GÉRARD PIERRON - CHANTE GASTON COUTÉ (RÉTROSPECTIVE 1977 - 2008)

GÉRARD PIERRON

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Artiste GERARD PIERRON
Format : CD Musical
Livret : 28 pages
Nombre de CDs : 3


29,99 € TTC

FA5638

En Stock . Expédition prévue sous 24 à 72h selon week-end

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Des plaines de Beauce, aux cabarets montmartrois, Gaston Couté, jeune poète libertaire, fils de paysans, mort à 31 ans en 1911, a laissé une oeuvre d’une rare et étonnante puissance humaniste. Le gâs qu’a mal tourné, comme il se définit, clame en Français ou dans son patois beauceron, le désenchantement de la France de la Belle Époque, une société inégalitaire en cours d’industrialisation, belliciste et nationaliste. Un sens du mot et du rythme uniques donnent une symbolique moderne et universelle à son oeuvre. Cette rétrospective retrace sur trente ans le parcours d’exploration de Gérard Pierron, « artiste artisan » et précieux mélodiste. Son travail d’interprétation et de mise en musique des oeuvres de Gaston Couté (qui occupe une place centrale dans son parcours artistique) témoigne d’une formidable et revigorante valorisation du patrimoine immatériel. 
Augustin BONDOUX & PATRICK FRÉMEAUX 

CD 1 « EN HOMMAGE À MICHEL DEPOULAIN » : LA CHANSON D’UN GÂS QU’A MAL TOURNÉ (1977) : LE GÂS QU’A PERDU L’ESPRIT • LE FOIN QUI PRESSE • LE FONDEUR DE CANONS • LA COMPLAINTE DES TROIS ROSES • LE DIMANCHE • CANTIQUE PAÏEN • LES P’TITS CHATS. LES MANGEUX D’TERRE (1979) PRIX CHARLES CROS : SUR UN AIR DE REPROCHE • LA TOINON • SAOUL MAIS LOGIQUE • LE PATOIS DE CHEZ NOUS • LA COMPLAINTE DES RAMASSEUX D’MORTS • GRAND-MÈRE GÂTIAU • LES DRAPS QUI SÈCHENT SUR LE FOIN • LES CAILLOUX • LES MANGEUX D’TERRE. GÉRARD PIERRON - BOUGRE D’ÂNE (1981) : LES QUATRE SAISONS DU PRISONNIER • LE PRESSOIR • LE DÉRAILLEMENT. DAME ! (1983) : LA PAYSANNE. 
CD 2 : GÉRARD PIERRON – GASTON COUTÉ (LE CHANT DU MONDE, (1992) ENREGISTREMENT PUBLIC, THÉÂTRE ANTOINE VITEZ D’IVRY-SUR-SEINE : LE CHAMP D’NAVIOTS • LES MAUVES (INSTRUMENTAL EDDY SCHAFF) • JOUR DE LESSIVE • BÉRET, BEURRE, CORNICHON (INSTRUMENTAL JEAN-PHILIPPE VIRET) • APRÈS VENDANGES • LA DERNIÈRE BOUTEILLE • CANTIQUE PAÏEN • LE JOUR DU MARCHÉ • LES OIES INQUIÈTES • LES CONSCRITS • LES TÂCHES • CHANSON DU BRACONNIER • LES MOULINS MORTS • LE VENT DU CH’MIN (INSTRUMENTAL EDDY SCHAFF). EN REVENANT DU BAL (1997) : PETIT PORCHER • PETIT POUCET • EN REVENANT DU BAL. 
CD 3 : LE VIEUX TROUVÈRE (1997). PLEIN CHANT (2006) : LE GÂS QU’A PERDU L’ESPRIT • JE N’AI RIEN REFUSÉ DE LA TENDRESSE HUMAINE. LE DISCOURS DU TRAÎNEUX (2008) : SUR LE FIL (INSTRUMENTAL ÉTIENNE BOISDRON) • LE JOUR DU MARCHÉ • LES BOHÉMIENS (INSTRUMENTAL MARIE MAZILLE) • LA CHANSON DU BRACONNIER (INSTRUMENTAL GUY RAIMBAULT) • LA TOINON • LA COMPLAINTE DES RAMASSEUX D’MORTS • SERA CELLE QUI M’AIMERA • LA CAUSETTE • LE TEMPS D’AMOUR • LE DÉRAILLEMENT • L’ENFERMÉE • LES CONSCRITS • LE DISCOURS DU TRAÎNEUX • A L’OUEST/L’ÉTÉ (INSTRUMENTAL MARIE MAZILLE) • LA PAYSANNE.
 
SUIVI ARTISTIQUE : AUGUSTIN BONDOUX
 
Pierron chante Couté FA5638



GÉRARD PIERRON
             CHANTE GASTON COUTÉ



RÉTROSPECTIVE 1977 - 2008


Des plaines de Beauce, aux cabarets montmartrois, Gaston Couté, jeune poète libertaire, fils de paysans, mort à 31 ans en 1911, a laissé une œuvre d’une rare et étonnante puissance humaniste. Le gâs qu’a mal tourné, comme il se définit, clame en Français ou dans son patois beauceron, le désenchantement de la France de la Belle Époque, une société inégalitaire en cours d’industrialisation, belliciste et nationaliste. Un sens du mot et du rythme uniques donnent une symbolique moderne et universelle à son œuvre. Cette rétrospective retrace sur trente ans le parcours d’exploration de Gérard Pierron, « artiste artisan » et précieux mélodiste. Son travail d’interprétation et de mise en musique des œuvres de Gaston Couté (qui occupe une place centrale dans son parcours artistique) témoigne d’une formidable et revigorante valorisation du patrimoine immatériel.    
A. Bondoux & P. Frémeaux

The son of peasants, Gaston Couté – he died in 1911 aged 31 – became a brilliant young poet who advocated free will. From the broad plains of his native Beauce to cabarets in Montmartre, the works he left behind him carry humanism of astonishing power. He called himself the feller who went bad and, writing in French or patois, he gave voice to the disillusion of the Belle Époque and its unequal, bellicose and natio­nalistic society in the throes of industrialization. His works have a universal, modern symbolism thanks to his unique feeling for words and rhythm. This retrospective deals with 30 years of explorations by Gérard Pierron, an artist-artisan and composer of invaluable melodies whose perfor­­mances of Gaston Couté’s work in a musical setting are central to Pierron’s artistic career. Gérard Pierron provides a magnificent, invigorating reading of this nobly spiritual heritage.    A. Bondoux & P. Frémeaux


Disque 1 « En hommage à Michel Depoulain »
LA CHANSON D’UN GÂS QU’A MAL TOURNÉ (1977)

 1. Le Gâs qu’a perdu l’esprit    4’35
 2. Le Foin qui presse    4’08
 3. Le Fondeur de Canons    2’12
 4. La Complainte des Trois Roses     1’57
 5. Le Dimanche     4’39
 6. Cantique païen     4’30
 7. Les P’tits Chats     2’37
LES MANGEUX D’TERRE (1979) Prix Charles Cros
 8. Sur un air de reproche     3’30
 9. La Toinon     4’05
10. Saoul mais logique     3’13
11. Le Patois de chez nous     3’29
12. La Complainte des Ramasseux d’Morts     5’20
13. Grand-Mère Gâtiau     3’45
14. Les Draps qui sèchent sur le foin     2’15
15. Les Cailloux     2’10
16. Les Mangeux d’terre     6’20
GÉRARD PIERRON – BOUGRE D’ÂNE (1981)
17. Les Quatre Saisons du Prisonnier     4’30
18. Le Pressoir     3’00
19. Le Déraillement     3’06
DAME ! ((1983)
20. La Paysanne     4’20

