JOSEPHINE BAKER

ANTHOLOGIE 1927-1939

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Livret : 32 PAGES - ENGLISH NOTES
Nombre de CDs : 2


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“Pourquoi la croupe de Baker remue les continents? Pourquoi les hommes s’émeuvent en masses et pourquoi la jalousie des femmes même est désarmée? Mais, parbleu, parce que c’est une croupe qui rit !”
Georges Simenon, 1928.

Dix ans avant le magnifique hommage rendu par Jérome Savary à l'Opéra Comique, Eric Rémy devait réaliser l'anthologie de référence de l'artiste en 2 CD avec un livret de 32 pages. Aux confluences du jazz, de la variété, des musiques du monde, Joséphine Baker fut un mythe de générosité et d'humour. Quand Paris savait se métisser d'amour !
Patrick Frémeaux

Droits : Frémeaux & Associés - Notre Patrimoine Sonore. Photo (c) Gilles Pétard.

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This album, issued by the world-famous publishers, Frémeaux & Associés, has been restored using the latest technological methods. An explanatory booklet of liner notes in English and a guarantee are included.

JOSEPHINE BAKER

JOSEPHINE BAKER
1927-1939









En février 1928, au parlement de Vienne on débattit officiellement de la pré­sence de Joséphine Baker, son «Neger­smasch» et ses «danses païennes à figures cuivrées». Le matin de son arrivée, des manifestations hostiles s’étaient organisées et elle put lire un tract posant cette question : «Recevra-t-elle la punition qu’elle mérite?» Le jour de la première de son spectacle au Johann Strauss Theater (un symbole!) une messe fut donnée à la cathédrale Saint-Paul pour le salut de son âme... Dans les années 1925/1929, Joséphine aura traversé l’Atlantique puis l’Europe comme une trainée de poudre dorée, de Paris à Moscou, de Buenos Aires à Stockholm, «femme la plus photographiée du monde» et première femme noire aussi «médiatisée».Ce luisant fétiche semble mener le bal d’une génération qui découvre pêle-mêle, l’auto, le cinéma, le jazz, la radio, les cocktails, l’avion, le bronzage, les garçonnes, la cocaïne, l’art Déco, l’Art Nègre... Lors de sa tournée en Europe Centrale, elle est le totem de tout ce que les bons aryens vouent aux gémonies : dadaïsme, surréalisme, bolchevisme, freudisme... Dès qu’on évoque les Années Folles, sa silhouette, immanquablement, se profile sur un fond d’accessoires de premier ordre, renvoyés pourtant à l’ombre et au second plan par sa prodigieuse aptitude à capter la lumière. Joséphine Baker reste une des femmes les plus mythologiques du XXe siècle. Et il ne sera pas possible de répondre vraiment au pourquoi que ce constat soulève aussitôt. Elle naît en 1906 à Saint-Louis du Missouri. Des parents noceurs, la pré­carité, la ségrégation, l’école de la rue lui font une enfance plus proche du monde noir décrit par Richard Wright dans Black Boy que du mirifique Saint-Louis 1900 du merveilleux film de Vincente Minnelli, Meet me in Saint-Louis. Elle n’a pas quinze ans quand elle contracte son premier mariage avec un homme quatre fois plus âgé qu’elle. Quand on est trop sombre de peau, le sport et la musique sont les seules manières de prendre une bonne revanche sur la misère et l’obscurité. De beuglants en «speakeasies»1, de «rent-parties»2 en concours de shimmy3, Joséphine court la fortune. Au sein d’une troupe itinérante, les Dixie Steppers dont la vedette est la chanteuse de blues Clara Smith, elle effectue une tournée dans les réseaux du spectacle pour «coloured people» de St louis à Chicago, de la Nouvelle-Orléans à Phila­delphie. Second mariage; elle a quinze ans. Elle est du rodage en province, d’une revue noire du tandem Eubie Blake/Noble Sissle, Shuffle along qui arrive jusqu’à Brooklyn. A cette époque, elle a une réputation de comique; c’est Jo-le-clown, une fille en caoutchouc qui louche et fait des singeries et des agaceries avec ses doigts immenses. Elle est engagé dans une autre revue noire, Chocolate Dandies puis se retrouve au Plantation, un dancing établi au Winter Garden, au dessus des Ziegfeld Follies où elle partage une loge avec des vedettes telles que Ethel Waters et Bessie Buchanan4.

A Paris, André Daven, administrateur du Théâtre des Champs-Elysées, sur les conseils de Fernand Léger, veut à nouveau, après les Ballets Russes et les Ballets Suédois, subjuguer Paris, et cette fois-ci avec des ballets nègres. Dans le même temps, Caroline Dudley, femme d’un fonctionnaire américain du Département d’Etat sur le point d’être muté à l’Ambassade des Etats-Unis à Paris, pour se désennuyer, cultive des talents d’agent artistique en herbe. Daven la charge des recrutements à New York et c’est ainsi que, se souvenant de Joséphine, en bout de «chorus-line» au Plantation, Caroline Dudley dira « Elle s’en détachait comme un point d’excla­mation!».Exclamation : le mot est faible pour décrire l’effet produit par cette Revue Nègre dans ce temple de la musique sérieuse qu’était le Théâtre des Champs-Elysées qui avait pourtant connu d’autres scandales (Jeux de Debussy et Le Sacre du Printemps de Stravinsky). «Par l’indécence de votre physique vous déshonorez le music-hall français» lisait-on dans La Rumeur. Ces invectives dénonçaient «un personnage étrange, qui marche les genoux pliés, vêtu d’un caleçon en guenilles et qui tient du kangourou, du sen-sen-gum et du coureur cycliste : Joséphine Baker» (Candide). Il est vrai qu’on y voyait tant de choses innomables, dans cette Revue. D’abord des nègres, toujours et encore, tressautant, gesticulant et une musique – si l’on peut dire! – hoquetante, stridente, discordante! Une mise en scène inexistante, Joséphine et Sidney Bechet en marchand de quatre saisons, Joséphine entrant sur scène à quatre pattes et la croupe en l’air, Joséphine mimant un accouplement avec Joe Alex...,  près d’une heure de jazz et de claquettes..., le tohu-bohu et la cacophonie érigés en Art! Naturellement Cocteau, Cendrars, Léger, Picabia, Desnos hurlent au génie5. Mais, volage, Jo, passées trois semaines plaque la Revue Nègre, plante là toute la troupe et file à Berlin.

Le Berlin de 1925, désaxé et quelque peu démentiel projeta tous ses phantasmes sur Joséphine et le Berliner Illustrierte la sacra comme «une figure de l’expressionisme allemand contemporain». Max Reinhardt, l’empereur des metteurs en scène la verrait bien en Sulamite face à Serge Lifar sur une musique accouplant Richard Strauss et le jazz... Mais la remuante Jo, choisit finalement d’honorer un contrat financièrement léonin avec les Folies Bergères. La revue Folie d’un jour ne présentait que des femmes blondes ou rousses et... Joséphine, descendue du ciel dans un œuf fait de fleurs dont elle sortait, vêtue de quelques bijoux et d’une ceinture de bananes pour danser le charleston sur un miroir6. Elle tombait à pic. Le cinéma (muet) a gardé la mémoire de ce moment-culte de la culture occidentale7. Et la chronique d’époque  reflète l’engouement pour celle qui tourna les têtes, lustrées – comme il se doit – de «Bakerfix»8 : son effigie géante et animée en vitrine d’un magasin place de l’Opéra vantant les bienfaits d’une crème de beauté, son automobile tapissée de peau de serpent, sa ménagerie (la chèvre Toutoute, le boa Kiki, les lapins, les souris blanches, le cochon Albert sans cesse aspergé d’un coûteux parfum de chez Worth...), ses amants et ses frasques, ses portraits (dont trois par Calder), le film  La Sirène des Tropiques écrit pour elle par Maurice Dekobra (l’auteur de La Garçonne), ses mémoires et ses écrits avec le poète Marcel Sauvage et le journaliste belge Georges Sim, bientôt plus connu sous le nom de Georges Simenon. «Nous trouvions tous deux très gênant de répondre au courrier pendant que Joséphine se promenait complètement nue dans l’appartement», se rappelle Sauvage. Mais Simenon, dans des revues belges légères, rameute tous les adjectifs et tous les adverbes pour célébrer sur des pages et des pages la croupe de sa maîtresse comme d’autres parlaient du visage de Garbo. Aux USA, les spectateurs noirs étaient parqués dans un ghetto; à Paris Joséphine Baker règne. Elle écrit à propos du «tumulte noir» dont elle est l’idole calamistrée : «Il fait de plus en plus noir à Paris. Bientôt il faudra avoir une alumette pour y voir clair, puis une autre pour savoir si la première est bien allumée ou non.»

