LESTER YOUNG - QUINTESSENCE VOL 2

NEW YORK - LOS ANGELES 1938 - 1947

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Livret : 32 PAGES - ENGLISH NOTES
Nombre de CDs : 2


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FA233

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Lester Young : en exil d'un futur qui n'aurait jamais lieu.
Alain Gerber

Les coffrets « The Quintessence » jazz et blues, reconnus pour leur qualité dans le monde entier, font l’objet des meilleurs transferts analogiques à partir des disques sources, et d’une restauration numérique utilisant les technologies les plus sophistiquées sans jamais recourir à une modification du son d’origine qui nuirait à l’exhaustivité des informations sonores, à la dynamique et la cohérence de l’acoustique, et à l’authenticité de l’enregistrement original. Chaque ouvrage sonore de la marque « Frémeaux & Associés » est accompagné d’un livret explicatif en langue française et d’un certificat de garantie.
Edition sous la direction d'Alain Gerber et Patrick Frémeaux, Notice discographique par Alain Tercinet, Discographie par Daniel Nevers, Editorialisation par Claude Colombini. 

 

Les "incontournables" de l'Histoire du jazz, une présentation sobre, de bon goût, des livrets opulents (personnels, dates et lieux d'enregistrement, noms et références des labels d'origine, etc..), une " direction artistique" assurée par l'un des meilleurs écrivains du jazz, Alain Gerber (magnifique liner notes).
Frédéric Goaty - Jazz Magazine

Droits audio : Groupe Frémeaux Colombini SAS

LESTER YOUNG THE QUINTESSENCE - FA 233

LESTER YOUNG
THE QUINTESSENCE

NEW YORK - LOS ANGELES
1938 - 1947







DISCOGRAPHIE
CD I
1. Them There Eyes. THE KANSAS CITY SIX : Buck Clayton (tp), Young (cl, ts), Eddie Durham (elec g), Freddie Green (g, voc), Walter Page (b), Jo Jones (dm). New York City, 27 septembre 1938. Commodore P 23423-2.  2’54
2. Cherokee, Part I & II. COUNT BASIE  AND HIS ORCHESTRA : Basie (p, lead), Buck Clayton, Ed Lewis, Harry Edison, Shad Collins (tp), Dicky Wells, Benny Morton, Dan Minor (tb), Earle Warren, Young, Chu Berry, Jack Washington (reeds), Freddie Green (g), Walter Page (b), Jo Jones (dm). Arrangement : peut-être le compositeur du thème, Ray Noble, ou plus sûrement Jimmy Mundy pour la première partie ; Mundy  pour la seconde, à moins qu’il ne s’agisse d’un arrangement oral. New York City, 3 Février 1939. Decca 64979-A/64980-A.       6’06
3. I Ain’t Got Nobody. BASIE’S BAD BOYS : Basie (p, lead), Buck Clayton, Shad Collins (tp), Dicky Wells (tb), Young (cl, ts), Freddie Green (g), Walter Page (b), Jo Jones (dm). Chicago, 13 février 1939. Arrangement oral. Columbia 24510-1.    2’58
4. (Let Me) Live And Love Tonight. Même séance que pour I Ain’t Got Nobody, mais sans Shad Collins ni Dicky Wells. Basie joue de l’orgue. Pas d’arrangement.  Columbia 24512-1.   3’08
5. Love Me Or Leave Me. Même séance que pour I Ain’t Got Nobody, mais sans Dicky Wells.  Arrangement oral. Columbia 24513-1.     2’33
6. Twelfth Street Rag. COUNT BASIE AND HIS ORCHESTRA : même formation que pour Cherokee, mais Buddy Tate (ts) remplace Chu Berry. New York City, 5 avril 1939. Columbia W24339-A.      3’05
7. Miss Thing, Part I & II. Même formation que pour Twelfth Street Rag. New York City, 5 avril 1939. Arrangement : Skippy Martin ou Jimmy Mundy. Columbia W24340-A et W24341-A.    5’40
8. Song Of The Islands. COUNT BASIE AND HIS ORCHESTRA : même formation que pour Twelfth Street Rag. New York City, 4 août 1939. Columbia W24979-A.        3’06
9. I Never Knew.  LESTER YOUNG QUARTET : Young (ts, lead), Johnny Guarnieri (p), Slam Stewart (b), Sidney Catlett (dm). New York City, 28 décembre 1943. Keynote HL2-2.          3’07
10. Sometimes I’m Happy. Même séance que pour I Never Knew. Keynote HL4-1.  3’40
11. Six Cats And A Prince. KANSAS CITY SEVEN : Buck Clayton (tp), Dicky Wells (tb), Young (ts), Count Basie (Prince Charming) (p), Freddie Green (g), Rodney Richardson (b), Jo Jones (dm). New York City, 22 mars 1944. Keynote HL22-3.      4’13
12. Destination K.C. Même séance que pour Six Cats And A Prince. Keynote HL24-2.        4’55
13. Jo-Jo. KANSAS CITY SIX : Bill Coleman (tp), Dicky Wells (tb), Young (ts), Joe Bushkin (p), John Simmons (b), Jo Jones (dm). New York City, 28 mars 1944. Commodore A4747-4.          3’24
14. Four O’Clock Drag. Même séance que pour Jo-Jo. Commodore A4749-1.           2’49
15. Poor Little Plaything. EARLE WARREN AND HIS ORCHESTRA : Warren (as, voc, lead), Harry Edison, Ed Lewis, Joe Newman, Al Killian (tp), Dicky Wells, Ted Donelly, Eli Robinson, Louis Taylor (tb), Jimmy Powell, Young, Buddy Tate, Rudy Rutherford (reeds), Clyde Hart (p), Freddie Green (g), Rodney Richardson (b), Jo Jones (dm). Arrangement : Tadd Dameron. New York City, 18 avril 1944. Savoy 5442-1.      2’56
16. Kansas City Stride. COUNT BASIE AND HIS ORCHESTRA : Basie (p, lead), Harry Edison, Ed Lewis, Joe Newman, Al Killian (tp), Dicky Wells, Ted Donelly, Eli Robinson, Louis Taylor (tb), Earle Warren, Jimmy Powell, Young, Buddy Tate, Rudy Rutherford (reeds), Freddie Green (g), Rodney Richardson (b), Jo Jones (dm). Arrangement : Dicky Wells. New York City,  27 mai 1944. V-Disc VP-711.          4’14
17. Basie Strides Again (Along Avenue C). Même séance que pour Kansas City Stride. Arrangement Buck Clayton.V-Disc J-509.  3’00
18. The Midnight Symphony. JAMMIN’ THE BLUES : Harry Edison (tp), Young (ts), Marlowe Morris (p), Barney Kessel (g), Red Callender (b), Sidney Catlett (dm). Los Angeles, août 1944. Bande sonore du film de Gjon Mili. 2’58

