ARAN, UN OPÉRA SIGNÉ BÉCAUD 1962 - LA RÉÉDITION OFFICIELLE

GILBERT BECAUD

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Artiste GILBERT BECAUD
Direction artistique : LAURENT BALANDRAS & OLIVIER JULIEN
Livret : 16 PAGES - ENGLISH NOTES
Nombre de CDs : 2


29,99 € TTC

FA5495

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Gilbert Bécaud, est l’artiste français le plus chanté dans le monde et possède un sens du verbe et de la mélodie incomparable. Incontournable figure de la variété au tournant des années 1960, ses titres « Age tendre et tête de bois » et « Salut les copains » sont empruntés par les plus emblématiques émissions de télévision pour la jeunesse et sa chanson la plus célèbre, « Et maintenant », vient de paraitre (1961).

Gilbert Bécaud alors au sommet de sa gloire, entreprend à contre-courant de l’évolution que prenait sa carrière artistique, le pari fou de composer un opéra dans lequel il pourrait combiner un drame lyrique à ses talents de mélodiste populaire.

Avant de devenir « Monsieur 100 000 volts », Bécaud avait reçu une formation classique au conservatoire de Nice et avait débuté sa carrière en composant de nombreuses musiques de film, notamment pour Marcel Carné.

Cette œuvre énigmatique, dont le livret est signé Pierre Delanoë, Jacques Emmanuel et Louis Amade, avait réuni le tout Paris artistique lors de sa représentation au théâtre des Champs-Élysées en 1962.

Un opéra qui a ensuite tourné dans le monde entier pendant plus de 30 ans.

Réalisé par Laurent Balandras et Olivier Julien en accord avec la succession Gilbert Bécaud, ce coffret propose une version restaurée de l’opéra avec pour la première fois des documents issus des bandes magnétiques inédites provenant des archives personnelles de l’artiste.

Patrick FREMEAUX

RÉÉDITION OFFICIELLE EN ACCORD AVEC LA SUCCESSION GILBERT BÉCAUD ET LES NOUVELLES ÉDITIONS RIDEAU ROUGE

DIRECTION ARTISTIQUE : LAURENT BALANDRAS ET OLIVIER JULIEN

CD1 : 1. Ouverture (chœur des hommes) 4’57 • 2. Acte premier, premier tableau - Le pub 3’21 • 3. Le filet 2’14 • 4. Un Enterrement 3’42 • 5. Arrivée de Maureen 2’56 • 6. Il a bougé 1’21 • 7. Si tu me dis à quoi tu penses 1’27 • 8. Il porte en lui 2’43 • 9. Second Tableau - Les pêcheurs sont rentrés 3’01 • 10. Compagnons 0’45 • 11. La maison de Mara 2’34 • 12. Hé Angelo 1’15 • 13. Air de Mac Creagh 1’42 • 14. Mickey et Angelo 3’28 • 15. Air d’Angelo (Les barques au repos) 3’17 • 16. Figlio mio 2’54 • 17. Intermède - La Ronde D’inishman 1’08 • 18. Troisième Tableau - Duo de Mara et de Maureen 7’02 • 19. La mort de Mara 4’51 • 20. Qui donc est le plus fort 2’42 • 21. Quatrième Tableau - Air De Mickey 1’36 • 22. Duo Mac Jorry & Mac Creagh 2’40 • 23. Gens d’Aran 1’26 • 24. Air de Maureen 2’47 • 25. Finale Du Premier Acte 2’12.

CD2 : 1. Acte Deuxième, Cinquième Tableau - Sean et Mara 3’55 • 2. Le grand Univers 5’19 • 3. Arrivée de Mickey 0’54 • 4. En vérité je te dis 2’46 • 5. Duo Mickey et Maureen (va-t-en dire à Angelo) 4’22 • 6. La danse de Sean et Maureen 0’56 • 7. Sixième Tableau - La sortie de l’église 5’58 • 8. Moi je vais te dire 4’09 • 9. La bagarre 0’36 • 10. Mes yeux 2’46 • 11. Septième Tableau - Angelo il faut partir 7’49 • 12. Finale De L’acte Deuxième 2’30. Bonus : 13. Présentation de l’Opéra d’Aran à Bruno Coquatrix (document inédit) 2’12 • 14. Extraits de l’Opéra d’Aran par Gilbert Bécaud (document inédit) 9’25.

Opéra d'Aran FA5495

RÉÉDITION OFFICIELLE

ARAN, un Opéra signé Bécaud

Par Laurent BALANDRAS



 

1962 Gilbert Bécaud est au sommet de sa carrière.

 

A ses débuts, quinze ans plus tôt, il compose des musiques de films avant d’épouser la chanson et servir de mélodies Edith Piaf ou Yves Montand. Dès 1953, il devient la première idole des jeunes. Bécaud gagne aux États-Unis le surnom de « Monsieur 100 000 volts » et se paye même le luxe de composer trois standards internationaux : la chanson « Le jour où la pluie viendra » connaît une nouvelle vie d’abord sous le titre « The day the rains came » par l’Américaine Jane Morgan en 1958 puis, l’année suivante, « Am tag als der regen kam » par Dalida dont c’est le premier succès en Allemagne. L’adaptation américaine de « Je t’ap-partiens » en « Let it be me » est l’un des tubes de l’année 1961 par le duo Everly Brothers. Toujours en 1961, Bécaud compose sa chanson phare, « Et maintenant », sans doute l’un des titres les plus interprétés dans le monde dans sa version US, « What now my love ».

 

En 1962, Gilbert Bécaud a 35 ans et n’a déjà plus rien à prouver, ignorant que quarante autres années de succès mondiaux l’attendent. Il a suivi une formation classique dès son plus jeune âge. Second accessit du Conservatoire de Nice, il travaille avec Maître René Guillou. Très tôt, il est capable non seulement de composer, mais aussi d’écrire ses arrangements et de diriger un orchestre. Surdoué, travailleur acharné, Gilbert Bécaud signe les partitions de nombreux films dont il dirige les séances d’enregistrement. Engagé comme pianiste accompagnateur de Marie Bizet, une chanteuse fantaisiste dont la gloire n’est pas tout à fait éteinte, il croise en coulisse le jeune parolier Pierre Delanoë. C’est ainsi que Bécaud devient compositeur de chansons populaires. La rencontre avec le mythe Edith Piaf vient bouleverser sa vie. Piaf lui présente le « poète et préfet » Louis Amade qui s’entiche du jeune prodige énergique et perçoit en lui l’âme d’un chanteur.

