SWING - LE LABEL DE JAZZ FRANÇAIS CRÉÉ PAR CHARLES DELAUNAY

LES PREMIÈRES ANNÉES 1937-1939

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Artiste COLEMAN HAWKINS
Direction artistique : PIERRE LAFARGUE, AVEC L’AIDE DE BENJAMIN GOLDENSTEIN ET DANIEL NEVERS
Livret : 36 Pages
Nombre de CDs : 3


29,99 € TTC

FA5424

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Enregistré en avril 1937, le quatuor de saxophones dirigé par Coleman Hawkins devait être le premier disque édité par le label Swing de Charles Delaunay (fils des peintres Sonia et de Robert Delaunay).
Bénéficiant tout d’abord de la présence à Paris de jazzmen américains lors de l’Exposition Internationale de 1937, Delaunay permet les rencontres et les mélanges du jazz de l’Ancien et du Nouveau monde, et les grave pour la postérité dans des disques références de la production française.
L’essor de l’une des plus belles réussites discographiques française d’avant-guerre nous est présenté par Pierre Lafargue dans une anthologie en 3 CD commentée dans un livret de 36 pages.
Benjamin GOLDENSTEIN & Daniel NEVERS

Recorded in April 1937, the saxophone quartet led by Coleman Hawkins was to be the first record released on the Swing label of Charles Delaunay (the son of the painters Sonia and Robert Delaunay).
Taking advantage of the presence American jazzmen in town for the 1937 International Exhibition in Paris, Charles Delaunay was a catalyst for all kinds of encounters and mixtures between jazz on the Old and New continents, and he captured them on disc for posterity, making them references in the French recording-industry.
The launching of one of the greatest success-stories in pre-war French recording- history is presented by Pierre Lafargue in a 3CD anthology with a detailed 36-page booklet.
Benjamin GOLDENSTEIN & Daniel NEVERS

DIRECTION ARTISTIQUE : PIERRE LAFARGUE, AVEC L’AIDE DE BENJAMIN GOLDENSTEIN ET DANIEL NEVERS 
DROITS : DP / FREMEAUX & ASSOCIES

CD 1 (1937) : TEDDY WEATHERFORD : I AIN’T GOT NOBODY • TEA FOR TWO • WEATHER BLUES • WEATHER BEATEN BLUES • MAPLE LEAF RAG. PIERRE ALLIER ET SON ORCHESTRE : MOONGLOW • DARKTOWNSTRUTTERS BALL.DICKY WELLS AND HIS ORCHESTRA :  I’VE FOUND A NEW BABY • DINAH ! • NOBODY’S BLUES BUT MY OWN • HOT CLUB BLUES • LADY BE GOOD • DICKY WELLS BLUES. TEDDY WEATHERFORD : MY BLUE HEAVEN • AIN’T MISBEHAVIN’. ALIX COMBELLE ET SON ORCHESTRE : XACTLY LIKE YOU • ALEXANDER’S RAGTIME BAND • HANG OVER BLUES • AVALON • I CAN’T GIVE YOU ANYTHING BUT LOVE. PHILIPPE BRUN TRIO : I’M COMING VIRGINIA. PIERRE REVERDY + P. BRUN & J. REINHARDT : FONDS SECRETS.
CD 2 (1937-1938) : LE QUINTETTE DU HOT CLUB DE FRANCE : SWINGING WITH DJANGO. BILL COLEMAN AND HIS ORCHESTRA : INDIANA • ROSE ROOM • BILL STREET BLUES • AFTER YOU’VE GONE • THE MERRY-GO-ROUND BROKE DOWN. PHILIPPE BRUN & JOSEPH REINHARDT : BROCKEN-HEARTED BLUES. ALIX COMBELLE’S HOT FOUR : WHEN YOU’RE SMILING • IF I HAD YOU. EDDIE SOUTH AND HIS QUINTET : HONEYSUCKLE ROSE. GARLAND WILSON : THE BLUES GOT ME• YOU SHOWED ME THE WAY• THE BLUES I LOVE TO PLAY• SWEET LORRAINE • BEI MIR BIST DU SCHÖN • BLUE MORNING. MICHEL WARLOP & GARLAND WILSON : YOU SHOWED ME THE WAY • LIMEHOUSE BLUES. BOBBY MARTIN AND HIS ORCHESTRA : CRAZY RHYTHM. FLETCHER ALLEN AND HIS ORCHESTRA : WHAT’LL I DO ? • FLETCHER’S STOMP. PIERRE ALLIER ET SON ORCHESTRE : JAM MAN.
CD 3 (1938-1939) : PIERRE ALLIER ET SON ORCHESTRE : PETER’S STOMP. ALIX COMBELLE TRIO : AL’S IDEA • DON’T GET TIRED. EDDIE BRUNNER ET SON ORCHESTRE : IN A LITTLE SPANISHTOWN• I DOUBLE DARE YOU• MONTMARTRE BLUES• MARGIE. HERMAN CHITTISON : MY LAST AFFAIR / NO MORE TEARS • I’M PUTTING ALL MY EGGS IN ONE BASKET• MY OWN BLUES• MY MELANCHOLY BABY • THEY CAN’T TAKE THAT AWAY FROM ME. BILL COLEMAN AND HIS ORCHESTRA : WAY DOWN YONDER INNEW ORLEANS • SISTER KATE. GUS VISEUR AND HIS MUSIC : MORNING FOX• IT HAD TO BE YOU• SWING COCKTAIL. HOT CLUB SWING STARS : MORNING FEELING• SWINGIN’ AT THE SUGAR BOWL • EVERY TUB. QUINTETTE DUPONT-DURAND : LA MAISON BLEUE (LIMEHOUSE BLUES) • TRISTESSE BLEUE (MOOD INDIGO)
Swing FA5424

SWING
Le label de jazz français créé par Charles Delaunay
Les premières années 1937-1939

The french jazz label
created by Charles Delaunay
Early years 1937-1939







À Pierre Lafargue (1932-2013)
Le Label Swing représente une importante discographie, abondamment rééditée. Pour ne pas faire double-emploi avec de nombreux coffrets du catalogue Frémeaux & Associés, Pierre Lafargue a privilégié les titres absents d’autres anthologies et a volontairement minimisé la place de certains musiciens notables mais déjà bien représentés dans le catalogue, particulièrement Django Reinhardt dont l’œuvre intégrale a été éditée par Daniel Nevers en 40 CD (Intégrale Django Reinhardt, FA301 à FA320), ou les Frères Ferret, dont lui-même avait élaboré l’anthologie de référence en 3 CD (Les Frères Ferret, FA5247).

Après avoir réalisé la sélection des titres et le transfert des 78-tours originaux, Pierre Lafargue est décédé pendant la relecture de ce dernier grand texte qu’il aura rédigé pour Frémeaux & Associés, après une longue carrière d’auteur pour Jazz Hot, RCA, EMI, Universal… Seule manquait la discographie détaillée, que Daniel Nevers a accepté de prendre en charge pour permettre à Frémeaux & Associés de rendre cet hommage posthume à l’une des grandes mémoires du Jazz français.

Le label Swing a été fondé en 1937, avec le concours de Hugues Panassiée, par Charles Delaunay (1911-1988), qui apparaît en filigrane dans l’ensemble du texte de Pierre Lafargue. Grand acteur du jazz en France, Charles Delaunay devient en 1934 le secrétaire général du Hot Club de France, présidé par Hugues Panassié. Les deux hommes, longtemps liés, prirent progressivement des chemins divergents et incarnèrent par la suite des approches tout à fait opposées prenant la forme d’une nouvelle querelle entre «classiques » et « modernes ». Manager du Quintette du Hot Club de France avec Django Reinhardt et Stéphane Grappelli, Charles Delaunay fut également le directeur de la revue Jazz Hot.

Pour compléter cette anthologie en hommage au label de Charles Delaunay, le lecteur pourra trouver en fin de livret une contribution d’Anne Legrand (auteure de Charles Delaunay et le Jazz en France dans les années 30-40, Éditions du Layeur, 2006 et 2010, 239 p.), qui fut chargée de l’inventaire du « fonds Delaunay » légué par son propriétaire à la Bibliothèque nationale de France.
Benjamin Goldenstein



Le label SWING

La naissance d’une aventure discographique française, dirigée par Charles Delaunay
Les premières années, 1937-1939

« Il est plus aisé de dire des choses nouvelles que de concilier parfaitement et de réunir sous un seul point de vue toutes celles qui ont été dites. »
Vauvenargues (1715-1747)


LE CHAGRIN ET LA PIÉTÉ
« Mort, où est ta victoire1 ? »
Apôtre Paul (Première « Épître aux Corinthiens »)

Comme le temps passe… As Time Goes By, et, pour s’en rendre compte, il n’est même point besoin d’évoquer le fringant Dooley Wilson, Sam pour les cinéphiles/jazzfans, que sollicite nostalgiquement une Ingrid Bergman pleine de grâce dans le mythique « Casablanca » de Michael Curtiz (1943), « film-culte » par excellence. As Time Goes By, c’est aussi le titre symbole d’un standard que Stéphane Grappelli enregistre à Paris au studio Sysmo en mars 1975 avec Slam Stewart et Johnny Guarnieri, compagnons de route d’une multitude d’éminents jazzmen – à commencer par le « Président » Lester Young en personne dans l’une de ses réussites majeures – qui ont écrit avec leurs instruments quelques belles pages d’histoire quand le violoniste s’illustrait auprès de Django Reinhardt. Ce qui ne fait aujourd’hui que mettre le doigt sur un problème générationnel, l’Absence. L’absence peut n’être qu’incident, c’est lorsqu’elle engendre la peine, la souffrance, qu’elle devient accident. Alors l’absence, c’est le vide, l’amertume de la disparition, le souvenir fréquemment sollicité, lancinant, insidieux par sa nécessité, perturbateur du présent. « Très souvent ils avaient écouté ensemble un vieux disque de Stéphane Grappelli. » (William Bayer, Switch / Une tête pour une autre, 1984).

« Je suis mort à la rumeur du monde
Et j’ai trouvé pour mon repos mon monde à moi
J’y vis seul, dans mon ciel
Dans mon amour, dans mon chant »
Friedrich Rückert

Le Rééditeur et la Mort… « La mort, c’est mon truc. C’est grâce à elle que je gagne ma vie.» Ainsi commence l’un des romans les plus connus de Michael Connelly, Le Poète (1996). C’est le héros de ce « polar » très particulier qui parle, le journaliste Jack McEvoy, chargé de relater les affaires criminelles dans le Rocky Mountains News de Denver (Colorado). Ainsi pourrait dire également le rééditeur de disques de jazz, ou de toute autre discipline musicale. Au siècle dernier, il était encore possible d’entreprendre la réédition d’anciennes séances enregistrées par des artistes du domaine du jazz, musiciens, chanteuses, chanteurs et groupes vocaux, grands orchestres et petites formations, alors que les principaux protagonistes, plus ou moins chevronnés, étaient toujours en pleine activité, jouant, chantant, donnant des concerts, passant en clubs de jazz, enregistrant de nouveaux disques, faisant des tournées nationales et internationales. Parfois, à ce sujet, l’on pouvait même se payer le luxe d’offrir une réédition de leurs anciennes performances à de grands noms du jazz américain voyageant en Europe ; ce fut le cas pour votre serviteur avec Dizzy Gillespie, Joe Newman ou Benny Goodman. Mais pas avec Muggsy Spanier, ni Jack Teagarden, pas plus qu’avec Clarence Williams et Arthur Rollini… Les défricheurs, les débroussailleurs, les élagueurs ayant éclairci la voie royale du jazz étaient déjà partis voir si l’autre monde se révélait aussi meilleur qu’on le prétend. Les alertes vétérans qui avaient fait des étincelles précédemment, toujours gaillards sur le terrain, bon pied bon œil, ne pensaient pas à dételer et continuaient leurs aventures swingantes. « Tournant » en Europe et plus particulièrement en France, les jazzmen et bluesmen des époques fastes assurèrent le succès des disques Black & Blue (pour ne citer qu’eux) qui firent emplette de la sorte d’archives sonores exemplairement précieuses.

Hier, quand on établissait les renseignements discographiques d’une réédition, en rédigeant le détail des « personnels » d’une séance (comme l’on dit du personnel d’une entreprise), il était donc possible, au milieu des disparus, de trouver à transcrire l’identité d’instrumentistes, de vocalistes ou de leaders indéniablement en exercice, que l’on pouvait écouter dans des disques récents et voir lors de concerts donnés. De nos jours, au XXIème siècle, c’est fini. Ils ont tous déserté, ils ont tous pris la clef des champs (funèbres), il n’y a plus que des fantômes, des spectres dans la discographie. « Mais, face à moi-même, pourquoi aurais-je peur des mots, des fantômes qu’ils ressuscitent et de cet inconnu auquel, parfois, ils nous confrontent ? Il est vrai que, chez moi, les fantômes occupent toute la scène. Dans la vie comme dans les rêves, que ceux-ci soient changeants ou répétitifs. » (Chantal Thomas, Les Adieux à la Reine, 2002). Les vedettes et les seconds couteaux, avant réunis sur scène, désormais réunis dans le même destin fatal, peuplent les cimetières et, « dust to dust », leurs cendres ne suffisent plus à préserver leur mémoire de l’oubli inexorable. Cendre et poussière. Maintenant, imprégné de tristesse, accablé de mélancolie, en proie à la nostalgie, l’on se murmure que s’occuper de rééditions réanimatrices, c’est vraiment parcourir à pas lents les allées d’une nécropole. « Quand tout ce qu’on fait on le fait trop longtemps et on le fait trop tard, on ne peut pas s’attendre à ce que les gens soient encore là. Les gens sont tous partis. La fête est finie et l’on se retrouve seul. » (Ernest Hemingway, Les Neiges du Kilimandjaro, 1953).

ARRIÈRE-PLAN

« L’art est un mensonge qui nous permet de dévoiler la vérité. »   
Pablo Picasso

Chaque année a son ambivalence, son lot de satisfactions et de désagréments, d’afflictions et de fêtes, de jubilations et de peines. 1937 n’échappa pas à la règle, à cette loi du négatif s’opposant au positif. Ainsi en musique disparaissaient Maurice Ravel (La Valse ne tournoiera plus), George Gershwin (on ne reverra point d’Américain à Paris), Albert Roussel (l’Araignée cessera de festoyer) et Karol Szymanowski (le Roi Roger portera le deuil de son père). En revanche naissent les contrebassistes de demain Ron Carter, Malachi Favors, Charlie Haden, les futurs saxophonistes Joe Henderson, Archie Shepp, Barney Wilen et les batteurs de l’avenir Pierre Favre, Louis Hayes, Sunny Murray, qui feront parler d’eux plus tard dans les milieux du jazz, cordes pincées, souffle éolien et peaux frappées. Le Temps est un grand Maître.

A(rt)rière-plan ?… Ce qu’il y a d’étonnant, d’hors de l’ordinaire dans une exposition, c’est qu’elle arrive à introduire l’Art comme un produit de contrebande pendant que la Technique sert de sauf-conduit tamponné par le progrès avantageux. Et parfois ça finit par faire pfuittt!… « Le meilleur environnement ce n’est pas la nature, la forêt ou la montagne : c’est l’art. Parce qu’il n’y a pas de discours plus régénérateur, plus porteur de solidarité humaine. » (Jean-Michel Ribes, interview dans Télérama, 2011). Ce qu’il y a d’exceptionnel dans la réédition musicale, c’est que l’Histoire arrive à amener ses drames et ses tragédies au beau milieu des harmonies pacifiques ne visant qu’à réjouir le cœur de l’homme. Bonum jazzum laetificat cor hominis. « Notre époque a tellement transformé l’art en une sorte d’investissement ou de spéculation que beaucoup de gens sont devenus incapables de voir la beauté d’un objet, et de s’y arrêter vraiment s’ils la remarquent : ils n’en voient que la valeur, sa convertibilité et une certaine somme d’argent. » (Donna Leon, Wilful Behaviour / Une question d’honneur, 2002).

