BAREL ET HONORÉ COPPET

BIGUINE ET MERENGUE (1956-1959)

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Artiste BAREL ET HONORÉ COPPET
Livret : 24 Pages
Nombre de CDs : 1


19,99 € TTC

FA5408

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En 1956 la France découvre le merengue, la nouvelle danse qui fait fureur aux États-unis, ramenée de Saint- Domingue à Paris par Gérard La Viny, animateur du cabaret antillais de La Canne à Sucre.
Les frères martiniquais Barel et Honoré Coppet vont s’emparer de ce rythme et le créoliser pour en faire l’un des plus gros succès de la danse antillaise.
Jean-Pierre MEUNIER

DIRECTION : JEAN PIERRE MEUNIER
DIRECTION DE COLLECTION : CLAUDE COLOMBINI FREMEAUX
DROITS : FREMEAUX & ASSOCIES


BAREL COPPET ET SES ANTILLAIS : MOIN NI ON LOTO NEF MERENGUE • MERENGUE ROULÉ MERENGUE • CÉ L’AMOU CÉ LA VIE BIGUINE • MISSIÉ L’ABBÉ MERENGUE • VIVE VAVAL MERENGUE • PAS REPROCHÉ MOIN BIGUINE • C’EST LE MERENGUE MERENGUE • TI BEBER MERENGUE. HONORÉ COPPET ET SON ORCHESTRE ANTILLAIS : CHANTEZ DANSEZ, C’EST CARNAVAL BIGUINE • LA BELLE DES ISLES MERENGUE • MOIN PLANTÉ BANANES MERENGUE • DOUDOU PRENDS PATIENCE BIGUINE. HONORÉ COPPET ET SON ORCHESTRE ANTILLAIS : ROUVÉ CANAL LA BIGUINE • MON RÊVE VALSE PASILLO • MÉNAGE MODERNE MERENGUE • MOIN CAÏ DÉMAYÉ MERENGUE • FOUTE ZOTE MOVÉ BIGUINE • MON COEUR VALSE • NON DODO PA KA FÉ SA BIGUINE • JEANNINE VALSE • PRENDS COURAGE BIGUINE • CARMEN BIGUINE • ESPOIR BIGUINE • PAS PIQUÉ GRAINE DÉ A BIGUINE.

Barel et Honoré Coppet FA5408

BAREL et HONORÉ COPPET
BIGUINE et MERENGUE (1956-1959)









L’arrivée du merengue en France en 1955
Tout au long des années cinquante à Paris, les musiciens antillais se rassemblaient autour de deux pôles d’attraction. Aux alentours de Pigalle et Montmartre, depuis la fin 1942, régnait le jazz antillais notamment à la célèbre brasserie de “La Cigale”. S’y distinguaient des musiciens de premier plan comme les saxophonistes Robert Mavounzy, Sylvio Siobud, ou encore le tromboniste Albert Lirvat. Devenu chef d’orchestre de La Cigale en janvier 1955, il en restera l’un des piliers jusqu’à sa fermeture en 1975 (cf. Al Lirvat and his Cigal’s Band, disque Frémeaux & Associés FA 5215). Sur la rive gauche de la Seine, dans le quartier de Montparnasse, se trouvait le domaine des musiques et danses traditionnelles des Antilles. La biguine, lancée à Paris par le clarinettiste martiniquais Alexandre Stellio peu avant l’Exposition Coloniale de 1931, avait été délaissée à partir de 1940, au début de l’occupation allemande. Après la Libération, elle avait retrouvé sa vitalité avec l’ouverture d’un nouveau cabaret antillais à Montparnasse : “La Canne à Sucre”, au n° 4 de la rue Sainte-Beuve. À partir de juillet 1945, s’y succédèrent les orchestres de Pierre Louiss, d’Ernest Léardée (septembre à novembre 1946), de Sam Castendet (durant cinq ans jusqu’en novembre 1951), puis celui du contrebassiste guadeloupéen Emmanuel Jude. En juillet 1955, à la suite de mauvaises affaires, la Canne à Sucre fut mise en liquidation judiciaire. Cet événement entraîna d’une certaine façon l’arrivée du merengue à Paris comme nous allons l’expliquer.

À cette époque, le guitariste et chanteur Gérard La Viny, étudiant guadeloupéen âgé de 22 ans, assurait avec brio l’animation du restaurant antillais “La Créole” tenu par Lilian Harley au 22 rue Cambacérès dans le 8e arrondissement. Il s’était lié d’amitié avec un client amoureux des Antilles, Pierre Robert, négociant en tissus à Paris. Sachant que la Canne à Sucre est à vendre, Pierre Robert fait part à son ami de son intention de racheter le cabaret sous réserve que Gérard en soit l’animateur. Ce dernier est tout de suite conquis. L’acquisition a lieu fin septembre 1955. Des travaux de rénovation sont aussitôt entrepris et la Canne à Sucre rouvre ses portes dès le 7 octobre avec un orchestre recruté sous la direction artistique de Gérard La Viny. La nouvelle se répand chez les amateurs d’ambiance antillaise et c’est bientôt l’affluence. Pour stimuler l’intérêt de la clientèle et la fidéliser, Gérard veut renouveler le répertoire et trouver des attractions inédites. En novembre 1955, il profite d’un voyage aux Antilles pour prospecter et s’informer des dernières tendances musicales. Dès son arrivée, il est emballé par la danse qu’on entend partout à la radio : le merengue de Saint-Domingue. Sa décision est prise : il va ramener le merengue et le lancer à Paris où personne encore ne le connaît. C’est le 21 décembre 1955 à la Canne à Sucre que Gérard La Viny présente au public pour la première fois en France et en Europe ce nouveau rythme qui fait fureur dans les deux Amériques. Une démonstration fut donnée ce soir-là par la danseuse Sandra et le danseur guadeloupéen Éribert Sylvère (qui se fera une réputation internationale de danseur de Limbo sous le nom de Ceyro). La presse conviée à cette première fit largement écho à l’événement, contribuant de manière décisive à la renommée de la Canne à Sucre. Ce succès conduisit Gérard La Viny à réaliser avec son orchestre antillais le premier disque de merengue enregistré en France. Comportant six titres en espagnol, ce disque de marque Festival fut parrainé par Joséphine Baker lors d’une réception donnée le 30 mars 1956 au Grand Hôtel de Paris. Un autre microsillon fut publié la même année pour “La Guilde du Jazz” avec douze titres sous la désignation : “Dansons le cha cha cha, le mambo, le merengue avec Géraldo La Viny et son orchestre”. Beaucoup de musiciens antillais présents à Paris voulurent à leur tour adopter la nouvelle danse et la mettre au programme de disques parus à cette époque : Pierre Rassin, Moune de Rivel, Al Lirvat et bien sûr Barel et Honoré Coppet qui font l’objet de la présente réédition.