 

Gilbert Bécaud devient une vedette sitôt ses premiers disques publiés, déclenchant des scènes d’hystéries chez le public adolescent, comme on n’en avait encore jamais vues. C’est un phénomène de société, bien avant Elvis Presley ou les Beatles. Les journaux, la radio et, bien entendu, le cinéma, s’emparent de l’oiseau rare. 

 

Pour ses premiers pas à l’écran dans le film « Le Pays d’où je viens » en 1956, Bécaud est mis en scène par Marcel Carné, illustre réalisateur d’Hôtel du Nord et des Enfants du Paradis. Outre Marcel Carné et Marcel Achard, le scénario est également signé par l’écrivain Jacques Emmanuel.

Pour la première fois, un même projet associe les noms de la future équipe de L’Opéra d’Aran : Gilbert Bécaud, Jacques Emmanuel, Louis Amade et Pierre Delanoë (car ces deux derniers signent les paroles des chansons du film de Marcel Carné).

 

Est-ce pendant le tournage que Bécaud évoque avec ses comparses l’un de ses rêves de gosse : la compo-sition d’un opéra qui mêlerait la tradition d’un drame lyrique à ses talents de mélodiste populaire ? 

 

Au départ, c’est un film intitulé Lointains rivages que suggère Jacques Emmanuel. L’idée va germer dans le cerveau fertile de Bécaud pour fleurir en opéra. Le travail d’écriture et de composition de L’Opéra d’Aran dure près de cinq ans. Les versions s’enchaînent dans la petite cabane du Chesnay, en banlieue parisienne, où Gilbert a installé son piano et son matériel d’enregistrement. Plusieurs fois annoncé, plusieurs fois reporté, l’opéra n’en est que plus attendu.

 

Au début de l’année 62, l’œuvre approche de son aboutissement. Il est temps de songer aux différents intervenants qui donneront sa forme définitive au spectacle. C’est Margarita Wallman qui est choisie pour la mise en scène. Ancienne danseuse, elle est chorégraphe et metteur en scène, notamment pour de nombreux opéras avec Maria Callas. Les costumes et les décors sont signés Bernard Daydé (voir illustration page 11), futur directeur artistique de l’Opéra de Paris, qui s’arrache les cheveux avec le texte du livret contenant des indications qu’il semble ne pas pouvoir réaliser, comme en témoigne une lettre de cinq pages qu’il adresse à Bécaud quelques semaines avant la création de l’opéra sur scène. La direction de l’orchestre est confiée au maestro Georges Prêtre, également autre collaborateur fidèle de Maria Callas et futur directeur musical de l’Opéra de Paris.

 

Les personnages principaux sont créés par la soprano italienne Rosanna Carteri dans le rôle de Maureen, la mezzo-soprano belge Agnès Disney dans le rôle de Mara, le ténor italien Alvino Misciano dans le rôle d’Angelo le Sicilien, le baryton Peter Gottlieb dans le rôle de Mickey et la basse Frank Schooten dans le rôle de Sean.

C’est dans le somptueux théâtre art déco des Champs-Elysées qu’Aran voit le jour le 25 octobre 1962. Ce lieu abrita en 1913 la foire d’empoigne du Sacre du Printemps dont la musique d’Igor Stravinsky et les chorégraphies de Nijinsky furent conspuées par le public parisien. Si Paris demeure la capitale des arts où l’on réinvente sans cesse, le public et les critiques manquent parfois de préscience.

 

Avec Aran, la polémique est ailleurs. L’œuvre n’a rien d’avant-gardiste, s’inscrivant au contraire dans la tradition de l’opéra belcantiste. La seule source du scandale réside dans le nom du compositeur, Gilbert Bécaud. Un artiste populaire qui s’enquiert de franchir le pont entre musique dite « légère » et musique dite « sérieuse », ça ne plaît pas à tout le monde. On adule ou on déteste Bécaud, mais on ne reste pas indifférent face à l’enjeu. L’artiste a tout à perdre dans cette histoire :

 

D’abord financièrement. Avec Louis Amade, Pierre Delanoë et son éditrice Mme Rachel Breton, surnommée « la marquise » par Charles Trenet, Bécaud monte une société de production pour financer l’ensemble de l’aventure scénographique. La réussite dépend d’un taux de remplissage de la salle d’environ quatre-vingt-dix pour cent de public payant pendant quatre mois complets uniquement pour éponger les dettes. Autant dire un miracle.

Ensuite professionnellement. En se lançant dans la création de L’Opéra d’Aran, Gilbert Bécaud met entre parenthèse une carrière à son apogée, alors que déboulent les postes de radios portatifs et les tourne-disques d’une génération qui balaie tout sur son passage, les yéyés. Le soutien de ses proches collaborateurs, parmi lesquels son agent Félix Marouani et son ami Bruno Coquatrix, directeur du music-hall L’Olympia, est précieux

 

Enfin, artistiquement. Gilbert Bécaud est-il à la hauteur pour s’atteler à la composition d’un opéra ? Toute la profession réunie, des critiques aux confrères, l’attend au tournant. « Si c’est un échec, j’en écrirai un autre », lance l’artiste aux médias par orgueil.