CD II
1. On The Sunny Side Of The Street (1). Même formation et même provenance que pour The Midnight Symphony, mais la chanteuse Mary Bryant remplace Harry Edison.          3’13
2. D.B. Blues. LESTER YOUNG AND HIS BAND : Young (ts), Vic Dickenson (tb), Dodo Marmarosa (p), Red Callender (b), Henry Tucker (dm) . Los Angeles, décembre 1945. Aladdin 123A.   2’58
3. These Foolish Things. Même séance que pour D.B. Blues, mais sans Dickenson. Aladdin 124A-2.   3’08
4. I Can’t Get Started. JAZZ AT THE PHILHARMONIC : Howard McGhee, Al Killian (tp), Charlie Parker, Willie Smith (as), Young (ts), Arnold Ross (p), Billy Hadnott (b), Lee Young (dm). Los Angeles, Philharmonic Auditorium, 28 janvier 1946. Disc. 9’18
5. I’ve Found A New Baby. THE LESTER YOUNG TRIO : Young (ts, lead), Nat King Cole (Aye Guy) (p), Buddy Rich (dm). Los Angeles,  mars ou avril 46. Clef C351-1.              4’06
6. Mean To Me. Même séance que pour I’ve Found A New Baby. Clef C 355-1. 4’14
7. Slow Drag. JAZZ AT THE PHILHARMONIC : Buck Clayton (tp), Coleman Hawkins, Young (ts), Kenny Kersey (p), Curly Russell (b), J.C. Heard (dm). New York, Carnegie Hall, 27 mai 1946.           9’25
8. You’re Driving Me Crazy. LESTER YOUNG AND HIS BAND : Young (ts, lead), Joe Albany (p), Irving Ashby (g), Red Callender (b), Chico Hamilton (dm). Los Angeles, août 1946. Aladdin 137A.     3’03
9. Lester’s Be Bop Boogie. Même séance que pour You’re Driving Me Crazy. Aladdin 138B-3.           3’12
10. She’s Funny That Way. Même séance que pour You’re Driving Me Crazy. Aladdin 138A-2.           3’17
11. S. M. Blues. LESTER YOUNG AND HIS BAND : Young (ts, lead), Shorty McConnell (tp), Argonne Thornton (Sadik Hakim) (p), Fred Lacey (g), Rodney Richardson (b), Lyndell Marshall (dm). Chicago, octobre 1946. Aladdin 47.           3’00
12. Jumpin’ With Symphony Sid (1). Même séance que pour S. M. Blues, mais sans McConnell. Aladdin 48.     3’09
13. No Eyes Blues. Même séance que pour Jumpin’ With Symphony Sid. Aladdin 49.        2’57
14. On The Sunny Side Of The Street (2). Même séance que pour Jumpin’ With Symphony Sid. Aladdin 51.        2’57
15. Easy Does It. LESTER YOUNG AND HIS SEXTET; Young (ts), Thornton (p), Lacey (g), Ted Briscoe (b), Roy Haynes (dm). Chicago, 18 février 1947. Aladdin 121-1. (Le sixième membre du sextette était le trompettiste Shorty McConnell, qui ne participe pas à cette interprétation.)  2’28
16. Jumpin’ with Symphony Sid (2). LESTER YOUNG AND HIS SEXTET : Young (ts), McConnell (tp), Thornton (p), Lacey (g), Richardson (b), Haynes (dm). New York City, Town Hall, 8 novembre 1947. Enregistrement privé.       3’47

LOIN DE DISNEYLAND
Quelqu’un demandait un jour : “Pourquoi cette tristesse, Prez ?” Pourquoi ne pas avoir joui de tout comme, dit-on, les anciens satrapes de la Perse ? Ou bien pourquoi ne pas avoir tout dévoré, ogre nonchalant sur son cheval, pardon : dans son taxi, de bataille ? Ou tout démantibulé ? Tout éclaboussé de dérision et de rires qui donnent un air chinois, et de languides éjaculations mauve orangé  ?Lester n’a pas démissionné : il a reçu son congé. Il s’est retrouvé enfermé dehors ici-bas. A la porte close de son meilleur des mondes. Sur un trottoir de Manhattan devenu un quai de l’East River, car ce coin d’asphalte le tirait soudain loin en arrière des îles précieuses, entrevues dans la brume. L’entraînait vers les voies de garage avec son saxophone Lady Violet, son électrophone portatif, son réchaud à gumbo, ses flacons, sa valise fatiguée, ses visions de lits jamais défaits.Le passé ne le rendait pas sentimental. Très chic, Lester n’était pas, à la mode vulgaire, nostalgique de ce qui avait à jamais disparu. Il était nostalgique de ce qui ne pourrait jamais advenir. De ce qui n’arriverait plus, alors qu’il venait d’en pressentir le règne. Il était en exil d’un futur qui n’aurait pas lieu. Veuf d’un rêve qu’il ne fallait plus rêver.Il avait été un roi paria sur la terre. Il avait plus de beaux souvenirs que la plupart des gens, des souvenirs doux et des méchants. Ce qui finit par lui manquer - non pas après sa mésaventure militaire (un certain temps, en fait, elle lui donna des ailes, réveilla le bon génie de la lampe d’Aladdin), mais des années plus tard, quand on l’accusa d’avoir moins à offrir que ceux qui lui faisaient les poches et d’être le prophète d’une foi révolue - ce qui finit par lui manquer, ce furent de belles illusions. Des douces, des fertiles, des meurtrières.Il avait aperçu une lumière. Magnifique. Si proche, tiens, qu’en allongeant le bras, il aurait presque pu la toucher.

