SLEEPY JOHN ESTES

FROM MEMPHIS TO CHICAGO 1929 - 1941

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Livret : 32 PAGES - ENGLISH NOTES
Nombre de CDs : 2


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FA258

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Sleepy John Estes, compositeur de nombreux “classiques” (Someday baby, Milk cow blues) a enregistré avant la guerre une des œuvres les plus brillantes de l’histoire du blues, largement rééditée dans ce coffret. Avec Hammie Nixon, un des grands créateurs de l’harmonica-blues.
Gérard Herzhaft

Les coffrets « The Quintessence » jazz et blues, reconnus pour leur qualité dans le monde entier, font l’objet des meilleurs transferts analogiques à partir des disques sources, et d’une restauration numérique utilisant les technologies les plus sophistiquées sans jamais recourir à une modification du son d’origine qui nuirait à l’exhaustivité des informations sonores, à la dynamique et la cohérence de l’acoustique, et à l’authenticité de l’enregistrement original. Chaque ouvrage sonore de la marque « Frémeaux & Associés » est accompagné d’un livret explicatif en langue française et d’un certificat de garantie.
Edition sous la direction de Gérard Herzhaft et Patrick Frémeaux, Editorialisation par Claude Colombini. 

Frémeaux & Associés’ « Quintessence » products have undergone an analogical and digital restoration process which is recognized throughout the world. Each 2 CD set edition includes liner notes in English as well as a guarantee.

"La Maison Frémeaux et Gérard Herzhaft appliquent une formule amplement gagnante. Ici des connaisseurs compétents choisissent ce qui est le plus marquant, musicalement, esthétiquement et historiquement, à une époque donnée dans la production d'un artiste. En outre, ces disques restent dans le catalogue pour des périodes trés longues, au contraire des productions américaines ou anglaises."
Robert Sacré - Soul Bag
“A quand un bureau au ministère de la culture pour Patrick Frémeaux...“
Blues ’N’ Rhythm
"Gérard Herzhaft, le maître d’œuvre de cette récolte connaît tout du blues" 
Répertoire
"Gérard Herzhaft est notre Diderot du blues"
Virgin Mégapresse
"Vous découvrirez toute la passion d'un spécialiste qui dévoile ainsi son amour pour cette musique."
Jazz Notes
“You’ve got to hand it to Frémeaux & Associés. This French company is a prime source for excellent collections of talented, obscure American roots artists. So what do the French know about Texas music? A lot more than most Americans, apparently.“
Dirty Linen
"La collection Quintessence Blues est une véritable démarche encyclopédique Française sur l'histoire de la culture populaire américaine."
Jazzman
"Encore une très intéressante compilation à mettre au crédit de Frémeaux & Associés et dont Gérard Herzhaft est le maître d’œuvre."
Jazz Hot

Droits d'éditorialisation : Groupe Frémeaux Colombini SAS."
SLEEPY JOHN ESTES fa258

SLEEPY JOHN ESTES
THE BLUES

FROM MEMPHIS TO CHICAGO
1929 - 1941






CD1
1. BROKEN-HEARTED, RAGGED AND DIRTY TOO     5531-3/Vi V 38582 (Estes) 3’14
2. THE GIRL I LOVE SHE GOT LONG CURLY HAIR        5581-1/Vi V 38549 (Estes) 2’56 
3. DIVIN’ DUCK BLUES    55596-2/Vi V 38549 (Estes)     3’13   
4. MILK COW BLUES        59918-2/Vi V 38614 (Estes)        3’02 
5. POOR JOHN BLUES     59968/Vi V 38628 (Estes) 2’51   
6. STACK O’DOLLARS     62547-2/Vi 23397 (Trad.)     2’50          
7. MY BLACK GAL BLUES   62548-2/Vi 23397 (Estes)  2’51   
8. DOWN SOUTH BLUES       90094-A/De7325 (Estes-Nixon) 3’06 
9. STOP THAT THING       90095-A/De 7325 (Estes-Nixon) 2’41
10. SOMEDAY BABY BLUES            90096-A/De 7279 (Estes-Nixon) 2’59
11. WHO’S TELLING YOU BUDDY BROWN?        90097-A/De 7279 (Estes-Nixon) 3’18
12. MARRIED WOMAN BLUES            90175-A/De 7289 (Estes)     3’12
13. DROP DOWN MAMA                90176-A/De 7289 (Estes)  3’09
14. GOVERNMENT MONEY    62461-A/ De 7414 (Estes-Nixon) 3’09
15. VERNITA BLUES 62463-A/De 7342 (Nixon)        3’07
16. FLOATING BRIDGE        62465-A/De 7442 (Nixon)  3’09
17. NEED MORE BLUES    62466-A/De 7365 (Estes-Nixon)           2’51
18. JACK AND JILL BLUES   62479-A/De 7365 (Nixon)           2’37

Sleepy John Estes, vcl/g on all tracks plus:

(1)(2)(3) Yank Rachell, mdln; prob. Jab Jones, pno. Memphis,TN 17,24 et 26 septembre 1929
(4) Yank Rachell, mdln; Jab Jones, pno. Memphis, TN 13 mai 1930
(5) Yank Rachell, mdln; Jab Jones, pno. Memphis, TN 21 mai 1930
(6)(7) Yank Rachell, mdln; Jab Jones, pno. Memphis, TN 30 mai 1931
(8)(9)(10)(11) Hammie Nixon, hca. Chicago, 9 juillet 1935
(12)(13) Hammie Nixon, hca. Chicago, 17 juillet 1935
(14)(15)(16)(17) Hammie Nixon, hca; Charlie Pickett, g. Chicago, 2 août 1937
(18) Hammie Nixon, hca; Charlie Pickett, g. Chicago, 3 août 1937

CD 2        
1. POOR MAN’S FRIEND   62480-A/De 7442 (Nixon)     3’07  
2. HOBO JUNGLE BLUES         62481-A/De 7354 (Estes)  2’54       
3. AIRPLANE BLUES        62482-A/De 7354 (Estes-Nixon) 2’50 
4. EVERYBODY OUGHT TO MAKE A CHANGE      63647-A/De 7571 (Estes) 2’47    
5. LIQUOR STORE BLUES          63648-A/De 7491 (Estes)  2’26 
6. EASIN’ BACK TO TENNESSEE           63649-A/De 7516 (Estes) 2’41   
7. FIRE DEPARTMENT BLUES          63650-A/De 7571 (Estes) 3’04    
8. CLEAN IT UP AT HOME       63651-A/De 7516 (Estes)     2’34          
9. NEW SOMEDAY BABY    63652-A/De 7473 (Estes-Nixon)2’48
10. BROWNSVILLE BLUES           63653-A/De 7473 (Estes)  3’06
11. SPECIAL AGENT            63654-A/De 7491 (Estes)     2’49
12. MAILMAN BLUES  93004-A/De 7789 (Estes)  2’53
13. TIME IS DRAWING NEAR         93005-A/De 7789 (Estes)    2’20
14. JAILHOUSE BLUES      93007-A/De 7814 (Estes)  2’54
15. TELL ME HOW ABOUT IT              93008-A/De De 7766 (Estes)      2’25
16. DROP DOWN        93009-A/De 7766 (Estes)           2’44
17. LAWYER CLARK BLUES       064924-1/BB B8871 (Estes)                   3’05
18. WORKING MAN BLUES     064926-1/BB B8950 (Estes)     2’58