Pourtant, sa seconde revue aux Folies Bergères, une «super-revue», Un Vent de folie, ne décoiffe pas autant le public que la précédente (texte de présentation : «Joséphine a mangé les bananes de son pagne légendaire et se présente à plumes dans le tableau «Un bar américain à Paris en 1927»). Le public parisien est versatile et facilement blasé et tout lasse même les nègreries, fussent-elles dorées sur tranche. Qu’à cela ne tienne! Jo ouvre sa boîte. «Les membres des familles royales européennes étaient généralement en exil, en voyage, en difficulté, sans pouvoir ou dans les boîtes de nuit.» (Janet Flanner9). Jo épouse – troisième noce – un faux comte italien, professeur de fox-trot et gigolo, mais qui lui sera un vrai impresario et une épaule solide, Giuseppe Abatino, devenu «de» Abatino pour la galerie, Zito ou Pepito pour les intimes. Pour les noirs d’Amérique, la vie de Joséphine est une odyssée : la petite négresse quasi-illettrée et sans instruction fait partie du gotha!Elle sillonne l’Europe et l’Amérique du Sud pendant deux ans. A Vienne les nationaux-socialistes et les réactionnaires de tous poils, attendent cette Jézabel de pied ferme. En une soirée, elle fera marcher et danser ses spectateurs à son pas. A Budapest, Pepito lui fait traverser la ville dans un cabriolet auquel sont attelées des autruches. A Bucarest, émue par la grande pauvreté des petites gens avec lesquels elle se sent tout de suite de plein-pied, elle ôte ses escarpins et va pieds nus. A Stockholm, on lui prête une liaison avec le prince héritier Gustave. Sur le Lutetia qui la ramène de Rio, elle se fait croquer par Le Corbusier.Après deux ans, elle revient au «pays», la France, son port d’attache, pour entonner son hymne : J’ai deux amours, mon pays et Paris...10 Si Paris est, pour sûr, l’un de ses deux amours, on ne sait trop, en réa­lité, quel est  son vrai pays, ce «premier amour» tant chanté. L’opinion publique, dans les années trente n’attribuait pas à Joséphine une nationalité bien définie. Jo n’avait pas remis les pieds sur la terre de l’oncle Tom et contribuait à brouiller les cartes en chantant Aux Iles Hawaï, Haïti, Nuits d’Alger, Sous le ciel d’Afrique ou La Créole11, comme si elle était d’ici, de là ou bien d’ailleurs. Et comme les français n’ont guère un sens de la géographie plus prononcé que les américains...

Joséphine savait-elle d’ailleurs où elle habitait? Est-il possible de savoir qui l’on est vraiment quand on vit si loin de soi-même et si loin de chez soi, en incarnant, dans toutes les capitales du monde dit alors civilisé et dans une frénésie permanente, la luxure et l’inconscient?Il est probable que son premier amour était la scène, le spectacle, le music-hall; tout le reste étant affaire de fantasmes. Largement dépassée par son personnage, elle ne comprend pas plus Picasso, l’Expressionisme et le Surréalisme qu’elle n’a su apprécier le talent d’un jeune compatriote qui, en visite à Paris la sollicite, le poète noir Langston Hughes...Jo-la-narcissique, Jo-l’exhibitionniste, Jo-qui-ne-paie-pas-les-gens-qui-travaillent-pour-elle, Jo et son cortège d’animaux (Chiquita son guépard perturbe La Bohème à l’Opéra!) va établir ses pénates dans un hôtel particulier du Vésinet où le visiteur est saisi entre la collection de portraits de La Bakaire et une pelouse ou s’inscrit, en lettres de fleurs, éclairées jour et nuit : JOSÉPHINE...! Elle tourne deux films, Zouzou et Princesse Tam-tam. Dans le premier, en superbe animal de scène, elle subjugue un Gabin au charisme encore hésitant. Le second est un salmigondis exotique et autobiographique. On y retrouve ses chèvres, son érotisme, ses portraits, la réception donnée au Ritz par le maharadjah de Kapurthala... Plus Viviane Romance et des travailleurs immigrés. Sauvageonne maghrébine, elle danse dans un bouge une sorte de blues Sous le ciel d’Afrique pour ses frères de couleur passés au brou de noix puis, après un ballet à la Busby Berkeley, une conga impudique devant les mondains réunis par le maharadjah dans son hôtel particulier. Elle fait un tabac avant de s’en retourner au bled garder ses biquettes.

Dans la réalité (!) lors d’un terrifiant accident ferroviaire entre Budapest et Cologne, parmi les rescapés terrorisés sa voix s’élève et entonne J’ai deux amours...Déja tourmentée par les démons du ra­cisme, elle se fourvoie en se fendant de quelques déclarations pro-mussoliniennes sous prétexte que le le Négus Haïlé-Selassié est un oppresseur du peuple... Mussolini, homme providentiel, mène donc une croisade anti-esclava­giste... CQFD. Harlem s’interroge... et l’attend. Car justement, à 29 ans en 1935, avec trois autobiographies déja publiées, Jo ne peut plus résister au désir brûlant de se faire reconnaître par son peuple et son pays. Et quelle scène est mieux indiquée pour cela que celle des Ziegfeld Follies?Elle est très attendue... par le directeur d’un grand hôtel sur Central Park qui lui demande de faire son entrée... par la porte de service... «Joséphine sut alors qu’elle était bien rentée chez elle.»12 La presse, quant à elle, dans son ensemble, ne la ménage pas : «Joséphine Baker est la fille d’une blanchisseuse de Saint Louis qui a quitté le café-concert noir pour aller mener une vie d’adulation et de luxe à Paris pendant le boom des années vingt. Pour ce qui est du sex-appeal, les vieux Européens tombés amoureux du jazz donneront toujours l’avantage à une créature à la peau noire. La coloration particulière qu’a la peau de la grande et maigre Joséphine a fait battre plus vite le pouls des français. Mais pour les habitués des théâtres de Manhattan, elle n’est qu’une jeune négresse aux dents proéminentes dont la ligne n’est guère meilleure que celle de n’importe quelle girl de boîte de nuit, et dont le talent de danseuse et de chanteuse serait facilement surclassé n’importe où en dehors de Paris.» (Time Magazine)«Miss Baker a raffiné son art au point qu’il n’en reste absolument plus rien.» (New York Times)«Sa voix lilliputienne se perdait dans les profondeurs du Winter Garden.» (New York Post)«Curieuse est sa manière de chanter. On dirait une cloche fêlée munie d’un battant capitonné, mais cela me plaît assez. J’aime la musique chinoise.» (The American)L’édition 1936 des Ziegfeld Follies est un succès pour tous : Fanny «Funny Girl» Brice et Bob Hope, les Nicolas Brothers, danseurs de claquettes noirs, le décorateur Vincente Minnelli, la composition de Vernon Duke I can’t get started with you, devenue un standard, pour tous... sauf pour Joséphine. Elle ne s’estime pas battue pour autant et, ayant laissé tomber la revue, elle ouvre une boîte sur l’East side. Ensuite, elle réussit à obtenir un pont d’or du directeur des Folies Bergères pour une revue En Super-Folies, concomittente de l’Exposition Universelle des Arts et des Techniques qui se tient à Paris à la fin du Front populaire. Elle ouvre sa troisième boîte, toujours baptisée «Chez Joséphine», dans le quartier des Champs-Elysées.Après la défaite de 1940, dans sa pro­priété des Milandes, en Dordogne, elle ne tient pas en place. Elle sollicite Londres et se trouve chargée de mission à Lisbonne13, plaque tournante de l’espionnage, où tout en voletant d’un coktail à l’autre elle prend des notes à l’encre sympathique sur du papier à musique. Puis c’est Marseille, Casablanca, Tanger et Marrakech où elle tombe très malade tout en partageant la vie du pacha. Après le débarquement des Américains au Maroc (novembre 1942), Jo reprend du service et soutient le moral des troupes au moyen de ce qu’elle sait faire le mieux : séduire et distraire. Mais à l’issue des représentations elle n’oublie pas d’aller, parmi les G.I., se mêler en priorité à ses frères de race, encore trop souvent mis à l’écart.

