LEAUTAUD - MALLET

INTEGRALE DES ENTRETIENS RADIOPHONIQUES

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Livret : 40 PAGES
Nombre de CDs : 10


79,99 € TTC

FA5016

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Coffret 10 CD accompagné d'un livret 40 Pages.

Ce coffret présente sur 10 CD l'intégrale des entretiens radiophoniques entre Paul Léautaud et Robert Mallet suivi des entretiens inédits de Julien Benda et Paul Léautaud réalisée sous la direction d'Edith Silve ( Chargée de la publication des oeuvres inédites de Paul Léautaud). Les entretiens Léautaud-Mallet sont considérés comme une oeuvre radiophonique qui fait référence à la fois dans le monde des Lettres et des Arts mais aussi dans l'histoire du journalisme et des média. Pour la première fois, l'INA et Frémeaux & Associés éditent, avec le concours de la Scam, l'intégrale des célèbres entretiens de Paul Léautaud avec Robert Mallet.
Patrick Frémeaux

« Un écrivain qui reçoit un prix littéraire est déshonoré. »
Paul Léautaud – Extraits des Entretiens avec Robert Mallet

Il est là dans les studios, le petit bonhomme qui avait pourtant bien dit à Robert Mallet qu'il ne viendrait pas à la radio : 'je ne suis pas un cabotin !' Il vient pour médire de tous et de tout. On dit que les rues se vident à l'heure des entretiens et que de Charles de Gaulle aux étudiants qui s'entassent dans les bars du quartiers latin, tous écoutent avec ravissement ce redoutable petit vieillard attaquer les plus illustres gloires de la littérature française.
Lequel va être la marionnette à abattre aujourd'hui ? L'émission est explosive et on surnomme Léautaud la dynamite des ondes. La dynamite à quatre-vingts ans et elle est plus active que jamais. La poésie de Valéry ? - ça ne m'intéresse pas du tout, répond Léautaud, c'est de la fabrication. Je le dis toujours, il n'y a pas, pour moi, dans toute l'oeuvre de Valéry un seul vers qui vaille celui de Verlaine : l'espoir luit comme un brin de paille dans l'étable. Et pan ! Un coup de canne sur le plancher en guise de ponctuation. Sa famille et ses maîtresses ont droit au même traitement que les gens de lettres. Sa mère ? une petite catin. Son père ? Un coureur de jupons. Ses maîtresses ? Seul le sexe compte, surtout pas de coeur dans l'affaire.
Il s'affiche comme un sans foi ni loi et ses propos sont si provocateurs qu'il faut bien, parfois, censurer ses débordements. Et pourtant, la douceur, l'amour, la tendresse sont là lorsqu'il évoque son enfance, les animaux abandonnés qu'il recueille, ou les poètes qu'il aime, comme Verlaine, Charles Guérin. Tenir son journal entouré de ses chats représente la seule forme de bonheur qu'il connaisse.
Cet écrivain qui parle à travers un masque sous lequel il dissimule sa fragilité, sa pudeur, sa peur de la mort et de l'amour, est bien un grand acteur dont les entretiens avec Robert Mallet en sont le témoignage. Les centaines de lettres qu'il reçut des auditeurs prouvent l'immense intérêt qu'il suscita en 1951. Aujourd'hui, ces entretiens font partie de notre patrimoine national.
Edith Silve

Coédition Frémeaux & Associés - INA avec le soutien de la Scam et en accord avec la SPA et Edith Silve (Chargée de la publication des oeuvres inédites de Paul Léautaud) et Robert Mallet.

