MAURICE CHEVALIER VOL 2 : 1930 - 1949

VOL 2 : 1930 - 1949

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Livret : 48 PAGES - ENGLISH NOTES
Nombre de CDs : 2


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FA163

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La chanson populaire peut égaler en signification et en importance les plus belles œuvres. C’est à travers les chansons que chantent et qu’ont chanté les peuples, que se retrouvent les sentiments et les émotions du pays, aussi bien dans le malheur qu’aux époques ensoleillées.
Maurice Chevalier, 1947.

Daniel Nevers présente au travers de ces 36 titres accompagné d'un livret de 32 pages une anthologie parfaite de la carrière de Maurice Chevalier entre 1930 et 1949 qui suit le volume 1 couvrant 1919 et 1930. Cet ouvrage sonore a été considéré par l'ensemble des média comme l'anthologie de référence par le choix des titres, la qualité des reports et la masterisation.
Patrick Frémeaux

Si Vous connaissiez ma Poule • ça s’est passé un Dimanche • ça fait d’excellents Français • Appelez ça comme Vous voulez • Mimile (Un Gars de Ménilmontant) • Notre Espoir • La Chanson du Maçon • ça sent si bon la France • Marche de Ménilmontant • Polka des Barbus • La Symphonie des Semelles en Bois • La Fête à Neuneu • Fleur de Paris • Ah ! Qu’elle est belle • Place Pigalle • Pour les Amants (c’est tous les Jours dimanche) • La Cane du Canada • Le Tueur affamé.

Les ouvrages sonores de Frémeaux & Associés sont produits par les meilleurs spécialistes, bénéficient d’une restauration analogique et numérique reconnue dans le monde entier, font l’objet d’un livret explicatif en langue française et d’un certificat de garantie. La marque Frémeaux & Associés a obtenu plus de 800 distinctions pour son travail muséographique de sauvegarde et de diffusion du patrimoine sonore.
This album, issued by the world-famous publishers, Frémeaux & Associés, has been restored using the latest technological methods. An explanatory booklet of liner notes in English and a guarantee are included.

Droits audio : Groupe Frémeaux Colombini SAS - Le Patrimoine Sonore - Disques anciens restaurés à écouter sur CD - Le musée audio de nos émotions - Notre Mémoire Collective - La Librairie Sonore.

Maurice CHEVALIER FA 163

Maurice CHEVALIER
Vol. 2
1930 - 1949








Sûr qu’il devait être rudement content Maurice Chevalier, en débarquant au pays, retour de ses U.S.A. préférés, à la fin de l’été 1930. Depuis son départ près de deux ans auparavant, à peu près tout lui avait réussi, tant auprès des marchands de pellicule californiens que sur les scènes étoilées du «Great White Way», au cœur même de la Grosse Pomme... Là, il était même arrivé à faire inviter Duke Ellington et son orchestre, non seulement pour l’accompagner, mais aussi pour leur permettre de balancer à la face du public élégant et passablement snob de Broadway ce répertoire unique, gorgé du bruit et de la fureur des jungles harlémites. Quant aux trois films déjà réalisés, Innocents Of Paris (La Chanson de Paris), Love Parade (Parade d’Amour) où la «Lubitsch touch» fit merveille, et The Big Pond (La grande Mare), ils marchèrent si fort (y compris le premier, au scénario pourtant quelque peu faiblard) que du jour au lendemain le titi de Ménilmontant acquit enfin ce statut de grande vedette internationale auquel il aspirait depuis si longtemps. A tel point que, pour le film suivant, c’est lui qui décida du sujet et imposa cette pièce de Tristan Bernard, Le petit Café (Playboy Of Paris, en dialecte de la West Coast), qu’il appréciait tout particulièrement. Avant même la sortie à New York (31 octobre 1930 pour la version anglaise, 23 janvier 1931 pour la française), Momo et son épouse s’étaient éclipsés, avec promesse de ne point trop traîner en route et de revenir dès que possible. De toute façon, le contrat avec Paramount, dont les termes avaient été revus à la hausse pour l’artiste, était loin d’arriver à son terme...

Quelques bonnes bouffées de l’air du pays natal et quelques moments de vacances, certes, mais aussi, surtout, pour le chanteur une reprise de contact avec son public, grâce à une tournée à travers la France et à une rentrée parisienne de plusieurs semaines sur la scène du Châtelet. En vérité, l’accueil assez glacial que la presse et les anciens du métier réservèrent à la star tout auréolée de sa gloire américaine surprit désagréablement Maurice, homme infiniment plus sensible et anxieux qu’il voulait bien le paraître. Il en fut terriblement peiné, mais la chaleur des spectateurs, rendus encore plus acro par la vision récente des films, lui remit du baume au cœur. Finalement, cette rentrée automnale fut un triomphe, tant en province qu’à Paris. Ragaillardi, notre homme mit à profit son séjour pour fonder à Ris-Orangis une maison de retraite destinée aux anciens du monde du spectacle. Il fit aussi quelques disques, notamment ce Mais non... Mais non, Madame, par lequel se clot le volume précédent (Frémeaux & Ass. FA 162). Bonne occasion de retrouver ses paroliers fétiches d’avant l’Amérique (dont l’irremplaçable Albert Willemetz) et aussi un ton plus libre, plus léger, que celui adopté pour les gravures effectuées au pays de la Liberté, où, il le savait parfaitement, tout ce que vous dites (même en chansons) peut être retenu contre vous!.. Jusqu’en 1928, Chevalier avait en France enregistré pour les maisons Pathé et Columbia, mais là-bas, c’est la grosse firme Victor qui s’assura son exclusivité. Donc, comme il se doit, les nouvelles faces parisiennes de la fin 1930 furent réalisées dans les studios de la Compagnie française du Gramophone, l’équivalent sous nos latitudes de Victor qui, d’ailleurs, avait déjà édité ici une bonne part des enregistrements new yorkais de Maurice.

Lequel Maurice, trop vieux routier du disque pour s’émouvoir de ces petits changements, dut tout de même trouver bien palôts ses accompagnateurs français, comparés aux musiciens qui le secondaient sur l’autre rive de la grande mare. Voilà pourquoi il poussa probablement un «ouf» de soulagement quand il fut décidé que pour sa seconde séance, celle où il devait chanter un long pot-pourri de ses succès, il aurait droit au grand orchestre de Jack Hylton venu donner quelques concerts dans la capitale française. A l’époque, Jack Hylton était généralement considéré comme le Paul Whiteman britannique et, de son côté, Paul Whiteman passait en Amérique pour le «Roi du Jazz». Ce n’est ici ni le lieu ni l’heure de discuter le bien fondé d’un tel couronnement, surtout à l’endroit d’un genre musical qui n’a nul besoin d’une caution monarchique ou aristocratique, mais dont l’histoire fait cependant état au fil du temps de plusieurs Rois, d’un Duc, de Comtes... Bizarre nostalgie au cœur de l’Amérique profonde, pour une hiérarchie, un ordre social que celle-ci n’a, par chance, jamais connus. Aujourd’hui, on sait que Paul Whiteman fut, davantage qu’un «Roi», une figure «emblématique» d’une époque riche qui en compta beaucoup, à l’instar d’un Scott-Fitzgerald, d’une Louise Brooks, d’un Jack Dempsey, d’un Lindbergh, ou encore, justement, d’un Maurice Chevalier... Donc, Momo et le gang à Jack complotèrent une gentille séance qui marche d’autant mieux qu’à ce moment-là, Hylton avait fait main basse – ce qui lui fut férocement reproché par les vaillants vengeurs de Jeanne d’Arc – sur quelques-uns des meilleurs jazzmen français : le tromboniste/polyinstrumentiste/arrangeur Léo Arnaud-Vauchant, le trompettiste Philippe Brun, le saxophoniste André Ekyan...

Dans ces Souvenirs de Chevalier en deux parties, passages instrumentaux (Livin’ In The Sunlight, Paris, Stay The Same, Dites-Moi ma Mère...) alternent avec refrains chantés (Louise, Valentine, Mon Cocktail d’Amour...) et force est de constater que ces souvenirs ne remontent pas très loin dans le passé : de tous les airs évoqués, Valentine est le plus ancien et il n’a guère plus de cinq ans à l’époque. Fin 1941, Maurice réenregistrera un nouveau pot-pourri de ses succès en six faces de 78 tours et, cette fois, se reportera bien davantage en arrière en reprenant des choses (Le beau Môme, Jamais en Colère, J’aime les Fleurs...) créées avant la première guerre, aux jours où les gens du phonographe n’avaient pas encore pensé à lui... En 1930, il devait tenir ces chansons plus anciennes pour démodées et les avait probablement exclues de son tour de chant. On a là, en somme, un bref aperçu du répertoire que Chevalier offrait chaque soir au public du Châtelet. Il est simplement dommage que cela ne soit pas aussi long que se l’imaginent certains discographes qui attribuent également à l’équipe Chevalier/Hylton la paternité des matrices suivantes (BK 3067 et 3068). Il n’en est malheureusement rien : nous qui les avons entendues pouvons affirmer qu’elles furent enregistrées par des interprètes complètement différents.Maurice Chevalier et son épouse retournèrent aux U.S.A. au début de l’an 31, pour avoir confirmation d’une assez mauvaise nouvelle : Playboy Of Paris semblait bien vouloir faire un «flop» sur les écrans yankees. Comble d’ironie, quelques critiques new yorkais allèrent même jusqu’à affirmer que la version française était nettement supérieure à l’américaine! Dans ce film, il y avait pourtant au moins une fort jolie chanson, My Ideal (Mon Idéal en vf), qui ne manquera pas par la suite d’inspirer quelques jazzmen, dont Coleman Hawkins et, bien plus près de nous, Brad Mehldau...

Cette chanson on peut l’entendre (en français) en tête du recueil que Jean-Christophe Averty a consacré à l’an 1931 dans sa collection des «Cinglés du Music-Hall» (Frémeaux CMH 31). Quant à nous, nous avons inclus ici l’autre aria tirée de cette pellicule : Dans la Vie, quand On tient le Coup (It’s A Great Life), qui remporta un certain succès en son temps. Dans le même volume des «CMH», Averty a retenu un second titre par Maurice, Mama Inez (toujours en langue française). Il nous a paru intéressant de faire figurer ici la mouture anglaise de cette même rumba, puisque, comme c’était souvent le cas, Chevalier prit soin de graver la chose en double version. Comme il se doit, Maurice n’enregistrait pas que les seules chansons de ses films, quand bien même celles-ci avaient évidemment la priorité. Toujours à l’affut de la nouveauté, il ne put que s’enticher de la rumba, danse exotique récemment débarquée de Cuba, alors au zénith de sa popularité. Peut-être pensa-t-il un temps inscrire à son répertoire la plus fameuse d’entre elles, El Manisero (alias The Peanut Vendor, alias Le Marchand de Cacahuètes), mais cette composition de Moïses Simons était déjà réquisitionnée par (entre autres) Don Aspiazu, Louis Armstrong, Duke Ellington, Red Nichols, Bert Ambrose, Debroy Somers et même par Mistinguett, qui l’inclut dans la revue Paris qui brille du Casino de Paris.

Ce qui faisait tout de même pas mal de monde. Aussi Maurice préféra-t-il s’intéresser à cette Mama Inez qui aurait très bien pu faire un «tube», mais ne connut malheureusement pas la même fortune que son illustre devancière.L’insuccès de Playboy Of Paris fut la première fausse note dans la carrière cinématographique américaine de Chevalier. Inquiet comme il l’était sous ses airs décontractés, il dut se faire un sang d’encre, lui qui avait pu voir plusieurs grandes vedettes du muet se retrouver en quelques jours bannies des studios pour cause de désaffection du public. Fort heureusement, on n’en était pas encore arrivé à ce point de non retour en ce qui le concernait et il fut décidé qu’il renouerait avec le succès grâce à Lubitsch et à une adaptation de Rêve de Valse d’Oscar Straus, réalisée sous le titre Smiling Lieutenant (Le Lieutenant souriant) dans les studios Paramount de Long Island, près de New York. Une bonne partie de la production de Chevalier fut en effet tournée, non pas en Californie, mais sur la Côte Est, où les grandes firmes possédaient pour la plupart ce que l’on pourrait appeler des résidences secondaires. Cela permettait à Maurice de poursuivre parallèlement sa carrière scènique plus aisément que du côté de Los Angeles... C’est au cours de ce tournage que le petit gars de Ménilmontant apprit la mort, à Paris, de sa maman, sa chère «Louque», qu’il aimait si tendrement. Le film étant commencé, il ne put revenir en France et dut poursuivre le travail, admettant que ce lieutenant qu’il incarnait n’était sûrement pas toujours aussi souriant que cela...