Après la Libération et ses remises de décoration, elle épouse le chef d’orchestre Jo Bouillon, revient aux Folies et échaffaude le projet de sa «famille arc-en-ciel». Sa propriété des Milandes va être son hameau de Trianon et un nouvel accessoire de sa célébrité. Son royaume, murmurent les mauvaises langues, indisposées par son propre bureau de poste et son timbre à son effigie, sa piscine en forme de cœur, la silhouette de Joséphine en tubes de néon au fronton du théâtre du parc d’attractions, et agacés par le village indigène dans le plus pur style Expo Coloniale de 31, le musée de cire «Jorama», avec sa série de tableaux illustrant les points forts de la vie de Joséphine (telle sa visite au pape Pie XII en 1950). Tout cela est «nettement regardé de travers.»14Evoquant sa pittoresque patronne, Carolyn Carruthers qui fut sa secrétaire déclarait : «Elle avait au moins six personnalités différentes. Parfois le matin, je la regardais se réveiller et je me disais : qui pourra-t-elle bien être aujourd’hui?». Ses tournées aux Etats-Unis vont transformer cette Marie-Antoinette en Joséphine-des-Droits-civiques. Dès 48, à nouveau confrontée à l’apartheid, elle téléphone de son hôtel de New York – le seul à l’avoir acceptée – au directeur de France Soir, pour lui proposer un reportage sur la ségrégation dans les états du Sud profond. Costumée avec une perruque et des vêtements élimés, «elle allait dans les bars, les snacks et les w.c. réservés aux blanches. On la sortait à coup de pieds dans le cul et elle rentrait comme si de rien n’était.»15Dans l’Amérique petite-bourgeoise, fri­leuse et paranoïaque des années d’après-guerre – celle de la chasse aux sorcières –, Joséphine Baker, dix ans avant le combat pour les Droits Civiques, va mettre le feu aux poudres. Partout où elle va, elle pousse les hommes d’affaires blancs dans leurs retranchements. A Miami, elle s’impose et se fait ovationner. Elle se mêle à des procès retentissants où sont impliqués ses frères de race (affaire Willie Mc Gee, affaire des «Six de Trenton»), poursuit ceux qui la conspuent. Le 20 mai 1951, le «Joséphine Baker Day», est son plus grand triomphe. Juchée sur le toit d’une décapotable elle envoie des baisers et des «Je vous aime, je vous aime, je vous aime...» à la foule des avenues de Harlem massées sur le passage de son cortège. Budapest en 1926 et ses autruches sont-ils si loin? Voire... Pour Joséphine il s’agit toujours de spectacle. Le maire de New York la reçoit et Ralph Bunch (Prix Nobel puis Secrétaire général adjoint des Nations Unies), Walter White (président de l’A.N.A.P.A.C. – Association pour la Promotion des Gens de Couleur), Duke Ellington, Fredric March16, Buddy Rogers17, Gypsy Rose Lee18 lui apportent leur soutien. Elle est élue aussi bien «Femme la plus remarquable de l’année» par l’A.N.A.P.A.C. que «Femme la mieux habillée de l’année 1951»! Aux gens venus la saluer dans sa loge elle fait les honneurs d’une garde-robe pléthorique : «Voyez. Il y a de tout. Des faux seins en caoutchouc mousse, des bustiers baleinés cousus dans les robes. Elles tiennent pratiquement debout toutes seules comme des arbres de Noël.»19

Mais un incident de trop va déconsidérer Joséphine. Elle a la malheureuse idée de s’en prendre à Walter Minchell, journa­liste ultra-mondain qui fait et défait les réputations, en l’accusant d’avoir fait semblant de ne pas la reconnaître lors d’un dîner au Stork Club où on refusait de la servir. Fort de son pouvoir et de sa fausse-réputation de «libéral», Winchell va la diffamer à belles dents.Quand elle quitte sa patrie, ses impairs relayés par les clabaudages de Winchell sont parvenus à ruiner une partie du crédit que lui avait rapporté soudain son fabuleux abattage. Elle gagne alors l’Argentine pour se relustrer au soleil du péronisme, espérant, à peine secrètement, enregistrer un succès pareil à la regrettée Evita, ce personnage équivoque et démagogique hissé au rang d’institution nationale et même plus haut encore, si possible, depuis sa disparition deux mois auparavant. Joséphine, voit en elle une sœur... Elle ne peut pas ne pas voir non plus, malgré ses grandes facultés d’aveuglement, l’état affreux, par exemple, d’une institution psychiatrique qui se trouvait malencontreusement sur son circuit de visites. Pendant ce temps, aux Etats-Unis, on met en pers­pective son péronisme enfantin et son vieil affichage pro-mussolinien et on amplifie certaines déclarations anti-américaines...Sans se résigner pour autant, elle décide de revenir sur ses terres de Dordogne, plus que jamais décidée à constituer sa «Capitale de la Fraternité humaine» à la Chartreuse, qui est aussi le musée-hôtel Joséphine Baker. Une de ses biographes, à ce sujet, souligne qu’Evita et Joséphine avaient cela en commun «qu’elles connaissaient toutes deux à fond les mots-clefs de l’humanitarisme – liberté, dignité, cœur, amour – qu’elles ressassaient jusqu’à ce que les mots acquièrent une sorte de pouvoir hypnotique.»20 Mais il n’est pas facile d’être le féal ou l’employé d’une extravagante, aussi généreuse soit-elle. Son fils ou sa fille aussi d’ailleurs, car Joséphine en adopte douze en dix ans, élevés dans le tourbillon d’une vie pleine de cabotinages, de coups de cœurs, de faillites, de triomphes, d’expulsions, de projecteurs, d’aigrefins et de généreux donateurs.