Le merengue prend ses racines en République Dominicaine, partie Est de l’ancienne île d’Hispaniola ou Saint-Domingue, Haïti formant l’autre partie. Ce territoire est devenu indépendant en 1844 après avoir été à diverses reprises sous domination espagnole, française, haïtienne. Le merengue serait apparu vers le milieu du XIXe siècle mais ses origines restent obscures, comme c’est le cas de beaucoup de danses caribéennes. La forme la plus répandue est le merengue des campagnes joué à l’accordéon. Sur un rythme soutenu à deux ou quatre temps, les pas de danse sont des plus basiques, se résumant à une marche au déhanchement accentué, chaque pied martelant le temps. Selon certains, ce serait l’imitation de la démarche des esclaves ou des forçats enchaînés. Selon d’autres ce serait la parodie populaire d’un ancien personnage politique qui souffrait de claudi-cation. Mais la thèse souvent avancée affirme que le merengue serait issu de l’un des mouvements d’une contredanse dénommée “Urpa” qui circulait dans les Grandes Antilles au début du XIXe siècle et se serait propagée de La Havane à Saint-Domingue en passant par Porto Rico. Pour promouvoir sa campagne présidentielle en 1930, le dictateur Rafael Trujillo fit jouer des orchestres sur les places publiques. Le merengue fut alors élevé au rang de danse nationale de la République Dominicaine. En dépit d’un premier rejet par la haute société, le merengue de salon a gagné progressivement le cœur de toutes les classes sociales de Saint-Domingue. Dans le courant des années cinquante, il a connu une grande popularité dans la communauté latine de New York. Les morceaux le plus en vogue aux Amériques à l’époque de l’introduction du merengue en France étaient sans nul doute ceux enregis-trés pour Ansonia Records par “Angel Viloria y su Conjunto Típico Cibaeño”. Plusieurs d’entre eux furent repris par Gérard La Viny. Ces disques sont caractérisés par la dominance du tandem accordéon saxophone alto (Angel Viloria et Ramón E. García) se répondant l’un à l’autre ou jouant à l’unisson sur des motifs à répétition, alertes et obsédants, conférant à la danse un pouvoir d’entraînement vers un état de transe. Il ne faut pas confondre le merengue dominicain avec sa voisine et homonyme “la méringue haïtienne”, plus élaborée, presque classique, influencée par la musique européenne de l’époque coloniale. Il en existe de très belles versions au piano seul ou en duo piano-violon par les frères Duroseau.

Les frères Honoré et Barel Coppet
Honoré et Barel Coppet, natifs du Vauclin, petit village de pêcheurs sur la côte atlantique sud de la Martinique, sont deux figures majeures de la musique des Antilles. Honoré Boniface Coppet est né le 16 mai 1910. Il est le troisième enfant d’une famille qui en comptera sept : cinq garçons et deux filles, auxquels il faut ajouter deux autres garçons reconnus par leur père, issus d’une précédente union. Tous les enfants sont doués pour la musique, qu’ils pratiquent en autodidactes. Le jeune Honoré s’initie à la flûte traversière et commence à jouer dans les bals du Vauclin. Puis il se prend de passion pour la clarinette grâce à un oncle, Céna Galion, qui jouait de cet instrument en accompagnement d’un manège de chevaux de bois lors des fêtes communales. À l’âge de quinze ans, Honoré s’achète une clarinette d’occasion au magasin Sompeyrac de Fort-de-France avec l’argent économisé en travaillant comme peintre en bâtiment. Sans l’aide d’aucun professeur, il s’exerce avec persévérance pour trouver par lui-même la technique de l’instrument et se perfectionner. En 1925, il a la chance de voir et d’entendre une seule fois dans sa vie le clarinettiste Alexandre Stellio lors d’une représentation du cirque Urrutia sur la place de la Savane à Fort-de-France. Mais c’est le tromboniste Archange Saint-Hilaire, revenu de Paris quelques mois après son départ avec Stellio en 1929, qui formera véritablement Honoré au répertoire et au style de clarinette du maestro par l’écoute de ses disques 78 tours. C’est aussi avec Archange Saint-Hilaire qu’Honoré commencera à travailler comme musicien professionnel en 1934 au “Central Dancing”, en bas du boulevard Allègre qui longe le canal Levassor à Fort-de-France. Lors de la célébration du Tricentenaire du rattachement des Antilles à la France en 1935, il fait partie du “Caraïb’s Jazz” du saxophoniste Frantz Blérald au Parc Floral de Fort-de-France. Deux autres orchestres animèrent également ces manifestations : le “Bagoe’s Hot Jazz” d’Anderson Bagoé et le “Del’s Jazz Biguine” d’Eugène Delouche. Sur le boulevard Allègre se trouvaient deux autres salles de bal : le “Palais Schoelcher” et le “Select Tango”, où Honoré se produira jusqu’au début de la guerre avec l’Allemagne en 1939. Fin 1943, après la destitution de l’Amiral Robert et le ralliement de la Martinique aux Forces Françaises Libres, Honoré Coppet inaugure dans le quartier des Terres-Sainville son propre dancing baptisé “Le 103”, situé à ce numéro de la rue Brithmer (aujourd’hui avenue Jean Jaurès). Les danseurs s’y pressent aussitôt pour manifester leur joie après les années de privations subies durant le blocus de la Martinique. Accompagné d’un tromboniste nommé Éloi, du pianiste Jude Marlet et du batteur Vandestoc, Honoré le dirigera jusqu’en 1946. Il devient ensuite le chef d’orchestre du “Moulin Rouge”, autre dancing des Terres-Sainville connu aussi sous le nom de “Chez Pélage”. C’est à la fin de l’année 1946 qu’il est rejoint par son frère Barel, de dix ans son cadet, revenu de Guadeloupe pour participer au carnaval de 1947. À partir de ce moment et jusqu’à la fin de leur vie, les carrières des deux musiciens se suivront de près.