Disque 2
GÉRARD PIERRON – GASTON COUTÉ (Le Chant du Monde, (1992)

Enregistrement public, Théâtre Antoine Vitez d’Ivry-sur-Seine
 1. Le Champ d’Naviots     3’47
 2. Les Mauves (instrumental Eddy Schaff)    1’01
 3. Jour de Lessive     4’40
 4. Béret, beurre, cornichon (instrumental Jean-Philippe Viret)    1’12
 5. Après vendanges     3’06
 6. La Dernière Bouteille     2’33
 7. Cantique païen     4’23
 8. Le Jour du Marché     6’08
 9. Les Oies inquiètes     4’11
10. Les Conscrits     3’25
11. Les Tâches     3’55
12. Chanson du Braconnier     3’35
13. Les Moulins morts     5’28
14. Le Vent du Ch’min (instrumental Eddy Schaff)    1’52
EN REVENANT DU BAL (1997)
15. Petit Porcher     3’18
16. Petit Poucet     2’43
17. En revenant du bal     4’03

Disque 3
 1. Le vieux trouvère (1997)    3’40
PLEIN CHANT (2006)
 2. Le Gâs qu’a perdu l’esprit     6’48
 3. Je n’ai rien refusé de la tendresse humaine     3’09
LE DISCOURS DU TRAÎNEUX (2008)
 4. Sur le fil (instrumental Étienne Boisdron)    3’01
 5. Le Jour du Marché     4’39
 6. Les Bohémiens (instrumental Marie Mazille)    3’44
 7. La Chanson du Braconnier (instrumental Guy Raimbault)    3’59
 8. La Toinon     4’10
 9. La Complainte des Ramasseux d’Morts     5’20
10. Sera celle qui m’aimera     2’05
11. La Causette     2’03
12. Le Temps d’Amour     2’47
13. Le Déraillement     3’06
14. L’Enfermée     4’15
15. Les Conscrits     2’39
16. Le Discours du Traîneux     4’39
17. A l’ouest/l’été (instrumental Marie Mazille)    3’22
18. La Paysanne     4’30


Rétrospective
GÉRARD PIERRON CHANTE GASTON COUTÉ
1977-2008

Graine d’ananar
(Historique de l’aventure)


En janvier 1975, du 16 au 26 janvier pour être précis, Bernard Meulien et Gérard Pierron dirent et chantèrent Gaston Couté tous les soirs au théâtre du Tertre rue Lepic à Paris. Une trentaine de poèmes figuraient au programme, dont une douzaine mis en musique par Gérard Pierron. Pour la première fois ; il m’était donné d’entendre ces textes qui m’accompagnaient déjà depuis plusieurs mois et dont la seule audition connue me venait de Marcel Amont dans le classique « Va danser ».
Un premier contact ayant eu lieu avec nos deux interprètes, l’idée de se revoir, de partager nos goûts communs, s’affirma très vite. Dès le retour de congés, une invitation était lancée. Une rencontre pourrait se faire les 11 et 12 octobre 1975. Nous nous réunirions chez Gérard Pierron à Saint-Jean-Germain près de Loches.

Nous avions deux jours pour faire connaissance, pour échanger nos documents, pour présenter l’état de nos recherches respectives. Cette fin de semaine chez Gérard Pierron restera un moment de notre cheminement avec Gaston Couté. Nous n’avions en commun que l’amour d’un poète et de son œuvre, nous nous quittâmes amis pour le temps d’un partage.
Ce qui est fondamental dans cette réunion, c’est avec quelle évidence nous en sommes arrivés à la conclusion : Gaston Couté n’était pas à nous, il appartiendrait à tout le monde, et cela nous pouvions le réaliser grâce à la force collective de notre groupe. Il nous suffirait d’éditer les œuvres du poète et ainsi soutenir la rencontre avec un public, rencontre déjà entreprise par Pierron-Meulien et aussi par Vania Adrien Sens et Bernard Lavilliers.
Le dimanche soir de ce 12 octobre 1975, nous nous sommes quittés après avoir décidé la création d’une association au nom rébarbatif : L’ARTEP (L’Association pour recueillir les témoignages d’expression populaire). Heureusement, grâce à la mémoire de Gérard Pierron, ce sigle fut complété au dernier moment par Le Vent du Ch’min.

Si ben qu’un coup qu’il eut pus ren’
Ayant donné jusqu’à sa ferme,
A l’mit dehors, aux vents du ch’min,
Comme un gâs qui pai’ pus son terme ;
Mais c’jour-là, c’tait la Saint Jean :
Pour quat’ pair’s de sabiots par an
Avec la croûte et pis l’log’ment,
I’ s’embaucha cheu la Julie…
La Julie était si jolie !

Quelques mois plus tard, nous rejoignait le secrétaire de l’association des Amis de Gaston Couté, Jules Fleureau (l’auteur du glossaire des mots patoisants utilisés par Couté). Jean-Claude Richard, avec les fraternelles « corrections » de Christian Porcher, Jean-Jacques Cardona, Jean-Pierre Gault, Dominique Cottel et Lucien Seroux.

Pierre-Valentin BERTHIER


Disque 1

La Chanson d’un gâs qu’a mal tourné (Alvarez, 1977)

1 - Le Gâs qu’a perdu l’esprit 4’35
2 - Le Foin qui presse 4’08
3 - Le Fondeur de Canons 2’12
4 - La Complainte des Trois Roses 1’57
5 - Le Dimanche 4’39
6 - Cantique païen 4’30
7 - Les P’tits Chats 2’37
Musiques : Gérard Pierron.
Eddy Schaff : accordéon – Paul-André Maby : guitare –
Didier Levallet : contrebasse.
Les Mangeux d’terre
(Le Chant du Monde, Prix Charles Cros, 1979)
 8 - Sur un air de reproche 3’30
 9 - La Toinon 4’05
10 - Saoul mais logique 3’13
11 - Le Patois de chez nous 3’29
12 - La Complainte des Ramasseux d’Morts 5’20
13 - Grand-Mère Gâtiau 3’45
14 - Les Draps qui sèchent sur le foin 2’15
15 - Les Cailloux 2’10
16 - Les Mangeux d’terre 6’20
Musiques : Gérard Pierron sauf 13 Bernard Meulien – Direction musicale : Eddy Schaff.
Eddy Schaff : accordéon, claviers, vocals – Paul-André Maby : guitares, autoharp, vocals.
Avec la participation de : Christian Dente, France Léa, Danièle Meshia, Jean Moiziard, Daniel Pantchenko.
Gérard Pierron – Bougre d’Âne (Le Chant du Monde, 1981)

17 - Les Quatre Saisons du Prisonnier 4’30 (Roger Gauthier/Gérard Pierron)
18 - Le Pressoir 3’00
19 - Le Déraillement 3’06
Musiques : Gérard Pierron – Arrangements : Eddy Schaff.
Avec le concours de : Eddy Schaff : accordéon, claviers – Jean-Claude Asselin : mandolines – Jean-Yves Lacombe : contrebasse – Paul-André Maby : guitare – José Souc : guitares – Hubert Varron : cello – Jean-François Leroux : percussions – Maurice Désarmot : alto – Michel Varron : alto Enregistrement : studio Acousti - J.-B. Plé, 1980.
Mixage : Alain Français, studio Maïa, janvier 1981.
Dame ! (Le Chant du Monde, 1983)
20 - La Paysanne 4’20
Enregistrement et mixage : Madeleine et Philippe Beaucamp, studio Adam.
Emmanuel Bex : piano – Marc Ducret : guitares, oud – Richard Foy : saxophones – Eddy Schaff : accordéon – Jean-Philippe Viret : contrebasse.