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LOUIS JORDAN 1938-1950 - FA 5017

LOUIS  JORDAN
1938-1950










En synthétisant de manière per­sonnelle les différentes composantes de la musique afro-américaine de son époque, Louis Jordan a très largement contribué à la création d’une musique de qualité au cachet unique qui sera commercialisée par les maisons de disques sous l’étiquette Rhythm & Blues, un substitut à l’appellation Race Records. Sa production est devenue et restée un modèle pour toute une génération de musiciens. Ray Charles et Chuck Berry, Sonny Rollins et Ornette Coleman ont exprimé toute l’admiration qu’ils lui portaient. B.B. King et Clarence Gatemouth Brown lui ont rendu hommage en gravant des albums reprenant ses propres compositions. Surnommé “the king of the juke-boxes”, Louis Jordan connaîtra cinquante cinq fois les honneurs du Billboard dans la catégorie top ten hits. Joel Whitburn, le statisticien des Charts, a estimé que cette performance exceptionnelle le classe au cinquième rang du palmarès des artistes de rhythm & blues, toutes époques confondues, en termes de ventes de disques et de passage dans les Charts. Considéré comme le père du Rock And Roll, paternité qu’il a toujours niée, Louis Jordan a très largement contribué à populariser la musique noire auprès du public blanc, et ceci avec naturel et dignité, sans jamais pouvoir être taxé du qualificatif d’Oncle Tom. L’histoire d’une musique qui rime avec joie de vivre.

ENTRE PHILADELPHIE ET NEW YORK
Louis Thomas Jordan est né le 8 juillet 1908 à Brinkley, une petite ville de l’Arkansas située à une centaine de kilomètres de Memphis. Élevé par sa grand-mère, il manifeste très tôt un vif intérêt pour la musique. L’environnement familial est favorable. Son père, James Aaron Jordan, un musicien accompli, élève de W.C. Handy et membre des Rabbit Foot Minstrels, dirige le Brinkley Brass Band et lui donne quelques leçons de trombone avant de l’orienter vers la clari­nette plus adaptée à sa taille. Sa tante Lizzie Reid, la pianiste de la Mount Olive Baptist Church, lui apprend le solfège. Cette formation est complétée par des cours d’harmonie dispensés par Naomi Gettis, un professeur réputé de la ville. Progressant rapidement, le jeune garçon peut effectuer des remplacements dans la formation paternelle. Le temps des vacances, il joue avec les Rabbit Foot Minstrels dans le cadre des tournées du TOBA, la Theater Owner’s Booking Association, appelée aussi Tough One Black Asses par les artistes noirs qui dénonçaient ainsi leurs conditions de travail épouvantables. À la même époque, il se produit avec des formations régionales comme les Dixie Melody Syncopators et le Silas Green show. En 1929, ses études terminées, il décide de devenir professionnel et rejoint à El Dorado, une ville pétrolière de l’Arkansas, les Imperial Serenaders du pianiste Jimmy Pryor puis le Belvedere Orchestra de Ruby “Junie Bug” Williams qui travaille au Green Gables Club de Hot Springs (Arkansas). Pendant cette période d’apprentissage, Louis Jordan acquiert une expérience qui lui sera fort utile. Il maîtrise les saxophones soprano, alto, ténor et baryton et élargit son répertoire en y incluant des morceaux de jazz et les airs à la mode que proposent ce type de groupes. Mais surtout, s’initiant au métier d’entertainer, il danse, participe à des sketches et observe le jeu de scène de ses collègues ainsi que les réactions du public.

