LA FRANCE RURALE AU PREMIER XXE SIÈCLE

PAROLES DE GENS MODESTES (TÉMOIGNAGES ENREGISTRÉS)

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Direction artistique : MADELEINE GUÉRIN
Livret : 28 pages
Nombre de CDs : 3


29,99 € TTC

FA5488

En Stock . Expédition prévue sous 24 à 72h selon week-end

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Ce coffret 3 CD réalisé par l’association Paroles, Images et Sons présente un corpus rares de témoignages des petites gens du monde paysan : ouvriers agricoles, petits exploitants ou domestiques de ferme enregistrés par les praticiens de la méthode Freinet entre les années 1960 et 1980.

Un diaporama unique sur la France rurale de la Belle Époque à l’Entre-deux guerres, celle d’avant l’électricité, l’exode rural et la mécanisation.

Pénibilité du travail, rudesse des rapports sociaux, poids des traditions et fierté paysanne, ce coffret permet une formidable plongée dans un monde oublié, beaucoup moins documenté que le monde ouvrier urbain et qui pourtant s’est radicalement transformé au cours de ce premier XXe siècle.

Claude COLOMBINI FRÉMEAUX


DIRECTION : MADELEINE GUÉRIN POUR PAROLES, IMAGES ET SON

CD1 -
FILLES, JEUNES, ET DE CONDITION MODESTE, À LA CAMPAGNE AUTREFOIS : HENRIETTE DURAND, DE SAÔNE-ET-LOIRE • JULIA AULARD, DE L’YONNE • GABRIELLE BOURSIN, DE LA MANCHE • FÉLICIE MAZERAND, DE L’AVEYRON • MARTHE BORDÈRE, DU VAUCLUSE.

CD2 - OUVRIERS AGRICOLES ET PETITS EXPLOITANTS DANS L’ENTRE-DEUX GUERRES : PIERRE LAURENT, DE L’ISÈRE • RENÉ CHAILLOU, D’EURE-ET-LOIR • WILLIAM SAINSOT, D’EURE-ET-LOIR • RÉMI NAVET, D’EURE-ET-LOIR.

CD3 - RÉPONSES AUX CRISES : LES COOPÉRATIVES VITICOLES, LES MIGRATIONS PROFESSIONNELLES ET GÉOGRA-PHIQUES : LOUIS BALIGAND, DE SAÔNE-ET-LOIRE • CLAUDIUS DRILLIEN, DE SAÔNE-ET-LOIRE • LOUIS LARIVIÈRE, DE CORRÈZE • ÉMILE BOISDEVEZY, DE CORRÈZE.

Paroles de gens modestes FA5488L


LA FRANCE RURALE
PAROLES DE GENS MODESTES
au premier XXe siècle
TÉMOIGNAGES ENREGISTRÉS


3CD
AUDIO




Documents sonores recueillis
par “Paroles, Images et Sons”
sous la direction de Pierre Guérin
Montage : Madeleine Guérin
Livret : Claude Dumond, Paulette et Pierre Chaillou


Participants : Julia Aulard, Louis Balligand, Georges Bellot, Christian Blosseville, Marie Jo Blosseville, Emile Boisdevezy, Marthe Bordère, Gabrielle Boursin, Lucien Buisson, Michel Cahu, Daniel Carré, René Chaillou, Paulette Chaillou, Pierrot Chaillou, Yvon Chalard, Claudius Drillien, Marcelle Drillien, Henriette Durand, André Gelineau, Louis Larivière, Pierre Laurent, Aimé Leclerc, Michèle Labonne, Raymond Labonne, Marie Marty, Félicie Mazerand, Rémi Navet, William Sainsot.



Présentation

Depuis les années cinquante, des enseignants, praticiens de la pédagogie Freinet, et leurs élèves, ont recueilli des témoignages sur des sujets les plus divers en s’adressant aussi bien aux membres de leurs familles, à des voisins, qu’à des acteurs prestigieux de notre histoire.
Ce coffret réunit les souvenirs d’hommes et de femmes que l’on pourrait qualifier de «?Petites gens de la Terre?»1.
Un monde qui se différencie de celui des propriétaires et des paysans aisés mais aussi de celui des «?indigents?» et qui, lui-même, renferme une hiérarchie subtile entre petits paysans, ouvriers agricoles, domestiques, travailleurs isolés sur les marges du terroir.
Cette mémoire est d’abord celle d’enfants, très jeunes travailleurs aux côtés de leur parents, celle d’enfants placés chez les autres, de petites domestiques de fermes, de jeunes bergers, mais aussi celle de journaliers propriétaires d’un lopin de terre, d’ouvriers agricoles, de travailleurs en marge de la vie des villages, tous quasi invisibles dans les sources documentaires écrites, et longtemps peu étudiés par les historiens qui les considéraient comme passifs dans les transformations de la vie rurale.
Main d’œuvre quasi gratuite dans le cadre familial puisque son coût se limitait à la nourriture et à un très modeste dédommagement versé au père quand une fille était placée comme domestique chez les autres. Les femmes de la campagne, de conditions modestes, semblent avoir souffert d’un désintérêt encore plus grand que les hommes. Invisibles par leur subordination dans les couples, elles n’ont pas bénéficié des recherches que les luttes des ouvrières d’usine ont suscitées, pas plus que des études sur les violences dont elles ont pu, comme les autres, faire l’objet. Au croisement de l’histoire du genre et de l’histoire sociale, les témoignages retenus dans le premier CD permettent d’approcher leurs statuts, leurs conditions de vie, leurs rapports avec leurs employeurs, leur sociabilité. Presque toutes ont bénéficié de la loi imposant la scolarité obligatoire. L’importance de l’école comme lieu de vie sociale, facteur d’ouverture et de progrès est d’ailleurs bien plus souvent soulignée par les femmes que par les hommes.
Adultes dans les années 20 et 30, nos témoins masculins décrivent eux aussi des conditions de vie extrêmement dures pendant leur enfance et leur adolescence. Mais ils insistent sur les transformations de leurs modes de vie, liées à des améliorations de leur statut social et aux évolutions de l’agriculture. Mécanisation, techniques plus efficaces, rationalisation de la commercialisation des produits, des progrès considérables ont été réalisés. Les petits exploitants à leur compte, ont surmonté les crises grâce aux coopératives pour les vignerons, grâce à l’Office du blé créé par le Front Populaire pour les exploitations vouées à la polyculture. Par contre, les ouvriers agricoles, même très qualifiés, ont abandonné le travail de la terre, et le plus souvent émigré vers la ville.

Au total, des gens de conditions modestes, enregistrés il y a une trentaine d’années, qui avaient surmonté des épreuves que les enfants auxquels ils s’adressaient ne pouvaient imaginer. Des «?petites gens?» mais pas des «?humbles?» car, fiers de leurs parcours, ils se félicitaient du monde qu’ils léguaient à la génération de leurs jeunes interlocuteurs.


CD1
Filles, jeunes, et de condition modeste, à la campagne autrefois


Six femmes racontent la vie au temps de leur enfance et de leur adolescence avant la guerre de 1914-1918. Des filles de familles paysannes qui n’ont pas ou peu fréquenté l’école et ont dû travailler très jeunes. Elles ne cherchent pas la compassion des élèves d’école primaire ou de leurs arrières petits-enfants devant lesquels elles témoignent mais plutôt à faire revivre la vitalité qui les animait dans leur jeunesse : volontiers courageuses, coquettes, joyeuses.
Sans misérabilisme, elles souhaitent montrer toutes les différences entre le monde de leur jeunesse et celui dans lequel vivent les petites filles et les adolescentes des années 60 et 70. Elles manifestent un profond respect pour leurs parents, même si elles ont presque toutes été très tôt obligées de travailler souvent placées au service de gens plus riches.
Encore plus que les garçons, ces filles ont des journées qui n’en finissent pas, sans repos ni loisirs, hormis quelques heures le dimanche. La préparation des repas, le ménage, la couture, les soins des enfants, la nourriture des petits animaux… Jamais les parents ou les patrons ne se lassent de leur trouver des occupations. Aux travaux réputés féminins, s’ajoutent des tâches, en principe dévolues aux hommes quand la saison l’exige en particulier lors de la moisson.
Les filles qui habitent en bordure des villes ou que les parents préfèrent voir trouver un emploi plus lucratif sont envoyées à l’usine ou travaillent à domicile pour des fabricants installés dans la ville. L’une de nos témoins a travaillé dans les caves de Roquefort, une autre pour les confiseurs d’Apt. Travaux pénibles et mal payés.
Les filles font l’objet d’une surveillance spéciale, si les privautés des patrons et contremaitres sont monnaie courante. On ne conçoit pas que des jeunes filles puissent être libres d’organiser leur vie comme elles l’entendent. Ainsi, les propriétaires des caves de Roquefort soumettent les jeunes filles qu’ils emploient à une discipline sévère, imposée par des sœurs.
Si enfants elles ont arrêté très tôt de jouer, ces jeunes filles aiment se faire belles et aller danser, dès que l’occasion se présente. Étrangement quand les hommes évoquent leurs loisirs, il n’est jamais question du bal !

