEAUX04'02
17 LA MORT DE L HIVER - LEMARCHAND02'05
18 LES VIEUX - BERNHARDT03'55
"Les plus célèbres tirades de la plus illustre des pièces de Rostand" par Histoires Littéraires

« ... En prime, La mort de l’hiver, poème de Rostand enregistré en 1902 par Charles Le Marchand. » Jean-Jacques LEFRERE – HISTOIRES LITTERAIRES


« Déclamées par des acteurs célèbres en leur temps, et même par le créateur du rôle-titre, les plus célèbres tirades de la plus illustre des pièces de Rostand : Constant Coquelin, Denis d’Inès, Jules Leitner, Charles Monval : « Non merci ! », la scène du balcon, la tirade des nez, celle du duel, celle des cadets de Gascogne. « Il est temps de dégonfler cette baudruche de Cyrano », lit-on dans Cinquante ans de Paris de Pierre-Barthelémy Gheusi (vœu non réalisé à ce jour). En prime, La mort de l’hiver, poème de Rostand enregistré en 1902 par Charles Le Marchand. » Jean-Jacques LEFRERE – HISTOIRES LITTERAIRES




« Les grandes heures de Cyrano » par Écouter Voir

Pour « revivre » les grandes heures de Cyrano avec les plus grands interprètes de l’époque 1898 à 1938, pour entendre ou même découvrir Sarah Bernhardt dans des poèmes de Madame Rostand, pour les nostalgiques, enfin pour le théâtre tout simplement. A noter l’audition parfois très difficile…mais c’est un enregistrement historique. Une excellente note pour le livret d’accompagnement.
D. THIEULIN – ÉCOUTER VOIR




« Judicieux de remonter le temps » par Notes Bibliographiques

Les plus anciens de ces enregistrements de Cyrano de Bergerac remontent à 1898, date de sa création…jusqu’en 1938. On peut entendre les  monstres sacrés de l’époque déclamant « la tirade du nez » et « Non merci » avec le ton emphatique de rigueur. Il a été judicieux de remonter le temps, les vieux enregistrements sur cylindres seraient inaudibles si l’écoute de 1938, mise en premier, n’était pas là pour remettre en mémoire les fameux vers. Un acteur de 1908 donne une leçon d’interprétation, le fils du fameux Coquelin explique le jeu de son père. La voix de Sarah Bernhardt et de Coquelin dans la genèse de Cyrano. Il donne aussi des extraits de la critique de la même période ». Jean-Yves Patte y explique les raisons du succès de la pièce et t race le portrait du vrai Cyrano et celui des divers acteurs. CD souvenir didactique pour le centenaire de la pièce.
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES




« Tirade du nez » par Phonoscopies

La plupart des enregistrements historiques du chef d’œuvre créé le 27.12.1897 sont réédités ici. Une fois encore, cette œuvre de patrimoine est due à un producteur privé. Parmi les 18 documents présentés : une interprétation du créateur Coquelin l’Ainé, commentée en 1943 par son fils. Les sept versions de la « tirade du nez » sont bien différentes de celle, fougueuse et parfois mal contrôlée, de Gérard Depardieu…Celle de Lombard (1898) apparaît aujourd’hui beaucoup plus moderne que celle, impossible, de Duparc (1899). Livret excellent et bien documenté.
PHONOSCOPIES




« Une anthologie inespérée » par Centre presse, Le Courrier de l’Ouest, Presse Océan, Le Maine Libre

Cyrano a cent ans, et les commémorations ne sont pas vraiment à la hauteur de l’évènement : au théâtre national de Chaillot à Paris, Jérôme Savary fait son cirque habituel autour d’un Francis Huster a contre-emploi…Ce Don Juan fatigué, bilieux, n’a pas la jovialité, la discrète mélancolie et la générosité piaffante réclamés par le personnage de Rostand. Heureusement, voici une juste réparation à notre plus récente déception : une anthologie inespérée des plus grands interprètes de Cyrano depuis un siècle ! Franchement, on ne savait même pas que de tels documents existaient…Il est passionnant d’écouter la même scène jouée par des comédiens différents pendant tout un siècle. La comparaison des dictions et des expressions devrait faire l’objet d’études approfondies dans les écoles de théâtre. Grâce au disque, le théâtre est un art éphémère qui garde la mémoire !
CENTRE PRESSE – LE COURRIER DE L’OUEST – PRESSE OCÉAN – LE MAINE LIBRE – L’ÉCLAIR




« Trésors d'archives » par Le Magazine Littéraire

Ajoutons que l'audio ne nourrit pas la seule mémoire des auditeurs : il enrichit de façon  inestimable le patrimoine littéraire. Des enregistrements comme ceux de L'Etranger par Camus relèvent des trésors d'archives, au même titre que les manuscrits. Mieux, ils contiennent des informations que ne sauraient rendre ceux-ci.
[…]
[E]n écoutant le souffle de Camus dans sa lecture de L'Etranger, vous apprendrez d'une façon différente, mais frappante, ce que vous dit la biographie d'Olivier Todd sur sa tuberculose... « J'ai publié, dans un CD, des enregistrements de Cyrano par Rostand ou par Sarah Bernhardt, ajoute Patrick frémeaux. Parfois, cela frôle l'inaudible, comme nous le précisons sur la jaquette. Néanmoins, ces enregistrements ont autant de valeur que les hiéroglyphes dégradés que vous pouvez voir au Louvre. »
Alexis BROCAS – LE MAGAZINE LITTERAIRE




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