SOUS LE CIEL DE PARIS
« L’irruption de nouveaux éléments faisait éclater tout l’ensemble, toutes les pierres de l’édifice s’écroulaient, pour se réajuster selon de nouveaux plans invisibles, imprévisibles…»   
Lawrence Durrell (Clea)

A Paris en 1937, du printemps à l’automne, qu’est-ce qui fait courir les habitants de la capitale ? Qu’est-ce qui les excite, qui les met dans tous leurs états, qui bouleverse leur vie quotidienne, qui apporte du piment dans leur existence de citadin ? Oui, bien sûr, c’est l’Exposition ! Un événement important, considérable, hors du commun dans l’histoire d’un Paris qui a pourtant connu dans son passé tant de manifestations humaines de tous ordres, à proprement parler extraordinaires. En cette année 1937, au cours de laquelle la presse apportera journellement son contingent de bonnes et de mauvaises nouvelles, l’Exposition Internationale de Paris, présentée sans ambiguïté sous l’appellation de « Arts et Techniques » (l’art c’est ce qui reste quand la technique se fait oublier), conquiert toute une partie de l’Ouest parisien, y installe ses multiples pavillons, ses stands, ses spectacles, ses attractions, au pied de la Tour Eiffel, marraine de l’Exposition de 1889, et des édifices flambant neufs érigés pour la circonstance : le monumental Palais de Chaillot (remplaçant le saugrenu Trocadéro) qui abrite plusieurs musées et salles de théâtre, sa terrasse panoramique, ses statues imposantes, ses jardins, son bassin, puis le Palais des Musées d’Art Moderne, le nouvel Aquarium, le Musée des Travaux publics (devenu depuis le siège du Conseil Economique et Social), le pont d’Iéna transformé et le passage souterrain de la rive droite, qui traversèrent les décennies et demeurent cette part intégrée du décor familier. D’autres structures disparurent l’Exposition terminée, certaines furent conservées, comme la haute et impressionnante tour à parachute de l’Esplanade des Invalides, annexe du Pavillon de l’Aéronautique, exilée à la lisière de Paris, au milieu des ateliers, des usines, des entrepôts, des habitations à loyer modéré et des terrains vagues, Porte de Choisy (13ème), où elle servit aux exercices des apprentis-parachutistes avant de rouiller pendant plusieurs années en attendant son démantèlement en 1957. Vingt ans après… sa construction. Grandeur et décadence. L’afflux des nombreux visiteurs, venus de tous horizons, ne se démentira jamais durant ces mois privilégiés, faisant ainsi bénéficier l’Exposition Internationale d’un succès retentissant qui nimbera de prestige cette entreprise ambitieuse.

Que disent-donc alors les organes officiels ? Laissons-les s’exprimer :

« Paris exerce et exercera toujours une fascination étrange sur les peuples les plus divers. Son rayonnement intellectuel et artistique en fait un centre d’attraction universel. Quel sera son pouvoir alors que, en vue d’une exposition dont la magnificence ne fut jamais égalée, quarante-deux nations se sont jointes à la France pour parfaire sa gloire?

Ce n’est pas sans émotion que l’on verra, flottant pendant des mois dans le ciel de Paris, les emblèmes de toutes les nations qui auront voulu, par une splendide leçon de choses, aider au succès de notre œuvre.

La superficie totale de l’exposition est de 100 ha. : en révélant que les sections étrangères occupent plus du cinquième de cette surface, on comprendra aisément l’importance de leur participation.

Quel pavoisement dans la vaste enceinte ! Partout ce ne sont que bannières, oriflammes, étendards de peuples, provinces, villes, corporations.

Magiciennes triomphantes, l’exposition de 1937 a fait jaillir, du sol de Paris, les cinq parties du monde.»

« Les deux arts de cette époque sont la musique et l’architecture – parce qu’arts de masse. »
André Jolivet (Comœdia, 1936)

La publicité officielle n’est jamais avare de dithyrambes ; c’est là son moindre défaut. Évidemment, les chanteurs, les orchestres de variétés, les chansonniers, les humoristes, les caricaturistes de tout poil s’en donnèrent à cœur joie et il y eut même La Chanson de l’Exposition, due à Georgius, popularisée à la « TSF » et ailleurs par Fred Adison, son orchestre et son équipe de joyeux drilles dans un sketch musical désopilant (cf. « 20 Succès » 1933-1938 – Forlane UCD 19082).

Du reste, la musique est partout à l’Exposition, dans la plupart des Pavillons (les bien nommés !) ; The Music Goes ‘Round And Around comme le proclame un « tube » de l’époque, transformé sur les ondes radiophoniques en publicité pour l’apéritif Cinzano. Le grand ordonnateur des festivités musicales de tout acabit est le compositeur Albert Roussel (ancien officier de marine), qui s’éteint en pleine tâche ; « La direction de toutes les activités musicales de l’Expo a été confiée à Albert Roussel, mais le compositeur meurt le 23 août 1937 à l’âge de 68 ans et c’est Henry Barraud qui le remplace au pied levé. » (Cf. « Swing de Paris » 1922-1951 - Frémeaux & Associés FA5100). La mémoire collective retiendra que l’un des triomphateurs de cette « fête de la musique » d’avant Lang sera la phénomène Fânica Luca, découvert au pavillon de la Roumanie, qui emballa le public grâce à la virtuosité déployée sur la flûte de Pan, parfaitement maîtrisée, instrument artisanal et folklorique dès lors élevé au rang d’instrument « sérieux ». Dans le cadre des manifestations artistiques organisées, on put entendre ainsi un orchestre à base de cuivres dont le trompettiste soliste était un certain Aimé Lafargue (1900-1943), « pas n’importe qui » selon ses collègues et amis (parmi eux Jean Greffin, qui lui céda une trompette) ; un talentueux musicien éclectique (Opéra-Comique et Châtelet ou orchestre typique et bal musette) trop tôt disparu, auquel doit beaucoup l’auteur de ces lignes…
Art et technique de la libation ; et, afin de fêter l’occurrence événementielle comme il se devait, pour sûr on vida une multitude de pots en l’honneur de l’Expo !

SUR LA PISTE DES ÉTOILES
« Les choses contemporaines sont un peu irréelles.
Elles ne deviennent réelles que dans le passé. »
Jorge Luis Borges

La venue à Paris, spécialement dans la perspective de l’Exposition, d’orchestres, de jazzmen, de danseurs, de chanteurs américains, tous de très grand talent, fut un événement exceptionnel qui marqua les esprits. La troupe de la revue du « Cotton Club » fit sensation au « Moulin Rouge » ; elle comprenait notamment Teddy Hill et son orchestre de la NBC (avec un John Gillespie de 19 ans, inconnu et pas encore Dizzy), Bill Bailey, les Berry Brothers, les White’s Hopper Maniacs et le Tramp Band de Luke Martin. Seront présents également dans la capitale le quintette d’Eddie South (son groupe régulier) qui joua au Pavillon de la Parure (Mode et Élégance, au « Club des Oiseaux » - y vit-on la Môme Piaf ?) et l’orchestre du trompettiste Bobby Martin (un ancien de chez Sam Wooding) qui se manifesta « Chez Florence » à Pigalle et au « Château de Madrid » près du Bois de Boulogne. Déjà légendaire, le pianiste Teddy Weatherford, qui avait délaissé l’Amérique pour l’Asie, se produisant au Japon et en Chine, s’était désormais installé en Inde ; arrivant de Bombay, il passa tout l’été à Paris pour la plus grande satisfaction de ses admirateurs.

Un autre fait marquant fut la création en 1937 par Charles Delaunay et Hugues Panassié de la marque « Swing », la première en Europe à enregistrer exclusivement des musiciens de jazz. Les dirigeants profitèrent de la présence à Paris de jazzmen étatsuniens de premier plan ou promus têtes d’affiche – Coleman Hawkins, Benny Carter, Bill Coleman, Dicky Wells, South, Herman Chittison, Wilson Myers (surnommé « Serious »), Weatherford, Tommy Benford (ex-Red Hot Pepper mortonien), Garland Wilson (dandy du « Bœuf sur le Toit »), Fletcher Allen – pour leur faire enregistrer quelques séances mémorables au profit de la nouvelle marque, la plupart du temps en compagnie de la vedette n° 1 du jazz français, Django Reinhardt, mis fréquemment à contribution (qui s’en plaindrait ?).

Incidemment, les parents de l’un des membres fondateurs de « Swing », les peintres Robert et Sonia Delaunay, furent honorés lors de l’Exposition Internationale par le truchement de la décoration des Pavillons de l’Aéronautique, des Chemins de fer et de l’Électricité où leurs vastes fresques, tout en mettant en valeur les acquis de la peinture moderne, faisaient l’éloge des avancées de la technicité.

LES SPIRES DE LA NOUVEAUTÉ

« Un voyage d’un millier de lieues
commence toujours par un seul pas. »   
Lao-Tseu

« La nouvelle tombe à la fin de l’été. Le travail acharné de Charles Delaunay a porté ses fruits : le Hot-Club va disposer de sa propre marque de disque. Jean Bérard, directeur de Pathé-Marconi, s’est finalement laissé convaincre de tenter l’aventure. « Consacrée uniquement à la véritable musique de jazz », la marque se nomme Swing et n’a pas son équivalent dans le monde. Ce sont encore les amateurs français qui montrent la voie. Swing se fait une règle de porter sur l’étiquette centrale du disque le nom des interprètes en première place, avant le titre du morceau. Le numéro 1 de la collection est attribué au fameux quatuor de saxophones enregistré le 28 avril dernier. Pour la suite, Delaunay pense à un trio de violons, histoire de profiter de la présence à Paris d’Eddie South, avec qui joueraient Michel Warlop et Stéphane Grappelly. Pour soutenir ces trois archets, on ferait appel à Django Reinhardt et Roger Chaput à la guitare et Wilson Myers à la basse. Qui trouverait à redire à une si belle idée ? » (Pierre Guingamp, Michel Warlop (1911-1947) Génie du violon swing, 2011).

Assurément, les studios ne chôment point et de nombreux 78 tours intéressants à bien des titres (c’est le cas de le dire) sont propagés à travers le pays. Une activité intense qui met en relief toutes sortes d’orchestres, petits et grands, des musiciens de toutes origines et de toutes obédiences, fort connus ou négligés, brillants ou trop méconnus. On trouvera ici le reflet fidèle de ces aventures discographiques qui échafaudent une histoire passionnante en train de s’écrire au creux des sillons de fragiles réceptacles, au jour le jour (Day Dream), à la nuit la nuit (The Night Has A Thousand Eyes). Simplement la vie, et rien d’autre… « Sur tout le pourtour des montagnes, le ciel se déchira. Le dôme de nuit monta en haut du ciel avec trois étoiles grosses comme des yeux de chat et toutes clignotantes. Une colline de l’est sortit de l’ombre. Son arête noire ondulée par son poids d’arbres se découpait sur une lueur couleur de paille. Au sud, une forêt gronda, puis elle émergea lentement de la nuit avec son dos pelucheux. Un frémissement de lumière grise coula sur la cime des arbres depuis le fond du val jusqu’aux abords du grand pic où la forêt finissait. » (Jean Giono, Le Chant du monde, 1934). Le miracle sans cesse renouvelé de la nuit s’esquivant tandis que le jour point.

De même, se dissipe la nuit noire des productions phonographiques habituelles, ancrées dans leurs certitudes blasées, où sempiternellement le jazz fait figure de parent pauvre, opacité au milieu de laquelle la musique de jazz a du mal à frayer son chemin, quand la marque « Swing » apparaît au grand jour avec ses jazzmen en pleine action sur le devant de la scène effervescente. Une gifle balancée à la face du convenu. Alors là, tout devient possible. « Swing » ou la lumière affirmée.

« J’écoute en moi cette étrange musique.
Cesserait-elle il me faudrait mourir. »
Robert Sabatier (Racines, 1998)

Un exemple suivi avec enthousiasme par des « jazz players » dorénavant se comptant à l’échelle planétaire. Le jazz fut une révolution, pas une révolution de salon, discutée philosophiquement en buvant de l’alcool, non, le jazz fut une révolution de combats de rues, âprement défendue les armes à la main. « La révolution n’est pas une fête. La révolution est un acte de violence. » (Mao Ze-dong). Le jazz apaisé connut un sommet de popularité à cette époque, qui restera justement célèbre (et célébrée) sous l’appellation d’« Ère du Swing ». Une « Swing Craze » sensée qui dément la soi-disant aliénation mentale des fous de jazz. Horoscope : le jazz ne pouvait s’épanouir que sous le signe de la Balance. Et appeler « Swing » sa marque de disques fut de la part de Charles Delaunay une idée… lumineuse. Un logo gong annonçant le match de l’à-venir sur le ring des bagarres et pugilats stylistiques. Mais n’anticipons pas ! « Delaunay avait décidé d’appeler cette nouvelle marque « Swing ». Ce choix fut singulièrement heureux. Le mot n’était pas encore connu en France mais l’année suivante il devait faire une apparition tonitruante avec « Hollywood Hotel », le film de Benny Goodman et devenir courant dans toutes les bouches – au point de perdre son vrai sens et de devenir synonyme de « à la page », ou quelque chose d’approchant. » (Hugues Panassié, Douze années de Jazz (1927-1938) Souvenirs, 1946).

« - Alors Nunugues, ça boume ? – Au petit poil, Charlot ». La défonce nationale. Sous la férule des deux compères (aussi dissemblables que Reinhardt et Grappelly, plus tard que Mulligan et Baker, Brubeck et Desmond, les extrêmes se touchent), s’organisent des séances multiples avec des musiciens venus d’horizons divers, matérialisant le bouillonnement d’une marque nouvelle engrangeant à tout-va. En 1937, 1938 et 1939, « Swing » ne se relâche pas et met les bouchées doubles. Ce sont ces heures privilégiées d’avant-guerre qui sont mises en valeur dans ces trois disques. Américains de passage ou résidant en France, Français qui gèrent au mieux leur catalogue, leurs ambitions, expériences audacieuses, sauvegarde de talents particuliers, confrontations, jam-sessions débridées ou organisations minutieuses, pianistes solistes, petites formations et grands orchestres, tout est bon pour réaliser de sombres galettes toutes neuves, au bénéfice d’un public précisément friand de nouveautés. Je swingue, tu swingues, il ou elle swingue, nous swinguons… Voilà un verbe moderne, « up-to-date », qui peut se conjuguer avantageusement dans l’air vif d’un temps déployé.

REGARDS DE TRAVERS
« Une des erreurs les plus communes est de prendre la suite d’un événement pour sa conséquence. »
Duc de Lévis

À l’Exposition, en face du Palais de Chaillot, à un point stratégique de la rive droite dans le prolongement du pont d’Iéna, s’observent de haut, se toisent, se jaugent les imposants Pavillons de l’Allemagne nazie et de l’U.R.S.S. stalinienne. Surplombant les Pavillons, face-à-face, l’aigle arrogant du IIIème Reich frappé de la svastika et l’ouvrier métallurgiste (le marteau) qu’accompagne la kolkhozienne (la faucille) se regardent en chiens de faïence. Un manque d’aménité manifeste. Loin des accords de circonstance (sur le dos de la malheureuse Pologne), ce sont là les prémices d’une mésentente larvée qui tournera vite à la belligérance.