 

Le verdict tombe lors de l’avant-première du 22 octobre 1962 où le parterre prestigieux voit défiler Marlene Dietrich, Jean Cocteau, Georges Auric, Serge Lifar, Françoise Sagan, Catherine Deneuve, René Clair, Romy Schneider, Elvire Popesco, la Bégum, Juliette Gréco et tant d’autres visages du Tout-Paris. La presse mondiale qui affute ses stylos en guettant les réactions, s’est déplacée. L’action se situe sur l’île d’Aran, en Irlande : « C’est l’histoire d’un naufragé énigmatique, explique Gilbert Bécaud à France-Soir quelques jours avant la première, un homme du Sud, recueilli par de rudes pêcheurs habitant l’île d’Aran, au large de l’Irlande. C’est le conflit du soleil et de la brume ». Les habitants veulent croire qu’Angelo est un prince, il entre dans leur désir et provoque malgré lui une succession de drames qui le conduiront à périr avec son grand amour, Maureen, une habitante d’Aran.

 

Pour Clarendon dans Le Figaro, la démarche du chanteur est la suivante : « L’auteur a voulu faire un opéra capable de toucher le cœur de la foule et d’amener “le public de Gilbert Bécaud” à faire la connaissance d’un genre qu’il ignore, ou qu’il méprise. (…) Pour ma part, j’y crois. Je vote “oui”. Parce qu’il a su faire vibrer en moi la corde sensible (…) Je dis que cet homme-là est un vrai musicien qui a reçu du ciel la grâce sans laquelle le théâtre lyrique n’est que mensonge, ennui et carton-pâte ». Les avis divergent. Claude Samuel de Paris-Presse est irrité : « Il paraît que c’est un opéra ! Ouvrage d’une déconcertante naïveté, englobant tous les poncifs que nous étions en droit d’attendre. Que des artistes de talent aient cru à la valeur musicale de l’ouvrage, relève, pour ma part, de l’hallucination collective ». Sans l’avoir vu, Pierre Boulez flingue à vue d’œil « Cet événement prouve où on en est arrivé à Paris. Bécaud c’est le maçon qui pense devenir Le Corbusier ». Le New York Times fait montre d’enthousiasme : « France has a new and extraordinary musical hit. It is called “The Opera of Aran” and it is a full-length tradi-tional opera ». A Bruxelles, le Gramo Magazine titre « Gilbert Bécaud a gagné ». La Libre Belgique écrit : « On se croirait reporté à quelque trente années en arrière, à la belle époque de Puccini ». En Italie, le journaliste d’Il Messagero pose la question : « Ma c’è l’opera ? Io credo di si, in un secondo atto multo superiore al primo, di una fresca inventiva e di una fattura a volte assai intelligente ». Le journal Le Soir de Bruxelles résume la situation « Le grand vainqueur est Gilbert Bécaud ». Soutenu ou critiqué, l’opéra est le centre d’intérêt de tous en cette fin d’année 1962. Hélas, le nombre de places vendues n’atteindra pas l’objectif surréaliste de quatre-vingt-dix pour cent de public payant, ce qui vaudra à cette série de représentations une légende noire dont Bécaud aura du mal à se débarrasser : on commence à parler d’échec public.

C’est d’autant plus invraisemblable que l’opéra entame un tour du monde qui va durer plus de trente ans : en France à Lyon, Marseille, Avignon, Toulouse, Cherbourg, Reims, Tours, Lille, Rouen, Grenoble… puis à l’étranger au Canada, en Belgique, en Allemagne, en Hongrie… Trente ans après sa création, c’est Bécaud lui-même qui reprend le rôle de Mickey, sur scène en Autriche et sur disque. Quelques-unes des chansons de Gilbert Bécaud n’ont pas eu si brillante carrière, bien qu’il demeure, à ce jour, le compositeur français le plus chanté dans le monde. Son palmarès d’interprètes universellement connus est unique : Bob Dylan, James Brown, Nina Simone, Marlene Dietrich, Barbra Streisand, Elvis Presley, Frank Sinatra, Edith Piaf, Judy Garland, George Harrison, Nana Mouskouri, Julio Iglesias, Neil Diamond, Willie Nelson, Aretha Franklin… la liste, vertigineuse, s’allonge presque chaque jour dans un coin du globe. A ceci, ajoutons celle des artistes lyriques du monde qui ont chanté cet opéra. On ne peut mieux saluer l’impact de la musique composée par Gilbert Bécaud.

Laurent BALANDRAS

© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS 2015

 

 

 

ARAN, an Opera signed Bécaud

By Laurent BALANDRAS

 

1962 Gilbert Bécaud was at the peek of his career.

Fifteen years earlier, Bécaud debuted as a movie music composer before falling in love with songs and offering melodies to Edith Piaf or Yves Montand. In 1953, he became the number one teen idol. In the United-States, he earned the nickname “Monsieur 100.000 volts” and even afforded himself the luxury of composing three songs that became international classics. “Le jour où la pluie viendra” was given a new life by the American Jane Morgan in 1958 under the title “The day the rains came”. The following year, Dalida, also covered it under the title “Am tag als der regen kam”, which became her first hit in Germany. The American version of “Je t’appartiens”, “Let it be me” by the Everly Brothers was a major hit in 1961. That same year, Gibert Bécaud wrote the signature song “Et maintenant” which is undoubtedly one of his most covered songs in its American version “What now my love”.

In 1962, Gilbert Bécaud was only 35 and had little to prove. Unbeknonwst to him, forty more years of world hits were awaiting him. Since he was a young child, he studied classical music. He obtained an honorable mention at the Music Conservatory of Nice and studied with Master René Guillou. Early in his life, Bécaud was not only able to compose but also make his own arrangements and conduct an or-chestra. He was gifted and hard working, which enabled him to write music parts for numerous movies and lead the recording sessions. While working as a piano accompanist for Marie Bizet, a whimsical singer whose fame had not quite faded, he met a young songwriter, Pierre Delanoë.

This is how Bécaud became a composer of popular music. His encounter with the mythical singer Edith Piaf changed his life. She introduced Bécaud to the “poet and Prefect” Louis Amade, who fell under the spell of the young dynamic prodigy and sensed in him the soul of a singer.

Gilbert Bécaud became popular as soon as his first songs were released, leading to unprecedented mass hysteria among his teenage audience. He was a social phenomenon, long before Elvis Presley or the Beatles.