Être fille et dans des conditions difficiles a sans doute été un handicap et source de souffrances mais aucune rancœur à l’égard de leur famille. Par contre, elles n’hésitent pas à décrire l’exploitation dont elles ont fait l’objet. Le respect à l’égard des propriétaires et des patrons se transforme en défiance et quelquefois en révolte ouverte. Dans les débuts du XXème siècle, les jeunes femmes de la campagne commencent à échapper aux autorités morales traditionnelles?; certaines devenues ouvrières d’usines, en contact avec des syndicalistes qui les initient à l’action collective, vont jusqu’à la grève.

Mme Marty
Née Marie Labarde le 21 août 1860 à Saint-Pantaléon-de-Larche (Corrèze)
Mariée à Etienne Marty le 15 février 1885 à Saint-Pantaléon-de-Larche Corrèze
Décédée le 23 avril 1963
Enregistrement réalisé en 1962 à Larche par Yvon Chalard et ses élèves
Âgée de 101 ans, Madame Marty répond aux enfants de l’école de son village de Larche près de Brive.
Souvenirs d’une alimentation assez copieuse composée pour l’essentiel des produits de la ferme de ses parents, images de filles et de garçons coquets qui soignaient leurs tenues vestimentaires. Ses parents n’étaient que métayers et devaient partager à moitié les fruits de leur travail avec le propriétaire. Sous le Second Empire, l’école n’est encore ni gratuite ni obligatoire et Mme Marty a dû se contenter du catéchisme. Pas encore de pont sur la Vézère mais un bac et beaucoup de marche à pied pour rejoindre la foire de Brive où se font les échanges.
Un monde encore très traditionnel, que notre vieille dame ne regrette, ni ne renie.

Complément
Le métayage

Avant 1914, en France, le métayage ou «?bail à colonat partiaire?» représentait encore un type d’exploitation agricole très répandu en particulier sur les terres réputées pauvres.
En général sous seing privé, le contrat entre le propriétaire et le métayer prévoyait un partage qui permettait au métayer de travailler sans investissement préalable et au propriétaire de bénéficier de la moitié des produits de l’exploitation, de recevoir quelques prestations en nature et de disposer d’un pouvoir quasi arbitraire sur le paysan allant jusqu’à la surveillance de sa vie privée.
Ainsi le propriétaire apportait la terre, les bâtiments, le matériel d’exploitation, les animaux, les engrais, une partie des semences et imposait les modes de culture et d’élevage.
Le métayer par son travail assurait la production (agricole et élevage) qu’il partageait avec le propriétaire mais devait aussi des redevances et des corvées. Seuls les produits du jardin et du tout petit élevage revenaient au métayer dans leur intégralité.
Apparu au temps de la Renaissance le métayage a été considéré par les historiens comme une aggravation de la situation des paysans. Les propriétaires, les maîtres, possédaient la plupart du temps plusieurs métairies et déléguaient la surveillance des métayers à des régisseurs. Jacquou le Croquant, le roman d’Eugène Leroy décrit longuement l’extrême pauvreté et les brimades subies par les métayers avant que le régisseur soit abattu d’un coup de fusil par l’un d’eux.
Les historiens, Marc Bloch par exemple ont rendu le système du métayage responsable du retard pris par l’agriculture française et souligné les avantages du fermage. Les propriétaires ne pouvaient ou ne voulaient pas faire de grosses dépenses dans leurs domaines; les métayers n’étaient pas incités à des efforts puisque leurs résultats, par moitié revenaient au propriétaire, contrairement aux fermiers qui en conservaient la totalité. Dans la seconde moitié du XIXème siècle, les métayers par exemple ont manifesté peu d’intérêt pour l’utilisation des engrais car le profit n’était pas immédiat. Il en est résulté un appauvrissement de terres déjà peu fertiles.
Le syndicalisme paysan n’a pénétré que très lentement le milieu des métayers dont les revendications sont longtemps restées ignorées des législateurs.
Il a fallu attendre le 14 avril 1946 pour que soit adoptée, à l’unanimité des députés de l’Assemblée Nationale Cons-tituante, une loi portant sur?» le statut du fermage et du méta-yage?» encourageant la conversion du métayage en fermage, imposant des baux de 9 ans reconductibles, sauf si le propriétaire veut reprendre son exploitation, et donnant le droit de préemption au fermier en cas de vente.
Environ les trois quarts des métayers ont demandé à bénéficier des dispositions de la loi, parfois contre le désir des propriétaires.
Le métayage n’a été définitivement supprimé qu’en 1982 !

Henriette Durand

Née le 18 juillet 1899 à Vernoux (Ain)
Interrogée en 1983 par les élèves des classes de Michèle et Raymond Labonne à Prissé (Saône-et-Loire)
Prise de son Pierre Guérin
À l’âge des enfants de l’école de Prissé qui lui posent des questions, Madame Henriette Durand gardait déjà des vaches pour un patron du 1er avril à la mi-novembre. Mais ce n’était pas sa seule occupation Du matin au soir ses employeurs lui imposaient sans cesse de nouvelles tâches.


La condition des servantes de fermes dans l’Allier par A. Dumont militant anarcho-syndicaliste

[..] «?Les servantes de ferme, elles non plus, n’ont pas une situation bien agréable. Elles sont encore davantage privées de liberté et de repos que leurs camarades masculins. Il est d’usage qu’on leur réserve les besognes les plus ennuyeuses de la ferme. À la campagne, lorsqu’on loue une bonne, ce n’est assurément pas pour lui faire faire de la dentelle, mais bien pour lui faire accomplir les travaux pénibles et sales.
En sus de l’ouvrage d’intérieur, ces jeunes filles doivent encore aller aux champs avec les hommes?; planter les pommes de terre et semer les céréales au printemps?; faner le foin et l’engranger, ramasser la javelle, etc…, durant l’été?; aider à la cueillette des récoltes d’automne, et, pendant l’hiver, toucher les bœufs à la charrue, garder les porcs ou les moutons au milieu des vastes pâturages où la bise siffle et glace.
À la veillée, jusqu’à 10 ou 11 heures du soir, elles travaillent encore à réparer les vêtements usés de leurs maîtres. Pour soigner leurs effets personnels elles n’ont ordinairement que quelques heures le dimanche, au retour de la messe et du bal, si on leur a permis de sortir.
Restent encore les rapports de ces pauvres filles avec les hommes lorsque le travail se fait en commun. Je néglige les taquineries et les plaisanteries souvent dures à avaler mais il est fréquent que les garçons cherchent à les mettre à mal, bien résolus d’avance à les abandonner si l’acte d’amour est suivi de conséquences. La vie de ces servantes, alors ? Oh ! une fois sur dix, irréparablement brisée.
Les domestiques de notre région sont astreints à un travail très long et, cela va sans dire, très pénible, d’une durée moyenne de 14 à 16 heures par jour.
En été, ils font ordinairement 18 heures, sinon plus : levés dès 3 heures et demie ou 4 heures du matin, selon l’habitude de la maison où ils sont loués, ils sont encore dans les champs à 9 heures du soir. Avant qu’ils soient rentrés à la ferme et qu’ils aient mangé la soupe, il se trouve d’être au moins 10 heures.
Il ne leur reste donc que 6 heures au plus de repos, ce qui est trop peu pour le rude labeur accompli durant le jour et à renouveler le lendemain. La sieste à midi n’est encore guère rentrée dans les mœurs?; néanmoins elle tend peu à peu à s’implanter.
En hiver, la journée est un peu moins longue, mais la besogne est plus sale, car il faut travailler constamment dans la boue au travers des champs ou dans le fumier pour nettoyer et panser les animaux.
Les cultivateurs, eux aussi, subissent cet état de choses, nous dira-t-on ! Parfaitement, mais cela n’atténue pas la dureté de l’existence du domestique. La souffrance physique et morale du patron ne saurait adoucir celle du valet ni l’obliger à subir les avanies sans nombre de sa triste condition sans qu’il cherche à y apporter de remèdes.?»[..]

Antoine Dumont
Extrait de l’article de A. Dumont
La Vie ouvrière 7 janvier 1910 Google
http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?article1297

Julia Aulard

Née le 18 janvier 1894 à Merry-la-vallée (Yonne)
Décédée le 21 février 1984
Enregistrée en 1980 par Daniel Carré
Julia Aulard a passé son enfance dans les forêts de Toucy dans l’Yonne. D’une famille de huit enfants, toute petite, elle a commencé comme ses frères et sœurs à aider le père à la fabrication du charbon de bois qu’elle décrit avec précision. Un «?patron?» fournissait le matériel et payait à la quantité produite. Il était propriétaire de la cabane dans laquelle les enfants s’entassaient dormant sur de la toile de sac et de la paille.
L’alimentation était frugale, beaucoup de harengs et un peu de porc. Les cadeaux de Noël et étrennes que de braves gens offraient étaient partagés entre tous et l’argent récolté utilisé par la mère pour acheter des vêtements.
A l’école, les trois ou quatre mois de l’hiver, les enfants de charbonniers se regroupaient et n’avaient que peu de contact avec les autres.
«?La vie des bois avec autant d’enfants, ça faisait la misère !?»