Il marcha tout de même bien mieux que le film précédent, ce Lieutenant dans lequel Maurice avait pour partenaires Claudette Colbert (déjà présente dans The Big Pond) et Myriam Hopkins, mais il rappelait un peu trop Love Parade, avait un petit air de «déjà vu»... Un film que l’on n’a guère vu, en revanche, c’est celui qui, en regard de cette même année 1931, figure dans certaines filmographies sous le titre The Stolen Jewels – à tel point que l’on se demande si Chevalier a réellement tourné là-dedans... Quoiqu’il en soit, il n’en a pas à notre connaissance confié la musique au disque. Il est vrai qu’il ne l’a pas fait non plus pour Smiling Lieutenant.Le disque en revanche conserve la trace bilingue du film suivant, One Hour With You (Une Heure près de Toi), de nouveau réalisé par Lubitsch, mais cette fois en 1932 et à Hollywood. Maurice y retrouva Jeanette McDonald et y interprèta, entre autres airs Oh! Cette Mitzi!, dont la modulation en version gauloise est ici reproduite. Ce film-là fut lui aussi un succès, mais l’impression de déjà vu alla s’accentuant, ainsi que le note Chevalier lui-même dans le tome II de ses mémoires (Ma Route et mes Chansons - Julliard, 1947) : «ce sera encore une réussite internationale, mais les bonshommes que l’on me fait jouer ne sont pas assez consistants, dirait-on, et bien que je sois toujours en tête du marché mondial, on commence à entrevoir que ça vacille un peu... Mes rôles sont toujours un peu semblables.»... En 1934, Chevalier et Jeanette tourneront pour la dernière fois ensemble, toujours sous la direction de Lubitsch, mais cette fois pour le compte de la Metro-Goldwyn-Mayer, un autre film en costumes et en double version, peut-être le plus réussi de tous du point de vue de l’esthétique et du charme, La Veuve joyeuse, d’après l’œuvre de Franz Léhar, où le Paris de la Belle Epoque et les royaumes d’opérette sont aperçus à travers les lunettes de l’humour et de l’ironie. Encore un succès et pourtant, là non plus Maurice n’eut pas l’occasion de confier au phonographe les airs, pourtant nombreux et célèbres, qu’il interprète sur celluloïd...

Il est vrai que Maurice, bien que fort satisfait du résultat, éprouvait un grand regret touchant sa partenaire dans La Veuve joyeuse.Il estimait en effet que trois films avec Miss McDonald, c’était amplement suffisant et, sans avoir rien contre elle, pensait qu’ils avaient besoin l’un et l’autre de nouveaux partenaires. En conséquence il avait insisté pour que l’on engageât la jeune Grace Moore dont il appréciait le charme et la belle voix. Mais le studio, lui, ne voulut rien entendre, trouvant la demoiselle par trop replète au regard des canons hollywoodiens de la beauté féminine. On se souvient sans doute à quel impitoyable régime amaigrissant avaient été soumises, lors de leur arrivée en Californie, Greta Garbo puis Marlène Dietrich (pour laquelle, d’ailleurs, Mister Chevalier parut un temps éprouver bien plus que de la simple camaraderie!)... Jeanette fut donc choisie et Grace Moore, de son côté, fut engagée par une autre firme qui lui fit tourner One Night Of Love. En quelques semaines, cette œuvrette bien oubliée battit des records de recettes, propulsant du même coup son interprète au sommet du box office, faisant d’elle une vedette du disque et de la radio.  Comme il se doit, Irving Thalberg, le penseur en chef de la MGM n’eut de cesse de récupérer au plus vite celle qu’il avait si malen­­contreusement laissée échapper quelques mois plus tôt. Il y parviendra, et cela aura une répercussion certaine sur la suite – et la fin provisoire – de la carrière hollywoodienne de Maurice Chevalier.Le chanteur revint en France chaque année, 1932, 33, 34, à peu près aux mêmes dates, soit de septembre à décembre.

Le reste du temps, il continua de fréquenter les scènes new yorkaises, la radio et, bien entendu, les studios de cinématographe. L’un de ses meilleurs films – le troisième avec Jeanette McDonald – eut pour titre, en 1932, Love Me Tonight (Aimez-Moi ce Soir) et fut dirigé par Rouben Mamoulian, déjà réalisateur d’Applause et de City Streets, qui signa la même année la meilleure adaptation de Dr. Jekyll And Mr. Hyde, puis au cours des années suivantes La Reine Christine (avec Garbo - 1934), Becky Sharp (1935) ou encore Le Signe de Zorro (1940). Il s’attaqua périodiquement à la comédie musicale et réussit encore dans ce domaine en 1957 Silk Stockings, le «remake» du Ninotchka de Lubitsch, avec Cyd Charisse et Fred Astaire. C’est dire qu’en 1932 déjà, l’homme n’était point manchot et fut très certainement le meilleur directeur d’acteurs (hormis, évidemment, l’ironique Berlinois) que Chevalier eut l’occasion de croiser sur les bords du Pacifique. Love Me Tonight se garde bien de sortir des conventions du genre qui font s’opposer dans un Paris de carton-pâte la vieille aristocratie passablement dégénérée à un vaillant et malicieux petit tailleur. Le tout est rondement mené sur un rythme qui ne faiblit pas et met en jeu un certain nombre de prouesses techniques dont seuls les studios d’outre-Atlantique étaient capables. Pour des raisons techniques justement, le film ne sera réalisé qu’en une seule langue et les francophones devront se contenter d’une version doublée (Jeanette et Maurice se doublant eux-mêmes, heureusement). Pour le disque en revanche, «Momo» se fera un plaisir de graver les deux principales arias à la fois en anglais et en français. Mimi est la plus connue (voir le recueil des CMH consacré à l’an 32).

L’autre, adaptée par André Hornez, futur complice de Paul Misraki dans le cadre de la bande à Ray Ventura, est d’une tout autre inspiration qui ramène, à l’occasion d’un bal costumé dans le grand monde, le purotin à ses années de jeunesse dans les quartiers pas toujours très bien fréquentés de la capitale, quand il cotoyait ces garçons à casquettes si bien décrits dans les couplets de la Valse brune. Ces apaches-là ne sont pas ceux que les vertueux Américains se sont plus à exterminer ou à parquer dans des réserves une soixantaine d’années plus tôt; ceux-là, ce sont les «Chevaliers de la lune» parisiens qui recherchent les coins noirs et dont les sinistres exploits passibles de guillotine font frémir de plaisir les honnêtes citoyens de ce pays calme où, c’est bien connu, gangstérisme et syndicat du crime ne sont dûs qu’à l’imagination débordante des auteurs de romans noirs... Traduit avec une assez grande liberté par Je suis un Méchant, le titre original est The Poor Apache. ce qui paraît vouloir indiquer que ce méchant-là ne l’est peut-être pas vingt-quatre heures sur vingt-quatre, qu’il lui arrive même de ressembler à un être humain et qu’au fond, il est d’abord un pauvre type, victime à sa façon d’une société plus cruelle que lui. Démagogie? Sans doute, mais Chevalier parvient assez subtilement à titiller l’émotion, arrivant même à faire songer au vieux Bruant. Et cette chanson de voyou en acquiert une force certaine. Il est vrai qu’elle porte également, pour la musique, la signa­ture de Richard Rodgers...A côté de ces indéniables réussites que furent Love Parade, The Smiling Lieutenant, One Hour With You, The Big Pond, Love Me Tonight ou The Merry Widow, toutes émaillées d’airs particulièrement bien venus, il est d’autres bandes nettement plus obscures, comme ces salles où on les projeta.

Ainsi, se souvient-on vraiment de Make Me A Star ou de Stopping The Show, tous deux datés de 1932? L’année suivante, il y eut encore deux réalisations de Norman Taurog, futur petit spécialiste du «musical» : A Bedtime Story (Monsieur Bébé) et The Way To Love (L’Amour guide). Dans le premier de ces films, Maurice avait pour partenaire un tout petit garçon : «Baby Leroy» en personne, déniché dans un orphelinat de Los Angeles et qui deviendra bientôt le souffre-douleur de W.C. Fields (à moins que ce ne soit le contraire!). Cette fois, au moins, Chevalier enregistra quelques-unes des chansons issues des dites pellicules. La chose se fit en deux temps et en deux pays différents. D’abord, deux disques publicitaires (donc hors commerce) furent réalisés à Hollywood, en mars et septembre 1933 (et en anglais), donnant à entendre des pots-pourris d’airs de A Bedtime Story et de The Way To Love. Inutile de préciser que ces deux galettes sont particulièrement rares et semblent n’avoir jamais été rééditées. Ensuite, en décembre, au cours de son séjour annuel au pays, Maurice grava chez Gramophone les versions françaises des arias en question : Monsieur Bébé et J’ai d’la Veine (de Monsieur Bébé) et C’est en flânant dans les Rues de Paris, Près de Vous, Un peu plus, un peu moins (extraits de L’Amour guide). Pour l’accompagner on lui donna l’intéressante formation montée par le violoniste Michel Warlop, laquelle comptait alors dans ses rangs quelques-uns des meilleurs jazzmen locaux, tels Noël Chiboust, André Ekyan, Alix Combelle ou parfois Stéphane Grappelli... Ces disques-là non plus ne figurent pas parmi les plus courants de notre chanteur, mais enfin, plusieurs faces ont tout de même été rééditées assez récemment chez EMI, notamment dans la collection «Jazz Time».

Aussi avons-nous préféré inclure ici les deux titres gravés par Chevalier l’année suivante avec le même orchestre, Si Je lui dis non et Ce n’est pas très, très bien, qui eux, à ce qu’il nous semble, n’ont jamais connu les honneurs de la réédition. Brèves retrouvailles avec l’esprit pétillant, parisien d’Albert Willemetz; sorte de prélude, sans doute, à une nouvelle et fructueuse collaboration entre les deux complices.Cependant, l’aventure américaine n’était pas encore tout à fait parvenue à son terme. A la fin de 1933, après cinq ans de bons et loyaux services, Maurice avait quitté la Paramount, principalement parce que son ami et «découvreur» Jesse Lasky, celui-là même qui l’avait «signé» à Paris en 1928, se trouvait en situation difficile au sein de la firme. Il accepta donc les propositions d’Irving Thalberg – lequel, d’ailleurs, l’avait lui aussi remarqué à Paris en 26 mais s’était laissé devancer – et entra à la MGM pour laquelle il fit, on l’a dit, La Veuve Joyeuse. Ce fut en somme, du moins à cette époque, le seul film que Chevalier tourna, pour la célèbre «firme du lion», spécialisée dans le divertissement à grand spectacle évitant soigneusement les possibles résonances sociales et très réputée pour piquer aux studios concurrents leurs meilleurs éléments... Ce fut pourtant à la concurrence – en l’occurence la Twentieth Century Fox – que la Metro choisit de «louer» le Français lors du retour de celui-ci à Hollywood au début de 1935. L’argument de Folies-Bergère de Paris (titre modifié en L’Homme des Folies-Bergère pour la version française) n’est là encore qu’un prétexte : Maurice y tient le double rôle d’un chanteur, vedette des Folies-Bergère, et d’un homme du monde, banquier en situation financière périlleuse, qui se ressemblent évidemment comme deux frères et se remplacent l’un l’autre suivant les péripéties de l’intrigue, y compris auprès de la jolie épouse du second. Les partenaires furent Merle Oberon et Ann Sothern (en anglais) et Nathalie Paley, Sim Viva, Fernand Ledoux (en français). Menée à vive allure, quelque peu débridée, cette comédie sans prétention permit au réalisateur Roy Del Ruth (secondé par Marcel Archard pour l’édition française) de mettre en pratique son goût pour le genre musical foisonnant et les numéros de danse complexes assez largement inspirés des trouvailles visuelles d’un Busby Berkeley.

Plaisante réussite, nouveau succès : «Momo» achèvera donc sa première période hollywoodienne en beauté... on trouvera ici les extraits musicaux des bandes sonores originales des deux versions, d’abord l’américaine, puis la française. Présente dans la première, Ann Sothern cède donc la place à Sim Viva pour la seconde, mais Maurice, lui, est toujours là, inébranlable, omniprésent, chantant tout aussi bien la Romance de la Pluie (Rhythm Of The Rain) que l’élégance raffinée du joyeux Chapeau de Paille (Singing A Happy Song)... Il donne également un petit bout de Valentine en français dans chaque version (et où les «tout petits têtons» se sont prudemment transformés en un assez bizarre «tout petit piton» désignant l’appendice nasal de la dame). Curieusement, il existe une autre chanson, C’était écrit (I Was Lucky), que l’on ne trouve apparemment que dans les copies destinées aux spectateurs libidineux des pays latins. Etonnant que dans la version d’origine, celle du pays où la dé­cence et les bonnes mœurs imposent de substituer un «piton» aux têtons», cet air frais, agréable, ne serve qu’en illustration musicale de certaines séquences et ne soit cité que pendant les génériques. Certes, les jolies danseuses des «Folies» sont nettement plus dévêtues dans la version française que dans l’américaine et l’on pouvait supposer que la scène durant laquelle Chevalier interprète cette chanson avait été «allégée» pour des raisons du même ordre. Il n’en est rien : il y a dans d’autres productions de la même époque des passages bien plus épicés que l’on n’a pas jugé utile de tronquer, code Hays ou pas...Les choses se gâtèrent avec Thalberg et la MGM peu de temps après, quand il fut question d’un nouveau film donnant pour parte­naire à Maurice Grace Moore, cette jeune chanteuse qui marchait si bien depuis peu et qu’il aurait souhaité avoir à ses côtés pour La Veuve joyeuse. Notre star internationale s’en fût fort réjoui si Thalberg n’avait insisté pour que le nom de la nouvelle vedette devenue si médiatique ne figurât en tête du générique, donc avant celui de Chevalier.