Sleepy John Estes, vcl/g
(1)(2)(3) Hammie Nixon, hca; Charlie Pickett,g. Chicago, 3 août 1937
(4)(5)(6)(7)(8)(9)(10)(11) prob. Charlie Pickett or Son Bonds,g. New York City, 22 avril 1938
(12)(14)(15)(16) Robert Nighthawk, hca; Ann Sortier, wbd on (15)(16). Chicago, 4 juin1940(13) Robert Nighthawk, g. Chicago, 4 juin 1940.
(17)(18) Son Bonds, g; Raymond Thomas, bs. Chicago, 24 septembre 1941.

Si on peut juger la qualité du blues à la force du message chanté, alors Sleepy John Estes est au sommet du panthéon des bluesmen. Il a composé nombre de blues extraordinaires qui partent d’une aventure personnelle ou d’un fait divers pour, généralement avec un sens de l’observation aigu et un humour caustique, déboucher sur une description remarquable, quasiment sociologique, du Sud ségrégationniste. Avec, à la clé, un message en demi-teintes que la communauté noire, à en juger par le succès des disques, recevait “cinq sur cinq”.Il a composé plusieurs standards du blues comme Someday baby, Milk cow blues, Broken hearted, Diving duck blues, Everybody ought to make a change qui ont été repris par d’innombrables artistes de Muddy Waters à Elvis Presley et Eric Clapton. Il a aussi, en compagnie de Hammie Nixon, réellement créé le duo guitare/harmonica qui semble aujourd’hui si naturel au blues. Sleepy John Estes a également participé fortement à la définition du futur Chicago blues d’après-guerre dont un de ses élèves directs, John Lee “Sonny Boy” Williamson a été un des principaux concepteurs (cf. FA 253).Ce coffret réédite l’essentiel de son œuvre d’avant-guerre, une des plus brillantes de l’histoire du blues.

LA MUSIQUE POUR S’EN SORTIR
John Adam Estes est né le 25 janvier 1899 ou 1904 à Ripley, une petite bourgade agricole du Tennessee. Son père et sa mère sont des métayers et il a une dizaine de frères et sœurs. La vie des Estes est celle, habituelle dans le système mis en place lors de la colonisation des Amériques : des serfs attachés à leur terre, endettés à vie et soumis au bon vouloir du propriétaire. Avec, en supplément, pour les Noirs dans le Sud des Etats-Unis, toutes les difficultés dues à un système d’apartheid racial terriblement oppressant.Lors de leurs concerts donnés après leur redécouverte dans les années 60, Estes et Hammie Nixon racontaient souvent cette “plaisanterie” venue tout droit des medicine shows revue et corrigée par l’humour dévastateur de Sleepy John :“- Tu sais, Hammie, un jour Mr Charlie (le prototype du Blanc sudiste raciste) m’a sauvé la vie!- Ah bon! Comment ça?- Je travaillais sur un toit pour Mr Charlie tout en haut d’un immeuble et je suis tombé!- Ah, Et alors, John?- Il y avait une jeune femme blanche qui passait en bas...

Quand il a vu que j’allais entrer en contact avec elle, Mr Charlie a crié avec un ton de menace : “Eh, negro, tu oses toucher une Blanche?”. Ça m’a fait si peur... J’ai fait un tel bond que ça m’a fait remonter tout en haut du toit!“Il n’y avait que trois voies pour s’extraire du système de fermage sudiste : le sport, la musique et l’immigration. John Estes va utiliser les trois.Enfant, il apprend la guitare avec son père, musicien dans les juke-joints locaux, qui lui fabrique un instrument avec des boîtes de cigares. En même temps, il devient un bon joueur de base-ball. Mais en 1914, il perd l’œil droit durant un match. Le sort est scellé : il sera musicien professionnel. Et son œil mort donnant toujours l’impression qu’il va s’endormir, il deviendra “Sleepy” John Estes.

BROWNSVILLE BLUES
Pour ce faire, Estes gagne Brownsville, un centre assez important du Tennessee. Il prend des cours de guitare avec un certain David Campbell qui ne semble pas avoir enregistré. Le songster Hambone Willie Newbern, un vétéran des medicine shows et le compositeur du célèbre Rollin’ & Tumblin’, le prend bientôt avec lui. Ensemble, ils animent les fêtes privées, pique-niques, mariages. Une partie de l’année, ils jouent dans les spectacles itinérants...Sleepy John quitte Newbern en 1919 pour former son propre orchestre à cordes. Il s’adjoint les talents de jeunes musiciens locaux : James “Yank” Rachell, aussi habile à la mandoline qu’à la guitare; le guitariste Son Bonds (dont la mère était une Newbern); le guitariste Charlie Pickett... Quelques années plus tard, Hammie Nixon rejoint Estes. Et, enfin, le tout jeune John Lee “Sonny Boy” Williamson.A l’exception du dernier, tous ces musiciens enregistreront abondamment avec Sleepy John ainsi que sous leurs noms. Malgré des personnalités dif­fé­rentes, leur œuvre abonde en similitudes qui qualifient toute leur musique de “Brownsville blues” : brisure fréquente du rythme, improvisations (contrai­rement aux Mississippi Sheiks par exemple, un célèbre string-band du Mississippi) dans les solos, interaction guitare/guitare et surtout guitare/harmonica, une nouveauté très excitante pour l’époque. En fait, dans les années 20, les musiciens que la critique a baptisé d’“école de Brownsville” se posent en rivaux des jug-bands de Memphis avec une approche beaucoup plus moderne et un ancrage bien plus profond dans le blues, alors la musique à la mode.