Complément
Le charbon de bois

Aujourd’hui un peu méprisé (sauf par les urbains amateurs de barbecues), le charbon de bois a été utilisé pendant 4000 ans, dans toutes les parties du globe, en particulier pour fabriquer les métaux.
- Il a un pouvoir calorifique (pouvoir de fournir en brûlant une certaine quantité de chaleur) de 7000 à 8000 calories par kilogramme, au lieu de 4000 à 4700 calories pour le bois sec.
- il brûle plus régulièrement que le bois qui peut connaître des «?coups de feu?».
- il ne laisse que très peu de résidus.
- il a un bon pouvoir réducteur à haute température, atout essentiel pour la métallurgie qui fut son principal débouché jusqu’à la fin du XVIIIème siècle

Quelques étapes de la fabrication du charbon de bois telle qu’elle se pratiquait au lendemain de la guerre de 1914- 1918 : Textes et Documents Pierre Chaillou

Mme Gabrielle Boursin

Née en 1895 à Sainte-Pience (Manche)
Enregistrée en 1972 par Michel Cahu et ses élèves de l’école de Sainte-Pience
Dans le langage savoureux du département de la Manche, Melle Boursin évoque quelques aspects marquants de la
vie quotidienne d’une petite fille au début du XXème siècle : le chauffage par la cheminée, l’éclairage à la bougie ou à
la lampe à pétrole, la lessive à la cendre, les étoffes très épaisses pour protéger du froid et de la pluie.
Le village était encore soumis aux autorités traditionnelles, l’Eglise et le Château. La petite Gabrielle fréquentait l’école de filles de la commune où la prière était encore de rigueur plusieurs fois par jour. C’était au Château que les pauvres pouvaient recevoir des dons. Après les vêpres du dimanche, la «?Dame?» distribuait des bonbons aux enfants du village.
Vocabulaire
Bacheliks : écharpe en fil et laine, formant capuchon pour la tête.
Droguets : étoffe moitié laine, moitié fil, au tissage très serré, destinée à protéger de la pluie et du froid.

Complément
Chronologie de la laïcisation de l’enseignement

9 août 1880 :
Loi de Paul Bert organisant les Ecoles Normales pour la formation des enseignants républicains.
28 mars 1882 :
Lois Ferry : L’instruction primaire est obligatoire de 7 à 13 ans.
L’école publique devient neutre et gratuite.
L’instruction morale et civique remplace l’enseignement religieux.
Les ministres des cultes n’ont plus la possibilité d’entrer dans l’école.
Ces lois sont appliquées avec prudence, modération et souplesse, surtout dans les zones rurales à forte implan-tation catholique.
30 octobre 1886 :
Loi Goblet sur la laïcisation du personnel enseignant de l’enseignement public.
La nomination des instituteurs est du ressort du préfet.
Aucun ecclésiastique ne peut faire partie des commissions scolaires.
Un article de cette loi interdit aux municipalités tout investissement en faveur d’une école primaire confessionnelle.
7 juillet 1904 :
Loi interdisant l’enseignement à tous les membres de congrégations (autorisées ou non).

Pourtant la résistance à la laïcisation de l’enseignement se poursuivit bien au-delà de cette date. À Sainte-Pience, comme dans de nombreux autres villages de l’Ouest, l’enseignement catholique conservait encore son monopole au temps où Madame Boursin fréquentait l’école du village (1901-1907).

Le parler normand
Ce qui caractérise le patois normand, c’est la différence qui existe dans la prononciation des mots. C’est ce que les experts nomment un «?grignotement?» ou un «?escamotage?» des syllabes. Par exemple, dans l’expression française «?Peut-être bien, Monsieur?», six syllabes sont perçues alors que prononcée en patois «?P’têt bin, M’sieu?», il n’en reste plus que trois !
On constate également que les finales en «?eux?» rempla-cent celles en «?eur?» («?la peux?», «?un chasseux?», «?un péqueux?»), de même que la lettre «?r?» tombe souvent à la fin des mots («?la mé?», «?l’pé?», «?mouri?», «?v’ni?»). De même, l’association du pronom singulier «?je?» avec une forme verbale du pluriel est également caractéristique («?j’avons bien ri?», «?j’aurions bin voulu?»). Enfin, le patois conjugue le passé simple des verbes du 1er groupe comme s’ils appartenaient au second («?j’mangis?», «?je m’sauvis?» ou mieux, «?j’mécapis?»).
Le patois normand compterait environ 8000 mots, mais tout comme le français régional, il en disparait un peu chaque jour. Heureusement certains dictons et expressions perdurent encore aujourd’hui et ce pour notre plus grand plaisir comme l’emblématique «?P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non?».
Site de l’association Passion Généalogie normande:
http://passiongenealogie.hautetfort.com/archive/2009/07/04/francais-regional-ou-patois-normand.html

Félicie Mazerand
Née en 1887 à Sainte-Eulalie (Aveyron)
Enregistrée en 1972 à Sainte-Eulalie par Aimé Leclerc
Dès l’âge de 11 ans, Félicie travaillait dans les caves de Roquefort en dépit de la loi qui interdisait le travail des enfants de moins de treize ans. Le patron payait directement les soeurs qui logeaient, nourrissaient et surveillaient les jeunes filles. Un travail pas trop pénible avec des chefs plutôt débonnaires mais avec des salaires très faibles.
A 18 ans Félicie participait à sa première grève pour une augmentation. La «?citoyenne?» (voir complément) vint les aider à mobiliser toutes les caves de la ville et à obtenir gain de cause.
Mais les années passées entre Roquefort et Sainte Eulalie, où habitaient ses parents, étaient aussi le souvenir des dimanches où Félicie allait dans les bals (accompagnée par sa mère) danser au son de clarinettes et de pistons puis d’accordéons. !

Complément
Les cabanières

Les cabanières sont constamment chaussées de sabots pour résister au froid?; elles portent d’épais bas de laine noire, un jupon très court ne descendant guère au dessous du genou?; elles ont un large tablier à bavette en toile forte pour protéger leurs effets : ce tablier porte parfois un matricule. Jeunes vives et alertes pour la plupart, ces ouvrières ne paraissent pas souffrir de leur existence souterraine?; elles travaillent presque toujours en chantant et leur gaité étonne le visiteur.
Cette dénomination de cabanières s’explique par le fait que les caves primitives n’étaient que de grottes ou cabanes naturelles formées par les excavations de rochers ou bien dérivées du mot cabo qui veut dire cave.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63543099/f149.image.r=cabanières.langFR

La citoyenne Sorgue syndicaliste et féministe Antoinette Cauvin, la citoyenne, à laquelle Félicie Mazerand fait allusion est un personnage tombé dans l’oubli mais emblématique du syndicalisme révolutionnaire et du féminisme dans les années qui ont précédé la guerre de 1914.
«?La citoyenne Sorgue?», comme elle se faisait appeler, fit du département de l’Aveyron le tremplin d’une action révolutionnaire qui s’étendit à toute la France et même aux pays voisins, notamment à l’Italie. Elle adhéra au Parti socialiste de France et au congrès de Nancy (1907) précisa sa vision des formes de luttes à mener : «?Je ne crois pas que la femme s’émancipera par le bulletin de vote. Je crois que la femme qui nous intéresse, qui est la femme prolétaire, ne s’émancipera qu’en menant la lutte syndicale, c’est-à-dire la lutte économique?».

Voir : http://www2.iisg.nl/lists/archives/lab03.99.24.asp?sort=date

Marthe Bordère
Née en 1896 à Gap (Hautes-Alpes)
Interrogée en 1983, à Vedène, par Georges Bellot son petit-fils et ses arrières-petits-enfants
Prise de son Pierre Guérin
Aux limites de la ville de Gap, Marthe Bordère gardait les moutons très jeune et n’a appris à lire que bien plus tard, avec son mari.
Pas malheureuse et débrouillarde, elle aurait pourtant préféré aller à l’école, mais il fallait travailler pour manger, car la famille comptait 13 enfants. Son père occupait un petit emploi à la gare et sa mère fabriquait des matelas, donnait une partie de son lait à des bébés étrangers à sa famille, préparait les repas…
Marthe eut son premier enfant (hors mariage mais reconnu par le père) à 16 ans, un second suivit bientôt. Elle aussi multiplia les activités pour vivre. Elle travailla «?aux obus?» pendant la guerre de 1914-1918, à raccommoder des sacs de charbon, à éplucher des poires et à dénoyauter les cerises, chez elle et dans les usines des confiseurs… complétant le travail en usine par du travail à domicile le soir, le tout en élevant ses enfants !
Après la guerre, dans une usine de confiture, elle devint «?déléguée?» et se fit renvoyer après une grève. Elle trouva rapidement une embauche dans une autre confiturerie !