Anatole Coppet dit “Barel”, né le 3 juillet 1920, est le benjamin de la fratrie. Tout jeune enfant, il accompagne son frère Honoré en jouant de la batterie sur une chaise avec deux baguettes. En 1934 survient la mort de leur mère. Âgé de 14 ans, Barel part en Guadeloupe avec sa sœur Cécilia qui avait épousé Alfred Edmée surnommé “Pays”, un clarinettiste guadeloupéen arrivé en Martini-que après un séjour de plusieurs années en Guyane. De retour en Guadeloupe, ce vétéran dirige un orchestre de six musiciens au “Rialto Palace”, dancing situé en bord de mer sur la rade de Pointe-à-Pitre. Barel, encore en culotte courte, intègre l’orchestre de son beau-frère à la batterie. Il cherche à égaler Robert Mavounzy, de trois ans son aîné, excellent batteur dans l’orchestre de Roger Fanfant. Mais le jeune Barel est davantage attiré par la clarinette de son beau-frère qu’il emprunte secrètement durant ses absences, jusqu’à ce qu’il soit un jour découvert. Un de ses frères résidant en Guadeloupe, Hippolyte Coppet, l’aide à s’acheter une clarinette d’occasion sur laquelle Barel fait de rapides progrès. Pour gagner sa vie, il travaille en 1939 dans une entreprise en bâtiment puis, de 1940 à 1945, comme cordonnier chez Séverin Kancel, marchand de chaussures rue Frébeau à Pointe-à-Pitre. Durant ces années-là, Barel Coppet se lie d’amitié avec le Guadeloupéen Émilien Antile, de cinq ans son cadet, banjoïste et clarinettiste débutant particulièrement doué avec lequel il forme en novembre 1941 un premier orchestre baptisé “Espérance”. Il le renommera ensuite “Caraïbe Jazz” quand Stéphane Benoît trouvera la notoriété avec son orchestre “Esperanza”  dans les années quarante. Ces débuts professionnels dans la musique sont interrompus durant treize mois par le service militaire que Barel effectue en 1943 et 1944 à Saint-Claude en Guadeloupe. Il s’achète un saxophone alto et anime à la caserne une petite formation de musiciens. Revenu à la vie civile, Barel reforme son premier orchestre avec Émilien Antile jusqu’à ce que celui-ci rejoigne l’ensemble “El Calderon” de Brunel Averne. Barel joue ensuite avec les meilleurs orchestres de Guadeloupe comme ceux de Roger Fanfant, Édouard Pajaniandy, Élie Chaudreau, Roger Cité, El Calderon… sans cesser d’exercer son activité de cordonnier. Fin 1946, il part rejoindre son frère Honoré à la Martinique, bien décidé à saisir la première occasion qui se présentera d’aller tenter sa chance à Paris.

Les deux frères Coppet, réunis pour la première fois à la clarinette et au saxophone dans un même orchestre à la Martinique, obtiennent un triomphe lors du carnaval de 1947 tant au “Moulin Rouge” de Fort-de-France que dans les divers bals organisés dans l’île. Dès le carnaval fini, un ami de la famille, Asson Courreur, de passage à la Martinique, décide les deux musiciens à partir à Paris où ils devraient trouver sans mal une audience à la mesure de leur talent. Honoré vend tous ses biens et s’embarque sur le paquebot “Flandre”, accompagné de sa femme et de Barel âgé de 27 ans. Arrivés à Paris le 10 avril 1947, les deux frères sont engagés dans un petit bal de la rue Poissonnière. Ils font aussi quelques passages à la brasserie de la Cigale. Au bout d’un mois, ayant formé un petit orchestre avec le pianiste Louis Jean-Alphonse et le tromboniste Pierre Rassin, ils signent leur premier contrat à “La Boule d’Or”, 10 rue Plumet dans le 15e arrondissement. C’est à leur instigation que le patron de ce bal musette, situé à quelques pas du “Bal Nègre de la rue Blomet”, accepte de le reconvertir, le samedi et le dimanche, en bal antillais. Le Blomet était animé à ce moment-là par le clarinettiste guadeloupéen Louis Mogère. Les deux orchestres ne vont pas tarder à se faire une concurrence tout amicale, les clients naviguant le plus souvent d’un établissement à l’autre au cours de la même soirée. En octobre 1947, les deux bals s’échangent leurs orchestres. Loulou Mogère vient à la Boule d’Or et Honoré Coppet rejoint le Bal Blomet. Il y restera deux ans et demi. Barel choisit alors de suivre son propre chemin. Après un court passage au “Reflet des Îles”, brasserie du Boulevard Pasteur tenue par un ancien boxeur, il intègre l’orchestre du trompettiste et guitariste martiniquais Pierre Louiss.

Cependant, dès leur arrivée à Paris, les deux frères avaient pris conscience du handicap représenté par leurs lacunes en théorie musicale. Ils vont s’empresser d’y remédier en prenant des cours de solfège, d’harmonie et de composition avec des professeurs de conservatoire. Honoré raconte à ce propos la mésaventure subie durant son passage à la Boule d’Or. Un chef d’orchestre présent dans la salle un soir, enthousiasmé par la virtuosité du clarinettiste, veut l’avoir en vedette pour une tournée de six mois sur la Côte d’Azur. Rendez-vous est pris le lendemain matin pour une répétition dans un studio de Pigalle. À son arrivée, Honoré voit onze musiciens cubains et européens, chacun devant son pupitre, et un douzième pupitre qui l’attend, chargé d’un monceau de partitions. Honteux et confus, il s’excuse auprès du chef d’orchestre et lui avoue ne pas savoir lire une note de musique. Sur le chemin du retour, il attend le métro sur un banc de la station en réfléchissant à sa mésaventure. La rame arrive en gare, Honoré se précipite dans la voiture, la porte se referme et il a juste le temps d’apercevoir sur le banc l’étui oublié contenant sa clarinette, un modèle spécial en ébène à pavillon recourbé en métal. À l’arrêt suivant, il fait appeler le chef de la station qu’il vient de quitter. Trop tard hélas… l’instrument avait déjà disparu !

Barel et Honoré, à force de travail et de persévérance, parviendront à acquérir un solide bagage musical qui leur permettra non seulement de faire face à toutes les situations mais encore de devenir plus tard des professeurs émérites, aimés et appréciés de leurs élèves. En mars 1948, à l’instigation d’Edmond Gisquet son ancien directeur d’école primaire retrouvé à Paris, Honoré Coppet réalise ses premiers enregistrements chez Odéon : quatre disques 78 tours de biguines, valses et mazurkas avec l’accompagnement du pianiste Louis Jean-Alphonse (1905-1981), du contrebassiste Fréjus Mauvois (1917-2002) et du batteur Paul Crémas “Orphélien” (1902-1972), réédités chez Frémeaux & Associés (“Parfum des Îles”, réf. FA 5080).