Disque 2

Gérard Pierron – Gaston Couté (Le Chant du Monde, 1992)
Enregistrement public, Théâtre Antoine Vitez d’Ivry-sur-Seine
 1 - Le Champ d’Naviots 3’47
 2 - Les Mauves 1’01 (instrumental Eddy Schaff)
 3 - Jour de Lessive 4’40
 4 - Béret, beurre, cornichon 1’12 (instrumental Jean-Philippe Viret)
 5 - Après vendanges 3’06
 6 - La Dernière Bouteille 2’33
 7 - Cantique païen 4’23
 8 - Le Jour du Marché 6’08
 9 - Les Oies inquiètes 4’11
10 - Les Conscrits 3’25
11 - Les Tâches 3’55
12 - Chanson du Braconnier 3’35
13 - Les Moulins morts 5’28
14 - Le Vent du Ch’min 1’52 (instrumental Eddy Schaff)
Emmanuel Bex : orgue Hammond, accordéon, piano – Didier Roussin : guitares, washboard – Eddy Schaff : accordéon, piano dans Jour de Lessive – Jean-Philippe Viret : contrebasse.
Enregistrement : Studio Mobile De Préférence, Paris, mai 1992, Théâtre d’Ivry.
Prise de son : François Casaÿs.
Mixage : Accès Digital, Rouen, François Casaÿs.
Cet enregistrement a été coproduit par l’association On croit rêver, L’Adami, Le Théâtre de la ville d’Ivry-sur-Seine.
En revenant du bal (Saravah, 1997)
15 - Petit Porcher 3’18
16 - Petit Poucet 2’43
17 - En revenant du bal 4’03
Arrangements : Pierrick Hardy :
guitare, clarinettes
Jean-Philippe Viret : contrebasse
Francis Jauvain : accordéon, saxophone


Disque 3
 1 - Le vieux trouvère 3’40 (Saravah, 1997)
Musique : Gérard Pierron – Arrangements : Pierrick Hardy.
Enregistrement et mixage : Jacques Dompierre - Studio La Morvient.
Plein chant (Chant du Monde, 2006)
 2 - Le Gâs qu’a perdu l’esprit 6’48 (Arrangements : Djal)
 3 - Je n’ai rien refusé de la tendresse humaine 3’09 Marcel Martinet, Djal, Kordévan
(Arrangements : Patrick Reboud)
Musique : Gérard Pierron
Le Discours du traîneux (Le P’tit Chariot, 2008)
 4 - Sur le fil 3’01 (instrumental Étienne Boisdron)
 5 - Le Jour du Marché 4’39
 6 - Les Bohémiens 3’44 (instrumental Marie Mazille)
 7 - La Chanson du Braconnier 3’59 (instrumental Guy Raimbault)
 8 - La Toinon 4’10
 9 - La Complainte des Ramasseux d’Morts 5’20
10 - Sera celle qui m’aimera 2’05
11 - La Causette 2’03
12 - Le Temps d’Amour 2’47
13 - Le Déraillement 3’06
14 - L’ Enfermée 4’15
15 - Les Conscrits 2’39
16 - Le Discours du Traîneux 4’39
17 - A l’ouest/l’été 3’22 (instrumental Marie Mazille)
18 - La Paysanne 4’30
Musique : Gérard Pierron – Arrangements et adaptations : Étienne Boisdron, Marie Mazille et Guy Raimbault.
Interprètes : Hélène Maurice, Gérard Pierron, Bernard Meulien.
Étienne Boisdron : accordéon, accordina – Marie Mazille : clarinette, clarinette basse, violon – Guy Raimbault : accordéon, percussions.


Mixage et Mastering :
François Casaÿs assisté de Adrien Pinet, studio Accès Digital (76000 Rouen).
Documents :
Collection Gérard Pierron.
Dessin de couverture :
René-Claude Girault.

Remerciements :
Pierre Barouh et les éditions Saravah, Jean-Pierre Pierron, René-Claude Girault,
Le P’tit Chariot et Marie Roth.

Direction de collection / coordination :
Augustin Bondoux pour les éditions Frémeaux & Associés.
Frémeaux & Associés, l’éditeur du Patrimoine.
www.fremeaux.com

Contact Scène :
Michelle Manac’h (Merlin Prod’) 07.89.69.27.72.
contact@merlinprod.fr / merlinprod.fr


DISQUE 1
LA CHANSON D’UN GÂS QU’A MAL TOURNÉ (Le Chant du Monde, 1977)

Le Gâs qu’a mal tourné (1977)

Gaston Couté né à Beaugency en 1880. Mort à Paris en 1911.
Léo Ferré gueule quelque part « La lumière ne se fait que sur les tombes ». Même pas !
Le grand silence prolonge l’ignorance de la plupart des contem-porains et il reste quelque phrase vague, l’étiquette que –dans le meilleur des cas– on colle avant de passer à autre chose. La formule réductrice. La formule formol. Le poète maudit. Le réfractaire. Couté la Révolte. Une révolte sur laquelle soit dit en passant personne n’a mis la main. Le trajet importe bien-sûr. Meung-sur-Loire, l’enfance et l’adolescence beauceronnes puis Paris et plus précisément Montmartre. Montmartre, ses poètes, ses chansonniers, sa bohème du début du siècle… Une époque. Une société. Ses marginaux. Gaston Couté vient de la terre. Avec cet univers de moulins morts, de foin qui presse, d’enfants qui « p’tiots matineux » prennent le droit chemin de l’école. Pour l’exprimer, le français le cas échéant et surtout ce véhicule méprisé des mots entendus, lorsque sa mère « fredonnait à mi-voix une simple et vieille berceuse en patois ».
Jehan Rictus, Bruant n’en finissent pas de se chicaner à propos d’argot, de langue populaire, de celle des gueux de Richepin. La préoccupation est dans l’air. Gaston Couté, lui, débarque avec son patois. Le gâs a déjà mal tourné. Une époque glisse sur une sensibilité ou la mord profondément. Lui crie avec ses mots.
Son terroir il ne le folklorise pas. Il ne le Botrelisera pas avant l’heure !
Regard dur, sans concession, il dit sa terre. Il dit les gens. L’âpreté du rapport des gens à leur terre. De leurs rapports entre eux. Son parti, les humbles, les petits, les écrasés. Gaston Couté ne donne dans aucun panneau. Il y a des auges dans la sale pâtée desquelles il ne mettra jamais son nez.
Le Christ en croix aperçu du chemin a tout en bois. Sur le lit de foin des prairies les conscrits font aux femmes des petits qui perpétueront la race des brutes et des conscrits après avoir acquis à l’école la jugeote droite des bons citoyens. Tout cela Couté le dit, le crie, l’écrit.
La dernière année de sa vie, il collabore régulièrement à la Guerre Sociale dans laquelle il publie sa chanson de la semaine. Il a 31 ans. Nous sommes en 1911. Il meurt. Sa Sainte Vierge à lui veille. Il n’avait cessé de la chanter.
« Notre Dame des Sillons dont les anges sont des grillons, Ô Terre, je reviens vers toi ».
Depuis plusieurs années déjà, un comédien : Bernard Meulien et un musicien : Gérard Pierron tentent de percer le mur du silence qui emprisonne l’œuvre de Gaston Couté. Avec conviction et passion. Mais surtout avec amour. Avec désintéressement aussi. Celui dont il faut faire preuve pour monter au mépris des impératifs de la mode –dans l’isolement et l’indifférence générale– un spectacle extrait de « La chanson d’un gâs qu’a mal tourné » et le promener pendant des mois en ville aussi bien qu’à la campagne… Désintéressement encore quand il s’agit de combler une lacune en s’associant à l’édition des œuvres complètes de Gaston Couté…
Ce disque n’est donc ni un point de départ ni un aboutissement mais plutôt une étape de cette entreprise de réhabilitation de Gaston Couté.
Bernard Meulien habite les poèmes de Couté comme seul le permet une longue intimité avec un auteur. Il n’est pas seulement complice : il est Couté lui-même. Gérard Pierron, pour sa part, a su inventer des musiques qui portent comme un courant le verbe de Gaston couté. Paul- André Maby et Eddy Schaff, les deux musiciens qui l’accompagnent ont retrouvé cette couleur propre aux musiciens de rue qui sied parfaitement à l’œuvre de ce poète populaire.
La sobriété et la simplicité caractérisent l’interprétation de Bernard Meulien et Gérard Pierron. Mais aussi la force et la ferveur. Hantés par Couté, ils le restituent avec sensibilité, chaleur et émotion dans toute sa verdeur et sa vérité. Dans toute sa lucidité et son universalité.
Précieux témoignages d’une époque révolue que d’aucuns vécurent « Belle » mais dont beaucoup –même si la postérité tend à l’oublier– portèrent le fardeau comme on porte une croix. C’était hier pense-t-on quand c’est aussi d’aujourd’hui qu’il s’agit.
Jacques ERWAN, Marc LEGRAS.