Complément
Les familles nombreuses

«?Je préférais aller à l’école, mais on ne nous y envoyait pas. Et nous on étaient obligés de travailler pour manger Ma mère faisait les matelas, mon père travaillait à la gare. Et pour nourrir 13 petits, ça se nourrit pas comme cela. Il fallait travailler dur !…?»
Pour les familles nombreuses les enfants comme Marthe n’étaient pas des charges puisqu’ils s’occupaient de leurs frères et sœurs plus jeunes et gagnaient leur pain très tôt, quitte à ne pas fréquenter régulièrement l’école.
Peut-être les parents de Marthe ne connaissaient-ils pas les techniques contraceptives utilisées à cette époque, essentiellement abstinence, coitus interruptus et avortements clandestins, mais il est plus probable que donnant des «?demi-laits?», la mère de Marthe n’ait pas estimé utile de limiter le nombre de ses enfants.
Sauf très rares exceptions, les couples ont longtemps ignoré toute forme de limitation des naissances. Il naissait dans chaque famille autant d’enfants que la santé des parents le permettait, tandis que les épidémies, les famines et les guerres stabilisaient l’effectif des populations.
Dès la fin du XVIIIème siècle et tout au long du XIXème, les Français ont réduit volontairement le nombre de leurs enfants. Chez les propriétaires terriens, la disparition du droit d’aînesse obligeait au partage entre les héritiers, donc au morcellement des domaines à chaque héritage. Les progrès de la médecine faisaient régresser peu à peu la mortalité infantile et, en assurant la survie des enfants, ne justifiaient plus leur multiplication sans limites. Le progrès économique, élevant le niveau de vie, dispensait de faire appel au travail des enfants et même entretenait l’espérance d’un avenir meilleur en consacrant de l’argent à leur éducation, à condition qu’ils soient peu nombreux. L’Eglise, traditionnellement très nataliste, perdait de son autorité….
Ainsi, en moyenne, l’indice synthétique de fécondité2 est passé de 5 enfants par femme vers 1800 à 2,8 en 19003. A cette date, les familles nombreuses, 5 enfants et plus, se rencontraient, pour l’essentiel dans deux grandes catégories sociales : les familles très aisées et les familles très pauvres.

Les limites de l’école obligatoire !

Les lectures des paysans :
La République a toujours tiré gloire de l’École laïque et obligatoire, avec l’espérance aussi d’en tirer profit. Les instituteurs syndicalistes s’en sont aperçus.
L’école, disait, hier encore, M. Briand, est la «?pierre d’assise?» de la République. L’école est donc à la base de l’État. Les gouvernements la défendent, à l’aide de discours et de décorations. Ils la défendent aujourd’hui contre les évêques?; ils la défendaient hier contre les syndicalistes.
Draveil, Narbonne, Raon-l’Étape…, évidemment, disent les «?apaiseurs?», la République est un peu rouge de sang ouvrier… mais il faut de l’ordre, de la paix. Voyons, la République n’a-t-elle pas donné l’école laïque ?
Les idoles perdent à être vues de près. Des regards profanes ont pénétré l’école et l’on fut tout étonné d’apprendre, un beau jour, qu’il y avait, sur le territoire de la France républicaine, de nombreux illettrés et que même le nombre de ceux-ci augmentait depuis dix ans. Puis on s’aperçut qu’un grand nombre de ceux qui n’étaient pas illettrés ne savaient guère lire.
Les bureaux du ministère firent des statistiques, d’ailleurs très incomplètes, et sans quelques critiques avisés, comme M. Descaves, on eut sans doute officiellement, légalement supprimé les illettrés, puisque l’instruction est légalement obligatoire. Mais ce fut impossible. On décréta donc la crise de l’école… On découvrit la lune, et bien certainement nos députés vont être appelés à voter une bonne loi coercitive qui, à l’aide de travaux forcés, inculquera à tous, gratuitement, une solide et démocratique instruction. Car, pour nos étatistes, si l’école laïque, qui est cependant obligatoire, n’a pas rempli tout son rôle, cela tient évidemment à ce qu’elle n’est pas suffisamment obligatoire.

R. Lafontaine
La Vie ouvrière novembre 1909
http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?article900


Encore, vers 1930, l’absentéisme des plus pauvres en Beauce
«?Dans les années 30, quelques-uns de mes copains d’école étaient loués par leurs parents comme «?marmitons?» pour aider les bonnes dans les fermes ou pour faire de menus travaux. Ils quittaient l’école à la Saint-Jean et y revenaient au 1er octobre, à la rentrée des classes à cette époque.?»
Témoignage de Pierre Chaillou


CD2
Ouvriers agricoles et petits exploitants dans l’entre-deux guerres

Au sortir de la guerre de 1914-1918, la vie des paysans s’améliore lentement. Des cours relativement favorables compensent le manque de bras, qui lui-même favorise l’augmentation des gages et l’accès d’ouvriers agricoles au statut d’exploitants.
Mais avec la crise de la première moitié des années trente, le monde rural se sent une fois de plus sacrifié par les hommes politiques accusés de privilégier l’intérêt des industriels. L’exode vers les villes s’accélère tandis que le système de commercialisation des produits agricoles, en particulier des céréales, est atteint avec la disparition de nombre de grainetiers ou petits courtiers.
C’est le Front Populaire, auquel relativement peu de paysans ont accordé leurs voix qui offre une bouffée d’oxygène. L’Office du blé garantit l’écoulement de la production à des prix rémunérateurs. L’embellie profite à l’ensemble des activités agricoles jusqu’à la déclaration de guerre.
Les années 20 et 30 sont aussi celles de la modernisation des villages et des outils agricoles. L’électrification apparaît timidement puis s’impose dans les fermes. Pas encore de tracteurs, ceux apportés par les Américains à la fin de la guerre, avec leurs roues en fer, se sont révélés trop lourds et trop coûteux en carburant et ont été pour la plupart abandonnés sans être remplacés. Le cheval reste la force motrice prépondérante. La motorisation attendra, c’est la mécanisation qui progresse avec un matériel attelé, brabants, faucheuses, faucheuses lieuses. Le battage au fléau disparaît complètement au profit des batteuses dont le passage dans la ferme est l’événement de l’année.
La vie sociale dans les villages reste marquée par des rivalités qui remontent aux périodes antérieures, séparation de l’Eglise et de l’Etat mais souvent aussi Révolution de 1789. D’un côté les «?blancs?» guidés par le curé et le ou les gros propriétaires, encore royalistes pour certains?; de l’autre les «?rouges?» hostiles au cléricalisme, favorables aux radicaux, dont les enfants fréquentent l’école laïque. C’est encore le temps des sociétés de musique, des patronages pour les «?blancs?» et pour les «?rouges?» des Amicales laïques, des sociétés de tir ou de joutes qui datent des lendemains de la guerre de 70 quand la gauche était nationaliste et militariste.
Les journées de travail sont très longues, en dehors des dimanches peu de repos. Les loisirs, encore rares, ne portent pas le nom de «?congé?». La bicyclette, le cadeau qui accompagne la réussite au certificat d’études, agrandit considérablement l’espace des jeunes. La baisse du prix des journaux, les progrès de l’éducation favorisent une ouverture sur le monde et des prises de consciences qui échappent au pouvoir des notables, longtemps seuls détenteurs des nouvelles de l’extérieur. Les postes de radio restent rares en 1939.

Nos quatre témoins ont en commun d’avoir beaucoup travaillé. Ils ont commencé jeunes, dès 12 ans, à la sortie de l’école primaire. Le premier nous décrit la vie dans la petite ferme familiale, sur des terres médiocres de la rive droite du fleuve dans le département du Rhône, où il fallait tout compter pour pouvoir survivre.
Les deux ouvriers agricoles ont suivi des voies différentes. L’un a gravi dans les grandes fermes de Beauce tous les échelons de la hiérarchie des hommes de sa condition, depuis petit berger jusqu’à premier charretier, avant d’être obligé de quitter la profession en raison de ses activités syndicales. L’autre a réussi à s’installer, à élever des bêtes sur des terres louées.
L’éleveur qui conclut ce CD, a su investir là où il le fallait, s’attacher des ouvriers compétents et peut être considéré comme aisé.
Tous les quatre sont fiers de leur passé de paysans.