Et puis la vie, le monde, le temps, les hommes - il était embarqué sur ce bateau-là, bon gré mal gré - avaient obliqué sans crier gare vers d’autres sources d’aveu­glement : des enseignes au néon, des foyers d’incendie. Sa Terre Promise s’était détachée du réel, du trottoir où le bitume du mois d’août agrippait, soudait à lui le crêpe de ses semelles. Elle s’était mise à dériver, foutre le camp, jusqu’à verser sans retour sur l’autre bord de l’horizon. Désormais, un avenir étincelant était promis à bien des choses capitales, mais des choses sans importance pour lui. Ou alors qui lui faisaient horreur. Des choses très simples, pourtant, et sans doute, comme on dit, très humaines - le seul petit problème étant qu’il ne pouvait pas du tout les comprendre. Les choses des gens qui croient aux choses. Qui croient que la vie n’est pas faite pour être vécue, mais pour être réussie. Qui préfèrent les Cadillac aux chevaux de bois. Qui n’appellent pas leur chien lady, et moins encore leur outil de travail. Qui organisent pour leur sous-chef de bureau et sa femme, une morue permanentée, des barbecues atroces, sur la pelouse du jardin les beaux soirs d’été, les soirs de polka dots and moonbeams. Demain, ils s’interdiront de griller la moindre cigarette, mais se consummeront eux-mêmes d’une bêtise monu­mentale, avec outrecui­dance...Ils ne pouvaient pas, ne pourraient pas l’entendre, mais la musique de Lester leur posait la question à laquelle l’Amérique s’est toujours ingéniée à ne pas répondre, parce qu’elle met en cause Disneyland et Coca-Cola et nuit subséquemment à la bonne marche des affaires : pourquoi faudrait-il être de son temps ? Y eut-il jamais une seule époque, en quelque endroit que ce fût, qui méritât pareil entichement ? La nôtre serait-elle absoute de ses cruautés et de ses ridicules, du simple fait que nous en sommes locataires ? Sommes-nous à ce point touchés par la grâce, entre toutes les générations, qu’il nous suffise d’être là pour sanctifier ce qui nous entoure ?

Lester Willis Young n’a jamais été de son temps. D’abord, il l’a précédé. Ensuite, il s’est retrouvé ailleurs. Plus exactement, il est resté là où il était, environné de fumées diverses, tandis que son temps, le nôtre, soucieux de ne pas foncer dans ce brouillard, rentrait allègrement dans le décor. Le décor d’une fin de siècle très peu décorative, où les familles s’émerveilleraient à juste titre que leurs enfants, ne sachant ni lire ni écrire, manipulent les claviers d’ordi­nateur avec la sûreté obtuse de ce singe, hypothétique mais fameux, qui récrivit L’Odyssée par mé­garde en gaulant les noix d’une Remington entre deux bananes. Et à propos d’enfance : ce qui se mit à travailler Lester, en gros à partir de 1952 (1953 : première dépression caractérisée), ce fut que devant lui, tout à coup, il n’y eut plus, s’imaginait-il, de jeunesse à espérer. Plus de jeunesse de rien. Il voyait l’univers se jeter dans les bras de ses vieux démons en gémissant de plaisir comme une héroïne de soap opera. L’univers trouvait sa volupté, son orgueil, ses lendemains glorieux dans tout ce qui, aux yeux de Lester, symbolisait le tourment, le renoncement, les voies obscures. A savoir, en vrac : la vitesse, l’abrégé, les paresses trépidantes, les saccades, les clés et les barres, les paroles inutiles et les silences frivoles, les petits intérêts et la formidable indifférence qui les escorte, le souci de marcher sur la lune plutôt que d’y être sans quitter sa chaise, la dialectique de l’obéissance et de l’autorité, les ivresses d’opérette, les inventaires de boutique, le goût d’être lourd et encombrant, la transparence qui souille, le bonheur de complaisance, la musique factionnaire.Mais, avant la tristesse, ce n’était pas d’une musique, insoumise et  amoureuse, qu’il rêvait surtout : c’était d’un monde que sa musique avait inventé. Un monde réel dont par manque de lucidité - par manque de réalisme - la réalité n’a pas voulu.
Alain Gerber
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS/GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA, 2000.

A PROPOS DE LA PRÉSENTE SÉLECTION
Les compléments au volume I Les 19 premières plages sont quelques-unes - hélas pas toutes - des pièces remarquables qui n’avaient pu trouver place ni dans le volume couvrant la période 1936-1944 (FA 210) ni dans le coffret consacré à Count Basie (FA 202). Le “master” de Them There Eyes, par exemple, complète la séance des Kansas City Six organisée le 27 septembre 1938 dont nous avions retenu naguère les versions princeps de Way Down Yonder In New Orleans, Countless Blues et Pagin’ The Devil (le cinquième morceau, I Want A Little Girl, figure quant à lui dans l’anthologie Ballads in Jazz - FA 022). Them There Eyes présente une double singularité : outre que le guitariste Freddie Green y pousse la chansonnette, Lester s’y fait apprécier à la fois comme saxophoniste et comme clari­nettiste. De la première équipe des K.C. 7, il est avec Jo Jones le seul qu’on retrouve au sein de la seconde, responsable un peu moins de six ans plus tard de Jo-Jo, un blues original du pianiste Joe Bushkin, et de Four O’Clock Drag, un autre blues, signé celui-là par le producteur de la séance, Milt Gabler, qui venait de fonder les disques Commodore. A ces interprétations, nous avions préféré naguère Three Little Words, essentiellement pour le lyrisme dont le Président y faisait preuve. La quatrième prise de Jo-Jo  souffre d’un léger flottement après que Bill Coleman a sonné la fin des hostilités, mais le solo de ténor a, entre autres, le mérite de démontrer dans sa première partie quel bluesman d’exception était son auteur. Dans la mouture originelle de Four O’Clock Drag, c’est sa sensibilité à fleur de peau, mais toujours filtrée par sa pudeur et sa lucidité, qui est mise en valeur.