A Marcel Martinet
Marcel Martinet (1887-1944), fut directeur littéraire du journal l’Humanité, puis des Éditions Eugène-Rey. Grâce à lui, l’œuvre de Gaston Couté a été éditée pour la première fois, dix-sept ans après sa mort, sous le titre « La Chanson d’un gâs qu’a mal tourné ». Il fit également connaître l’œuvre d’un autre libre-penseur de talent, le conteur roumain Panaït Istrati. Marcel Martinet est l’auteur du livre « Les Temps maudits », l’un des chants les plus puissants contre la guerre.


On entendra la patois de Couté comme beauceron, avec ses mots vieux, avec un roulement guttural des « r » et de longues diphtongues sur lesquelles la voix pèse. On ne dit pas « soir » mais « souér », pas « poil » mais « pouél », pas « chose » mais presque « chouse ». Cela fait une autre chanson de langage, qui se comprend aisément tout au long de l’itinéraire qui conduisit François Villon de Paris à Orléans et jusqu’à Meung où il fut emprisonné. Mais aussi bien sur le chemin de Gaston Couté quand il allait à pied réciter ses poèmes jusqu’au-delà de Châteauroux. On peut songer que le langage de la région est celui de l’ancien royaume de France, balisé par les seules villes dont la chanson a fait refrain : Orléans, Beaugency, Notre-Dame de Cléry, Vendôme, Vendôme…
Ce parler-là, inoubliable, est celui de son enfance. Des mots qu’on entend seulement et qui ne s’écrivent pas, des intonations qu’on a saisies à travers la parole des adultes. Il était donc difficile à noter sans véritable système phonétique. Aussi bien la notation de Couté varie parce que la diction même varie, mal fixée, flottante. On ne sait pas trop si un « e » ne se prononce pas comme un « a » -lantarne ou lanterne-, si un « o » n’est pas le son « ou » ou « u » parce que cela se dit à la limite des deux. De même que la fermière dira que la lapine a fait ses « péquits », ce qui n’est guère qu’un durcissement de « petit » qui pourrait se dire aussi « p’tits » selon le sentiment qu’on y met. Et voilà bien le point délicat.  
Jacques GAUCHERON

1976. Je monte des prises de courant rue St-Lazare. Mon magnétophone est branché sur le disjoncteur de chantier… C’est en branchant neutres, terres et phases pour la 20ème fois que je trouve la mélodie « les cailloux » sur le poème de Gaston Couté. L’artisan peintre qui bosse à mes côtés est un copain de notre Colette des cabarets France-Léa. Il se fait appeler Mandrin, il est fils de général. Il me dit « Tu vois Gérard, passe la main sur l’enduit que je viens de poncer… On dirait une peau de femme ». J’apprends alors que Jacques Erwan et Marc Legras ont une émission sur France Musique et qu’ils m’accordent une demi-heure en direct consacrée au poète Gaston Couté. Je cherche alors un accordéoniste, moi qui suis fou de cet instrument depuis ma découverte de ce que l’on appelle justement, le piano du pauvre, depuis ma rencontre avec Lino Leonardi. Et quand tout va mal vient le bien… Dans un spectacle yiddish, je découvre le pianiste et l’accordéoniste Eddy Shaff. Eddy joue de l’accordéon comme le poète Blaise Cendrars usait de sa Remington, avec profondeur et virtuosité.
- Monsieur ! J’ai une émission dans une semaine, voulez-vous m’accompagner ?
- Qu’est ce que tu sais faire ?
- Pas grand-chose.
A la fin de l’émission, M. Alvarez de la Boîte à Musique nous appelle.
- Monsieur, j’aimerais vous enregistrer !    Gérard Pierron (médiathèque de Mûrs-Erigné, 49)