Pierre Laurent

Né en 1914 à Saint-Romain en Gal (Rhône)
Enregistré en 1977 à Saint Maurice l’Exil (Isère) par Lucien Buisson et ses élèves
Pierre Laurent décrit les transformations de l’agriculture et de la vie des paysans dans son village de la vallée du Rhône au sud de Lyon dans les années 1920 – 1930. Il explique comment l’achat d’un cheval pour remplacer les vaches comme animal de trait, l’arrivée de l’électricité, l’utilisation d’un brabant double à la place des anciennes charrues, suscitaient interrogations et hésitations.
Malgré la proximité de Vienne, les habitants du village n’avaient que peu de contacts avec le monde ouvrier. Pas de journaux quotidiens ni de poste de radio. Les nouvelles étaient apportées par des «?chemineaux?» qui allaient de ferme en ferme. Les périodiques étaient peu nombreux, essentiellement issus de la «?Bonne presse?» catholique.
Politiquement, le village était divisé en deux clans : les blancs conservateurs et cléricaux, et les rouges républicains hostiles à l’Église.
A partir de 1931, la crise a traumatisé les paysans qui ne pouvaient concevoir que l’on gaspille le blé, qu’on détruise les surplus. Ce fut la création de l’Office du blé qui permit de rétablir la situation.
Mais le complexe d’infériorité des paysans face à l’habitant des villes résistait encore, et pour longtemps !

Complément
LES CHARRUES

La «?charrue en bois?»
C’est la charrue traditionnelle à un seul soc. Seule l’armature est en bois. Pour ouvrir le sillon, le coûtre (ou : couteau de métal) tranche la terre verticalement, et le soc la coupe horizontalement au fond du sillon. Au-dessus du soc, le versoir de forme hélicoïdale, fait tomber la terre en la retournant, toujours du même côté, en général à droite de la charrue.
Cela oblige à faire le tour du champ, suivant un parcours bien déterminé, les sillons se rapprochant du milieu du champ. Ou bien, partant du milieu, les sillons se creusaient de chaque côté de l’axe tracé par le premier passage

Aux extrémités du champ, le terrain restait libre pour les passages de l’attelage. C’étaient les «?tournières?» qui seront labourées pour terminer le travail. Labour relativement facile dans un champ rectangulaire, ce qui était rare, et qui se compliquait terriblement dans un autre cas.

Un grand progrès technique :
la charrue brabant double
On l’appelle encore «?bi-soc?». Elle est née, dit-on, au 19 ème siècle, vers 1850 et elle est souvent citée comme l’élément le plus remarquable des progrès dans les travaux agricoles.
Le «?bi-soc?» a donc 2 socs, mais aussi 2 versoirs et 2 coutres. En somme, ce sont deux charrues complètes qui sont fixées à l’âge (l’axe horizontal de l’ensemble). Naturellement, seule la «?charrue?» du bas peut creuser son sillon.
Alors, à quoi sert la charrue du haut ? – Les deux charrues sont un peu comme nos deux mains. Elles se ressemblent mais ne font pas exactement le même travail - l’une creuse son sillon et rejette la terre à droite du laboureur, et l’autre, qu’on abaissera en la faisant pivoter autour de l’âge, creusera le sien à sa gauche, le versoir faisant tomber la terre sur le sillon précédent. Et les sillons s’alignent l’un après l’autre, l’un sur l’autre. Il suffit, au bout du champ, de changer de charrue et de faire demi-tour.
La terre est rejetée dans le sens des petites flèches et les sillons s’entassent les uns sur les autres :

On passe directement d’un sillon à l’autre et on évite les longs parcours des charrues en bois sur les tournières4. Le gain de temps est remarquable.
Si remarquable que le brabant double est toujours employé. Bien sûr, les deux chevaux de l’attelage ont été remplacés par les «?Diesel?» des tracteurs. Ainsi, mon voisin cultivateur tire cinq paires de socs derrière le sien, soit l’équivalent de dix charrues.

Documents et commentaires Pierre Chaillou




L’intégralité de la chanson de Théodore Botrel (1868–1925) entonnée par Pierre Laurent :
Pardon, Monsieur le métayer si de nuit, je dérange
Mais je voudrais bien sommeiller au fond de votre grange.
Mon bon ami la grange est pleine du blé de la moisson,
Donne-toi donc plutôt la peine d’entrer dans la maison.
Mon bon Monsieur je suis trop gueux
Qué gachis vous ferais-je
Je suis pieds-nus sale et boueux
Et tout couvert de neige
Mon bon ami quitte bien vite
Tes hardes en lambeaux
Pouille*-moi ce tricot de suite
Chausse- moi ces sabots !
Mon bon Monsieur
On ne m’a rien jeté le long des routes
Je voudrais avec votre chien
Partager deux ou trois croûtes
Si depuis ce matin tu rôdes
Tu dois être affamé
Voici du pain, des crêpes chaudes
Voici du lard fumé
Chassez du coin de votre feu
Ce rôdeur qui n’en bouge;
Êtes-vous «?blanc?» ? Êtes-vous «?bleu?»?
«?Moi, je suis plutôt?» rouge
Qu’importe ces mots République,
Commune ou Royauté
Ne mêlons pas la politique
Avec la Charité !
Puis le métayer s’endormit,
La mi-nuit étant proche
Alors le vagabond sortit
Son couteau de sa poche,
L’ouvrit, le fit luire à la flamme,
Puis se dressant soudain
Il planta sa terrible lame
Dans… la miche de pain
Au matin-jour, le gueux s’en fut
Sans vouloir rien entendre
Oubliant son couteau pointu
Au milieu du pain tendre.
Vous dormirez en paix, ô riches,
Vous et vos capitaux
Tant que les gueux auront des miches
Où planter leur couteau !

René Chaillou
Né en 1904 à Verdes (Loir-et-Cher)
Enregistré en 1974 par Pierre Chaillou, fils du témoin, (avec la participation de l’arrière-petit-fils dont on entend les «?braillées?» !)
René Chaillou a été embauché chez les autres au lendemain de son certificat d’étude. D’abord petit berger, il passait ses nuits d’été isolé dans la plaine au milieu de ses moutons et l’hiver dans la bergerie. Plus tard il accéda au statut de charretier puis de premier charretier. Plus ou moins bien nourri mais logeant à l’écurie et debout à trois heures du matin pour panser les chevaux, il renouvelait, ou pas, son engagement auprès des patrons lors des louées de la Saint Jean ou de la Toussaint.
En 1936, il participa aux activités d’un syndicat d’ouvriers agricoles qui revendiquait une hausse des salaires. Repéré par les patrons, faute de proposition d’embauche au tarif syndical, il dut abandonner son métier de charretier et se reconvertir dans le bâtiment.

Notice biographique de René Chaillou :

1904 : Naissance à Verdes (Loir-et-Cher), benjamin de 9 enfants, de parents ouvriers agricoles.
1916 : À la fin de sa scolarité, embauché dans une ferme comme petit berger. Puis apprentissage de charretier et embauché comme tel dans des fermes des environs.
1924 : Conseil de révision : il est réformé et dispensé du service militaire.
1928 : Avec un camarade d’école, il part à Paris et trouve du travail dans une usine de banlieue «?le Carbone Industriel?».
1934 : Retour à Verdes. Il travaille dans les fermes et, en 1936, il adhère à la C.G.T. «?Agriculture?» dont il devient délégué pour le secteur.
1936 : Ne trouvant plus de travail dans les fermes, il est embauché comme manoeuvre dans des entreprises de travaux publics : construction du silo à grain d’Ouzouer-le-Marché, des hangars du camp d’aviation de Châteaudun et du «?château d’eau?» du camp de munitions, aussi de Châteaudun…
1939 : C’est la guerre. Mobilisé, il est fait prisonnier en mai 1940, mais cela après la date de l’armistice, ce pourquoi il est libéré.
1940 : Il est embauché comme maître-charretier dans une ferme de la commune de Verdes dont le patron est prisonnier. Il va en diriger le travail jusqu’à la fin de la guerre.
1943 : Adhésion au maquis de la région et actions de résistance jusqu’à la Libération.
1945 : Reprise du travail dans une entreprise du bâtiment, jusqu’à sa retraite en 1970.
1983 : Décès de René Chaillou à Verdes.

Complément
La cabane du berger

Document Pierre Chaillou
La cabane en bois, portée sur trois roues comporte : un toit à deux pans couverts de zinc, de bois, ou même de «?rouche?» (des roseaux)?; deux brancards pour la déplacer à bras sur une courte distance. Cependant, deux crochets, à l’avant (côté de la roue unique) permettent d’atteler un cheval pour tirer sur une plus longue distance sans difficulté. Sur un côté, la porte, et sur l’autre une petite ouverture (ou : ouverroué) fermant à l’intérieur. Dedans, une paillasse ou ballière5, une ou deux couvertures, une couette de plumes permettaient au berger de passer la nuit dans les champs, près de son troupeau dont il devait d’ailleurs s’occuper pour changer le parc avant le lever du jour. Le troupeau d’une grosse ferme de Beauce pouvait atteindre de cent à trois cents moutons et, leurs crottes constituant une fumure importante, pour en faire profiter tous les champs, on déplaçait les bêtes, même en pleine nuit.
En cas d’orage, certains bergers allumaient un falot pour marquer leur présence et ainsi rassurer le troupeau. Au faîte de la cabane, quelquefois, le berger accrochait un brin de buis le jour des Rameaux.
Le retour du troupeau à la ferme se faisait à la Toussaint. La vie au grand air était terminée pour jusqu’au prochain printemps.