Ce dernier aspect prendra une importance considérable dans la suite de sa carrière. Commençant à être apprécié, Louis Jordan parcourt la Pennsylvanie avec le Dr Sell’s Travelling Medicine Show et rencontre, en 1932, à Philadelphie, le trompettiste Charlie Gaines, de 8 ans son aîné, qui le prend sous sa protection. Musicien expérimenté, Charlie Gaines a enregistré avec Fats Waller, Clarence Williams et des chanteuses de blues comme Elvira Johnson, Mary Stafford, Margaret Webster et Edith Wilson. Le 21 décembre 1932, les deux hommes font partie de l’orchestre qui accompagne Louis Armstrong lors de l’enregistrement des fameux Medley of Armstrong Hits Parts 1 & 2. Treize mois plus tard, le 23 mars 1934 exactement, le compositeur et pianiste Clarence Williams, également directeur artistique chez Okeh et l’un des personnages les plus importants du milieu du jazz, invite les deux amis à New York pour graver quatre faces dont I Can’t Dance, I Got Ants In My Pants qui contient le premier vocal du saxophoniste. Sur les conseils du chef d’orchestre et ancien acteur Ralph Cooper, Louis Jordan dé­cide de tenter sa chance à New York qui reste un lieu de passage obligé pour tout jeune musicien ambitieux. Après une période probatoire de six mois nécessaire à l’obtention de la carte du Local 802, le syndicat des musiciens new yorkais, il peut rejoindre la formation de Kaiser Marshall et se produire dans les endroits hip de la ville comme l’Ubangi Club, le Harlem Opera House et l’Apollo Theatre. On le trouve ainsi avec le violoniste Leroy Smith surnommé “The Colored Paul Whiteman” dont l’ensemble pratique un jazz symphonique. Encore une opportunité dont tirera partie Louis Jordan : “Je suis resté un an avec Leroy. Nous nous sommes produits à Atlantic City et à Cleveland. En fait, j’étais le seul à jouer du jazz et à im­proviser mais c’était un orchestre de qualité.” 

À l’automne 1936, remplaçant Edgar Sampson, le compositeur de Stomping at the Savoy qui désire se consacrer à son travail d’arrangeur, Louis Jordan intègre le big band de Chick Webb. À cette époque, Chick Webb est l’idole des danseurs du Savoy. Tous les jeunes batteurs, Gene Krupa, George Wettling et Cozy Cole en tête, viennent l’écouter. Dans son orchestre figurent des musiciens du standing de Taft Jordan, Sandy Williams, Teddy McRae et Wayman Carver. Le crooner Larry Linton, surnommé le silver-toned tenor, et la chanteuse Ella Fitzgerald qui connaîtra son premier grand succès avec A-Tisket, A-Tasket, assurent les parties vocales. Avec ce groupe, Louis Jordan enregistre une quinzaine de faces sous le nom de Chick Webb ou d’Ella Fitzgerald. On l’entend chanter fort aimablement dans Gee, But You’re Swell (15 janvier 1937), Rusty Hinge et It’s Swell Of You (24 mars 1937). Comme il l’a confié à Arnold Shaw, cette expérience lui permet de se faire connaître et de trouver sa voie : “Je jouais de l’alto et je chantais. Chick était nain et bossu et assurément un grand batteur. C’était aussi un remarquable découvreur de talents mais pas un showman, et certaines personnes pensaient que j’étais le leader parce que j’annonçais les morceaux. J’adorais faire du jazz avec un grand orchestre et aussi chanter le blues. Mais je voulais surtout être un entertainer. Je désirais jouer pour des millions de gens et non pour quelques initiés.”

Se trouvant insuffisamment mis en valeur, Louis Jordan quitte Chick Webb en 1938 pour monter avec l’aide de l’arrangeur Jessie Stone, son propre ensemble, The Elk’s Rendez-vous Band, qui débute, le 4 août 1938, dans le club du même nom situé sur Lennox Avenue. Initialement constitué de neuf musiciens, l’effectif est vite réduit à six membres dont le trompettiste Courtney Williams, le saxophoniste ténor Lem Johnson, le pianiste Clarence Johnson, le contrebassiste Charlie Drayton et le batteur Walter Martin. Bien que sa composition dépasse régulièrement les cinq membres, la formation se présente désormais sous le nom des Tympany Five et fait les beaux soirs des clubs de la 52e rue. À cause de l’exiguïté des lieux, Walter Martin se séparera vite de ses timbales qui avaient donné son nom au groupe mais l’appellation restera. Le 20 décembre 1938, le producteur J. Mayo Williams, responsable du département Race Records de la compagnie Decca, convoque l’orchestre pour accompagner le chanteur Rodney Sturgis. Lors de la même séance, deux faces sont gravées sans Sturgis : Barnacle Bill The Sailor, un vieux classique déjà illustré par Hoagy Carmichael, et Honey In The Bee Ball, inspiré d’une chanson enfantine qui sera interprété quelques mois plus tard, toujours pour Decca, par le batteur-chanteur O’Neil Spencer.