Or, par contrat, Maurice devait avoir son nom affiché avant tout autre – prérogative à laquelle, de son propre aveu, il semblait beaucoup tenir : «Je préfère être premier au Casino Montparnasse à cent francs par jour, que second au Palace de New York à mille dollars»... Il poursuit «Je refusai de me soumettre à ce que je considérais comme une injustice et une diminution professionnelle que rien ne motivait. C’était la rupture, le divorce. Conflit douloureux pour moi qui me rendais compte, une fois de plus, combien est précaire la royauté cinématographique.» (op. cité). Il eût été assez simple de mettre tout le monde d’accord en inscrivant sur le même carton (et par ordre alphabétique), l’un en regard de l’autre, les noms des deux principaux interprètes, ainsi que cela se pratiquait couramment au générique de la plupart des films américains d’alors. Mais chacun campa sur ses positions. Rien à cela d’étonnant de la part d’un Irving Thalberg, Grand-Manitou-symbole du conformisme hollywoodien, loyal serviteur de la finance contre l’art, promoteur inspiré de la platitude à grand spectacle, qui persécuta Stroheim et fit mutiler plusieurs de ses films, qui conduisit les Marx Brothers à leur déclin après les avoir arrachés à la Paramount, qui fit en sorte que Busby Berkeley devînt un tâcheron, qui servit de modèle à Scott-Fitzgerald non point pour The Great Gatsby mais pour The Last Tycoon... Fort heureusement, quelques réalisateurs et comédiens bien trempés purent parfois échapper à son influence et transgresser ses consignes. Il mourut jeune certes, à trente-sept ans en 1936, mais le mal était fait. Quant à Maurice, que l’on ne se méprenne pas : cette histoire, a priori puérile, de son nom en tête d’affiche ne relève pas entièrement de la mufflerie, même si les apparences sont contre lui. Galant homme, il n’aurait sans doute pas, en d’autres circonstances, refusé le haut de l’affiche à sa partenaire. Mais dans le cas présent, il s’agissait de tout autre chose, d’une sorte de signal d’alarme : l’usine hollywoodienne était prête à le reléguer puis à s’en débarasser, comme elle l’avait fait déjà avec des centaines d’autres avant lui.

Ainsi préférait-il, au fond, prendre les devants et s’en aller avant que d’être froidement congédié. L’argument du contrat tombait à pic, car s’il y avait effectivement rupture de celui-ci, elle devenait le fait de l’employeur et non de l’employé. Et c’est ce qui arriva. Au demeurant, on peut présumer que tout cela, finalement, n’était pas sans arranger Chevalier. Fasciné au début par l’American way of life, par son organisation, ses réussites, son efficacité, par l’ordre apparent qui régnait, Maurice, en bon anxieux observateur qu’il était, eut tôt fait de découvrir le revers de la médaille : sous le masque de la Liberté le libéralisme, la pudibonderie, la prééminence du fric sur tout, vie humaine et création artistique comprises; derrière l’ordre, la caserne, l’usine... Ainsi ne manque-t-il pas d’écrire : «J’avais toujours la grande cote en Amérique. Mais rien ne me mettait à mon aise de ce qui se passait à Hollywood. Je faisais figure d’enterrement dans toutes les soirées où on m’invitait. Je n’étais jamais dans le ton. Je respirais mal dans cette atmosphère(... ). Je n’ai été à l’aise, en Amérique, que sur la scène ou devant la caméra. Dans la vie de toutes les heures et de tous les jours, j’étais à peu près comme une carpe dans un tonneau de bière!..» (op. cité). Comment en effet un individu possédant encore une once de sensibilité – quelles que puissent être par ailleurs son ambition et la longueur de ses dents – pourrait-il supporter des années durant sans broncher le régime morne et tyrannique de la grosse fabrique de saucissons, «formatés» dans les règles, sur une chaîne sans fin? Hollywood, microcosme idéal des Etats-Unis d’Amérique, a pourtant produit bien des chefs-d’œuvre, nous dira-t-on. Certes, mais outre que la proportion est plutôt faible rapportée à l’énormité de la production, il faut bien admettre que les «coupables» (Stroheim, Sternberg ou Welles, par exemple) furent punis comme ils le méritaient et n’eurent pas trop d’occasions de récidiver. Ils devinrent des cinéastes errants, passant d’un pays à l’autre, du nouveau monde à l’ancien, pour continuer à rêver leurs films. D’autres, plus jeunes, carrément virés, licenciés de l’entreprise pour crime de syndicalisme (Dassin, Losey, John Berry, Cy Enfield...), les y rejoignirent dans les années 50. Certain(e)s préférèrent aussi s’exiler pour trouver ailleurs des rôles à leur mesure, quitte à se retrouver au retour sur la liste noire des studios. C’est ce qui arriva à Louise Brooks. Celles et ceux ayant accompli le trajet inverse (de l’ancien vers le nouveau) finirent presque tous, un jour ou l’autre, par rentrer au bercail : Fritz Lang, Renoir, Ophüls, Pabst, Stiller, Sjöström, Garbo, Marlène, Charles Boyer (que Chevalier appréciait beaucoup), Gabin, Danielle Darrieux, Michèle Morgan....

Même un Hitchcock, devenu coqueluche d’Hollywood, retrouva l’Europe pour ses derniers films. Quant à Chaplin... Maurice Chevalier fut de ceux qui reprirent le bateau en marche arrière, avec certes le regret au cœur, mais aussi un indéniable soulagement à l’âme... Quand il partit, Thalberg lui dit, paraît-il : «Good luck, Maurice... and God bless you». Avec ces gens qui accomodent Dieu à toutes les sauces et vont jusqu’à en faire le garant de leurs phynances, c’était fatal.«Redébuter à Paris... Où? Aucune idée.», tels sont les mots quelque peu désabusés qui, dans l’autobiographie chevaleresque, viennent clore cette odyssée américaine de sept ans, à la suite du passage en revue soigneux de tous ces gens que le gamin de Paris cotoya là-bas et apprécia (Thalberg, que l’on se rassure, est du lot). En réalité, Maurice Chevalier ne rentrait pas sans avoir mis au fond de ses malles quelques menues provisions. Outre sans doute un joli matelas de dollars susceptible de lui tenir chaud un petit moment, il s’embarquait avec nombre de propositions émanant d’autres studios hollywoodiens et de salles de spectacles new yorkaises. En d’autres termes, il pouvait fort bien, comme il le faisait chaque année, revenir au début de l’an 36. Mais il ne le fit pas. Lors d’un dîner la veille de son départ, la belle actrice Kay Francis lui avait prédit, avec un rien de regret, qu’il ne reviendrait jamais. De son côté, Thalberg lui avait affirmé que plus tard, quand il aurait les cheveux gris, Maurice aurait la nostalgie de l’âge d’or hollywoodien et reviendrait interpréter d’autres personnages... C’est Thalberg qui avait raison, mais il ne sera plus là pour le faire remarquer. Pour l’instant, il n’en était pas question : une bonne cure d’air du pays (ça sent si bon la France, déjà!), rien de tel pour vous requinquer un gaillard mis à mal par l’atmosphère délétère de l’usine à illusions. D’autant qu’il n’était pas fou, le Momo «Redébuter à Paris»?

Quelle blague! Il n’ignorait nullement que, comme chaque année à l’automne, on l’attendait de pied ferme dans sa ville natale pour une nouvelle revue ou un presque «one man show». Quant au cinéma hexagonal, moins rutilant certes, mais ô combien plus libre que l’autre, il savait pertinemment qu’il ne lui fermerait pas les portes de ses studios et n’exigerait pas que son nom figurât au générique après celui de sa partenaire en caractères plus petits!.. Maurice, vieux renard, vieux cheval de retour, jouait sur le velours.Pourtant, à en croire les écrits (tome III, cette fois) de l’exilé enfin rentré au bercail, ses premiers vrais films parlants français (les précédents étaient muets et dataient de la période 1921-24) ne marchèrent pas si bien que cela. A L’Homme du Jour et à Avec le Sourire, tournés à Paris, il faut ajouter, rien que pour l’année 1936 (celle des grèves et des congés payés), The Beloved Vagabond, réalisé quant à lui à Londres, sous la direction du cinéaste allemand Kurt Bernhardt (qui deviendra peu après Curtis Bernhardt... à Hollywood!). En 1937, toujours de l’autre côté du Channel, il y eut encore Break The News, comédie fantastique que l’on ne voit jamais, bien dans la manière de René Clair, contraint de s’exiler (en Angleterre d’abord... puis à Hollywood!) après l’échec de son Dernier Milliardaire. Au début de 1939 il y aura encore Pièges, très curieux film policier du non moins curieux Robert Siodmak, encore un cinéaste allemand qui fit quelques beaux films dans son pays avant l’arrivée au pouvoir d’Adolf, qui tourna des comédies à la française et qui deviendra cinq ou six ans plus tard l’un des pères fondateurs du «film noir»... à Hollywood!!! Prélude à ce côté sombre de sa carrière, Pièges donnait à Chevalier un rôle pour le moins ambigu : gentil garçon fortuné et désinvolte dont la jolie Marie Déa tombe amoureuse, il pourrait bien être aussi, à ses moments perdus, un redoutable tueur en série. La guerre puis l’Occupation firent disparaître ce film des écrans. Signalons au passage que durant cette période (1940-1946), Maurice ne fit point de cinéma.

Les deux films anglais furent des insuccès notoires et L’Homme du Jour, dans lequel Chevalier lançait Y a d’la Joie, Vous valez mieux qu’un Sourire et Ma Pomme, bien que réalisé par Julien Duvivier (encore un qui ira faire son petit tour à Hollywood) à sa meilleure époque (celle de Pépé le Moko et de La belle Equipe), ne tint pas l’affiche très longtemps. Le scénario était il est vrai un peu mince, alors que celui d’Avec le Sourire est nettement plus étoffé et surtout bien plus vachard, très en prise sur l’actualité et les scandales politico-financiers qui défrayaient alors la chronique. Sympathique, toujours souriant, illettré, sans scrupules, Maurice y connait une irrésistible ascension grâce à la magouille, au chantage, au vol, à la délation, à l’escroquerie, tandis que ceux qui, autour de lui, sont honnêtes mais (trop) sévères sont voués à la déchéance et au mépris de leurs contemporains. Que l’on ne s’y trompe pas : il s’agit bien d’une comédie très cynique et non d’un sombre drame, fort habilement ficelée par Louis Verneuil (scénario et dialogues), grand spécialiste du genre et par le vétéran Maurice Tourneur (mise en scène). Les deux Maurice avaient tout pour s’entendre, à commencer par leur lieu de naissance, Tourneur ayant vu le jour dans le quartier de Belleville, soit sur la colline voisine de celle où était né Chevalier. Et puis, surtout, il y avait Hollywood. et l’inévitable Irving Thalberg. «Le Français Maurice Tourneur fut l’un des metteurs en scène les plus notoires du cinéma américain des années 1915-1925, l’un de ceux qui, hormis D.W. Griffith et Thomas Ince, ces géants des premiers âges, contribuèrent le plus à l’avancement et au perfectionnement du moyen d’expression filmique.», écrit Jean Mitry (Anthologie du Cinéma - L’Avant-Scène CIB, 1968). Dessinateur, peintre, décorateur qui fut admis dans les ateliers de Rodin et de Puvis de Chavannes, Maurice Tourneur devint ensuite, au début du vingtième siècle, régisseur et acteur de théâtre, puis metteur en scène de cinématographe.

A ce titre, on l’envoya outre-Atlantique en 1914 pour mettre en place les studios américains de la firme «Eclair» (sis à Fort Lee, dans le New Jersey – c’est-à-dire sur la Côte Est) et pour y diriger en moyenne un film par mois. En ce temps-là, Hollywood n’était encore qu’un faubourg de Los Angelès , un vrai «bois de houx», ainsi que l’indique assez son joli nom. Plus tard, le houx fut coupé et Hollywood devînt tout autre chose. Tourneur s’y transporta et, considéré par la profession comme l’esthète par excellence, y tourna de nombreuses bandes dont, parait-il, quelques chefs-d’œuvre aujourd’hui disparus. Il travailla pour la plupart des compagnies de l’époque, dirigeant aussi bien des vedettes confirmées (Mary Pickford, Lionel Barrymore, Lon Chaney, Clara Kimball-Young, Olga Petrova, Wallace Beery...), que de nouvelles recrues auxquelles il donna leur première chance : John Gilbert, Mirna Loy, Boris Karloff. Bessie Love, Barbara LaMar, William Powell... Son assistant et collaborateur de prédilection avait nom Clarence Brown et fut appelé à connaître une jolie carrière par la suite. Il cotoya également, quand il était en cheville avec Paramount, le jeune Josef Sternberg (pas encore «von»). A ce propos, d’ailleurs, après son retour en Europe, il eut, plusieurs années avant la réalisation de L’Ange bleu, le plaisir de donner à une jeune personne répondant déjà au nom de Marlène Dietrich le premier rôle féminin de son seul film allemand, Le Navire des Hommes perdus (film tout aussi perdu que le bateau en question)... Ces prouesses, cette admiration que lui portaient le public, la critique et les confrères n’empêchèrent nullement Thalberg de lui imposer sur le tournage de Mysterious Island (d’après Jules Verne) un «supervisor», histoire de voir s’il ne dérogeait pas aux règles édictées par le puissant génie. La réponse fut des plus claires : au bout de quelques jours Tourneur claqua la porte et rentra au pays.

Il ne revint jamais. Pourtant, il aurait sans doute pu trouver de l’embauche dans les studios concurrents, mais lui aussi, qui avait connu les débuts aventureux, devait en avoir singulièrement marre de la taylorisation naissante... Peu après, les pionniers du cinéma américain, Griffith et Ince ses contemporains, furent à leur tour poussés vers la porte et ne revinrent plus sur les plateaux que comme visiteurs... Et voilà pourquoi Maurice Tourneur (qui eut plus de chance qu’eux) put encore réaliser, de 1928 à 1948 et uniquement en France, un peu plus d’une vingtaine de films pas tous très bons certes, mais toujours fort bien conçus... A peu près au moment où il tournait Avec le Sourire, son fils Jacques reprit le bateau et inaugura une carrière hollywoodienne plutôt riche.Au lieu d’inclure ici la version disque du Chapeau de Zozo que Chevalier ne manqua point de graver pour la Compagnie française du Gramophone, il nous a paru plus judicieux, une fois encore, de recourir à la bande sonore du film même. Il y donne en effet une magistrale et parfaitement démagogique leçon d’interprétation de la dite chanson à la jeune femme (Mary Glory) censée mener la revue en préparation. Bel ouvrage de grand professionnel expliqué au public et superbe morceau d’anthologie. Gageons que les mauvaises langues durent maugréer qu’il n’avait pas dû se forcer beaucoup, le Momo! Il n’empêche que ce film-ci est sans doute le meilleur qu’il tourna dans son pays natal, l’un de ceux (avec les comédies de Lubitsch) où son talent de comédien se trouve réellement mis en valeur.A la vérité, Maurice Chevalier passa bien plus de temps sur les scènes des différents music-halls parisiens, provinciaux ou étrangers, entre l’automne de 1935 et le printemps de 1940, que sur les plateaux de cinéma. Même au cours de sa période américaine, il avait eu, on l’a signalé, la bonne idée de continuer à leur consacrer une saison chaque année afin d’en prendre régulièrement la température et surtout de ne pas se faire oublier.

