ANTHOLOGIE DU ROCK FIFTIES EN FRANÇAIS 1956-1960

HENRI SALVADOR, JEAN YANNE, MAGALI NOEL, EDDIE CONSTANTINE...

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Direction artistique : FRANÇOIS JOUFFA ET PIERRE LAYANI
Livret : 24 PAGES - ENGLISH NOTES
Nombre de CDs : 3


29,99 € TTC

FA5479

En Stock . Expédition prévue sous 24 à 72h selon week-end

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Si le rock’n’roll, abrégé en rock, a officiellement démarré et explosé en France avec Johnny Hallyday en 1960, plusieurs artistes français s’étaient déjà essayés à ce nouveau genre musical nord-américain dès 1956.

La vocation est rare (Richard Anthony, Danyel Gérard, Claude Piron), la plupart y voit une musique de danse (les orchestres de jazz), une occasion de parodie ou de pastiche (Henri Salvador, Moustache), ou encore la source d’un air entraînant (Luis Mariano, Georges Guétary).

Coups d’éclats, comme carrières éphémères, le meilleur est réuni ici par François Jouffa et Pierre Layani, complété par une sélection québécoise, la première éditée à ce jour et savoureux complément à cette anthologie du rock francophone.

Patrick FRÉMEAUX

Anthologie du rock français FA5479

François Jouffa présente
ANTHOLOGIE DU ROCK Fifties en français
1956-1960














LE ROCK’n’ROLL FIFTIES EN FRANÇAIS

Par François JOUFFA et Pierre LAYANI

En 1960/62, toute la Gaule est envahie par le rock’n’roll, abrégé en rock, via Johnny Hallyday, Chaussettes Noires et autres, aux bons soins de toutes les maisons de disques et salles de spectacle, sous la caution écrite de Disco Revue, Salut Les Copains et plus tard Rock&Folk. C’est l’embrasement d’une génération.

Passée la pérennisation irrévocable du mouvement, par-delà ses évolutions, certains exégètes, épris de préhistoire, dinosaures et autres fossiles, adeptes du qui a été le premier qui…, vénérateur de l’éclaireur sacrifié, esthètes du rockeur inconnu, se souviennent un beau jour que, bien avant le Golf Drouot, du rock’n’roll a été enregistré et diffusé en France. Dès le milieu des années 1950.

Un magnifique jeu de piste, de longue haleine, se profile alors : une quête aléatoire en signes explicites, ou vaguement allusifs, voire relevant du simple clin d’œil sur la pochette de disque. Dans le même style de démarche que : les Vikings n’ont-ils pas abordé en Amérique avant Christophe Colomb, qui écoutait au juste la radio le 18 juin 1940, ou a fait en premier, sans le savoir, du reggae, du disco ou du rap ?

Car s’agissait-il d’un mouvement voulu, homogène, ample, fédéré, géniteur de petits ? Non. Pour l’essentiel, le rock’n’roll français 50 relève du hasard, de la blague, de l’opportunité. Ceci n’empêchant pas le talent et les perles. Donc, pour l’enfant du rock éduqué aux artistes à fondements, authenticité, intention, voire revendication, SECOND DEGRÉ obligatoire ! Voire plus.

Le mouvement s’inscrit dans les prémices d’une mondialisation culturelle à travers la force, l’efficacité et la rupture avec toutes les traditions chansonnières locales du rock’n’roll. Comme l’avait d’ailleurs été dans une moindre mesure le jazz. Longtemps avant d’être vu comme une culture, il s’agit tout simplement d’un nouveau rythme de danse, parmi d’autres, au mieux une saillie de jeunesse passagère. Surtout à partir de 1954/55 et le tube mondial dansant Rock Around The Clock de Bill Haley. Exactement comme le sera le twist en 1961/62.

Ainsi le quasi-parrain de ce mouvement n’est autre que Boris Vian, épris de jazz, ne se gênant pas pour dénigrer le rock’n’roll (Cf. ses méchancetés sur Elvis Presley dans son livre En avant la zizique), tout comme le chef d’orchestre-compositeur Michel Legrand. Et dans son cas jusqu’à aujourd’hui, déclarant sur France Culture le 30 novembre 2013 (!) : Comment peut-on aimer le rock ? Ce n’est que du bruit. C’est... rien ! Mais Boris Vian est adepte de canular et d’exercices de style, et aussi parolier et directeur artistique. Partant pour toute occasion de nouveau souffle chansonnier, il signe une trentaine de textes sur des thèmes rock.

On peut dessiner trois catégories d’artistes à s’être associés au R’n’R français 50.

1- Les musiciens jazz et grands orchestres.
Jazz et rock’n’roll : en se gardant de toute digression socio-musicologique, il s’agit là de deux musiques de rythme nord-américaines, où se mélangent Noirs et Blancs, où l’instinct est important, avec esprit de groupe et instrumentation électrique. Pour les jazzeux, friands de querelles de chapelle surtout en France, cette coexistence aboutit à un rapport réprobation/subordination. Autrement dit on n’aime pas, mais il faut bien travailler et/ou on va se marrer.

D’un côté, pour les musiciens de jazz, à l’arrivée du rock’n’roll, la réaction est paradoxalement un peu la même que chez beaucoup à l’apparition du jazz en France ou en Europe : une musique PRIMAIRE, à tous points de vue, sortant plus des tripes que du cerveau, jouée par tous les recalés en solfège, tournée vers le pur divertissement et, concernant un genre parolé, ne reflétant pas les vérités du monde ou l’amour transi.

D’un autre côté, les jazzmen, rodés à satisfaire le public dansant, n’ont pas de réticences à y souscrire. Entre un jazz très be-bop ou jumpé, façon Louis Prima ou Louis Jordan, et un rock’n’roll de Bill Haley, sur une piste de danse la différence est mince ! De ce fait, beaucoup, tels Henri Salvador, Mac-Kac ou Moustache, livrent un rock’n’roll ludique à la façon de Bill Haley plutôt qu’à celle plus raide d’Elvis Presley.

De plus, le jazz est un mouvement aussi fier qu’à éternel faible potentiel commercial. Ce qui a toujours amené ses tenants au mercenariat alimentaire. Le postulat d’un musicien professionnel n’est-il pas de vivre de sa musique ? Pour l’honneur, certains acteurs agissent sous pseudonyme, où aucun jeu de mot n’est éludé : Henry Cording, Rock Failair, Peb Rock, Chou Rave Hageur... D’autres sous leur nom : Hubert Rostaing (ou Earl Cadillac ou Dick Rasurell), Michel Attenoux, Alix Combelle, Jack Diéval, Christian Garros, Raymond le Sénéchal… Et à partir de 1960, et de l’explosion rock, on retrouvera beaucoup de ces sympathiques mercenaires en studio, et même sur scène, derrière beaucoup des artistes émergents de la nouvelle scène. Voire même endossant des disques labelisés twist. Avant qu’une nouvelle génération d’authentiques musiciens rock étanchéifie les deux circuits.

Et quitte à le faire, on se lâche ! Les titres de chanson sont assez éloquents dans le style… barock : J’vais m’en j’ter un derrière la cravate, J’ai j’té ma clef dans un tonneau d’goudron, J’tuerai l’voyou qui a bu tout mon vin de messe, Le cuirassé de Reichshoffen… Voire dans la carte de restauration rapide : Rock’n’roll mops, Va t’faire cuire un œuf, man !, Roll steack frites…

2 - Les artistes de variété.

Pour un chanteur de variété, c’est-à-dire hors créneau particulier (auteur-compositeur, rive-gauche, réalisme…), toute chanson porteuse est bonne à prendre. Surtout pour les fantaisistes, à la recherche du facilement caricaturable. Et il est parfois arbitraire de distinguer ce qui relève du rock’n’roll au sein de la pratique naissante d’adapter des chansons américaines, telles Only You, Diana, Witch Doctor, voire Love Me Tender ou Loving You.

Quoiqu’il en soit des artistes de renom, comme Georges Guétary, Luis Mariano (deux rois de l’opérette !), Eddie Constantine, Line Renaud, Georges Ulmer, Colette Renard, Roger Pierre & Jean-Marc Thibault…, ont été amenés à donner dans le registre. Ce qui avec le temps paraît soit s’inscrire dans une tendance, soit être complètement surréaliste (Cf. dans le maximalisme absolu le futur duo Maurice Chevalier-Chaussettes Noires Le twist du canotier).

L’exemple à part est celui d’Edith Piaf. A l’opposé de la mode, de la fantaisie, du rythme, elle reprend en 1956 l’obscur et dur à mémoriser Black Denim Trousers And Motorcycle Boots en L’homme à la moto. Musicalement ça trépide, tout comme textuellement (moto, cuir noir, vitesse, fin tragique), une sorte de film noir. C’est une plage distincte dans son répertoire, basée sur un thème de Jerry Leiber et Mike Stoller (auteurs-phare d’Elvis), qui en leur temps avaient beaucoup apprécié sa reprise. Mais elle l’a tellement fait sienne, comme relevant de son univers, que sa version est devenue celle de référence. Même quand Vince Taylor le chante en anglais, ça s’appelle L’homme à la moto !

3 - Les rockers ?
Y a-t-il de vrai rock’n’rollers en France avant Johnny Hallyday ? Négatif. On ne peut parler de chanteurs à proprement dire rock’n’roll, mais de rythme, instinctifs, ou bien informés, sentant l’impact irrésistible à venir de la musique à tempo nord-américaine. Ils montrent la voie, prenant les devants, quitte à essuyer les plâtres. Ainsi Claude Piron, Danyel Gérard et Richard Anthony. Les deux premiers, après une pause, qui aurait pu être définitive, se lancent dans la grande mêlée de 1961/62. Le dernier, resté en piste, se trouve donc en pole-position lors du départ donné par Johnny Hallyday en 1960 et devient un cador de la décennie. Mais un peu à part, dans le style pépère qu’il a toujours manifesté.

Dans la mémoire collective concernée, Henri Salvador est le premier à avoir fait du rock’n’roll en France, du fait d’un disque marquant, de sa notoriété discontinue et de l’association avec Boris Vian et Michel Legrand. Mais historiquement, c’est d’un batteur de jazz, chantant, Mac-Kac, que survient en mai 1956 le premier acte explicite, sur marque Versailles, le super 45 tours Rock and roll, suivi par un volume deux en juillet 1956. Plusieurs titres sont cosignés par Sacha Distel, neveu de Ray Ventura, patron des disques Versailles, et Moustache.