Barel Coppet, au sein de l’orchestre de Pierre Louiss, passe au Casino de Nice (novembre-décembre 1947), au “Café Métropole” de Lausanne (hiver 1947-48), à l’Hôtel Bellevue de Lille (mars 1948), à “L’Alhambra” de Vichy (été 1948), au Casino d’Aix-en-Provence (fin 1948), à Berne puis à Bâle en Suisse (hiver 1948-49), à la brasserie “L’Amiral”, rue Arsène Houssaye à Paris (mai-juin 1949), au casino d’Arcachon (été 1949), au “Priva Léopold Bar”, un grand café situé 15 quai des Belges sur le Vieux Port de Marseille (fin 1949). Barel souhaite alors se fixer, tant pour avoir une vie de famille (il est père de deux enfants) que pour prendre le temps de compléter ses études musicales. Il se fait remplacer dans l’orchestre de Pierre Louiss par le saxophoniste guadeloupéen Lucien Popote. À Paris, il réunit une petite formation et prend la suite de son frère au Bal Blomet le 2 mars 1950. Il y jouera les samedis, dimanches et jours de fêtes durant 11 ans. En semaine, il est aussi durant trois ans le chef d’orchestre de “La Rose Rouge”, rue de la Harpe, le cabaret africain du danseur sénégalais Feral Benga (1906-1957). Cette période est entrecoupée de quelques saisons d’été ou de contrats de courte durée : brasserie “Le Floréal”, boulevard Bonne-Nouvelle à Paris (février 1955), “Le Floride” à Saint-Martin de Bréhal (juillet-août 1956), le “Palais de la Bière” à Nancy (mars-avril 1958), le Casino de Saint-Cast (juin-août 1960)… En 1954, Barel Coppet est admis à la SACEM en qualité d’auteur-compositeur.

Après son départ du Blomet fin février 1950, Honoré Coppet se produit durant plusieurs années au “Bikini”, 67 avenue du Maine à Paris, puis aux “Triolets Antillais”, 33 rue de Montreuil. En octobre 1958, il est contacté par un Guinéen qui venait de terminer ses études et avait formé un orchestre à Paris pour le présenter dans son pays. Ce musicien lui demande d’en prendre la direction en Guinée le temps d’une tournée pour célébrer l’indépendance tout juste proclamée. Parti avec un contrat d’un mois et demi, Honoré Coppet séjournera dix ans en Afrique. À son retour à Paris, le Délégué à la Culture M. Bangoura lui demande de revenir en Guinée et de créer à Conakry une école de musique pour assurer la formation des musiciens locaux. Honoré repart après avoir enregistré son dernier disque chez Odéon. Tous les deux ans, il revient passer un mois à Paris. Mais au bout de six ans en Guinée, en opposition avec le régime de Sékou Touré, Honoré Coppet part au Sénégal. Il ouvre à Dakar une boîte de nuit qu’il dénomme “Le CFA.” et qu’il dirigera durant quatre ans. Rentré à Paris au début de l’hiver exceptionnellement froid de 1968, Honoré n’y reste que quelques jours et s’empresse de repartir vers la Martinique qu’il retrouve en janvier 1969. Son frère Barel l’y avait précédé depuis un an.

Honoré Coppet ne quittera plus dès lors son île natale. Il occupera un poste de professeur de musique au SERMAC (Service Municipal d’Action Culturelle) de Fort-de-France et continuera de se produire à la clarinette et au saxophone alto dans des formations locales jusqu’à sa mort survenue le 20 mars 1990 à son domicile, au lieu-dit “Californie” dans la commune du Lamentin. Honoré Coppet était un homme généreux, chaleureux, modeste, d’une extrême simplicité. Il parlait de la musique avec un immense plaisir, heureux de raconter son histoire à ses visiteurs auxquels il accordait le meilleur accueil. Honoré Coppet, figure emblématique de la clarinette créole, est probablement celui qui s’est le plus approché de la sonorité à fleur de peau, de l’éloquence et du lyrisme de Stellio dont la musique exprimait  l’âme profonde de la Martinique.

Après le succès de son premier disque de merengue en 1956, Barel Coppet signe un contrat d’exclusivité chez Philips. Jusqu’en 1965, il réalise une dizaine de disques 45 tours, souvent en collaboration avec le tromboniste et arrangeur Al Lirvat. Il se produit au “Floréal” l’après-midi (1957-58) et au Blomet le soir. Barel reçoit un accueil enthousiaste lors de son premier retour à la Martinique pour le Carnaval, de mi-janvier à mi-février 1961, dans l’orchestre du batteur et clarinettiste martiniquais Sam Castendet. Une joute musicale avec l’orchestre local de Francisco (Frantz Charles-Denis) donna naissance à la fameuse biguine “Ti Coco”. Revenu à Paris, Barel quitte le Blomet le 14 juillet 1961. La salle de danse est alors sur sa fin. L’orchestre est repris durant quelques mois par le saxophoniste et percussionniste martiniquais José Benjamin, puis par un clarinettiste nommé Crampont, le dernier à s’y produire. En mai 1962, le bal s’arrêtera pour retrouver sa fonction première de débit de boisson et salle de billard. En juillet 1961, Barel part six mois pour l’ex Congo Belge qui avait accédé à l’indépendance en juin 1960. Il joue dans l’orchestre du tromboniste martiniquais Pierre Rassin qui avait obtenu un contrat dans un night-club à la mode intitulé “Le Showboat”, couru du tout Léopoldville et de sa jeunesse dorée. Barel reviendra ensuite à la Martinique presque à chaque Carnaval : une deuxième fois avec Sam Castendet (1962), puis dans l’orchestre de Pierre Louiss (1963), puis pour une tournée de six mois aux Antilles avec Al Lirvat, de décembre 1964 à avril 1965.

Lors de ses séjours à Paris, Barel joue épisodiquement au “Bikini” mais aussi à la Canne à Sucre jusqu’en 1964 dans l’orchestre de Gérard la Viny. Il assure l’animation de nombreux galas et bals de mairies. Il forme avec Al Lirvat et Pierre Chonchon le “Trio des Îles” qui se produit chaque soir en attraction à la Canne à Sucre et dans plusieurs cabarets de Paris, de novembre 1965 à juillet 1967. En août 1967 Pierre Louiss, à la Martinique depuis 1964, le fait venir pour jouer quelques mois à l’Hôtel Lido de Schoelcher. Fin 1967, c’est Pierre Rassin, devenu propriétaire du night-club “Le Manoir” à Fort-de-France, qui fait appel à Barel Coppet pour remplacer le saxophoniste Émilien Antile reparti en Guadeloupe. Arrivé au début de l’année 1968 pour le Carnaval, Barel décide alors de se fixer définitivement dans son île. Il se produira pendant près de vingt ans au Manoir en compagnie de Pierre Rassin mais aussi dans la plupart des grands hôtels de l’île (Frantel, Méridien…). Excellent pédagogue, Barel Coppet va enseigner le solfège, l’harmonie, la technique instrumentale (piano, saxophone, clarinette) à de nombreux élèves de la Martinique, les faisant bénéficier de son savoir et de sa longue expérience musicale.