Toutefois, Parade du Monde, la revue du Casino de Paris de l’automne 35, se devait d’être traitée avec un soin tout particulier, car elle représentait la véritable rentrée de l’artiste. Il fit donc choix d’une série d’airs nouveaux qu’il roda d’abord sur la Côte d’Azur, puis enregistra avec le concours de l’orchestre Jo Bouillon, l’un des «jazz de scène» les plus en vue du moment. Comme il se doit, ses vieux complices Vincent Scotto, Fred Pearly, André Valsien, Géo Koger et naturellement Albert Willemetz furent mis à contribution et lui offrirent quelques petites perles, comme Dupont, Dubois, Durand. Les Mirlitons, Donnez-Moi la Main (Mam’zelle) et Prosper (Yop la boum), qu’il gardera en permanence à son répertoire et qui contribuera à enraciner encore un peu plus dans l’esprit des gens «comme il faut» l’image d’un Maurice Chevalier se complaisant dans la vulgarité et le graveleux.Il est vrai que cette présence d’un souteneur débonnaire et plutôt rigolard qui revient périodiquement dans les refrains du chanteur (Ma Régulière, Je suis un Méchant, Prosper, Place Pigalle... ) tend sans doute à donner du proxénétisme une vision par trop sympathique. Sans doute y a-t-il là une part de provocation, car dans ses livres, Maurice précise qu’il n’apprécie guère la voyoucratie... Une manière de bien se démarquer de certains des personnages dont il brosse le portrait.Prosper, qui est un archétype, connaîtra la faveur du public, mais il y avait dans cette même revue une autre chanson, probablement bien meilleure, qui marchera si bien elle aussi qu’aujourd’hui encore ses couplets sont inscrits dans la mémoire collective comme s’il s’agissait de dictons. Pour ce Quand un Vicomte, Maurice a fait appel à deux nouveaux venus, dont la fraîcheur et l’humour avaient depuis déjà deux ou trois ans commencé à modifier en profondeur le visage de la chanson française : «Mireille, au charme épicé, qui interprétait avec un ton nouveau les très modernes et ravissantes chansons composées sur de spirituelles paroles de Jean Nohain.» (op. cité).

Peu après, il leur prendra un nouvel air, Vous valez mieux qu’un Sourire, moins connu sans doute et inclus dans L’Homme du Jour, enregistré avec pour seul accompagnateur son complice des Jours du «Bœuf sur le Toit», Jean Wiener au piano... Plus tard encore, il poussera Mireille à abandonner provisoirement Jean Nohain pour écrire Un p’tit Air en compagnie de Willemetz.Charles Trénet lui aussi se trouva bientôt dans le collimateur du Grand Ancien. Maurice af­firme bien aimer Pills et Tabet mais être plutôt resté de marbre en écoutant un soir, à Bobino, ces autres duettistes qui se présentaient sous leurs prénoms : Charles et Johnny. Peut-être tomba-t-il sur un mauvais soir? A moins qu’il n’ait été agacé par leurs maladresses de débutants? Toujours est-il qu’il accepta quand même d’écouter quelques nouvelles chansons composées par le premier, celui prenommé «Charles». Il n’en revint pas : quelle transformation en si peu de temps! Quelle nouveauté! Quel rythme! Quelle joie de vivre!.. En vérité on sait que, s’il apprécia, il resta cependant hésitant et ne prit finalement Y a d’là Joie que parce que Mistinguett, présente à l’audition, le menaça de l’inclure à son répertoire s’il le refusait. Trenet modifia ça et là quelques paroles et Y a d’la Joie fut rodé dans le film L’Homme du Jour avant que de triompher sur la scène du Casino dans la revue Paris en Joie. Maurice l’enregistra le 10 février 1937, en même temps que d’autres airs issus du même spectacle. Des chansons, avouons-le, bien oubliées aujourd’hui (Vous et Moi, Marylou, C’est arrivé... ), à l’exception peut-être de L’Amour est passé près de Vous, gravé deux mois plus tard et qui se trouve, ici reproduit. En revanche, il ne semblait guère utile d’inclure de nouveau Y a d’la Joie, qui figure déjà, par son créateur, dans le deuxième volume de l’intégrale consacrée à Charles Trénet et à ses nombreux interprètes (Frémeaux FA 082).

Sans doute Maurice interprétant cette chanson parfaitement typique de l’esprit du «swing» fut-il plus pesant que Trenet – qu’il se plaisait à décrire comme «une Jeune et dynamique machine à rythmer la poésie» – la chantant lui-même. Question de générations, probablement. Mais Chevalier n’en avait pas moins fort bien saisi toute la nouveauté, toute l’origi­nalité. Lui, qui dès les premières années du siècle s’était entiché de ragtime, qui, avant même que la guerre fût terminée, avait pressenti l’importance qu’allait prendre le jazz naissant, qui s’était fait accompagner dès le début des années 20 par les jazzmen américains de passage et les pionniers hexagonaux, qui avait fait le tour de boîtes de Harlem lors de son premier séjour, qui avait requis Ellington et sa clique pour ses débuts sur Broadway, lui, que la rumba titillait (voir plus haut) au moment opportun et qui, plus tard, s’essayera à la samba. (La Cane du Canada). Lui, Maurice Chevalier, ne pouvait décemment pas louper Mireille ni Charles Trénet, lesquels d’ailleurs vinrent à sa rencontre. Car au-delà de l’intérêt immédiat pour la nouveauté, de cette hantise de n’être pas dépassé, qui sont l’apanage d’un vrai pro et qu’on lui a parfois reprochés, Chevalier qui était réellement amoureux du métier et en ressentait toutes les vibrations ne manquait jamais de saluer les jeunes talents. Mireille et Charles bien sûr, parmi les plus évidents, mais aussi Edith Piaf, singulière Môme écorchée capable d’arracher les tripes au vieux routier blasé qu’il était et, plus tard, Montand, Salvador, Patachou, Lemarque (à qui il prendra le savoureux Tueur affamé qui clot ce recueil), voire Brassens et les Beatles...Avec Trenet toutefois les choses prirent assez vite une tournure ambigüe lorsque celui-ci eut triomphé, au printemps de 1938, sur la scène de l’A.B.C. et fut en un clin d’œil devenu une idole de la radio et du disque. On put alors lire dans les journaux que «Charles Trénet arrivait du premier coup à égaler les meilleures réussites de Maurice Chevalier».

Un journaliste américain assura même que la naissance de l’auteur de Je chante annonçait l’enterrement du créateur de Valentine... Il en résulta une certaine tension, qui n’empêcha nullement le créateur en question de commander à l’auteur sus-mentionné une nouvelle chanson destinée à glorifier le haut-lieu de sa naissance cinquante ans plus tôt, car si Momo avait souvent chanté Paris et honoré l’esprit de la ville-lumière depuis ses débuts, il n’avait pas encore vraiment évoqué en musique son village natal bien aimé. Ménilmontant : c’est le titre que Trenet donna naturellement à son petit chef-d’oeuvre, mais quand il l’offrit à Maurice, celui-ci était très fâché. Charles lui avait en effet donné l’exclusivité de Y a d’la Joie mais, le succès venant, il n’avait pu résister à l’envie de l’interpréter lui-même en public et de l’enregistrer (voir Intégrale Trénet, volume 2)... Vraiment en colère, Maurice Chevalier, ou bien simplement plus inquiet qu’il ne voulait l’admettre face à ce raz de marée sacré illico «Fou chantant» et dont la popularité aussi soudaine qu’imprévue avait quelque chose d’effrayant? Quoi qu’il en soit il retira Y a d’la Joie de ses tours de chant, déclara à son auteur que malgré son talent avéré et novateur il ne lui prendrait plus désormais la moindre aria et, joignant l’acte à la parole, refusa Ménilmontant... Osera-t-on objecter qu’il eut tort? Objectons, car ce qu’il consacra par la suite à sa colline inspirée, Mimile ou La Marche de Ménilmontant (dont il écrivit lui-même le texte), est loin de valoir la nostalgique chanson de Trenet... Lequel, bien que natif de Narbonne (Aude), ne put se résoudre à la remiser dans les tiroirs de l’oubli et créa lui-même, à la fin de 1938, Ménilmontant...

De revues en tours de chant, de tournées en inaugurations de stations radiophoniques, de séances de disques en brefs retours vers les studios de cinéma, le temps passa... Au cours de l’été 39 Maurice, en vacances à Cannes, fit également la connaissance du Duc et de la Duchesse de Windsor qui l’invitèrent sans façons à casser la croûte en leur compagnie. L’une des revues qui marchèrent le mieux fut, à l’automne 38, celle intitulée Amours de Paris, dans laquelle outre Honoré et Paulette, couple bien oublié, Momo chantait Un p’tit Air et surtout Ah! Si Vous connaissiez ma Poule, nouveau «tube» conçu sur mesures par Willemetz dans ce style canaille-huppé qu’il affectionnait tant. Il y eut bien sûr d’autres disques de Maurice Chevalier pendant cette période 35-39 : Je Vous revois, Madame, Le bon Système, Moi, J’Vous l’ dis, Dans un Coin de Paname, On est comme on est, La petite Dame de l’Expo, Cœur en Chômage, Partout c’est l’Amour, Mon Amour, Les deux Moitiés du Monde... La rareté des 78 tours originaux, l’absence de rééditions paraît prouver qu’ils n’eurent point la faveur du public. Gravée en février 38, La Java en mineur est l’un des titres les plus dignes d’être repêchés parmi ces airs par trop négligés. De toute façon, tornade Trénet-Swing ou pas, Maurice restait l’un des grands favoris des Français quand la guerre éclata.La chose arriva juste pendant la petite sauterie avec le Duc et la Duchesse et Chevalier se hâta de regagner Paris. Plusieurs chansons de circonstances furent rapidement mises au point par un duo qui connaissait alors un succès certain avec Comme de bien entendu, la drôle de chanson canaille qu’interprétaient Arletty, Michel Simon, Andrex et quelques autres dans le film de Jean Boyer Circonstances atténuantes.

Boyer du reste, en digne fils de son père Lucien, chansonnier auteur de Tu verras Montmartre, aimait à écrire les paroles des chansons de ses films et prenait souvent comme complice, pour la musique, Georges van Parys, futur compositeur de jolies valses. Plus tard, on a souvent dénoncé ce côté complaisant et démagogique de morceaux d’anthologie comme Mimile, vaillant p’tit gars de Ménilmuche qui devient un héros pur et dur à la faveur d’une guerre où les affrontements sont encore assez limités, et surtout comme Ça, fait d’excellents Français, qui abolit radicalement la lutte des classes et reconstitue sans sourciller la bonne vieille union sacrée des familles et de 14-18... Dans Paris sera toujours Paris (d’Oberfeld et, Willemetz), non repris ici, les contraintes par la guerre ne sont évoquées que pour mieux affirmer qu’au fond, l’on s’en fout!.. A tout le moins, ces chansons-là, au contraire de celles de la guerre d’avant, admettaient-elles le mode humoristique et même, semble-t-il, une pointe d’ironie. L’humour domine de bout en bout Appelez ça comme vous voulez, dû au même tandem Van Parys-Boyer, inclus dans la même fournée de cet automne 39, mais qui ne fait pas la moindre allusion au conflit en cours. On y prend une solide leçon d’argot de l’époque (nombre de termes étant encore en usage aujourd’hui, même si quelques-uns ont vieilli) et Maurice y accomplit un joli petit tour de force technique en changeant d’octave à chaque couplet, dans un irrésistible mou­vement ascendant puis descendant. Beau travail!..Ces chansons furent interprétées lors d’une tournée aux premières lignes, destinée à soutenir le moral des troupes, à laquelle participèrent également Joséphine Baker et Fernandel.

Au retour, Joséphine et Maurice ne se quittèrent pas, qui devinrent les vedettes au Casino de Paris ré-ouvert de la revue, elle aussi de circonstances, intitulée Paris - London, où tous ces airs trouvèrent tout naturellement leur place... Maurice ne manqua pas non plus de participer à des galas de bienfaisance, y compris en Angleterre où il se rendait grâce à l’obligeance d’avions militaires britanniques lui faisant faire la traversée le matin pour le ramener le soir, juste avant le lever du rideau... Ciel calme, pas un appareil ennemi dans les parages : «Le Casino ne désemplit pas. Les avant-scènes voient défiler de notoires personnages politiques ou militaires. Il faut, de temps en temps, se concentrer pour se rappeler que l’Europe est en guerre. On arrive au printemps de 1940 et un matin du début de mai...» (op. cité).Ce qui suit constitue un état (succint) des activités de Maurice Chevalier au cours des quatre années (1940-1944) qui suivirent, communément connues sous le nom d’«Occupation allemande».La revue se donna encore jusqu’au 20 mai, malgré un Paris qui se vidait désespérément devant l’invasion. Maurice finit par partir lui aussi, en direction de la Dordogne et en compagnie de sa «régulière» d’alors, Nita Raya (nom de scène, évidemment), des parents de celle-ci, de quelques amis comme Joë Bridge et Félix Paquet, grand spécialiste de la chanson idiote... Quelques-uns dans l’équipe n’étaient... «pas très aryens». Maurice Chevalier, souvent décrit comme un monstre d’égoïsme et comme un lâche, les gardera auprès de lui, les cachera, jusqu’à la Libération.Armistice, discours vengeur (que fort peu de gens semblent avoir réellement entendu ce 18 juin) de de Gaulle depuis Londres, discours du Maréchal Pétain faisant don de sa per­sonne à la France, France coupée en deux (jusqu’au 11 novembre 1942), gouvernement transféré à Vichy... Aujourd’hui, tout le monde sait cela. Maurice, Nita, Félix et les autres partirent donc pour Cannes-La Bocca, où le premier nommé possédait une maison de vacances.