En août 1963, elle participe à la fameuse marche pour les Droits Civiques, invitée grâce à Robert Kennedy, car elle n’est plus «persona grata» aux USA depuis dix ans, jugée trop tapageuse et encombrante par les noirs eux-mêmes. En effet, elle déclare à son entourage, à propos du discours de Martin Luther King : «Il n’était pas assez fort. Il aurait dû les mettre en demeure d’accorder des droits aux noirs. j’aurais pu faire mieux.» Chantant ou militant, déchue ou empanachée, toujours sur la brêche, parfois sur la corde raide, chez Castro ou Golda Meir, Hassan II ou Grace de Monaco, Joséphine continue. Jusqu’au 12 avril 1975, où, alors qu’elle était remontée sur les planches, à Bobino, dans «son Paris», elle rend le dernier soupir. «D’après moi, elle est morte de bonheur» dira un ami. Dans son livre de mémoire21, Georges Tabet (le Tabet du duo Pills et Tabet) livre à son propos cette anecdote révélatrice : «Le soir du réveillon, Joséphine offrit un grand souper après le spectacle dans son imposante villa du Vésinet. Nous étions une vingtaine de convives (...). Joséphine offrit à chacun un petit cadeau. (...) Quant à moi... Au dessert, Joséphine me fit signe de la suivre, mystérieusement, avec ma petite amie. (...) Jo nous entraîna au premier étage, le long de corridors sombres. Elle ouvrit une porte, et nous fit entrer dans sa vaste chambre aux lumières propices et douces. Puis, entrebaîllant le tiroir d’une commode, elle dit à Gracie : – Choisis la plus belle de mes chemises de nuit...Elle découvrit ensuite son propre lit aux draps de crèpe de chine rose pastel en nous disant d’une voix basse et troublée :– Couchez-vous là, tous les deux. Vous êtes des amoureux. Mon lit, pour vous ce soir, c’est mon cadeau de Noël...Elle nous poussa vers sa couche avec des gestes tendres, nous embrassa affectueusement et murmura : «Merry Christmas...» puis se retira discrètement, nous enfermant à double tour pour que personne ne vienne nous déranger. Un beau cadeau. En poussant Gracie et Tabet à l’amour, elle pensait à elle-même avec Pills, mon partenaire à la scène. Je crois qu’elle faisait ce que les psychanalistes appellent un transfert.»
Eric RÉMY
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS SA, 1998.

A propos des enregistrements
La sélection commence par J’ai deux amours, qui confirmait Joséphine comme «bien national» sur la scène du Casino de Paris puis sur la scène mondiale, grâce au disque puisqu’il s’en vendit dans le monde entier et qu’il n’a jamais quitté le catalogue. Curieusement, ce n’est pas lui qui obtint le Grand Prix du Disque de la Fondation de l’hébdomadaire Candide mais Suppose, chanson-mélodrame enregistrée le même jour qui nous semble aujourd’hui assez emphatique et déclamatoire.  Auparavant, la vente des disques de Joséphine avait été beaucoup plus confidentielle. En effet, chantés en américain dans un pays encore très francophone, par une jeune vedette connue d’abord et surtout bien plus comme danseuse de shimmy ou de charleston que comme chanteuse confirmée (Joséphine n’a rien d’une «red hot mamma»22), leurs atouts étaient frêles. Tout au plus pouvaient-ils constituer un souvenir pour son public, le mince reflet sonore d’un talent très visuel. «L’Etoile Noire des Folies Bergères» enregistra, à l’automne 1926, accompagnée au ukulele ou par un jazz-band, quatorze titres dont la qualité sonore est assez précaire (procédé acoustique). Celle-ci s’améliore avec l’arrivée du micro et la gravure électrique dont  bénéficie en 1927 la vedette du cabaret éponyme – «Chez Joséphine Baker» –, accompagnée par «son» Jacob’s Jazz. Nous pouvons apprécier cette voix encore verte, ses félures et ses brisures charmantes qui la firent siffler sur le paquebot qui l’amenait en Europe en septembre 1925 mais qui, quelques mois plus tard, régalait le public de son cabaret de la rue Fontaine ou des revues des Folies Bergère.

Deux ans après, en 1930, au Casino de Paris, ce n’est plus seulement une gambilleuse dégrafée que l’on vient voir, ni une légère évocation de Ethel Waters ou d’Adelaïde Hall que l’on vient entendre. C’est une star internationale pour qui Vincent Scotto a composé J’ai deux amours, première plume d’un bouquet d’arias destinées à rehausser le ramage et le plumage de «La Bakaire» (Madiana, petit oiseau des îles, Haïti, Partir sur un bâteau tout blanc, Mon coeur est un oiseau des îles...). A ce titre, Georges Tabet, son partenaire de la revue du Casino La Joie de Paris, ne comprit jamais qu’elle refusa de créer J’ai rêvé d’une fleur du même Scotto et qu’elle préféra lancer Si j’étais blanche, ce qu’il juge «ingrat» à l’égard de Scotto et «d’une rare maladresse». Il attribue cela à l’influence de son mari Pepito et au fait que Joséphine «regrettait d’être noire»...! Au vrai, le sens du comique de Joséphine allié à son sens du rythme nous touche sans doute plus aujourd’hui que ses roucoulades. Même si ce comique fut en partie involontaire : il n’est pas sûr qu’en 1930 le nouveau public d’une Petite Tonkinoise créée en 1900 et rajeunie de trente ans, ait illico savouré cette œuvrette au deuxième degré. Ce public était aussi celui de l’Exposition Coloniale! Et il faut dire que Joséphine, s’est prêtée au rôle de la négrillone à cervelle d’oiseau (... des îles, bien sûr) avec une complaisance où l’on aime à croire qu’il entre une forte dose d’humour et d’ironie. Voulez-vous de la canne à sucre? combine l’égrillard et le colonial, tout en annonçant le gainsbarrisme (ce sont les Sucettes à l’anis version 1930). Toc-toc partout, très collégien (à la Ray Ventura) n’est guère «politically correct» («Ahmed alors! je m’en rappelle plus...»). Mayari, complainte de l’esclave, relève une fois de plus du folklore oncletomiste dont nous avons collecté quelques puissants chefs-d’œuvre chez Lucienne Delyle (Frémeaux & Associés FA 151). Les superbes Lecuona Cuban Boys lui confèrent sinon l’authenticité du moins la couleur locale. Reste la source d’inspiration la plus digne, parce que la plus pure (s’il en est), en tout cas la plus originelle pour miss Baker, noire née en 1906 à Saint-Louis du Missouri, USA : le jazz.

Une très belle séance eut lieu le 30 juin 1931 quand elle chanta quelques classiques de 1930 (Confessin’ ou My fate is in your hands de Fats Waller) accompagnée par les musiciens du multicolore big band du Casino de Paris (où l’on entend de jolis contrechants à la trompette et où l’on discerne Oscar Aleman à la guitare). Six ans plus tard, c’est en grande vedette du song américain qu’elle chante, dans l’écrin de l’orchestre de Wal-Berg, des ballades d’Hollywood ou de Broadway. Les Cole Porter et le Richard Rodgers sont devenus des standards et l’on peut avoir une tendresse particulière pour There’s a small hotel, cette merveille... Quant à The Loveliness of you ou I’ve got a mes­sage..., ces versions sont délicieuses, supérieures en tout cas à celle des créateurs, les sirupeux et pénibles Tony Martin ou Allan Jones (dans A Day at the races, un film avec Les Marx Brothers et l’orchestre de Duke Ellington). Certains titres de ces séances ont été enregistrés en anglais pour le catalogue anglais. On trouvera Comme une banque, version française de I’m feelin’ like a million sur le disque Front Populaire (Frémeaux & Associés FA 049). Joséphine Baker a enregistré, outre J’attends votre retour et The Loveliness of you, d’autres chansons de films dont Alice Faye (qu’aimait tant Raymond Queneau) a été la vedette : Afraid to dream (J’ai peur de rêver), assez fade mélodie de Harry Revel et Goodnight my love (Bonsoir, my love) dont on trouvera, à la même époque des versions de référence par Ella Fitzgerald et Alice Faye elle-même.23