La popularité de Sleepy John Estes et de ses “boys” est grande dans toute la région jusqu’à Memphis. Elle parvient jusqu’aux oreilles attentives du pro­ducteur Ralph Peer qui parcourt alors le Sud à la recherche de nouveaux talents (cf. Jimmie Rodgers FA 254). Peer va les voir jouer au sein du medicine show du célèbre Dr Grimm, l’inventeur d’un élixir-miracle. Il est frappé par le timbre de voix mourant et le débit saccadé de John, ses textes pleins d’astuce et d’humour et la cohésion de l’ensemble.Quelques jours plus tard, il aborde les musiciens alors qu’ils jouent dans la rue et leur propose un contrat avec les disques Victor! Peut-être le 17 sep­tembre 1929 (mais plus probablement le 24 septembre), Sleepy John Estes et Yank Rachell enregistrent à l’Ellis Auditorium, une salle de spectacles de Memphis, leur premier disque en compagnie du pianiste Jab Jones, un vétéran des bars locaux, qu’Estes qualifiera de “un petit bonhomme filiforme, constamment ivre”, engagé pour la circonstance par Ralph Peer.

MILK COW BLUES
Sleepy John Estes enregistre trois de ses compositions pour sa première séance : The girl I Love; Broken hearted, ragged and dirty too et surtout Divin’ duck blues, qui connaît un succès suffisant pour permettre à Estes de revenir en studio dès mai 1930. Une fois de plus, Peer prouvera la sûreté de son jugement. Estes grave Milk cow blues qui semble s’être vendu à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires et qui sera repris et adapté par Kokomo Arnold quelques années plus tard, celui-ci l’installant alors comme un des “classiques” du blues. Yank Rachell fait aussi de probants débuts de chanteur sur Wadie Green et Whatcha doin’ (nous consacrerons un volume de la série The Blues à ce compagnon de Estes, lui-même un magnifique artiste).Cette séance “historique” s’étend du 13 au 30 mai à Memphis, témoignage de l’intérêt de Ralph Peer pour Sleepy John. Peer prenait bien soin de déposer tous les morceaux de tous les artistes qu’il enregistrait dans sa compagnie de publi­cation, Southern Music, et très souvent sous son nom, une pratique (fort cou­rante à l’époque lorsqu’il s’agissait de musiciens sudistes enregistrés par un Nordiste) qui le rendra immensément riche.

Il semble que c’est pour cette raison que Sleepy John refuse d’aller à Chicago pour enregistrer davantage de titres. Mais la Depression frappe aussi dure­ment et bon nombre de musiciens ne referont plus surface après 1929-30.Ce n’est pas le cas de Sleepy John Estes. Comme beaucoup d’autres, il gagne Chicago. Néanmoins, à l’inverse de nombreux bluesmen Noirs, Sleepy et son “gang” ne s’installeront jamais défi­nitivement dans la grande cité des bords du Lac Michigan. Ils n’y passent qu’une partie de l’année et généralement de façon sporadique. Estes, malgré l’in­fluence évidente qu’il aura sur le cours du Chicago blues, ne sera jamais véritablement considéré comme un bluesman de la ville. Bien qu’il ait souvent joué en formation, Estes n’a jamais été véritablement un chef d’orchestre, bien plutôt un bluesman-inspirateur qui s’entourait d’un petit groupe de musiciens qui se consi­déraient comme ses disciples.

SOMEDAY BABY : LE ROLE D’HAMMIE NIXON
Estes n’enregistre pas entre 1930 et 1935 mais il ne cesse de se produire en public. Sa musique évolue de façon conséquente, sort complètement du cadre des string-bands pour devenir plus déliée, plus musclée... plus moderne tout en conservant une forte conno­tation rurale. Hammie Nixon a joué un rôle déterminant dans ce processus. Il définit en fait le jeu d’harmonica en deuxième position qui deviendra - via John Lee “Sonny Boy” Williamson - le standard obligé non seulement du Chicago blues mais aussi de tout le blues orchestral jusqu’à aujourd’hui. Ses rapports quasiment filiaux avec Estes - il a été confié par sa mère à Sleepy John afin de parfaire son éducation - font de Hammie bien davantage qu’un accompagnateur : le soutien attentif et dévoué de son leader. Il virevolte autour de la guitare de Sleepy John, souligne et prolonge son chant, prend de magnifiques contre-chants et solos. Les seize titres qu’il a enregistrés en compagnie de Sleepy John (ici inté­gralement réédités) constituent l’un des sommets absolus de l’histoire du blues.Comme à Brownsville et Memphis, Estes et ses compagnons jouent plus dans les rues de Chicago que dans les clubs. C’est là que Mayo Williams les rencontre : ils sont en train de se produire dans la file d’attente d’une soupe populaire à l’intersection de Calumet & 47th Streets. Williams est un producteur aux dents longues et au flair avéré, un peu l’équivalent noir de Lester Melrose. Il vient d’être embauché par Decca pour recruter les meilleurs bluesmen. L’arrivée de ce nouveau label bri­tannique qui concurrence RCA Victor et ARC Columbia, quelque peu assoupis, sur la scène du blues va revivifier cette dernière et lui donner un nouvel élan qui se prolongera jusqu’à la guerre.

Le 9 juillet 1935, Estes et Nixon gravent quatre splendides titres dont Someday baby blues, un chef-d’œuvre. Le titre ne connaît d’abord qu’un petit succès. En fait, il deviendra un standard grâce aux versions subséquentes enregistrées par d’autres musiciens. Il faut attendre août 1937 pour que Sleepy John et Hammie retournent dans les studios pour Decca, cette fois à New York. Et ce come-back est surtout dû au succès inattendu de leur élève John Lee “Sonny Boy” Williamson avec Good morning, little schoolgirl. Ils gravent cette fois dix titres, encore une fois magistraux. Avec les allées et venues incessantes et sans organisation réelle du groupe de Brownsville entre le Tennessee et Chicago, Nixon n’enregistrera, hélas, plus avec Estes avant leur redécouverte dans les années 60. Mais le duo avait ouvert la voie à un nouveau Chicago blues, plus proche des racines rurales sudistes. La popularité de Estes se maintient. Et il continue de faire des disques pour Decca puis pour le concurrent Bluebird jusqu’en septembre 1941.Si Hammie Nixon est irremplaçable, Estes retrouve en studio d’autres membres du “gang” de Brownsville. Son Bonds, Charlie Pickett et le guitariste-harmoniciste maison de Decca, Robert Nighthawk sont aussi responsables de la grande qualité de ces séances. New Someday baby est une suite à deux guitares de facture très moderne. Everybody oughta make a change, un morceau plein de swing, deviendra un des meilleurs blues enregistrés par Eric Clapton.