Barel Coppet apparaît comme figurant dans plusieurs films des années soixante, notamment dans “Paris Blues” en compagnie de Louis Armstrong (1961) et dans la scène finale du film qui lança l’inoubliable Cathy Rosier : “Le Samouraï” de Jean-Pierre Melville (1967) où l’on voit Barel un court instant au saxophone alto dans une boîte de jazz avec Al Lirvat et Pierre Chonchon. Barel Coppet est décédé à l’âge de 89 ans le matin du dimanche 18 octobre 2009 au CHU Pierre Zobda-Quitman de Fort-de-France, des suites d’un accident vasculaire cérébral. Toute la Martinique lui a rendu hommage au cours d’une veillée au stade Pierre Aliker puis lors d’une évocation musicale à l’Atrium. Ses funérailles ont été célébrées le 24 octobre à la cathédrale Saint-Louis de Fort-de-France, avant son inhumation au cimetière de La Joyau. Tout comme son frère Honoré, Barel Coppet était un homme au cœur immense, défenseur ardent et passionné de la tradition antillaise. Jusqu’à la fin de sa vie, il n’aura jamais manqué d’apporter son soutien à la musique de son pays. Il était un participant fidèle des Journées de la Harpe en Guadeloupe, Guyane, Martinique, manifestations au cours desquelles, au delà du répertoire classique, on célèbre chaque année un ou plusieurs compositeurs emblématiques de la musique des Antilles.

À propos de cette réédition

Les deux premières séances de cette réédition, dirigées successivement par Barel et Honoré Coppet, furent enregistrées en 1956 chez Philips et Odéon. Alors que Gérard La Viny reprend et chante en espagnol des merengues du répertoire dominicain, Barel fait preuve d’originalité en composant des merengues avec des paroles créoles, leur donnant ainsi une couleur locale amusante et inédite, propre à séduire la communauté antillaise de Métropole et d’Outre-mer. Tant par son rythme irrésistible, sa mélodie facile à retenir et ses paroles à l’humour désopilant, le merengue “Moin ni on loto nef” recueillit d’emblée un succès phénoménal, entraînant avec lui l’album Philips tout entier (titres 1 à 8). La séance se distingue par la qualité des arrangements de Barel Coppet et par l’extraordinaire cohésion d’un orchestre de dix musiciens comprenant : clarinette, saxophone alto, ténor, trombone, piano, basse, guitare et trois percussionnistes, réunis dans un feu d’artifice de swing et d’émotion. La batterie est tenue par Bayard Coppet, avant-dernier né de la fratrie. Pas un seul merengue qui ne nous fasse vibrer sur les chorus jubilatoires de Barel au saxo alto et sur ceux non moins swingants d’Edmar Gob au ténor. Ce musicien guadeloupéen né le 15 novembre 1917 à Sainte-Anne, passionné de jazz, se forma à l’écoute des disques de Don Byas, Coleman Hawkins, Charlie Parker, Sonny Stitt, Sonny Rollins. Il créa et dirigea en Guadeloupe de 1937 à 1954 un orchestre de jeunes, intitulé “Hot Swing Baby”. Il se lança à partir de 1954 dans une carrière en France métropolitaine et dirigea des orchestres de bals avant de revenir dans son pays en 1969 pour s’y consacrer à l’enseignement de la musique. Les autres instruments ne jouent pas en solo dans les merengues, occupés à nourrir ce généreux son d’ensemble produit par l’alliance des saxophones et du trombone. Par bonheur, la plupart des musiciens prennent un chorus dans les deux biguines (titres 3 et 6) où l’on peut entendre, outre les clarinettes de Barel et Honoré en introduction et en conclusion, les toniques interventions du trombone de Pierre Rassin. La formation est un peu remaniée dans la séance Odéon d’Honoré Coppet (titres 9 à 12). Elle ne comporte plus de trombone ni de guitare, et le piano est celui de René Léopold dans son style très typé. Les arrangements, toujours dus à Barel Coppet, sont de la même veine.

La séance de 1957 (titres 13 à 16) se différencie par une guitare électrique très présente dans la biguine et dans la valse. Il s’agit de Pollo Malahel, converti à cet instrument dans les années cinquante. Quoique avec un son différent, on y retrouve l’élégance des solos de guitare à résonateur métallique enregistrés vingt ans plus tôt dans la formation du clarinettiste Eugène Delouche avec René Léopold au piano. Notons la présence d’une trompette dans les deux merengues. La séance de 1958 (titres 17 à 20) se situe dans un autre registre. Avec une formation réduite à quatre musiciens, Honoré Coppet renoue avec le style originel de la biguine martiniquaise. On y retrouve de manière inattendue le batteur Orphélien âgé de 56 ans, compagnon de Stellio de la première heure, qui nous chante les couplets de deux biguines satiriques de sa voix aigrelette si caractéristique. Il s’agit là de sa dernière prestation enregistrée. Les deux valses instrumentales (titres 18 et 20), de forme très classique, sont de toute beauté. Honoré nous les interprète d’un jet de clarinette, de la première à la dernière note, avec infiniment de nuances et de sentiment.

Le contraste est saisissant avec les quatre biguines finales (titres 21 à 24) enregistrées en 1959 avec un ensemble de neuf musiciens. Elles témoignent de la modernisation de la biguine en train de s’accomplir sous l’impulsion d’Al Lirvat, au trombone dans la formation. Inventeur du style de biguine “Wa-bap” dès le début des années cinquante, il est l’inspirateur d’arrangements pensés avec précision comportant introduction, coda, riffs, contrepoints de trombone et saxophones sur fond de polyrythmie de batterie et tumbas omniprésentes, imprimant à l’orchestre une dynamique enflammée. Honoré Coppet, disciple de Stellio jusque dans les merengues, illumine chacun de ses enregistrements des envolées lyriques de sa clarinette à la sonorité fluide et radieuse, au vibrato passionné, avec un goût marqué pour les incursions dans le registre aigu au risque du décrochage. En revanche, c’est à l’alto que son jeune frère Barel, davantage influencé par le jazz, donne sa pleine mesure. Il exploite à fond la mobilité et la souplesse du saxophone dans un style utilisant l’inflexion et la liaison des notes brèves, faisant ressortir les contours de la ligne mélodique. Après cette participation unique avec Honoré Coppet, Al Lirvat entamera avec Barel une collaboration assidue qui s’étalera sur une dizaine d’années pour donner naissance à de nombreux disques.
Jean-Pierre Meunier
© frémeaux & associés, groupe frémeaux colombini sa, 2013


Remerciements
Ce texte n’aurait pas été aussi documenté sans les interviews qu’Honoré et Barel Coppet nous avaient spontanément accordées à la Martinique les 27 mai et 2 juin 1987. Nous leur en exprimons ici notre profonde gratitude. Nous adressons également nos remerciements à Jeannine et Victoire pour leur accueil chaleureux et les moments de convivialité passés avec leurs maris. Un grand merci à Edmar Gob qui nous a communiqué de précieuses informations lors de notre rencontre à Pointe-à-Pitre le 17 août 1994.