William Sainsot

Né en 1911
Enregistré en 1983 par André Gelineau et ses élèves de l’école de Coudreceau (Eure et Loir)
Pendant 12 ans, William Sainsot a travaillé comme ouvrier agricole sans qualification particulière dans différentes fermes avec le même salaire pour les quatre mois qui allaient de la Saint-Jean à la Toussaint et les huit mois de la Toussaint à Juin (deux fois 1800 F vers 1929). Là aussi la nourriture était satisfaisante mais le logement indigne (écurie, bergerie et même étable). Avec sa femme, il s’est installé à son compte en 1935, 20 ha cultivables et 2 ha de landes, des cultures associées à de l’élevage pour vendre du grain et du lait, un travail très dur physiquement avec des journées de 15 à 16 heures au moment de la moisson.
«?C’était surtout pour la femme que c’était dur. Il fallait qu’elle aide.?»
En 1935, la conjoncture était particulièrement défavorable à cause de la mévente du blé liée à la crise. William Sainsot, par ailleurs curieux de l’actualité politique, constata en 1936 une nette amélioration de ses revenus grâce à la création de l’Office du blé.
Il avait la satisfaction de gagner sa vie en étant son propre «?patron?».

Rémi Navet
Né en 1908
Enregistré en 1983 à Coudreceau (Eure et Loir) par André Gélineau et Pierre Guérin
Rémi Navet à la tête d’une ferme de taille moyenne était un patron, avec au moins un vacher auquel (dit-il !), il donnait un bon salaire. Propriétaire d’une voiture dès 1933, il put choisir les acheteurs de ses animaux et en tirer de bons prix.
Les années 1930 furent très difficiles les cours du blé ne cessant de s’effondrer. Beaucoup de fermiers et de grainetiers disparurent. En 1936, la création de l’Office du blé permit une remontée des cours du blé et tout s’est enchaîné, le lait, la viande, tout a repris.
Le monde ouvrier et le monde paysan se rencontraient peu, là aussi. Il a fallu la guerre et la pénurie de ravitaillement dans les villes pour revoir les cousins qui avaient oublié la partie paysanne de leur famille !
Mme Navet intervient pour insister sur le mépris insupportable des citadins à l’égard des femmes de la campagne. Rémi Navet était d’une famille curieuse et cultivée, il se remémore, pendant la guerre de 1914, sa mère faisant la lecture du «?Petit Journal?» aux voisins avides de nouvelles mais incapables de lire.

Complément
La mécanisation de l’agriculture : l’exemple de la moisson

Au début du 20è` siècle, presque partout, la moisson était faite à la main. Les blés, l’orge, l’avoine, étaient le plus souvent coupés à la faux et rassemblés en gerbes sur des liens de seigle par des femmes qui suivaient les faucheurs. D’autres fois, c’étaient des équipes : des «?faucilleurs bretons?» ou des «?sapeurs belges?» qui se chargeaient de ce travail, à la faucille ou à la sape (grande faucille). La journée de travail commençait au lever du soleil et durait jusqu’au coucher. Certains dormaient dans le champ pour être sur place et ne pas perdre une minute, car ils étaient payés à la tâche.
(Souvenirs de Paulette Chaillou) «?Chez nous, bien que la ferme ne soit pas très importante, il y avait «?du monde?» à table car le travail était dur. Pour la moisson, mes plus lointains souvenirs sont ceux de la javeleuse. Il y avait bien l’herbière, mais ce n’était qu’une simple lame de scie pour couper la luzerne et la laisser en andains6. Tandis que la javeleuse, c’était aussi une faucheuse, munie d’une scie sur le côté, mais surmontée par de grands «?peignes?», les rabatteurs, qui tournaient à la verticale à côté du conducteur et qui redescendaient au-dessus de la scie, pour y pousser les tiges de blé et les éjecter en javelles. On rassemblait les javelles par deux avec un lien de seigle pour faire les «?bottes?» (les gerbes). Quelquefois, pour aller dans un champ éloigné, avec maman, on s’asseyait dans le tablier de la javeleuse tirée par un cheval. C’était un cadre de bois situé derrière la scie, là où se formaient les javelles. Mais moi, ce qui me plaisait dans la javeleuse, pendant le travail, c’était le grand tourniquet des rabatteurs qui montaient et descendaient…?»
«?Vers 1928 peut-être ? Il y eut chez nous la première moissonneuse-lieuse. Il fallait trois chevaux pour la tirer. Les gerbes sortaient toutes liées de la machine. Elles s’alignaient sur le champ et on devait les «?dresser?», les rassembler, debout, par «?diziaux?» (par tas de 10). Cela pour faciliter le passage des voitures qui allaient les emmener à la ferme, mais aussi pour que les épis ne restent pas sur le sol où ils auraient pu germer en cas d’humidité.?»
«?Quand toute la récolte était fauchée, on l’emmenait à la ferme dans des voitures de bois à grandes roues cerclées de fer, tirées par deux ou trois chevaux. Les bottes étaient tassées en long jusqu’à la hauteur des roues, et en travers ensuite, les épis vers le centre, sur quatre ou cinq lits. Le dernier rang était unique, dans l’axe de la voiture, et on envoyait, par là-dessus, une grosse corde (la «?liure?») qu’on serrait à l’aide d’un treuil au cul de la voiture. Sans cela, les cahots du chemin auraient eu vite fait de démolir le chargement. Deux hommes étaient chargés de ce travail?: à terre, le «?broqueteux?» muni d’une fourche à deux ou trois dents au bout d’un long manche, le «?broc?», pour envoyer les bottes au «?tasseux?» qui les plaçait à l’aide d’un crochet à deux dents au bout d’une poignée.
Tasser une voiture ou un «?espace?» de grange ou, mieux encore, une meule, était un travail réclamant beaucoup d’adresse. Une meule bien formée, harmonieuse, donnait du prestige à son auteur ! De plus, elle ne «?mouillait?» pas. Les épis bien protégés, dirigés vers le centre, pouvaient attendre les battages d’hiver. Ces battages avaient lieu pour partie après la moisson.

La vente du blé était nécessaire pour couvrir les frais de moisson, et puis c’était là qu’on réservait le meilleur grain pour les prochaines semailles d’automne. Et le reste attendait l’hiver, moment de payer les fermages. Ces journées
de battage étaient sujettes à de grands préparatifs, tant auprès des meules ou du hangar qu’à la maison où il fallait accueillir pour trois repas dans la journée, une bonne douzaine de personnes?».


CD3
Réponses aux crises :Les coopératives viticoles, les migrations professionnelles et géographiques


La viticulture constitue un cas particulier dans le monde agricole par les réponses qu’elle a apportées aux crises.

L’exploitation d’une parcelle de vigne, à surface égale, réclame beaucoup plus de main d’œuvre que les céréales ou tout autre culture (hormis les cultures maraîchères) mais, les bonnes années, la vente du vin est aussi plus rémunératrice que celle des autres produits agricoles. Autrefois répandue dans presque toute la France, y compris dans des régions aux climats peu propices, la vigne s’est concentrée dans les régions les plus favorables à partir des années 1870 car la construction des chemins de fer a permis d’acheminer vers les villes du nord des vins de bien meilleure qualité que ceux produits localement. La crise du phylloxéra qui, à partir de 1860, a affecté l’ensemble du territoire, a achevé le processus, les vignobles détruits n’ont pas été reconstitués là où les conditions climatiques n’étaient pas satisfaisantes.
Fils de métayers de la même région, le sud de la Bourgogne, les deux vignerons présentés ont vécu différemment leur métier. Le premier n’a gardé que la mémoire de la peine physique, de la misère, des catastrophes naturelles. Le second a réussi à conserver son indépendance grâce à sa participation à une coopérative, il jette un regard positif (et souvent railleur) sur son passé.

Dans les autres régions, les crises de la première moitié du XXème siècle ont provoqué des migrations professionnelles. De nombreux hommes et femmes aux liens familiaux très étroits avec la terre dans leur enfance ont rompu avec les traditions et exercé des professions dans d’autres secteurs. Les migrations professionnelles se sont accompagnées de migrations géographiques qui les ont conduits dans les petites villes puis dans les très grandes villes.
Les deux témoins suivants sont des exemples de jeunes gens qui, après des expériences extrêmement dures dans leur enfance, ont quitté adolescents les fermes pour exercer des professions en marge de l’élevage et de la culture, mais toujours à la campagne, l’un comme scieur de long, l’autre comme tuilier. Adultes, ils ont achevé leurs migrations en s’installant en ville.