Là, il reçut des messages d’Amérique lui affirmant que Broadway et Hollywood le demandaient. Peut-être aurait-il mieux fait de partir avec ses amis, ce qui l’eût mis à l’abri de la vie passablement ambigüe qu’il mena par la suite et lui eut épargné les attaques dont il fut victime. Il ne le fit pas. Il ne rentra pas non plus tout de suite à Paris, ce qui eut pour effet d’agacer les Allemands, lesquels, désireux de faire de l’excapitale française leur lupanar de prédilection, le lieu de repos idéal pour les glorieux guerriers blonds aux yeux bleus, souhaitaient que les vedettes rentrassent au plus vite afin de mettre un poil d’animation dans tout ce bordel rêvé. L’insistance d’Henri Varna cherchant à monter une nouvelle revue au Casino, alliée à des articles assez perfides de la presse parisienne, l’incita à franchir enfin la ligne de démarcation en septembre 41. Il ne resta que quelques semaines et, outre la revue qui marcha plutôt bien et amena dans la salle davantage de Français qu’à l’ordinaire, il se produisit dans un gala de bienfaisance patronné par le Maréchal, chanta son nouveau répertoire pendant près d’une heure le dimanche 14 septembre sur les antennes de Radio-Paris et fut la vedette de la semaine du numéro 22 (21 septembre) de la très collaborationniste revue Les Ondes... Plus tard, il dénombra onze passages en direct (car certains de ses disques, nouveaux et anciens, durent y être réguliè­rement programmés) sur la dite radio en quatre ans. Ce n’est pas rien, mais ce n’est pas énorme en comparaison de celles et ceux qui y passèrent quasiment tous les jours. Pas énorme non plus en regard de ce qui lui avait été demandé, à savoir animer une émission «artistique» hebdomadaire, ce qu’il refusa, prétextant que sa «famille» était dans le sud et qu’il devait s’en occuper.Plus ennuyeuse est cette déclaration semble-t-il tronquée et trafiquée dont on lui fit endosser la paternité et qu’on publia dans les journaux, faisant de lui un partisan du Maréchal et de la collaboration.

D’un naturel assez méfiant, Chevalier, même s’il avait réellement pensé une telle chose, ne l’aurait probablement clamée devant toute une ribambelle de journalistes serviles. De fait, il admit avoir ré­pondu dans le vague à la question de savoir ce qu’il pensait du Maréchal. On dut «interpréter»... Certes, il admit aussi (mais pas devant témoins) qu’au début il crut sincèrement que Pétain avait sauvé sinon la France, du moins les meubles, ajoutant qu’il était en cela d’accord avec la grande majorité des Français, y compris ceux n’éprouvant point une admi­ration sans bornes à l’endroit du «vainqueur de Verdun»... Il n’empêche : son affirmation, vraie ou bidouillée, fut connue en Angleterre, puis aux U.S.A., ce qui fit mauvais effet...Plus grave encore fut son séjour en Allemagne au cours de l’hiver 41-42, que l’on présenta comme une tournée des villes, dans le genre de celles qu’accomplissaient régulièrement d’assez bonne grâce, semble-t-il, nombre de personnalités françaises du spectacle. Maurice, quant à lui, précise à maintes reprises que ce voyage fut très bref, qu’il ne chanta qu’une seule fois devant les occupants du camp d’Alten Grabow (où lui-même avait été prisonnier durant la guerre précédente), qu’il avait demandé en guise de paiement la libération de dix gars du camp et qu’il était rentré directement, sans passer par Berlin, où les artistes allemands voulaient lui offrir une réception... Cette version fut confirmée par le jeune Henri Betti, son pianiste, compositeur d’une bonne partie des chansons nouvelles...Quelques-unes des dites chansons (Notre Espoir, La Chanson du Maçon, Ça sent si bon la France), incluses dans le tour de chant de l’artiste au Casino de Paris, enregistrées en octobre et novembre 41 et très probablement aussi interprétées devant les prisonniers d’Alten Grabow, avaient il est vrai de quoi irriter ceux, de plus en plus nombreux, qui pensaient que ça ne sentait pas si bon que ça, la France, début 1942...

Et puis, n’y avait-il pas une indécence certaine à chanter tout cela avec cette fausse bonhommie, sur ces airs guillerets? Une manière comme une autre de faire passer la propagande de la «révolution nationale» et de mentir aux braves gens... Sans compter que Chevalier, qui jusque-là n’avait jamais éprouvé l’envie d’écrire les textes de ses chansons, s’était soudain senti une âme de parolier (l’exemple de Trénet, peut-être?..) et avait concocté seul ou avec la complicité de Maurice Vandair ces bricoles d’une portée limitée, anodines en somme, dès lors qu’extraites du contexte pourri de l’époque... D’autant que l’optimisme forcé de rigueur ne donnait pas trop l’impression de rompre avec celui, tout aussi bidon, de Ça fait d’excellents Français ou de Mimile deux ans auparavant... La Marche de Ménilmontant est d’ailleurs la version «0ccupation» du Mimile de la «drôle de guerre»... Il y eut évidemment des choses moins connotées, comme Le Régiment des Jambes Louis XV, La Choupetta, C’était un Chanteur de Charme, La Leçon de Piano ou l’amusante Polka des Barbus... Pourtant, La Symphonie des Semelles en Bois fait illico replonger dans les misères du temps! Au fait, qui donc se livre ici à ce «tap-dancing» d’une légèreté toute relative? L’orchestre accompagnateur étant celui de Raymond Legrand, on ne peut pas ne pas songer à Dame Irène de Trébert, alias «Mademoiselle Swing», dans un de ses numéros de prédilection... Quant à La Fête à Neuneu (supprimée comme la plupart des autres réjouissances populaires pendant le temps des hostilités), on en annonce le retour prochain, bruyant mais pacifique. On sent déjà la petite Fleur de Paris pointer le bout de la corolle. Il est vrai que cette Fête à Neuneu-là fut enregistrée soixante-trois jours avant que «Les Sanglots longs / Des violons / De l’automne» ne «Blessent mon cœur / D’une langueur / Monotone», sur cette côte si chère à Maupassant...

Le disque ne sortit, en nombre limité, qu’après la Libération.Pour Chevalier et les siens, 1942 ressembla beaucoup à 1941, à ceci près qu’à la fin de l’année, le pays n’était plus coupé en deux, puisqu’il était entièrement occupé! Ce qui contribua à donner à Maurice des sueurs froides et l’incita à redoubler de prudence. Ce qui le força aussi à céder aux pressions souvent agrémentées de menaces et à remonter une fois encore à Paris à la saison pluvieuse. La nouvelle revue du Casino s’intitulait Pour Toi Paris et Maurice y inclut, outre la chanson portant ce titre, Marche de Ménilmontant, Polka des Barbus et deux autres arias plus pâlichonnes. Il enregistra le tout en octobre, ajoutant deux nouveaux titres le 3 décembre : C’est comme ça et La Symphonie des Semelles en Bois déjà mentionnée. Peut-être ce jour-là prit-il «la décision secrète de ne plus chanter à la radio ni de paraître sur une scène de la Capitale avant la résurrection de la France.» (op. cité). De fait, Maurice semble bien ne pas avoir remis les pieds à Paris en 1943 – en tous cas, cette année-là aucun entrefilet dans les torchons collabos ne le signale dans les parages et il n’y a pas la moindre séance d’enregistrement. Lui-même affirme qu’après une brève tournée en zone ex-libre, il décida de quitter la scène complètement et de cesser toute activité artistique jusqu’à la délivrance du pays. Pourtant, il vint bien à Paris au printemps 44, puisque La Fête à Neuneu et La leçon de Piano y furent gravés le 4 avril dans le studio habituel en compagnie de l’orchestre Raymond Legrand... Au fond, pour une bonne part de ses disques des années 30-40, Chevalier aura été accompagné par presque tous les «jazz de scène» hexagonaux : Michel Warlop (dont le projet malheureusement avorta) en 1933-34; Jo Bouillon en 1935; Ray Ventura début 40 (alors que les «Collégiens» de la grande époque étaitent déjà dispersés); Raymond Legrand sous l’0ccupation et bientôt, à la Libération, Jacques Hélian...

Elle tardait quelque peu a venir, cette Libération si désirée... Juste le temps pour Pierre Dac, enfin arrivé à Londres à la fin de l’an 43, de férocement brocarder sur les antennes de la BBC Maurice et d’autres membres de la corporation (non nommés), dans une parodie dure de Ça fait d’excellents Français tout naturellement retitrée Et tout ça, ça fait de mauvais Français. On y parle de «grosses têtes» du métier, que l’on prenait naguère pour de «vrais chevaliers» et qui, «par calcul ou par stupidité», se sont mis à grand coups de Vichy au régime collaborationniste. De mauvais Français donc, qualifiés de «racaille honteuse dont la conscience est un billet de mille francs»... Attaque de front, franche et massive, diffusée à plusieurs reprises à partir du 15 décembre 43 via les ondes et que l’on peut aujourd’hui trouver sur un double CD EPM (n° 98281 2) dévolu au «Roi des Loufoques». Il s’agit bien en l’occurence de la version initiale, telle qu’on put entendre à travers le brouillage, alors que le texte publié par Jacques Pessis dans son livre sur Dac a été modifié et ne mentionne plus nommément Chevalier... Il fallut que le comédien, écrivain, membre de la résistance René Lefèvre (oui, celui du Crime de Monsieur Lange et du Million!) fît parvenir à Londres un message demandant à Dac de cesser ses attaques contre Maurice, qui n’était pas ce qu’il semblait être... Le disque cessa de tourner, mais le mal était fait. Ce fut peut-être au fond ce qui porta le plus grand tort – bien plus que ce qu’on lui reprochait par ailleurs – à la réputation d’un Chevalier refusant systématiquement toute apparition en public et de plus en plus terrorisé à l’idée qu’un de ces quatre matins, une de ces belles automobiles noires si répandues en ce temps-là pourrait bien s’arrêter devant sa porte et embarquer ses «pas très aryens» ainsi que leur logeur... Peu après, à l’heure de l’«épuration», Momo et Dac se rencontrèrent, l’un tentant de s’expliquer, l’autre plutôt embêté. L’ambiguïté ne fut jamais complètement levée et l’«accusé», dans ses Mémoires se gardera bien de nommer son accusateur, se contentant toujours de le désigner comme «le chansonnier de Londres»...

L’épuration ne fut pas tendre pour les gens du spectacle, que leur métier même mettait en lumière, faisant d’eux la cible idéale, la victime expiatoire rêvée à offrir en pâture aux honnêtes citoyens. Excellente manière aussi de détourner l’attention des véritables salauds tapis dans l’ombre, qui purent ainsi se débiner, se refaire une santé, une virginité, et devenir quelques années plus tard des conseillers (souvent ocultes) fort écoutés... Maurice Chevalier, pris entre deux feux, fut plusieurs fois donné pour mort au cours du chaud été 44 : fusillé par la Gestapo, fusillé par les partisans, mis à mort à Paris (alors qu’il était en Dordogne) par de vaillants «résistants» de la dernière heure... Arrêté comme tant d’autres, il fut transféré à Paris où les Paramount News lui firent faire un petit film dans lequel il s’expliquait succintement (en anglais), ce qui lui permit de recevoir assez rapidement le soutien d’une bonne partie du monde du spectacle d’outre-Atlantique, notamment de son amie Marlène Dietrich présente a Paris. Plus inattendu fut celui que lui offrirent intellectuels et écrivains communistes comme Aragon, Elsa Triolet ou Georges Sadoul. Pour qu’il s’explique plus amplement ils mirent à sa disposition la première page du journal Ce Soir et l’invitèrent à défiler en leur compagnie devant le Mur des Fédérés, au cimetière du Père-Lachaise. Ceux de la radio se montrèrent plus coriaces mais, dans l’ensemble, le public ne lui marqua aucune hostilité. Ce qui, tout de même, ne l’empêcha pas d’attendre, pour pouvoir reprendre le cours normal de sa carrière, le feu vert du Comité d’Epuration. Celui-ci tarda à venir, lui laissant le loisir de se produire gracieusement dans les galas et autres œuvres de bienfaisance.Le Maurice Chevalier de l’0ccupation n’avait enregistré qu’une vingtaine de cires (dont un poème de Jehan Rictus) à Paris, auxquelles il convient d’ajouter un pot-pourri géant de ses succès en six faces de 78 tours (1941), ainsi qu’au moins quatre titres des plus rares, gravés en Suisse à une date mal connue (1941?).