1Speakeasy : pendant la Prohibition, débit de boisson clandestin, souvent une arrière salle à laquelle on accédait par une porte dérobée.
2Rent party : mot-à-mot, «loyer-party», bamboches payantes qu’organisaient dans leur appartement les gens en délicatesse avec leur propriétaire, afin de boucler leur fin de mois et payer leur loyer. Duke Ellington et son orchestre ont enregistré un Rent-party blues en 1929.
3Variété de fox-trot en vogue dans les années 1920.
4Ethel Waters a certainement été la chanteuse qui a le plus influencé Baker. Bessie Buchanan, bien plus tard, siègera à l’Assemblée legislative de l’Etat de New York et sera, de ce fait, la première femme noire à accéder à une fonction officielle aussi prestigieuse.
5Ils eurent la primeur de cette Revue Nègre, le 2 octobre.
6La première de cette dégustation de bananes eut lieu le 24 avril 1926. Le sketch de Joséphine se nommait «Fatou» et Joséphine y était la vision d’un jeune explorateur endormi dans la jungle.
7Il existe deux films de cette époque dont Joséphine est la vedette : cette Excursion à Paris (court métrage) et La Sirène des tropiques.
8Une marque de brillantine sur laquelle on demanda à Joséphine d’apposer sa griffe (réclame).
9Ecrivain et journaliste, correspondante à Paris du New Yorker et auteur d’un ouvrage intitulé An American in Paris.
10Le public put goûter ce sketch («Ounawa», dans un site tourmenté des mers du sud) ainsi que «La Jolie Martiniquaise», (Voulez-vous de la canne à sucre?) et «La Petite Tonkinoise», dans la revue Paris qui remue à partir du 26 septembre 1930.11Une opérette mineure d’Offenbach époussetée et remaquillée à la mesure de Joséphine, en 1934.
12Joséphine Baker, par Lynn Hanney, ed. Jean-Claude Lattés, 1982.
13Le Portugal était un des rares territoires neutres dans l’Europe occupée.
14Joséphine Baker, op. cité.
15Dixit le metteur en scène Jack Jordan. Propos rapportés par Lynn Nanney dans Joséphine Baker, op. cité.
16Grand premier rôle à Hollywwod entre la fin des années 20 et les années 60.
17Charmant jeune premier d’Hollywood vers 1930, surtout dans des comédies musicales.
18Volcanique personnalité du show-business qui fit progresser de manière décisive la cause du strip-tease dans les années 30.
19Ibid.
20Ibid.
21Vivre deux fois, Robert Laffont, 1980. Joséphine était amoureuse de Jacques Pills qui, avec Tabet, chantait dans sa revue La Joie de Paris. Gracie, était la compagne de Tabet. Nous avons remplacé le mot «psychologue», employé par Tabet et inapproprié par «psychanalyste»...
22Si Joséphine Baker s’est inspirée de Ethel Waters, Alberta Hunter, Elisabeth Welch ou même Adelaïde Hall, les chanteuses dont elle est la plus proche par le timbre et l’expression sont Valaida Snow et Hildegarde. Reste une certaine Caroll King, qui sévit sur un titre gravé par le Jazz du Poste Parisien en 1933 (La-da-da-da) et qui lui ressemble à s’y méprendre. Rappelons que vers 1930, les chanteurs et chanteuses de blues sont nombreux, ceux de jazz existaient à peine, du moins au sens stict où on a commencé à l’entendre très peu de temps après. Il faut attendre encore quelques années (trois quatre ans à peine) pour que s’affirment soudain Mildred Bailey, Billie Holiday, Ella Fitzgerald...
23Plus tard (Lonesome) ressemble beaucoup à It’s been so long, une mélodie composée, quelques mois auparavant par Walter Donaldson pour le film The Great Ziegfeld.

©FRÉMEAUX & ASSOCIÉS SA, 1998

english notes
In February 1928 Josephine Baker’s presence, along with her “Negersmasch” and “her pagan dancing” was seriously debated in the Viennese parliament.  She had been greeted with animosity upon her arrival and on the opening night of her show, mass was held in the attempt to save her soul.  From 1925 to 1929, Josephine had crossed the Atlantic, then Europe, going from Paris to Moscow, from Buenos Aires to Stockholm and left her mark wherever she set foot.  She was the most photographed woman in the world and also the most spoken about in the press.Her sheen was representative of a generation which was discovering the motor car, the cinema, jazz, the wireless, cocktails, aeroplanes, tanning, Art Deco and Negro Art.  In Central Europe she was the emblem of all that good Aryans despised.  Josephine Baker was to remain the most mythological woman of the twentieth century.She was born in Saint Louis, Missouri in 1906.  Her childhood knew roisterer parents, precariousness, segregation and street life, reminiscent of Richard Wright’s Black Boy rather than the fabulous Saint Louis as depicted in Vincente Minnelli’s Meet Me In Saint Louis.  Before her fifteenth birthday she wedded a man four times her age.  When one had a dark complexion, one tended to turn to sport or music in order to block out the grim realities.  She wandered from low-class music-halls to speakeasies, from rent-parties to shimmy contests searching to make her fortune.  She teamed up with the Dixie Steppers, a travelling troupe for the coloured audiences.  She was just fifteen, and remarried.  She appeared in a black revue, Shuffle Along and had the reputation of being comical - pulling faces and playing the fool.  She was hired for another show, Chocolate Dandies, then went onto the Plantation, a dance hall located above the Ziegfeld Follies where she shared a dressing-room with Ethel Waters and Bessie Buchanan amongst others.Meanwhile in Paris the director of the Champs-Elysées Theatre, André Daven, having been motivated by the Russian Ballet and the Swedish Ballet, wished to captivate the heart of the Parisians with Negro dance.  He commissioned Caroline Dudley, the bored wife of a government official, to take charge of the recruiting in New York.  Dudley, recalled Josephine on the Plantation’s chorus-line where she “stood out like a sore thumb”.

The Revue Negre in this Paris theatre certainly had impact, as apart from the odd little scandal it was renowned for its sober music.  One newspaper exclaimed that Josephine was disgracing the French music-hall through her indecency.  It is true that the Revue could have been considered as outrageous for the unknowing.  Firstly there was a huge number of gesticulating Negroes, then the music, if it could have been classed as such, was jerky, grating and dissonant.  The staging was non-existent - Josephine came on stage on all fours, her backside in the air, then mimicked copulation with Joe Alex.  There was almost an hour of jazz and tap-dancing - all this hubbub in the name of Art!  After three weeks, however, the flighty Jo abandoned everything and left for Berlin.  Berlin in 1925 was rather off balance and deranged and immediately identified itself with Josephine, claiming her to be “a figure of contemporary German expressionism”.  She was offered a contract by the mighty Max Reinhardt, but was finally tempted by the remuneration as was proposed by the Folies Bergère, in Paris.The show, Folie d’un jour was uniquely comprised of blondes or red-heads - apart from Josephine who descended from the heavens in a floral egg, clothed simply with some jewellery and a belt of bananas to dance the Charleston on a mirror.The silent screens were to remember this historical moment.  Her Bakerfixed fans marvelled at her giant effigy promoting a beauty cream in a central shop window, her snake-skin lined car, her domestic zoo (including a goat, a boa, rabbits and mice, and her Worth-perfumed pig, Albert), her lovers and escapades, her portraits, the film La Sirène des Tropiques, her memoirs and writings with the poet Marcel Sauvage and the Belgian journalist Georges Sim (to be soon known as Georges Simenon).  In the Belgian rags, Simenon voraciously praised his mistress’ backside in the same way as others spoke of Garbo’s face.  In America, the black spectators were penned in a ghetto, whereas in Paris Josephine was queen.The second revue in the Folies Bergère, Un Vent de folie, however, did not have the same impact.  The Parisians were versatile and easily jaded, even when it came to gilded Negro acts.  Jo reacted by opening a night-club.  She married for the third time - a phoney Italian count and gigolo but who was nevertheless a good impresario and a sturdy shoulder.  Giuseppe (de) Abatino, otherwise known as Zito or Pepito.She spent two years roaming around Europe and South America.  In Vienna the pre-Nazi movement lay in wait for this Jezebel, but she won them over in one evening.  In Budapest, Pepito drove her across the town in a cabriolet harnessed with ostriches.  In Bucarest she was moved by the poverty and walked bare-footed.  In Stockholm she had a fling with the crown prince Gustave, and then encountered Le Corbusier on the return journey from Rio.She finally reappeared in the French capital where she declared her love for Paris and for her country.  No-one was sure which was her country, as she had never gone back to her homeland, and sang of Hawaii, Haiti, Africa and the West Indies as though she could have been from anywhere.  Did Josephine really know where she lived?  Is it possible when you live so far from yourself and so far from home, surrounded by a world of luxury?  Her first love was most probably the stage - the rest was of no consequence.