Le Foin qui presse
Ah ! Pour eun’bell’ noc’, c’était eun’ bell’ noce !
Y avait – oui, d’abord ! – eun’ joli’ mariée,
Y avait d’ la famill’ des quat’ coins d’ la Bieauce,
Offrant des coch’lins à plein’s corbeillées !
Y avait d’la mangeaille à s’en fout’ ras là :
Des tourt’s à la sauce et des oies routies,
Avec un bringand d’ petit vin d’ Saint-Y
Qui r’montait d’avant le phylloxéra !
Y avait l’vieux Pitance, un colleux d’ bêtises,
Et l’ cousin Totor qu’est au « Bon Marché ».
Ah ! ces Parisiens ! I’s sont enragés :
Des chansons à fér’ pisser dans sa ch’mise !
Y avait des volé’s d’ jeuness’s raquillantes
Qui dansint en t’nant les gâs par el’ cou ;
Y avait d’l’amus’ment et d’la bounne entente,
Des gens ben gaîtieaux, d’aucuns mêm’ ben saouls !
Ah ! pour eun’bell’ !… Mais c’est fini, la noce !
Au r’vouer à tertous ! I’ fait presque jour.
Pitanc’ s’est r’levé su’ l’ fumier d’ la cour,
Et les parents d’ Bieauc’ mont’nt dans leu’ carrosses,
Si ben qu’i’s rest’nt pus qu’ tous les deux, à c’tte heure,
Ell’, l’enfant gâtée élevée en ville,
Et li l’ grous farmier. Dans la cour tranquille,
Les coqs matineux saluent leu’ bounheur.
Et v’là la joli’ marié’ qui s’appresse
En faisant ronron comme eun’ tit’ chatt’ blanche
Qui veut des lichad’s et pis des caresses.
Mais quoué don’ ? Soun houmme est là coumme eun’ planche.
Piqué vis-à-vis le peignon d’sa grange,
Il a r’luqué l’ciel d’eun air si étrange !
C’est-y qu’i sarch’rait à lir’ dans les nuages
La bounne aventur’ de leu’ jeun’ ménage ?
« Hé ! Pierr’, - qu’a soupir’ - c’est tout c’ que tu contes ? »
Mais li, s’emportant coumme eun’ soupe au lait :
« Non, mais, r’garde don’ un peu l’ temps qu’i’ fait,
Couillett’ ! Tu vois pas la hargne qui monte ?
Ca va mouiller dur, et ça s’ra pas long !
Mon foin, nom de guieu ! qu’est pas en mulons !
La mangeaille aux bêt’s qui va êt’ foutue !
En rout’ ! Mulonnons avant qu’ l’ieau sey’ chue ! »
Et la v’là parti’, la marié’ tout’ blanche,
Piétant dans son vouéle et ses falbalas,
Portant su’ l’épaule eun’ fourche à deux branches,
L’âm’ tout’ retourné’ de se r’trouver là.
Quand qu’il était v’nu, pour li fér’ sa d’mande,
Dans la p’tit’ boutique où qu’ mourait son coeur,
Alle avait dit « oui », tout d’ suite, sans attend’e,
Se jitan vars li coumm’ vars un sauveur.
Alle avait dit « oui », songeant sans malice,
– Ell’ dont l’ corps brûlait à l’air des bieaux jours
Qu’ c’en était, des foués, coumme un vrai supplice – :
« Quand on a eun houmme, on a de l’amour ! »
Et la v’là fourchant le treufe incarnat,
Sous l’ désir féroce et l’aube mauvaise,
A’nhui, dret l’ moment qu’a’ d’vrait êt’ ben aise,
Coumme au Paradis, dans l’ fin fond des draps,
Pasqu’, auparavant que d’êt’ dev’nu’ femme,
All’ est devenue eun’ femm’ de pésan
Dont la vie est pris’, coumm’ dans un courant,
Ent’ le foin qui mouille et les vach’s qui breument.
Les tâch’s, l’agrippant au creux de sa couette,
Mang’ront les baisers su’ l’ bord de ses lév’es
Et séch’ront son corps, tout chaud de jeun’ sève,
Qui tomb’ra pus fréd qu’eun arpent d’« guerouette ».
Les gésin’s bomb’ront son doux ventrezieau,
Les couch’s râchiront sa pieau fine et pâle ;
Et, vieille à trente ans, traînant ses sabiots,
Abêti’ d’ travail, écœurdé’ du mâle,
All’ aura pus d’yeux qu’ pour vouér, à son tour,
L’ ciel nouér su’ les prés couleur d’espérance,
Esclav’ de la Terr’ jalous’, qui coummence
Par y voler sa premier’ nuit d’amour.



LES MANGEUX D’TERRE (Le Chant du Monde, 1979)
RAPPORT
Paris le 5 octobre 1901
L’anarchiste Couté Gaston, 20 ans, né à Beaugency, chansonnier, a fait l’objet de plusieurs rapports de mon service.
Il a déménagé de l’impasse du Tertre en avril 1901 pour aller à la campagne mais il est revenu le 29 septembre dernier.
Depuis son retour à Paris, il ne s’est pas fait remarqué au point de vue de l’anarchie et n’a encore reçu personne à son domicile rue Germain Pilon, 19 bis. Il fréquente les cabarets du Quartier Latin et de Montmartre. Actuellement, il chante presque tous les soirs au cabaret de « L’âne rouge », 30 avenue Trudaine.
Dans la journée, il travaille chez lui à composer des chansons en compagnie de son ami Taveau. Il rentre généralement à 2 h du matin. Couté gagne 10 à 12 Francs par jour. Ses parents meuniers à Meung-sur-Loire lui envoient de l’argent presque tous les mois et il ne fait pas de dette.
En résumé, cet individu professe des opinions libertaires mais il ne paraît pas être dangereux.
Voici son signalement : 1m70 environ, cheveux châtains assez longs, corpulence moyenne, nez un peu long. Il est vêtu d’un veston noir et d’un pantalon fantaisie, étroit à sa base. Il porte un chapeau de feutre noir.

RAPPORT
Paris le 7 juin 1911
Gaston Couté, pitoyable chansonnier, se montre très satisfait des poursuites dont il est l’objet ; cela lui fait une réclame énorme dans les cabarets et remplace son talent qui ne fut jamais très grand.

RAPPORT

Paris le 1er juillet 1911
J’ai l’honneur de faire connaître qu’il ne s’est produit aucun incident au cours de la surveillance exercée hier par les inspecteurs de la brigade, à l’occasion des obsèques du chansonnier révolutionnaire Couté Gaston, décédé à l’Hôpital Lariboisière.
Environ 200 personnes parmi lesquelles on a remarqué : Almereyda, Victor Méric, Dolix, Vivier et Achille.


Le jour de l’enterrement de Gaston Couté, son vieux père, qui n’avait vu jusqu’ici que le gâs qui avait mal tourné, aurait demandé la voix émue à Ondet son éditeur : « Jamais je n’aurais cru que Gaston avait tant d’amis ! Maintenant qu’il est mort, vous pouvez bien me le dire… Mon fils… il avait donc du talent ? »
Louis Lanoizelée


«… Un poète paysan dont le renom grandira tout d’un coup, un jour quelconque dans l’avenir. »     Pierre Mac’Orlan



Les Mangeux d’ terre
Je r’pass’ tous les ans quasiment
Dans les mêm’s parages,
Et tous les ans j’trouv’ du chang’ment
De d’ssus mon passage ;
A tous les coups c’est pas l’mêm’ chien
Qui gueule à mes chausses ;
Et pis, voyons, si je m’souviens,
Voyons : dans c’coin d’Beauce.
Y avait dans l’temps un bieau grand ch’min,
– Cheminot, cheminot, chemine ! –
A c’t’heur’ n’est pas pus grand qu’ma main,
Par où donc que j’chemin’rai d’main ?
En Beauc’ vous les connaissez pas ?
Pour que ren n’se parde,
Mang’rint on n’sait quoué, ces gâs-là,
l’s mang’rint d’la marde !
Le ch’min c’était, à leu’ jugé,
D’la bounn’ terr’ pardue :
A chaqu’ labour i’s l’ ont mangé
D’un sillon d’charrue…
Z’ont groussi leu’s arpents goulus
D’un peu d’glèb’ tout’ neuve ;
Mais l’pauv’ chemin en est d’venu
Minc’ comme eun’ couleuv’e.
Et moué qu’avais qu’li sous les cieux
Pour poser guibolle !…
L’chemin à tout l’mond’, nom de Guieu !
C’est mon bien qu’on m’vole !
Z’ont semé du blé su l’terrain
Qu’i’s r’tir’nt à ma route ;
Mais si j’leu’s en d’mande un bout d’pain,
l’s m’envoy’nt fair’ foute !
Et c’est p’t-êt’ ben pour ça que j’voués,
A m’sur’ que c’blé monte,
Les épis baisser l’nez d’vant moué
Comm’ s’i’s avaient honte !
Ô mon bieau p’tit ch’min gris et blanc
Su’ l’dos d’qui que j’passe !
J’veux pus qu’on t’serr’ coumm’ ça les flancs,
Car, moué, j’veux d’l’espace !
Ousqu’est mes allumett’s ? A sont
Dans l’fond d’ma pann’tière,
Et j’f’rai ben r’culer vos mouéssons,
Ah ! Les mangeux d’terre !
Y avait dans l’temps un bieau grand ch’min,
– Cheminot, cheminot, chemine ! –
A c’t’heur’ n’est pas pus grand qu’ma main.
J’pourrais bien l’élargir, demain !