De mars 1945, quand on l’autorisa à reprendre ses activités, jusqu’à la fin de 1948, lorsqu’il quitta la firme Pathé-Marconi pour passer chez Decca puis Polydor, il en fit une quarantaine d’autres, dont une douzaine pour RCA à New York et Montréal, au cours de l’an 47. Car il finit par y retourner dans sa chère Amérique, Maurice Chevalier! On l’y trouva même souvent en 47-48, proposant son one man show dans la plupart des grandes villes (dont Los Angeles) et participant à des émissions de radio (avec, entre autres, Bing Crosby). Le  cinéma, pensait bien encore de temps en temps à lui, ne serait-ce que pour donner corps à la prémonition du génial-feu prophète Thalberg, grand amateur de «tempes grises» devant l’Eternel. Billy Wilder avait fort envie de Chevalier dans une de ses comédies. Cela se  fera... dix ans plus tard (Love In The Afternoon, en 1957). Une première tentative en 1951 ne put aboutir : le visa d’entrée au Pays de la Liberté de Maurice lui fut refusé sous prétexte qu’il était communiste! Curieux qu’ils ne s’en soient pas aperçu dès 1928... Il est vrai qu’en cette sinistre époque, Big McCarthy et son gang d’abrutis voyaient des communistes partout – un peu à la manière de certains de ces joyeux épurateurs de 44, qui estimaient que tout individu ayant osé travailler ne serait-ce qu’une demie-heure pendant l’Occupation ne pouvait être qu’un col­labo.A ce propos et assez ironiquement, ce fut justement au Sieur Chevalier Maurice, ci-devant collabo présumé, que revint l’insigne honneur de créer, ex-aequo avec Jacques Hélian, la chanson-symbole de la Libération, Fleur de Paris. En vérité, nous révèle Henri Bourtayre dans un drôle de petit livre de souvenirs, Maurice avait d’abord refusé sa musique (à l’époque sans paroles) et ce fut Hélian qui l’interpréta (avec paroles, signées Maurice Vandair) devant le public de la Salle d’Iéna lors de son gala initial, le 14 octobre 1944.

En revanche, c’est bien Momo, accompagné par la bande à Hélian, qui l’enregistra le premier lors de son retour dans les studios, à la fin de mars 1945... Plus tard Albert Willemetz, devenu Président de la SACEM, fit encadrer et afficher en bonne place le manuscrit de cette cocardière chansonnette parfaitement dans la lignée de Ça fait d’excellents... et de Ça sent si bon..., mais pour une fois dans le bon camp.Parmi les nouveautés chevaleresques de 45-46, on citera encore C’est la Fête au Pays (composé par Bourtayre et Maurice le 8 mai 45, jour de la capitulation de l’Allemagne), 1, 2, 3, 4, Quai de Bercy et surtout Place Pigalle, passablement inspiré du fameux Pigalle du nouveau venu Georges Ulmer, qui renoue avec la faune pittoresque, interlope, d’un quartier sis à mi-chemin du sommet et du pied de la Butte Montmartre, dédié à un sculpteur sérieux prénommé Jean-Baptiste (1714-1785) qui n’avait sûrement pas mérité ça.Ah! Qu’elle est belle eut moins de chance, qui passa à peu près inaperçu, de même que Blondine, nouvelle chanson de Bourtayre quatre ans plus tard, que tout le monde parmi les «pros» s’accordait à trouver fort jolie, mais que le public bouda. Maurice Chevalier, qui avait tâté de la rumba (de Cuba) en 1931, ne pouvait évidemment louper la samba (brésilienne), très en vogue en ces lendemains de guerre. Quelques-uns avaient tenté de l’introduire en Europe dès le début des années 20, mais cela n’avait pas marché : le fox-trot, le jazz, le tango, suivis par la biguine et la rumba avaient pris tant de place qu’il n’en restait plus guère pour la petite cousine des faubourgs de Rio. On aurait pu évidemment rêver mieux qu’un vieux routier comme Borel-Clerc pour offrir à Momo la samba idéale. On aurait par exemple pu essayer d’en adapter une vraie, mais enfin, telle qu’elle est cette Cane du Canada farfelue connut une vogue inespérée – bien plus que la pauvre Mama Inez en son temps...

Pour les Amants (c’est tous les Jours dimanche), jolie valse Belle-Epoque, marqua le retour de Maurice dans les studios de cinéma, ainsi que ses retrouvailles avec Van Parys et René Clair. Leur première expérience commune neuf ans plus tôt, Break The News, adaptation anglicisée du Mort en Fuite, n’avait guère été couronnée de succès malgré ses qualités. Le Silence est d’Or, en 1946, fut une exceptionnelle réussite dans laquelle les deux vieux Parisiens renouèrent avec une certaine veine poétique qui semblait les avoir parfois abandonnés. A l’exception d’un film inachevé pour cause de guerre en 1939, René Clair n’avait rien fait en France depuis 1934 et ses oeuvres britanniques (Fantôme à vendre) ou hollywoodiennes (Ma Femme est une Sorcière, C’est arrivé demain...), quels qu’en soient le charme et l’intelligence, manquent de cette bizarre petite chose impalpable qui avait fait de lui jadis l’un des plus français parmi les cinéastes français... Se sentant sans doute démodé, il choisit un sujet qui ne l’était pas moins : un hommage tendre et humoristique aux pionniers du septième Art en son âge muet. Au demeurant, Chevalier et lui connaissaient bien la période pour l’avoir pratiquée : Maurice avait tourné plusieurs bandes entre 1921 et 1924, alors même que Clair, après avoir été acteur dans la troupe de Louis Feuillade, se lançait dans la réalisation (Paris qui dort, 1923; Entr’acte, 1924)...

Cette fois, ils remontaient bien plus loin dans le temps et pour la première fois Momo, metteur en scène des jours héroïques, n’emballait pas la Dame à la fin... Une page de tournée.Il lui en restera bien d’autres à tourner de pages, Maurice Chevalier, lui qui pourtant se sentait passablement las à l’orée des années 50, au moment où notre sélection s’arrête. Malgré ses adieux à répétitions au public, il ne quittera jamais vraiment la scène où il don­nera même un «récital électronique». Les disques? Il y en aura encore tant et plus, ménageant parfois de curieuses rencontres comne celle avec Eddy Mitchell et les Chaussettes Noires pour un Twist du Canotier endiablé ou cette autre avec un Yellow Submarine de Lennon (John) et McCartney (Paul), ayant viré au vert en traversant le Channel... Et puis le cinéma, évidemment, en France et enfin, à partir de 1956, de nouveau là-bas, dans des rôles différents, pas toujours musicaux... Des rôles de jeune homme aux tempes grises... Allons, lorsqu’il enregistre à Bruxelles, au cours d’une de ses innombrables tournées, Le Tueur affamé au début de 1949, Maurice Chevalier a encore toute la vie devant lui...
Daniel NEVERS

english notes
Maurice Chevalier must have been truly chuffed when he returned to his homeland in summer 1930 after spending two years in the U.S.A.  Since his departure, almost all his ventures had succeeded, both in the Californian movie world and on the glittery stages of the Great White Way in the heart of New York, where Duke Ellington and his orchestra had accompanied him and had shaken the elegant Broadway punters with their unique repertory, oozing with Harlem fury.  His three films, Innocents Of Paris, Love Parade and The Big Pond had all been hits, so overnight the lad from Ménilmontant became an international star and was even allowed to choose the topic of the following film.  He opted for an adaptation of Tristan Bernard’s play, Le petit Café (Playboy Of Paris).  Before its release in New York (31 October 1930 for the English version, 23 January 1931 for the French one), ‘Momo’ and his wife decided to go back to France for a short break.This vacation also enabled the singer to catch up with the French public through a nation-wide tour and a billing in Paris’ Châtelet theatre.  However, the press and old timers gave the star an icy welcome, disheartening Maurice, who was indeed more sensitive than he outwardly appeared.  Nevertheless, he was compensated by the warmth of the spectators who appreciated him all the more after his recent films.  All in all, this autumn trip was a triumph.  During his stay, he also founded a retirement home in Ris-Orangis for the O.A.P.’s of showbiz and made a few records, including Mais non...

Mais non, Madame, which closed the previous volume (Frémeaux & Ass. FA 162).  Until 1928, Chevalier had recorded for Pathé and Columbia, but in America he was under exclusive contract with the major Victor label.  Consequently, his new Parisian sides of late 1930 were made in the studios of the Compagnie française du Gramophone, the French equivalent of Victor and he was accompanied by French musicians who were somewhat wishy-washy compared to the U.S. backing.  He was undoubtedly relieved when he was offered Jack Hylton’s orchestra for his second session, a medley of his hits.  Jack Hylton was generally considered as the British Paul Whiteman and in America, Paul Whiteman was the ‘King of Jazz’, though this noble title was rather exaggerated.  These Souvenirs de Chevalier comprised two parts - instrumental sections (Livin’ In The Sunlight, Paris, Stay The Same, Dites-Moi ma Mère ...) alternate with singing (Louise, Valentine, Mon Cocktail d’Amour...) - and one can’t help but notice that these souvenirs do not go back very far as the oldest tune, Valentine, was merely five years old at the time.  In late 1941, Maurice came out with a new medley, covering six sides of 78s, but this time he stepped further back to pieces dating from before World War I (Le beau Môme, Jamais en Colère, J’aime les Fleurs...).  In 1930, however, Chevalier’s repertoire excluded his older songs and the Châtelet concert-goers had to be content with his more recent numbers.Maurice Chevalier and his wife returned to the U.S.A. in early 1931, only to learn that Playboy Of Paris was a flop.  Ironically enough, certain New York critics even declared that the French version was far superior to the American one!  Yet the movie included an extremely pretty song, My Ideal which was to inspire a few jazzmen as different as Coleman Hawkins and Brad Mehldau. 

Here, we can appreciate another tune from the same soundtrack, Dans la Vie, quand On tient le Coup (It’s A Great Life).  The rumba, Mama Inez, coming from no film, was recorded twice - once in English and once in French - the Cuban genre was then at its zenith.  We may find the English version here.  Unfortunately, its popularity was limited compared to the famous rumba, El Manisero (alias The Peanut Vendor), adopted by Don Aspiazu, Louis Armstrong, Duke Ellington, Red Nichols, Bert Ambrose, Debroy Somers and Mistinguett.The failure of Playboy Of Paris was the first stumbling block in Chevalier’s American screen career but he didn’t throw in the towel for so much, deciding to continue with an adaptation of Oscar Straus’ Rêve de Valse, entitled Smiling Lieutenant, directed by Ernst Lubitsch and shot in the Paramount studios of Long Island.  Indeed, many of his films were made on the East Coast, where most of the large Californian companies had subsidiaries.  This also enabled him to pursue his stage career with greater ease.  During the shooting, his beloved mother, ‘La Louque’ passed away but he was unable to return to France for the service.  Nonetheless, Lieutenant was relatively successful, even though it was somewhat similar to Love parade.  Some filmographies make reference to an obscure movie, The Stolen Jewels, again dating from 1931, and in which Maurice apparently participated. However, the exactitude of this is uncertain.The next film, One Hour With You (Une Heure près de Toi), filmed in 1932 in Hollywood, found Maurice alongside Jeanette McDonald.  It included several songs, including Oh ! Cette Mitzi ! (French version) which we may appreciate here. 

Despite its success, Chevalier’s role still resembled his previous ones.  In 1934, Chevalier and Jeanette McDonald teamed up for the last time for a Metro-Goldwyn-Mayer movie, The Merry Widow (La Veuve joyeuse).  This bilingual adaptation of Franz Léhar’s operetta was charming and tasteful, yet its numerous well-known tunes were never put to wax.The singer went back to France every year, in 1932, ’33 and ’34, always from September to December.  The rest of his time was spent on the New York stages, on the radio and in the film studios.  One his best films, produced by the excellent Rouben Mamoulian in 1932 was Love Me Tonight, reuniting him with Jeanette McDonald for the third time.  Whereas the picture was only released in English, ‘Momo’ recorded the two main songs in both English and French.  The best-known was Mimi (see Cinglés du Music-Hall 1932) and the other, The Poor Apache (Je suis un Méchant), adapted by André Hornez and composed by Richard Rodgers, tells of the Parisian street ruffians who sent chills down the spines of their poor, honest fellow citizens.Next to these unquestionable box office hits, we find other unfamiliar movies such as Make Me A Star and Stopping The Show in 1932.  The following year witnessed A Bedtime Story and The Way To Love, produced by the future musical specialist, Norman Taurog.  In the former, Maurice’s partner was ‘Baby Leroy’, who came straight from a Los Angeles orphanage and who was to become W.C. Fields’ scapegoat.  This time, Chevalier recorded some of the songs from the reels.  Firstly, two advertising discs were made in Hollywood in March and September 1933, giving a medley of the tunes from A Bedtime Story and The Way To Love.  These records were not put on the market so are obviously rare and have never been reissued previously.  Then, in December, during his annual visit to Paris, he recorded the French versions of Monsieur Bébé and J’ai d’la Veine (from A Bedtime Story) and C’est en flânant dans les Rues de Paris, Près de vous, Un peu plus, un peu moins (from The Way To Love). 

Violinist Michel Warlop was chosen to accompany him along with his band comprising some top quality local jazzmen - Noël Chiboust, André Ekyan, Alix Combelle and occasionally, Stéphane Grappelli.  Many of these sides have recently been reissued under the EMI label, namely in their ‘Jazz Time’ collection.  In the present album, we have selected two titles cut by Chevalier the following year with the same orchestra, Si Je lui dis non and Ce n’est pas très, très bien, which we believe have never been reissued.However, the American adventure was not quite over.  In late 1933, Maurice left Paramount after five faithful years with them, and went on to MGM with whom he made The Merry Widow, as mentioned previously.  Yet, when the Frenchman returned to Hollywood in early 1935, Metro decided to lease their man to their competitors, Twentieth Century Fox for Folies-Bergère de Paris in which Maurice was cast in the double role as a singer in the Folies-Bergère and as a banker with financial worries.  His partners were Merle Oberon and Ann Sothern in the English version and Nathalie Paley, Sim Viva and Fernand Ledoux in the French one.  This was yet another box office hit - a gratifying end to ‘Momo’s’ first Hollywood episode.  Here, we can discover some pieces from the original sound tracks in both versions, but Maurice is omnipresent, singing in Romance de la Pluie (Rhythm Of the Rain), Chapeau de Paille (Singing A Happy Song) and a little snippet of Valentine in French.  Another song, C’était écrit (I Was Lucky) was only included in the copies intended for the lustful Latin viewers.  Indeed, the dancing girls were less exposed  for the prim Americans, and one could have supposed that the scene including this tune had been toned down for this puritanical nation.  Yet, the same period witnessed much more bawdy scenes which were never cut.Shortly after, Chevalier’s relationship deteriorated with MGM, when in a new film he was to team up Grace Moore, a singer who was then very much in the limelight. 