Barel & Honoré Coppet
Merengue in France in 1955

The merengue was first introduced to France on December 21st 1955 at a Parisian soirée in the West Indian cabaret “La Canne à Sucre”. The cabaret’s artistic director was a singer-guitarist from Guadeloupe, Gérard La Viny, who brought the dance back from Saint-Domingue and seized the opportunity to make two records in this new dance-style. He was soon followed by other bands from the French Caribbean, among them the group led by two brothers from Martinique, Honoré & Barel Coppet, who’d come to Paris in 1947. Derived from a quadrille-step which circulated in the Greater Antilles in the 19th century, the merengue was born in the former French colony which today is part of the Dominican Republic, and by 1930 it had become a symbol of national identity. The merengue was very popular in The United States in the Fifties, especially in New York’s Latin communities.

Honoré Coppet was born on May 16th 1910 in Vauclin, a small village on the south-east coast of Martinique. He was the third of seven children, all of them with a gift for music, and Honoré first took up the flute before discovering the wind instrument played by his uncle, Céna Galion: the clarinet. Honoré loved the clarinet and practised until he found out how to play it correctly. Trombonist Archange Saint-Hilaire, who’d played with Stellio’s orchestra in Paris in 1929, spotted Honoré when he returned to Martinique, and decided to teach him the Martinique-style of clarinet-playing, together with all the tunes in the repertoire. Saint-Hilaire encouraged him to turn professional in 1934, and Honoré played in the dance-halls on Martinique until war was declared in 1939. At the end of 1943, when Martinique rallied to the cause of the French Free Forces, Honoré opened his own dance-hall in Fort-de-France called the “103”. In 1946 he took charge of the orchestra at the “Moulin Rouge”, another venue in the quarter of Terres-Sainville, where he was joined in 1947 by his brother Barel, who was ten years his younger and returned from Guadeloupe to take part in the carnival.

Anatole “Barel” Coppet, who was born on July 3rd 1920 (in Vauclin, like his brother Honoré) was the youngest of the family. As a child he’d accompanied Honoré, beating on a chair with two drumsticks, and when their mother died in 1934 Barel went to live on Guadeloupe with his sister Cécilia, who’d married the Guadeloupe clarinettist Alfred Edmée, aka “Pays”. He soon joined his brother-in-law’s orchestra to play drums… but he found the clarinet more interesting, and bought himself a second-hand one. He made quick progress: he met Émilien Antile, a particularly talented banjo- and clarinet-player who was five years younger. Barel and Émilien formed their first group in November 1941. After his military service — in 1943 and 1944 — Barel played clarinet and saxophone in the best orchestras on Guadeloupe (bands led by Roger Fanfant, Édouard Pajaniandy or Élie Chaudreau…) while working as a cobbler at the same time; at the end of 1946 he decided to join Honoré in Fort-de-France.

The two Coppet brothers triumphed at the 1947 Carnival and it led them to try their luck in Paris. They arrived in France on April 10th and a month later they formed a little West Indian band which was booked by the “Boule d’Or”, a musette dancehall only a few doors away from the “Bal Nègre de la rue Blomet”. By October that year, Honoré Coppet had moved his band into the nearby “Bal Blomet”. He stayed for two and a half years, while his brother Barel preferred to follow his own path, joining the group led by Martinique trumpeter and guitarist Pierre Louiss, touring France and Switzerland with appearances in casinos, luxury hotels and the larger bar-restaurants known as “brasseries”… When Honoré left the Bal Blomet in 1950, Barel replaced his brother that March; he played there, fronting his own orchestra, at weekends and on national holidays for the next eleven years.

Between March 1950 and October 1958, Honoré Coppet played in the “Bikini” at N°67, avenue du Maine in Paris and then at the “Triolets Antillais” club in the rue de Montreuil. He found himself later in the Guinea Republic; after a tour of a month and a half there he remained in West Africa for six years, running a music-school in Conakry. He then moved to Senegal and opened the club known as the CFA in Dakar, where he played for four years. In December 1968 Honoré Coppet went back to Martinique, and settled there permanently. He taught music in Fort-de-France and continued to appear as a clarinettist and alto saxophonist with local groups right up until 1990, when he died at home in Le Lamentin on March 20th.

After the success of his first merengue record in 1956, Barel Coppet made ten 45rpm records exclusively for Philips, for whom he recorded until 1965. He still conducted his band at the Bal Blomet on Saturdays and Sundays, and during the week he would appear in the evening at “La Rose Rouge”, the cabaret owned by Senegalese dancer Feral Benga; he also played in the afternoons at the brasserie called “Le Floréal”. Between mid-January and mid-February 1961 Barel made a first return-visit to Martinique with the orchestra led by the martinican drummer and clarinettist Sam Castendet to play during the Carnival. When Barel finally abandoned his residency at the Bal Blomet (on July 14th 1961) he went to the former Belgian Congo to play for six months at the “Showboat” night-club in Léopoldville with trombonist Pierre Rassin and his orchestra. Barel returned to Martinique almost every year to play at the Carnival: his second visit came in 1962 with Sam Castendet, and then with Pierre Louiss and his orchestra (1963), plus a six-month tour in the French West Indies with Al Lirvat, from December 1964 to April 1965.

During his time in Paris, Barel played now and again at the “Bikini” and the “Canne à Sucre” while appearing at dances and events organized by local councils. Together with Al Lirvat and Pierre Chonchon he formed the “Trio des Îles”, which appeared every night at the “Canne à Sucre” and in several other Parisian clubs between November 1965 and July 1967. In August 1967, Pierre Louiss brought Barel Coppet back to Martinique to play for a few months at the Lido Hotel in Schoelcher, and at the end of that year it was Pierre Rassin, who owned the “Manoir” night-club in Fort-de-France, who solicited Barel to play at the 1968 Martinique Carnival. Barel decided to return to the island on a permanent basis, and he would play at the Manoir with Pierre Rassin for twenty years, not to mention appearances at most of the island’s luxury hotels such as the Frantel or Méridien. An excellent teacher, Barel Coppet gave lessons in music-theory, harmony and instrumental technique (on piano, saxophone or clarinet) to many students on the island of Martinique, giving them the benefit of his knowledge and long musical experience.