LE TEMPS DU TRIOMPHE

En 1941, le jeune leader quitte New York pour Chicago où, grâce à Berle Adams, son imprésario et futur président de Mercury, il partage l’affiche du Capitol Lounge avec les Mills Brothers et le pianiste Maurice Rocco. Louis Jordan profite de son séjour dans les différents clubs de la windy city pour parfaire son show en y incluant des blagues, des numéros comiques et des nouvelles compositions. Le trompettiste Eddie Roanne, le pianiste Arnold Thomas, le bassiste-showman Dallas Bartley et le fidèle Walter Martin qui font maintenant partie de sa nouvelle formation, jouent le jeu. La démarche s’avère payante car le public est ravi. Les 15 et 22 novembre 1941, huit titres sont confiés à la cire. Parmi eux, Mama, Mama Blues (Rusty Dusty Blues), I’m Gonna Move To The Outskirts of Town, une composition de Casey Bill Weldon, et Knock Me A Kiss figurent aux premières places du Harlem Hit Parade. L’expérimenté producteur Milt Gabler, fondateur de la marque Commodore, remplace Mayo Williams et poursuit la même politique éditoriale. Lors de la séance marathon du 21 juillet 1942, donc quelques jours avant la grève des enregistrements décrétée par l’American Federation of Musicians, sont gravés What’s The Use Of Gettin’Sober, The Chicks I Pick Are Slender, Tender And Tall, Somebody Done Changed The Lock On My Door, Five Guys Named Moe, It’s A Low Down Dirty Shame d’Ollie Sheppard, et I’m Gonna Leave You On The Outskirts of Town qui confortent cette réussite.Le succès aidant, les Tympany Five deviennent des attractions recherchées dans tout le pays et triomphent dans des endroits prestigieux comme l’Howard Theater (Washington), le Paradise Theater (Detroit), l’Apollo Theater (New York), le Coliseum (New Orleans) ou le Regal Theater (Chicago).

Dès lors, multipliant les hits, Louis Jordan devient l’un des artistes les plus populaires de la musique afro-américaine de son temps, toutes catégories confondues. Caldonia (1945), repris par Dizzy Gillespie et Woody Herman, Choo Choo Ch’Boogie (1946), vendu à plus d’un million d’exemplaires, chiffre énorme pour l’époque, ou Let’s The Good Times Roll (1946) culminent dans les Rhythm and Blues Charts avec Ain’t Nobody Here But Us Chickens, Boogie Woogie Plate, Saturday Night Fish Fry, Run Joe, Texas and Pacific, Beans and Cornbread, Don’t Worry’Bout That Mule, Mop Mop, Ration Blues et What’s The Use of Getting Sober. Performance unique, Is You Is Or Is You Ain’t My Baby et Ration Blues atteignent la première place des Country Charts.Les raisons de cette réussite sont multiples. D’abord, Louis Jordan arrive au bon moment. Il bénéficie des conseils de l’avisé Berle Adams. “Nous étions tous, Jordan, les musiciens du groupe et moi-même à la recherche de nouvelles compositions souvent signées par de jeunes auteurs. Nous favorisions les textes traitant de questions d’actualité. Quand nous trouvions quelque chose que nous aimions, un arrangement était conclu avec l’auteur et nous testions le morceau en club. Les chansons que le public demandait soir après soir étaient enregistrées. Une fois en studio, nous savions que nous détenions des hits car nous avions testé le marché.” Des compositeurs blancs ou noirs, toujours dans le vent, comme Mike Jackson (Knock Me A Kiss), Jessie Mae Robinson (Blue Light Boogie), Sam Theard (Let The Good Times Roll), Billy Austin (Is You Is Or Is You Ain’t My baby), Denver Darling et William Tennyson (Salt Pork, West Virginia) fournissent un matériel de qualité que Louis Jordan transcende par ses dons de showman et de musicien. Comme le montre le recueil “Roots of Rhythm and Blues 1939-1945” (Frémeaux & Associés FA 050) et les cinq volumes de la série “Rock and Roll” publiés dans la même collection, sa production s’inscrit tout à fait dans le contexte économique et culturel de l’époque.