Même si auparavant on peut recenser par Jacques Hélian et son orchestre une première version de Rock Around The Clock, Toutes les heures qui sonnent, enregistrée le 6 janvier 1956 avec au chant la Belge Lou Darley. Un titre au menu de maints orchestres.

Le 21 juin 1956 est enregistré à Paris le super 45 tours de Henry Cording (& his Original rock and roll boys), alias Henri Salvador, qui paraît en juillet. Resté longtemps au catalogue, via son succès, sous diverses variantes, c’est l’œuvre-fleuron de cette génération. Salvador est associé à Vernon Sinclair (Boris Vian), Mig Bike (d’après Big Mike, surnom déjà utilisé par Michel Legrand aux Etats-Unis), avec comme directeur de catalogue Jacques Canetti (Jack K. Netty aux notes de pochette). Soit en tout quatre adversaires futurement déclarés du rock sérieux, Jacques Canetti quittant même Philips à la suite de la signature sans son aval de Johnny Hallyday. D’habitude sur Philips, Salvador passe ici sur la sous-marque Fontana.

Comme l’écrit Bernard Big Joe Zitoune, premier exégète de la discipline : Cela me rappelle un peu l’histoire du film La Blonde et moi, où la 20th Century Fox, voulant trop bien faire pour dénoncer le phénomène rock’n’roll, se prit les pieds dans le tapis et ce film est devenu culte pour tous les rockers qui se respectent.

D’autres suivent : Peb Rock, Rock Failair (et son Orchestre de petits millionnaires), alias Jacky Vermont (deux super 45 tours), Johnny Rock Guitare (Marcel Bianchi), le Belge Rockin’ Harry, Georges Richard, Jésus Ramirez, Milou Duchamp... On retrouvera plus tard certains artistes dans d’autres rôles, tel Georges Aber, éminent parolier des idoles, ou l’harmoniciste généraliste Albert Raisner, présentateur de l’émission musicale-phare du début des années 1960, Age tendre & Tête de bois.

Entre-temps, en 1958, le jeune Jean-Philippe Smet enregistre 4 titres dans un appartement, avec un guitariste, dont Heartbreak Hotel et Tutti frutti, puis en 1959 cinq autres titres dont Ton petit ours en peluche et Ready Teddy. Et le 30 décembre 1959 il participe à un radio-crochet, déclencheur de ses débuts discographiques. Fin programmée de cette première partie.


PRINCIPAUX ARTISTES

MAC-KAC
Jean-Baptiste Reilles (1920-1987), gitan, batteur avec tout le gratin jazz parisien, personnage rabelaisien, est le premier en lice avec deux mythiques super 45 tours au printemps 1956 sur Versailles. Ils sont baptisés Rock and roll, tout comme un rarissime album 25 cm, qui donneront même lieu aux Etats-Unis au 30 cm Atlantic The Greatest Rock And Roll. Les textes sont réjouissants et il reprend Bill Haley. Parfois confondu avec Moustache, de qui il chante des titres, il reviendra en 1960-61 le temps de deux 4-titres, avant de s’éclipser.

HENRI SALVADOR
Guitariste de jazz, chanteur multicartes (ballades, musique des îles, pour enfants, pastiches), comique, Henri Salvador (1917-2008) peut tout endosser (de Boris Vian à Walt Disney, du cabinet dentaire à Syracuse). Les quatre plages de son disque sous le nom Henry Cording (& his Original rock and roll boys), à l’été 1956, sont un régal de dynamisme et de récréativité, toujours écoutables aujourd’hui avec réjouissance. Une fois le succès avéré, une seconde pochette affiche son nom de Salvador, avant un 25 cm en décembre complété d’autres titres. Mais dans sa carrière, ô combien attachante, ce n’est qu’une passade. Ainsi, en 1960, lors des premiers pas sur scène de Johnny Hallyday à l’Alhambra, les propos désobligeants tenus par lui à l’égard du débutant laisseront à jamais un froid entre les deux, Johnny ne le ménageant pas dans ses mémoires en 2013 (un vieux con). Malgré tout le 45 tours suivant s’intitule Salvador plays the blues et, début 1958, toujours associé à Vian, et à Quincy Jones pour les arrangements, il lègue l’immortel Blouse du dentiste, toujours méditable par chacun au moment redouté. En 1961, à l’époque du rock tout court, il re-pondra un super 45 tours parodique, Classic-rocks, basé sur Corneille et Racine (!), qui passera bien plus inaperçu que le premier (réédité au même moment sous une autre pochette), avant de s’attaquer au twist en 1962 (fameux Twist SNCF). Rock-hoquet sera repris par Au Bonheur des Dames en 1977.

MAGALI NOËL
Après Salvador, une rockeuse ! Selon Georges Unglik, biographe de Vian, cela aurait pu être Juliette Gréco, son ami Boris ayant essayé, en vain, de la convaincre de chanter du rock. C’est en définitive l’actrice Magali Noël (Magali-Noëlle Guiffrais) qui endosse le rôle de première rockeuse française… le temps de quatre titres. Ils sont enregistrés en octobre 1956, sous la signature de Boris Vian et d’Alain Goraguer, à la future longue carrière d’arrangeur- compositeur, dont c’est la première séance. Compte tenu de la teneur hautement sexuelle de l’historique Fais-moi mal Johnny (avec Boris Vian en seconde voix), chose inhabituelle à l’époque, les chansons sont d’abord publiées sur un 25 cm de Magali Noël baptisé Rock and roll, complétées d’instrumentaux. Ce n’est qu’ensuite que sort le super 45 tours du même titre. Si Magali Noël demeure pour l’Histoire la seule rockeuse de cette époque, il ne s’agit que d’une parenthèse au sein d’une carrière de chanteuse et d’actrice (égérie de Federico Fellini).

MOUSTACHE

De fait, la moustache est plus associée au jazz, à la chanson sétoise, à celle pour la Fête de l’Huma, à la caméra invisible, surtout quand la physionomie est rondouillarde, un sosie du sergent Garcia. Figure éminente du jazz, hors de la sphère Vian, Moustache (François Galepides, 1929-1987) est déjà titulaire de huit super 45 tours depuis 1954, dans tous les styles, jazz ou exotique, Moustache à Moscou, En Italie, A Harlem, Toréador... Entre Moustache chez le Père Noël et Au Tyrol, survient un savoureux 4-titres rock’n’roll fin 1956. Il sera suivi de morceaux épars sur Barclay à partir de 1958. Là aussi il s’agit d’un épiphénomène.

CLAUDE PIRON

A côté de la reprise d’airs américains rythmés, la présence parmi les pionniers du rock’n’roll français de Claude Piron tient surtout à sa deuxième carrière à partir de 1961 en tant que Danny Boy & ses Pénitents, sur le modèle de tous les groupes français. Et, du fait de ses débuts en 1958, il détient le titre – qui n’est pas des moindres – de doyen de tous les artistes rock français ! Ses six super 45 tours pour Ducretet-Thomson de 1956 à 1960 rencontrent, sans injustice, peu de succès. Il manifeste un chant typique d’un artiste de variété des années 1950, presque moins habité que Gilbert Bécaud ou Charles Aznavour sur certains titres. Mais il chante, avant Danyel Gérard, D’où reviens-tu Billie Boy, titre jugé comme fondateur en matière de rock’n’roll sérieux, même si reprise d’un morceau de la gentillette canadienne Dorothy Collins. Une de ses pochettes le présente en pantalon de cuir et un morceau s’intitule Rock et guitare. Son moment de gloire surviendra en 1961, reconverti en Danny Boy & ses Pénitents, avec une continuation plus modeste en tant que Danny Boy. Il raccroche en 1967, avant un retour en concert dans les années 2000, avec un nouveau disque-4 titres début 2015.

RICHARD ANTHONY

Le cas unique du pionnier 50 ET du triomphateur 60. Même s’il ne franchira pas une troisième décennie, Richard Anthony (Ricardo Btesh) reste à jamais une figure majeure de l’époque SLC. Disposant d’une remarquable voix pour les ballades ou les airs gentiment rythmés, c’est aussi un précurseur, dès ses tout premiers disques, de cette méthode de reprise mécanique des N°1 anglo-américains disponibles, sans aucun souci de créativité. Dans ses deux historiques premiers super 45 tours en 1958 et 1959, il transpose Buddy Holly, Neil Sedaka, Ricky Nelson, Cliff Richard, puis sur le suivant les Coasters. Le premier disque le présente en tant que Rock’n’Richard, le suivant sur une moto façon Marlon Brando. Toute fin 1959, son troisième essai, et première bonne vente, présente ce qui va devenir LE premier succès rock domestique, Nouvelle vague, avec un texte plaidoyer générationnel (MG, Elvis Presley, gens rassis), qui peut fait figure de chanson-bande-annonce de la décennie à venir. Le train est en gare.

DANYEL GÉRARD
La période rock’n’roll de Danyel Gérard (Daniel Kher-lakian) tient en deux super 45 tours Barclay, en 1958/59, aux pochettes voisines expressives, avec déhanchement, élan prometteur, et guitare brandie. Celui qui est surnommé le Chanteur suffocant chante aussi D’où reviens-tu Billie Boy ?, qui lui colle plus à la peau que son précédent interprète, deux mois avant, Claude Piron. A la suite sans doute du livre Rock babies en 1978, répété mécaniquement par les auteurs suivants, le titre passe depuis pour le premier rock français (non parodique). Sujet de ce briseur de carrière qu’est le service militaire, Danyel Gérard reprend à zéro en 1961, protégé de Lucien Morisse d’Europe N°1, sous les auspices des airs à la mode dont le twist, sur Polydor puis DiscAZ.

MILOU DUCHAMP
Fin 1959, ce Belge (Emile van de Velde) via un super 45 tours puis un album 25 cm, Aïe aïe aïe Milou !, sur Odéon, apporte sa pierre au mouvement avec Petit poison, quasi rockabilly, Je t’ai tellement dans la peau ou Tropical pour le moins inspiré de Screamin’ Jay Hawkins. Après un second 4-titres en 1961, il disparaît du devant de la scène.

ROCK’n’ROLL AU QUÉBEC
Dès son apparition en 1954-56 aux États-Unis, le rock’n’roll s’avère une musique éminemment émulative, qui va susciter dans la plupart des pays occidentaux maints adeptes et développements, avec décalage, approche, impact et langue variables, selon le cas. Au Québec, voisin immédiat des États-Unis, comme dans l’Hexagone, l’expression française est choisie. Et, presque comme ici, si aucun de ces artistes précurseurs ne fera une carrière durable dans ce style, certains issus du cabaret (Irène McNeil) ou de la pré-country (Willie Lamothe, Léo Benoît) créent un précédent remarquable, via des créations ou des reprises.