LES DURES ANNÉES DE L’APRÈS-GUERRE
Cependant, la séance du mercredi 24 septembre 1941 sera la dernière que Sleepy John enregistre vraiment à destination du public noir. Il quitte alors Chicago pour le Kentucky, vit chez un cousin, retourne dans le Tennessee, revient à Chicago le temps d’enregistrer un disque pour le label indépendant Ora-Nelle (qui restera inédit jusque dans les années 70). En 1947 ou 1949, Estes perd totalement la vue et cela met fin à sa vie de “hobo”. Dès lors, Estes, aidé de Nixon, réside de façon permanente autour de Brownsville et ne s’aventure plus guère au-delà de Memphis. Là, ils se produisent régulièrement dans Handy Park où, en 1951, ils sont remarqués par Sam Phillips qui les enregistre pour son label Sun. Mais cette séance, une fois encore, ne sera éditée que vingt ans plus tard! Bien que Hammie Nixon ait toujours prétendu être présent dans les studios Sun, la discographie officielle signale Lee Crisp comme l’harmoniciste de cette séance.Quoi qu’il en soit, les temps sont très durs. Hammie Nixon gagne sa vie comme ouvrier agricole ou en vendant son whiskey clandestin. Estes se marie, a plusieurs enfants qu’il n’arrive pas à nourrir. Comme il le confiera : “Je n’ai jamais touché de royalties sur mes disques...

Tout le monde chantait mon “Someday baby”, j’entendais tous ces disques dans les juke-boxes et à la radio. Mais moi je n’en tirais pas un cent...”.Mais la réputation de Sleepy John Estes ne cesse de grandir parmi les amateurs de blues, de plus en plus nombreux dans le monde entier. La réédition de Someday baby sur l’anthologie Bad luck blues, un des tout premiers microsillons consacrés au blues d’avant-guerre, crée un choc supplémentaire : les années ont encore renforcé la puissance émo­tionnelle de ce chef-d’œuvre. Sleepy, lui, n’est toujours au courant de rien. Dans son très beau texte de pochette de l’époque, Jacques Demêtre, avec les indications qu’il avait alors, trace le portrait suivant du bluesman : “Sleepy John Estes représente le blues primitif à l’état pur... Le bruit de sa mort courut il y a quelques années mais, d’après les témoignages récents, il serait encore en vie dans une petite ville du Tennessee...”Estes était en effet parfaitement en vie et il allait enfin connaître la célébrité internationale.

LA REDÉCOUVERTE
C’est le photographe de Chicago David Blumenthal qui tombe par hasard sur Sleepy John Estes en 1962. David est en train de faire un reportage dans le Sud et prend quelques clichés d’une cabane misérable, sans eau ni électricité où vit la famille d’un aveugle qui prétend avoir été un grand nom du disque. Blumenthal, de retour à Chicago, signale cet incident à Bob Koester qui interroge Big Joe Williams, en pérégrinations perpétuelles et au courant de tout. Big Joe déclare qu’il connaît très bien ce musicien et qu’il s’agit de Sleepy John Estes!Koester va chercher un Estes ébahi, l’amène à Chicago pour quelques concerts dans les Universités locales. Lorsque Bob lui fait part de son désir de l’enregistrer à nouveau, Estes lui déclare qu’il reviendra dans quelques semaines avec... Hammie Nixon. Un peu plus tard, il ramène aussi son vieux compagnon Yank Rachell! Malheureusement, Charlie Pickett et Son Bonds sont décédés. Ce dernier a été tué quelques années aupa­ravant. Il réparait sa clôture lorsqu’une voiture s’est arrêtée. Un Blanc en est sorti, a armé son fusil et l’a abattu avant de redémarrer tran­quil­lement.Cette rocambolesque “redécouverte” est le point de départ d’une nouvelle carrière pour Sleepy John et le reste de son “gang”. Il grave de nombreux albums pour Delmark, Folkways, Southland, Vanguard, Storyville, Revival et Adelphi. Sur son deuxième micro­sillon, Broke & Hungry (Delmark), il s’adjoint les talents d’un tout jeune guitariste : Mike Bloomfield qui fait ainsi ses débuts.Estes se produit dès lors dans les plus grands festivals comme celui de Newport et fait des tournées dans le monde entier, de l’Europe au Japon.

Mais Sleepy John est un homme usé prématurément. Sa voix n’a plus la puissance d’antan et, lorsqu’il pénètre sur scène, il apparaît extraordinairement plus âgé que ce que dit son Etat Civil. Frêle, la démarche hésitante, il doit s’appuyer sur Hammie Nixon ou Yank Rachell pour gagner les micros et son tabouret. La salle retient son souffle comme de peur de faire vaciller celui qu’on imaginait gigantesque! Il ajuste ses lunettes noires, raconte une blague que l’auditoire ne comprend pas et se met à caresser sa guitare avec une évidente gaucherie. Cependant, lorsqu’il commence à chanter Someday baby ou Diving duck blues, l’étrange alchimie qui avait envoûté le public d’avant-guerre refait son œuvre. Nixon prend un extraordinaire solo, Estes se tourne vers lui et rit... Est-on à Paris, Berlin, Birmingham dans les années 60 ou à Brownsville en 1935? Lorsque le mor­ceau se termine, l’assistance semble hésiter... Un applaudissement et soudain toute la salle explose en une gigantesque ovation pour ce géant du blues qu’elle a eu la chance de voir et d’entendre.En privé, ce fragile vieil homme demeure d’une causticité redoutable, faisant s’effondrer en larmes une toute jeune Sugar Pie De Santo sous ses sarcasmes lors d’une tournée de l’American Folk Blues Festival. L’homme était à double face, à double tranchant pourrait-on dire. En coulisses, il répond aux innombrables questions des amateurs, discographes, admirateurs ou simples pique-assiettes avec gentillesse, complaisance, souvent une étonnante exactitude. Mais lorsqu’il considère que l’interview a assez duré, il y met fin avec la même verve sarcastique qui baigne la plupart de ses grands blues.

Steve Tomashefsky qui accompagnait Estes et Nixon au Japon a relaté l’interview surréaliste suivante, réalisée tandis que Sleepy John mangeait un cheeseburger. Le journaliste japonais : “Qu’est-ce que vous appréciez le plus au Japon?”. Estes : “Leurs cheesburgers!” Eberlué, l’autre recommence : “Quelles sont vos impressions sur les Japonais?“ “Ils font de bons cheeseburgers”. Le journaliste s’enferre : “Allez-vous écrire un blues sur le Japon?”. Et Estes de clore l’entretien : “Oui, je crois que je vais en écrire un sur les cheeseburgers japonais quand j’aurai réussi à manger celui-ci“.Grâce à de nombreuses aides, Estes avait fini par toucher de substantielles royalties. Avec beaucoup de méfiance et à contre-cœur, il avait même accepté d’acheter une maison en briques rouges dans un faubourg de Brownsville. Mais il n’y passera que quelques heures, préférant retourner dans sa sordide cabane au milieu des champs! L’hiver, les fenêtres - toutes brisées - sont bouchées avec du papier journal et Sleepy John dort sur une paillasse à même le sol.C’est là qu’il meurt le 5 juin 1977 alors qu’il se prépare à retourner en Europe pour deux semaines. Il venait de faire la une du journal local : “Sleepy John Estes, la personnalité qui a fait connaître Brownsville dans le monde entier”.
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS SA 1997

LES TITRES
Broken-hearted, ragged and dirty too : Le premier enregistrement de Sleepy John Estes a eu lieu le 17 ou 24 septembre 1929, sans doute un test pour Peer et Victor. Ce Broken-hearted, ragged and dirty too est une composition originale de Estes mais dérivée du Broken hearted de Blind Lemon Jefferson. “Now I had the blues all night long/ I ain’t had nobody can tell poor John right from wrong“.