GÉRARD PIERRON – BOUGRE D’ÂNE

(Le Chant du Monde, 1981)
Roger Gauthier Les quatre saisons du prisonnier
L’association, « Les amis de Gaston Couté », a été déclarée au Journal Officiel le 30 août 1946. Officiellement, le Maire de Meung sur Loire, Monsieur Denis, en était le Président, mais en réalité l’initiative et toutes les actions ont été menées par Roger Gauthier, un instituteur à Saint-Aignan-des-Gués dans le Loiret. Gauthier était pacifiste, espérantiste et libertaire.     A ses heures, Gauthier, ancien interné en Allemagne, était poète. Un poème a été repris par Gérard Pierron sur un vinyle de 1981 : Les quatre saisons du prisonnier. Ensuite, le flambeau a été repris par Gaston Coutant, et Jules Fleureau.

Le Déraillement
Un peineux avait pris eun’ foués
L’mêm’ train qu’son voisin : un bourgeoués.
L’train les roulait ben doucett’ment
Chacun dans leu’ compartiment :
En troisiém’ classe el’ pauv’ peineux
Guerdillait su’ un banc pouilleux,
Tandis qu’en première el’ bourgeoués
S’ carrait l’cul dans l’ v’lours et la souée.
Mais ’tt’ à coup, avant d’arriver
V’là l’train qui s’ met à dérailler,
Et, quand qu’après on détarra
Deux morts qu’avint pus d’ têt’s ni de bras,
Parsounn’ put dir’ lequel des deux
Qu’était l’bourgeoués ou ben l’peineux.



Gaston Couté est un des rares poètes vrais et le seul peut-être ayant su rendre dans toute son authenticité la vie populaire. A travers des images vibrantes, le relief du dessin de ses descriptions, l’âpreté de ses diatribes, c’est le frisson même de la vie que son art nous restitue.    Henry Poulaille


DAME ! (Le Chant du Monde, 1983)
La Paysanne
Paysans dont la simple histoire
Chante en nos cœurs et nos cerveaux
L’exquise douceur de la Loire
Et la bonté des vins nouveaux, (bis)
Allons-nous, esclaves placides,
Dans un sillon où le sang luit
Rester à piétiner au bruit
Des Marseillaises fratricides ?…
refrain
    En route ! Allons les gars ! Jetons nos vieux sabots
    Marchons,    
    Marchons,
    En des sillons plus larges et plus beaux !
A la clarté des soirs sans voiles,
Regardons en face les cieux ;
Cimetière fleuri d’étoiles
Où nous enterrerons les dieux. (bis)
Car il faudra qu’on les enterre
Ces dieux féroces et maudits
Qui, sous espoir de Paradis,
Firent de l’enfer sur la Terre ! … refrain

Ne déversons plus l’anathème
En gestes grotesques et fous
Sur tous ceux qui disent : « Je t’aime »
Dans un autre patois que nous ; (bis)
Et méprisons la gloire immonde
Des héros couverts de lauriers :
Ces assassins, ces flibustiers
Qui terrorisèrent le monde ! … refrain
Plus de morales hypocrites
Dont les barrières, chaque jour,
Dans le sentier des marguerites,
Arrêtent les pas de l’amour !… (bis)
Et que la fille-mère quitte
Ce maintien de honte et de deuil
Pour étaler avec orgueil
Son ventre où l’avenir palpite !… refrain
Semons nos blés, soignons nos souches !
Que l’or nourricier du soleil
Emplisse pour toutes nos bouches
L’épi blond, le raisin vermeil !… (bis)
Et, seule guerre nécessaire
Faisons la guerre au Capital,
Puisque son Or : soleil du mal,
Ne fait germer que la misère… refrain



Aujourd’hui, nous avons occupé – mon ami Edouard Dupain et moi – des positions élevées. Nous avons tra-vaillé sur le toit. Maintenant nous nous réchauffons près de la cheminée où se consument chevrons pourris et lattes. Le charpentier couvreur lit à haute voix un poème de Gaston Couté avec son accent morvandiau. Avec lui « L’école » devient « L’instruisou ». J’adore. La radio parle de l’assassinat de Malik. De ce trop de cynisme, on n’en peut plus. Nous avons compris depuis belle lurette que les chants révolutionnaires ne marchent qu’à trois cents mètres par seconde. Et le chemin est long à parcourir.
Edouard Dupain semble satisfait de sa lecture. Il n’est pas homme à s’emballer. L’emploi des superlatifs, c’est pas son truc. Il se gratte le dos avec l’extrémité de son mètre à ruban et dit tout simplement : « C’est un fort ».
Gérard Pierron, mai 1987
(Avant-propos pour « Les mangeux d’terre » de Christian Pirot)



DISQUE 2

GÉRARD PIERRON – GASTON COUTÉ (Le Chant du Monde, 1992)

Enregistrement public, Théâtre Antoine Vitez d’Ivry-sur-Seine
Le Champ d’Naviots
L’matin, quand qu’j’ai cassé la croûte,
J’pouill’ ma blous’, j’prends moun hottezieau
Et mon bezouet, et pis, en route !
J’m’en vas, coumme un pauv’ sautezieau,
En traînant ma vieill’ patt’ qui r’chigne
A forc’ d’aller par monts, par vieaux.
J’m’en vas piocher mon quarquier d’vigne
Qu’est à couté du champ d’naviots !
Et là-bas, tandis que j’m’esquinte
A racler l’harbe autour des « sas »
Que j’su’, que j’souff’, que j’geins, que j’quinte
Pour gangner l’bout d’pain que j’n’ai pas,
J’vois passer souvent dans la s’maine
Des tas d’gens qui braill’nt coumm’ des vieaux ;
C’est un pauv’ bougr’ que l’on emmène
Pour l’entarrer dans l’champ d’naviots.
J’en ai-t-y vu, d’pis l’temps que j’pioche !
J’en ai-t-y vu, d’ces entarr’ments !
J’ai vu passer c’ti du p’tit mioche
Et c’ti du vieux d’quater’vingts ans ;
J’ai vu passer c’ti d’la pauv’fille
Et c’ti des poqu’s aux bourgeoisieaux,
Et c’ti des ceux d’tout’ ma famille
Qui dorm’nt à c’tt’ heur’ dans l’champ d’naviots !

Et tertous, l’pésan coumme el’ riche,
El’rich’ tout coumme el’pauv’ pésan,
On les a mis à plat sous l’friche ;
C’est pus qu’du feumier à pesent,
Du bon feumier qu’engraiss’ ma tarre
Et rend meilleurs les vins nouvieaux :
V’là c’que c’est qu’d’êt’ propriétare
D’eun’vigne en cont’ el’ champ d’naviots !
Après tout, faut pas tant que j’blague,
Ca m’arriv’ra itou, tout ça :
La vi’, c’est eun abr’ qu’on élague…
Et j’s’rai la branch’ qu’la Mort coup’ra.
J’pass’rai un bieau souèr calme et digne,
Tandis qu’chant’ront les p’tits moignaux…
Et, quand qu’on m’trouv’ra dans ma vigne,
On m’emport’ra dans l’champ d’naviots !