Différence avec la France où le super 45 tours de 4 titres est roi, complété de 33 tours 25 cm, le marché discographique québécois se partage entre simples de 2 titres sans pochette personnalisée et, en cas de consécration, albums 30 cm.

De par le voisinage américain, le rock’n’roll s’écoute en direct via la radio et se voit à la télévision notamment dans l’Ed Sullivan Show, avec les retentissants passages d’Elvis Presley. Uniques concerts à l’étranger de sa carrière, Elvis passe à Toronto le 2 avril 1957 et à Ottawa le 3 avril (à la place de Montréal initialement annoncé).

C’est courant 1956 que survient dans la Belle Province le premier titre rock’n’roll en français, Mes souliers bleus, version de Blue Suede Shoes de Carl Perkins puis d’Elvis Presley, par une jeune chanteuse de Sherbrooke, Carmen Déziel. Elle récidive quelques mois plus tard avec une seconde reprise d’Elvis, Ne sois pas cruel (Don’t Be Cruel), différente de celle de Georges Ulmer en France.

Les Trois Clefs sont le premier groupe québécois à se convertir au rock’n’roll avec deux 45 tours London en 1956, de création, Le rock’n’roll du samedi soir et Ah oui je l’aime tant. Fin 1956, deux artistes western (on ne dit pas encore country) présentent En avant le rock’n’roll, Roger Miron, son auteur, fondateur de diverses compagnies de disques, dont Rusticana en 1958, puis Rudy Asselin. Comme ailleurs, Presley est très présent dans les textes : L’an 56 est passé, laissant en souvenir/ Le rock’n’roll et ses plaisirs/ J’ai fait un rêve, un drôle de rêve/ J’écoute Elvis et je pense à l’année 56. En avant le rock’n’roll sera repris en 2011 par les Québécois Iz (Israël Proulx) & Les 3 Alley Cats, donnant même son nom à leur album.

Toujours en 1956, surgit un nouvel ensemble, le quatuor originaire de Montréal les Clover Boys, avec une adaptation décapante de Long Tall Sally de Little Richard : La grande Sally danse. Une première version francophone avant au pays du Golf Drouot Oncle John par les Vautours, El Toro & les Cyclones, Eddy Mitchell... A l’occasion d’un séjour mexicain en 1958, RCA-Mexique publie même un album des Clover Boys.

L’année 1957 est très productive avec plus d’une quinzaine de 45 tours dont plusieurs avec l’intitulé rock’n’roll. La chanteuse originaire de Paris Michèle Sandry propose Juke-box rock’n’roll ; quintet, les Inconnus offrent l’original et très soutenu Je veux danser le rock’n’roll et une version de Blueberry Hill de Fats Domino, Les plaines bleues, classée 30e à la fin de l’été 1957.

Si aucun artiste québécois ne réussit à devenir un équivalent du roi Presley, André Lejeune, né la même année en 1935, s’en approche grâce à son apparence, l’attitude, semblant bien assimiler la nouvelle musique dans les cabarets avec sa guitare en bandoulière. Il présente en 1957 sa composition Qu’est-ce que le rock’n’roll, qui deviendra l’un des classiques du répertoire québécois, suivi de deux autres rocks, Reviens, la même année, et le frénétique La fin de semaine, à l’automne 1959. En début d’années 60, André Lejeune réoriente sa carrière vers un style chansonnier et plus tard folklorique.

Dans les années 1950, le titre de voix du rock’n’roll féminin au Québec revient sans conteste à Irène McNeil, surnommée Mademoiselle Rythme. Elle frappe fort dès son deuxième simple, avec deux rocks endiablés : Ce rythme le rock’n’roll, d’après You Can’t Stop This Rocking And Rolling d’Ivory Joe Hunter, et Rock A Beatin’ Boogie de Bill Haley. Avec Rock’n’roll du Père Noël, on trouvera ces chansons sur son rarissime 33 tours Mademoiselle Rythme. Comme Carmen Déziel et Michèle Sandry, Irène McNeil est une chanteuse de cabaret, qui ne s’adresse pas aux jeunes, de plus ignorée de la télévision où le rock’n’roll n’a pas sa place.

L’année 1957 voit aussi l’imbrication du rock’n’roll dans un style typique, inconnu en France, le western, avec des instrumentations et intonations sans équivalent ici. Freddy Gagné signe deux fabuleux morceaux avec son groupe les Compagnons, Rock rock rock le rock’n’roll et J’ai perdu mes souliers en dansant le rock’n’roll.

Trois grands noms du western québécois lui emboîtent le pas. Marcel Martel, né en 1925 à Drummondville, lance Mon amour du rock’n’roll, démarqué de Hound Dog d’Elvis Presley, que l’on peut qualifier de rockabilly, classique du rock québécois. Il crée aussi un autre standard local, Le rock’n’roll du Père Noël. Marcel Martel s’est éteint le 13 avril 1999.

Deuxième icone western, Willie Lamothe, né en 1920 à Saint-Hugues de Bagot, adopte un style ironique, défenseur avant tout de la musique qu’il chante depuis déjà 1946. Le premier croisement western-rock se fait dans Rock’n’roll à cheval en 1957. Pas de fausse vocation affichée vis-à-vis d’une mode passagère : Le rock’n’roll si vous le détestez, moi ça me fait rire, j’suis payé pour chanter ! Il récidive avec Tout ce qui compte c’est le rock’n’roll qui débute de façon hillbilly avant de s’arrêter et d’informer son groupe : Ecoutez les gars, j’veux bien chanter une chanson sur un vieux rigodon, mais sur un rythme un peu plus nouveau, parce que aujourd’hui ce qui compte c’est le rock’n’roll ! Il signe deux autres perles, Pourquoi m’as-tu délaissé fin 1959 et le classique Rock cowboy rock qui n’est pas sans rappeler Bill Haley. Willie Lamothe deviendra la grande étoile des chanteurs western québécois. Il participe en 1967 au Grand Ole Opry à Nashville. Son fils, Michel, a fait partie des groupes Gants Blancs et Offenbach. Willie est décédé le 19 octobre 1992.

Troisième et dernier des grands du western, Paul Brunelle ne livre qu’un seul R’n’R, Le rock de ma grand-mère, en 1958 sur RCA.

Après les artistes de cabaret et western, c’est une comédienne de 27 ans, Denyse Filiatrault, qui vient se signaler en 1957 dans le genre avec le mémorable Rocket rock’n’roll, éloge d’un joueur de hockey des Canadiens de Montréal, Maurice Richard, surnommé le Rocket. Denyse Filiatrault, en plus d’une carrière active au théâtre et à la télévision, publie plusieurs disques de 1958 à 1970.

Sur Rusticana, marque créée par Roger Miron à Montréal, sont signés deux chanteurs personnifiant la relève du rock québécois. Le premier, Ernie Baribeau (et ses Velvets), originaire de Cornwall (Ontario), propose un rockabilly qui aurait pu être enregistré chez Sun à Memphis, Mais si, chérie, avec un son rudimentaire dans le style de Carl Perkins.

Le second artiste est plus connu des Québécois : Léo Benoît. Tout comme son classique Le rock’n’roll dans l’lit, avec son accordéon et son fameux refrain pour le moins érotique : Le rock’n’roll dans l’lit/Est supérieur j’vous l’dis/A celui d’Elvis Presley/ Quand j’me mets à l’danser/ Avec mon gros bébé/ Là j’commence à yodeler. En 1959 il signera encore Le rock’n’roll c’est bon.

Le nom Jérolas n’est pas inconnu en France. Formé en 1955, ce duo formé de Jean Lapointe (chant) et Jérôme Lemay (chant et guitare) a fait l’Olympia en 1966 et 1971, en plus de l’Ed Sullivan Show en 1963. Les Jérolas décrochent un contrat avec RCA en 1956 et y graveront en tout trente 45 tours et quinze albums jusqu’à 1970 ! Leur apport au R’n’R québécois relève plus de l’humour, avec leurs adaptations des Coasters, Yakety Yak, Charlie Brown et Along Came Jones (sous le titre Jones s’est montré, futur Zorro est arrivé par Henri Salvador). Mais à ses débuts le duo enregistre une création de Jean Lapointe, l’efficace La cléf du rock.

Le temps d’une face de 45 tours, d’autres artistes déposent leur legs, tel Jacques Fuoco avec le brûlant J’ai besoin, ou Marcel Tremblay et son Ne me dis pas, digne de Chuck Berry.

Contrairement à la France, il n’y aura pas de raz-de-marée rock en 1960-62 et d’équivalents à nos Johnny Hallyday, Chaussettes Noires et consorts. Mais, à partir de 1964, une vague de groupes vocaux dans le sillage des Beatles. Un Musée du Rock’n’Roll québécois, pour l’instant itinérant, a été fondé le 8 mars 2010.    
Pierre LAYANI

Juke Box Magazine

Pour en savoir beaucoup plus
- Idoles Story (François Jouffa avec Jacques Barsamian, éditions Alain Mathieu, 1978). Ouvrage d’après la série Yéyé Story de François Jouffa sur Europe 1, en juin-août 1974, qui mit en lumière cette période musicale oubliée parce qu’injustement méprisée.
- Le rock and roll français 50 (Christian Nauwelaers, Juke Box Magazine N°78 & 79, 1994). Première grande étude sérieuse par un auteur belge passionné.
- Le rock and roll français des années 50 (Bernard Big Joe Zitoune, Rock and Roll Revue, 2008). Par un pionnier de la redécouverte des pionniers.
- Rock and roll à la française, 1956-1959 (Thierry Liesenfeld, label Saphyr, 2010). Extraordinaire coffret 6 CDs-livre pour approfondir le sujet.
- Rock and roll au Québec, 1956-1960 (Léo Roy, Juke Box Magazine N°329, 2014).
- Amourdurocknroll.fr. Le site de référence signé Bertrand.
- Boris Vian et ses interprètes (FA5370). De nombreux autres titres signés par  Boris Vian auraient pu être inclus ici. Nous vous conseillons donc, également chez Frémeaux & Associés, ce coffret triple CD indispensable.

Production, direction artistique : François Jouffa.
Compilation musicale et textes : Pierre Layani (Juke Box Magazine). Merci à Léo Roy pour la partie québécoise.
Montage et mixage : Alexis Frenkel, Art & Son Studio, Paris.
Documents et photos : collections Pierre Layani et Léo Roy, avec la Photothèque Rancurel
© 2015 FRÉMEAUX & ASSOCIÉS


(LE) FIFTIES ROCK MADE IN FRANCE
By François JOUFFA and Pierre Layani

Rock ‘n’ Roll, or just “rock”, invaded Gaul in 1960/62, flanked by Johnny Hallyday, the Chaussettes Noires and a few others. But some historians of popular music remember that French rock records were already being distributed by the end of the Fifties.