Jo-the-narcissist, Jo-the-exhibitionist, Jo-the-lousy-payer, Jo and her collection of four-legged friends (now including a cheetah) set up home in a town house where on the lawn, visitors could admire the illuminated flowers that spelt out her name.  She appeared in two films, Zouzou and Princesse Tam-tam.  In the former she wins over the then budding Gabin whereas the latter is an exotic and autobiographical hotchpotch.  Vehemently opposed to all forms of racism, Josephine became pro-Mussolini with his campaign against slavery and claimed that Haile Selassie was oppressing the people.  Moreover, at the age of 29 in 1935 and already with three autobiographies tucked under her arm, she had a burning desire to be recognised by her people and her country.  In order to accomplish this, no stage was better than the Ziegfeld Follies.As soon as the manager of the Central Park hotel requested that she entered by the back door she realised she was back home.Following her performance, Time Magazine was none too flattering in their write-up who claimed that whereas the Parisian jazz scene favoured anything with black skin, Josephine was common-place for the Manhattan audiences.  Other papers lambasted her voice.  Ziegfeld Follies in 1936 was a success for everyone - everyone apart from Josephine that is.  She didn’t give up that easily however.  She left the show to open a club on East Side, then received an interesting proposition by the Folies Bergère manager for the revue, En Super-Folies.  A third night-club (again called “Chez Joséphine”) was opened in the Champs-Elysées district.  The 1940 defeat found her restless in her Dordogne property, Milandes.  London answered her call of distress and sent her to Lisbon, the hub of spies, where she drifted between cocktails, writing in invisible ink on music sheets.  She then set off for Marseilles, Casablanca, Tangier and Marrakech where she fell seriously ill.  When, in November 1942, the Americans landed in Morocco she mustered up her strength to continue in what she did so well - distract and seduce.  After the shows she mingled with the G.I.’s, especially with her coloured brethren who were still too often outcast.After Liberation and the accompanying decorations, she married the orchestra leader, Jo Bouillon, returned to the Folies Bergère, and began working on her “melting-pot family” project.  Her Milandes residence became her haven and added to her fame.  The gossip spoke of her personal post-office and a stamp bearing her portrait, her heart-shaped swimming pool, the Jo-shaped neon lighting in the attraction park, the indigenous village in the 1931 Colonial Exhibition style and the “Jorama” waxworks museum portraying the most important moments of her life.  All this was frowned upon.  Her tours in the States, however, were to transform this Marie-Antoinette into Civil-Rights-Josephine.  In 1948, she phoned the newspaper, France Soir, and offered to write an article on the segregation in the Southern states.  With threadbare garments and a wig she entered cafés, snack-bars and toilets which were reserved for whites.  When kicked out, she went off as if nothing had happened.

Josephine started causing havoc in snobby and paranoiac post-war America.  In Miami she was given ovation.  She interfered in court proceedings which involved fellow blacks.  Her biggest triumph was the 20th May 1951 which was named “Josephine Baker Day”.  Perched on the roof of a convertible, she blew kisses, crying, “I love you, I love you” to the crowds gathered in the streets of Harlem.  As far as she was concerned, this was all part of her show.  She met the mayor of New York, and was given support by Ralph Bunch, Walter White, Duke Ellington, Fredric March, Buddy Rogers and Gypsy Rose Lee.  She then took a step too far and accused the worldly journalist, Walter Winchell (and who could make or break artists at the drop of a hat) of snubbing her during a Stork Club dinner.  Winchell set out to slander her in revenge, and she left the country somewhat discredited by his backbiting.  She arrived in Argentina where she secretly hoped for success, equalling that of the much missed Evita Peron with whom she identified.  She could hardly close her eyes, however, to the grim sort of psychiatric institution she encountered.  She was all critical of the American policies, yet supported two dictators, Peron and Mussolini.She returned to the Dordogne, more decided than ever to constitute her “capital of human fraternity”.  One of her biographers pointed out that both Evita and Josephine shared the same key words of humanitarianism, “freedom, dignity, heart, love” which they chanted constantly.  But being close to Josephine, or being one of her twelve adopted children, was no easy matter, as it meant sharing her ups and downs, her triumphs and her defeats.In August 1963 she participated in the famous Civil Rights march, thanks to Robert Kennedy as at that point she was even snubbed by the blacks.  As for Martin Luther King’s speech, she declared that he was not strong enough and that she could have done better. 

As a singer or as a militant, in disgrace or in full glory, Josephine was always on the go despite the frailty of her position, and dashed between Castro and Golda Meir, from Hassan II to Grace of Monaco.  And she continued until her final breath on 12th April 1975.  She died of happiness, as was reckoned by one of her friends.In his memoirs entitled Vivre deux fois, Georges Tabet relates this revealing anecdote about our extravagant heroine, “On Christmas Eve Josephine gave a big dinner party after the show in her impressive villa in Vésinet.  There were about twenty guests (...).  Josephine gave a small present to everyone.  (...)  As for me ... during the dessert Josephine beckoned mysteriously for me to follow her along with my girlfriend. (...)  Jo brought us upstairs along dark corridors.  She opened a door and we entered her huge dimly-lit bedroom.  Then, opening her chest of drawers, she said to Gracie, “Choose the prettiest of my night-gowns.”  Then, uncovering her bed with its pale pink crêpe de Chine sheets, she said softly, “Lie down both of you.  You’re in love.  My bed for this evening is your Christmas present.”She gently pushed us towards it and kissed us affectionately, whispering, “Merry Christmas”, then left discretely, locking us in so no-one would disturb us.  A nice gift.  By pushing Gracie and Tabet towards love, she was thinking of my stage partner, Pills.  I believe she was doing what the psychoanalysts would call a transfer”. 

The selection
The selection begins with J’ai deux Amours, a song which was to travel the world and never leave the catalogue.  Surprisingly it didn’t win the Candide Grand Prix du Disque which favoured the melodramatic song, Suppose.Previously to that, the sales of Josephine’s records were slim - she was principally known as a shimmy or Charleston dancer.  In Autumn 1926 fourteen titles were cut by the “Etoile Noire des Folies Bergère” but the sound was of dubious quality.  The microphone and electric recording techniques improved the standard in 1927 when Jo was the star of the eponymous cabaret, “Chez Joséphine Baker”, accompanied by “her” Jacob’s Jazz.  Here, we can appreciate the freshness and charming fragility of her voice which captivated the public at the start of her career.  The Casino de Paris, in 1930 welcomed Josephine as an international star instead of simply a provocative body, who sang Vincent Scotto’s composition, J’ai deux Amours, the first of many arias which were to improve her image (Madiana, petit Oiseau des Iles, Haïti, Partir sur un Bâteau tout blanc, Mon Coeur est un Oiseau des Iles).  She later refused Scotto’s J’ai rÍvé d’une Fleur preferring Si j’étais blanche, perhaps being influenced by Pepito, and perhaps she disliked the colour of her skin.  Today, in any case, her talents as a comic are more appreciated than her warbling.  It is uncertain that the audience of the rejuvenated Petite Tonkinoise appreciated the song for its true worth.  Voulez-vous de la Canne à Sucre, combined the colonial with the risqué.  Toc-toc partout isn’t exactly politically correct, and Mayari returns to the folklore of Uncle Tom.Of course, jazz had its word to say for this young black lady born in Saint Louis.  The 30th June 1931 saw an excellent session where she interpreted some 1930 classics (Confessin’ and My Fate Is In Your Hands) accompanied by the Casino de Paris’ multicoloured big band.Six years later she went on to the American song, with the Wal-Berg orchestra and ballads from Hollywood and Broadway.  Cole Porter and Richard Rodgers numbers became standards and her versions of There’s A Small Hotel, The Loveliness Of You and I’ve Got A Message are particularly to be savoured.  She sometimes sang in English for the English catalogue.  I’m Feelin’ Like A Million was also recorded in French, Comme une Banque.  Josephine Baker also put to disc songs from films.  Apart from J’attends votre Retour and The Loveliness Of You she also recorded songs from films starring Alice Faye - Afraid To Dream,  and Goodnight My Love, titles which Ella Fitzgerald and Alice Faye also interpreted.
Adapted by Laure WRIGHT from the French text of Eric RÉMY

Discographie
Titres
Tous les titres ont été enregistrés à Paris pour la firme Columbia sauf les titres 2 à 6 du CD 1 qui l’ont été pour Odéon.Les prénoms des auteurs et compositeurs entre parenthèse, mentionnés une fois ne le sont plus par la suite.