On y trouve de véritables sagas développées autour des thèmes classiques de la “bouffe”, de la campagne ou des femmes, et ceci avec un humour excluant toute vulgarité. Louis Jordan est un maître conteur capable de mettre en valeur les textes les plus anodins. Animant les surprises parties harlémites, Caldonia Boogie et Choo Choo Ch’Boogie dispensent un rythme shuffle idéal pour la danse et répondent aux aspirations des Noirs d’après guerre, avides de moments de bonheur et de détente. Ainsi que le signale pertinemment Bernard Niquet, Louis Jordan et Fats Waller poursuivaient le même but : amuser leur public. Mais alors que Fats interprétait souvent des rengaines sans intérêt avec un swing monstrueux, Louis Jordan utilisait des blues riffés racontant des histoires inénarrables qu’il chantait d’une voix “hip” avec un humour incomparable et dans lesquelles se retrouve la communauté noire. Car dans ce domaine, Louis Jordan s’impose comme un maître de la spécialité : Rusty Dusty Blues, Ration Blues, Buzz Me, Somebody Done Changed The Lock Of My Door, une autre composition de Casey Bill Weldon réactualisée avec authenticité aux goûts du jour, Reconversion Blues, Heed My Warning et Inflation Blues sont des chefs-d’œuvre du genre. Ce dernier titre montre que l’amuseur Jordan était aussi conscient des problèmes sociaux de son temps. Matérialisés par une voix aux intonations claires et une diction limpide, les mêmes atouts se retrouvent dans des ballades charmantes comme Knock Me A Kiss, Is You Is Or Is You Ain’t My Baby et Don’t Let The Sun Catch You Cryin’.Les premiers titres de cette compilation témoignent d’un art en gestation dont les caractéristiques sont déjà bien affirmées. Louis Jordan est sur la bonne voie. Son jeu à l’alto, inspiré par Pete Brown, gagne en assurance et devient plus personnel. Son orchestre est au point. Il dispose d’un répertoire varié et original. Y figurent des blues bien ancrés dans la tradition (‘Hard Lovin’Blues avec la chanteuse Yack Taylor), des boogies (Pinetop’s Boogie Woogie) et des morceaux jump très dansants comme Swinging In a Cocoanut Tree avec sa touche exotique, ou June Tenth Jamboree, desquels émerge peu à peu le fameux rythme shuffle qui sera l’une des clés des succès à venir. Dans la même veine At The Swing Cat’s Ball est un appel à la fête et annonce Saturday Night Fish Fry et Blue Light Boogie.