Was it a broad, homogeneous movement? No. Fifties French rock relied essentially on chance, fun and opportunity. But that didn’t exclude either talent or diamonds. Above all, not taking rock literally was mandatory..!

The French rock movement was one of the first signs of cultural globalization; as popular music, it broke with all local traditions, as jazz had already done, although to a lesser degree. Long before it was seen as a culture, rock was just another new form of dance music, at best a fleeting outburst of youth, especially after 1954-55 and the worldwide dance-hit Rock Around The Clock by the American Bill Haley. It was a new form, exactly as the Twist would be in the early Sixties.

The movement’s quasi-godfather was none other than writer/musician Boris Vian, who was mad about jazz; but he also shamelessly denigrated rock ’n’ roll, as did conductor/composer Michel Legrand. Vian, an inveterate prankster and master of the stylistic exercise, wrote some thirty texts with rock as their theme.

The artists associated with French rock in the Fifties fall into three broad categories.

1. Jazz musicians and big-bands
For French jazz musicians, rock ’n’ roll was primary music, but they’d had a lot of practise in satisfying dance-fans and adhered to rock without hesitation: between bop and the jump jazz of Louis Prima and Louis Jordan, and a Bill Haley rock number, there wasn’t much difference on the dance floor! So many musicians, like Henri Salvador, Mac-Kac or Moustache, delivered a playful Bill Haley-type of rock ’n’ roll rather than the Elvis Presley type, which had more codes. To preserve their honour, some of them used pseudonyms, and the latter included every possible kind of pun: Henry Cording, Rock Failair, etc. Others used their own names, like Hubert Rostaing, Michel Attenoux, Alix Combelle, Jack Diéval, Christian Garros or Raymond le Sénéchal. After 1960 and the rock explosion, many of these amiable mercenaries could be found in the studios, and even onstage, backing artists who were emerging from the new wave before the authentic rock-musicians’ generation came along.

2. Pop artists
For French pop artists – they called themselves “artistes de variétés” – who were also Realist, Left Bank-style singer-songwriters, any uplifting song was fair game, especially when the artists had a streak of fantasy and were used to looking for something that would prove easy to caricature. Renowned artists like Georges Guétary or Luis Mariano – they were Kings of Operetta! –, Eddie Constantine, Line Renaud, Georges Ulmer, Colette Renard, or the duo Roger Pierre & Jean-Marc Thibault, were moved to operate in this register which, with hindsight, seems completely Surrealistic. The exception confirming the rule was Edith Piaf, who adapted Black Denim Trousers and Motorcycle Boots as L’homme à la moto, based on a song by Jerry Leiber and Mike Stoller (Elvis Presley’s writers). Her version became a reference: even when teen idol Vince Taylor sang it in English, it was still called L’homme à la moto!

3. Rockers

Were there real rock ’n’ rollers in France before Johnny Hallyday? Negative. You can’t talk about singers who were “rock ‘n’ roll”, not in so many words, but you can at least talk about them in terms of rhythm, whether they had it by instinct or were just well-informed. They showed the way, even if it meant dealing with all the initial problems. Their names were Claude Piron, Danyel Gérard and Richard Anthony. The first two, after a pause, threw themselves into the scrimmage in 1961/62. The third found himself in pole-position in 1960 when Johnny Hallyday triggered the explosion that made him top dog for a decade.

In the collective memory, Henri Salvador was the first to rock and roll in France, for three reasons: one notable record, his discontinuous celebrity, and his association with Boris Vian and Michel Legrand. But historically speaking, the first explicit act of rock ‘n’ roll came from a singer/jazz drummer by the name of Mac-Kac, when his Super-45 disc Rock and roll was released on the Versailles label, even though it was preceded by a first version, by Jacques Hélian and his orchestra, of Rock Around The Clock under the title Toutes les heures qui sonnent; the latter was recorded on January 6th 1956, with vocals by Lou Darley, a Belgian.

Henry Cording, alias Henri Salvador, recorded a Super-45 disc in Paris on June 21st 1956 (it would be released that July). Salvador’s associates were “Vernon Sinclair” (alias Boris Vian) and “Mig Bike” (alias Michel Legrand, whose American nickname was “Big Mike”), with a certain “Jack K. Netty” producing (alias Jacques Canetti). The four were sworn adversaries of the serious rock to come, and Canetti would even quit his job at Philips after the label signed Johnny Hallyday without asking for his approval.

MAIN ARTISTS
Mac-Kac

Jean-Baptiste Reilles (1920-1987) was a gypsy drummer who played in the best Parisian jazz circles, and also a character out of Rabelais. He was first on the scene with two legendary Super-45 records for Versailles in spring 1956. They were called Rock and roll – as was an ultra-rare 10” album – and would even spawn an Atlantic 12” LP in America, The Greatest Rock And Roll. His lyrics were jubilant, and Mac-Kac would even cover Bill Haley. Sometimes confused with Moustache (he sang some of his titles), he returned to the scene in 1960/61 with two four-track singles before he vanished.

Henri Salvador
A jazz guitarist, all-round singer (ballads, Caribbean music, children’s songs, pastiches) and comic, Henri Salvador (1917-2008) could shoulder any song, from Boris Vian to Walt Disney. The four tracks of his summer ‘56 recording under the name of Henry Cording (& his Original rock and roll boys), were excitingly dynamic and gleeful; with its success assured, it reappeared in a new sleeve bearing the name Salvador, before a 10” LP (completed with other titles) was released that December. But it was just a passing fancy in a career that was otherwise extremely attaching. In 1960, when Johnny Hallyday was taking his first steps onstage at the Alhambra, Salvador’s disagreeable barbs aimed at the latter would ensure that the two artists would remain icily cool with one another forever. Even so, the next 45rpm disc from Henri would carry the title Salvador plays the blues and, early in 1958, still associated with Vian (but this time with Quincy Jones as arranger), he bequeathed to France the immortal title Blouse du dentiste. In 1961 he released a parody, Classic-rocks, based on the tragedies of Corneille and Racine, before tackling the twist in ‘62 (the famous Twist SNCF).

Magali Noël
After Salvador, a rock heroine? According to Boris Vian’s biographer Georges Unglik, it could have been Juliette Gréco, because her friend Boris tried hard (in vain) to convince her to be a rock singer... So it was actress Magali Noël (real name Magali-Noëlle Guiffrais) who donned the role of first French rockeuse… for just four titles. They were recorded in October ‘56 and written by Boris Vian and Alain Goraguer (it was the latter’s first session; he went on to a long career as a composer and arranger). Given the highly sexual character (unusual for the time) of the historic Fais-moi mal Johnny with Boris Vian (singing backup vocals), the songs were first released on Magali’s 10” LP christened Rock and roll, which was completed by instrumentals. The Super-45 disc of the same title was only released later. Where Magali Noël was concerned, the episode was merely a hiatus in a fine career in films (she became one of Fellini’s muses.)

Moustache
Moustache had a physique that could have made him Sergeant Garcia’s double for the “Zorro” TV series. His real name was François Galepides (1929-1987) and he was a pillar of the Parisian jazz scene. He already had eight Super-45 records under his belt (beginning in 1954) whose styles ranged from jazz to the exotic (viz. Mous-tache à Moscou, En Italie, A Harlem, Toréador, etc.) Between Moustache chez le Père Noël and Mous-tache au Tyrol he squeezed in a tasty four-track rock ’n’ roll disc at the end of 1956, followed by the odd title for Barclay Records beginning in 1958.

Claude Piron

Piron owes his presence among the French rock ’n’ roll pioneers above all to his second glorious career (from 1961 onwards) under the name of “Danny Boy & ses Pénitents”; the six Super-45 records he made under his own name (for Ducretet-Thomson, 1956-1960) met with little success. His voice was that of the typical Fifties’ “varieties” singer, and on certain titles he was almost less inhabited than Gilbert Bécaud or Charles Aznavour. But he did sing D’où reviens-tu Billie Boy with Danyel Gérard, judged a founding title in serious rock ‘n’ roll, even if it was a cover of a song from Canadian girl-next-door Dorothy Collins. The sleeve of Piron’s Rock et guitare carried an illustration showing him in leather trousers, but Danny Boy quit the scene in 1967, before returning for concerts after the year 2000.

Richard Anthony
Or the unique case of the 50’s pioneer and the 60’s conqueror. Richard Anthony (real name Ricardo Btesh) will forever remain a major figure of the so-called “Yéyé” period in France, but he had a remarkable voice for ballads or ditties with soft rhythms. He was already the precursor, right from his first recordings, of a peculiar methodology: semi-automatic covers of available Anglo-American hits, but not the least concern for creativity. In 1958 and 1959 his first Super-45 records transposed Buddy Holly, Neil Sedaka, Ricky Nelson and Cliff Richard, and his next one covered The Coasters. His first disc showed him as Rock’n’Richard, and the next had him on a motorcycle, Marlon Brando-style. At the very end of 1959, his third attempt (also the first of his records which sold well) introduced what would become THE first French rock hit, Nouvelle vague, with lyrics — like a plea from his generation — which seemed to be the soundtrack for the decade to come.

Danyel Gérard
The rock ‘n’ roll period of Danyel Gérard (real name Daniel Kherlakian) can be reduced to two Super-45 discs for Barclay (1958/59) whose sleeves were expressive: he swayed his hips and brandished a guitar. The man they called the “Suffocating Singer” also sang D’où reviens-tu Billie Boy?, which stuck to him more than it did to its previous singer, Claude Piron. Military service during the Algerian war ruined his career, and Danyel Gérard started again from scratch in 1961 as the protégé of radio-station Europe N°1, singing trendy tunes, among them “Twists”, for the Polydor label and later DiscAZ.

Milou Duchamp
At the end of 1959, this Belgian singer (real name Emile van de Velde) released a Super-45 single and then a 10” LP called Aïe aïe aïe Milou! for Odéon, thereby adding his own contribution to the “rock” movement in the form of Petit poison, a quasi rockabilly title, and Je t’ai tellement dans la peau or Tropical, whose inspiration at least came from Screamin’ Jay Hawkins. After a second four-track single in 1961 he disappeared from the limelight.

(LE) ROCK MADE IN QUEBEC
Quebec, the nearest neighbour of The United States, chose French as its language. While none of the following artists, all pioneers, would enjoy a lasting career in rock ‘n’ roll, some of those with a background in cabaret (Irène McNeil) or “pre-Country” (Willie Lamothe, Léo Benoît) succeeded in creating a remarkable precedent with either original songs or covers.