EN REVENANT DU BAL (Saravah, 1997)
Petit Porcher
Il a dans les treize ans ; chez eux,
On est malheureux !
Il a mis un brin de bruyère
A sa boutonnière
Et tristement s’en est allé
Au pays du blé,
A la louée où quelque maître
Le prendra peut-être ?
Petit porcher
Ho !…
T’es embauché !…
Le maître charretier t’attend, pauvre petiot !
Ho !…
Les coqs ne chantent pas encor,
Rien ne bouge, il dort
Avec « la Noiraude » et « la Rousse »
Dans l’étable douce,
L’étable close où le fumier
Tient chaud en janvier,
Et tandis que l’aube se lève
Il fait un beau rêve…
Petit porcher
Ho !…
Faut dénicher !
Le maître charretier a besoin d’un seau d’eau,
Ho !…
Sur la table où mangent les gens
Au retour des champs
On apporte une miche noire
Et de l’eau pour boire.
Il mord dans son triste chanteau
Comme en du gâteau ;
Et ses yeux, tandis qu’il dévore
Réclament encore !…
Petit porcher
Ho !…
Assez mangé !…
Le maître charretier a fermé
son coutieau
Ho !…
Hier c’était la fête chez nous
Les gars étaient saouls :
Ils ne sont rentrés qu’à l’aurore
Demi saouls encore ;
Le charretier au vin méchant
Jure, lui cherchant
A tout propos un tas de noises,
Bêtes et sournoises.
Petit porcher
Ho !…
Faut pas broncher
Le maître charretier
a mis ses gros sabots
Ho !…
Ainsi toujours peinant, souffrant,
Il deviendra grand ;
Et son tour, enfin, viendra d’être
Le charretier-maître
Faisant peiner, faisant souffrir
Un autre martyr
Selon la routine suivie
Puisque c’est la vie !…
Petit porcher
Ho ! …
Sera changé
En maître charretier
pour le porcher nouveau !
Ho !…


« Parfois, il m’arrive d’imaginer la perplexité d’un pro-meneur ou d’un archéologue (les deux fonctions n’étant pas, je le souhaite incompatibles), dans quelques mil-lé-naires, découvrant des milliers de souris vêtues et rigolardes, des milliards de capsules métalliques ornées de L, de C, de O, de A et s’interrogeant sur les cultes et les pratiques des temps anciens.
Souhaitons qu’il subsiste, entre autres, une trace du travail de Gérard Pierron sur les textes de Gaston Couté, témoignage de la vie d’un terroir au début de l’ère industrielle et des conséquences que l’on sait. »
Pierre Barouh


Il était huissier de son état et vivait à l’hôtel à Tours quand nous le rencontrâmes Gérard et moi. A la fin d’un spectacle, il resta assis dans la salle. Il nous dit qu’il avait connu Couté à Châteauroux au Pierrot Noir. Quelques années après il était à Paris pour faire son droit. Un soir de juin 1911 où il se promenait sur les boulevards, à la brasserie de la porte Saint-Martin, il vit à l’affiche : Gaston Couté.
Il entra donc pour voir le spectacle. Après avoir dit quelques poèmes Couté demanda si certains spectateurs préféraient un texte à un autre. Le P’tit Monsieur demanda Le Christ en boués. Couté répondit : « Excusez moi mais je ne m’en souviens plus ». D’autres spectateurs proposèrent d’autres textes et le spectacle continua. Après la séance il rejoignit Couté au bar.
Couté lui dit :
« C’est vous qui m’avez demandez Le Christ en boués ?
- Oui je vous ai entendu le dire à Châteauroux, au Pierrot Noir.
- Ah ! Chez Dinan, reprit Couté, Qu’est-ce que vous buvez ? »
Le P’tit Monsieur ne se souvenait plus de ce qu’il avait bu mais par contre il se rappelait que Couté était tout en sueur et qu’il avait pris de la bière. Il lui en fit la remarque, Couté lui demanda :
-« Connaissez-vous le monsieur qui était assis à votre droite dans la salle ?
- Non, lui répondit le P’tit Monsieur.
-
Ben moi je le connais. C’est le Procureur de la République qui vient voir ce que je raconte au cabaret car je passe dans quelques jours au tribunal ».

Deux jours après le P’tit Monsieur apprenait la mort de Couté dans le journal parisien.

Bernard Meulien
Dans le vent large des chemins de traverse. Double album 2007


DISQUE 3


PLEIN CHANT (Chant du Monde, 2006)

Préface du « Temps d’amour »
Quand on dit, quand on chante un auteur de cette trempe, est-ce que l’on se bonifie avec le temps, est-ce que l’on prend des défauts ? Une œuvre d’un tel tonneau peut-elle être toujours mieux dite ? Son interprète ne connaîtra ni l’ennui, ni la lassitude. Il s’agit là d’un grand classique, véritable trésor littéraire mal connu, voire non reconnu. Lisez-le à voix haute, il vient du parler populaire et paysan. Que ces écrits, grâce à vous, retrouvent la parole.
Vous en saisirez toutes les saveurs, les parfums et les nuances. Vos racines, votre mémoire cogneront à votre porte, c’était hier et c’est aujourd’hui.
Que vous soyez de Bourgogne, du Midi, du Québec, dites Gaston Couté avec votre accent. Si cela chiffonne certains intégristes patoisants, et il y en a, ce n’est pas grave.
Ce n’est pas la sonorité du parler de la queue de Beauce diront-ils, ce n’est pas celui de Meung-sur-Loire ou de Beaugency. Riez-en, mettez du cœur, tout simplement.
La musique de ses vers porte ses images comme le souffle du vent envole son chapeau…
Posez-vous sur l’épaule de ce bourru de paille et chantez-le comme le ferait un oiseau. Cet épouvantail-là ne porte pas l’habit vert, son épée est un soc de charrue. Immortel, il règne sur les champs de blé à perte de vue.
O villages sans emploi
Sans boulanger
Battus par des vagues d’or
Comme des îles perdues
Dans les moissons…
Aucune machine agricole, aussi moderne qu’elle soit, ne pourra rien contre lui.
Aucun de ces monstres à tout faire shootés par une radio diffusant une fausse énergie, ne pourra clouer le bec de cet épouvantail, accueillant aux oiseaux, qui marche inlassablement, chaussé des godillots de Van Gogh à qui il ressemble le plus. Qui marche, qui marche sur ce qu’il reste des chemins qui ne sont pas encore mangés. Qui marche, traînant avec lui sa horde de peineux, de trimardeux, de galvaudeux, ses filles engrossées, son p’tit porcher, sa Françouèse et son gros Charlot de cœur.     Gérard Pierron

Le temps d’amour
Ma mi’ joli’ qu’j’aim’ ben à c’t’heure
Ma mi’ joli’ pourquoué qu’tu pleures
Ta p’tit têt’ trist’ ent’er mes bras (bis)
Tu m’demand’s si j’t’aim’ pour la vie
Pens’ pas à ça ma mi jolie
Notr’ amour dur’ra c’qui dur’ra (bis)
La vie est court’ ma mi joli,
Mais l’amour est moins long qu’la vie
Un jour s’en vient, l’lend’main s’en va (bis)
J’avons laissé fleuri les roses,
All’s mourront, j’en s’rons-t-y la cause ?
Notr’ amour dur’ra c’qui dur’ra (bis)
Qu’i’ dur’ jusqu’à trois années pleines
Qu’i’ dur’ trois mois, qu’i’ dur’ trois s’maines
Quoué qu’ça peut faire puisqu’i’ mourra (bis)
Mais avant qu’il’ meurt ma mignonne
Gaspillons pas l’temps qu’il nous donne
Notr’ amour dur’ra c’qui dur’ra (bis)
Ma mi’ joli’, ta bouche m’aguiche
Ta gorg’ m’affol’, viens que j’les biche
Su les foins qui nous tend’nt leu’s draps (bis)
Et ne compt’ pas l’temps par année
Mais par caress’ qu’on s’s’ra donnée
Notr’ amour dur’ra c’qui dur’ra (bis)