Journalists, radio broadcasters and, obviously, moviemakers all coveted the rare bird.

In his first movie, in 1956, “Le Pays d’où je viens”, Bécaud was directed by Marcel Carmé, renowned director of “Hotel du Nord” and “Les enfants du paradis”. Aside from Marcel Carmé and Marcel Achard, the writer Jacques Emmanuel also collaborated to the scenario.

It is very the first time this team that would, later work on “L’Opéra d’Aran” gathered to work on a project: Gilbert Bécaud, Jacques Emmanuel, Louis Amade and Pierre Delanoë, since the last two were writing the lyrics for Marcel Carmé’s movie songs.

Was it at this time that Bécaud told his friends about one of his childhood dreams of composing an Opera, which would combine a traditional musical drama and his talents as popular music composer?

First, Jacques Emmanuel suggested making a movie entitled “Lointains rivages”. The idea grew in Becaud’s fertile mind and blossomed into an Opera. The writing and composing of the Opera lasted over two years. They worked on several versions in a small cabin in Chesnay, in the suburbs of Paris, where Gilbert set his piano and his recording equipment. The opera was scheduled and delayed several times, which only built up people’s excitement.

At the turn of 1962, they had almost reached completion of their work. The time had come to think of the different actors who were to give the final touch to the show. Margarita Wallman was selected as director. She was a former dancer and worked as choreographer and director for numerous Operas, including some featuring Maria Callas. Bernard Daydé, who went on to be Artistic Director of Paris Opéra, was in charge of the costumes and of the set. Daydé struggled with the text written in the booklet since it contained indications he seemed to be unable to follow, this is evident through a 5 page letter he wrote to Bécaud a couple of weeks before the show was performed on stage. Maestro Georges Prêtre was in charge of conducting the orchestra, who had also worked with Maria Callas and went on to be Music Director of Paris Opéra.

The main characters were played by the Italian Soprano Rosanna Carteri who personified Maureen, the Belgium mezzo-soprano Agnès Disney who played Mara, the Italian tenor Alvino Misciano as Angelo le Sicilien, the Baritone Peter Gottlieb played Mickey and the Bass Frank Schooten as Sean.

It is in the sumptuous Art Deco Theatre des Champs-Elysées that Aran was created on October 25, 1962. In 1913, this place was home to the free for all “Rite of Spring” whose music by Igor Stravinsky and choreography Nijinsky were booed by the Parisian public. If Paris is still the capital of Arts where one is constantly reinventing, the audience and the critics sometimes lack foreknowledge.

With Aran, the controversy was elsewhere. The work was not avant-garde but on the contrary in keeping with the Bel Canto opera tradition. The only source of scandal lied in the name of the composer, Gilbert Bécaud. A popular artist endeavoring to make the connection between so-called light music and so-called serious music did not please everyone. One either worshiped or hated Bécaud, but no one remained indifferent to the fact that the artist could lose it all in the controversy:

Financially speaking: Bécaud created a production company with Louis Amade, Pierre Delanoë and his editor Rachel Breton (nicknamed “La Marquise” by Charles Trenet), in order to fund the entire scenic project. Success, or in other words paying off debts, involved filling up the opera at around ninety percent of its capacity (paid seats) for a period of four full months; that was, to put it simply, a miracle.

Professionally speaking: By engaging in the creation of the Aran opera, Gilbert Bécaud put his culminating career as a singer on hold, while tumbled the portable radios and record players of a generation sweeping all before it; the yéyés. The support of his close associates, including his agent Marouani Felix and his friend Bruno Coquatrix, director of the Olympia Music Hall, was then all the more precious. Finally, artistically speaking: was Gilbert Bécaud up to the composition of an opera? The show business, from the critics to his colleagues had very high expectations. Out of pride, Bécaud once said to the media: “If I fail, I will write another one.”

The verdict came in on October 22, 1962 at the premiere attended by a prestigious audience including Marlene Dietrich, Jean Cocteau, Georges Auric, Serge Lifar, Françoise Sagan, Catherine Deneuve, René Clair, Romy Schneider, Elvire Popesco, la Begum, Juliette Gréco and many other famous and influential people in Paris. Journalists of the world were there, sharpening their pens while watching for the audience’s reaction. The action of the Opera is set on the island of Aran, in Ireland: A couple of days before the Première, in an interview with France Soir, Bécaud explained “It is the story of a mysterious shipwrecked, a man coming from the South who is taken in by tough fishermen living on the island of Aran, off the coast of Ireland. It is a conflict between the sun and the fog”. The inhabitants of the island want to believe Angelo is a Prince. Indeed, he penetrates their desires and unintendedly provokes a series of dramatic events, which lead to his death and that of his beloved, Maureen, an inhabitant of the island.

According to Clarendon as he wrote in Le Figaro, “The author wanted to make an opera that could move the audience and to introduce Gilbert Bécaud’s fans to a genre of music they did not know or despised (…). I, for one believe in it, it’s a “Yes” because he managed to touch my emotional chord (…) I believe that man is a true musician with a Heaven sent grace, without which musical theatre would be but lies, boredom and imitation.” However, not all journalists were unanimous, for instance, Claude Samuel wrote in Paris-Presse “They say it is an Opera! It is bewilderingly naïve and contains all the clichés we were right to expect. The fact that talented artists believed in the musical value of this work is, according to me, a collective hallucination”. Without having seen the Opera, Pierre Boulez lambasted it: “This event shows the level the artistic scene has reached in Paris. Bécaud is like a builder who would like to become Le Corbusier.” The New York Times, on the other hand, was enthusiastic: “France has a new and extraordinary musical hit. It is called “The Opera of Aran” and it is a full-length traditional opera.” In Brussels, Gramo Magazine’s headline was “Gilbert Bécaud did it”, in La Libre Belgique, one could read “ It feels like we have gone back thirty years ago, back in the beautiful times of Puccini”. In Italy, a journalist at Il Messagero asked: “Ma c’è l’opera ? Io credo di si, in un secondo atto multo superiore al primo, di una fresca inventiva e di una fattura a volte assai intelligente”. The news-paper Le Soir de Bruxelles summed it up well: “And the winner is Gilbert Bécaud”.