Six Cats And A Prince et Destination K.C. portent l’estampille des Kansas City Seven. Rassemblé six jours plutôt autour du Count (dissimulé pour raisons contractuelles sous le pseu­donyme de “Prince Charming”), à l’appel du producteur Harry Lim qui est en charge du jazz chez Keynote depuis 1943, le groupe ne comprend que des “basie-ites”. Gravés sans le secours d’une grosse caisse, on le notera au passage, ces morceaux appartiennent au même ensemble que Lester Leaps Again et After Theater Jump, c’est-à-dire à l’un des plus flambants épisodes non seulement des 22 (et quelque) années de carrière phono­graphique lestérienne, mais encore du jazz classique tout entier. Dicky Wells et le Pres se taillent la part du lion (64 mesures chacun) dans Six Cats. Destination K.C. témoigne pour sa part des immenses qualités de Buck Clayton et illustre ce que l’art du saxophoniste (sur la sellette à trois reprises si l’on compte son intervention finale) pouvait avoir de plus éruptif.C’est encore l’histoire qui s’écrit en majuscules dans I Never Knew et Sometimes I’m Happy, du 28 décembre 1943, eux aussi gravés sous la supervision de Lim (dans la foulée de Just You, Just Me et Afternoon Of a Basie-ite). On a pu dire que Lester n’avait jamais mieux joué que ce jour-là. Pour la première fois de sa vie (il a déjà 34 ans, ce qui n’est pas tout jeune pour un jazzman de l’époque), il est son propre patron. Il n’a pas choisi n’importe qui  pour le soutenir. Le pianiste Johnny Guarnieri contrôle comme personne la technique, qui peut se révéler si traîtresse, des brillances. A la contrebasse, Slam Stewart est connu pour fredonner une octave au-dessus les solos qu’il interpréte à l’archet; il l’est moins, et c’est dommage, pour ce qui sans doute a justifié sa participation à ces plages : la souple rigueur de sa pulsation et une intelligence harmonique à laquelle il doit d’avoir effectué deux longs séjours dans le trio d’Art Tatum (cf. The Quin­tessence FA 217). Quant à Sidney Catlett, Jo Jones seul était alors en mesure de rivaliser avec lui : tous deux ont contribué beaucoup plus qu’on ne l’a cru un certain temps à poser les fondations de la batterie bop. “Lester l’adorait, a déclaré Harry Lim au sujet de Big Sid. Il avait en horreur les drummers bruyants... (or) Sid le poussait à l’intensité sans le submerger.

Après cette séance, il devint son batteur préféré.” L’interprétation définitive de Sometimes I’m Happy - avec son illustrissime coda de huit mesures qui servira de point de départ à Gerry Mulligan pour son Jeru (1) se trouve dans le précédent volume. Dans les faits,  ce n’est encore qu’un brouillon. Non moins objectivement, c’est déjà une oeuvre accomplie. I Never Knew, qui propose un échange entre Stewart et Catlett, laisse apprécier un Lester des plus dégagés et des plus concentrés. Il survole son sujet sans cesser un instant de plonger les mains dans le cambouis.Le 18 avril 1944, le Basie band (avec Clyde Hart au piano) enregistre quatre titres sous la direction de son premier alto Earle Warren. Young excelle dans Tush, que nous avons dû laisser de côté, mais dans Poor Little Plaything, sur un arrangement de Tadd Dameron (futur associé de Dizzy Gillespie), il parvient à glisser entre deux vocals pour le moins insignifiants du leader huit petites mesures toutes simples et parfaites que bien des connaisseurs rangent parmi ses moments de grâce.The Midnight Symphony et On The Sunny Side Of The Street1 sont empruntés à la bande sonore de Jammin’ The Blues, le court métrage “de jazz”, jusqu’ici insurpassé, que réalisa le photographe d’origine albanaise Gjon Mili. Ces images fascinantes n’existent que par la volonté de Norman Granz, alors très amoureux de la chanteuse Mary Bryant qui partage la vedette avec Young dans le second de ces morceaux. Le futur patron de Clef, Norgran, Verve puis Pablo avait été touché par la prezomania lorsque le Président, après l’échec new-yorkais de sa première formation personnelle en 1941, était venu rejoindre son frère Lee en Californie. On verra qu’il restera fidèle à sa passion. Les deux pièces sont marquées par un abandon, une rêveuse nonchalance qui préfigurent le Lester des années 50.Les neuf autres plages de cette première partie enrichissent toutes la discographie de Count Basie. Le big band s’y rencontre au grand complet.

Cherokee, Part I & II a été gravé alors que Herschel Evans, malade (il mourrait six jours plus tard), avait été remplacé par l’une des stars du Cab Calloway Orchestra : Leon “Chu” (ou “Chew”) Berry, que ni Lester ni Coleman Hawkins n’appréciaient beaucoup, sans doute parce qu’il était le seul de leurs confrères à pouvoir, sinon leur tenir la dragée haute, du moins leur donner du fil à retordre. Dans l’ensemble, il faut admettre que cette face n’est pas une réussite, le second volet tout particulièrement. Cependant, l’intervention de ténor ne saurait être sous-estimée :  doublé d’un rythmicien qui swingue dur sans renoncer à sa légèreté prover­biale, un mélodiste d’exception y est à l’oeuvre.Young lui-même ne cachait pas son affection pour son chorus de Twelfth Street Rag, même s’il lui préférait ceux de Taxi War Dance et, par-dessus tout, de Clap Hands, Here Comes Charlie! (cf. FA 202). Cette tendresse n’a rien de mystérieux : il apparaît ici comme un créateur à qui rien n’échappe de sa création, au point que pas une note, pas un silence ne pourraient suggérer qu’il s’est laissé dépasser par les événements ne fût-ce qu’une fraction de seconde. Confié à la cire le même jour que Clap Hands, Song Of The Islands renferme une de ces échappées lestériennes, sereines et résolues, qui hantèrent les rêves des ténors apparus sur la scène après guerre (et après la révolution parké­rienne) : Wardell Gray, Dexter Gordon, James Moody, Brew Moore, Allen Eager, les “Brothers” du Woody Herman Orchestra et leurs petits cousins. On ne s’étonnera pas qu’en 1956, Bill Holman l’ait harmonisée afin d’enrichir son arrangement du même thème, interprété dans le premier disque que Bill Perkins publia sous son nom (2).Bien distincte de celle, plus fameuse, qui, le 17 novembre 1941, mettait à l’honneur Don Byas et Jimmy Rushing (cf. FA 202), la version - jusqu’à très récemment inaccessible, et par malchance incomplète (3) - d’Harvard Blues que nous présentons ici a été piratée lors d’une émission de la station de radio WOR-Mutual. Pour ce qui regarde la contribution de notre héros (lequel s’adjugeait là une spécialité de son voisin de pupitre Buddy Tate), c’est un pur joyau.