Barel Coppet passed away in Fort-de-France on Sunday, October 18th 2009 after a brain haemorrhage. He was 89. His funeral was held on October 24th in the Cathedral Saint-Louis, where crowds turned out to pay tribute to him. Like his brother Honoré, Barel Coppet was an immensely warm-hearted man who defended the musical tradition of the French Caribbean with ardour and passion.

The first two sessions which appear in this reissue — led by Barel and Honoré Coppet respectively — were recorded in 1956 for Philips and Odéon. Barel shows his originality in adding Creole lyrics to his merengue compositions, which transformed them into pieces with an amusing and innovative local colour; they naturally seduced French-speaking West Indians both in Paris and overseas. With its irresistible rhythm, catchy melody and hilarious subject, Barel’s merengue Moin ni on loto nef was at once a phenomenal hit. This entire Philips session (titles 1 to 8) stands out thanks to the quality of Barel Coppet’s arrangements and the extraordinary cohesion of his ten-piece orchestra. Not one of these merengue pieces fails to swing, with vibrant, jubilant choruses from Barel on alto and Edmar Gob on tenor. The other instruments are not heard playing solo in the merengue pieces as they are all too busy supplying the generous, ensemble-sound generated by the saxophone-trombone alliance. Fortunately, most of the musicians take a chorus in the two beguines (tracks 3 and 6), where you can hear — apart from the clarinets of Barel and Honoré in the introduction and coda — the hearty contributions of Pierre Rassin on trombone. The line-up was slightly changed for the Honoré Coppet session for Odéon (tracks 9 to 12): the trombone and guitar are absent and the pianist is René Léopold. The arrangements — written by Barel Coppet again — are in the same vein.

The 1957 session (tracks 13 to 16) has another guitarist, Pollo Malahel, who is quite present in the beguine and the waltz; although he sounds different, you can hear the elegance of the metal-guitar solos recorded twenty years earlier by clarinettist Eugène Delouche and his ensemble. In the 1958 session, a small-group format this time — the tracks 17-20 show Honoré Coppet returning to the beguine in its initial form. The two classic instrumental waltzes (tracks 18 and 20) are extraordinarily beautiful, and played with infinite nuance and feeling.

The final four titles (tracks 21 to 24) date from a 1959 session led by Honoré with a nine-piece group, and they finally show how modern-sounding the beguine was becoming thanks to the influence of Al Lirvat, here playing trombone with the group. As early as the beginning of the Fifties, Lirvat created the “Wa-bap” beguine style, and he inspired some carefully meditated arrangements: they feature introductions, codas and riffs together with counterpoint from the trombone and saxophones, against a backdrop of polyrhythm from the drums and congas; together they provide the orchestra with a dynamic imprint. After this single appearance with Honoré Coppet, Al Lirvat would form an association with Barel lasting over ten years and which provided numerous recordings.
Jean-Pierre MEUNIER
English adaptation by Martin Davies
© frémeaux & associés, groupe frémeaux colombini sa, 2013


1. MOIN NI ON LOTO NEF (Barel Coppet). Merengue     Philips 4089 ACP
Chant : Barel Coppet.

2. MERENGUE ROULÉ  (Barel Coppet). Merengue    Philips 4090 ACP
Chant : Auguste Nabajoth.

3. CÉ L’AMOU CÉ LA VIE (Barel Coppet). Biguine    Philips 4091 ACP
Chant : Barel Coppet.

4. MISSIÉ L’ABBÉ (Barel Coppet). Merengue    Philips 4092 ACP
Chant : Auguste Nabajoth.

5. VIVE VAVAL (Barel Coppet). Merengue     Philips 4093 ACP
Chant : Barel Coppet.

6. PAS REPROCHÉ MOIN (Barel Coppet). Biguine    Philips 4094 ACP

7. C’EST LE MERENGUE (Barel Coppet). Merengue    Philips 4095 ACP

8. TI BEBER (Barel Coppet). Merengue    Philips 4096 ACP

9. CHANTEZ DANSEZ, C’EST CARNAVAL
(Barel Coppet, arr. E. Gisquet). Biguine    Odéon KI 13523-21
Chant : Barel Coppet.

10. LA BELLE DES ISLES (Barel Coppet). Merengue    Odéon KI 13524-21
Chant : Barel Coppet.

11. MOIN PLANTÉ BANANES (Barel Coppet). Merengue    Odéon KI 13525-21
Chant : Barel Coppet.

12. DOUDOU PRENDS PATIENCE (Barel Coppet). Biguine    Odéon KI 13526-21
Chant : Barel Coppet.

13. ROUVÉ CANAL LA (Honoré Coppet). Biguine     Odéon 7ARE 713 (1)

14. MON RÊVE (Honoré Coppet). Valse pasillo    Odéon 7ARE 713 (2)

15. MÉNAGE MODERNE (Barel Coppet). Merengue    Odéon 7ARE 714 (1)
Chant : Barel Coppet.

16. MOIN CAÏ DÉMAYÉ (Barel Coppet). Merengue    Odéon 7ARE 714 (2)
Chant : Fréjus Mauvois.

17. FOUTE ZOTE MOVÉ (Honoré Coppet). Biguine    Odéon 7ARE 913 (1)
Chant : C. Orphélien. (Paul Crémas)

18. MON COEUR (Honoré Coppet). Valse     Odéon 7ARE 913 (2)

19. NON DODO PA KA FÉ ÇA (Barel Coppet). Biguine    Odéon 7ARE 914 (1)
Chant : C. Orphélien. (Paul Crémas)

20. JEANNINE (Honoré Coppet). Valse    Odéon 7ARE 914 (2)

21. PRENDS COURAGE (Honoré Coppet). Biguine    Odéon 7ARE 1231 (1)
Chant : Barel Coppet.

22. CARMEN (Honoré Coppet). Biguine     Odéon 7ARE 1231 (2)

23. ESPOIR (Honoré Coppet). Biguine    Odéon 7ARE 1232 (1)

24. PAS PIQUÉ GRAINE DÉ A (Barel Coppet). Biguine     Odéon 7ARE 1232 (2)
Chant : Barel Coppet.


Informations discographiques

Barel Coppet et ses Antillais
Titres 1 à 8 : Pierre Rassin (tb), Barel Coppet (dir, cl, as), Honoré Coppet (as), Edmar Gob (ts),
Marcelle Troubadour (p), Roland Paterne (g), Pierre Chonchon (cb), Auguste Nabajoth (guiro, chacha), Germain Jallier (tumbas), Bayard Coppet (batt). Philips, Paris, début 1956.