The girl I love she got long curly hair : Ce morceau a, semble-t-il, été un petit succès pour John, en tout cas la meilleure vente durant son association avec le label Victor. Sur l’air de Rollin’ and Tumblin’, ce Girl I love passera dans le répertoire de nombreux bluesmen de Memphis (dont Furry Lewis) sous le titre de Goin’ to Brownsville. La voix mourante et le débit saccadé de Estes font mouche dans ce blues, malgré un accompagnement quelque peu erratique de Jab Jones.

Divin’ duck blues : Après une introduction de Yank Rachell à la mandoline, Estes, selon la grande habitude des Folk Songs américains, colle les paroles d’une très vieille chanson irlandaise (“If the river was whiskey and I was a divin’ duck/ I’ll dive to the bottom and I never come up”), de Careless love et d’autres ballades pour en faire un blues personnel! Le morceau sera repris d’innombrables fois (notamment par Fred McDowell) et connaîtra un succès international via Taj Mahal.

Milk cow blues : Certainement le morceau le plus réussi de ces séances de 1929-30, Milk cow blues présente un Jab Jones enfin à l’unisson de ses partenaires et un Yank Rachell particulièrement dynamique. Il s’agit d’un blues à double sens érotique à partir de la traite d’une vache à lait. A sa sortie, ce titre ne connaîtra pas un grand succès. Kokomo Arnold s’inspire de façon assez lâche du Milk cow blues de Estes en 1934 qui est devenu encore plus célèbre à travers la version Western Swing de Johnnie Lee Wills en 1941 puis celle d’Elvis Presley.

Poor John blues : Un blues dans lequel Estes s’apitoie sur son sort avec pas mal d’auto-dérision. L’ensemble fonctionne à merveille.

Stack o’dollars : Encore un vieux folk-song adapté à la sauce Sleepy John. Big Joe Williams en fera une des pièces favorites de son répertoire.

My black gal blues : Ce dernier titre de 1930 est quelque peu gâché par un Jab Jones assez pesant.

Down south blues : Quelles que soient les qualités des séances précédentes, elles n’apparaissent que comme les ébauches imparfaites de celles de 1935-37. La voix de Estes est devenue déchirante et Hammie Nixon est certainement le meilleur harmoniciste de l’époque. Leur entente est parfaite. A deux, ils ont la puissance, l’entrain et le dynamisme d’un orchestre entier. Estes ne savait ni lire ni écrire. On n’en admirera que davantage la qualité littéraire de ses textes, commentaires aigres-doux sur la Dépression et la migration Nord-Sud : “I get up every morning and I walk up to Third & Beale/ And I’m just standin’ and wonderin’: Lord just how can I have a meal?/ Now the peoples in Memphis, they are walking the streets up and down/ And the times are hard, peoples are starving all over town“.

Stop that thing : Estes et son gang de Brownsville étaient friands de ce genre de morceaux syncopés, sans doute des pièces de danse des Plantations du XIXe siècle.

Someday baby blues : Une composition de Estes/Nixon qui est devenue un des plus grands standards du blues et du Rock, repris par des centaines d’artistes de Big Maceo (Worried life blues) à Muddy Waters, Freddie King, Junior Wells, Big Joe Williams... Un chef-d’œuvre poignant, l’interaction entre la voix désespérée de Sleepy John et l’harmonica pleurant de Hammie engendre une émotion dévastatrice. Le texte peut apparaître anodin à première écoute mais il acquiert une grande puissance après : “I don’t care how long you gone/ I don’t care how long you stay/ But that good kind treatment/ Bring you back home someday/ Someday baby you ain’t gonna worried my life anymore...“

Who’s telling you Buddy Brown? : Ce Buddy Brown était un ami de Sleepy John Estes à Chicago qui lui avait promis de l’immortaliser dans un de ses blues! L’harmonica de Nixon est encore une fois extrêmement expressif.

Married woman blues : Un beau blues plein de nostalgie dans lequel Estes transcende l’habituelle image de la femme infidèle (“Never take a married woman to be your friend”).

Drop down mama : Il s’agit d’une adaptation et d’un mélange très personnels de plusieurs titres d’après Bo Carter ou la vieille pièce New Orleans, Mama don’t allow qui deviendra aussi un petit standard du blues d’après-guerre (Fred McDowell, Big Joe Williams, Tom Rush).

Government money : Estes revient en studio le 2 août 1937, toujours accompagné de Nixon mais aussi de l’excellent guitariste Charlie Pickett qui contribue encore à moderniser l’ensemble. Government money est un panégyrique de la politique suivie par Franklin Roosevelt dans le Tennessee.

Vernita blues : Interrogé sur cette Vernita, Sleepy John révéla qu’elle avait été une de ses “pires petites amies”. Quoi qu’il en soit, ce blues au rythme heurté immortalise pour le meilleur cette fugitive égérie.

Floating bridge : Estes a été victime d’un terrible accident en allant voir son parent dans le Kentucky. Sa voiture est tombée du bac qui traversait le fleuve et, sans l’intervention de Hammie, il se serait noyé. Ce fait divers relaté par plusieurs journaux de l’époque donne lieu à un des plus grands textes de Estes : “Now I never will forget that floating bridge/ Tell me five minutes time underwater I was hid/ When I was going down I put up my hand/ Please take me on dry land/ They dried me off and laid me in the bed/ Couldn’t hear nothin’ but muddy waters running through my head...”

Need more blues : Ce beau titre qui ne semble pas avoir connu de succès particulier à sa sortie restera un des favoris de Sleepy John Estes jusqu’à sa mort et il l’a toujours interprété sur scène. Une sorte de prêche laïc dans la grande tradition noire sudiste : “Needmore had harmed many a man“.

Jack and Jill blues : L’entente parfaite entre Pickett, Estes et Nixon fait de ce Jack and Jill blues une des grandes réussites de cette séance d’août 1937, globalement remarquable.