Pour autant, le niveau ne fléchit pas le moins du monde avec les deux enregistrements du 27 mai 1944, publiés à l’origine sur V-discs : Kansas City Stride et le fringant Basie Strides Again, un blues où Lester laisse trans­paraître le côté dévastateur de son tempérament. Très souvent en évidence dans les documents sonores datant d’avant 1952, celui-ci est délibérément ignoré aujourd’hui par nombre de critiques qui veulent ne voir en Lester que le paumé tragique des dernières années (4). Dans Basie Strides Again encore, on notera l’euphorie communicative de Jo Jones.I Ain’t Got Nobody, Live And Love Again et Love Me Or Leave Me sont issus - avec Goin’ To Chicago où le saxophoniste se fait plus discret et sur quoi nous avons fait l’impasse - d’une séance méconnue : elle ne fut commercialisée qu’en 1972, à cause d’une prise de son médiocre, semble-t-il. Méconnue, et pourtant un peu magique, en dépit des conditions défavorables dans lesquelles elle se déroula (5). Une séance en petit comité où l’on travaille comme on rêve. Où l’on travaille d’amour et d’eau fraîche. Elle porte la signature des Basie’s Bad Boys et c’est la première de toutes celles qui furent organisées à l’initiative de Columbia, lorsque prit fin le contrat calamiteux entre le Count et les disques Decca. A la section rythmique du big band se sont acoquinés quatre de ses meilleurs souffleurs. Outre Lester : les trompettistes Buck Clayton et Shad Collins (celui-ci s’abstenant dans Live And Love Again, que le chef interprète à l’orgue), et le trombone Dicky Wells (il n’intervient que sur I Ain’t Got Nobody). Et les petits miracles s’enchaînent. Dans le premier des trois morceaux, d’après Frank Büchmann-Moller, “Lester joue à la clarinette un solo splendide (6), un des meilleurs de sa vie sur cet instrument”, ce qui n’empêche pas son intervention de ténor d’apparaître selon cet auteur “peut-être même d’une qualité supérieure”.

Pour Claude Carrière, “il s’invente une fois de plus l’air de rien, sa lune et ses étoiles” dans le deuxième et “ne touche pas terre une seconde” dans le dernier, où il recueille astucieusement le témoin des mains de Buck Clayton.(1) L’un des titres à l’affiche du Birth Of The Cool de Miles Davis.(2) On Stage (World Pacific 122, actuellement disponible en version numérique sous la référence Pacific Jazz CDP 7243 4 93163 2 4). Cet album propose aussi une “relecture” du solo de Lester sur Let Me See,  toujours avec Basie, mais le 20 mars 1940 (cf. FA 202).(3) Elle fut éditée pour la première fois en 1996, grâce à l’obligeance d’un collectionneur du nom de Christian Dangleterre, dans le sixième volume des Complementary Works  de L.Y. présentés par Masters Of Jazz. (4) Une réduction d’autant moins légitime que, même en 1957 et 1958, il était resté capable de se déchaîner lorsque les circonstances s’y prêtaient (cf. ses retrouvailles avec Basie au festival de Newport le 7 juillet 1957). (5) Claude Carrière : “D’après les musiciens, le lieu était tellement froid et exposé aux courants d’air qu’ils avaient dû garder leurs manteaux.”(6) Il s’agit des 32 mesures qui précèdent le monologue de Clayton.La période 1945-1947Lester Willis Young était encore l’hôte des baraquements dis­ciplinaires (D.B.) de l’armée américaine quand Norman Granz lui fit signer, au mois d’octobre 1945, un contrat - honorable, celui-là - avec Philo, la petite compagnie pour laquelle il avait déjà gravé quatre faces mémorables le 15 juillet 1942 (cf. I Can’t Get Started dans le volume I), en trio avec Nat King Cole et Red Callender. Pendant l’été 1946, Philo serait rebaptisée Aladdin par son propriétaire Ed Mesner, et c’est sous cette étiquette que les historiens rangent désormais l’ensemble des oeuvres souvent de première importance (30 au total en comptant la prise alternative de Easy Does It) dont le saxophoniste enrichit le catalogue de Mesner entre décembre 1945 et décembre 1947.

Nous en reparlerons. La séance initiale eut lieu au lendemain de sa démobilisation, probablement le 20 décembre 1945, c’est-à-dire cinq jours après son retour à Los Angeles. Le mois suivant, Granz l’invitait à se joindre à une équipe du Jazz At The Philharmonic qui comprenait aussi Charlie Parker. Para­doxalement, la confrontation des deux géants tourne à l’avantage du Bird sur Lady Be Good, pourtant cheval de bataille du Prez depuis la célébrissime performance du Jones-Smith Incorporated à Chicago le 9 novembre 1936 (cf. FA 210). Sur I Can’t Get Started, en revanche, c’est Lester qui l’emporte sans conteste. Il s’adjuge d’ailleurs le plus long chorus de la pièce, un de ses chefs-d’oeuvre en tempo médium-lent et l’une de ses contributions essentielles à la discographie du J.A.T.P.. Avec, à notre sens, et même si peu d’analystes s’y sont arrêtés jusqu’ici, celle du Slow Drag de mai, pleine d’une poésie nuageuse et de ce suave désenchantement sans quoi la musique des Getz, Sims, Cohn, Stewart et de leurs épigones n’aurait même pas pu être imaginée. Ici, c’est à Coleman Hawkins que Young est opposé, mais outre le fait que le délicat solo de Buck Clayton les tient à distance l’un de l’autre, le duel n’a pas lieu. Comment se combattre, et surtout à quoi bon, quand on arpente des univers à ce point différents? Au grand triomphe de la sagesse des nations, les montagnes ne se rencontrent pas.Un peu plus tôt au cours de la même année, le même producteur (le même protecteur) organisait, pour son propre compte cette fois, une réunion entre Lester et King Cole, à laquelle fut invité en outre le batteur Buddy Rich, lequel avait laissé au vestiaire sa virtuosité, mais non pas sa technique ni son intelligence. Des neuf inter­prétations - toutes magnifiques - recueillies ce jour-là, nous avons retenu I’ve Found A New Baby et Mean To Me. Elles s’ajoutent aux trois faces qui figurent dans le second volume consacré au pianiste (FA 227).