The Opera was supported by some and criticized by others, but it was at the center of attention at the end of 1962. Unfortunately, the sales did not reach the unattainable objective they had set at ninety percent of paid seats, which resulted in this series of performances being regarded as a dark period for Bécaud. He struggled to get rid of this image and eventually, the Opera started to be considered a public failure.

It’s all the more incredible that they went on a world tour with this Opera, which lasted over thirty years: In France, in Lyon, Marseille, Avignon, Toulouse, Cherbourg, Reims, Tours, Lille, Rouen, Grenoble, etc. and abroad, in Canada, Belgium, Hungary. Thirty years after its creation, Bécaud himself played Mickey on stage in Austria and on CD. Some of Bécaud’s songs were not as successful as the Opera, however, nowadays, he remains one of the most covered French artists in the world. The list of internationally renowned artists who covered him includes prestigious names such as Bob Dylan, James Brown, Nina Simone, Marlene Dietrich, Barbra Streisand, Elvis Presley, Frank Sinatra, Edith Piaf, Judy Garland, George Harrison, Nana Mouskouri, Julio Iglesias, Neil Diamond, Willie Nelson, Aretha Franklin, etc. And everyday, somewhere in the world, more artists sing Becaud’s, along with the opera singers who have performed Becaud’s Opéra d’Aran. There is no better way of paying tribute to the worldwide impact of Gilbert Bécaud’s music.

 

Adapted into English
from the French text
of Laurent BALANDRAS
by Jessica LE BRIQUER

© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS 2015

 

 

OPÉRA D’ARAN - CD1

 1- OUVERTURE (chœur des hommes)

 2- ACTE PREMIER - PREMIER TABLEAU - LE PUB

 3- PREMIER TABLEAU - LE FILET

 4- PREMIER TABLEAU - UN ENTERREMENT

 5- PREMIER TABLEAU - ARRIVEE DE MAUREEN

 6- PREMIER TABLEAU - IL A BOUGÉ

 7- PREMIER TABLEAU - SI TU ME DIS À QUOI TU PENSES

 8- PREMIER TABLEAU - IL PORTE EN LUI

 9- SECOND TABLEAU - LES PÊCHEURS SONT RENTRÉS

10- SECOND TABLEAU - COMPAGNONS

11- SECOND TABLEAU - LA MAISON DE MARA

12- SECOND TABLEAU - HÉ ANGELO

13- SECOND TABLEAU - AIR DE MAC CREAGH

14- SECOND TABLEAU - MICKEY ET ANGELO

15- SECOND TABLEAU - AIR D’ANGELO (les barques au repos)

16- SECOND TABLEAU - FIGLIO MIO

17- INTERMÈDE - LA RONDE D’INISHMAN

18- TROISIÈME TABLEAU - DUO DE MARA ET DE MAUREEN

19- TROISIÈME TABLEAU - LA MORT DE MARA

20- TROISIÈME TABLEAU - QUI DONC EST LE PLUS FORT

21- QUATRIÈME TABLEAU - AIR DE MICKEY

22- QUATRIÈME TABLEAU - DUO MAC JORRY & MAC CREAGH

23- QUATRIÈME TABLEAU - GENS D’ARAN

24- QUATRIÈME TABLEAU - AIR DE MAUREEN

25- FINALE DU PREMIER ACTE

 

OPÉRA D’ARAN - CD2

 1- ACTE DEUXIÈME - CINQUIÈME TABLEAU - SEAN ET MARA

 2- CINQUIÈME TABLEAU - LE GRAND UNIVERS

 3- CINQUIÈME TABLEAU - ARRIVÉE DE MICKEY

 4- CINQUIÈME TABLEAU - EN VÉRITÉ JE TE DIS

 5- CINQUIÈME TABLEAU - DUO MICKEY ET MAUREEN (va-t-en dire à Angelo)

 6- CINQUIÈME TABLEAU - LA DANSE DE SEAN ET MAUREEN

 7- SIXIÈME TABLEAU - LA SORTIE DE L’ÉGLISE

 8- SIXIÈME TABLEAU - MOI JE VAIS TE DIRE

 9- SIXIÈME TABLEAU - LA BAGARRE

10- SIXIÈME TABLEAU - MES YEUX

11- SEPTIÈME TABLEAU - ANGELO IL FAUT PARTIR

12- FINALE DE L’ACTE DEUXIÈME

13- Bonus : Présentation de L’opéra d’Aran à Bruno Coquatrix (document inédit)

14- Bonus : extraits de l’opéra d’Aran par Gilbert Bécaud (document inédit)

Tous titres : 1962 (Jacques Emmanuel - Louis Amade - Pierre Delanoë / Gilbert Bécaud) - Producteur original : Pathé - Éditions : Nouvelles Éditions Rideau Rouge - sauf CD2 piste 13 (Gilbert Bécaud) - Éditions : Nouvelles Éditions Rideau Rouge

Réédition supervisée par Olivier Julien, Kitty Bécaud et Laurent Balandras avec l’aimable autorisation des Nouvelles Éditions Rideau Rouge

Documents et photos : Kitty Bécaud et Nouvelles Éditions Rideau Rouge

Mastering et restauration sonore : Christophe Hénault, studio Art et Son, Paris

Remerciements : Mireille Rupp, Jean Vincent, Paulette et Patricia Coquatrix, l’association des amis de Louis Amade, Danielle et Jacques Senocq et le club Gilbert Bécaud de Bruxelles, Deborah Sherwood-St. John, Pamela Forrest.