The snag was that her name was to head the billing, preceding Maurice, whereas his contract stipulated that his name should always come first.  He considered this as unjust and belittling.  Yet, this demotion was quite in keeping with the evil ways of MGM’s tycoon Irving Thalberg, responsible for the decline of many Hollywood stars.  Maurice was also daunted by this puerile story as he feared that the motion picture factory was attempting to dispose of him.  Initially, he had been fascinated by the American way of life with its organisation and efficiency, but he soon discovered its drawbacks - prudishness prevailed and money overruled both human lives and artistic creativity.  Like many others who had left the old world for the new (such as Fritz Lang, Renoir, Ophüls, Pabst, Stiller, Sjöström, Garbo, Marlène, Charles Boyer, Gabin, Danielle Darrieux, Michèle Morgan and even Hitchcock), Maurice Chevalier, somewhat heavy-hearted, resolved to go back to his native land.  However, his future was not as bleak as certain Americans would have liked to believe.  As it was, every autumn he was eagerly awaited in his hometown for a new revue or a one-man show.  And although the French screens were certainly less sparkling than those across the Atlantic, they were certainly more liberated.  Moreover, with a nice pile of dollars tucked away for rainy days, cunning old Maurice was on velvet.According to the artist’s autobiography, his first French talkies did not take off as hoped.  The year 1936 saw L’Homme du Jour and Avec le Sourire, filmed in Paris and The Beloved Vagabond, made in London.  In 1937, still in England, he appeared in Break The News and then the strange detective film, Pièges came out in early 1939, but disappeared from the cinemas with the onset of war. 

The two English productions were total clunkers and L’Homme du Jour did not show for long.  The screenplay of Avec le Sourire, directed by Maurice Tourneur, was much more developed than the latter and was in keeping with the political and financial scandal then preoccupying the columnists.  Instead of including the record version of Le Chapeau de Zozo which Chevalier cut for the Compagnie française du Gramophone, we have opted for the soundtrack from the film itself where he gives a music-hall lesson to his partner, Mary Glory.  This movie is undoubtedly his best made in France and his talent as an actor is truly manifest.From autumn 1935 to spring 1940, Maurice spent much more time in music halls, either in Paris, the provinces or abroad, than on film sets.  However, the revue, Parade du Monde, in autumn ’35 was of particular importance as the artist made his true French comeback.  He selected some new tunes which he recorded with Jo Bouillon’s orchestra and which comprised several gems offered by his old mates - Vincent Scotto, Fred Pearly, André Valsien, Géo Koger and Albert Willemetz.  Consequently, numbers such as Dupont, Dubois, Durand, Les Mirlitons, Donnez-Moi la Main (Mam’zelle) and Prosper (Yop la boum) were to be permanent features in his repertory, though high-toned folk reckoned they contributed to his uncouth image  The archetypal Prosper immediately seduced the crowds, but the revue included another song which also remained immortal, Quand un Vicomte, signed by two newcomers, Mireille and Jean Nohain.  This same team were also behind Vous valez mieux qu’un Sourire, interpreted in the film, L’Homme du Jour. A while after, Charles Trénet entered Maurice’s life.  When our singer first heard the duo, Charles and Johnny in Bobino, he was nonplussed, but then when he listened to a few new songs composed by Charles, he was astounded by the radical improvement in such a short space of time.  He opted for his Y a d’la Joie, which he tested in L’Homme du Jour before including it in the show, Paris en Joie where it brought the house down. 

This song was recorded on 10 February 1937 along with some other tunes from the same revue (Vous et moi, Marylou, C’est arrivé etc.), whereas L’Amour est passé près de Vous (included here) was cut two months later.  His interpretation of Trénet’s hit (cf Complete Charles Trénet, Volume 2, FA 082) was perhaps less swinging than that made by its composer, but being a soul forever interested in newfangled trends, he just couldn’t miss out on Mireille and Charles Trénet in the same way that he also paid tribute to Edith Piaf and, later on, Yves Montand, Henri Salvador, Patachou, Francis Lamarque, Georges Brassens and even the Beatles!However, his relationship with Trénet deteriorated when the latter became a star overnight, leading many to believe that Chevalier’s days of glory were over.  Nevertheless, Maurice did place an order for a new song which was to pay tribute to his village of birth - Ménilmontant.  Yet when Charles offered him his new creation, ‘Momo’ was furious and turned it down, the reason being that despite the exclusive rights he held over Y a d’la Joie, the young idol had also tucked into his repertory (see ‘Intégrale Trénet, volume 2’).  He went on to glorify his hometown with Mimile and La Marche de Ménilmontant, but they did not match Trénet’s nostalgic Ménilmontant.The months went by and Maurice continued to sing, record and, on the odd occasion, act.  Autumn ‘38 witnessed one of his best revues, Amours de Paris where he interpreted Honoré, Paulette, and two new hits, Un p’tit Air and Ah ! Si Vous connaissiez ma Poule.  Other discs were released during the 1935-’39 period - Je vous revois, Madame, Le bon Système, Moi, J’Vous l’dis, Dans un Coin de Paname, On est comme on est, La petite Dame de l’Expo, Cœur en Chômage, Partout c’est l’Amour, Mon Amour, Les deux Moitiés du Monde - but the scarceness of the original 78s and the fact that they have never been reissued prove the lack of marketing success.  One of the better titles was La Java en mineur, cut in February 1938. 

Yet, despite this, when war broke out, Maurice was still close to the hearts of the French.During the summer of this fateful year 1939, Chevalier spent his vacation in Cannes where he became friendly with the Duke and Duchess of Windsor and often dined with them.  Just after this royal escapade, WWII was declared and the artists sped back to Paris.  In the capital, the songwriters Jean Boyer and Georges van Parys were rustling up some new material pertaining to the events, such as Ca fait d’excellents Français, which Momo put to wax.  The same team also offered him Mimile and the witty Appelez ça comme vous voulez though this number does not speak of the conflicts.Maurice, along with Josephine Baker and Fernandel, went on tour to the front, attempting to cheer the soldiers.  Back home, Josephine and Maurice stayed together and both starred in the show, Paris-London in the Casino de Paris.  Chevalier equally participated in charity balls, both in France and England.  The revue was billed until 20 May, though Paris was becoming increasingly empty.  Finally Maurice left for the Dordogne, accompanied by his girlfriend, Nita Raya, her parents and a few friends, including Joe Bridge and Félix Paquet.Warfare continued, France was split in two and the government was transferred to Vichy.  Maurice, Nita, Félix and the gang headed south to Momo’s holiday home in Cannes-La Bocca.  He refused to return to Paris for a while, which irritated the blond German warriors who hoped to transform the ex-French capital into their personal playground with all artists at their beck and call.  But he eventually crossed the demarcation line in September ‘41, urged by Henri Varna who was working on a new revue.  Chevalier stayed in Paris for a few weeks, appeared in the show, performed in a charity ball, sang his new repertoire over the Radio-Paris wavelengths and was star of the week in the collaborationist magazine, Les Ondes. 

Unfortunately he was most certainly wrongly paraphrased, leading one to believe him to be a follower of Marshal Pétain, upholding collaboration.  Admittedly, he initially thought that the hero of Verdun had limited the damage, but his mangled statement affected his reputation in England and the States.Worse still, he is said to have toured Germany during the winter 1941-’42.  Maurice insisted that this trip was very short and that he merely sang once in the Alten Grabow prison camp and that ten internees were released in lieu of payment.  His version was confirmed by pianist Henri Betti who composed many of his new songs.  Nevertheless, his reputation as a collaborator hounded him throughout the war and a certain ambiguity continued to surround the accused.  The accusers were surely not aware of the fact that right up to Liberation, Maurice had been sheltering some non-Aryan friends !Some of these songs (Notre Espoir, La Chanson du Maçon, Ca sent si bon la France), recorded in October and November ’41 were interpreted with so much forced bonhomie despite the gloom of the period, that they made the French squirm.  Moreover, Chevalier had started to put pen to paper, writing his own lyrics, with or without help from Maurice Vandair.  On a more light-hearted note were Le Régiment des Jambes Louis XV, La Choupetta, C’était un Chanteur de Charme, La Leçon de Piano and the amusing Polka des Barbus.  Then La Symphonie des Semelles en Bois takes us straight back to the reigning despondency.  In this latter title, one can distinguish the light tapping feet of (most probably) Irène de Trébert accompanied by Raymond Legrand’s orchestra.  La Fête à Neuneu (banned during the hostilities) and Fleur de Paris follow more peaceful lines.For Maurice, 1942 closely resembled 1941 although the land was no longer divided, but was now occupied from north to south.  His presence was again demanded in Paris where he appeared in the new revue in the Casino entitled Pour Toi Paris which included the song bearing the same name as well as Marche de Ménilmontant, Polka des Barbus and two more insipid tunes. 

He recorded them all in October, adding two new songs on 3 December - C’est comme ça and La Symphonie des Semelles en Bois.  He then resolved to cease all artistic activity until the country was freed, although he did return to Paris in spring ’44 to record La Fête à Neuneu and La Leçon de Piano on 4 April. The purgers were particularly ruthless with those in showbiz, as being in the limelight they were the ideal scapegoats.  After being reported dead on several occasions, Maurice Chevalier, like many others, was arrested and taken back to Paris.  He was allowed to express himself (in English) on Paramount News and subsequently received much support from artists in America and particularly from Marlène Dietrich who was then in Paris.  With further backing from the Communist intellectual crowd, the purging committee finally authorised him to pursue his career.During Occupation, Chevalier merely recorded some twenty sides in Paris plus his six-sided medley in 1941 and four rare titles which he cut in Switzerland (1941?).  From March 1945 till the end of 1948, when he left Pathé-Marconi to go on to Decca and then Polydor, he made around forty others, including a dozen for RCA in New York and Montreal.  Indeed, he eventually returned to America where he spent much of ’47 and ’48 with his one man show and radio slots. 

The U.S. movie world had not forsaken him either - but that comeback was for a later date.Among the new additions to Chevalier’s repertoire in the 1945-’46 period, we find C’est la Fête au Pays, 1, 2, 3, 4, Quai de Bercy and above all, Place Pigalle.  Then, after trying his hand at the Cuban rumba in 1931, he went on to the Brazilian samba, an offering by the battle-scarred Borel-Clerc.  Whatever, this zany Cane du Canada was certainly more popular than Mama Inez had ever been.The pretty waltz, Pour les Amants (c’est tous les Jours dimanche) marked Maurice’s return to the cinema studios for the shooting of Le Silence est d’Or in 1946.  This was also the first time he teamed up with René Clair and Van Parys since Break The News nine years previously. Whereas the former had never been truly acclaimed, despite its merits, this new movie was a tremendous success.Maurice Chevalier may have been a little weary towards the late forties but a whole string of new adventures were awaiting him.  Numerous discs were yet to come, and he was to team up with some extraordinary artists such as Eddy Mitchell and his group, ‘les Chaussettes Noires’ for Twist du Canotier and even interpret some pop including the Beatles’ Yellow Submarine.  And, of course, he was to pursue his acting career in France and the States.  Maurice’s 1949 recording of Le Tueur affamé in Brussels may close the present selection but the world was still his oyster.
Adapted in English by Laure WRIGHT from the French text of Daniel NEVERS
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS / GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA, 2002