They called Quebec “la Belle Province” and it was there, in the course of 1956, that the first rock song in French appeared: Mes souliers bleus by Carmen Déziel covered Blue Suede Shoes (sung by Carl Perkins and then by Elvis Presley). The Trois Cléfs [or “Three Keys”] was the first Quebec group to convert to rock ’n’ roll, releasing two 45rpm singles on the London label (1956) with the original songs Le rock’n’roll du samedi soir and Ah oui je l’aime tant. At the end of the same year, two “Western” artists — they weren’t called “Country” yet — delivered En avant le rock’n’roll: Roger Miron, its writer (and the founder of various record-companies including Rusticana in 1958), and Rudy Asselin. Again in 1956, a quartet from Montreal surfaced under the name The Clover Boys, with their adaptation of Little Richard’s Long Tall Sally. They entitled it La grande Sally danse.

1957 was a very productive year for French Canadians, with some fifteen 45rpm releases including several titles which actually carried the words “rock ’n’ roll”. A Pari-sienne by birth, singer Michèle Sandry proposed Juke-box rock’n’roll; the quintet Les Inconnus provided the original song Je veux danser le rock’n’roll; and there was also a version of Fats Domino’s Blueberry Hill entitled Les plaines bleues.

Whereas no singer from Quebec managed to become a Canadian Elvis Presley, André Lejeune (he was born the same year, 1935) came close, thanks to his rock attitude complete with a shoulder-slung guitar. In 1957 he relea-sed Qu’est-ce que le rock’n’roll, which became a classic.

In the Fifties, the distinction of being “the female voice of rock ’n’ roll” fell to Irène McNeil, nicknamed Made-moiselle Rythme. By the time she reached her second single she was rocking like the devil, with Ce rythme le rock’n’roll, based on You Can’t Stop This Rocking And Rolling by Ivory Joe Hunter, and Rock A Beatin’ Boogie by Bill Haley. Like Carmen Déziel and Michèle Sandry, Irène McNeil was a cabaret/club singer ignored by tele-vision, which hadn’t yet found room for rock.

1957 saw the rock ’n’ roll interweaved within a style that was still little-known in France at the time: country & western. Freddy Gagné recorded two fabulous pieces with his group Les Compagnons, Rock rock rock le rock’n’roll and J’ai perdu mes souliers en dansant le rock’n’roll. Three great names in Quebec western music were hard on his heels. Marcel Martel launched Mon amour du rock’n’roll, a fire-sale version of Presley’s Hound Dog which you might call rockabilly, and it became a Quebec rock classic. A second western icon, Willie Lamothe — he was born in Saint-Hugues de Bagot in 1920 — adopted an ironic style, and the first western-rock fusion appeared in 1957 with his title Rock’n’roll à cheval. He wrote two gems, Pourquoi m’as-tu délaissé (end of 1959) and the classic Rock cowboy rock which was somewhat reminiscent of Bill Haley. In 1967 Lamothe appeared at the Grand Ole Opry in Nashville. The third western great was Paul Brunelle, who released only one title in the genre, Le rock de ma grand-mère (1958, for RCA).

After the club and western singers came a 27 year-old actress named Denyse Filiatrault, who in 1957 released the memorable Rocket rock’n’roll in praise of Montreal hockey-player Maurice Richard, whose nickname was The Rocket. Besides an active parallel career in theatre and television, Denyse released several records between 1958 and 1970.

Rusticana, the Montreal label created by Roger Miron, signed two singers who personified Quebec rock. Ernie Baribeau (and his Velvets) produced a rockabilly title that might have been recorded at Sun Studios in Memphis, Mais si, chérie, which had a rudimentary sound in the style of Carl Perkins. Better known to Quebec fans was Léo Benoît and his classic Le rock’n’roll dans l’lit, complete with accordion and a famous erotic chorus. He relea-sed a second rock title in 1959, Le rock’n’roll c’est bon.

The Jérolas, a duo featuring Jean Lapointe (vocals) and Jérôme Lemay (guitar & vocals), secured a contract with RCA in 1956; in all, they would record thirty 45rpm records and fifteen albums up until 1970. Their contribution to Quebec rock ‘n’ roll had more to do with humour: they adapted the Coasters’ Yakety Yak and Charlie Brown, and also Along Came Jones (under the title Jones s’est montré, later picked up by Henri Salvador in France as Zorro est arrivé).

The legacy of other artists appeared with merely one side of a 45rpm single, notably Jacques Fuoco and his torrid J’ai besoin, or Marcel Tremblay and his Ne me dis pas, a side worthy of Chuck Berry. Unlike France, Quebec saw no rock ‘n’ roll tidal wave in 1960-62; but, beginning in 1964, a sea of vocal groups would emerge in the wake of The Beatles.
Pierre LAYANI
(Juke Box Magazine)

Adapted into English by Martin DAVIES

Thanks to Léo Roy for the section on Quebec.
© 2015 FRÉMEAUX & ASSOCIÉS


DISQUE 1
JACQUES HÉLIAN
1 - Toutes les heures qui sonnent (2’45) 03/56
(Rock Around The Clock)
Max Freedman-Jimmy DeKnight/ Jacques Larue
MAC-KAC
2 - T’es pas tombé sur la tête (2’16) 05/56
(See You Later Alligator)
Robert Guidry/ Fernand Bonifay
3 - J’vais m’en j’ter un derrière la cravate (2’42) 07/56
Moustache-Sacha Distel
4 - T’es partie en socquettes (2’09) 07/56
Moustache-Sacha Distel
HENRI CORDING SALVADOR
5 - Rock’n’roll mops (2’26) 07/56
Boris Vian-Michel Legrand
6 - Rock-hoquet (2’29) 07/56
Boris Vian-Henri Salvador
7 - Va t’faire cuire un œuf, man ! (2’52) 07/56
Boris Vian-Michel Legrand
DICK RASURELL & SES BERLURONS
8 - Roll steack frites (2’43) 11/56
Jean-Pierre Sasson
9 - Tu m’as laissé tomber (1’59) 11/56
Jean-Pierre Sasson
CHOU RAVE HAGEUR
10 - Peb rock et broc (2’40) 12/56
R. Lecussant-A. Pontin
HUBERT ROSTAING
11 - J’ai perdu la tête (2’36) 12/56
Lucien Adès-Hubert Rostaing
ROGER PIERRE & JEAN-MARC THIBAULT
12 - Le cuirassé de Reichshoffen (3’14) 12/56
Roger Davis-Claude Stiremans-Roger Pierre
EDDIE CONSTANTINE
13 - Rock rock (2’13) 1956
Bernard Michel-Jeff Davis
COLETTE RENARD
14 - L’âge atomique (3’01) 12/56
(Rock Around The Island)
Ken Darby/ Pierre Amel
MOUSTACHE
15 - Le rock de Paris (2’43) 12/56
Moustache-Raymond Fol
16 - J’ai j’té ma clef dans un tonneau d’goudron (2’25) 12/58
Moustache-Sacha Distel
17 - C’est ça le blues (2’37) 12/58
Moustache-Michel Attenoux
JOHNNY ROCK GUITARE & SES ROCK’N’ROLLERS
18 - Roule-toi dans l’rock (2’35) 01/57
Marcel Bianchi-Alferay
GEORGES GUÉTARY
19 - Georges, viens danser le rock’n’roll (2’55) 01/57
Robert Chabrier-Jo Moutet
MAGALI NOËL
20 - Fais-moi mal Johnny (2’22) 02/57
Boris Vian-Alain Goraguer
21 - Alhambra rock (2’36) 02/57
Boris Vian-Alain Goraguer
FERRY ROCK BARENDSE
22 - T’as l’bonjour d’Alfred (2’50) 02/57
Jack Say-Nelly Byl
23 - Quelle affaire ce rock’n’roll (2’28) 02/57
(The Saints Rock’n’Roll)
Bill Haley-Milt Gabler/ Nelly Byl
ROCKIN’ HARRY & BROS.
24 - Faut pas m’énerver (2’24) 02/57
Jack Say-Nelly Byl
25 - Ne fais pas l’idiot Jo (2’23) 02/57
Harry Frekin-Nelly Byl

DISQUE 2
ÉDITH PIAF
1 - L’homme à la moto (2’06) 03/56
(Black Denim Trousers And Motorcycle Boots)
Jerry Leiber-Mike Stoller/ Jean Dréjac
TRIO RAISNER
2 - Voici le rock’n’roll (2’28) 03/57
Albert Raisner
PEB ROC & SES ROCKING BOYS
3 - Chaperon rock (3’06) 04/57
Boris Vian-Alain Goraguer
JÉSUS RAMIREZ
4 - C’est le rock and roll (2’20) 1957
Jésus Ramirez-Jean Saint-Paul-D. Carly
ROCK FAILAIR
5 - Rockin’ party (2’32) 1957
Boris Vian-Eddie Barclay-Jacques Brienne
6 - Rock de monsieur Failair (2’53) 12/57
Boris Vian-Eddie Barclay-Jacques Brienne
AMY ANAHÏD
7 - Rock c’est un rock (2’11) 01/58
Mick Micheyl-Armand Canfora
HENRI SALVADOR

8 - Blouse du dentiste (3’26) 03/58
Boris Vian-Henri Salvador
CLAUDE PIRON
9 - Viens (2’35) 09/58
(When)
Paul Evans-Jack Reardon/ André Salvet-Guy Bertret
PHILY FORM
10 - Blues pour ma p’tite amie (2’02) 10/58
René Clausier-Alferay
DANYEL GÉRARD
11 - D’où reviens-tu Billie Boy ? (2’54) 01/59
(Where Have You Been, Billie Boy)
Lawrence Elow-Raymond Scott/ Boris Vian
GABRIEL DALAR
12 - 39 de fièvre (3’02) 02/59
(Fever)
John Davenport-Eddie Cooley/ Boris Vian
LUIS MARIANO
13 - Ma p’tite chérie (2’02) 05/59
(Chantilly Lace)
J.P. Richardson/ Hubert Ithier
RICHARD ANTHONY
14 - Peggy Sue (2’20) 12/58
(Peggy Sue)
Buddy Holly-Jerry Allison-Norman Petty/ Michèle Libert-Jacques Mareuil
15 - Chanson Magique (2’15) 06/59
(Move It)
Ian Samwell/ Michèle Libert
16 - Nouvelle vague (2’33) 10/59
(Three Cool Cats)
Jerry Leiber-Mike Stoller/ Armand Canfora-Richard Anthony
17 - Pauv’ Jenny (2’28) 10/59
(Poor Jenny)
Felice & Boudleaux Byant/ Richard Anthony
MILOU DUCHAMP
18 - Je t’ai tellement dans la peau (1’50) 1959
Milou Duchamp-Jean-Paul Mengeon
19 - Petit poison (2’14) 1959
Milou Duchamp-Claude Bolling
GEORGES ABER
20 - Comme un tigre (2’09) 02/60
(Tiger)
Ollie Jones/ Georges Aber
JOHNNY ROCK FELLER (Jean Yanne)
21 - Le rock coco (2’31) 1961
Jean Yanne-Jean Baïtzouroff
22 - J’aime pas le rock (2’11) 1961
Jean Yanne-Jean Baïtzouroff
LINE RENAUD
23 - C’est toi baby (1’53) 06/61
(Little Boy Sad)
Wayne P. Walker/ Pierre Delanoë
ZANINI & SES CHALLENGERS
24 - Dis-moi oui ou non (2’58) 11/61
Marcel Zanini-Léo Missir
HENRI SALVADOR
25 - Papa Liszt twist (2’08) 05/62
(Der Lieberstraum Als Twist)
Weinzier-Rieden/ Georges Aber-Henri Salvador