L’énergie déployée dans I’ve Found contraste avec le principal atout de Mean To Me, son charme lyrique. Dans les deux cas, Rich et Cole réagissent en musiciens, ou plutôt en mélomanes accomplis.Du feu d’artifice Aladdin, These Foolish Things, D.B. Blues, You’re Driving Me Crazy, Lester’s Be Bop Boogie, She’s Funny That Way, S.M. Blues, Jumpin’ With Symphony Sid 1, No Eyes Blues, On The Sunny Side Of The Street 2 et Easy Does It constituent, j’espère, le bouquet. Et de ce bouquet, le premier titre cité est d’avis unanime la plus belle fleur : pour la plupart des lestérophiles, en fait, il représente le sommet, ou du moins l’un des sommets, de l’oeuvre. Dès la première mesure de l’exposé, Young recompose cette chanson qui fut et demeure populaire dans tout le monde occidental. “Hormis le chiffrage harmonique - écrit André Hodeir -, rien ici (...) ne peut laisser supposer que la seconde mélodie procède de la première. L’émotion a fait surgir sur le plan mélodique quelque chose de nouveau, que Lester eût été en droit de publier sous un autre titre.” Et bien sûr, c’est la qualité et la fécondité de cette émotion qui bouleversent, plus que l’anecdote de la trans­figuration thématique.Proposé le même jour, D.B. Blues réclame toute la gratitude des amateurs. Le Prez n’est pas toujours aussi divinement inspiré en janvier 1946, à la tête d’un groupe hybride où le boppisant Howard McGhee côtoie le très classique Willie Smith, qui n’était déjà plus le superbe altiste qu’on admirait quelques années plus tôt chez Jimmie Lunceford. Nous avons donc préféré glisser sur les quatre morceaux confiés à la cire en cette occasion, malgré les  indiscutables mérites de certains (cf. par exemple Lover Come Back To Me, où L.Y. fait apprécier ses talents d’architecte spontané ainsi que sa formidable aptitude au swing). Plus fructueuse sera la réunion d’août, dont il est l’unique souffleur. Sa contribution à You’re Driving Me Crazy apparaît exemplaire sous bien des rapports : équilibre, élégance, cohérence, sérénité, hauteur de vue. A ce titre, elle sera évoquée plus tard (en décembre 1955) par Cy Touff et Richie Kamuca dans un morceau intitulé, afin que nul n’en ignore, Prez-ence (1). Lester’s Be Bop Boogie est porté par une verve qui semble inépuisable. She’s Funny That Way rappelle que pour Lester, l’essentiel était toujours de “chanter une chanson” (à condition que ce fût la sienne).

Après l’incomparable These Foolish Things, cette pièce et le On The Sunny Side d’octobre 46 (où le maître dirige sa formation régulière, pour la première fois depuis que s’était dissous l’ultime groupe codirigé par son frère Lee (2)) appartiennent à la crème des ballades lestériennes. Nous ne suivrons pas Büchmann-Moller lorsqu’il fait rivaliser Sunny Side avec Foolish Things, mais il est clair qu’en cette occasion le saxophoniste s’est une fois de plus surpassé, livrant l’une des plus touchantes et des plus aériennes versions du thème de McHugh et Fields. (On parierait que Miles Davis n’ignorait rien de son improvisation.) Du reste, à part Sunday, le présent florilège aurait pu admettre les six titres issus de cette quatrième séance pour Mesner. S.M. Blues, mais surtout Jumpin’ With Symphony Sid et No Eyes Blues ne pouvaient tout bonnement pas lui échapper. Ils soulignent qu’en plus d’un chanteur unique au monde, Lester était un formidable raconteur d’histoires.Le 18 février de l’année suivante, épaulé par la même équipe, il reprend trois de ses anciens succès avec Basie : One O’Clock Jump, Every Tub (3) et, deux fois de suite, Easy Does It, dont l’interprétation initiale restera la plus dynamique et la plus inventive. Les deux autres séances Aladdin (2 avril et 29 décembre 1947) ont donné des résultats moins étourdissants, surtout la dernière, marquée par une certaine lassitude, voire un certain abattement (cf. East Of The Sun).

Toutefois, nul ne se serait plaint si nous avions ajouté à notre programme le nostalgique I’m Confessin’, regardé par plusieurs confrères (André Clergeat par exemple) comme l’un des très beaux fleurons de la série.Le second Jumpin’ With Symphony Sid, enfin, a été capté lors d’un des six concerts donnés au Town Hall de New York dans le cadre d’une opération baptisée “One Night Stand”. Le 8 novembre 1947 se produisaient le sextette du Président, au sein duquel le batteur Lyndell Marshall avait cédé sa place au très prometteur Roy Haynes, mais aussi Sarah Vaughan, flanquée de son pianiste personnel Sammy Benskin. Au finale, les deux vedettes de la soirée joindront leurs forces pour un I Cried For You inscrit au répertoire de l’anthologie qui représente la chanteuse à notre catalogue (FA   228). Les morceaux interprétés par le saxophoniste ont tous été rôdés depuis des mois (Moving With Lester), voire des années (Lester Leaps In). Pourtant, notre homme les aborde avec une fraîcheur confondante, doublée d’un appétit considérable (Just You, Just Me). C’est un improvisateur en effervescence qui négocie sur les chapeaux de roue les chorus de Jumpin’, où les trouvailles se marchent allègrement sur les pieds. On remarquera, à 1’03”, une brève citation de La Marseillaise, hymne qu’il évoquera de nouveau le 21 décembre 1953, dans un This Can’t Be Love enregistré au bénéfice de Granz (4). On avait pensé que sa première visite en France (1952) était à l’origine de ce clin d’oeil : il est clair qu’on se trompait.
A.G.
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS/GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA, 2000.

(1) Cf. Cy Touff, His Octet And Quintet (Pacific Jazz 1211), disponible en CD sous la référence Pacific Jazz CDP 7243 4 93162 2 5.
(2) Actif de novembre 1942 à février 1943.
(3) Confondu avec Jumpin’ At The Woodside, même dans des éditions récentes.
(4) Cf. LP Norgran MGN1071.


english notes
Far from Disneyland
Someone once asked, "Why are you so sad, Prez ?".  Why not make the most of life, or grab all that's going ?  Or pull everything apart ?  Lester hadn't given up.  The past didn't make him sentimental.  He didn't feel nostalgic for what had never disappeared.  He was simply nostalgic for what would never be.  He was excluded from a future which would never happen.  The widower of a dream that should no longer be dreamt.He had been a king and yet a pariah on earth.  He had more happy memories than most - sweet moments and harsher ones.  But what he finally missed were his illusions.  Gentle, rich or murderous illusions.He had been so close to the magnificent light, the promised land.  Then, life and reality steered him away from it until his haven eclipsed, evaporated in the distance.He was then promised an appetising future, with a multitude of humane developments.  However, the problem was that he could not comprehend these things, the things coming from people who believe in things.  Those who believe that life is not for living but for succeeding.  Those who prefer Cadillacs to wooden horses.  Those who invite their office subordinates with their permed wives for atrocious barbecues on the lawn, evenings of polka dots and moonbeams.In fact, Lester Willis Young never truly belonged to his time.  First, he preceded it, then he was elsewhere while life continued around him with its plain decor of the end of a century when illiterate children deftly master the computer keyboard before their proud parents.Speaking of childhood, it was roughly in 1952 that Lester began to believe that the salad days were over - that the universe was deprived of youthfulness. 