Louis Balligand

Né en 1910 à Sologny (Saône-et-Loire)
Interrogé en 1983 par Michèle et Raymond Labonne avec leurs élèves de l’école de Prissé (Saône et Loire)
Prise de son : Pierre Guérin
Louis Balligand décrit son travail d’enfant de 13 ans, commis dans une petite exploitation viticole du Mâconnais au lendemain de la Première Guerre mondiale. Soins aux animaux dès 5h30 le matin puis départ pour les vignes qu’il fallait piocher presque toute l’année pour enlever les mauvaises herbes. Dans son village les vignerons, des métayers, disposaient de cinq hectares : deux de vignes, deux de terre de culture, un de pré, de deux vaches et d’un cheval fournis par le propriétaire. Seul le vin était partagé et à moitié.
De nombreux maux guettaient le vigneron : les crises de surproduction la dépendance des négociants en vin qui imposaient des prix toujours trop bas, les intempéries qui pouvaient détruire les récoltes, les variations climatiques qui influençaient la qualité du vin…
Louis Balligand ne regrette pas le passé !

Claudius Drillien
Né en 1900 à Saint Boil (Saône-et-Loire)
Interrogé en juin 1983 par sa fille Marcelle, institutrice
Prise de son Pierre Guérin
Avant la guerre de 14, la vigne occupait toute l’année la famille du vigneron, femmes et enfants compris. Les grands-parents et parents de Claudius Drillien étaient vignerons, métayers au service de propriétaires.
Au sein du village un fossé séparait les propriétaires et les vignerons, entre ceux qui tenaient l’outil de travail et ceux qui travaillaient pour eux. L’école communale et le catéchisme étaient les seuls lieux où les enfants se retrouvaient à égalité.
La guerre de 1914 a entraîné la fin du métayage dans la viticulture. Faute de main d’œuvre et devant un marché déprimé, les propriétaires ont vendu. De petites exploitations dont les propriétaires étaient souvent d’anciens métayers se sont constituées. Ce fut le cas de celle de Claudius Drillien dont le père avait réussi à lui transmettre un hectare et demi de vignes et qui a pu agrandir l’exploitation jusqu’à ce qu’elle soit viable, en même temps qu’il se dotait de bâtiments et d’un pressoir.
La commercialisation devenant de plus en plus difficile et la rapacité des négociants en vin toujours plus grande, la création d’une coopérative s’imposa à un moment où la coopération (et non la compétition comme maintenant) semblait l’avenir des groupes humains.
La coopérative n’a cessé de grandir et en ce sens fut un succès (elle existe toujours en 2014). A-t-elle vraiment été à la hauteur des espoirs que ses fondateurs avaient mis en elle ? Claudius Drillien est toujours resté dubitatif !

Complément
L’histoire de la coopérative de Buxy dont Claudius fut membre fondateur

1931 : La Cave des Vignerons de Buxy est créée, sous l’im-pulsion de 98 vignerons pionniers de Buxy et des communes environnantes. Ils ont décidé de s’unir pour trouver une solution collective à leurs problèmes de vinification, stockage et commercialisation.
Premières ventes de bouteilles
1936 : Reconnaissance de l’appellation d’origine contrôlée «?MONTAGNY?». Elle fait partie des premières appellations à avoir été reconnues et s’étale sur les communes de Montagny-les-Buxy, Saint Vallerin, Jully-les-Buxy et Buxy.
1945 : La cave connaît régulièrement des problèmes de place pour loger la totalité des vins récoltés.
1950 : Les premiers enjambeurs remplacent les chevaux dans les coteaux.
Mais c’est aussi la disparition des sabots et des brodequins, au profit des bottes !
1968 : M. Roger RAGEOT est nommé directeur de la Cave des Vignerons de Buxy.
A cette époque, le marché était particulièrement difficile.
1977 : Le 24 Janvier 1977, la Cave de Saint Gengoux le National rejoint la Cave des Vignerons de Buxy. Dorénavant, la zone de production de la Cave des Vignerons de Buxy se situe en Côte Châlonnaise et se prolonge en Mâconnais.
1985 : La direction et le conseil d’administration de la cave décident de mettre en place des commissions techniques et un système de sélection des vignes de qualité avant les vendanges.
1993 : Création du Groupement d’Intérêt Economique BLASONS DE BOURGOGNE La première fonction du GIE était la commercialisation des vins des trois caves auprès de la Grande Distribution. Devant le succès rencontré auprès de ses clients, en 1996, le GIE étend son action aux marchés de l’export.
2006 : En 2006, l’Union Blasons de Bourgogne voit le jour et la Cave des Hautes Côtes à Beaune rejoint le groupe. L’objectif de l’union est d’aborder d’autres métiers en commun : le marketing, les achats, la logistique,….
Aujourd’hui, le GIE BLASONS DE BOURGOGNE génère un chiffre d’affaires de 53 Millions d’Euros et commercialise 16 Millions de bouteilles.
D’après : http://www.vigneronsdebuxy.fr/

Louis Larivière

Né en 1903 à Gourdon-Murat (Corrèze)
Enregistré en 1975 par Yvon Chalard et des collègues instituteurs de l’Institut Coopératif de l’Ecole Moderne de Corrèze
De parents paysans très pauvres, Louis Larivière n’est pratiquement pas allé à l’école. Orphelin à 15 ans, il a rompu avec l’agriculture pour devenir scieur de long sur des chantiers qui l’on conduit jusqu’en Ariège. À l’époque les chemins de fer réclamaient de très grandes quantités de traverses en bois.
Chaque année, la campagne se terminait en juin pour reprendre en septembre : chacun des scieurs, paysan corrézien, retrouvait sa petite exploitation pour les travaux d’été. Passionné de vélo, doté de qualités physiques exceptionnelles, le jeune Louis consacrait cette période à des courses cyclistes : «? Je gagnais plus qu’à faire le scieur de long ! ?»
Après son service militaire, considérant le métier de scieur de long comme sans avenir, il «? monta ?» à Paris où il travailla dans les travaux publics, à la construction de lignes de métro.

Complément
Les scieurs de long

Le fût d’un arbre abattu, la «?bille?», a vaguement la forme d’un cylindre qu’il faut d’abord équarrir à la hache pour être scié ensuite afin de le transformer en madriers, en chevrons ou en planches. C’était là qu’intervenaient les scieurs de long.
«?Scier de long?», c’est scier dans le sens de la longueur, dans le sens des fibres du bois, avec une scie «?à refendre?» dont la lame est montée perpendiculairement à la monture (qui faisait autrefois chez les menuisiers, le travail des scies à ruban d’aujourd’hui). La scie «?de long?» était haute comme un homme et sa monture avait presque un mètre de large. Mais Raymond Lheureux, un des derniers scieurs de long, va nous préciser tout cela.
«?- Monsieur Lheureux, comment est-ce que vous avez choisi ce métier ?
- C’était après l’autre guerre. J’étais parti en 1917 et je suis revenu en 20, au mois de juin. Mon père était scieur et il m’a emmené avec lui. J’étais pas rassuré parce que j’avais toujours travaillé dans les fermes. Alors, quand je me suis vu sur la bille… Mais au bout d’une heure ou deux, j’ai fini par attraper le coup et après j’ai toujours fait équipe avec mon père. Et oui, j’ai été un des derniers à travailler par ici. Je dis «?les derniers?» parce que pour scier de long, il faut toujours être deux : un en dessous de la bille qu’on avait à scier, et l’autre qui était monté dessus.

Et chacun à sa place, on faisait monter et descendre la scie. Alors, pour installer la bille, on faisait d’abord un trépied, une chèvre (c’était le nom mais tout le monde disait «?une bique?»). D’abord deux pieds de devant, et puis une grande pièce de bois qui arrivait dans le haut de la bique, c’était la «?queue?». Sur cette queue-là, on plaçait donc la bille et on l’attachait avec une chaîne. Il fallait que ce soit solide parce que ça portait un fameux poids. Et on calait comme il faut pour ne pas que ça bouge. Un montait dessus et l’autre restait dessous et on manoeuvrait la scie. Dame, celui du dessous il recevait toute la sciure, mais celui du haut, il fallait qu’il remonte la scie et j’y ai mouillé ma chemise plus d’une fois. Oui, c’était dur, même pour celui d’en bas. Mais quand on savait bien affuter les scies, quand on avait un compagnon bien d’aplomb, qui guidait bien la scie, c’était dur mais c’était un métier comme un autre et on s’y «?brisait?» tout pareil. Seulement, en plus du sciage, il y avait toutes les charges qu’il fallait monter, les billes qu’il fallait manœuvrer sur la bique…
- La bille, elle était préparée avant qu’on la mette sur la bique ?
- Elle était équarrie. C’étaient les charpentiers qui faisaient ça, à la hache. Ils ne travaillaient qu’à la hache. Et puis, sur notre bille équarrie qu’était encore au sol, on traçait nos traits de scie, au cordeau, tout du long. Puis sur les bouts, pour l’entame7, bien d’aplomb, et on retournait la bille pour tracer le dessous. On traçait comme ça pour tous les traits où on devait scier. Après, on montait la bille sur la bique. On la calait, on la chaînait et on la sciait. Mais quand on arrivait un peu avant la bique, on détachait la bille et on la retournait bout pour bout. On la rattachait et on n’avait plus qu’à scier jusqu’à la rencontre des traits de scie qui étaient déjà coupés.
- Combien de temps est-ce que vous mettiez pour scier une bille ?
« - Oh ça, on ne peut pas le dire, ça dépendait du bois, ça dépendait de l’épaisseur… Des fois, quand on avait des chênes, des gros chênes pour une charpente, on les montait sur deux biques, une à chaque bout. Pourquoi ? Parce que ça aurait fait trop de ballant avec une seule bique.
« - Et vos salaires ? Vous gagniez bien votre vie ?
« -Oui, mais c’était dur… Et puis, on avait des pertes de temps. Par mauvais temps, quand il tombait de l’eau, on ne pouvait pas monter là-dessus, et ça effaçait nos tracés. Une fois, huit, dix jours comme ça, et puis il s’est mis à tomber de la neige. On ne voyait plus rien. Impossible de travailler !…
« - C’étaient des coups à avoir des accidents. En revenant juste après la gelée, la bique, surtout avec une charge pareille, elle serait bien tombée sur le côté… ça ne vous est jamais arrivé un coup comme ça ?
« -Oh que si !… J’étais avec G… Comme tu dis, c’était après une gelée. Pourtant, j’y avais dit -Accote8 donc ta machine ! – Penses-tu, qu’il me dit, tu vas voir, ça ira bien… Eh ben, il a bien vu : c’est parti sur le côté et puis y avait plus rien à faire. Et moi qui étais en-dessous ! J’avais peur pour ma carcasse, moi ! Il a quand même réussi à sauter avant que tout dégringole mais il s’est démoli le talon et il a été longtemps à traîner sa guibole… »
Documents et commentaires Pierre Chaillou