Indéniablement à bien moindre échelle, sans répercussions dommageables ni conséquences désastreuses, un antagonisme sous-jacent régnait également entre les deux parties du côté des responsables de la marque « Swing », Delaunay et Panassié. Surtout à partir des années 1940, les échanges entre Charles le Parisien et Hugues le Provincial ne furent guère au beau fixe et l’on peut avancer qu’ils se déroulèrent à la manière de ce que symbolisera plus tard Coluche par la proposition : « toi tu me donnes ta montre et moi je te donne l’heure. » Bientôt eux aussi « ne peuvent plus se voir en peinture», le dire n’est pas médire ; désormais à couteaux tirés, ils ne s’épargneront que médiocrement dans le futur, vilenies et chausse-trapes étant monnaie courante, essentiellement de la part du perfide Montalbanais. La guéguerre des styles, la querelle des anciens et des modernes après la révélation du be-bop, « figues moisies » contre « raisins aigres » (mouldy figs versus sour grapes), n’arrangèrent en rien les choses.

(Retors ?) Panassié n’hésita pas à faire un enfant dans le dos à Delaunay en apportant son concours efficace à Eddie Barclay (Edouard Ruault) lorsque le fils de tenanciers de brasserie mit sur pied, sans se poser de questions, sa propre marque de disques de jazz après la Libération, « Blue Star », la grande rivale des disques Swing delaunesques. S’acoquinant avec Ruault-Barclay, Panassié devint ainsi l’ennemi intime de Delaunay, piétinant les plates-bandes que celui-ci tentait de préserver des intrusions, une obsession chez lui. Et cela après l’agaçante venue sur le marché (restreint) des firmes de jazz, durant l’Occupation et plus tard, de la marque d’Yvonne Blanc, ABC-Jazz Club Français, émanation de l’Association du même nom inspirée du Hot-Club de France, une marque hexagonale en corrélation avec Decca belge dont le mari de la pianiste était l’un des animateurs (Cf. « Les Frères Ferret » CD2, Frémeaux & Associés FA5247 / « Intégrale Django Reinhardt » vol. 12, CD2, Frémeaux & Associés FA312 / Michel Warlop «Quintessence », Frémeaux & Associés FA295). C’en était trop ! Une situation qui fit sortir de ses gonds le calme « Chas. » Delaunay, pour suivre la manie compressive des Etatsuniens. Et puis d’autres marques se lancèrent aussi, enregistrant des musiciens de jazz. À la suite du briscard Odéon, on vit apparaître Cantoria, le Chant du Monde, Eko2, Harmo, Lutecia, Melojazz, Pacific, Saturne, Selmer, etc. Tout le monde s’en mêle… Il y a du blé à récolter et du grain à moudre. Voyant son pré carré grignoté peu à peu par la concurrence, Charles Delaunay finira par balancer Swing pour prendre le large, et Vogue la galère !…
Pierre Lafargue, 2012
© 2014 Frémeaux & Associés

1. Titre d’un roman de Daniel-Rops (1934).

2. Éditions du Kiosque d’Orphée.


Le fonds Charles Delaunay au département de l’Audiovisuel de la Bibliothèque nationale de France

par Anne Legrand

En 1979, Charles Delaunay décide de faire don de ses archives personnelles, dont sa collection de documents sonores, à la Phonothèque nationale, aujourd’hui département de l’Audiovisuel de la Bibliothèque nationale de France. Il gardera l’usufruit de ses archives jusqu’à sa mort, en 1988. Une autre donation portait déjà le nom de “Delaunay”, celle faite à la Bibliothèque nationale par les parents de Charles : les peintres Sonia et Robert Delaunay.

Sous le signe du disque

Robert Delaunay peint, en 1913, le “Disque”, “première manifestation de l’art inobjectif en France” selon Guillaume Apollinaire. Né à Paris deux ans plus tôt, Charles Delaunay allait consacrer sa vie au jazz et aux “formes circulaires” (le disque…). Ainsi, parmi ses nombreuses activités professionnelles, il sera discographe, producteur de disques (en créant les compagnies “Swing” puis “Vogue”), mais encore secrétaire général de l’association “Hot Club de France”, rédacteur en chef - puis directeur - de la revue Jazz Hot, producteur de radio, impresario, organisateur de concerts ainsi qu’historien du jazz…

Les archives “papiers” Charles Delaunay

Ses diverses activités ont permis à Charles Delaunay d’acquérir une documentation riche et variée concernant le jazz. En 1936, il publie le premier ouvrage discographique, la Hot Discography qu’il complète en 1938, 1943, 1951 et 1952 pour les éditions françaises ainsi qu’en 1940 et 1948 pour les éditions américaines. Fondateur avec Hugues Panassié et directeur de la revue Jazz Hot, il réunit, outre ses informations discographiques, des documents (livres) et des témoignages (courrier des lecteurs et de musiciens, archives de la marque “Swing”) de l’histoire du jazz en Europe et aux États-Unis. Il consacre une biographie au guitariste Django Reinhardt publiée en France en 1954 et 1968, et en Angleterre en 1961, 1963 et 1981.

En 1985, son autobiographie paraît sous le titre de Delaunay’s dilemma, de la Peinture au Jazz (W éditions).

Les archives de Charles Delaunay conservées à la BnF constituent une somme archivistique (plus de 80 boîtes d’archives, plusieurs dizaines de titres de périodiques, plusieurs centaines d’ouvrages imprimés) unique sur l’histoire du jazz, complété par les archives iconographiques et les 20 000 disques de Charles Delaunay.

Ces archives sont à compter parmi les importants fonds sur l’histoire du Jazz, comme ceux de Marshall Stearns et de Joachim Ernst Berendt respectivement à l’Institute of Jazz Studies aux États-Unis et au Jazz-Institut Darmstadt en Allemagne.

De 1997 à 2008, la BnF m’a confié la mission d’inventorier ce fonds, sur lequel j’ai également adossé mes recherches universitaires en musicologie et Histoire de la Musique, qui ont donné lieu à la parution, aux Éditions du Layeur, de mon livre : Charles Delaunay et le jazz en France dans les années 30 et 40.

Les archives “papiers” et iconographiques du fonds Charles Delaunay sont consultables, sur rendez-vous, en salle P au niveau recherche de la Bibliothèque.
Un inventaire et un index des boîtes d’archives permettent d’en appréhender le contenu. Les références des enregistrements sonores de la collection de Charles Delaunay sont disponibles sur le catalogue informatique en ligne de la Bibliothèque : www.bnf.fr, Catalogue BN-Opale Plus.
Anne Legrand
Docteur en musicologie et Histoire de la Musique, Université Paris IV, Paris-Sorbonne


In memoriam Pierre Lafargue
(1932-2013)
The Swing label represents a major discography and its recordings have been the subject of many reissues. To avoid cross-references with the contents of numerous boxed sets already available from Frémeaux & Associés, Pierre Lafargue chose to present titles absent from other anthologies, and limited the space given to important musicians otherwise represented in the above catalogue, particularly Django Reinhardt, whose complete works have been issued by Daniel Nevers on 40 CDs in various sets as the Intégrale Django Reinhardt (Frémeaux FA301-FA320), or the Ferret brothers for example, whose work appears as a 3CD set (also compiled by Pierre Lafargue) which is today considered a reference (Les Frères Ferret, FA5247).

Pierre Lafargue passed away in the final stages of preparing this present anthology, his last work as author and editor for Frémeaux & Associés after a long editorial career with Jazz Hot, RCA, EMI, Universal, et al. The only element that remained to be drafted was a detailed discography of the present, which Daniel Nevers undertook in order to permit this posthumous tribute from Frémeaux & Associés to Pierre Lafargue as one of the great memories of French Jazz.

The Swing label was founded in 1937 by Charles Delaunay (1911-1988), whose name appears as a kind of watermark throughout the following text written by Pierre Lafargue. Delaunay was essential to the jazz universe in France, and in 1934 he became General Secretary of the Hot Club de France, which had been headed a year earlier by Hugues Panassié. These two men, who were close for many years, gradually went their separate ways and later incarnated two approaches to jazz, considered as either “classic” or “modern”, which were quite opposite. Delaunay was also the manager of the famous Quintette du Hot Club de France which featured Django Reinhardt and Stéphane Grappelli, and he was the director of the review ‘Jazz Hot’.

To complete this homage to Delaunay’s label, at the end of this booklet there is a postface written by Anne Legrand, the author of “Charles Delaunay et le Jazz en France dans les années 30-40”, Éditions du Layeur (2006 & 2010); Anne Legrand was entrusted with cataloguing the “Delaunay collection” which the owner bequeathed to the Bibliothèque nationale de France.
Benjamin Goldenstein


The Swing Label
The Birth of a French Recording Adventure directed by Charles Delaunay
The early years, 1937-1939

“It is easier to say new things than to conciliate with perfection and gather under a single opinion all those things which have been said.” Vauvenargues (1715-1747)

THE SORROW AND THE PIETY
O Death, where is your victory? 1
Saint Paul, First Letter to the Corinthians

As Time Goes By… To realize how true that is, you don’t even need to remember the frisky Dooley Wilson — “Sam”, to film- & jazz-buffs — who was solicited with such nostalgia by an Ingrid Bergman full of grace in “Casablanca”, the cult-film directed by Michael Curtiz in 1943. As Time Goes By is also the symbolic title of a standard which Stéphane Grappelli recorded in March 1975 at the Sysmo studio in Paris along with Slam Stewart and Johnny Guarnieri, the travelling companions of a host of eminent jazzmen (beginning with “The President”, Lester Young in person, playing one of his major achievements) whose instruments were writing some fine chapters in history whilst the violinist was drawing attention alongside Django Reinhardt. Today, this only puts your finger on a generational problem: Absence. Absence can be merely an incident; it’s when it causes pain or suffering that it becomes an accident. So absence is a void, the bitterness of disappearance, the frequently-solicited, haunting reminder — insidious in its necessity — which disturbs the present. “Very often they listened to an old Stéphane Grappelli record together.” (William Bayer, Switch, 1984).

I am dead to the rumour of the world
And I have found for my rest a world of my own;
I live there alone, in my skies,
In my love, in my song.
Friedrich Rückert

DEATH AND THE REISSUER…

“Death is my beat. I make my living from it.” So begins one of Michael Connolly’s best-known novels, The Poet (1996), with a line spoken by Jack McEvoy, a crime-reporter for the Rocky Mountain News in Denver, Colorado. Someone who reissues jazz records could say the same thing, too; or any other music-genre for that matter. Over the last century it was still possible to reissue old sessions recorded by artists in the jazz domain — musicians, singers male and female, vocal groups, big-bands or small-groups —, because the principal protagonists, whether skilled or less-skilled, were still highly active: they were playing, singing, giving concerts, appearing in jazz clubs, making new records and touring both at home and abroad. Sometimes, in this respect, you could even afford the luxury of gratifying great names in American jazz, when they toured in Europe, with a copy of one of their old performances. Take me: it was a luxury I could afford, and I did that for Dizzy Gillespie, Joe Newman or Benny Goodman. But not Muggsy Spanier or Jack Teagarden, no more than Clarence Williams or Arthur Rollini: those who set new trails, clearing out the underbrush and lopping off branches in order to pave a royal path for jazz, had long gone to see if the next world was indeed a better one than people said. The alert veterans who had previously caused sparks to fly and were still quite sprightly – as fit as fiddles – didn’t give a thought to hanging up their hats; they continued their swinging adventures. “Touring” in Europe, and in France to be more specific, the jazz- and blues-men of those prosperous years ensured the success of the Black & Blue label to mention only one, a label whose staff did their shopping in sound-vaults so precious that they set the example for others to follow.

So, yesterday, when drafting a discography for a reissue and annotating a session’s “personnel” (you’d think we were talking about Human Resources in some corporation…), it was still possible to transcribe the identities of instrumentalists, vocalists and bandleaders who were undeniably still around, musicians you could listen to on recent records, or see in the flesh at concerts. Today, we’re in the 21st century, and it can’t be done. They’ve all deserted, gone for a (funeral) march. Only ghosts, spectral figures, remain in discographies. “But, faced with myself, why would I be afraid of the words, of the ghosts they resuscitate and of that stranger with whom, sometimes, they confront us? It’s true that, with me, ghosts fill the whole stage. In life as in dreams, whether the latter are changing or repetitive.” (Chantal Thomas, Farewell, My Queen, 2002). The stars and second-runners, formerly gathered onstage and henceforward united in the same fateful destiny, populate our cemeteries and, “dust to dust”, their ashes are no longer enough to preserve our memory of them from inexorable oblivion. Ash and dust. Nowadays, impregnated with sadness, overcome with melancholy and prey to nostalgia, we murmur under our breath that dealing with reissues (intensive-care!) is really more like a slow walk down the paths of a necropolis.

“When everything you do, you do too long, and do too late, you can’t expect to find the people still there. The people are all gone. The party’s over.” (Ernest Hemingway, The Snows of Kilimanjaro, 1953).

BACKGROUND
“Art is a lie that makes us realize truth.”   
Pablo Picasso

Every year has its ambivalence, its satisfactions and annoyances, afflictions and celebrations, parties and pains. 1937 was no exception to the rule governing negatives and positives. In music, Ravel disappeared (he was through with waltzing), along with George Gershwin (one fewer American in Paris), Albert Roussel (the Spider’s Feast was cleared away) and Karol Szymanowski (King Roger wore black for his father). On the other hand, the year saw the births of future bassists – like Ron Carter, Malachi Favors and Charlie Haden –, future saxophonists – Joe Henderson, Archie Shepp and Barney Wilen –, and the drummers of the future Pierre Favre, Louis Hayes and Sunny Murray. All of them would make headlines in the milieu which mixed jazz with plucked chords, Aeolian breaths and thumped skins. Time is a great Master.

So, background. Arrière-guard? Art-rearguard? The astonishing, extra-ordinary part of any exhibition is the way it manages to introduce Art as a contraband product, whilst Technique serves as a safe-conduct bearing the stamp of advantageous progress. And sometimes it all fizzles out with a damp phuutt! “The best environment is not nature, forest or mountain: it is art; because there is no discourse more regenerative, more supportive of human solidarity.” (Jean-Michel Ribes, in an interview in Télé-rama, 2011). The exceptional thing about reissuing music is that History manages to convey its dramas and tragedies into the midst of pacifying harmonies whose sole aim is to delight human hearts. Bonum jazzum laetificat cor hominis. “I think our age has so transformed art into a form of investment or speculation that many people can no longer see the beauty of an object or care much about it if they do: they see only the value, the convertibility of the object into a certain sum of money.” (Donna Leon, Wilful Behaviour, 2002).

UNDER PARISIAN SKIES
“The sudden emergence of new elements caused the whole ensemble to burst; every stone in the edifice crumbled and fell before reassembling itself according to new, invisible and unforeseeable plans…”
Lawrence Durrell (Clea)

In 1937, between spring and autumn, what was it that made Parisians run? Why all the excitement? What sent them into a tizzy, standing them on their heads and peppering their humdrum urban existence? Why, The Exhibition of course! It was an important, considerable Event, most uncommon in the history of a Paris which had already lived through so many human manifestations of all kinds, even extraordinary ones. In the year 1937, in the course of which the press brought good and bad news on a daily basis, the International Exhibition in Paris, presented without any ambiguity under the banner of an “Arts et Techniques” exhibition — Art being what remains, once technique has been forgotten —, conquered a whole chunk of the western half of the capital and installed its multiple pavilions, stands, shows and attractions at the foot of the Eiffel Tower (the 1889 Exhibition’s fairy-godmother) and erected spanking-new edifices for the occasion: the monumental Palais de Chaillot — it replaced the ludicrous Trocadéro — to house several museums and theatres around and beneath its panoramic terrace, imposing statues and ornamental basin; the “Palais des Musées d’Art Moderne”; the new Aquarium; the Public Works Museum (which later became the HQ of the Economic and Social Council). The Iéna Bridge across the Seine was transformed, and an underpass constructed along the Right Bank; both of them withstood the decades and remain an integral part of Paris’ familiar décor. Other structures disappeared along with the Exhibition, and some were preserved, like the high and impressive parachute-tower built on the Invalides Esplanade, an annexe of the Aeronautics Pavilion exiled to the fringes of Paris to stand among the ateliers, factories, warehouses, council estates and waste grounds at the Porte de Choisy (in the 13th Arrondissement), where it was used for paratroopers to practise before rusting away over the years until it was dismantled in 1957. Twenty years after it was built… Grandeur and decadence. The influx of many visitors of all horizons never ceased during those privileged months, to the benefit of the resounding success of this ambitious enterprise: the International Exhibition was crowned with prestige.