Poor man’s friend : Une ode à la voiture T-Model des usines Ford, baptisée par la publicité “l’amie des pauvres gens”.

Hobo jungle blues : La vie itinérante, celle de “hobo”, est décrite avec force dans ce blues qui parle des trains, des voitures et de la police : “Now if you hobo to Brownsville, you’d better not peeping out/ Mr Whitten will get you and Mr Guy will wear you out”. Comme dans tous les textes de Estes, les personnes citées ont existé. Selon les règles ségré­gationnistes, lorsqu’il fait figurer “Mr” avant un nom propre, il s’agit d’un Blanc.

Airplane blues : En mai 1937, John Lee “Sonny Boy” Williamson a eu un grand succès avec Good morning little schoolgirl, sans doute une composition dérivée de cet Airplane blues que Estes et Nixon, fort remontés contre leur ancien élève-compagnon enregistrent comme une sorte de réponse. Mais, avec un superbe jeu d’arpèges de Pickett, ce morceau a de grandes qualités intrinsèques. Il sera, tel quel, repris aussi par de nombreux musiciens (Blind Boy Fuller, Clifton Chenier, Sidney Maiden...).

Everybody ought to make a change : Durant cette séance de 1938, Estes n’est plus qu’en compagnie d’un seul guitariste qui exécute des arpèges à la façon hispanique, très fréquents dans le blues de Brownsville! Ce guitariste est sans doute Charlie Pickett qui a toujours joué de cette façon (cf. Blues, 1927-42 FA 033). Il s’agit d’un des sommets de l’œuvre de Estes. Ce morceau sera repris de nombreuses fois, notamment par Taj Mahal et Eric Clapton.

Liquor store blues : Encore une précision digne d’un faits divers dans ce blues à propos de Peter Adams, un marchand de spiritueux de Forest City, Ak. Apparemment, ses prix étaient particulièrement attractifs : “Mr Peter Adams, the discount man/ You ask him for a favor and you won’t feel ashamed”.

Easin’ back to Tennessee : L’entente entre Estes et son guitariste est encore une fois parfaite dans ce blues dans lequel Estes exprime son désir de retourner dans le Sud à cause du climat de Chicago.

Fire department blues : Martha Hardin, l’héroïne de ce morceau, était une des “meilleures” petites amies de Estes. Il donne son adresse puis décrit avec force images l’incendie qui a détruit son appartement et l’a forcée à déménager sur Bradford Street. Les arpèges de Bonds ou Pickett anticipent presque ce que fera un Lightning Hopkins après la guerre. “(Martha Hardin) She’s a hard-working woman, her salary is very small/ When she pays up her house-rent, that don’t leave anything for insurance at all/... You know Martha’s house done burned down/ She done moved over Bradford Street”.

Clean it up at home : Une autre pièce syncopée à la Stop that thing que Estes interprétera pratiquement lors de tous ses concerts après sa redécouverte en 1962.

New someday baby : La suite de Someday baby... Le duo de guitares Estes/Pickett ou Bonds donne une atmosphère très différente de la version précédente. Cette nouvelle mouture est sans doute moins émotionnelle mais plus rythmique et elle semble appeler l’orchestration du futur Chicago blues.

Brownsville blues : Une pièce un peu dans la veine des blues composés par les frères McCoy et de facture moderne. De sa manière habituelle, Sleepy John vante les mérites de sa ville mais il y a plus qu’une vive critique derrière l’apparent satisfecit : “Now Brownsville is my home and you know I ain’t gonna throw it down/ Because I’m acquainted with them laws and they won’t let me down”.

Special agent : Estes retrouve sa voix mourante et le rythme saccadé du blues de Brownsville sur cette superbe composition qui raconte comment il a gagné Chicago en resquillant sur les trains avec la peur au ventre des contrôleurs et de la police des chemins de fer (special agents) : “Now when I left old Ripley, the weather was kinda cool/ Say : “Boy you all be careful, papa you might catch the flu/ Now I hung that 97, I went down in the freight rail box/ Now I could hear the special agent when he came tippin’ over the top/ Those special agents up the country, sure is hard on a man/ Now they will put him off when he’s hungry and won’t even let him ride no train/ Now special agent, special agent, put me off close to some town/ Now I got to do some recording, I oughta be recording right now“.

Mailman blues : Cette séance du 4 juin 1940 trouve Sleepy John en compagnie du chanteur-guitariste-harmoniciste Robert Mc Collum/ Robert Lee McCoy qui fera carrière après la guerre sous le nom de Robert Nighthawk. Nighthawk a connu Robert Johnson, a parcouru le Sud en compagnie de Rice Miller et a enregistré une œuvre globalement remarquable sous son nom et en tant qu’accompagnateur. Bien que sa réputation de “maître du slide” soit grande, il est aussi un excellent harmoniciste très expressif (cf. Harmonica blues FA 040).Dans ce blues, Estes guette la lettre de sa bien-aimée et s’adresse directement au facteur.

Time is drawing near : Robert Nighthawk est à la guitare dans ce blues plein de nostalgie sur le temps qui passe.

Jailhouse blues : Retour de Nighthawk à l’harmonica dans cette émouvante complainte du condamné à mort qui attend la chaise électrique. Estes pleure presque en constatant : “I consulted the lawyer and I know darn well I was wrong/ I couldn’t get a white man in Brownsville, said he would go my bond”.

Tell me how about it : Une sorte de ragtime blues dans la veine de Clean it up at home et autres Bottle up and go, ce morceau trouve un Nighthawk plein d’entrain. Le titre semble avoir été donné par Decca. Durant le blues revival, Estes l’interprétait toujours sous celui de Mr Tom’s blues. Il nous avait expliqué qu’il s’agissait d’un de ses voisins blancs (d’où l’appelation de Mr) qui aimait la campagne alors que son gendre (Mr Robert) la détestait. Ils étaient ainsi en conflit permanent. “Mr Tom lives in the country/ Mr Robert lives in town“.

Drop down : Sur ce morceau très enlevé, Estes et Robert sont accompagnés d’un joueur de washboard extravagant qui doit être la propre femme de Nighthawk, Ann Sorter. Le titre aura aussi un bel avenir et sera repris des dizaines de fois après la guerre.

Lawyer Clark blues : Pour sa dernière séance d’enregistrement avant la guerre - et la plus moderne d’apparence - Estes est accompagné de Son Bonds et du contrebassiste Raymond Thomas. Le jeu de guitare de Bonds peut faire suggérer, par comparaison, la présence de Charlie Pickett durant celle de 1938. Lawyer Clark est le portrait flatteur d’un avocat de Brownsville connu pour son libéralisme. A moins qu’avec ce semi-panégyrique, Estes ait voulu s’attirer les bonnes grâces d’un important notable de sa ville. “Now Mr Clark is a lawyer, his younger brother is too/ When the battle get hard, he tells him just what to do/ Once I got in trouble (you know I was gonna take a ride)/ He didn’t let it reach the courthouse, he kept it on the outside/ Mr Clark is a good lawyer, he is good as I ever seen/ He’s the first man to prove that water runs upstream/ He says if I just stay out of the graveyard/ Poor John, I’ll see you don’t go to the penitentiary“.