Man was striving to walk on the moon, instead of getting there without leaving the comfort of his own home..But above all, he dreamt of a world which his music had invented.  A true world, which reality had rejected through lack of lucidity and realism. The first 19 tracks are some of the remarkable pieces which could not be included in 1936-1944 volume (FA 210) nor in the Count Basie boxed set (FA 202).  For example, Them There Eyes completes the Kansas City Six session of 27 September 1938 and is unusual in that we discover guitarist Freddie Green equally as a vocalist and Lester's skills as both a saxophonist and clarinettist can be appreciated.  Nearly six years later, we find a new K.C.6 set-up, the only original members of the team being Lester and Jo Jones.  The occasion gave birth to Joe Bushkin's original blues, Jo-Jo and Four O'Clock Drag, signed by Milt Gabler who had just founded the Commodore label.Six Cats And A Prince and Destination K.C. bear the stamp of the Kansas City Seven, who got together around Count (contractually given the pseudonym 'Prince Charming') six days previously.  These morsels can be considered as one of the most tremendous episodes of Lester's phonographical career and even of the entire history of classical jazz.  Dicky Wells and Prez both take the lion's share in Six Cats, whereas Destination K.C. demonstrate the immense talent of Buck Clayton as also the explosive art of the saxophonist.The session of 28 December 1943, again under Lim's supervision, was to also go down in history with I Never Knew and Sometimes I'm Happy.  Lester had probably never played as well as on that day and for the first time (at the age of 34), he was his own boss.  His entourage was comprised of choice artists - pianist Johnny Guarnieri mastered the technical side, Slam Stewart contributes with harmonic intelligence on the bass and the drumming talents of Sidney Catlett could only be rivalled with those of Jo Jones - indeed both were partially behind the founding of bop rhythms.  Lester adored the intense yet discreet techniques of Big Sid.  After this particular session, he became his preferred drummer.

On 18 April 1944, the Basie band (with Clyde Hart on the piano) came out with four titles under Earle Warren's direction.  Young excelled in Tush, but here we have selected Poor Little Plaything, arranged by Tadd Dameron (a future partner of Dizzy Gillespie), where Prez succeeds in sliding in eight small but delightful bars.Midnight Symphony and On The Sunny Side Of The Street 1 were borrowed from the soundtrack of the short-length film, Jammin' The Blues, directed by photographer Gjon Mili.  These fascinating shots were prompted by Norman Granz, then besotted by the singer Mary Bryant who starred along with Young in the second piece.  Both titles are marked with a certain dreamlike nonchalance which foreshadows the Lester of the fifties.The nine remaining tracks of this first part all add to the richness of the Count Basie discography.  Cherokee, Part I & II was cut just before Herschel Evan's death, and this member was replaced by one of the Cab Calloway Orchestra's stars, Leon 'Chu' (or 'Chew') Berry, who was not overly appreciated by either Lester or Coleman Hawkins.  To be truthful, this side is not a tremendous success, especially the second part, but the tenor's participation is nonetheless worthwhile.  Young admitted his affection for his chorus in Twelfth Street Rag, though to a lesser extent than Taxi War Dance and above all Clap Hands, Here Comes Charlie ! (cf. FA 202).  Indeed, his fondness was merited, as his attentiveness cannot be faulted.  Song Of The Islands includes a Lesterian speciality - a serene and resolute flourish - the sort that was envied by the post-war tenors :  Wardell Gray, Dexter Gordon, James Moody, Brew Moore, Allen Eager, the Brothers of the Woody Herman Orchestra and their little cousins.Our hero's splendour is again apparent in Harvard Blues.  Our version included was in fact pirated from a radio WOR-Mutual broadcast.  The same exceptional standard is found once more in the recordings of 27 May 1944, originally issued on V-discs - Kansas City Stride and the spirited Basie Strides Again where the devastating side of Lester's character comes over.  This facet was often evident in his pre-1952 music but is often ignored by today's critics who prefer to concentrate on his hapless last years. 

In Basie Strides Again, Jo Jones' communicative euphoria can again be detected.I Ain't Got Nobody, Live And Love Again and Love Me Or Leave Me were the products of a little known session, which were only marketed in 1972 due to a mediocre sound take.  On Columbia's initiative, this fruitful and highly appraised session bears the signature of Basie's Bad Boys including four excellent blowers - Lester, trumpeters Buck Clayton and Shad Collins (the latter was absent in Live And Love Again) and Dicky Wells on the trombone (who only intervenes in I Ain't Got Nobody). The 1945-1947 PeriodLester Willis Young was confined in the American army detention barracks when Norman Granz handed him a contract for signing in October 1945 with the small company Philo, with whom he had already cut four unforgettable sides on 15 July 1942 (cf. I Can't Get Started in Volume 1) along with Nat King Cole and Red Callender.  In summer 1946, Philo was to be renamed Aladdin by owner Ed Mesner and our saxophonist was to enhance their catalogue between December 1945 and December 1947.The initial session took place the day following his discharge, probably on 20 December 1945.  The following month, Granz invited him to team up with the Jazz At The Philharmonic, also including Charlie Parker. Paradoxically, with this confrontation of two giants, Bird surpassed Prez in Lady Be Good, but then Lester turned up trumps in I Can't Get Started.  This was a brilliant contribution to the discography of J.A.T.P. as was also the poetic Slow Drag in May, this time with Young playing opposite Coleman Hawkins, but without conflict for so much despite the worlds which separated these mighty artists.A little earlier that year, the same manager organised a reunion between Lester and King Cole, and drummer Buddy Rich was also invited, amongst others.  From the nine magnificent titles which resulted, we have selected I've Found A New Baby and Mean To Me. 

The display of energy in I've Found contrasts with the lyrical charm of Mean To Me.  In both numbers, Rich and Cole appear as accomplished music lovers.From Aladdin, we discover an entire floral arrangement with These Foolish Things, D.B. Blues, You're Driving Me Crazy, Lester's Be Bop Boogie, She's Funny That Way, S.M. Blues, Jumpin' With Symphony Sid 1, No Eyes Blues, On The Sunny Side Of The Street 2 and Easy Does It.  The first title is undoubtedly the finest of the list and is considered as Lester's best achievement by many of his fans.D.B. Blues of the same day also won approval from his followers. However, he was less inspired in January 1946 when he headed a hybrid group finding the bopping Howard McGhee next to the very classical Willie Smith who had lost some of his sparkle from several years back with Jimmie Lunceford.  Despite the unquestionable quality of some of the four sides put to wax on this day, we have preferred to skip on to the more fruitful August reunion where Lester is the unique blower.  His contribution to You're Driving Me Crazy is marked with balance, elegance, coherence, serenity and high ideals.  Lester's Be Bop Boogie is filled with unflagging energy.  She's Funny That Way reminds us how Lester insisted that a song should be sung (as long as it was his).  This, along with the peerless These Foolish Things and On The Sunny Side of October 46 belong to the choicest Lesterian ballads.  Indeed, in Sunny Side, the saxophonist ventures beyond his limits, thus producing one of the most touching and airy versions of this composition by McHugh and Fields.On 18 February of the following year, still with the same team, he returned to three of his old hits with Basie: One O'Clock Jump, Every Tub and two versions of Easy Does It, the first rendition being the most dynamic and inventive. 