Discographie / Discography

CD1
1. SOUVENIRS DE CHEVALIER (Pot-pourri / Medley)      6’30
Livin’ In The Sunlight (Sherman-Lewis) - Louise (Whiting-Robin) - Valentine (Christiné-Willemetz) - You Brought A New Kind Of Love To Me (Fain-Kahal-Norman) - Nobody’s Using It Now (Schertzinger-Gray) - Mon Cocktail d’Amour (Schertzinger-Gray-Battaille Henri) - Dites-Moi ma Mère (Yvain-Willemetz)       JACK HYLTON et son Orchestre - Refrains chantés par MAURICE CHEVALIER    Gramophone K-6058 (matrices BK 3064-2 & BK 3065-3). PARIS, 28/11/1930.
2. DANS LA VIE QUAND ON TIENT LE COUP (R.A. Whiting-L. Robin-J. Battaille Henri)          2’17
(film : «Le petit Café»/«Playboy Of Paris»)   MAURICE CHEVALIER - Acc. d’orchestre, dir. Leonard JOY.    Victor 22549 (matr. BVE 62389-2). NEW YORK CITY, 15/08/1930.
3. MAMA INEZ (OH ! MON-E-NEZ) (E. Grenet-L. Wolfe Gilbert)  2’54
MAURICE CHEVALIER - Acc. d’orchestre, dir. Leonard JOY.          Victor 22731 (matr. BVE 69661-2). NEW YORK CITY, 28/05/1931.
4. OH ! CETTE MITZI ! (0. Strauss-L. Lemarchand)    2’02
(film : «One Hour With You»/«Une Heure près de Toi»)           MAURICE CHEVALIER - Acc. d’orchestre, dir. Leonard JOY.      Victor 22944 (matr. BS 71899-1). NEW YORK CITY, 24/02/1932.
5. JE SUIS UN MÉCHANT (R. Rodgers-A. Hornez)      3’23
(film : «Love Me Tonight»/«Aimez-Moi ce Soir»)     MAURICE CHEVALIER - Orch. sous la direction de Nat FINSTON.      Victor 24066 (matr. PBS 68363-2). HOLLYWOOD, 29/06/1932.
6. SI JE LUI DIS NON... (C. Oberfeld-A. Willemetz)          2’49
7. CE N’EST PAS TRÈS, TRÈS BIEN (C. Oberfeld-A. Willemetz)         2’44
MAURICE CHEVALIER, acc. par l’orchestre Michel WARLOP.   Gramophone K-7369 (matr. OLA 99-1 & OLA 100-2). PARIS, 19/10/1934.
8. FOLIES-BERGÈRE DE PARIS           12’20
(original film soundtrack/bande sonore de film - English version). Générique (J. Stern) - Valentine (Christiné-Willemetz) - Rhythm Of The Rain (J. Stern-J. Meskill) - Singing A Happy Song (J. Stern-J. Meskill)      MAURICE CHEVALIER, ANN SOTHERN & Choir - Orch. dir. Alfred NEWMAN. HOLLYWOOD, 02/1935.
9. L’HOMME DES FOLIES-BERGÈRE        14’53
(bande sonore de film/Or. film soundtrack - version française). Générique (J. Stern) - Valentine (Christiné-Willemetz) - La Romance de la Pluie (J. Stern-A. Hornez) - C’était écrit (J. Stern-A. Hornez) - Le Chapeau de Paille (J. Stern-A. Hornez) MAURICE CHEVALIER, SIM VIVA & Choeur - Orch. dir. Alfred NEWMAN. HOLLYWOOD, 02/1935.
10. QUAND UN VICOMTE (Mireille-J. Nohain)          2’40
11. DUPONT, DUBOIS, DURAND (V. Scotto-G. Koger)   2’50
12. DONNEZ-MOI LA MAIN (MAM’ZELLE) (A. Valsien-Learsi-P. Bayle)         3’21
13. PROSPER (YOP LA BOUM) (V. Scotto-G. Koger)          3’02
14. LES MIRLITONS (F. Pearly-A. Willemetz)       2’58
MAURICE CHEVALIER - Orchestre : M. Jo. BOUILLON.          De la revue du Casino de Paris «Parade du Monde».        Gramophone K-7587, K-7586, K-7588 (matr. OLA 665-1, OLA 666-1, OLA 668-1, OLA 669-1, OLA 670-1). PARIS, 11/10/1935.
15. AVEC LE SOURIRE (bande sonore de film/original film soundtrack)        7’16
Y a du Bonheur pour tout le Monde - Le Chapeau de Zozo (M. Latès-C. Borel Clerc)      MAURICE CHEVALIER & MARY GLORY, avec orchestre (prob. dir. Marcel LATÈS). PARIS, ca. oct. 1936.
16. MA POMME (François-Bigot-Borel Clerc) (film : «L’Homme du Jour»)      2’56
MAURICE CHEVALIER, acc. par l’Orchestre Roger DÉSORMIÈRE.          Gramophone K-7767 (matr. OLA l267-l). PARIS, 20/10/1936.
17. VOUS VALEZ MIEUX QU’UN SOURIRE (Mireille-J. Nohain) (film : «L’Homme du Jour»)          2’44
MAURICE CHEVALIER, acc. au piano par Jean WIÉNER.          Gramophone K-7766 (matr. OLA 1268-1). PARIS, 20/10/1936.

CD2
1. L’AMOUR EST PASSÉ PRÈS DE VOUS (Gardoni-Chavoit-Charlys-Souplex) 3’03
MAURICE CHEVALIER & (?) PAULETTE CROTY, acc. par l’orch. Marcel CARIVEN.         De la revue du Casino de Paris «Paris en Joie».   Gramophone K-7887 (matr. OLA 1684-1). PARIS, 13/04/1937.
2. LA JAVA EN MINEUR (L. Poll-M. Delmas-R. Asso)    3’01   
MAURICE CHEVALIER - Acc. d’orch., dir. Marcel CARIVEN & accordéon (? DEPRINCE).             Gramophone K-807 4 (matr. OLA 2443-1). PARIS, 25/02/1938.
3. UN P’TIT AIR (Mireille-A. Willemetz)            2’44
4. AH ! SI VOUS CONNAISSIEZ MA POULE (C. Borel Clerc-A. Villemetz-R. Toché)      3’10
MAURICE CHEVALIER, acc. par l’orchestre Marcel CARIVEN. De la revue du Casino de Paris «Amours de Paris».          Gramophone K-6210 (matr. OLA 2812-1 & OLA 2814-1). PARIS, 3/11/1938.
5. ÇA S’EST PASSÉ UN DIMANCHE (G. van Parys-J. Boyer)     3’05
MAURICE CHEVALIER, acc. par l’orchestre Marcel CARIVEN.         Gramophone E-8397 (matr. OLA 3188-1). PARIS, 7/07/1939.
6. ÇA FAIT D’EXCELLENTS FRANÇAIS (G. van Parys-J. Boyer)          3’10
7. APPELEZ ÇA C0MME VOUS VOULEZ (G.van Parys-J.Boyer)
8. MIMILE (UN GARS DE MÉNILMONTANT) (G. van Parys-J. Boyer)          3’12
MAURICE CHEVALIER - Acc. d’orch., dir. Marcel CARIVEN. Gramophone K-8397 & K-8407          (matr. OLA 3211-1, OLA 3213-1, OLA 3218-1). PARIS, 31/10/1939 (6, 7) & 24/11/1939 (8).
9. NOTRE ESPOIR (H. Betti-M. Chevalier)     3’06
10. LA CHANSON DU MAÇON (H. Betti-M. Vandair-M. Chevalier)          3’08
11. ÇA SENT SI BON LA FRANCE (Louiguy-J. Larue)         2’53
MAURICE CHEVALIER - Acc. d’orch., dir. Marcel CARIVEN. Gramophone K-8539 & K-8546        (matr. OLA 3627-1, OLA 3656-1, OLA 3657-1). PARIS, 24/10/1941 (9) & 18/11/1941 (10 , 11)
12. MARCHE DE MÉNILMONTANT (C. Borel Clerc-M. Chevalier-M. Vandair)         2’44
13. POLKA DES BARBUS (H. Betti-M. Chevalier)    3’02
MAURICE CHEVALIER & Chœur - Acc. d’orch., dir. Marcel CARIVEN.   De la revue du Casino de Paris «Pour Toi, Paris».        Gramophone K-8575 & K-8576 (matr. OLA 3842-1 & OLA 3843-1). PARIS, 12/10/1942.
14. LA SYMPHONIE DES SEMELLES EN BOIS (V. Scotto-A. Willemetz-M. Chevalier)          3’14
MAURICE CHEVALIER, acc. par Raymond LEGRAND et son Orchestre.          Gramophone K-860O (matr. OLA 3905-1). PARIS, 3/12/1942.
15. LA FÊTE À NEUNEU (H. Betti-M. Chevalier-M. Vandair)        2’59
MAURICE CHEVALIER, acc. par Raymond LEGRAND et son orchestre.           Gramophone K8630 (matr. OLA 4259-1). PARIS, 4/04/1944.
16. FLEUR DE PARIS (H. Bourtayre-M. Vandair)    2’30
MAURICE CHEVALIER - Orchestre dir. Jacques HÉLIAN.           Gramophone K-8657 (matr. OLA 4342-1). PARIS, 29/03/1945.
17. AH ! QU’ELLE EST BELLE (M. Vandair-M. Chevalier)          2’32
18. PLACE PIGALLE (Alstone-M. Chevalier)        3’05
MAURICE CHEVALIER - Orch. dir. Jacques HÉLIAN.      Gramophone test & K-8699 (matr. OLA 4538-1 & OLA 4542-1). PARIS, 18/04/1946.
19. POUR LES AMANTS (C’EST TOUS LES JOURS DIMANCHE) (G. van Parys-R. Clair)          2’35
(film : «Le Silence est d’Or»)        MAURICE CHEVALIER - Orchestre dir. Jacques HÉLIAN.           Gramophone K-8791 (matr. OLA 4843-1). PARIS, 25/02/1947.
20. LA CANE DU CANADA (C. Borel Clerc-M. Vandair)      2’57
MAURICE CHEVALIER, avec Jacques HÉLIAN et son Orchestre.           Gramophone K-8951 (matr. OLA 5413-1). PARIS, 6/11/1948.
21. LE TUEUR AFFAMÉ (F. Lemarque)         3’14
MAURICE CHEVALIER - Arr. musical et dir. d’orchestre Raymond LEGRAND.           Decca SB 20315 (matr. Fo 2209-3). Bruxelles/Brussels, ca. janvier/January 1949.

REMERCIEMENTS à : Jean-Christophe AVERTY, Olivier BRARD, Alain DÉLOT, Yvonne DERUDDER, Iwan FRÉSART, Pierre LAFARGUE, Jacque LUBIN, Marc MONNERAYE, Jacques PRIMACK, Gérard ROIG, Eric RÉMY, Anne SÉCHERET.

CD Maurice Chevalier © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)





EcoutezPisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 SOUVENIR DE CHEVALIER - CHEVALIER06'30
02 DANS LA VIE QUAND ON TIENT LE COUP - CHEVALIER02'17
03 MAMA INEZ ENGLISH VERSION - CHEVALIER02'54
04 OH CETTE MITZI - CHEVALIER02'02
05 JE SUIS UN MECHANT - CHEVALIER03'23
06 SI JE LUI DIS NON - CHEVALIER02'49
07 CE N EST PAS TRES TRES BIEN - CHEVALIER02'44
08 FOLIES BERGERE DE PARIS MEDLEY - CHEVALIER12'20
09 L HOMMES DES FOLIES BERGERE MEDLEY - CHEVALIER14'53
10 QUAND UN VICOMTE - CHEVALIER02'40
11 DUPONT DUBOIS DURAND - CHEVALIER02'50
12 DONNEZ MOI LA MAIN MAM ZELLE - CHEVALIER03'21
13 PROSPER YOP LA BOUM - CHEVALIER03'02
14 LES MIRLITONS - CHEVALIER02'58
15 AVEC LE SOURIRE MEDLEY - CHEVALIER07'16
16 MA POMME - CHEVALIER02'56
17 VOUS VALEZ MIEUX QU UN SOURIRE - CHEVALIER02'44
CD 2
01 L AMOUR EST PASSE PRES DE VOUS - CHEVALIER03'03
02 LA JAVA EN MINEUR - CHEVALIER03'01
03 UN P TIT AIR - CHEVALIER02'44
04 AH SI VOUS CONNAISSEZ MA POULE - CHEVALIER03'10
05 CA S EST PASSE UN DIMANCHE - CHEVALIER03'05
06 CA FAIT D EXCELLENTS FRANCAIS - CHEVALIER03'10
07 APPELEZ CA COMME VOUS VOULEZ - CHEVALIER02'52
08 MIMILE UN GARS DE MENILMONTANT - CHEVALIER03'12
09 NOTRE ESPOIR - CHEVALIER03'06
10 LA CHANSON DU MACON - CHEVALIER03'08
11 CA SENT SI BON LA FRANCE - CHEVALIER02'53
12 MARCHE DE MENILMONTANT - CHEVALIER02'44
13 POLKA DES BARBUS - CHEVALIER03'02
14 LA SYMPHONIE DES SEMELLES EN BOIS - CHEVALIER03'14
15 LA FETE A NEUNEU - CHEVALIER02'59
16 FLEUR DE PARIS - CHEVALIER02'30
17 AH QU ELLE EST BELLE - CHEVALIER02'32
18 PLACE PIGALLE - CHEVALIER03'05
19 POUR LES AMANTS C EST TOUS LES JOURS DIMANCHE - CHEVALIER02'35
20 LA CANE DU CANADA - CHEVALIER02'57
21 LE TUEUR AFFAME - CHEVALIER00'00
"Ce sont les belles heures des Frenchies en Amérique" par Ecouter Voir :

« Dans les années 30, le chanteur au canotier faisait la joie d’Hollywood. Ce sont les belles heures des frenchies en Amérique (Sablon, Trenet, Piaf). Les succès cinématographiques se cumulent : Innocents Of Paris, Love Parade et The Big Pond et les chansons Prosper (1935), Ma Pomme (1936), Ça fait d’excellents français (1939) le font connaître. Les deux disques de ce coffret font découvrir les succès de la période faste de l’auteur-interprète Chevalier. Le répertoire de Maurice Chevalier est composé par les grands paroliers et compositeurs de chansonnettes de son temps : Borel-Clerc, A. Willemetz (qui lui compose notamment Ah ! Si vous connaissiez ma poule récemment reprise par Bruel), Vincent Scotto, Georges van Parys, etc. Chevalier qui fait déjà carrière depuis plusieurs décennies enregistre quelques pots-pourris dont l’un accompagné de l’orchestre de Jack Hylton. Le succès nord-américain, en particulier étasunien, du titi de Ménilmontant alimente celui du public français malgré les jalousies déguisées de la critique. On lui connaît cependant quelques fausses notes comme l’insuccès de Playboy Of Paris mais aussi son style toujours souriant, sa personnalité sans scrupule, qui cache une anxiété. Le livret rédigé par Daniel Nevers retrace avec détail ces faits axant sa perspective biographique sur l’aventure américaine et française de “Momo” ponctué par les succès parisiens et new-yorkais. Chevalier est accompagné sur la plupart des disques par des jazzmen hexagonaux : Michel Warlop, Ray Ventura, Raymond Legrand, etc. » Jean-Nicolas De Surmont – Ecouter Voir




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