Coordination, direction de collection : Augustin Bondoux

Conception de collection : Patrick Frémeaux, Claude Colombini

Fabrication et distribution : Frémeaux & Associés

 

 

Gilbert Bécaud, est l’artiste français le plus chanté dans le monde et possède un sens du verbe et de la mélodie incomparable. Incontournable figure de la variété au tournant des années 1960, ses titres « Age tendre et tête de bois » et « Salut les copains » sont empruntés par les plus emblématiques émissions de télévision pour la jeunesse et sa chanson la plus célèbre, « Et maintenant », vient de paraitre (1961). Gilbert Bécaud alors au sommet de sa gloire, entreprend à contre-courant de l’évolution que prenait sa carrière artistique, le pari fou de composer un opéra dans lequel il pourrait combiner un drame lyrique à ses talents de mélodiste populaire. Avant de devenir « Monsieur 100 000 volts », Bécaud avait reçu une formation classique au conservatoire de Nice et avait débuté sa carrière en composant de nombreuses musiques de film, notamment pour Marcel Carné. Cette œuvre énigmatique, dont le livret est signé Pierre Delanoë, Jacques Emmanuel et Louis Amade, avait réuni le tout Paris artistique lors de sa représentation au théâtre des Champs-Élysées en 1962. Un opéra qui a ensuite tourné dans le monde entier pendant plus de 30 ans. Réalisé par Laurent Balandras et Olivier Julien en accord avec la succession Gilbert Bécaud, ce coffret propose une version restaurée de l’opéra avec pour la première fois des documents issus des bandes magnétiques inédites provenant des archives personnelles de l’artiste.                Patrick Frémeaux

Gilbert Becaud is the most covered French artist in the world and has a taste for words and melodies beyond compare. At the turn of the 1960’s, he was a prominent figure whose song titles “Age tendre et tête de bois” and “Salut les copains” were borrowed by the most emblematic teen tv shows and his most famous song “Et maintenant” had just been released (1961). At the peak of his fame, Gilbert Bécaud undertook a wager against the direction his artistic career was going: composing an opera, which would combine a musical drama and his talents as a popular composer. Before being known as “Monsieur 100.000 volts”, Bécaud underwent classical music training at the Music Conservatory of Nice and began his career composing music for films, including but not limited to work for Marcel Carmé. This booklet by Pierre Delanoë, Jacques Emmanuel and Louis Amade focuses on The Opéra d’Aran, an enigmatic piece of work, which attracted le Tout-Paris with its shows at le Théâtre des Champs-Élysées in 1962. The opera then went on a world tour for over 30 years. This album set by Laurent Balandras and Olivier Julien, made in agreement with Gilbert Bécaud’s successors contains a restored version of the opera and documents extracted from Becaud’s personal magnetic tapes that were never released before.           Patrick Frémeaux

 

CD1 : 1. Ouverture (chœur des hommes) 4’57 • 2. Acte premier, premier tableau - Le pub 3’21 • 3. Le filet 2’14 • 4. Un Enterrement 3’42 • 5. Arrivée de Maureen 2’56 • 6. Il a bougé 1’21 • 7. Si tu me dis à quoi tu penses 1’27 • 8. Il porte en lui 2’43 • 9. Second Tableau - Les pêcheurs sont rentrés 3’01 • 10. Compagnons 0’45 • 11. La maison de Mara 2’34 • 12. Hé Angelo 1’15 • 13. Air de Mac Creagh 1’42 • 14. Mickey et Angelo 3’28 • 15. Air d’Angelo (Les barques au repos) 3’17 • 16. Figlio mio 2’54 • 17. Intermède - La Ronde D’inishman 1’08 • 18. Troisième Tableau - Duo de Mara et de Maureen 7’02 • 19. La mort de Mara 4’51 • 20. Qui donc est le plus fort 2’42 • 21. Quatrième Tableau - Air De Mickey 1’36 • 22. Duo Mac Jorry & Mac Creagh 2’40 • 23. Gens d’Aran 1’26 • 24. Air de Maureen 2’47 • 25. Finale Du Premier Acte 2’12.

CD2 : 1. Acte Deuxième, Cinquième Tableau - Sean et Mara 3’55 • 2. Le grand Univers 5’19 • 3. Arrivée de Mickey 0’54 • 4. En vérité je te dis 2’46 • 5. Duo Mickey et Maureen (va-t-en dire à Angelo) 4’22 • 6. La danse de Sean et Maureen 0’56 • 7. Sixième Tableau - La sortie de l’église 5’58 • 8. Moi je vais te dire 4’09 • 9. La bagarre 0’36 • 10. Mes yeux 2’46 • 11. Septième Tableau - Angelo il faut partir 7’49 • 12. Finale De L’acte Deuxième 2’30. Bonus : 13. Présentation de l’Opéra d’Aran à Bruno Coquatrix (document inédit) 2’12 • 14. Extraits de l’Opéra d’Aran par Gilbert Bécaud (document inédit) 9’25.





EcoutezPisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 Ouverture (choeur des hommes)04'57
02 Acte premier - Premier tableau - Le pub03'21
03 Premier tableau - Le filet02'14
04 Premier tableau - Un enterrement03'42
05 Premier tableau - Arrivée de Maureen02'56
06 Premier tableau - Il a bougé01'20
07 Premier tableau - Si tu me dis à quoi tu penses01'27
08 Premier tableau - Il porte en lui02'43
09 Second tableau - Les pêcheurs sont rentrés03'01
10 Second tableau - Compagnons00'45
11 Second tableau - La maison de Mara02'34
12 Second tableau - Hé Angelo01'14
13 Second tableau - Air de Mac Creagh01'42
14 Second tableau - Mickey et Angelo03'27
15 Second tableau - Air d'Angelo03'17
16 Second tableau - Figlio mio02'54
17 Intermède - La ronde D'inishman01'08
18 Troisième tableau - Duo de Mara et de Maureen07'02
19 Troisième tableau - La mort de Mara04'51
20 Troisième tableau - Qui donc est le plus fort02'42
21 Quatrième tableau - Air de Mickey01'36
22 Quatrième tableau -Duo Mac Jorry & Mac Creagh02'40
23 Quatrième tableau - Gens d'Aran01'26
24 Quatrième tableau - Air de Maureen02'46
25 Finale du premier acte02'11
CD 2
01 Acte deuxième - Cinquième tableau - Sean et Mara03'54
02 Cinquième tableau - Le grand Univers05'18
03 Cinquième tableau - Arrivée de Mickey00'54
04 Cinquième tableau - En verité je te dis02'46
05 Cinquième tableau - Duo Mickey et Maureen04'21
06 Cinquième tableau - La danse de Sean et Maureen00'56
07 Sixième tableau - La sortie de l'église05'57
08 Sixième tableau - Moi je vais te dire04'09
09 Sixième tableau - La bagarre00'36
10 Sixième tableau - Mes yeux02'46
11 Septième tableau - Angelo il faut partir07'48
12 Finale de l'acte deuxième02'40
13 Présentation de l'Opéra d'Aran à Bruno Coquatrix02'12
14 Extraits de l'Opéra d'Aran par Gilbert Bécaud09'25
"Aran, l'opéra de Gilbert Bécaud réédité" par Ouest France