Le reste de cette sélection est d’un niveau rarement atteint pour une musique destinée avant tout à amuser le public. L’orchestre est constitué selon les séances et les circonstances de musiciens comme Courtney Williams, Eddie Roane, Aaron Izenhall (trompettes), Kenneth Hollon, Josh Jackson, Stafford Simon (saxophones ténor), Al Morgan, Dallas Bartley, Bill Hadnott (contre­basse), Walter Martin, Chris Columbus, Shadow Wilson, Joe Morris (batterie), Carl Hogan, Bill Jennings (guitare) qui, formant des équipes soudées par de nombreuses répétitions, travaillent avec professionnalisme, rigueur et talent. Écoutez, par exemple, les nombreuses parties de trompettes et la façon dont la guitare électrique de Carl Hogan s’intègre dans Beware. Il faut aussi signaler que des pointures du calibre du pia­niste Bill Doggett (Onion) et de Wild Bill Davis officiant au piano (Boogie Woogie Plate) ou à l’orgue (Tamburitza Boogie, Lemonade, It’s A Great, Great Pleasure), assurent la responsabilité d’arrangements pas tristes du tout. Gravés avec une formation plus étoffée, des morceaux comme Cole Slaw, Beans And Cornbread, Onion, Saturday Night Fish Fry représentent le meilleur du genre. Autre caractéristique, Louis Jordan incorpore des éléments de la musique des Caraïbes qui viennent co­lorer Early In The Morning, écrit en collaboration avec Dallas Bartley, et Run Joe cosigné avec le parolier Joe Williams Willoughby et Walter Merrick, son médecin personnel. À ceci, s’ajoutent les qualités de saxophoniste du leader dont la sonorité ronde ou râpeuse et le jeu direct et efficace favorisent un swing intense. Kenneth Hollon a brillamment résumé le style de son ancien em­ployeur: “Louis est un fantastique musicien de section et un des meilleurs altos. Il produit à la clarinette, au baryton ou au ténor des solos superbes. C’est aussi un des plus grands vocalistes de jazz et il a l’habitude de s’entourer des swingingest cats around”.

Toujours copié mais jamais égalé, le Tympany Five devient ainsi la référence dont s’inspireront des vedettes populaires comme Roy Milton, Joe et Jimmy Liggins ou Joe Lutcher.Avec de tels atouts, Louis Jordan poursuit sa trajectoire triomphante. On le trouve associé à Bing Crosby, une autre vedette de la compagnie Decca. Sa rencontre avec Ella Fitzgerald produit des duos qui restent des petites merveilles de swing et de complicité comme Baby It’s Cold Outside; ce titre sera repris par le duo Ray Charles et Betty Carter. Avec Louis Armstrong, un autre partenaire prestigieux, sont enregistrés deux joyaux : Life Is So peculiar et You, Rascal You. Louis Jordan est célèbre. On l’entend dans des émissions de radio prestigieuses. Il passe à la télévision. Son nom est utilisé dans des publicités. Mais surtout, il participe à de nombreux courts-métrages et “soundies” (petits films de la durée d’un 78 tours destinés à illustrer le son des juke boxes) : The Outskirts Of Town, Five Guys Named Moe (1942), Jumpin’At The Jubilee (1943), Follow The Boys, Meet Miss Bobby Socks (1944) Buzz Me, Caldonia (1945), Swing Parade, Beware (1946), Reet-Petite And Gone (1947) et Look Out Sister (1948) qui mettent en évidence son talent de comédien et la qualité de sa musique. Un point sombre vient assombrir cet univers radieux. Le 26 janvier 1947, après une dispute, son épouse Fleecie Moore tente de le poignarder. Louis Jordan s’en tirera avec quelques jours d’hôpital, mais restera évidemment marqué par cet épisode douloureux. Pour la petite histoire, le nom de Fleecie Moore figure parmi les auteurs de nombreux hits dont Caldonia. Une sacrée rente!