The two other Aladdin sessions (2 April and 29 December 1947) were less astounding, particularly the latter where a degree of lassitude can be detected.  Nonetheless, many would have enjoyed the inclusion of the nostalgic and highly-rated I'm Confessin'.The second Jumpin' With Symphony Sid was retrieved from one of the six concerts given in the New York City Town Hall during the 'One Night Stand' event.  The President's Sextet appeared with the promising Roy Haynes replacing drummer Lyndell Marshall, and Sarah Vaughan accompanied by her personal pianist Sammy Benskin were also present.  As a finale, the two stars of the evening teamed up for I Cried For You.  Lester played some recent numbers (Moving With Lester) and some older ones (Lester Leaps In) but our man treats them with a fresher approach.  The chorus of Jumpin' is bursting with bubbling improvisation, and a brief quote of La Marseillaise can be heard at 1'03''.  He was again to hint at this hymn on 21 December 1953 in This Can't Be Love.  It was thought that this was in remembrance of his first French visit in 1952, but we were obviously wrong.
Adapted by Laure WRIGHT from the French text of Alain GERBER
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS/GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA, 2000.

CD Lester Young The Quintessence © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)




EcoutezPisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 THEM THERE EYES - YOUNG02'54
02 CHEROKEE PART 1 ET 2 - YOUNG06'06
03 I AIN T GOT NOBODY - YOUNG02'58
04 (LET ME) LIVE AND LOVE TONIGHT - YOUNG03'08
05 LOVE ME OR LEAVE ME - YOUNG02'33
06 TWELFTH STREET RAG - YOUNG03'05
07 MISS THING PART 1 ET 2 - YOUNG05'40
08 SONG OF THE ISLANDS - YOUNG03'06
09 I NEVER KNEW - YOUNG03'07
10 SOMETIMES I M HAPPY - YOUNG03'40
11 SIX CATS AND A PRINCE - YOUNG04'13
12 DESTINATION K C - YOUNG04'55
13 JO JO - YOUNG03'24
14 FOUR O CLOCK DRAG - YOUNG02'49
15 POOR LITTLE PLAYTHING - YOUNG02'56
16 KANSAS CITY STRIDE - YOUNG04'14
17 BASIE STRIDES AGAIN (ALONG AVENUE C) - YOUNG03'00
18 THE MIDNIGHT SYMPHONY - YOUNG02'58
CD 2
01 ON THE SUNNY SIDE OF THE STREET - YOUNG03'13
02 D B BLUES - YOUNG02'58
03 THESE FOOLISH THINGS - YOUNG03'08
04 I CAN T GET STARTED - YOUNG09'18
05 I VE FOUND A NEW BABY - YOUNG04'06
06 MEAN TO ME - YOUNG04'14
07 SLOW DRAG - YOUNG09'25
08 YOU RE DRIVING ME CRAZY - YOUNG03'03
09 LESTER S BE BOP BOOGIE - YOUNG03'12
10 SHE S FUNNY THAT WAY - YOUNG03'17
11 S M BLUES - YOUNG03'00
12 JUMPIN WITH SYMPHONY SID (1) - YOUNG03'09
13 NO EYES BLUES - YOUNG02'57
14 ON THE SUNNY SIDE OF THE STREET (2) - YOUNG02'57
15 EASY DOES IT - YOUNG02'28
16 JUMPIN WITH SYMPHONY (2) - YOUNG03'47
"Lester Young" par Jacques Réda

« A la fois dansant et couché, Lester Young semble vouloir séduire cette Dame imprévisible, et s’en être déjà détaché pour élever obliquement au ciel son saxophone rejoindre la tangente idéale où tendent les plus libres de nos instants. »  Jacques RÉDA – L’improviste (1990)




Choc Jazzman

« Ce second volume de l’indispensable florilège, toujours sélectionné et présenté par ce grand maître lesterien qu’est Alain Gerber, complète tout aussi amoureusement la précédente "Quintessence". (…) » Pascal ANQUETIL – JAZZMAN. A reçu la distinction Choc Jazzman


« Ce second volume de l’indispensable florilège, toujours sélectionné et présenté par ce grand maître lesterien qu’est Alain Gerber, complète tout aussi amoureusement la précédente "Quintessence". (…) Trente titres, dont bien entendu, These Foolish Things qui est à Lester Young ce que Body and Soul est à Coleman Hawkins. L’indélébile griffe du génie. » Pascal ANQUETIL – JAZZMAN. A reçu la distinction Choc Jazzman




« Vivier de chefs d’œuvre » par Jazzman

Ce second volume de l’indispensable florilège, toujours sélectionné et présenté par ce grand maître lesterien qu’est Alain Gerber, complète tout aussi amoureusement la précédente « Quintessence » (FA 210) qui s’arrêtait en 1944, domaine public oblige. Ce double album nous permet ainsi de redécouvrir quelques perles « basiques » de Lester Young (avec le Kansas City Six ou au sein de l’orchestre de Count) qui n’avaient pu trouver leur place dans le premier coffret ni d’ailleurs dans le volume consacré à Count Basie (FA 202). Mais surtout, il permet de retrouver le saxophoniste au sortir du cauchemar du service militaire  et du séjour forcé dans des baraquements disciplinaires qui lui inspira en Janvier 1945 le déchirant D. B. Blues. Soi la première parmi les dix plages sélectionnées par Gerber dans le vivier de chefs d’œuvre que recèle le label Aladin, pour lequel Lester enregistra, de 1945 à 1947, trente titres. Dont, bien entendu, These Foolish Things qui est à Lester Young ce que Body and Soul est à Coleman Hawkins. L’indélébile griffe du génie.
Pascal ANQUETIL - JAZZMAN




« Lester Young est essentiel » par Répertoire

Tout, je dis bien tout, ce que Lester Young est essentiel, à un titre ou à un autre. Cette excellente anthologie, qui complète la précédente 1936-1944 (FA 210) et celle dévolue à Count Basie (FA 202), s’impose si l’on ne souhaite pas acquérir l’intégrale entreprise par Masters of jazz.
RÉPERTOIRE




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