"En octobre 1962, le Tout-Paris et la presse mondiale assistent à l'avant-première de l'Opéra d'Aran au Théâtre des Champs-Élysées. Un événement musical : l'auteur est Gilbert Bécaud. À 35 ans, l'artiste est une star de la chanson, à la renommée internationale. Doté d'une solide formation classique, le compositeur porte ce projet depuis plusieurs années. Le public s'enthousiasme pour l'histoire d'Angelo sauvé de la noyade par les pêcheurs de l'île irlandaise d'Aran. Snobé par la critique, l'opéra connaît un succès international durant une trentaine d'années.
La réédition de l'enregistrement original dévoile une oeuvre séduisante, mais pas vraiment novatrice. Si le bel canto et la tradition lyrique du XIXe charpentent une partition assez classique, les mélodies modernes et les choeurs apportent, en contrepoint, un souffle créatif, cousin des meilleures comédies musicales. Plus de cinquante ans après, le destin tragique de Maureen et d'Angelo ravira les fans de Bécaud comme les amateurs d'opéra et de beau chant."
Par
Vincent CRESSARD - OUEST FRANCE




« Une pièce incontournable pour les amateurs de chansons et de musiques » par ChantsSongs

Bécaud a tellement marqué la chanson française que l’on a oublié un peu qu’il a suivi une formation classique très jeune. Avec la sortie du coffret  Opéra d’Aran, on redécouvre une de ses œuvres un peu tombée dans l’oubli.
En 1962, Gilbert Bécaud a 35 ans et déjà quelques grands succès derrière lui, y compris à l’étranger. Ainsi, un an avant, les Everly Brothers ont fait un tube de la version américaine de Je t’appartiens, sous la titre de Let it be me. Cette année-là, il compose ce qui deviendra « son » tube, Et maintenant. « Monsieur 100 000 volts », comme on le surnomme déjà, travaille comme un fou, compose, fait moult rencontres. Et c’est au cinéma, pour ses premiers pas à l’écran en 1956, dans Le pays d’où je viens, de Marcel Carné, que Bécaud évoque pour la première fois l’idée de signer cet Opéra d’Aran. De l’idée au produit fini, il faudra quelques années que Bécaud mettra à profit pour  peaufiner cet opéra avec la fine équipe de librettistes formée par Jacques Emmanuel, Louis Amade et Pierre Delanoë. Ils mettront cinq ans pour mener à bien le travail d’écriture et de composition.
Début 62, l’équipe peut passer à l’étape suivante : celle de former l’équipe qui fera vivre cet opéra. Ancienne danseuse, chorégraphe et metteur en scène (notamment pour des opéras avec Maria Callas), Margarita Wallman est choisie pour la mise en scène et la direction de l’orchestre est dévolu à Georges Prêtre, autre collaborateur de La Callas. S’inscrivant dans la tradition de l’opéra belcantiste, cet Opéra d’Aran vaudra à Bécaud quelques critiques lors de sa création au Théâtre des Champs Elysées, le 25 octobre 1962. On ne pardonne pas à un chanteur populaire de faire une incursion dans une musique que l’on prétend « sérieuse ». Léo Ferré connaîtra de semblables critiques quand il se lancera dans la direction d’orchestre.
En deux actes et sept tableaux, L’Opéra d’Aran ne manque ni de panache, ni d’inventivité en racontant une histoire simple. Tout commence sur la petite île irlandaise d’Aran, quand un pêcheur, Mickey, ramène dans ses filets un jeune noyé, Angelo, qu’il réussit à ranimer. Rétabli, celui-ci séduit les plus jeunes des insulaires en contant qu’il est Prince d’un pays où tout est merveilleux. Il tente de faire la cour à Maureen dont le fiancé, Sean, passe pour avoir disparu en mer depuis plusieurs années. Mais Maureen se consacre entièrement à la mère de Sean, que la douleur a rendue aveugle… A la fois description de héros qui luttent dans un environnement hostile que portrait d’hommes confrontés à un destin qui va briser leur vie, L’Opéra d’Aran nous permet de retrouver aujourd’hui cette autre facette du talent de Bécaud. Avec des moments qui ne manquent pas de souffle ni d’originalité comme le duo d’ouverture de l’acte II entre Sean et Mara et cette partition aux allures de boîte à musique.
A signaler dans cette version CD,  quelques bonus pour les amateurs, notamment la présentation de l’œuvre à Bruno Coquatrix, le patron de l’Olympia, salle mythique dans laquelle Bécaud se produisit sans discontinuer tout au long de sa carrière. Une pièce incontournable pour les amateurs de chansons et de musiques.
François CARDINALI - CHANTSSONGS