Working man blues : Sans doute un des plus grands textes sur la mécanisation de l’agriculture qui est en train de bouleverser le Sud. Aucun sociologue n’a mieux décrit l’angoisse du fermier devant de tels bouleversements ainsi que, malgré tout, ses espoirs d’une meilleure vie : “You done spent all my 1940 rent woman, you done work on my substitute/ Then if you don’t wait until 1941, what in the world you gonna do?/ Now they ought to cut off so many trucks and tractors/ White men you ought to work more mules and men/ Then you know that will make money get thick again/ Now when a man gets together, you know he turns his stocks into feed/ He says go sell his corn and buy gas and pour it in his automobile/ Now I been studyin’, I been wonderin’ what makes a man turn the ground in wintertime/ You know let the snow and rain rot the grass and make fertilizer for the ground/ Now the government give a school in Brownsville, I think it is very nice/ You know the children can go there in the daytime and the old folks have it at night“.

L’œuvre de Sleepy John Estes comme celle d’autres artistes présentés dans cette série (Peetie Wheatstraw, Big Bill Broonzy ou Johnnie Temple) démontre que l’art du blues n’est pas qu’une musique. Il marie le chant, l’habileté instrumentale (et surtout son expression) à un texte qui parle à la communauté dont le bluesman s’érige en porte-parole. Les textes de Sleepy John Estes sont parmi les plus remarquables de l’histoire du blues. Ils sont d’ailleurs aujourd’hui étudiés dans certaines universités américaines, notamment dans le Sud! Comme l’écrivait Jacques Demêtre, sans doute un des meilleurs exégètes du blues, à propos de Sleepy John Estes : “Bien que destiné à l’origine à la seule population des ghettos noirs américains, le message qu’il envoie a un contenu émotionnel et une dimension universelle auxquels bien peu d’auditeurs pourront résister“.
Gérard HERZHAFT
Auteur de “Le Blues” (Que Sais-je? n° 1956) et des coffrets “Blues, 1927-42” (FA 033) et “Harmonica blues”(FA 040) chez Frémeaux & Associés.

SOURCES:
Divers numéros des magazines Blues Unlimited, Blues World, Living Blues et Soul Bag.Divers textes de pochettes de Jacques Demêtre, Don Kent, Bob Koester et Steve Tomashefsky.

english notes
If the power of a blues lyric is a yardstick of quality, Sleepy John Estes must be one of the greatest blues creators of all time. He wrote a number of extraordinary blues based on current events and his own experience, using his gift for acute observation and wry humour. The result was a rare, almost sociological account of the segregationist South, couched in understated terms that the black community picked up loud and clear.Sleepy John was responsible for blues standards such as Someday Baby, Milk Cow Blues, Broken Hearted, Diving Duck Blues  and Everybody Ought To Make A Change, which have been featured by countless artists from Muddy Waters to Elvis Presley and Eric Clapton.  His work with Hammie Nixon originated the now familiar guitar/harmonica blues duo format.  He also contributed much to the shape of post-WWII  Chicago blues, directly influencing important stars like Sonny Boy Williamson (cf. FA253). This double CD covers the best of his brilliant pre-war output. John Adam Estes was born on 25 January 1899 or 1904 to share-cropper parents in the small rural community of Ripley, Tenn. Their large family lived in conditions close to bonded serfdom, beholden to their landowner and subject to his whims. As Southern blacks, they bore the added burden of an appalling system of oppressive segregation. In the South there were only three ways to escape being a tenant farmer: sport, music and migration. John Estes tried all three. As a child he learnt guitar from his father, a juke-joint musician. He also became a good baseball player, but lost an eye during a game in 1914. The die was cast and John turned to professional music. With his heavy-lidded dead eye, he became “Sleepy” John Estes.

BROWNSVILLE BLUES
John began by moving to the city of Brownsville, Tenn., where he studied guitar with one David Campbell. Soon he was playing in private functions and travelling shows with veteran entertainer Hambone Willie. In 1919 he left Willie to form his own string band with local guitarists Son Bonds, Charlie Pickett and James “Yank” Rachell, who also played fine mandolin. A few years later he took on Hammie Nixon and, later still, the young John Lee “Sonny Boy” Williamson. Except for Sonny Boy, all of these musicians recorded prolifically, both with Sleepy John and in their own right, and shared a taste for broken rhythm, improvised solos, duelling guitars and, above all, guitar/harmonica interplay, which at the time was an exciting departure. All this produced a distinctive “Brownsville school”, whose modern, deeply bluesy approach provided serious competition for the jug bands of Memphis in the 1920s.Sleepy John’s regional popularity reached the keen ears of record producer Ralph Peer, who was down South on a field trip (cf. Jimmie Rodgers FA 254) and was extremely taken with John’s mournful, angular voice, his wry, clever lyrics and the tightness of the band. A few days later Peer signed them up with Victor, and on 17th (or 24th) September 1929 he recorded them in the Ellis Auditorium at Memphis, adding Jab Jones, a pick-up pianist.

MILK COW BLUES
On the first session Sleepy John sang three originals: The Girl I Love, Broken Hearted, Ragged And Dirty Too  and Divin’ Duck Blues  - which sold well enough to justify planning a second date. This time Peer’s gamble paid off with Milk Cow Blues , which sold in tens of thousands, later becoming a blues classic. This historic Memphis session was spread over two weeks between 13th and 30th May 1930, proof of Ralph Peer’s enthusiasm for Sleepy John. Peer made sure that the copyright of all his artists’ songs was assigned to his own publishing company, Southern Music. He often registered them under his own name, becoming a very rich man in the process. This may be why Sleepy John refused to record more of his songs in Chicago. However, the Depression was beginning to bite, and after 1930 a fair number of musicians simply vanished. This did not happen to Sleepy John. Like many other blues musicians, he went to Chicago, but, unlike them, he and his men were never permanently based in the Windy City. Their visits were sporadic and seasonal. Despite his subsequent influence in Chicago, Estes was never really thought of as a local artist. While he often used a band, he was less a bandleader than a source of blues inspiration to a little group of disciples.