DISQUE 3
QUÉBEC’N’ROLL
CARMEN DEZIEL
1 - Mes souliers bleus (1’59) 1956
(Blue Suede Shoes)
Carl Perkins/ Armand Desrochers
2 - Ne sois pas cruel (1’53) 1956
(Don’t Be Cruel)
Otis Blackwell/ Armand Desrochers
TROIS CLEFS
3 - Le rock’n’roll du samedi soir (2’43) 1956
Fernand & Gertrude Blouin
CLOVER BOYS
4 - La grande Sally danse (2’03) 1956
(Long Tall Sally)
Enotris Johnson/ R. d’Amour
DENYSE FILLATRAULT
5 - Rocket rock’n’roll (2’36) 1957
Jacques Lorain-Roger Joubert
IRENE MCNEIL
6 - Rock A Beatin’ Boogie (1’34) 1957
(Rock A Beatin’ Boogie)
Bill Haley/ x
7 - Sois gentil (2’00) 1957
(Treat Me Nice)
Jerry Leiber-Mike Stoller/ Irène McNeil
8 - Ce rythme le rock’n’roll (2’13) 1957
(You Can’t Stop This Rocking And Rolling)
Ivory Joe Hunter
9 - Rock’n’roll du Père Noël (2’04) 1957
Léon René-Irène McNeil
WILLIE LAMOTHE
10 - Rock’n’roll à cheval (2’52) 1957
Willie Lamothe
ROGER MIRON
11 - En avant le rock’n’roll (1’58) 1957
Roger Miron
FREDDY GAGNE
12 - Rock rock rock le rock’n’roll (2’13) 1957
Freddy Gagné
MARCEL MARTEL
13 - Mon amour du rock’n’roll (2’25) 1957
Marcel Martel
14 - Rock’n’roll du Père Noël (2’01) 1958
Marcel Martel
LEO BENOIT
15 - Le rock’n’roll dans l’lit (2’27) 1958
Léo Benoît
Ernie Baribeau
16 - Mais si, chérie (1’48) 1958
ERNIE BARIBEAU
Willie Lamothe
17 - Ce qui compte c’est le rock’n’roll (2’35) 1958
WILLIE LAMOTHE
18 - Rock cowboy rock (2’27) 1959
Willie Lamothe
JEROLAS
19 - Yakety Yak (Rouspet pas) (2’15) 1958
(Yakety Yak)
Jerry Leiber-Mike Stoller/ Pìerre Petel
20 - Charlie Brown (2’17) 1959
(Charlie Brown)
Jerry Leiber-Mike Stoller/ Lemay
LEO BENOIT
21 - Le rock’n’roll c’est bon (2’01) 1959
Léo Benoit
JACQUES FUOCO

22 - J’ai besoin (2’04) 1959
Pierre Nolès
RYTHMOS
23 - Frisette (2’17) 09/59
C. Guy Lapointe
24 - Petite Nancy (1’49) 05/60
C. Guy Lapointe
MARCEL TREMBLAY
25 - Ne me dis pas (1’58) 1962
Burt Houde

Si le rock’n’roll, abrégé en rock, a officiellement démarré et explosé en France avec Johnny Hallyday en 1960, plusieurs artistes français s’étaient déjà essayés à ce nouveau genre musical nord-américain dès 1956. La vocation est rare (Richard Anthony, Danyel Gérard, Claude Piron), la plupart y voit une musique de danse (les orchestres de jazz), une occasion de parodie ou de pastiche (Henri Salvador, Moustache), ou encore la source d’un air entraînant (Luis Mariano, Georges Guétary). Coups d’éclats, comme carrières éphémères, le meilleur est réuni ici par François Jouffa et Pierre Layani, complété par une sélection québécoise, la première éditée à ce jour et savoureux complément à cette anthologie du rock francophone.    
Patrick FRÉMEAUX


If rock ’n’ roll, or just “rock”, officially exploded into life in France with Johnny Hallyday in 1960, several French artists had already tried this new American music genre as early as 1956. It was a rare vocation, with the appearance of Richard Anthony, Danyel Gérard and Claude Piron. Most other observers saw it as dance music (the jazz bands), as an opportunity for parody or pastiche (Henri Salvador, Moustache), or else as a source for a lively melody (Luis Mariano, Georges Guétary). The best of French rock, flashing outbursts and short-lived careers included, has been collected here by François Jouffa and Pierre Layani, together with a French-Canadian selection (the first to be released to date) as a tasty bonus for this rock anthology “à la française”.   
Patrick FRÉMEAUX


CD 1 : JACQUES HÉLIAN : 1. Toutes les heures qui sonnent (2’45) • MAC-KAC : 2. T’es pas tombé sur la tête (2’16) 3. J’vais m’en j’ter un derrière la cravate (2’42) 4. T’es partie en socquettes (2’09) • HENRI CORDING SALVADOR : 5. Rock’n’roll mops (2’26) 6. Rock-hoquet (2’29) 7. Va t’faire cuire un œuf, man ! (2’52) • DICK RASURELL & SES BERLURONS : 8. Roll steack frites (2’43) 9. Tu m’as laissé tomber (1’59) • CHOU RAVE HAGEUR : 10. Peb rock et broc (2’40) • HUBERT ROSTAING 11. J’ai perdu la tête (2’36) • ROGER PIERRE  & JEAN-MARC THIBAULT : 12. Le cuirassé de Reichshoffen (3’14) • EDDIE CONSTANTINE : 13. Rock rock (2’13) • COLETTE RENARD : 14. L’âge atomique (3’01) • MOUSTACHE : 15. Le rock de Paris (2’43) 16. J’ai j’té ma clef dans un tonneau d’goudron (2’25) 17. C’est ça le blues (2’37) • JOHNNY ROCK GUITARE & SES ROCK’N’ROLLERS : 18. Roule-toi dans l’rock (2’35) • GEORGES GUÉTARY : 19. Georges, viens danser le rock’n’roll (2’55) • MAGALI  NOËL : 20. Fais-moi mal Johnny (2’22) 21. Alhambra rock (2’36) • FERRY ROCK BARENDSE : 22. T’as l’bonjour d’Alfred (2’50) 23. Quelle affaire ce rock’n’roll (2’28) • ROCKIN’ HARRY & BROS. : 24. Faut pas m’énerver (2’24) 25. Ne fais pas l’idiot Jo (2’23).

CD 2 : ÉDITH PIAF : 1. L’homme à la moto (2’06) • TRIO RAISNER : 2. Voici le rock’n’roll (2’28) • PEB ROC & SES ROCKING BOYS : 3. Chaperon rock (3’06) • JÉSUS RAMIREZ : 4. C’est le rock and roll (2’20) • ROCK FAILAIR : 5. Rockin’ party (2’32) 6. Rock de monsieur Failair (2’53) • AMY ANAHÏD : 7. Rock c’est un rock (2’11) • HENRI SALVADOR : 8. Blouse du dentiste (3’26) • CLAUDE PIRON : 9. Viens (2’35) • PHILY FORM : 10. Blues pour ma p’tite amie (2’02) • DANYEL GÉRARD : 11. D’où reviens-tu Billie Boy ? (2’54) • GABRIEL DALAR : 12. 39 de fièvre (3’02) • LUIS MARIANO : 13. Ma p’tite chérie (2’02) • RICHARD ANTHONY : 14. Peggy Sue (2’20) 15. Chanson Magique (2’15) 16. Nouvelle vague (2’33) 17. Pauv’ Jenny (2’28) • MILOU DUCHAMP : 18. Je t’ai tellement dans la peau (1’50) 19. Petit poison (2’14) • GEORGES ABER : 20. Comme un tigre (2’09) • JOHNNY ROCK FELLER (Jean Yanne) : 21. Le rock coco (2’31) 22. J’aime pas le rock (2’11) • LINE RENAUD : 23. C’est toi baby (1’53) • ZANINI & SES CHALLENGERS : 24. Dis-moi oui ou non (2’58) • HENRI SALVADOR : 25. Papa Liszt twist (2’08).

CD 3 : QUÉBEC’N’ROLL : Carmen DÉziel : 1. Mes souliers bleus (1’59) • 2 - Ne sois pas cruel (1’53) • TROIS ClÉfs : 3. Le rock’n’roll du samedi soir (2’43) • Clover boys : 4. La grande Sally danse (2’03) • Denyse Filiatrault : 5. Rocket rock’n’roll (2’36) • IrÈne McNeil : 6. Rock A Beatin’ Boogie (1’34)  7. Sois gentil (2’00) 8. Ce rythme le rock’n’roll  (2’13) 9. Rock’n’roll du Père Noël (2’04) • Willie Lamothe : 10. Rock’n’roll à cheval (2’52) • Roger Miron : 11. En avant le rock’n’roll (1’58) • Freddy GagnÉ : 12. Rock rock rock le rock’n’roll (2’13) • Marcel Martel : 13. Mon amour du rock’n’roll (2’25) 14. Rock’n’roll du Père Noël (2’02) • LÉo Benoit : 15. Le rock’n’roll dans l’lit (2’27) • Ernie Baribeau : 16. Mais si, chérie (1’48) • Willie Lamothe : 17. Ce qui compte c’est le rock’n’roll (2’35) 18. Rock cowboy rock (2’27) • JÉrolas : 19. Yakety Yak (Rouspet pas) (2’15) 20. Charlie Brown (2’17) • LÉo Benoit : 21. Le rock’n’roll c’est bon (2’01) • Jacques Fuoco : 22. J’ai besoin (2’04) • Rythmos : 23. Frisette (2’17) 24. Petite Nancy (1’49) • Marcel Tremblay : 25. Ne me dis pas (1’58).