Orchestres
Mélodic Jazz du Casino de Paris sous la direction d’Edmond Mahieux : CD 1 : 1, 7 à 18 et CD 2 : 1.Jacob’s Jazz : CD 1 : 2, 4, 5 et 6.Jazz du Poste Parisien sous la direction d’Alain Romans : CD 2 : 3 et 4. Orchestre John Ellsworth (Jacques Météhen) : CD 2 : 6.Lecuona Cuban Boys : CD 2 : 7 et 8.Orchestre Wal-berg : CD 2 : 9 à 18.

CD 1
1. J’ai deux amours (Slow-fox de la revue du Casino de Paris Paris qui remue- p. Géo Koger & Henri Varna- m. Vincent Scotto). En duo avec Adrien Lamy. 22-23 octobre 1930.         CO DF229 WL2511-2
2. (What can I say) After I say I’m sorry? (p. & m.  Abe Lyman & Walter Donaldson). 3 janvier 1927.            166.032 KI-1179
3. Lonesome love sick blues (p. & m. Spencer Williams). Accompagnement de deux pianos par Jacques Fray et Mario Braggiotti. 11 janvier 1927.           166.040 KI-1241-2
4. Brezzing along with the breeze (John Gillespie). 12 janvier 1927.  166.041 KI 1245-1
5. Blue Skies (p. & m. Irving Berlin). 12 janvier 1927.  166.042 KI-1247-1
6. I’m leavin’ for Albany (Tony Town). 12 janvier 1927.  166.033 KI-1249-2
7. La Petite Tonkinoise (p. Henri Christiné & Villard- m. Scotto). Mêmes références que 1.  WL 2508-10
8. Pretty Little Baby (p. Sid Silver- m. Phil Baker & Ben Bernie). Même date que 1.            CO DF230 WL 2510-10
9. Voulez-vous de la canne à sucre? (Fox-trot de la revue Paris qui remue- p. Léo Lelièvre & Varna- m. Paddy). En duo avec Adrien Lamy. Même date que 1.        CO DF228 WL 2512-1
10. Dis-moi Joséphine (p. Marc Cab, Lelièvre & Varna- m. Zerkowicz Belà). Mêmes références que 9.  Matrice WL 2513-1
11. Aux Iles Hawaï (p. & m. Pascal Bastia). 21 février 1931.  CO DF406 WL 2792-1
12. Love is a dreamer (Slow-fox du film Lucky in love- p. B. Green- m. S. H. Stept). 21 février 1931.            CO DF407 WL 2793-1
13. My Fate is in your hands (p. Andy Razaf- m. Thomas «Fats» Waller). 30 juin 1931.      CO DF 710 WL 3236-1
14. Confessin’ (That I love you) (p. Allen J. Neiburg- m. Clarence Ladow «Doc» Daugherty & Ellis Reynolds). Mêmes références que 13. Matrice WL 3237-1
15. You’re driving me crazy (Donaldson). 30 juin 1931.    CO DF 709 WL 3238-1
16. You’re the one I care for (p. Harry Link- m. Bert Lown & Chauncey Gray). Mêmes références que 15. Matrice WL 3239-2
17. Mon Rêve c’était vous (Dreaming of love and you- pf
André Bay & Jacques Reale- m. Jack Grant). 10 juillet 1931.  CO DF 711 WL 3286-1
18. Sans Amour (p. Alex Farel- m. Charles Borel-Clerc). 17 décembre 1932.  CO DF 1071 WL 4082-1© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS SA, 1998

CD 2
1. Si j’étais blanche (Fox-trot de la revue Paris en joie- p. Varna & Bobby- m. Lennart Falk). 17 décembre 1932.  CO DF 1070 WL 4081-10
2. Madiana (p. & m. Maïotte Almaby). 4 avril 1933.  CO DF 1180 CL 4264-10
3. C’est lui! (Fox-trot du film Zouzou- p. Roger Bernstein- m. Georges van Parys). Avec le Jazz du Poste Parisien : Alex Renard, Faustin Jeanjean, Auguste Issartel (tp); Marcel Dumont, Guy Paquinet (tb); Roger Fisbach (as); Serge Glykson (as, fl); Edmond Cohanier (ts, cl); Michel Warlop, Stéphane Grappelli (vln); Alain Romans (p, ldr); Edmond Massé (g); Roger «Toto» Grasset (b); McGrégor (dm). 16 novembre 1934.  CO DF 1623 CL 5099-10
4. Haïti (Slow-fox du film Zouzou- p. Koger & Emile Audiffred- m. Scotto).    Mêmes références que 3. Matrice CL 51OO-10
5. Sous le ciel d’Afrique (Slow-fox du film Princesse Tam tam - p. André de Badet - m. Jacques Dallin). Bande originale du film sorti le 20 octobre 1935
6. Nuit d’Alger (Tango de la revue En Super-Folies- p. Maurice Hermite- m. Pierre Larrieu). 3 novembre 1936.  CO DF 2026 CL 5920-10
7. Mayari (p. de Badet- m. Armando Orefiche). 31 décembre 1936.    CO BF 30 CL 5973-10
8. La Conga Blicoti. Mêmes références que 7.  Matrice CL 5974-1.0
9. Vous faites partie de moi (I’ve got you under my skin, rumba-fox du film Born to dance/L’Amiral mène la danse- pf. Louis Hennevé & Louis Palex- m. Cole Porter). 31 mars 1937.    CO DF 2130 CL 6116-1
10. C’est si facile de vous aimer (Easy to love- Mêmes références que 9). Matrice CL 6117-2
11. C’est un nid charmant (There’s a small hotel, fox-trot du musical On your toes- pf. Hennevé & Palex- m. Richard Rodgers). 31 mars 1937.  CO DF 2116 CL 6118-1
12. Toc toc partout (p. Maurice Vandair- m. Charlys). CO DF 2116 CL 6119-1
13. I’m feelin’ like a million (fox trot du film Broadway Melody of 1938/Règne de la joie- p. Arthur Freed- m. Nacio Herb Brown). 5 novembre 1937.  CO DB 1743 CL 6433-1
14. J’ai un message pour toi (A Message from the man in the moon, slow-fox du film A Day at the races/Un Jour aux courses- pf. Jean Féline- m. Bronislau Kaper & Walter Jurmann). 5 novembre 1937.  CO DF 2275 CL 6434-1
15. J’attends votre retour (There’s a lull in my life, slow-fox du film Wake up and live/Le Fantôme radiophonique- pf. Féline- m. Harry Revel). 5 novembre 1937.  CO DF 2293 CL 6436-1
16. The Loveliness of you (Slow-fox du film You can’t have everything/Brelan d’as- p. Mack Gordon- m. Harry Revel). 16 novembre 1937.  CO DB 1742 CL 6448-1
17. Plus tard (Lonesome- p. Henri Lemarchand et Fernand Vimont- m. Henry W. Starr). 16 novembre 1937.  CO DF 2293 CL 6449-1
18. De temps en temps (p. André Hornez- m. Paul Misraki). 8 mars 1939. CO DF 2576 CL 6996-1.