What did the organs of officialdom have to say about it? In their own words:

“Paris exerts and will always exert a strange fascination over the most diverse populations. Its intellectual and artistic reach makes it a universal centre of attraction. What, then, will its power be, with a mind to an exhibition whose magnificence has never been equalled, with forty-two nations joining France to perfect its glory?

It is not without some emotion that we will see, floating for months in the skies of Paris, the emblems of all those nations who have been willing, in a splendid lesson of things, to help with the success of our work.

The total surface area of the exhibition covers 250 acres: in the revelation that the foreign sections occupy more than one fifth of that surface, one will easily understand the importance of their participation.

Such flag-waving in the vast enclosure! Everywhere there are only banners, oriflammes and standards of peoples, provinces, cities and corporations.

Triumphing over enchantresses, the exhibition of 1937 has caused the five parts of the world to spring from the earth of Paris.”

According to André Jolivet, “The two arts of this epoch are music and architecture — because they are arts of mass.” (Comœdia, 1936)

Official advertising is never short of a dithyramb; it’s the least of its faults. Obviously, the singers, pop orchestras, cabaret singers, humorists and caricaturists of all sorts had a field day, and there was even a Chanson de l’Exposition penned by Georgius; it was made popular on the “wireless” and elsewhere by Fred Adison, his orchestra and cheerful crew, in a hilarious musical skit (cf. “20 Succès 1933-1938”, Forlane UCD 19082).

Besides, music was everywhere at the Exhibition, in most of the “Pavillons” (such an apt name!): The Music Goes ‘Round and Around, as a period-hit proclaimed before it was transformed over the air as a jingle for Cinzano. The Great Official with Power (who reigned over musical festivities of all kinds) was composer Albert Roussel, a former Navy officer who dropped dead while wielding his power: “The direction of all Expo’ musical activities had been entrusted to Albert Roussel, but the composer died on August 23rd 1937 at the age of 68 and has been replaced at a moment’s notice by Henry Barraud.” (cf. “Swing de Paris, 1922-1951”, Frémeaux & Associés, FA5100). The collective memory will retain that one of those who triumphed at this “Fête de la Musique” (pre-Jack Lang era) was the phenomenal Fânica Luca discovered at the Rumanian Pavilion, who pocketed the audience thanks to the virtuosity he displayed with a Pan Flute, perfectly mastered and thereafter elevated to the ranks of “serious” instruments. As for the event’s more organised artistic demonstrations, visitors could hear a brass-based orchestra whose trumpet-soloist was a certain Aimé Lafargue (1900-1943), who was “absolutely not a nobody” according to his colleagues and friends, (among them Jean Greffin, who lent him a trumpet); Aimé was a talented, eclectic musician — Opéra-Comique, Châtelet, Latin- and musette dance-bands —who disappeared much too soon and to whom the author of these lines owes a great deal indeed…

The Art and Technique of libation; and you can bet your boots that many, many glasses were emptied in a deserving celebration of this most eventful happening!

THE CIRCUS TENT

“Contemporary things are slightly unreal. They become real only in the past.”   
Jorge Luis Borges

The perspective of the Exhibition brought American orchestras, jazzmen, dancers and singers – all greatly talented – to Paris in droves, in itself an exceptional occurrence, and it left its mark on people’s minds. The troupe of the “Cotton Club” revue caused a sensation at the Moulin Rouge, and it included Teddy Hill and his NBC Orchestra (with a 19 year-old trumpeter named John Gillespie, unknown and so not yet “Dizzy”), Bill Bailey, the Berry Brothers, White’s Hopper Maniacs and Luke Martin’s Tramp Band. Also present in the capital were Eddie South’s quintet (his regular band), who played at the Pavilion representing “Parure” – i.e. Costume Finery and all this entailed, with Fashion & Elegance at the “Birds’ Club” (maybe Piaf was there!) – and the band led by trumpeter Bobby Martin (a Sam Wooding alumnus) which appeared at the club called Chez Florence in Pigalle and the Château de Madrid near the Bois de Boulogne. Already a legend, the pianist Teddy Weatherford (who’d abandoned America for Asia, playing in Japan and China) was by now comfortably settled in India, but he dropped in from Bombay and spent the whole summer in Paris, to the great satisfaction of his many admirers.

Another notable 1937 occurrence was the creation by Charles Delaunay and Hugues Panassié of the Swing label, the first in Europe to record jazz musicians exclusively. The label’s founders took advantage of having so many American jazzmen in Paris at one time, all of them established or recently-promoted headliners – Coleman Hawkins, Benny Carter, Bill Coleman, Dicky Wells, South, Herman Chittison, Wilson Myers (his nickname was “Serious”), Weatherford, Tommy Benford (an ex-Red Hot Pepper of Morton’s), Garland Wilson (the dandy from the “Bœuf sur le Toit”), Fletcher Allen –, and whipped them into the studios to record some memorable sessions for the new label, most often in the company of the N°1 French jazzman Django Reinhardt, who was frequently put to contribution (and who could complain?).

Incidentally, the parents of one of Swing’s founders – the painters Robert and Sonia Delaunay – were themselves honoured at the International Exhibition; they decorated the Pavilions devoted to Aeronautics, Railways and Electricity, where their huge frescoes showed how much progress had been made in modern painting in their praise of the more technical advances featured in the Pavilions.

NEW THINGS IN SPIRALS

“A voyage of a thousand leagues always begins with a single step.”   
Lao-Tze

“The news came at the end of the summer. The unremitting efforts of Charles Delaunay had borne fruit: the Hot-Club was to get its own record-label. Pathé-Marconi director Jean Bérard finally allowed himself to be persuaded to attempt the adventure. Dedicated solely to authentic jazz music, the label was called Swing and had no equivalent in the world. French amateurs were once again showing the way. Swing made a rule of having the label in the centre of the record carry the names of the artists above the title of the piece. The number 1 in the collection was attributed to the famous saxophone quartet recorded last April 28th. To follow this, Delaunay was thinking about a violin trio, to take advantage of the presence in Paris of Eddie South, with whom Michel Warlop and Stéphane Grappelly were to play. To back these three bows, there would be Django Reinhardt and Roger Chaput on guitars and Wilson Myers on bass. Who could have faulted such a beautiful idea? (Pierre Guingamp, Michel Warlop (1911-1947) Génie du violon swing, 2011).

The studios were definitely humming, and many 78s – interesting in many respects and not just because of the titles – were propagated around the country. Activity was intense, and it involved all kinds of orchestras large and small and musicians of all creeds and horizons, whether “names” or “neglected”, “brilliant” or just too “little-known”. Here you can find the faithful reflection of those recording adventures which were building a thrilling story-in-the-writing, cut into the grooves of fragile sound-carriers on a day-to-day basis (Day Dream), or even night after night (The Night Has A Thousand Eyes). Just life and nothing else... “All around the mountains, the sky tore itself apart. The dome of night went up into the sky with three stars as big as cats› eyes, all blinking. An eastern hill came out of the shadows; with its black ridge undulating under its own weight in trees, it stood out against a straw-coloured light. To the south, a forest rumbled and then slowly emerged from the night, its back fluffy. A trembling of grey light ran down over the treetops from the back of the valley to the edges of the great peak where the forest ended.” (Jean Giono, Le Chant du monde, 1934). The constantly renewed miracle of night-time slipping away while the day dawns.

Another darkness that dodged out of sight was the sort of record-production to which people had been accustomed; or at least those people anchored in blasé certainties where jazz – seemingly since the dawn of time – had been a poor cousin. There was an opaque area in the middle of which jazz had been having trouble finding a way, and the Swing label was revealed in broad daylight, with jazzmen blowing hotly at the front of a simmering stage. It came like a stinging slap in the face of convention. Suddenly, anything was possible.

“Swing” was a statement of light.
“I listen to this strange music in me.
Were it to cease, I would have to die.”
Robert Sabatier (Racines, 1998)

The example was followed with enthusiasm by “jazz-players” who would henceforward count at a global level. Jazz was a revolution: not a drawing-room revolution with philosophical debates where the speakers consumed alcohol, no, it was a street-fighting revolution, bitterly defended with drawn weapons. “Revolution is not a feast. Revolution is an act of violence.” (Mao Tse Tung). Pacified jazz reached a peak in popularity in this period, which would quite rightly remain famous (and celebrated) as “The Swing Era”’, a quite rational “Swing craze” which gave the lie to the so-called mental derangement of those who were mad only about jazz. Horoscope: Jazz could only bloom under the sign of Libra. And calling his record-label “Swing” was nothing less than a luminous idea on Charles Delaunay’s part: its logo was like the bell which rang to announce the stylistic prize-fights yet to come in the pugilists’ ring. But let’s not get carried away! “Delaunay had decided to call this new label ‘Swing’. That choice was singularly fortunate. The word wasn’t yet in France’s vocabulary, but a year later it made a shattering entrance with the Benny Goodman film ‘Hollywood Hotel’, and soon it was on everyone’s lips – at which point it lost its real meaning and became synonymous with “in tune” or “on the same page”, or something like it.” (Hugues Panassié, Douze années de Jazz (1927-1938) Souvenirs, 1946).

“Hey, ‘Nugues, what’s happenin’, man?” – “Surprisingly A.O.K, Chas, my boy...” France got stoned. Under the rein of this bright pair (as dissimilar as Reinhardt and Grappelli, and later Mulligan & Baker or Brubeck & Desmond where other extremes would meet), multiple sessions were organized with musicians of various horizons, and they turned all the effervescence of a new label – harvesting its crops as if there were no tomorrow – into something tangible: in 1937, 1938 and 1939, “Swing” never eased off and even worked overtime. Those privileged pre-war hours (of studio-time) are the ones featured in these three records. And for an audience with a particular taste for all things new, anyone and everything went into Swing’s shiny new black discs: Americans living in Paris or just passing through; Frenchmen doing a wonderful job of managing their catalogue and ambitions; daring experiments and back-ups of special talents; confrontations, hirsute jam-sessions and meticulous organizations; solo pianists, small groups and big bands.... I swing, you swing, he or she and it swings... Swing seemed like some modern, (most-recently) updated verb that was very interesting to conjugate, especially in the keen air of those times when time was freely available.

SIDEWAYS LOOKS

“One of the most common of errors is to take what comes after an event as its consequence.”    
Levis

At the Exhibition, placed strategically opposite the Palais de Chaillot on the Right Bank and in a straight line leading from the Iéna Bridge, lay the imposing Pavilions of Nazi Germany and Stalin’s USSR; they looked each other over from on high, observing... Overhanging the Pavilions and facing each other floated the arrogant, Swastika-stamped eagle of the Third Reich, and the metalworker (the hammer) accompanying the kolkhoz farmhand (the sickle). They eyed each other like a pair of porcelain dogs... showing a definite lack of affability. Far from the circumstantial agreements which saddled a miserable Poland, they were the first signs of a latent misunderstanding which soon turned into belligerence.

Undeniably on a much smaller scale, but with neither harmful repercussions nor disastrous consequences, a subjacent antagonism also reigned between the two sides of the Swing label’s management, i.e. Delaunay and Panassié. Beginning in the Forties especially, the outlook in the exchanges between Charles the Parisian and Hugues the Provincial was hardly “sunny”; you could even say that their conversations were limited to proposals of the kind later offered by French stand-up Coluche, who said, “Gimme your watch and I’ll tell you the time...” Soon, not only did Charles & Hugues not want to see each other (“even in paintings”, as the saying goes), but they had their knives out for each other, and only rarely refrained from bloodletting. Villainy and bushwhacking were commonplace, with Hugues, the Montauban provincial, as the main culprit. Style-wars followed, skirmishes between the Ancients and Moderns who quarrelled after the Bebop revolution – “mouldy figs” versus “sour grapes”, as they called themselves – but that only made matters worse.

(Sneaky?) Panassié was quick to do the dirty on Delaunay when he lent an efficient hand to a certain Edouard Ruault, aka Eddie Barclay. The latter, whose parents owned a café, decided to create his own (jazz) label after the Liberation, and Eddie’s Blue Star set-up became the great rival of the Swing/Delaunay releases... By cuddling up with Ruault/Barclay, Panassié became Delaunay’s intimate enemy, and he trampled all over the turf which the latter was trying to preserve from intrusion – it was his obsession. And it all came after the irritating arrival, during the Occupation and afterwards, of another competitor, pianist Yvonne Blanc’s ABC-Jazz Club Français, an emanation of the Association of the same name (inspired by the Hot-Club de France) and a label with links to Belgian Decca (Yvonne Blanc’s husband was one of its staff, cf. “Les Frères Ferret”, CD2, Frémeaux & Associés FA5247, & “Intégrale Django Reinhardt” Vol. 12, CD2, Frémeaux & Associés FA312). It was the last straw! The otherwise calm “Chas” Delaunay flew off the handle, to use a manic Yankee expression. And then other labels were launched, also recording jazz musicians: following the veteran firm Odéon came Cantoria, Le Chant du Monde, Eko2, Harmo, Lutecia, Melojazz, Pacific, Saturne, Selmer et al... Everybody jumped in. There was money to be made, beans to grind. At the sight of the competition slowly nibbling away at his square of turf, Charles Delaunay took a final spin on his own Swing and set sail for Vogue!
Pierre Lafargue, 2012
Adapted into English by Martin Davies
© 2014 FRÉMEAUX & ASSOCIÉ

1. Also the title of a novel by Daniel-Rops (1934).

2. An acronym for Editions du Kiosque d’Orphée.



The Charles Delaunay Collection in the Audiovisual Department of the Bibliothèque nationale de France

by Anne Legrand

In 1979 Charles Delaunay decided to donate his private collection, including various sound-archives, to France’s Phonothèque nationale, today the Audiovisual Department of the Bibliothèque nationale de France. His personal archive would be kept in usufruct until his death in 1988. Another donation had already been made in the name of “Delaunay”; it had been a gift to the Bibliothèque nationale from Charles’ parents, the painters Sonia and Robert Delaunay.

Born under the sign of records
In 1913 Robert Delaunay painted “Premier Disque” which, according to Guillaume Apollinaire, was “the first manifestation of ‘inobjectif’ art in France.” Born two years previously in Paris, Robert’s son Charles Delaunay would devote his life to jazz and “circular forms” (records…). And so, amongst his numerous professional activities, he would be not only a discographer and a record-producer (creating first “Swing” and then “Vogue”), but also General Secretary of the association known as the “Hot Club de France”, the editor – and later Managing Editor – of the review “Jazz Hot”, a radio producer, an impresario, a concert-promoter, a jazz historian…

Charles Delaunay’s “paper” archive

Delaunay’s various activities allowed him to acquire a rich variety of documents on the subject of jazz. In 1936 he published his first discography, the “Hot Discography”, which he would complete in 1938, 1943, 1951 and 1952 for its French editions, and in 1940 and 1948 for the American editions. As co-founder (with Hugues Panassié) and director of the review “Jazz Hot”, Delaunay also put together (besides discography-related information), a number of documents (books) and accounts (letters from readers and musicians, paperwork in the vaults of the “Swing” label) relating to the history of jazz in Europe and The United States. Delaunay also devoted a biography to the guitarist Django Reinhardt which was published in France in 1954 and in 1968, and in England in 1961, 1963 and 1981. In 1985 his own autobiography appeared under the title Delaunay’s dilemma, de la Peinture au Jazz (W editions).