CD Anthologie du rock fifties en français 1956-1960 © Frémeaux & Associés 2015.




EcoutezPisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 Toutes les heures qui sonnent02'46
02 T'es pas tombé sur la tête02'17
03 J'vais m'en j'ter un derrière la cravate02'43
04 T'es partie en socquettes02'10
05 Rock n'roll mops02'27
06 Rock-hoquet02'30
07 Va t'faire cuire un œuf, man!02'53
08 Roll steack frites02'44
09 Tu m'as laissé tomber02'00
10 Peb rock et broc02'41
11 J'ai perdu la tête02'37
12 Le cuirassé de Reichshoffen03'15
13 Rock rock02'14
14 L'âge atomique03'02
15 Le rock de Paris02'44
16 J'ai j'té ma clef dans un tonneau d'goudron02'26
17 C'est ça le blues02'38
18 Roule-toi dans l'rock02'36
19 Georges, viens danser le rock'n'roll02'56
20 Fais-moi mal Johnny02'23
21 Alhambra rock02'37
22 T'as l'bonjour d'Alfred02'51
23 Quelle affaire ce rock'n'roll02'29
24 Faut pas m'énerver02'25
25 Ne fais pas l'idiot Jo02'23
CD 2
01 L'homme à la moto02'07
02 Voici le rock'n'roll02'29
03 Chaperon rock03'07
04 C'est le rock and roll02'21
05 Rockin' party02'33
06 Rock de monsieur Failair02'54
07 Rock, c'est un rock02'12
08 Blouse du dentiste03'27
09 Viens02'36
10 Blues pour ma p'tite amie02'03
11 D'où reviens-tu Billie Boy?02'55
12 39 de fièvre03'03
13 Ma p'tite chérie02'03
14 Peggy Sue02'21
15 Chanson magique02'16
16 Nouvelle vague01'50
17 Pauv' Jenny02'29
18 Je t'ai tellement dans la peau01'51
19 Petit poison02'15
20 Comme un tigre02'10
21 Le rock coco02'31
22 J'aime pas le rock02'12
23 C'est toi baby01'54
24 Dis-moi oui ou non02'59
25 Papa Liszt twist02'08
CD 3
01 Mes souliers bleus02'01
02 Ne sois pas cruel01'55
03 Le rock'n'roll du samedi soir02'45
04 La grande Sally danse02'05
05 Rocket rock'n'roll02'38
06 Rock a beatin' boogie01'36
07 Sois gentil02'02
08 Ce rythme le rock'n'roll02'15
09 Rock'n'roll du père Noël02'06
10 Rock'n'roll à cheval02'54
11 En avant le rock'n'roll02'00
12 Rock, rock, rock le rock'n'roll02'15
13 Mon amour du rock'n'roll02'27
14 Rock'n'roll du père Noël02'10
15 Le rock'n'roll dans l'lit02'29
16 Mais si chérie02'34
17 Ce qui compte c'est le rock'n'roll02'37
18 Rock cowboy rock02'29
19 Yakety yak02'17
20 Charlie Brown02'19
21 Le rock'n'roll, c'est bon02'03
22 J'ai besoin02'06
23 Frisette02'19
24 Petite Nancy01'51
25 Ne me dis pas01'58
“A fascinating release” by Blues & Rhythm

“Frémeaux FA 5479 (Three CDs: 65:00/ 61:44/ 55:37) Note first that this is “Rock In French”, not “In France” as the third CD consists of rock and roll recordings from Quebec in Canada. As the notes point out, the music on the first two CDs is from France itself, pre-Johnny Hallyday, the French rock and roll pioneer, and tends to consist of performances by jazzers, big band musicians, and pop artists, jumping onto another fad like mambo and calypso… But that is not to say this is a waste of time – quite the opposite. Édith Piaf may not appeal to non-French speakers with her relatively well-known ‘L’Homme À La Moto’ (a cover of Leiber & Stoller’s ‘Black Denim Trousers And Motorcycle Boots’) - it is most definitely Édith Piaf. However,  some of the other tracks have more in common with Bill Haley in particular - the set opens with Jacques Hélian’s version of ‘Rock Around The Clock’ from 1956 and Mac-Kac’s reworking of ‘See You Later Alligator’ - rather than Elvis Presley, who only really comes to mind on track 17 of the first CD, ‘C’Est Ça Le Blues” by Moustache. Another common element is the novelty aspect (take a listen to ‘Quelle Affaire Ce Rock ‘N’ Roll’, Cab Calloway meets ‘When The Saints…’), so that some of these are obviously not entirely serious performances. There is often also a noticeable use of French slang in the lyrics, plus the occasional use of scat singing. The second CD finds the music becoming rather more homogenous, with the majority of titles from between 1958 and 1962. Henri Salvador’s ‘Blouse Du Dentiste’ was arranged by resident jazzman Quincy Jones and sounds more than a little like Screamin’ Jay Hawkins, and there are covers of material such as ‘Fever’, ‘Chantilly Lace’, ‘Peggy Sue’, The Coasters’ ‘Three Cool Cats’ (as ‘Nouvelle Vague’, the first genuine French rock hit), The Everly Brothers’ ‘Poor Jenny’, and er, Cliff Richard’s ‘Move It’. Those last four titles are all by Richard Anthony, a big star in France in the 60s.

The material from Quebec – 25 tracks - seems a little more like an empathetic if rapid response to the music from south of the border. There is obviously a stronger Elvis influence, whose ‘Don’t Be Cruel’ is covered by Carmen Déziel – she also performs ‘Blue Suede Shoes’, with both titles from 1956 and reputedly the first rock recordings in French, and Irène McNeil tackles ‘Treat Me Nice’. Other covers originate from Little Richard – ‘Long Tall Sally’ as The Clover Boys’ ‘La Grande Sally Danse’, Bill Haley’s ‘Rock A Beatin’ Boogie’, Ivory Joe Hunter’s 1956 Atlantic number ‘You Can’t Stop This Rocking And Rolling’ and duo The Jérolas cover The Coasters’ ‘Yakety Yak’ and ‘Charlie Brown’ to good effect. Willie Lamothe’s ‘Rock ‘N’ Roll À Cheval’ has yodelling, fiddle, and a cajunesque accordion, besides pinching a little from Bill Haley, and many other performances here tend towards a country sound, which may give some clue as to why these Canadian recordings sound a little more assured compared to what was on the first two CDs – there was no country tradition in France at the time these sides were made. There are two versions of ‘Rock ‘N’ Roll Du Père Noël’, originally Leon Rene’s ‘Boogie Woogie Santa Claus’, a hit for Mabel Scott and the flip-side of Patti Page’s ‘Tennessee Waltz’ – Irène McNeil’s from 1957 is well worth a listen, but Marcel Martel’s, from the following year, is astonishing, with tough steel guitar way out front; his ‘Mon Amour Du Rock ‘N’ Roll’ borrows very heavily from ‘Hound Dog’. Ernie Baribeau’s ‘Mais Si, Cherie’ is straight-ahead rockabilly, and Marcel Tremblay shows off his Chuck Berry licks on ‘Ne Me Dis Pas’. All in all then, a fascinating release – the French material makes for interesting listening, the Canadian totally intriguing.”


By Norman DARWEN – BLUES & RHYTHM





« Une véritable révélation » par Jukebox Magazine

« Dans la série François Jouffa présente, Frémeaux offre en 3 CD un magnifique panorama du rock’n’roll chanté dans la langue de Molière en France (CD 1 & 2) et au Québec (CD 3) avant 1960 (ou presque) : « ANTHOLOGIE DU ROCK 50 EN FRANÇAIS » (75 titres, livret 24 p., Frémeaux FA 5479). Responsable de la compilation et du texte du livret où l’érudition le dispute à l’acuité de la perception, Pierre Layani, aidé par Léo Roy pour la partie québécoise (voir JBM N°329), met à la disposition du plus grand nombre un phénomène souvent méconnu, car occulté par le raz-de-marée Johnny Hallyday en 1960. Or, à partir de 1956 et du succès planétaire de Bill Haley puis d’Elvis Presley, le rock’n’roll touche tous les pays du monde occidental. Chez nous cela est mal perçu par le milieu musical tenu en grande partie par les jazzmen qui y voient une vulgarisation de leur musique, mais qui s’y mettent, pour s’en moquer et/ou pour répondre à une demande grandissante. Boris Vian, Michel Legrand et Henri Salvador, sous différents pseudonymes, commettent quelques disques qui vont devenir, en dépit de leurs intentions parodiques, des chefs d’oeuvre du genre qui s’écoutent toujours avec jubilation. « Rock’n’Roll Mops », « Rock Hoquet », « Va T’Faire Cuire Un OEuf Man ! » par Henri Cording Salvador, l’osé pour l’époque « Fais-Moi Mal Johnny » et « Alhambra Rock » par l’actrice Magali Noël comptent parmi les fleurons. Même si ces talentueux mais peu sympathiques personnages n’ont jamais loupé une occasion de dénigrer ces titres, même 50 ans après ! Peu auparavant, le batteur chanteur gitan Mac-Kac enregistre avec l’aide de Sacha Distel « T’Es Pas Tombé Sur La Tête », l’hymne de comptoir « J’Vais M’En J’ter Un Derrière La Cravate » et le délirant « T’Es Partie En Socquettes ». Dès lors jouées et chantées par de truculents artistes hauts en couleur et piliers des club de jazz parisiens comme Moustache, galéjades et autres pantalonnades parfois surréalistes se succèdent sur des rythmes jump empruntés à Bill Haley et Freddie Bell, dont la prestation à l’Olympia en 1957, un an avant les Comets, n’est pas passée inaperçue pour tout le monde. Saxophones et pianos se taillent la part du lion ! A part le guitariste corse Marcel Bianchi qui a assimilé le jumpblues de T.Bone Walker (« Roule-Toi Dans L’Rock » sous le pseudonyme Johnny Rock Guitare), il faut attendre la décennie suivante et le phénomène social des groupes pour que la guitare devienne chez nous l’instrument roi du rock ’n’roll. Dick Rasurel & Ses Berlurons, Chou Rave Hageur, Ferry Rock Barendse, les humoristes Roger Pierre & Jean- Marc Thibault, les ténors Luis Mariano et Georges Guétary proposent des tempos frénétiques qui balancent bien, à défaut de générer l’identification pour la jeunesse qui attend toujours son Elvis français. Et ce malgré les premiers pas de Richard Anthony, Claude Piron et Danyel Gérard. La proximité des USA, les concerts d’Elvis Presley et un mode de vie américain font que le rock’n’roll québécois se rapproche plus du modèle originel, avec des parties de guitares pour certaines virtuoses (« Yakety Yak-Rouspet Pas » et « Charlie Brown » par les Jérolas) et de nombreux solos de steel guitar. Ce disque, toute première anthologie R’n’R québécois, est une véritable révélation. La plupart des titres, non disponibles en CD, ont été repiqués sur les vinyles originaux. La musicalité et l’entrain qui s’en dégagent sont contagieux même si, là aussi, la plupart des interprètes sont des artistes de cabaret ou des cowboys chantants. Pour se mettre de bonne humeur le matin, « Rock’n’Roll A Cheval » (Willie Lamothe), « Le Rock’n’Roll Dans L’Lit » (Léo Benoit), « Rock’n’Roll Du Père Noël » (Marcel Martel) sont des remèdes garantis. Slap back echo émulant le son Sun, guitares en picking, swing irrésistible servent des chanteurs dont le savoureux accent québécois emporte l’adhésion. Ce CD vaut à lui seul l’achat du coffret et, dans un élan d’émotion et de plaisir incontrôlables, crions Vive le rock du Québec libre ! »