Emile Boisdevezy
Né en 1905 à Pompadour (Corrèze)
Enregistré par Yvon Chalard et ses élèves en 1975
Emile Boisdevezy orphelin de mère fut placé dès l’âge de 11 ans dans une ferme où il était exploité et humilié par ses patrons qui le chassèrent au bout de deux ans quand il refusa d’aller communier le dimanche.
Il passa les deux années suivantes dans une première tuilerie dans des conditions très dures. Toujours dans le même métier, il réussit à trouver ensuite un emploi dans les Deux-Sèvres pour une campagne.
De retour en Corrèze, de nouveau commis de ferme à l’initiative de son père, il finit par se fâcher avec le patron un jour où celui-ci lui reprochait d’être en retard le lendemain d’un jour où il avait assisté à des courses de chevaux.
Contre l’avis de son père, il se spécialisa dans le métier de plâtrier.

Complément
L’exode rural

C’est au milieu du XIXème siècle que la population de la plupart des villages de France a commencé à diminuer. La forte mortalité liée aux guerres, aux disettes, aux épidémies avait été compensée jusque-là par une forte fécondité, et les progrès de l’agriculture avaient permis à la France d’être le pays le plus peuplé d’Europe (Russie exclue).
Entre 1851 et 1911, la population française n’a progressé que de 4 millions d’habitants. L’urbanisation a capté le surplus de population mais a aussi puisé directement dans les campagnes qui ont perdu 5 millions d’habitants.
Les migrants définitifs vers les villes ont d’abord été des actifs non agricoles. Les villages qui constituaient des communautés capables de vivre en quasi autarcie se sont ouverts aux produits extérieurs. Les hommes sans terre, les travailleurs à façon, les petits artisans aux revenus fragiles, ont été attirés par les nouveaux emplois que les villes pouvaient procurer.
D’autres vagues de départ ont touché les paysans victimes des crises (phylloxéra pour la viticulture, phases de mévente pour tous) qui ont imposé de quitter la terre aux plus fragiles ou aux plus malchanceux. Les reconversions professionnelles se sont très souvent accompagnées de migrations géographiques.
Enfin les villes ont aussi été le lieu de résidence des enfants dont les parents avaient favorisé l’ascension sociale en investissant dans leur éducation. La méritocratie républicaine ne fut pas seulement un mythe même si elle fut source d’illusions.
Dès 1914, et a fortiori en 1939, était déjà avancé le mouvement qui vida les campagnes française, avant que la rurbanisation ne redonne vie à certaines d’entre elles mais…sans paysan !
Indications Bibliographiques
• M. BLOCH, Les caractères originaux de l’Histoire rurale française. Pocket 2006.
• GEORGES DUBY et ARMAND WALLON (sous la direction de), Histoire de la France rurale. Le Seuil 1992 T. 3 et 4.
• RONALD HUBSCHER et JEAN-CLAUDE FARCY (Sous la direction de), La moisson des autres, les salariés agricoles aux XIXè et XXè siècles. Créaphis Editions, 1996.
• PHILIPPE MADELINE et JEAN-MARC MORICEAU Les paysans - Récits, témoignages et archives de la France agricole (1870-1970). Paris, Les Arènes, 2012.
• BERNARD STEPHAN, Mémoires vives 1900-2000. Autrement 2006.
• DOMINIQUE VALLAUD, Les Paysans : Vivre à la campagne autrefois. Editions Tallandier 2008.

Témoignages et romans
• EMILIE CARLES, Une soupe aux herbes sauvages. Robert Laffont 1999.   
Voir aussi le DVD du film avec Annie Girardot.
• EPHRAÏM GRENADOU et ALAIN PRÉVOST, Grenadou, paysan français. Points Histoire, 1978.
• EMILE GUILLAUMIN, La vie d’un simple. Livre de Poche 1977.   



1. «?Les petites gens de la terre?» Titre du Colloque du XXème anniversaire de l’ASHR, Association Histoire & Sociétés Rurales et Pôle Rural. Caen, octobre 2014.
2. L’indice synthétique de fécondité indique le nombre moyen d’enfants par femmes. En 1900, pour que les générations se renouvellent, pour que chaque mère soit remplacée par une fille, il fallait environ 2,5 enfants par femme
3. Les militaires avaient en partie imputée la défaite de 1871 à la supériorité démographique de l’Allemagne sur la France.
4. Tournière : Espace réservé pour faire tourner la charrue au bout du sillon
5. Ballière : sorte de matelas rempli de balle (résidu de battage constitué d’enveloppes de grains de blé ou d’avoine).
6. Andains : L’andain est une bande continue de fourrage (ici de la luzerne) laissée sur le sol après le passage d’une faucheuse.



CD1
Filles, jeunes, et de condition modeste, à la campagne autrefois



1-    Mme MARTY, de Corrèze    4’12
2-    Henriette DURAND, de Saône-et-Loire    6’26
3-4-    Julia AULARD, de l’Yonne    10’22
5-    Gabrielle BOURSIN, de la Manche    4’24
6-7-    Félicie MAZERAND, de l’Aveyron    15’25
8-9-    Marthe BORDERE, du Vaucluse    11’37


CD2
Ouvriers agricoles et petits exploitants dans l’entre-deux guerres


1-2-    Pierre LAURENT, de l’Isère    17’00
3-4-5-    René CHAILLOU, d’Eure-et-Loir    16’18
6-    William SAINSOT, d’Eure-et-Loir    9’12
7-    Rémi NAVET, d’Eure-et-Loir    8’53


CD3
Réponses aux crises : les coopératives viticoles,
les migrations professionnelles et géographiques



1-    Louis BALIGAND, de Saône-et-Loire    9’14
2-3-    Claudius DRILLIEN, de Saône-et-Loire    15’29
4-    Louis LARIVIERE, de Corrèze    6’46
5-6-7-    Emile BOISDEVEZY, de Corrèze    16’38


Ce coffret 3 CD réalisé par l’association Paroles, Images et Sons présente un corpus rares de témoignages des petites gens du monde paysan : ouvriers agricoles, petits exploitants ou domestiques de ferme enregistrés par les praticiens de la méthode Freinet entre les années 1960 et 1980. Un diaporama unique sur la France rurale de la Belle Époque à l’Entre-deux guerres, celle d’avant l’électricité, l’exode rural et la mécanisation. Pénibilité du travail, rudesse des rapports sociaux, poids des traditions et fierté paysanne, ce coffret permet une formidable plongée dans un monde oublié, beaucoup moins documenté que le monde ouvrier urbain et qui pourtant s’est radicalement transformé au cours de ce premier XXe siècle.    Claude Colombini Frémeaux






EcoutezPisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 Mme Marty04'12
02 Henriette Durand06'27
03 Julia Aulard05'21
04 Julia Aulard 205'02
05 Gabrielle Boursin04'24
06 Felicie Mazerand06'11
07 Felicie Mazerand 209'13
08 Marthe Bordère04'15
09 Marthe Bordère 207'22
CD 2
01 Pierre Laurent08'23
02 Pierre Laurent 208'25
03 Rene Chaillou05'50
04 Rene Chaillou 205'01
05 Rene Chaillou 305'26
06 William Sainsot09'11
07 Remi Navet08'53
CD 3
01 Louis Baligand09'10
02 Claude Drillien07'27
03 Claude Drillien 208'01
04 Louis Larivière06'46
05 Emile Boisdevezy01'59
06 Emile Boisdevezy 209'53
07 Emile Boisdevezy 304'46

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