ROCK AND ROLL CALL OU A LA POURSUITE DU ROCK AND ROLL
En 1951, après le départ de Berle Adams, Louis Jordan voulant évoluer et satisfaire de légitimes ambitions de musicien, met sur pied un big band qui, sous la direction d’Oliver Nelson, tourne comme une superbe machine à swinguer (Fat Sam From Birmingham). Mais cette formule, d’ailleurs en perte de vitesse, n’apporte rien à sa gloire. En 1952, fatigué par d’incessantes tournées et perturbé par des problèmes personnels, Louis Jordan, souffrant d’arthrite, doit se retirer provisoirement à Phœnix. Tout en restant importante, sa popu­larité décline, les ventes de ses disques diminuent et, corrélativement, les compositions de qualité, aptes à renouveler son répertoire, n’affluent plus comme avant. Le leader des Tympany Five quitte Decca en 1954 pour produire chez Aladdin d’excellentes faces (Girl, You Need A Whippin’, If I Had Any Sense I’d Go Back Home) qui ne lui permettent pas de remonter la pente car les temps changent. Le Rock and Roll s’installe en roi et Louis Jordan est victime comme beaucoup d’autres artistes affublés de l’étiquette Rhythm and Blues, du courant qu’il avait contribué à créer. La compagnie Decca couve son nouveau poulain, le chanteur Bill Haley qui, comble d’ironie, s’inspire de sa musique : “Les musiciens de Bill Haley ne lisaient pas la musique, se souvient Milt Gabler, le producteur de Decca. Ainsi, je leur chantonnais des riffs ou des phrases extraites des disques de Louis, qu’ils reproduisaient ensuite.”En 1955, Louis Jordan enregistre pour X et Vik, deux filiales de RCA, des faces honorables louchant avec dignité, mais sans grand succès, vers les sons à la mode (Rock and Roll Call, au titre significatif).

La compagnie RCA concentre ses efforts à la promotion d’Elvis Presley qui assure la moitié de ses ventes de disques. Jordan, toujours à la recherche d’un second souffle et servi par un matériel peu adapté à son talent (Whatever Lola Wants), passe chez Mercury. Avec la complicité d’un orchestre de luxe (Jimmy Cleveland, Ernie Royal, Budd Johnson, Charlie Persip, Mickey Baker, Sam Taylor) rassemblé par les soins de Quincy Jones officiant en qualité de producteur, il essaie de relancer sa carrière avec d’excellentes reprises de ses anciens succès (Caldonia, Early In The Morning). Les jours heureux appartenant défini­tivement au passé, d’autres tentatives d’accrocher le public avec l’aide d’une petite formation comprenant l’organiste Jackie Davis et la bonne chanteuse Dorothy Smith, seront sans lendemain malgré une version enlevée de Got My Mojo Working.Connaissant une fin de carrière paisible, Louis Jordan enregistre de manière sporadique pour Warwick (1960), Black Lion (1962), Tangerine (1962-1963), le label de Ray Charles, Pzazz (1963), Black and Blue, Blues Spectrum (1973) et JSP (1974), des faces qui le montrent encore capable de produire de l’excellente musique. À ces activités, s’ajoutent de nombreux passages en clubs et des tournées qui le mènent en Angleterre (1962), en Asie (1964) et en France (1973).Après avoir honoré un dernier engagement à Sparks (Nevada), Louis Jordan va succomber, le 4 février 1975, à une crise cardiaque, sans bénéficier du regain d’intérêt que connaissait le Rhythm and Blues. Reconnaissance tardive, il intègrera le Blues Foundation’s Hall of Fame en 1983 et le Rock & Roll of Fame en 1987. Ajoutons que, contrairement à ce que ses prestations sur scène ou les paroles de ses chansons pouvaient laisser supposer, Louis Jordan était un être équilibré et réfléchi qui, fuyant les mondanités, consacra, à la fin de sa vie, beaucoup d’argent à l’enfance délinquante. Let The Good Times Roll!
Alain Tomas

Nous remercions Michel Pfau, Gilles Pétard et Danny Garçon pour le prêt de 78 tours et de documents.