Remerciements à Joëlle Carlin, Thierry et Marianne Guimbaud, Danny Lallemand,Daniel Nevers, Jack Primack, Jocelyne et Gérard Roig.Prêt d’archives Jack Primack.

CD Josephine Baker 1927 - 1939  © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)





EcoutezPisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 J AI DEUX AMOURS - BAKER03'12
02 (WHAT CAN I SAY) AFTER I SAY I M SORRY - BAKER02'50
03 LONESOME LOVE SICK BLUES - BAKER02'52
04 BREZZING ALONG WITH THE BREEZE - BAKER02'55
05 BLUE SKIES - BAKER02'56
06 I M LEAVIN FOR ALBANY - BAKER02'53
07 LA PETITE TONKINOISE - BAKER02'41
08 PRETTY LITTLE BABY - BAKER03'06
09 VOULEZ VOUS DE LA CANNE A SUCRE - BAKER02'59
10 DIS MOI JOSEPHINE - BAKER03'10
11 AUX ILES HAWAI - BAKER02'52
12 LOVE IS A DREAMER - BAKER02'48
13 MY FATE IS IN YOUR HANDS - BAKER02'14
14 CONFESSIN (THAT I LOVE YOU) - BAKER02'47
15 YOU RE DRIVING ME CRAZY - BAKER02'25
16 YOU RE THE ONE I CARE FOR - BAKER02'27
17 MON REVE C ETAIT VOUS - BAKER02'34
18 SANS AMOUR - BAKER03'21
CD 2
01 SI J ETAIS BLANCHE - BAKER02'37
02 NA - BAKER03'04
03 C EST LUI - BAKER03'01
04 HAITI - BAKER03'17
05 SOUS LE CIEL D AFRIQUE - BAKER04'14
06 NUIT D ALGER - BAKER02'51
07 MAYARI - BAKER03'16
08 LA CONGA BLICOTI - BAKER02'24
09 VOUS FAITES PARTIE DE MOI - BAKER03'06
10 C EST SI FACILE DE VOUS AIMER - BAKER03'01
11 C EST UN NID CHARMANT - BAKER03'07
12 TOC TOC PARTOUT - BAKER03'05
13 I M FEELIN LIKE A MILLION - BAKER03'05
14 J AI UN MESSAGE POUR TOI - BAKER03'09
15 J ATTENDS VOTRE RETOUR - BAKER02'17
16 THE LOVELINESS OF YOU - BAKER02'50
17 PLUS TARD - BAKER03'05
18 DE TEMPS EN TEMPS - BAKER03'18
"J'ai deux amours, mon pays et Paris..." par Jukebox

Entre les deux guerres, Josephine Baker, née à St-Louis, Missouri, en 1906, révolutionne avec sa Revue Nègre. Ses danses nues (le fameux pagne de bananes) indiquent un changement de moeurs. La France devient son port d'attache, elle chante "J'ai deux amours, mon pays et Paris"; et épouse Jo Bouillon. En Dordogne, elle élève douze enfants adoptés. Elle décède le 12 avril 1975. De sa carrière, il reste des reportages, des films et des chansons dont 36 constituent le CD double "1927-1939" (Frémeaux). JUKEBOX




"La coqueluche du Tout-Paris" par Le Monde de la Musique

Eric Rémy, responsable de cette édition Joséphine Baker, raconte qu’en 1928, pour la venue de la chanteuse à Vienne, on débattit officiellement du bien-fondé de ses « Neger-smasch » et autres « danses païennes à figures cuivrées » ! Née en 1906 à St Louis, dans le Missouri, Joséphine Baker débute enfant dans la troupe d’une chanteuse de blues avant d’acquérir une réputation de comique filiforme sous le nom de Jo-le-clown. C’est ainsi qu’elle apparaît pour la première fois en France, au Théâtre des Champs-Elysées, dans la Revue nègre succédant aux Ballets russes et suédois. L’Europe découvre le jazz et les figures étranges d’une danseuse « qui marche les genoux pliés, vêtue d’un caleçon en guenilles » tenant à la fois du kangourou et du coureur cycliste. Vedette des Folies Bergère au milieu des années vingt, elle devient la coqueluche du Tout-Paris. Sacrée nouvelle artiste du music-Hall, elle peaufine son art du chant qui, compte tenu d’un registre limité, ne peut rivaliser avec celui des grandes voix noires des années trente, Ethel Waters, Billie Holliday et Ella Fitzgerald. Les trente-six chansons retenues pour ce double album privilégient les qualités vocales de Joséphine Baker, magnifiquement restituées sur le plan technique. Ainsi, du célébrissime, J’ai deux amours, composé par Vincent Scotto, à l’égrillard Voulez-vous de la canne à sucre ?, succès de la revue Paris qui remue –les deux écrits de 1930-, Joséphine Baker brille par son charme et le  choix de ses chansons. Car si elle ne composait pas, elle savait ce qui était pour elle et les chansonniers se pressaient autour d’elle. Au cinéma, elle chante les éblouissants C’est lui ! de Bernstein et Parys, et Kaïti de Scotto dans Zouzou de Marc Allégret, et lorqu’elle reprend des titres américains, elle privilégie Irving Berlin (Blue Skies), Freed/Brown (I’m feeling’ like a million), Gershwin (That certain feeling), Cole Porter (I’ve got you under my skin - en français Vous faites partie de moi - et Easy to love - C’est si facile de vous aimer) ainsi que Richard Rodgers (There’s a small hotel - rebaptisé C’est un nid charmant). Franck MALLET – LE MONDE DE LA MUSIQUE




"Les plus importantes contributions de «La Bakaire»" par L’Express

Disons-le tout de suite: Joséphine Baker était une interprète médiocre. Lorsqu’on la compare à ces contemporaines - Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Bessie Smith, pour ne nommer que celles-là, force est de constater que l’espiègle de St Louis ne pesait pas lourd. Son registre, sa technique, ne serait-ce que la portée très restreinte de sa voix, auraient dû la reléguer à l’anonymat des chorus lines de ces revues américaines dont elle était issue. Mais si elle ne brillait pas par ses talents strictement musicaux (ce qu’elle était la première à reconnaître), Joséphine à eu le génie de l’opportunisme, c’est à dire de savoir se trouver au bon endroit – Paris - au bon moment - les années 20. Et le don de s’inventer un personnage qui alliait l’exotisme et la modernité. Et l’érotisme à la fantaisie. Et la France, et le reste de l’Europe, dans la foulée, projetteraient allègrement sur elles leurs fantasmes. D’abord révélée aux Folies Bergères, puis consacrée au Casino de Paris, Baker deviendrait le symbole - le totem, diront certains - d’une génération qui se plongeait avec volupté dans ce grand bain de sensations jusque-là inconnues ou interdites, jazz en tête. Avec le recul, bien sûr, force est de reconnaître un certains charme aux enregistrements qui remontent à ces années où Paris, à coup de tangos, biguines et congas cubaines, cimentait sa réputation de carrefour universel. Joséphine Baker 1927-1939 (Frémeaux & Associés FA /Importation) rassemble sur deux compacts les plus importantes contributions de « La Bakaire » à ce tourbillon : J’ai deux amours, La petite Tonkinoise et Si j’étais blanche (qui, mine de rien, précède de 35 ans le Je veux être noir de Nino Ferrer !), mais aussi une poignée de standards d’outre-Atlantique (Blue Skies, You’re Driving Me Crazy) sur lesquels on retrouve parfois la merveilleuse guitare d’Oscar Aléman. Quant à ces titres qui cultivaient un exotisme tout-terrain (Haïti, Sous le ciel d’Afrique, Alger, Aux îles Hawaï), ils reflètent moins la spécificité de Baker que le climat général d’une époque qui en était encore à recueillir les fruits du colonialisme et des expositions universelles. Et qui, du coup, alimentait une curiosité, un appétit de métissage qui fleurissent aujourd’hui sous le nom de worlmusic. L’EXPRESS




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