His works represent a comprehensive survey and together they fill over 80 archive-boxes containing several dozen periodicals and many hundreds of printed works, unique in jazz history, which are completed by the iconographical archive and some 20,000 records which belonged to Charles Delaunay.

The Charles Delaunay archive counts as one of the most important collections relating to jazz history, like those of Marshall Stearns and Joachim Ernst Berendt, which are held respectively at the Institute of Jazz Studies in the USA and the Jazz-Institut Darmstadt in Germany.

From 1997 to 2008, the Bibliothèque nationale de France entrusted me with the mission of inventorying this collection, to which I appended my own university research in Musicology and the History of Music which resulted in the publication of my book Charles Delaunay et le jazz en France dans les années 30 et 40 (Éditions du Layeur).

The “paper” archives and iconography which are part of the Charles Delaunay Collection can be consulted by appointment in Room P on the research-floor of the Bibliothèque. An inventory and index of the archive-boxes provide indications as to their contents. 
The references of the sound-recordings in Charles Delaunay’s personal collection are available in the online catalogue of the Bibliothèque: www.bnf.fr, Catalogue BN-Opale Plus.

Anne Legrand
Doctor of Musicology and the History of Music, University of Paris IV, Paris-Sorbonne


Discographie

A propos de la présente sélection

Evidence… Il va de soi que l’on bénéficie de plus de place pour procéder à une réédition dans un album double que sur un disque simple, et encore davantage dans un coffret triple qu’avec un album double. Logique, cela pourrait aller sans dire. Mais en définitive, insatiable, on manque toujours d’espace pour rééditer ce que l’on voudrait, on est coincé, il faut faire des miracles ! Surtout quand il s’agit d’une anthologie, d’une recherche historique s’étendant sur plusieurs années, des péripéties d’une marque de disques nouvelle-née dont les séances furent enregistrées sans désemparer, sans parcimonie. Alors il faut faire des choix, certains propices à discussions…

Ici, il a été décidé, pour élargir le champ d’action et donner ainsi leur chance à des morceaux jamais republiés auparavant (ou à la sauvette), de ne pas garder certains titres issus de séances Swing, ceux que l’on peut trouver facilement dans d’autres albums/coffrets du catalogue Frémeaux & Associés. Arbitraire, cassant l’unité d’une séance, se plaindront sans doute les grincheux, rarement satisfaits ; facilité d’accès aux raretés accrue, rétorqueront les esprits sensés. Bien vu.

Voici donc ces interprétations évincées pour cause de double emploi, disponibles ailleurs, sur de précédentes rééditions Frémeaux, des rééditions toutes aussi passionnantes que cette évocation de l’étiquette Swing :
Fletcher Allen & His Orchestra (15 mars 1938) :    
- Swingin’ in Paris (OSW 21-1 / Swing 29) : dans le coffret “Swing de Paris” (Frémeaux FA5100)
Eddie Brunner & son Orchestre (13 juin 1938) :    
- Bagatelle (OSW 29-1 / Swing 41) : idem
Gus Viseur’s Music (Gus Viseur et le Trio Ferret) (28 septembre 1938) :
 - Swing Cocktail (1ère version OSW 40-1 / Swing test) : dans le coffret « Les Frères Ferret – Les Gitans de Paris » (Frémeaux FA5247)
- Wind and Strings (Andalousie) (OSW 41-1 / Swing 37) : dans le même coffret que ci-dessus et dans “Gus Viseur – Compositions” (Frémeaux FA010)
Même formation (20 octobre 1938) :
- Automne (OSW 47-1 / Swing 60) : dans le disque “Gus Viseur – Compositions” Frémeaux FA010
- Daphné (OSW 48-1 / Swing 60) : dans le coffret « Intégrale Django Reinhardt volume 20 : Pour que ma vie demeure & compléments » (Frémeaux FA020)

Nous ne mentionnons pas ici toutes les séances Swing disponibles dans l’Intégrale Django Reinhardt réalisée par Daniel Nevers (Frémeaux FA301 à FA320).
Pierre Lafargue, 2012


Note de l’éditeur

Le lecteur attentif remarquera deux titres en provenance de disques Brunswick hollandais, proposées avec l’épithète « Hors contexte – la marge bénéficiaire ». Il s’agit de morceaux par Eddie South et par Bobby Martin. En effet, Eddie South n’aurait été présent que par des enregistrements de Django Reinhardt et Stéphane Grappelli, exclus de la présente sélection. Pareil pour Bobby Martin, qui n’avait pas alors enregistré pour Swing. Leur présence ici a semblé une courtoisie de mise pour compléter ce « tableau de famille » des jazzmen défendus par Delaunay !

A propos de la séance d’Alix Combelle et son orchestre du 4 octobre 1937 (fin du CD1).

On remarquera un saut de matrice entre 0LA 1957-1 et la 0LA 1959-1 :

Manuscrit de Pierre Lafargue : « Pour ce qui est du fantomatique Sometimes I’m Happy (0LA 1958-1) par l’Orchestre d’Alix Combelle avec Bill Coleman (04/10/1937), c’est la bouteille à l’encre ! D’après ce que l’on entend murmurer dans les milieux autorisés, ce morceaux mystérieux n’aurait été édité que sur un 78 tours His Master’s Voice HMV N-4451, avec au verso Al’s Idea du trio Alix Combelle (OSW 25-1, 15/03/19387, Swing 24). C’est ce qu’énonce notamment Brian Rust dans son Jazz Records 1897-1942, volume 1, page 361 (édition de 1972). Sorti pas précisément en Grande-Bretagne, non, mais bien plus loin, là-bas, en Inde encore impériale, la marque au petit chien docile au pays des chiens sans maîtres, chiens perdus sans collier errant aux côtés des vaches sacrées. Publié probablement pour agrémenter les loisirs et les soirées dansantes des buveurs de thé (ou de whisky) et des dégustateurs de muffins (et autres scones). Un casse-tête (voire un casse-tirelire) pour le collectionneur acharné ! En fait, il s’est avéré que même le « big boy » du Swing, Charles Delaunay, n’avait pas la moindre épreuve (test) de ce titre baladeur de la route des Indes. Alors… c’est tout dire. Cette interprétation restera donc la grande inconnue de cette anthologie des séances Swing (sans Django), la face cachée de l’astre Swing éclairant le monde du jazz. Contrariant… Unhappy ? Une fois de plus, discographiquement parlant, nous resterons devant une porte close, avec peu d’espoir de connaître un jour le pourquoi du comment.


Texte complémentaire à l’anthologie « Label Swing »
par Daniel Nevers


Pierre Lafargue m’avait demandé il y a quelques années – l’animal aimait à prendre son temps – de rédiger un petit texte complémentaire portant sur certains points vaguement mystérieux de la discographie de la firme « Swing » en son enfance, notamment sur cette matrice 0LA 1958-1 du 4 octobre 1937, Sometimes I’m Happy par la formation de studio d’Alix Combelle, qui ne serait sortie que sur le disque His Master’s Voice N-4451 de nationalité indienne ! Curieux mais pas impossible… Et puis ces jours-ci, en lisant ce qu’il avait écrit, je me suis aperçu qu’il avait déjà traité la question dans l’une des annexes de son texte. Avait-il oublié sa commande ? Peu importe d’ailleurs, mais il ne semblait pas nécessaire de revenir là-dessus, si ce n’est pour préciser que cette galette HMV [His Master’s Voice, NDE] référencée dans le Jazz Records 1897-1942 de Brian Rust, nul ne paraît l’avoir vue ni entendue. Où Rust a-t-il déniché son information – un ancien catalogue indien peut-être ? Toujours est-il que, producteur de la collection Jazz Time chez Pathé-Marconi de 1988 à 1993, j’avais évidemment recherché le matériel galvanoplastique de cette face afin de l’éditer, mais il n’existait plus rien. Rien non plus à l’usine EMI de Hayes, en Angleterre, par où un flanc métallique avait dû transiter avant d’être expédié au pays des vaches sacrées. Charles Delaunay n’avait pas conservé de test comme il le faisait souvent avec les inédits. Quant aux collectionneurs britanniques et non des moindres, aucun ne savait quoi que ce fût…

Notons quand même à propos de HMV que c’est via cette vieille grosse boîte, membre du club EMI depuis 1931, que « Swing » put prendre son envol. Le très jeune Quintette du Hot Club de France avait gravé en 1934-35 ses premières cires chez Ultraphone et quelques-unes, sorties outre-Manche par Decca, s’étaient bien vendues. En 1935, Decca commanda donc directement à Paris de nouvelles séances dont les résultats furent tout aussi bien accueillis, y compris en France et en Allemagne. EMI et sa branche française se mirent sur les rangs en 1936-37, éditèrent d’excellentes faces sous étiquettes HMV, Gramophone ou Electrola et, là encore, obtinrent de bonnes ventes un peu partout en Europe, voire aux USA et au Japon. Impressionné, Jean Bérard, patron de Pathé-Marconi qui pourtant n’aimait guère le jazz, accepta d’accueillir – à l’essai – la marque consacrée à ce genre de musique sous toutes ses formes que Charles Delaunay tentait, jusque-là sans succès, de lancer depuis plusieurs années déjà : « Swing » bien entendu…

Les premières séances se déroulèrent au printemps de 1937 : les fameuses gravures du 28 avril par le quatuor de saxophones éditées sous le nom de Coleman Hawkins sur le disque « Swing » numéro 1, bien sûr, mais aussi, une semaine plus tôt, extraits de sessions HMV, deux titres évocateurs d’emblématiques villes étatsuniennes (Charleston et Chicago) par le Quintette, couplés sur le « Swing » numéro 2… Sans doute était-ce l’une des toutes premières fois que l’on faisait figurer sur l’étiquette des disques l’identité des participants. Il est vrai qu’avec un orchestre symphonique, l’entreprise eût été vouée à l’échec !

Les six premiers disques « Swing » (comprenant aussi des faces de juin et juillet par les Américains présents à l’Exposition Universelle, tels le pianiste Teddy Weatherford ou Dicky Wells et des membres de l’orchestre Teddy Hill) furent commercialisés en octobre 37 et donnèrent suffisamment d’espérances pour que le label « Swing » fût reconduit pendant les treize années suivantes. Après quoi, Delaunay choisit de la placer chez un autre éditeur…

La jeune marque n’étant jusque fin 37 qu’à l’essai, on estima prématuré de créer une nouvelle série de matrices à elle exclusivement dévolue. Il fut donc décidé de caser les gravures dans la série des enregistrements réalisés pour Gramophone, inaugurée à l’automne de 1934 et préfixée 0LA pour les vingt-cinq centimètres et 2LA pour les trente – imposés par l’Angleterre, les diamètres sont calculés en pouces (10 et 12) ! Pourquoi Gramo et non Columbia, pourtant tenu pour le label moderne par excellence avec ses « magic notes » hot, comparé à la vénérable maison au gentil petit toutou écoutant la voix de son Maître  ? Probablement parce que c’est HMV qui a donné l’impulsion et se trouve à même d’éditer outre-Manche les productions des nouveaux venus. Sans parler de l’Amérique où RCA-Victor, est sûrement la boîte la mieux qualifiée pour les sortir outre-Atlantique…

Que l’on ne s’étonne donc pas de trouver, entre les différentes sessions, de nombreux « trous » dans la suite des matrices, correspondant généralement à des faces sans rapport avec le jazz, gravées par Maurice Chevalier, Christiane Néré, l’accordéoniste-musette Deprince ou encore la claveciniste Wanda Landowska (entre autres)… Mais il y a également là des « trous » Swing, même si on laisse de côté les nombreuses pièces à l’enregistrement desquelles collabora Django Reinhardt et que Pierre Lafargue, soucieux de ne point doublonner avec l’intégrale consacrée à cet artiste inouï, a délibérément exclues – à l’exception de Swinging with Django…

Heureusement, Delaunay avait conservé les tests de la plupart des « refusés », tels Maple Leaf Rag et la première prise de Weather (Beaten) Blues (choisie initialement pour l’édition sur le Swing n°5, et finalement reléguée), couplés douze ans plus tard sous le numéro 315 de la collection, en hommage au pianiste Teddy Weatherford, qui avait refusé le moindre paiement pour ces disques et qui était mort du choléra, à Calcutta, en 1945. Delaunay avait également gardé les épreuves des trompettistes Pierre Allier (7 juillet 1937) et Philippe Brun avec et sans Django (9 septembre et 15 octobre). De leur côté, les archives ont livré quelques faces, la plus importante étant probablement Fonds secrets (12 novembre 37) de Pierre Reverdy, poète aimé d’Hugues Panassié, qui invita son auteur de prédilection à dire son texte sur un accompagnement « hot » fourni par Brun et Joseph Reinhardt. Le résultat n’ayant pas été jugé techniquement satisfaisant, il fut décidé de refaire cet enregistrement. Mais… Pierre Lafargue, discographe émérite, sut trouver, par éliminations, le numéro de matrice (0LA 1973-1). La feuille de studio lui a donné raison. Plus tard, j’ai déniché ce qui allait avec : la parole et la musique…

I’ve Found a New Baby (0LA 1894) du 12 juillet 37, premier titre de la seconde séance (celle sans Django) consacrée au tromboniste Dicky Wells offre un petit mystère. Dans son livre Douze Années de Jazz (Corréa Edit., 1946), Panassié précise que Roger Chaput, le guitariste de secours, n’étant pas arrivé, on tourna une première prise sans lui. Puis, celui-ci débarquant enfin, on en fit une seconde. L’une et l’autre semblant de valeur égale, on décida de développer les deux “subs” afin de choisir tranquillement plus tard. Le saxophoniste Howard Johnson, qui avait néanmoins commis une petite faute la deuxième fois vers la fin de son solo, se montra triste, affirmant qu’on choisirait sûrement cette seconde prise, parce qu’il y avait le guitariste. Ce qui fut fait – mais Panassié ajoute : «parce que Dicky Wells jouait mieux dans cette seconde version »… La feuille de séance indique bien que deux prises furent enregistrées (uniquement pour ce morceau) et développées l’une comme l’autre. Normalement, c’est le chiffre « 2 » qui devrait donc apparaître dans la pâte du Swing n°3, à la suite de la matrice. Or, c’est le « 1 » qu’on lit. De plus, on perçoit fort clairement la guitare, pourtant absente de la première mouture. Et le léger couac du saxophoniste est bien là… Que s’est-il donc passé ? Aurait-on, au studio même, interverti les numéros de prises ? Il semble que ce soit là la seule explication.

L’essai « Swing » une fois transformé, on attribua, à partir de janvier 1938, des numéros de matrices spécifiques aux gravures destinées à sortir sous l’élégante étiquette de la marque, dessinée par Delaunay. Mais pas question de couper, côté préfixes, au “0” (les ten inches) ni au “2” (les twelve inches), imposés au monde entier par des gens n’ayant jamais entendu parler de système métrique ! Les deux lettres complémentaires furent, il fallait s’y attendre, “SW”. Toutefois les “2SW” sont fort rares, exceptionnels (moins d’une dizaine, dont trois qui ne sortirent pas à l’époque) et se localisent tous entre décembre 1940 et novembre 1944. On n’en trouvera donc pas dans ce recueil. Le premier “0SW” fut offert le 24 janvier à Philippe Brun (encore un refusé !) et les deux suivants à Alix Combelle. Et l’on ira comme ça jusqu’au 0SW 724-1, daté du 4 janvier 1951 – la seule séance « Swing » enregistrée sur bande magnétique !... Peut-être les publierons-nous un jour, qui sait ?