SOMEDAY BABY: THE ROLE OF HAMMIE NIXON
From 1930 to 1935 Estes did no recording, though he performed regularly in public. His music underwent a radical change from the string-band idiom to something more subtle, powerful and modern, but still with a strong rural streak. Hammie Nixon played a crucial role in defining the back-up harmonica blues style that was to become the accepted standard in Chicago, influencing blues bands to this day. Sleepy John was like a father to Hammie, whose inspirational playing is a measure of this closeness. The sixteen sides that they made together are all included here, representing one of the high points of blues history.Estes and his friends played less in clubs than on the streets of Chicago, which is where a shrewd and ambitious black producer came across them, outside a local soup-kitchen. Mayo Williams had been hired by the fledgling Decca label to sign up the best blues singers, which was a shot in the arm for the stagnant blues scene.

On 9th July 1935, Estes and Nixon cut four splendid sides, including the masterly Someday Baby Blues , which did not do especially well until later versions by other artists made it a standard. The duo’s next session was in 1937 at Decca’s New York studios, and produced ten magnificent sides. Ironically, the impetus for this was the unexpected success of Sonny Boy Williamson’s Good Morning, Little Schoolgirl. It was the last time that Sleepy John and Hammie were to record together until their reunion in the 1960s. However, Estes remained popular and continued to make records for Decca and, later, Bluebird until September 1941.Hammie Nixon was hard to replace, but superlative playing was provided by other Brownsville friends, such as Son Bonds and Charlie Pickett, and Decca’s house guitarist and harmonica player, Robert Nighthawk. New Someday Baby  contains some very advanced two-guitar work, while the swinging Everybody Ought To Make A Change  was to become one of Eric Clapton’s best blues vehicles.

THE TOUGH POST-WAR YEARS
24th September 1941 was to be Sleepy John’s last date for a purely “race” label.  Then he left Chicago for Kentucky and Tennessee. Between 1947 and 1949, total blindness put an end to his wanderings. From then on, with Nixon to help him, he lived full-time in Brownsville, rarely straying further afield than Memphis, where the pair often played in Handy Park. In 1951 they were spotted by Sam Phillips, who recorded them for his Sun label, but the results were not issued for another twenty years! Times were hard. Hammie Nixon survived by doing farm work and selling moonshine. Estes had married, but did not earn enough to feed his family. Later he commented that he never received a cent in royalties, although his songs were on every jukebox. Still, his reputation worldwide was gradually increasing. Someday Babe  featured on one of the first European LP compilations of pre-WWII blues, making a big impression. Its emotional impact seemed to have actually increased with the years. While Sleepy John himself was unaware of all this, soon he was to find international fame at last.

REDISCOVERY
In 1962, photographer David Blumenthal was on assignment in the South, taking pictures of a run-down cabin belonging to a blind man who claimed to have been a big record star. Back in Chicago, he mentioned this to Bob Koester, who asked the ubiquitous Big Joe Williams about it. Big Joe immediately identified the musician as Sleepy John Estes. Koester brought a rather stunned Sleepy John back to Chicago for some campus concerts. Bob also said he wanted to record Estes, who duly returned with Hammie Nixon and, later, his old sidekick Yank Rachell. His astonishing re-emergence spelled the start of new career for Sleepy John and his gang, and a rash of new albums. His second LP, Broke & Hungry  (Delmark) even featured a very young Mike Bloomfield on guitar. Major festival appearances followed, with tours as far afield as Europe and Japan.But Sleepy John was prematurely aged. His voice had lost its old strength, he walked unsteadily and had to be helped to the mike. He would tell meaningless jokes on stage and fumble awkwardly with his guitar. But when he launched into Someday Baby  or Divin’ Duck Blues , the uncanny pre-war magic would cast its old spell. Nixon would take a sparkling solo and John’s face would light up.

Was this Paris, Berlin or Birmingham in the 1960s or was it Brownsville, 1935? At the end of the number, the audience would hesitate, then burst into rapturous applause for this colossus of the blues. In private, this frail old man could be witheringly sarcastic, once reducing the young Sugar Pie De Santo to tears at the American Folk Blues Festival. Backstage he would field the countless questions from fans and collectors with courtesy and accuracy. But when he had had enough, he would send them packing with the same acerbic wit that coloured his blues.In the end, with much outside help, Sleepy John received substantial song royalties. He even reluctantly agreed to buy a red-brick house in suburban Brownsville, but soon returned to his beloved tumble-down shack in the fields, where he died on 5th June 1977. The headline in the local paper described him as “Sleepy John Estes, the man who made Brownsville famous around the world ” .
Adapted by Tony Baldwin from the french texte of Gérard Herzhaft

CD Sleepy John Estes © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)




EcoutezPisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 BROKEN HEARTED RAGGED AND DIRTY TOO - ESTES03'16
02 THE GIRL I LOVE SHE GOT LONG CURLY HAIR - ESTES02'58
03 DIVIN DUCK BLUES - ESTES03'16
04 MILK COW BLUES - ESTES03'04
05 POOR JOHN BLUES - ESTES02'54
06 STACK O DOLLARS - ESTES02'52
07 MY BLACK GAL BLUES - ESTES02'54
08 DOWN SOUTH BLUES - ESTES03'09
09 STOP THAT THING - ESTES02'44
10 SOMEDAY BABY BLUES - ESTES03'01
11 WHO S TELLING YOU BUDDY BROWN - ESTES03'21
12 MARRIED WOMAN BLUES - ESTES03'14
13 DROP DOWN MAMA - ESTES03'11
14 GOVERNMENT MONEY - ESTES03'12
15 VERNITA BLUES - ESTES03'10
16 FLOATING BRIDGE - ESTES03'10
17 NEED MORE BLUES - ESTES02'54
18 JACK AND JILL BLUES - ESTES02'39
CD 2
01 POOR MAN S FRIEND - ESTES03'09
02 HOBO JUNGLE BLUES - ESTES02'56
03 AIRPLANE BLUES - ESTES02'52
04 EVERYBODY OUGHT TO MAKE A CHANGE - ESTES02'50
05 LIQUOR STORE BLUES - ESTES02'28
06 EASIN BACK TO TENNESSE - ESTES02'42
07 FIRE DEPARTMENT BLUES - ESTES03'07
08 CLEAN IT UP AT HOME - ESTES02'37
09 NEW SOMEDAY BABY - ESTES02'51
10 BROWNSVILLE BLUES - ESTES03'08
11 SPECIAL AGENT - ESTES02'51
12 MAILMAN BLUES - ESTES02'55
13 TIME IS DRAWING NEAR - ESTES02'22
14 JAILHOUSE BLUES - ESTES02'57
15 TELL ME HOW BOUT IT - ESTES02'27
16 DROP DOWN - ESTES02'46
17 LAWYER CLARK BLUES - ESTES03'07
18 WORKING MAN BLUES - ESTES02'58

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