« L’œuvre de Gilbert Bécaud a su se maintenir au répertoire » par Classica

L’Opéra d’Aran, ouvrage « sérieux » du chanteur Gilbert Bécaud créé sur la scène du TCE de Paris, en 1962, montre que les frontières esthétiques de l’époque étaient plus perméables qu’aujourd’hui. A l’appui, reproduite dans le livret, la une de la « Revue de l’Art Lyrique » mensuelle Opéra qui lui était consacrée. Formé au conservatoire de Nice, Bécaud avait débuté au cinéma, avant d’être le célèbre auteur-compositeur-interprète des années 1960. Doté d’un solide métier, il n’eut aucun mal à doter sa partition de mélodies bien tournées et l’orchestrer avec talent ; aussi, les propos acerbes de Paris-Presse (Claude Samuel) écrivant : « Il paraît que c’est un opéra ! », ou ceux de Pierre Boulez déclarant, sans l’avoir vu (!) : « Bécaud est le maçon qui pense devenir Le Corbusier » paraissent bien dérisoires face à l’accueil enthousiaste de la presse new-yorkaise, belge ou italienne – et, plus encore, à l’aune du succès public obtenu durant plus de trente ans sur les scènes du monde entier, y compris à l’Opéra de Vienne, où Georges Prêtre, créateur de la partition, le dirigeait encore sur scène, en décembre 1994. Situant son action sur l’île d’Aran, en Irlande, Bécaud expliquait : « C’est l’histoire d’un naufragé énigmatique, recueilli par de rudes pêcheurs… Le conflit du soleil et de la brume ». Entre le Ferré avec orchestre de La Chanson du mal-aimé et de la Symphonie interrompue (cf. Classica « Poissons d’or » n°165), la comédie en technicolor version Demy/Legrand et le théâtre lyrique selon Darius Milhaud, l’œuvre de Gilbert Bécaud a su se maintenir au répertoire, tant par le soin apporté à l’époque à la distribution  des solistes et à la direction d’orchestre, que par la qualité de cette réédition. Franck Mallet – CLASSICA





« Une musique agréablement mélodique » par Opéra Magazine

« 22 octobre 1962. Trois jours avant la première officielle, le Tout-Paris se presse au Théâtre des Champs Élysées : le rideau va bientôt se lever sur L’Opéra d’Aran, deux actes, un livret de Jacques Emmanuel, Louis Amade et Pierre Delanoë, mais surtout une musique de Gilbert Bécaud (1927-2001). Combien sont-ils, dans la salle, à penser qu’un auteur de chansonnettes n’a pas à se frotter au domaine réservé de l’art lyrique, et à arborer un air ironique en espérant bien assister à la chute du présomptueux ?
Mis en scène par Margarita Wallmann, le spectacle n’est pas le triomphe espéré et vaut à ses producteurs des pertes financières sévères ; il n’attire pas le jeune public escompté, qui commence à se détourner d’un genre déclinant, avant le sursaut des années 1970. La critique, quant à elle, est partagée, les tenants de l’avant-garde tirant, bien sûr, à boulets rouges sur la partition à une époque où l’opéra n’était pas vraiment en odeur de sainteté. Pourtant, l’ouvrage continuera sa carrière, en France et à l’étranger. […] Plus de cinquante ans se sont écoulés depuis la création de L’Opéra d’Aran. Les querelles sont désormais inutiles. Reste une musique agréablement mélodique, dont le lyrisme généreux s‘épanche en longues phrases, soutenant une intrigue passablement mélodramatique, capable de toucher immédiatement des spectateurs n’en demandant pas plus. Il n’y a pas là de quoi fouetter un chat, mais on comprend aisément qu’un tel travail ait pu, en son temps, être taxé de passéiste. La distribution n’arrange pas les choses : avec Christiane Stutzmann, Alain Vanzo, Michel Dens, on a connu en province des interprétations autrement mieux équilibrées. Il faut se contenter, ici, des excès véristes de Rosanna Carteri et des limites vocales d’Alvino Misciano. Peter Gottlieb et Roger Soyer sont là pour sauver la mise, de même que le toujours impétueux Georges Prêtre. En bonus, deux brèves interventions de l’auteur, présentant son projet à Bruno Coquatrix (alors directeur de l’Olympia) et en fredonnant quelques phrases. Mais pour donner un aperçu complet du Bécaud « sérieux », pourquoi ne pas avoir réédité aussi sa cantate L’Enfant à l’étoile, que Pathé Marconi avait gravée en 1960 ? C’eût été un complément heureux à ce qui, aujourd’hui, ne déchaîne plus les passions mais demeure une curiosité. »
Par Michel PAROUTY – OPERA MAGAZINE





« L'orchestre de Bécaud est renversant de caractérisation et de patte » par l’Avant Scène Opéra.

« Pour goûter l'Irlande imaginaire et le ton singulier de L'Opéra d'Aran, unique ouvrage lyrique de Gilbert Bécaud qui y mit un métier sûr et une inspiration certaine, il faut l'abstraire de son époque. Monté en grande pompe au Théâtre des Champs-Elysées le 25 octobre 1962, avec une distribution de premier rang assemblée autour de la Maureen de Rosanna Carteri et dans la régie luxueuse de Margarita Wallman, enregistré en studio par EMI sous la baguette de Georges Prêtre, l'ouvrage divisa la critique - les conservateurs applaudissant derrière Clarendon, les modernistes se rangeant au côté de Claude Samuel qui dégaina un peu vite en raillant une partition certes incongrue l'année où Pierre Boulez achève Pli selon pli. Finalement, ce seront les Américains qui auront le nez creux, débusquant derrière ses apparats de grand opéra vériste ce qu'est réellement L'Opéra d'Aran : un musical flamboyant. Paradoxe : si l'orchestre de Bécaud est renversant de caractérisation et de patte - le jeune homme de trente cinq ans eut une solide formation classique -, c'est bien le livret, auquel collaborèrent Pierre Delanoë, Louis Amade et Jacques Emmanuel, qui peine à se plier dans la musique et pose aux chanteurs des problèmes de rythme. Mais enfin, que L'Opéra d'Aran ait sombré totalement après sa création, victime d'un procès en mépris vis-à-vis de son auteur, et ne soit pas reparu alors que les comédies de Michel Legrand reviennent à l'affiche, est une injustice que la résurrection de l'enregistrement rend plus criante encore. Et les aficionados de Rosanna Carteri seront heureux de la retrouver, même dans un rôle qui lui fut si épisodique. »

Par Jean-Charles Hoffelé – L’AVANT SCENE OPERA