Là encore, Charles Delaunay, collectionneur dans l’âme, avait conservé des tests : le 0SW 1 (Brocken-Hearted Blues) bien sûr, mais aussi les 0SW 19 (Limehouse Blues, par Michel Warlop et Garland Wilson), 0SW 40 et 42 (Swing Cocktail et Morning Fox, par Gus Viseur), 0SW 58 et 62 (Nightfall et Organ Grinder Swing, par le Quintette Dupont-Durand)… Il est vrai que pour ces deux derniers (et aussi pour 0SW 55 et 59, ici repris), il était le batteur du groupe sous le pseudonyme de H.P. Chadel ! En revanche, nulle trace de 0SW 32, 33, 34 (Gipsy Swing, Josette, Sweet Georgia Brown : la toute première séance de Gus Viseur, le 13 juin 1938), non plus que de OSW 56 et 57 (Limehouse Blues et Confessin’ du 14 décembre, par le joueur d’harmonica de chez Ray Ventura, Max Geldray – qui reviendra le 2 février 39 s’attaquer à 0SW 61 et 62)… C’est ce jour-là que s’achève le voyage, avec au cœur cette Tristesse bleue qui fait si fort songer à cette brume ellingtonienne en couleur dans laquelle Pierre Lafargue aimait tant à s’aventurer et où il a fini par se fondre à jamais.
Daniel NEVERS
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS 2014


CD 1 (1937 – tous titres enregistrés à Paris / all titles recorded in Paris)


1. I AIN’T GOT NOBODY (Williams-Graham)   
(Swing SW 58 / 0LA 1876-1)    3’06

2. TEA FOR TWO (V.Youmans)    (Swing SW 5 / 0LA 1877-1)    2’43

3. WEATHER BLUES (T.Weatherford)    (Swing SW315/0LA 1878-1)    3’16

4. WEATHER BEATEN BLUES (T.Weatherford)   
(Swing SW 5 / 0LA 1878-2)    3’17

5. MAPLE LEAF RAG
(S.Joplin)    (Swing SW315/0LA 1879-1)    3’11

Teddy WEATHERFORD,
piano solo. Studio Albert (63-65, rue Albert – XIIIème arr), 23/06/1937 – Enregistreur/Recordist : Georges CAILLY.

6. MOONGLOW (W.Hudson-Lang-I.Mills)    (Swing test / 0LA 1893-1)    3’08

7. DARKTOWN STRUTTERS’ BALL
(S.Brooks)    (Swing test / 0LA 1892-1)    2’09

PIERRE ALLIER et Son ORCHESTRE
Pierre ALLIER (tp) ; Eddie BRUNNER (cl, ts) ; Roger ALLIER (as, tb sur/on 6) ; Jean FERRIER (p) ; Eugène D’HELLEMMES (b) ; Pierre FOUAD (dm). Studio de la Grande Armée (79, avenue de la Grande Armée – XVIIème arr), 7/07/1937 – Enr/Rec. : Eugène RAVENET.

8. I’VE FOUND A NEW BABY (Palmer-S.Williams)    (Swing SW 3 / 0LA 1894-1)    2’47
9. DINAH ! (H.Akst-Lewis-Young)    (Swing SW 39 / 0LA 1895-1)    2’46
10. NOBODY’S BLUES BUT MY OWN (D.Wells)    (Swing SW 39 / 0LA 1896-1)    3’00
11. HOT CLUB BLUES (D.Wells)    (Swing SW 3 / 0LA 1897-1)    3’03
12. LADY BE GOOD (G.& I.Gershwin)    (Swing SW 10 / 0LA 1898-1)    2’55
13. DICKY WELLS BLUES (D.Wells)    (Swing SW 10 / 0LA 1899-1)    3’18

DICKY WELLS and his ORCHESTRA
Bill DILLARD (tp sur/on 8, 9,11) ; Lester “Shad” COLLINS (tp sur/on 8, 9, 10) ; Dicky WELLS (tb) ; Howard JOHNSON (as sur/on 8, 9, 10, 11) ; Sam ALLEN (p) ; Roger CHAPUT (g) ; Bill BEASON (dm). Studio de la Grande Armée, 12/07/1937 – Enr/Rec. : E. RAVENET.
14. MY BLUE HEAVEN (W.Donaldson-R.A.Whiting)    (Swing SW 38 / 0LA 1918-1)    3’00
15. AIN’T MISBEHAVIN’ (T.Waller-A.Razaf)    (Swing SW 38 / 0LA 1919-1)    2’18

Teddy WEATHERFORD, piano solo. Studio de la Grande Armée, 20/07/1937 – Enr/Rec. : E. RAVENET.

16. EXACTLY LIKE YOU (J.McHugh-D.Fields)    (Swing SW 52 / 0LA 1955-1)    3’10
17. ALEXANDER’S RAGTIME BAND (I.Berlin)    (Swing SW 11/ 0LA 1956-1)    2’54
18. HANG OVER BLUES (B.Coleman)    (Swing SW 11 / 0LA 1957-1)    3’22
19. AVALON ( Rose-Jolson)    (Swing SW 24 / 0LA 1959-1)    1’55
20. I CAN’T GIVE YOU ANYTHING BUT LOVE (J.McHugh-D.Fields)    (Swing test / 0LA 1960-1)    2’16

ALIX COMBELLE ET SON ORCHESTRE

Bill COLEMAN (tp sur/on 16, 17, 18) ; Alix COMBELLE (ts, cl) ; David MARTIN (p) ; Roger CHAPUT (g) ; Wilson MYERS (b) ; Jerry MENGO (dm). Studio de la Grande Armée, 4/10/1937 – Enr/Rec. : E. RAVENET.

21. I’M COMING VIRGINIA (W.M.Cook-D.Heywood)    (Swing test / 0LA 1961-1)    3’24

PHILIPPE BRUN TRIO

Philippe BRUN (tp) ; David MARTIN (p) ; Jerry MENGO (dm). Studio de la Grande Armée, 15/10/1937 – Enr/Rec. : E. RAVENET.

22. FONDS SECRETS
(P.Brun-P.Reverdy)    (Swing test / 0LA 1973-1)    3’15

PIERRE REVERDY (narration), acc. par/by : Philippe BRUN (tp) & Joseph REINHARDT (g). Studio de la Grande Armée, 12/10/1937 – Enr/Rec. : E.RAVENET.



CD 2 (1937-1938 – tous titres enregistrés à Paris, sauf 10 & 19 / All titles recorded in Paris, except 10 & 19)

1. SWINGIN’ WITH DJANGO (D.Reinhardt) (Swing SW 40 / 0LA 1994-1) 2’49
QUINTETTE DU HOT CLUB DE FRANCE & MICHEL WARLOP
Michel WARLOP, Stéphane GRAPPELLI (vln) ; Django REINHARDT (g solo) ; Joseph REINHARDT, Eugène VEES (g) ; Louis VOLA (b). Studio de la Grande Armée, 7/12/1937 – Enr/Rec. : E. RAVENET.

2. INDIANA (J.F.Hanley)    (Swing SW 42 / 0LA 1974-1)    2’53

3. ROSE ROOM (A.Hickman-Williams)    (Swing SW 9 / 0LA 1975-1)    2’51

4. BILL STREET BLUES (B.Coleman)    (Swing SW 22 / 0LA 1976-1)    2’50

5. AFTER YOU’VE GONE (H.Creamer-T.Layton)     (Swing SW 22 / 0LA 1977-1)    3’01

6. THE MERRY-GO-ROUND BROKE DOWN (Friend-Franklin)    (Swing SW 9 /0LA 1978-1)    2’48

BILL COLEMAN ET SON ORCHESTRE
Bill COLEMAN (tp, voc) ; Stéphane GRAPPELLI (vln, p sur/on 2) ; Joseph REINHARDT (g) ; Wilson MYERS (b) ; Ted FIELDS (dm). Studio de la Grande Armée, 12/11/1937 – Enr/Rec. : E. RAVENET.

7. BROCKEN-HEARTED BLUES
(P.Brun)    (Swing test / 0SW 1-1)    2’44
PHILIPPE BRUN (tp) & JOSEPH REINHARDT (g). Studio de la Grande Armée, 24/01/1938 – Enr/Rec. : E. RAVENET.

8. WHEN YOU’RE SMILING (F.Fisher-Goodwin-Shay)    (Swing SW 17 / 0SW 2-1)    2’58
9. IF I HAD YOU (T.Shapiro)    (Swing SW 17 / 0SW 3-1)    2’53
ALIX COMBELLE’S HOT FOUR
Philippe BRUN (tp) ; Alix COMBELLE (ts) ; Joseph REINHARDT (g) ; Louis VOLA (b). Studio de la Grande Armée, 24/01/1938 – Enr/Rec. : E. RAVENET.

10. HONEYSUCKLE ROSE (T.Waller-A.Razaf)    (Brunswick A-81504/AM 750)    3’03
EDDIE SOUTH AND HIS QUINTET
Eddie SOUTH (vln, ldr) ; David MARTIN (p) ; Isadore LANGLOIS (g) ; Paul CORDONNIÉ (b) ; Tommy BENFORD (dm) ; the Glee Club (voc). Hilversum (NL), 13/03/1938.

11. THE BLUES GOT ME (G.Wilson)    (Swing SW 19 / 0SW 12-1)    3’06
12. YOU SHOWED ME THE WAY (C.Webb-E.Fitzgerald-T.McRae)     (Swing SW 61 / 0SW 13-1)    3’06
13. THE BLUES I LOVE TO PLAY (G.Wilson)    (Swing SW 46 / 0SW 14-1)    3’09
14. SWEET LORRAINE (L.Burwell-M.Parish)    (Swing SW 61 / 0SW 15-1)    3’01
15. BEI MIR BIST DU SCHÖN (Cahn-Secunda-S.Chaplin)    (Swing SW 19 / 0SW 16-1)    3’02
16. BLUE MORNING (G.Wilson) (Swing SW 46 / 0SW 17-1)    3’07
GARLAND WILSON, piano solo / celesta solo sur/on 16. Studio Albert, 9/03/1938 – Enr/Rec. : G. CAILLY.

17. YOU SHOWED ME THE WAY (C.Webb-E.Fitzgerald-T.McRae)     (Swing SW 74 / 0SW 18-1)    3’09
18. LIMEHOUSE BLUES (D.Furber-P.Braham)    (Swing test / 0SW 19-1)    3’10
MICHEL WARLOP (vln) & GARLAND WILSON (p). Studio Albert, 9/03/1938 – Enr/Rec. : G. CAILLY.

19. CRAZY RHYTHM
(Kahn-Caesar-Meyer)    (Brunswick A-81578 / AM ?)    3’12
BOBBY MARTIN AND HIS ALL-STAR ORCHESTRA
Bobby MARTIN (tp, ldr) ; Bill COLEMAN, Jack BUTLER (tp) ; Billy BURNS (tb) ; Johnny RUSSELL (cl, ts) ; Glyn PAQUE, Ernest PURCE (as) ; Ram RAMIREZ (p) ; John MITCHELL (g) ; Ernest HILL (b) ; Joseph “Kaiser” MARSHALL (dm). Hilversum (NL), avril/April 1938.

20. WHAT’LL I DO ? (I.Berlin)    (Swing SW 36 / 0SW 20-1)    3’00
21. FLETCHER’S STOMP (F.Allen)    (Swing SW 29 / 0SW 22-1)    3’02

FLETCHER ALLEN AND HIS ORCHESTRA
Pierre ALLIER (tp) ; Fletcher ALLEN, Charles LISÉE (as) ; Alix COMBELLE (ts) ; Ray STOKES (p) ; Marcel BIANCHI (g) ; Tony ROVIRA (b) ; Pierre FOUAD (dm). Studio Albert, 15/03/1938 – Enr/Rec. : G. CAILLY.

22. JAM MAN (P.Allier)     (Swing SW 25 / 0SW 23-1)    3’06
PIERRE ALLIER ET SON ORCHESTRE
Comme pour 20 & 21 / Same as for 20 & 21. Moins/minus F. ALLEN. Studio Albert, 15/03/1938 – Enr/Rec. : G. CAILLY.


CD 3 (1938-1939 – tous titres enregistrés à Paris / all titles recorded in Paris)

1. PETER’S STOMP (P.Allier)    (Swing SW 25 / 0SW 24-1)    2’54
PIERRE ALLIER ET SON ORCHESTRE
Pierre ALLIER (tp) ; Charles LISÉE (as) ; Alix COMBELLE (ts) ; Ray STOKES (p) ; Marcel BIANCHI (g) ; Tony ROVIRA (b) ; Pierre FOUAD (dm). Studio Albert, 15/03/1938 – Enr/Rec. : G. CAILLY.

2. AL’S IDEA
(A.Combelle)     (Swing SW 24 / 0SW 25-1)    2’36
3. DON’T GET TIRED (A.Combelle)     (Swing SW 52 / 0SW 26-1)    2’42
TRIO ALIX COMBELLE
Alix COMBELLE (ts) ; Ray STOKES (p) ; Pierre FOUAD (dm). Studio Albert, 15/03/1938 – Enr/Rec. : G. CAILLY.

4. IN A LITTLE SPANISH TOWN (M.Wayne)    (Swing SW 55 / 0SW 27-1)    2’45
5. I DOUBLE DARE YOU (T.Shand-J.Eaton)    (Swing SW 30 / 0SW 28-1)    2’56
6. MONTMARTRE BLUES (E.Brunner)    (Swing SW 30 / 0SW 30-1)    3’05
7. MARGIE (J.R.Robinson-C.Conrad)    (Swing SW 41 / 0SW 31-2)    2’39

EDDIE BRUNNER ET SON ORCHESTRE

Bill COLEMAN (tp) ; Eddie BRUNNER (cl, ts) ; Alix COMBELLE, Noël CHIBOUST (ts) ; Herman CHITTISON (p) ; Oscar ALEMAN (g) ; Roger “Toto” GRASSET (b) ; Tommy BENFORD (dm). Studio de la Grande Armée, 13/06/1938 – Enr/Rec. : E. RAVENET.

8. MY LAST AFFAIR / NO MORE TEAR
S (H.Johnson)    (Swing SW 51/0SW 35-1)    3’09
9. I’ PUTTING ALL MY EGGS IN ONE BASKETT (I.Berlin)    (Swing SW 33 / 0SW 36-1)    2’37
10. MY OWN BLUES (H.Chittison)     (Swing SW 51 / 0SW 37-2)    2’54
11. MY MELANCHOLY BABY (Burnett-Norton)    (Swing SW 33 / 0SW 38-1)    2’31
12. THEY CAN’T TAKE THAT AWAY FROM ME (G.& I.Gershwin)    (Swing SW 58 / 0SW 39-1)    3’11

HERMAN CHITTISON,
piano solo. Studio de la Grande Armée, 17/06/1938 Enr/Rec. : E. RAVENET.
13. WAY DOWN YONDER IN NEW ORLEANS (H.Creamer-T.Layton)     (Swing SW 214 / 0SW 43-1)    3’11
14. SISTER KATE (A.J.Piron)    (Swing SW 214 / 0SW 44-1)    2’50

BILL COLEMAN AND HIS ORCHESTRA
Bill COLEMAN (tp) ; Edgar COURANCE (ts) ; John MITCHELL (g) ; Wilson MYERS (b) ; Tommy BENFORD (dm). Studio de la Grande Armée, 28/09/1938 – Enr/Rec. : E. RAVENET.