Honoré Coppet et son orchestre antillais
Titres 9 à 12 : Honoré Coppet (dir, cl), Barel Coppet (as), Edmar Gob (ts), René Léopold (p), Pierre Chonchon (cb), Germain Jallier (tumbas), inconnu (mcas), Bayard Coppet (batt). Odéon, Paris,
21 novembre 1956.

Titres 13 à 16 : Prob. Maurice Longrais (tp dans 15, 16), Honoré Coppet (dir, cl), Barel Coppet (as dans 15, 16), Edmar Gob (ts dans 15, 16), Pollo Malahel (g. el), René Léopold (p), Fréjus Mauvois (cb), inconnu (mcas), Bayard Coppet (batt). Odéon, Paris, 25 avril 1957.

Titres 17 à 20 : Honoré Coppet (dir, cl), René Léopold (p), Fréjus Mauvois (cb), Orphélien (chant, batt.). Odéon, enregistré au studio Belleville à Paris le 11 février 1958. Directeur artistique : M. Dory.

Titres 21 à 24 : Albert Lirvat (tb), Honoré Coppet (dir, cl), Barel Coppet (as), Edmar Gob (ts), René Léopold (p), Pierre Chonchon (cb), inconnu (mcas), Germain Jallier (tumbas), Bayard Coppet (batt). Odéon, enregistré au studio Jenner à Paris le 25 mars 1959. Directeur artistique : M. Dory.


En 1956 la France découvre le merengue, la nouvelle danse qui fait fureur aux États-unis, ramenée de Saint-Domingue à Paris par Gérard La Viny, animateur du cabaret antillais de La Canne à Sucre. Les frères martiniquais Barel et Honoré Coppet vont s’emparer de ce rythme et le créoliser pour en faire l’un des plus gros succès de la danse antillaise.   
Jean-Pierre Meunier

In 1955 France discovered the merengue, a new dance that was all the rage in America. Singer Gérard La Viny, who ran the famous West Indian cabaret ‘La Canne à Sucre’ in Paris, brought the dance back from Saint-Domingue… and two brothers from Martinique, Barel & Honoré Coppet, adapted its rhythm into a Creole style to make it one of the most popular dances of the French Caribbean.   
Jean-Pierre Meunier

CD Biguine et Merengue (1956-1959), Barel et Honoré Coppet © Frémeaux & Associés 2013.




EcoutezPisteTitre / Artiste(s)Durée
01 Moin ni on loto nef - Barel Coppet et ses Antillais03'08
02 Merengue roulé - Barel Coppet et ses Antillais02'48
03 Ce l'amou cé la vie - Barel Coppet et ses Antillais03'43
04 Missie l'abbé - Barel Coppet et ses Antillais02'24
05 Vive Vaval - Barel Coppet et ses Antillais02'12
06 Pas reproché moin - Barel Coppet et ses Antillais02'27
07 C'est le merengue - Barel Coppet et ses Antillais02'23
08 Ti beber - Barel Coppet et ses Antillais02'47
09 Chantez, dansez, c'est carnaval - Honoré Coppet et son orchestre Antillais03'01
10 La belle des isles - Honoré Coppet et son orchestre Antillais02'49
11 Moin planté bananes - Honoré Coppet et son orchestre Antillais03'07
12 Doudou prends patience - Honoré Coppet et son orchestre Antillais03'10
13 Rouvé canal la - Honoré Coppet et son orchestre Antillais02'39
14 Mon rêve - Honoré Coppet et son orchestre Antillais03'19
15 Ménage moderne - Honoré Coppet et son orchestre Antillais02'59
16 Moin caï démayé - Honoré Coppet et son orchestre Antillais02'55
17 Foute zote mové - Honoré Coppet et son orchestre Antillais02'55
18 Mon coeur - Honoré Coppet et son orchestre Antillais02'43
19 Non dodo pa ka fé sa - Honoré Coppet et son orchestre Antillais02'47
20 Jeannine - Honoré Coppet et son orchestre Antillais02'44
21 Prends courage - Honoré Coppet et son orchestre Antillais03'08
22 Carmen - Honoré Coppet et son orchestre Antillais02'26
23 Espoir - Honoré Coppet et son orchestre Antillais02'59
24 Pas piqué graine dé a - Honoré Coppet et son orchestre Antillais02'39
“Anyone should find plenty to enjoy here” par Blues & Rhythm

Honoré Coppet and Anatole « Barel » Coppet were clarinet-playing brothers from Martinique, the former born in 1910 and the latter ten years later. They moved to mainland France in 1947 and over the next few years they formed bands together and separately, playing Caribbean music in outfits that would contain several horns and rhythm sections augmented with percussions. At the very end of 1955, the merengue, a lively style from the Dominican Republic, rapidly gained in popularity in France. Early the next year, the brothers recorded the first eight titles on this collection in this “new” style (though including two biguines) for Philips – these performances have a vitality and enthusiasm to them that avoids many of the “tropical” stereotypes of the time. The remaining sixteen titles were recorded at several sessions for Odéon, and include the traditional sounds of biguines and waltz as well as the merengue, with lyrics generally in French creole (try Barel’s “Moin Planté Bananes” for a fine example). The final four titles include renowned trombonist Al Lirvat in the line-up, and he adds a more modern jazzy style. Anyone with an interest in vintage Caribbean music should find plenty to enjoy here and those who have followed Frémeaux’s reissue programme of French-Caribbean music so far should certainly acquire this as soon as possible. Hopefully there will be more…
Par Norman DARWEN – BLUES & RHYTHM




« Du style bien enlevé » par Jazz News

Un jour, il faudra bien décerner une récompense à Jean-Pierre Meunier, vénérable collectionneur qui redonne leur lustre aux merveilles des Antilles. On ne compte plus les volumes sortis chez l’éditeur logé à Vincennes. Ce dernier honore les frères Coppet, le clarinettiste Honoré et son cadet – et plus célébré – le saxophoniste Barel, dont les orchestres furent précurseurs du merengue, un rythme importé de Saint-Domingue par le Guadeloupéen Gérard La Viny. Du style bien enlevé, idéal pour les chaudes soirées typiques.
Par Jacques DENIS – JAZZ NEWS




"Des relations ambiguës avec le jazz" par Jazzman-Jazzmag

A la même époque, la biguine telle qu’elle se jouait à Paris continuait à entretenir des relations ambiguës avec le jazz, ce dont témoigne le volume « Biguine et Merengué, 1956-1959 » consacré par Frémeaux & Associés à Honoré et Barel Coppet, clarinettiste et altiste aux solos très calibrés que bousculent le piano érudit de René Léopold et, à partir de 1959, le fougueux et savant trombone d’Al Lirvat.
Par Alfred SORDOILLET  - JAZZMAN-JAZZMAG




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