Par Tony MARLOW – JUKEBOX MAGAZINE





« Un coffret pour collectionneurs et archivistes » par Blues & Co

Ceux qui pensaient que les premiers chanteurs de rock and roll français étaient Johnny Hallyday et Eddy Mitchell se sont trompés. Ce coffret de trois cd nous prouve, tout d’abord, que Jacques Hélian et son « Toutes les heures qui sonnent » copie du standard de Bill Haley « Rock around the clock » a été mis dans la cire avant l’arrivée de Johnny et Eddy. Jean-Baptiste Reilles dit Mac-Kac prendra le relais quelques mois plus tard avec « T’es pas tombé sur la tête » encore un succès de Bill Haley « See you later alligator ». A cette période, Boris Vian tournera en dérision cette forme musicale qui représentait pour lui, uniquement du bruit. Il signera pourtant une série de titres qui seront chantés notamment par Henri Salvador et Magali Noël. Il est évident que ces chanteurs ne feront qu’un court passage dans ce créneau, laissant la voie libre aux rockers des années sixties, plus assidus sur ce registre que leurs prédécesseurs. D’autres artistes connus vont explorer le temps d’un disque ou même d’un seul titre cette nouvelle discipline, parmi eux : Line Renaud, Eddie Constantine, Colette Renard ou encore Georges Guétary ! en écoutant l’ensemble des 75 chansons , on se rend compte que les intervenants sont sous l’influence principale du rythme endiablé de Bill Haley agrémentée d’une section cuivre digne d’une bonne formation de jazz. Sans se prendre au sérieux, le contenu des textes est d’un niveau qui frise parfois le ridicule. Le but était de se défouler en priorité sur des musiques qui invitent à danser. J’ai relevé, malgré tout de véritables perles, notamment le provocateur sado-maso « Johnny fait moi mal » de Boris Vian interprété par la pétillante et merveilleuse Magali Noël, « Black denim trousers and motorcycle boots » de Jerry Leiber-Mike Stoller repris en français par Edith Piaf « L’homme à la moto » et l’incontournable « Blouse du dentiste » chanté par Henri Salvador. Font partie aussi de cette anthologie : Richard Anthony, Danyel Gérard, Moustache…Un troisième cd est consacré aux artistes canadiens francophones de cette même époque : Carmen Déziel, Willie Lamothe, Marcel Martel…Je conseille ce coffret aux collectionneurs et archivistes.
Par Bruno MARIE - BLUES & CO




« Des productions totalement indispensables » par Rock & Folk

Que retenir de ce coffret 3-CD ? Sans doute pas la partie franco-française déjà si magnifiquement traitée en 2010 par Thierry Liesenfeld sur le label Saphyr avec « Rock And Roll A La Française », 6CD couvrant les années 1956-1959 en 172 titre, un mastering à tomber par terre et, en prime, un somptueux livre de 240 pages riches en documents d’époque. Non, aujourd’hui cette nouvelle anthologie Frémeaux vaut surtout pour son troisième CD qui, et c’est une première, met en lumière les productions québécoises totalement indispensables pour qui s’intéresse un tant soit peu aux origines du rock en français. C’est une réalité, le Québec a immédiatement réagi à l’éclosion du mouvement popularisé par Elvis, dès 1956 donc, et sans se poser de questions sur l’approche de ce nouveau style. Alors qu’en France l’humour est le plus souvent de mise pour essayer de l’imposer (Henry Cording, Mac Kac, Moustache…), de l’autre côté de l’Atlantique la déflagration est telle que la réaction se fait entendre et se déguste au premier degré. Le son des guitares est déjà on ne peut mieux maîtrisé par des musiciens ne provenant pas nécessairement du jazz pour savoir bien jouer, et les mots « rock » et « roll » sont tout de suite prononcés de manière naturelle par des gens évolués parfaitement bilingues qui par ailleurs ne font aucun complexe pour défendre une langue française si chère au cœur des Québécois. Les plus grosses pépites du genre sont pratiquement toutes réunies ici et il est désormais inutile de dépenser des sommes folles pour tenter de les acquérir : « Mes Souliers Bleus », « Ne Sois Pas Cruel » par Carmen Déziel, « Ce qui Compte C’Est Le Rock’n Roll » de Willie Lamothe, « Rocket Rock’n Roll » de Denyse Filiatrault, « Le Rock’n Roll Dans L’Lit » de Léo Benoit, on en passe et des encore meilleures.
Par Vincent PALMER – ROCK  &  FOLK




« 75 joyaux méconnus d'une époque qui l'est tout autant » par Québec Info Musique

« C'est bien de pionniers du rock'n roll dont il s'agit ici. Plus de 20 ans après que nous ayons élaboré –dans les pages du périodique Rendez-vous 93– une première recension d'oeuvres et d'artistes québécois ayant trempé volontairement ou accidentellement dans ce rythme fou des années 1950, période que du point de vue de ma génération je qualifiais de « pré yé-yé », quelqu'un a enfin franchi le pas et publié une réponse audio à cette exploration. Mais celle-ci n'origine pas de notre environnement immédiat; on la retrouve plutôt comme partie prenante du nouveau volume de la collection Roots of Rock 'n' Roll, un triple album consacré aux balbutiements d'un R'n R francophone. Ce volume intitulé "Anthologie du Rock fifties en français 1956-1960" regroupe exactement 75 joyaux méconnus d'une époque qui l'est tout autant, à quelques exceptions près. Sur ces 75 titres, bien peu sont diffusés sur les ondes dédiées aux « musiques souvenir ». Quelques fantaisies d'Henri Salvador (Henry Cording) ou des Jérolas, les incursions anecdotiques d'un Eddy Constantine ou d'un Georges Guétary, l'hommage au "Rocket rock'n' roll" de Denyse Filiatrault, c'est à peu près tout ce que le grand public peut identifier... et encore. C'est donc une démarche essentielle que celle de Frémeaux & Associés vient de mener, dans l'optique d'un « Je me souviens » qui nous touche directement.
Premier constat: d'un côté de l'Atlantique comme de l'autre, cette nouveauté musicale n'était pas prise très au sérieux. En France, une portion inhabituelle de ces enregistrements affiche des noms carrément loufoques: Chou Rave Hageur, Rock Failair, Phily Form, même chez les plus consistants comme Mac-Kac et le déjà nommé Henry Cording. Chez nous, les artistes « western » (en amont du country) comme les vedettes de cabaret laissent voir leur amusement dans les titres de leurs essais rock: "Rock'n' roll à cheval", "Rock'n' roll du Père Noël" et autres "Yakety Yak". La rigolade est par ailleurs surreprésentée en France avec des titres comme "J'ai j'té ma clef dans un tonneau d'goudron", "Chaperon rock", "Roule-toi dans l'rock", "Va t'faire cuire un oeuf, man!" et plusieurs autres.
Caractères distinctifs: la plupart des titres sur les deux CD couvrant la France proposent une musique de grand ensemble, en premier lieu l'orchestre de Jacques Hélian qui fut l'un des premiers à oser le style en offrant une reprise du plus grand succès de Bill Haley et ses Comets "Toutes les heures qui sonnent"; une esthétique à forte tendance swing tandis que le volet québécois fait plus souvent place à de petites formations. Exemples: Les Trois Clefs "Le rock'n' roll du samedi soir", Marcel Martel et son as guitariste Don Olsen, les Rythmos, duo sans batterie dans "Frisette", et surtout les tenants du son rock'n' roll laurentien tels Freddy Gagné "Rock, rock, rock, le rock'n' roll ", Léo Benoit "Le rock'n' roll dans l'lit", "Le rock'n' roll c'est bon", Ernie Baribeau "Mais si ma chérie"… Une surprise pour les sociologues: au Québec, plusieurs de ces artistes utilisaient déjà un langage familier (on ne disait pas encore joual) plus de 10 ans avant la révolution officielle du langage de 1968. Bien avant l'Osstidcho ou Les Belles-soeurs, il était donc possible d'entendre sur disque des phrases comme: « Ça sent l'yabe dans l'auditorium » - les Jérolas / « Quand j'me mets à danser avec mon beau bebé, là j'commence à yodeler » - Léo Benoit / « Nos amis, les Américains, viennent nous rocker leur petit refrain » - Willie Lamothe / « Tu cours toujours la galipotte ou tu t'en vas danser le rock » - les Rythmos. Seulement les analystes ne fréquentaient pas les lieux où ces gens se produisaient.
Donc, plein de surprises et de découvertes sur ces trois disques. Pour ma part, mes trois étoiles iraient à: Magali Noël pour l'interprétation originelle de "Fais-moi mal Johnny" un classique que nous avions surtout connu au Québec par l'intermédiaire de Pauline Julien. Luis Mariano qui offre avec "Ma p'tite chérie" une version pétillante de "Chantilly Lace" ; la Québécoise Irène McNeil. Elle nous présente, dans "Ce rythme le rock'n' roll", une perspective intergénérationnelle intéressante: « Il y avait déjà en 1920 le Charleston et le Peek-a-boo, le Boogie Woogie, le Razzle Dazzle, maintenant c'est le Rock'n' roll »! Hors catégorie: Édith Piaf et "L'homme à la moto". »
Par Richard BAILLARGEON – QUEBEC INFO MUSIQUE




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