15. MORNING FOX (G.Viseur)    (Swing test / 0SW 42-1)    3’08
16. IT HAD TO BE YOU (I.Jones-G.Kahn)    (Swing SW 37 / 0SW 45-1)    2’40
17. SWING COCKTAIL (G.Viseur)    (Swing test / 0SW 46-1)    2’51

GUS VISEUR AND HIS MUSIC
Gustave “Gus” VISEUR (acc) ; Pierre “Baro” FERRET, Jean “Matelo” FERRET, Challun FERRET (g) ; Maurice SPEILLEUX (b). Studio de la Grande Armée, 28/09(15)&20/10(16,17)/1938 – Enr/Rec. : E.RAVENET.

18. MORNING FEELING (A.Combelle)    (Swing SW 48 / 0SW 51-1)    2’36
19. SWINGING AT THE SUGAR BOWL (R.Crosby-G.Rodin-N.Lamare-R.Haggart)     (Swing SW 55 / 0SW 53-1)    2’03
20. EVERY TUB (W.Basie-W.Clayton)    (Swing SW 48 / 0SW 54-1)    3’08

HOT CLUB SWING STARS
Philippe BRUN, Pierre ALLIER, Maurice MOUFFLARD (tp) ; Dany POLO (cl) ; Max BLANC (as) ; Alix COMBELLE, Noël CHIBOUST (ts) ; Louis RICHARDET (p) ; Roger CHAPUT (g) ; Louis VOLA (b) ; Pierre FOUAD (dm). Studio de la Grande Armée, 14/12/1938 – Enr/Rec. : E. RAVENET.

21. LA MAISON BLEUE (LIMEHOUSE BLUES) (D.Furber-P.Braham)    (Swing SW 90 / 0SW 55-1)    2’10

22. TRISTESSE BLEUE (MOOD INDIGO) (A.Bigard-E.Ellingon-I.Mills)    (Swing SW 90/0SW 59-1)    2’38

QUINTETTE DUPONT-DURAND

Guy DURAND (imitation tp) ; Ben DUPONT (BENMAJOR), Nepus SALVADOR (hca) ; Henri SCHAAP (g) ; Emmanuel SOUDIEUX (b) ; H.P. CHADEL (Charles DELAUNAY)(dm). Studio de la Grande Armée, 14/12/1938 & 2/02/1939 – Enr/Rec. : E. RAVENET.



Enregistré en avril 1937, le quatuor de saxophones dirigé par Coleman Hawkins devait être le premier disque édité par le label Swing de Charles Delaunay (fils des peintres Sonia et de Robert Delaunay). Bénéficiant tout d’abord de la présence à Paris de jazzmen américains lors de l’Exposition Internationale de 1937, Delaunay permet les rencontres et les mélanges du jazz de l’Ancien et du Nouveau monde, et les grave pour la postérité dans des disques références de la production française. L’essor de l’une des plus belles réussites discographiques française d’avant-guerre nous est présenté par Pierre Lafargue dans une anthologie en 3 CD commentée dans un livret de 36 pages.   
Benjamin GOLDENSTEIN & Daniel NEVERS

Recorded in April 1937, the saxophone quartet led by Coleman Hawkins was to be the first record released on the Swing label of Charles Delaunay (the son of the painters Sonia and Robert Delaunay). Taking advantage of the presence American jazzmen in town for the 1937 International Exhibition in Paris, Charles Delaunay was a catalyst for all kinds of encounters and mixtures between jazz on the Old and New continents, and he captured them on disc for posterity, making them references in the French recording-industry. The launching of one of the greatest success-stories in pre-war French recording-history is presented by Pierre Lafargue in a 3CD anthology with a detailed 36-page booklet.    Benjamin GOLDENSTEIN & Daniel NEVERS

CD Swing, le label de jazz français créé par Charles Delaunay - Les premières années 1937-1939 © Frémeaux & Associés 2013





EcoutezPisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 I Ain't Got Nobody - Teddy Weatherford03'08
02 Tea For Two - Teddy Weatherford02'45
03 Weather Blues - Teddy Weatherford03'18
04 Weather Beaten Blues - Teddy Weatherford03'19
05 Maple Leaf Rag - Teddy Weatherford03'13
06 Moonglow - Pierre Allier et son Orchestre03'10
07 Darktown Strutters Ball - Pierre Allier et son Orchestre02'11
08 I've Found A New Baby - Dicky Wells and His Orchestra02'49
09 Dinah - Dicky Wells and His Orchestra02'48
10 Nobody's Blues But My Own - Dicky Wells and His Orchestra03'02
11 Hot Club Blues - Dicky Wells and His Orchestra03'05
12 Lady Be Good - Dicky Wells and His Orchestra02'57
13 Dicky Wells Blues - Dicky Wells and His Orchestra03'20
14 My Blue Heaven - Teddy Weatherford03'02
15 Ain't Misbehavin' - Teddy Weatherford02'18
16 Exactly Like You - Alix Combelle et son orchestre03'12
17 Alexander's Ragtime Band - Alix Combelle et son orchestre02'56
18 Hang Over Blues - Alix Combelle et son orchestre03'24
19 Avalon - Alix Combelle et son orchestre01'57
20 I Can't Give You Anything But Love - Alix Combelle et son orchestre02'18
21 I'M Coming Virginia - Philippe Brun Trio03'26
22 Fonds Secrets - Pierre Reverdy, Philippe Brun, Django Reinhardt03'15
CD 2
01 Swingin' With Django - Le Quintette du Hot Club de France02'51
02 Indiana - Bill Coleman And His Orchestra02'55
03 Rose Room - Bill Coleman And His Orchestra02'53
04 Bill Street Blues - Bill Coleman And His Orchestra02'52
05 After You've Gone - Bill Coleman And His Orchestra03'03
06 The Merry Go Round Broke Down - Bill Coleman And His Orchestra02'50
07 Broken Hearted Blues - Philippe Brun et Joseph Reinhardt02'46
08 When You're Smiling - Alix Combelle's Hot Four03'00
09 If I Had You - Alix Combelle's Hot Four02'55
10 Honeysuckle Rose - Eddie South and His Quintet03'05
11 The Blues Got Me - Garland Wilson03'08
12 You Showed Me The Way - Garland Wilson03'08
13 The Blues I Love To Play - Garland Wilson03'11
14 Sweet Lorraine - Garland Wilson03'03
15 Bei Mir Bist Du Schon - Garland Wilson03'04
16 Blue Morning - Garland Wilson03'09
17 You Showed Me The Way - Michel Warlop et Garland Wilson03'01
18 Limehouse Blues - Michel Warlop et Garland Wilson03'12
19 Crazy Rhythm - Bobby Martin And His Orchestra03'00
20 What'll I Do - Fletcher Allen And His Orchestra03'02
21 Fletcher's Stomp - Fletcher Allen And His Orchestra03'06
22 Jam Man - Pierre Allier et son Orchestre02'38
CD 3
01 Peter's Stomp - Pierre Allier et son Orchestre02'57
02 Al's Idea - Alix Combelle Trio02'38
03 Don't Get Tired - Alix Combelle Trio02'45
04 In A Little Spanish Town - Eddie Brunner et son Orchestre02'48
05 I Double Dare You - Eddie Brunner et son Orchestre02'59
06 Montmartre Blues - Eddie Brunner et son Orchestre03'08
07 Margie - Eddie Brunner et son Orchestre02'42
08 My Last Affair No More Tears - Herman Chittison03'12
09 I Putting All My Eggs In One Baskett - Herman Chittison02'40
10 My Own Blues - Herman Chittison02'57
11 My Melancholy Baby - Herman Chittison02'34
12 They Can't Take That Away From Me - Herman Chittison03'14
13 Way Down Yonder In New Orleans - Bill Coleman and His Orchestra03'14
14 Sister Kate - Bill Coleman and His Orchestra02'53
15 Morning Fox - Gus Viseur And His Music03'11
16 It Had To Be You - Gus Viseur And His Music02'43
17 Swing Cocktail - Gus Viseur And His Music02'54
18 Morning Feeling - Hot Club Swing Stars02'39
19 Swinging At The Sugar Bowl - Hot Club Swing Stars02'06
20 Every Tub - Hot Club Swing Stars03'11
21 La Maison Bleue Limehouse Blues - Quintette Dupont-Durand02'13
22 Tristesse Bleue - Quintette Dupont-Durand02'38
« Un copieux livret fort bien documenté » par Le Salon littéraire

« (…) Sacerdoce, aussi, celui auquel se consacrent chez nous, depuis des lustres, Frémeaux & Associés (2). J’ai eu l’occasion de parler ici même de cette maison qui s’attache à explorer le patrimoine du jazz pour en extraire des pépites. En témoigne la remarquable collection « Quintessence » qui, son nom l’indique, permet de suivre, à travers ses enregistrements les plus caractéristiques, la carrière d’un musicien. Dans une démarche similaire à celle de leur confrère italien, Frémeaux & Associés rééditent aujourd’hui, en un coffret de trois CD, les premiers enregistrements du label Swing, créé en 1937 par Charles Delaunay, l’un des pionniers du jazz en France, avec Hugues Panassié. Consacré aux années 1937-1939, ce coffret fait une large place aux Américains, les pianistes Teddy Weatherford et Herman Chittison, le trompettiste Bill Coleman, le violoniste Eddie South, mais aussi au Quintette du Hot Club de France avec Michel Warlop et aux vedettes françaises de l’époque, le saxophoniste Alix Combelle, le trompettiste Philippe Brun, parmi d’autres. On y entend même le poète Pierre Reverdy, accompagné par Philippe Brun et Joseph Reinhardt, en octobre 1937. Preuve que les poètes de la Beat Generation n’avaient rien inventé lorsqu’ils se produisaient, dans les années 50, avec les jazzmen de la West Coast… Tous ces enregistrements, accompagnés d’un copieux livret fort bien documenté signé par le regretté Pierre Lafargue, ont fait l’objet du même travail de « nettoyage » que la collection italienne, et avec un résultat aussi probant. Ils méritent qu’on leur prête une oreille attentive. Pour beaucoup, surtout  pour les jeunes, une révélation, tant ils ont conservé leur fraîcheur initiale. Ce je ne sais quoi d’allègre, de primesautier, de naturel, qui fait trop souvent défaut aux créateurs d’aujourd’hui. »
Par Jacques ABOUCAYA – LE SALON LITTERAIRE




« Toujours le bon tempo, Charles » par Jazz News

Secrétaire du Hot Club de France avant la scission avec Hugues Panassié, manager de l’ensemble de Reinhardt et Grappelli, journaliste, Charles Delaunay fonde en 1937 Swing, label sur lequel il fait cohabiter au gré de sessions pour la plupart parisiennes vedettes hexagonales (Alix Combelle, Gus Viseur) et stars d’outre-Atlantique (Bill Coleman, Eddie South). Ce coffret en trois chapitres, aux documents sonores remarquablement restaurés, ne témoigne pas uniquement de la mélancolie de ces pièces, même les plus dansantes, et d’une époque exsangue. Garland Wilson, seul au piano, ne pouvait se dissiper dans la Grande Amnésie. Quelques mois après, Delaunay se consacra à d’autres activités, en rejoignant la Résistance : toujours le bon tempo, Charles.
Par Christian LARREDE – JAZZ NEWS