Gaston Couté – 1880-1911


1880,    naissance le 23 septembre à Beaugency. Son père était meunier au moulin des Murs.
1882,    la famille Couté s’installe au moulin de Clan, que l’on peut voir de l’autoroute A10, sur la rivière les Mauves, à 9 km de Meung-sur-Loire.
1891,    onze ans, reçu au Certificat d’Etudes primaires.
1895,    lycée Pothier à Orléans, où il rencontre Mac Orlan.
1897,    sous le pseudonyme de Gaston Koutay, il donne des textes à la revue littéraire du Loiret.
    Le poète Jules-Marie Simon l’encourage à s’exprimer dans son parler paysan.
1898,    il écrit Le champ d’Naviots.
    Reporter au Progrès du Loiret, il débute au cabaret Al Tartaine, bd Rochechouart.
1899,    voyage à pied de Paris à Gargilesse, avec Maurice Lucas; plus de 300 km pour les besoins d’une photo.
1900,    conseil de révision : Couté est ajourné. Il sera plus tard réformé définitivement.
1902,    période de succès dans les cabarets.
1906,    numéro spécial illustré par Grandjouan de la revue Les Chansonniers de Montmartre.
1910,    Couté collabore aux revues La Barricade et La Guerre Sociale avec des chansons d’actualité.
1911,    décès le 28 juin à l’hôpital Lariboisière.
1931,    pour la première fois, on peut trouver son œuvre complète chez Eugène Rey, éditeur, grâce au poète Marcel Martinet.
Il est possible de trouver de très nombreuses informations sur Gaston Couté sur le site de -Christian Lassalle http://gastoncoute.free.fr/, ses œuvres complètes en 4 volumes aux éditions « Le Vent du Ch’min », 5 bis, rue Rolland-Vachette 93200 Saint-Denis et un recueil de textes choisis aux éditions Christian Pirot, 13, rue Maurice-Adrien, 37540 Saint-Cyr-sur-Loire.
Les textes qui suivent, visent à  faciliter la compréhension du disque, les choix d’interprétation  peuvent différer ça et là du texte original, qui lui même varie suivant les éditions.





EcoutezPisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 Le gas qu'a perdu l'esprit04'40
02 Le foin qui presse04'05
03 Le fondeur de canons02'12
04 La complainte des trois roses01'55
05 Le dimanche03'45
06 Cantique païen04'05
07 Les p'tits chats02'38
08 Sur un air de reproche03'32
09 La Toinon04'06
10 Saoul mais logique03'14
11 Le patois de chez nous03'30
12 La complainte des ramasseux d'morts05'20
13 Grand-mère Gatiau03'47
14 Les draps qui sèchent sur le foin02'17
15 Les cailloux02'11
16 Les mangeux d'terre06'21
17 Les quatre saisons du prisonnier04'33
18 Le pressoir02'59
19 Le déraillement03'01
20 La paysanne04'34
CD 2
01 Le champ d'naviots03'48
02 Les mauves01'01
03 Jour de lessive04'40
04 Béret, beurre, cornichon01'26
05 Après vendanges02'52
06 La dernière bouteille02'33
07 Cantique paien04'23
08 Le jour du marché06'07
09 Les oies inquiètes04'11
10 Les conscrits03'24
11 Les taches03'56
12 Chanson du braconnier03'28
13 les moulins morts05'49
14 le vent du ch4min01'55
15 Petit porcher03'31
16 Petit Poucet02'45
17 En revenant du bal04'04
CD 3
01 Le vieux trouvère03'42
02 Le gas qu'a perdu l'esprit06'49
03 Je n'ai rien refusé de la tendresse humaine03'12
04 Sur le fil03'01
05 Le jour du marché03'25
06 Les bohémiens04'41
07 La chanson du braconnier03'44
08 La toinon03'57
09 La complainte des ramasseux d'morts04'10
10 Sera celle qui m'aimera05'19
11 La causette02'04
12 Le temps d'amour02'02
13 Le déraillement02'45
14 L'enfermée03'09
15 Les conscrits04'13
16 Le discours du traineux02'40
17 A l'ouest l'été04'40
18 Ma paysanne03'21
« Vous aussi vous en redemanderez » par Daily Books

« Si vous ne connaissez pas le nom de Gérard Pierron, vous connaissez au moins celui de Gaston Couté. Il est de ceux qui évoquent quelque chose à nos mémoires sans que l’on puisse dire exactement quoi, mais quelque chose qui le ferait mériter le détour. Gaston Couté 1880 – 1911. Fils de meunier, il obtient son certificat d’études primaire à onze ans, et à dix-sept un poète Jules-Marie Simon lui recommande de s’exprimer en son parler paysan et en 1902 il est une vedette des cabarets montmartrois. Mais c’est un de ceux dont Léo Ferré chante « Y en a pas un sur cent et pourtant ils existent… Oui c’est un « anarchiste ». Un de ces individus d’avant la première guerre mondiale qui chantaient/disaient la vie de ceux qui ne savaient ni lire ni écrire – vous savez ceux que l’on a exécuté pour refus d’obéissance alors qu’ils ne connaissaient pas la langue qui donnait l’ordre. Couté serait un porte-parole, comme beaucoup de poètes, de ceux qui ne savent pas s’exprimer. Dans le petit livret qui accompagne les 3 CD Gérard Pierron écrit à propos de Gaston Couté : « Lisez-le à voix haute, il vient du parler populaire et paysan. Que ces écrits, grâce à vous, retrouvent la parole. (…) Que vous soyez de Bourgogne, du Midi, du Québec dites Gaston Couté avec votre accent. Si cela chiffonne certains intégristes patoisants, et il y en a, ce n’est pas grave » et j’ajouterai qu’avec un peu d’attention vous comprendrez ce patois. Parce qu’il parle de vous et de moi. Inspiré sans doute par l’illustration de la pochette qui me rappelle Gaston Chaissac et malgré les trois rapports de police proposés par le livret j’ose dire que l’anarchisme de Couté est très fréquentable et je suis sûr qu’après avoir passé quelques temps avec lui par le biais de Gérard Pierron vous aussi vous en redemanderez. Bonne écoute. »
Par Noé GAILLARD – DAILY BOOKS




« Ce coffret riche retrace trente ans de compagnonnage » par Chant… Songs

« L’histoire remonte au milieu des années 70. En janvier 1975, Gérard Pierron et Bernard Meulien dirent et chantèrent au théâtre du Tertre, rue Lepic à Paris, les textes de Gaston Couté. Depuis, Gérard Pierron n’a cessé de promener le timbre de sa voix sur le répertoire de cette graine d’ananar, célébré aussi, à ses heures,  par Bernard Lavilliers. Entre autres. Il est vrai, Gaston Couté n’est pas un pèlerin comme les autres.  Poète libertaire et fils de paysan monté à Paris pour se produire dans les cabarets de la Capitale, Couté a connu une vie et une carrière en forme de comète : il est mort à 31 ans seulement en 1911. Il n’était pas du style à vibrer aux accents optimistes de la Belle Epoque, mais brocardait une société nationaliste et volontiers belliciste. Chansonnier et éternel rebelle, Gaston Couté n’a jamais renié ses origines et ce fils de meunier. (...) Au fil des ans, Gérard Pierron n’a cessé de célébrer avec finesse et justesse l’univers de ce type fidèle à sa terre, malgré sa rudesses, les petits, les écrasés, les oubliés de la Révolution industrielle. Et ce coffret riche retrace trente ans de compagnonnage avec ces textes qui épousent le rythme de la vie et sont faits avant tout pour être entendus, tant le style de Couté est vivant et doté d’un lyrisme certain. »
Par François CARDINALI – CHANT… SONGS