« Le label Swing – Premières années 1937-1939 » par le Hot Club de France

Ce coffret reprend quelques-unes des premières parutions de la marque Swing fondée en 1937 qui a permis à Hugues Panassié et Charles Delaunay d’enregistrer les musiciens de leur choix. Cette sélection exclut certains titres, tels ceux de Django Reinhardt, trouvables sur d’autres rééditions Frémeaux. Le CD 1 qui réunit des enregistrements de 1937 s’ouvre avec Teddy Weatherford. Cet excellent pianiste (1903-1945), avantageusement estimé à Chicago, choisit très tôt de vivre en Asie. Au cours d’une visite à Paris, il enregistra cinq titres le 23 juin plus deux autres le 20 juillet et cela constitue la quasi-totalité de sa discographie. Ce musicien, bien oublié aujourd’hui, se révèle excellent : dans un style alerte et robuste il swingue de façon réjouissante dans « I ain’t got nobody, Tea for two, Maple Leaf rag » et joue le blues avec un feeling très prenant dans « Weather beaten blues ». Les deux plages réservées à Pierre Allier se contentent d’une musique douce ou sautillante selon le tempo. Dicky Wells, venu à Paris comme membre de l’orchestre de Teddy Hill, dirige le 12 juillet une intéressante séance faisant appel à quelques-uns de ses partenaires habituels. La série débute par deux standards, « I’ve found a new baby »avec brillantes interventions d’Howard Johnson à l’alto et de Dicky Wells au trombone, qui récidivent dans « Dinah », prestement enlevé. Viennent ensuite deux blues semi-lents. « Nobody’s blues but my own » s’ouvre sur deux chorus d’Howard Johnson d’une superbe envolée, puis deux chorus chargés d’émotion du pianiste Sam Allen, un chorus du trompette Shad Collins et un de Dicky Wells. Sur un thème simple mais bienvenu, « Hot club blues » offre une suite de bons chorus, piano trombone, alto, trompette (par Bill Dillard) et ensemble. Dicky Wells se réserve les deux derniers morceaux : dans « Lady be good » il accorde un petit espace au piano et dans « Dicky Welles blues » il montre sans interruption une flamme impressionnante. Alix Combelle enregistre cinq faces à la séance du 4 octobre avec bill Coleman en invité, excepté dans les deux derniers titres. Une rythmique lourdaude engourdit les deux souffleurs et rien d’attractif ne ressort de ces prestations. Ensuite « I’m coming Virginia » met en vedette l’excellent trompette Philippe Brun ; il possède une belle sonorité et un accent Louis Armstrong séduisant, mais une certaine retenue entraîne un déficit de swing d’autant qu’un pianiste pataud ne lui facilite pas la tâche. Hugues Panassié tenait en haute estime le poète Pierre Reverdy, trouvant dans ses textes une correspondance avec le jazz. Il le persuada de lire un de ses poèmes accompagné par la trrompette de Philippe Brun et la guitare de Joseph Reinhardt, d’où ce « Fonds secrets », resté longtemps confidentiel, sur lequel se termine le CD 1.
CD 2 : un Django éblouissant ouvre « Swingin’with Django », puis Stéphane Grappelli intervient, superbe, d’une élégance aérienne ; un second violoniste, Michel Warlop, exceptionnellement invité, se manifeste ensuite dans un style bien différent, au développement véhément et imprévisible. Sur les cinq plages suivantes figure la production de la séance du 12 novembre 1937 de Bill Coleman entouré de Stéphane Grappelli et d’une rythmique efficace. Bill Coleman, constamment au premier plan dans « Indiana », expose le thème à la trompette puis le chante et conclut en jouant deux chorus d’une belle envolée ; dans ce morceau Grappelli tient le piano, mais il revient au violon pour la suite de la séance. Sur « Rose room » il épaule magnifiquement la trompette de Bill Coleman dans le premier et le dernier chorus, entre-temps la trompette et le violon prennent chacun un chorus plein de flamme. Sur « Bill Street blues » se déroule un autre moment fort captivant : après que la trompette ait pris deux chorus puis le violon également, les deux instruments dialoguent en 2/2 de manière excitante au cours des deux derniers chorus. « After you’vegone » sonne de manière quelque peu fébrile et dans « The merry-go-round broke down » se remarque surtout l’aisance réjouissante de la trompette. Philippe Brun, accompagné par la seule guitare de Joseph Reinhardt, se montre plutôt grandiloquent dans « Broken-hearted blues », en revanche il joue remarquablement avec éclat et mobilité dans « When you’re smiling » et « If I had you » en compagnie d’Alix Combelle très plaisant au ténor. Ensuite « Honeysuckle rose » débute et se termine illuminé par le violon d’Eddie South, incomparablement souple, aérien et mélodieux. Les huit plages suivantes proviennent d’une séance du 9 mars 1938 réservée à Garland Wilson, brillant pianiste très inspiré mais au timing assez fluctuant. Il joue le blues de façon fort captivante sur « The blues got me » et « The blues I love to play ». Moins intéressants, « You showed me the way » et « Sweet Lorraine » manquent le premier de cohérence, le second de tonus. « Bei mir bist du schön » abonde en passages agréablement swingués et « Blue morning » est éxécuté au célesta. Michel Warlop rejoint Garland wilson pour les deux dernières interprétations dans lesquelles les duettistes se montrent bien peu détendus. Le ‘drumming’ de Kaiser Marshall propulse fermement la formation de Bobby Martinet constitue l’attraction principale de « Crazy rhythm ». Le CD 2 s’achève sur trois faces enregistrées le 15 mars 1938 ; l’orchestre fournit une musique quelque peu sautillante  où l’on retient, dans « What’ll I do », un brillant solo d’alto au style expressif et personnel dû à Fletcher Allen, qui ne participe pas à la dernière plage.
Les trois premières plages du CD 3 proviennent d’une séance du 15 mars 1938. Un petit orchestre dirigé par Pierre Allier se manifeste dans « Peter’s stomp » où se remarque surtout le solo d’Alix Combelle au ténor. Celui-ci ne conserve que le bon pianiste, Ray Stokes, et le batteur pour les deux morceaux suivants, ce qui permet d’apprécier longuement la richesse de sa sonorité et la pertinence de son discours que le tempo soit modéré dans « Al’s idea » ou vif dans « Don’t get forget ». Les quatre plages suivantes reviennent à un groupe réuni par Eddie Brunner le 13 juin 1938. Soutenus par Toto Grasset (b) et l’efficace ‘drummer’ Tommy Benford, les participants apparaissent en solo dans « Montmartre blues », tour à tour Eddie Brunner (cl), Oscar aleman (g), Noël Chiboust (ts), Herman Chittison (p), Bill Coleman (tp) et Alix Combelle (ts). Bill Coleman s’impose comme la vedette du groupe ; en grande forme, il joue avec une fougue et une envolée enthousiasmantes, déjà dans « Margie », mais plus encore dans « In a little Spanish town » et « I double dare you » où il swingue avec une flamme irrésistible. Alix Combelle prend un solide chorus de ténor dans « Margie » et « In a little Spanish town ». Le brillant pianiste Herman Chittison enregistra les cinq excellentes plages suivantes le 17 juin 1938. Notamment il développe « My last affait/No more tears » avec une vivacité et une volubilité admirables, ou « I’m putting all my eggs » avec des variations pleines d’imprévu, ou « My melancholy baby » avec une rigueur et un rayonnement captivants. Ensuite Bill Coleman reparaît dans deux prestations mornes manquant vraiment de conviction, puis viennent trois interprétations d’un « Hot Club Swing Stars » dans lequel se distinguent surtout Philippe Brun et Alix Combelle. « Morning feeling » s’ouvre sur un chorus de piano suivi par un bel ensemble de saxes et se termine sur deux excellents chorus d’Alix Combelle. Celui-ci prend le chorus final de « Swinging at the Sugar Bowl » et sur « Every tub » alors que Noël Chiboust assurait le premier solo. Le CD 3 s’achève sur deux inoffensives distractions d’amateurs : « La Maison bleue » alias « Limehouse blues », et « Tristesse bleue » alias « Mood indigo ». Le long texte de présentation – dont l’auteur est décédé avant la parution du présent recueil – ne porte que sur des considérations, surchargées de multiples citations, sans rapport avec la musique et ne donne aucune indication sur les enregistrements ici présentés. Heureusement, le livret se termine par les habituels renseignements discographiques complets et clairement présentés.
Par A.V.- HOT CLUB DE FRANCE




« Inestimable ! » par Tout Prevoir

« On peut faire confiance à Frémeaux & associés pour soigner aussi bien les archives du jazz que celles de la musique du monde ou de la chanson française. (…) Autre trésor, en trois CD, les premières années du label Swing (1937 à 39) créé avant-guerre par Charles Delaunay, secrétaire du Hot Club de France. Revoici, magnifiquement transférés des 78 tours originaux : Django Reinhardt, Stéphane Grappelli, Bill Coleman, Garland Wilson et tant d’autres. Inestimable ! »
Par Olivier BRUNEL – TOUT PREVOIR




« Les orchestres des meilleurs jazzmen français » par Django Station

« Un triple CD consacré aux trois premières années (1937 à 1939) du label Swing, créé par Charles Delaunay et Hugues Panassié, la première marque en Europe à enregistrer exclusivement des musiciens de jazz ; 1937 est l’année de la grande exposition universelle ; les deux patrons profitent de la présence à Paris de quelques jazzmen américains de premier plan pour les enregistrer ; on retrouve ici Dicky Wells (6 titres), Bill Coleman (7) ou Fletcher Allen (2) dont les orchestres mêlent musiciens américains et français ( Grappelli et Joseph Reinhardt sont présents sur 5 titres de B Coleman, Roger Chaput dans l’orchestre de D.Wells), et les pianistes Teddy Weatherford(7), Herman Chittison (6) et Garland Wilson (6) ; les orchestres des meilleurs jazzmen français sont bien entendus présents : Alix Combelle (7 titres dont deux avec son Hot four au sein duquel évolue Joseph Reinhardt), Eddie Brunner (là c’est un certain Oscar Aleman à la guitare), Pierre Allier (3 titres dont l’énergique Jamman avec un chorus de guitare de Marcel Bianchi), le trio de Philippe Brun, Gus Viseur, le Hot club swing star ou le Dupont Durand quintet ; tout ce petit monde interprétant en général les grands standards et quelques compos personnelles. Pour ne pas faire doublon avec de nombreux coffrets du catalogue Frémeaux, Pierre Lafargue a privilégié les titres absents d’autres anthologies et minimisé la place de certains musiciens, particulièrement Django Reinhardt (un seul titre du quintet ici) déjà bien représentés dans le catalogue ; On y trouve aussi quelques raretés comme Fonds secret, poème de Pierre Reverdy récité par son auteur en compagnie de P Brun et J Reinhardt, ou quelques swing tests : Garland Wilson-Michel Warlop en duo pour un limehouseblues au swing ravageur, Philippe Brun-Joseph Reinhardt pour un blues en duo… Outre la sélection, ce qui compte, c’est bien sûr le texte de Pierre ; on y retrouve son érudition (ah ses citations !), son humour très particulier et ses exquis mots. Son anthologie se termine par tristesse bleue (mood indigo), une tristesse qui nous envahit à la pensée que Pierre n’est plus. Merci Mr Lafargue ! »
Par Francis COUVREUX - DJANGOSTATION




« Un document pour connaisseurs » par Jazzmag-Jazzman

Lorsqu’il nous quitta il y a un an, le regretté Pierre Lafargue concoctait une compilation consacré au label Swing créé par Charles Delaunay en 1937 comme filiale de la jeune multinationale anglaise EMI (avant de passer sous le contrôle de Vogue en 1948). Comme on y trouve non seulement la plus grande partie du jazz français enregistré avant la naissance de Barclay et même du jazz américain enregistré avant-guerre dans la capitale, Lafargue avait pris soin d’éviter les doublons avec ce que lui et d’autres ont déjà restitué sur CD et s’était concentré sur les raretés, ce qui fait de ce triple Cd un document pour connaisseurs. Ca tombe bien, si vous lisez  « Jazzmag » vous devez l’être au moins un peu. N’attendez pas trop du livret pour vous éclairer, Pierre qui avait la plume aussi ardente qu’inspirée, aimait entraîner son lecteur par le méandres de son érudition et de son esprit qu’il avait malicieux. Par bonheur, Daniel Nevers, qui a tous ces 78-tours sur ses étagères, a pris soin d’établir la notice discographique que la mort empêcha Lafargue de rédiger. Ainsi peut-on nommer le stride du pianiste globe-trotter Teddy Weatherford, le ténor Alix Combelle à la tête de son orchestre ou au sein de celui de Pierre Allier, Bill Colemen avec Stéphane Grappelli, Herman Chittison, Gus Viseur, etc. Ne manquez pas le violoniste Michel Warlop en duo avec Garland Wilson, la trompette poignante de Philippe Brun en trio avec Joseph Reinhardt et une contrebasse à l’archet non créditée ou avec le Hot Four de Combelle, le quintette du délicieux Eddie South, Baro Ferret donnant la réplique à Gus Viseur et la curiosité du quintette Dupont-Durand (imitation chantée de trompette plus deux harmonicas).
Par Alfred SORDOILLET – JAZZMAG-JAZZMAN




« Revisite les fonts baptismaux du jazz » par Le Quotidien du Médecin

« Fils des peintres Sonia et Robert Delaunay, Charles Delaunay, qui fut avec Hugues Panassié, en 1935, un des fondateurs du mensuel « Jazz Hot », crée en 1937 Swing, la première maison de disques spécialisée dans la musique de jazz en France. C’est à cette marque que l’on doit, entre autres, les enregistrements du Quintette du Hot Club de France du tandem Reinhardt-Grappelli. C’est aussi Swing qui accueillera les jazzmen américains de passage à Paris, puisque le premier à enregistrer pour le label sera le saxophoniste ténor Coleman Hawkins (28 avril 1937). « Le label Swing - Premières années 1937-1939 » (Frémeaux & Associés) est un coffret (3 CD) qui revisite les fonts baptismaux du jazz enregistré dans l’Hexagone avant-guerre. À travers des musiciens moins emblématiques ou souvent méconnus car moins réédités, comme Dicky Wells (trompette), Teddy Weatherford, Garland Wilson et Herman Chittison (piano solo) et des Français comme Alix Combelle et Eddie Brunner (saxe), Pierre Allier (trompette) ou encore Gus Viseur (accordéon). »
Par Didier PENNEQUIN – LE QUOTIDIEN DU MEDECIN




“These three CDs present a fine mixture of styles” par Blues & Rhythm

Look through old copies of British jazz magazines of the ‘50s, and it quickly becomes apparent that we used to cast envious eyes across the English Channel particularly at Paris, where there always seemed to be a sizeable coterie of ex-pat American jazz and blues musicians. This was not a new phenomenon. Charles Delaunay took advantage of the 1937 International Exhibition in Paris, which brought many American jazz musicians, dance band musicians, singers and dancers to France, to found his Swing label: ‘the first in Europe to record jazz musicians exclusively’ as the detailed notes reveal. Although the politics that riddled the jazz scene for many years quickly became apparent, with Swing’s founders Delaunay and Hugues Panassié at loggerheads over the ‘old versus new’ jazz debate, the tracks on these three CDs present a fine mixture of styles. As much of the label’s material has been reissued before, this set concentrates on the less easily available material; for this reason Django Reinhardt’s contribution to the label is represented by just one title, as Frémeaux has already issued twenty double CDs by the gypsy-jazz guitarist; his brother Joseph does crop up on some other numbers though. Several other pretty impressive French outfits can also be found here (pedant notes – yes, I am aware that Django was born in Belgium. For most readers though, the main focus of interest will be the American performers. The set opens with five excellent solo titles by the much-travelled pianist Teddy Weatherford, and goes on to include numbers by Count Basie band trombonist Dicky Wells, former Luis Russell and Lucky Millinder trumpeter Bill Coleman, violinist Eddie South, the very accomplished Garland Wilson, trumpeter Bobby Martin fronting his American ‘All-Stars’, saxophonist and clarinettist Fletcher Allen and excellent pianist Herman Chittison. Other Americans also turn up in the backing bands – I was pleased to note the presence of drummer Tommy Benford, the former member of Jelly Roll Morton’s Red Hot Peppers, whom I saw at a free show in Hanover, Germany in 1977. As a snapshot of the best jazz Europe had to offer in the years immediately prior to World War II, ‘le Label Swing’ does the job very nicely.
Par Norman DARWEN – BLUES & RHYTHM




« Un jazz sans scories » par Le Temps

L’imagerie d’Epinal fait du jazz d’avant-guerre une sorte d’eldorado où il suffisait de tendre les micros vers des créateurs proliférants pour graver dans la cire, à peu près sans discontinuer, du chef-d’œuvre impérissable. La réalité est beaucoup plus confuse. L’ivraie dominait dans le champ populaire d’une production où le jazz constituait, sous sa forme la plus abâtardie, un vernis commercial apprécié mais édulcoré. D’où l’idée du critique Charles Delaunay de fonder, en France où pullulaient les amateurs de ce qu’on appelait alors le « vrai jazz », un label où l’argument commercial serait subordonné à l’intérêt artistique. Ce furent les disques Swing, dont cette anthologie en trois CD sous-titrée « Les premières années 1937-1939 » laisse espérer qu’elle sera suivie d’autre volumes tout aussi palpitants. Parce qu’à la passion dont étaient animés non seulement Delaunay mais toute l’équipe d’allumés du Hot Club de France, Hugues Panassié en tête pas encore discrédité par ses positions anti-évolutionnistes, répond celle des auditeurs du futur – nous, donc qui se plongent avec délectation dans la magie d’une époque où écouter du jazz relevait de l’insubordination, sinon de la rébellion policièrement réprimée. Une époque où, on l’a largement oublié aujourd’hui, des thèmes comme « Lady Be Good », « Honeysuckle Rose » ou « Tea For Two » étaient encore de délicieuses nouveautés, et où les « Maple Leaf Rag » et autres « Sister Kate » des origines faisaient déjà l’objet de relectures tendrement nostalgiques. Le côté aléatoire de certaines de ces séances (assemblage de musiciens français de plus ou moins haut vol et de vedettes ou de seconds couteaux américains de passage en France ou fixés en Europe) non seulement ajoute à leur charme mais véhicule le message clair de l’« indomptabilité » du jazz, de sa nature volatile impossible à assujettir à des règles esthétiques strictes, bref  « inenrégimentable ». De cette souveraine liberté, l’occupant allemand n’allait pas tarder à prendre la mesure dans d’invraisemblables chassés-croisés avec la censure, supposée traquer sans les interdire les manifestations délétères d’une musique judéo-négroïde supposée dégénérée. Impossible et d’ailleurs inintéressant de dresser ici l’inventaire de ces enregistrements patrimoniaux. Les surprises qu’ils continuent de réserver près de 80 ans après leur éclosion sont un hommage à la superbe candeur de leur naissance, à une fraîcheur qu’on s’en voudrait d’affadir par d’insipides P-V. On préfère s’en tenir à l’arbitraire de trois coups de cœur qui ont l’avantage de fuir l’insupportable présomption des classements critiques sans appel, et pourtant presque toujours dérisoires. Ce sont Bill Coleman et Stéphane Grappelli unissant leurs élégances respectives pour proposer une sorte de définition musicale du dandysme, particulièrement imparable dans ce délicieux bibelot de swing diaphane qu’est « Bill (sic) Street Blues ». C’est ce « Limehouse blues » où Michel Warlop et Garland Wilson élaborent un concentré d’audaces harmoniques au fumet avant-gardiste. Et c’est aussi, du même Wilson, toutes les pièces ici réunies, qui donnent la mesure constamment délectable d’un immense créateur oublié.
Par Michel BARBEY – LE TEMPS




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