Sources
- Arnold Shaw, Honkers and Shouters, Colliers Books, 1978
- Joel Whitburn, Top R&B Singles 1942-1988, Record Research (1988)
- Jacques Lubin et Danny Garçon, Louis Jordan Discography 1929-1974, Clarb, 1987
- John Chilton, Let The Good Times Roll, The Story of Louis Jordan And His Music, Quartet Books, 1992
 - Francis Hofstein, Le Rhythm & Blues, PUF, Que Sais-je?, Paris, 1991
- Big Al Parlow, The R&B Book, Music House, 1983
- Galen Gart, First Pressings, Big Nickel, 1986-1990
- Textes de pochettes et livrets de Gérard Herzhaft, Peter Grendysa, Berle Adams, Tony Burke et Bernard Niquet.

english notes
Louis Jordan’s contribution to what was known as Rhythm & Blues was considerable and his creations became and remained an example for a whole generation of musicians.  Ray Charles, Chuck Berry, Sonny Rollins and Ornette Coleman openly expressed their admiration for him.  B.B. King and Clarence Gatemouth Brown paid him tribute by bringing out albums including his own compositions.  Nicknamed ‘the king of the juke-boxes’, Louis Jordan entered the top ten of the Billboard fifty-five times.  Charts statistician Joel Whitburn reckoned that this and his record sales raised him to fifth place among Rhythm & Blues artists of all times.  He is considered as the father of Rock ‘n’ Roll, a title he always refuted, and he helped to raise the popularity stakes of black music among the Whites, while remaining unaffected and dignified.Louis Thomas Jordan was born on 8 July 1908 in Brinkley, a small town in Arkansas, some 100 kilometres from Memphis.  He was brought up by his grandmother and showed a keen interest in music right from his early years.  His father, James Aaron Jordan was a worthy musician, having followed lessons with W.C. Handy and as a member of the Rabbit Foot Minstrels and also leading the Brinkley Brass Band.  He taught him the trombone followed by the clarinet, a suitably sized instrument for his height.  Moreover, his pianist aunt, Lizzie Reid, instructed him on the rudiments of music.  This tuition was completed with lessons in harmony by the reputed teacher, Naomi Gettis.  The young boy was soon able to join his father’s band when necessary.  During school vacation, he played with the Rabbit Foot Minstrels during the tours organised by TOBA, the Theater Owner’s Booking Association (also tagged ‘Tough One Black Asses’ by black artists, dissatisfied with their working conditions). 

During the same period, he performed with regional outfits, such as the Dixie Melody Syncopators and the Silas Green Show.  After completing his studies in 1929, he decided to turn professional and set off for El Dorado where he joined Jimmy Pryor’s Imperial Serenaders, then Ruby ‘Junie Bug’ Williams’ Belvedere Orchestra which appeared in the Green Gables Club in Hot Springs.  This experience was to prove useful, as he mastered soprano, alto, tenor and baritone saxophones and the groups’ repertoires included jazz and hits of the period.  Of greater importance, he learnt the tricks of the trade as an entertainer, which was to have much bearing on his future career.As his popularity grew, he toured Pennsylvania with Dr Sell’s Travelling Medicine Show and in 1932, in Philadelphia, met trumpeter Charlie Gaines who took him under his wing.  Gaines was an experienced artist, having recorded with Fats Waller, Clarence Williams and blues singers such as Elvira Johnson, Mary Stafford, Margaret Webster and Edith Wilson.  On 21 December 1932, the two men played in the orchestra accompanying Louis Armstrong when he cut the famous Medley Of Armstrong Hits Parts 1 & 2.  Thirteen months later, the composer and pianist Clarence Williams, an important name in the jazz world, invited the two friends to New York to cut four sides including I Can’t Dance, I Got Ants In My Pants, where the saxophonist makes his vocal debut on disc.  Then, following the advice of band leader and ex-actor Ralph Cooper, Louis Jordan decided to try his luck in New York.  After a six-month delay, waiting for his union card, Louis was hired in Kaiser Marshall’s band and appeared in the town’s trendy joints such as the Ubangi Club, the Harlem Opera House and the Apollo Theatre. 

For a year, he played with Leroy Smith, otherwise known as ‘The Colored Paul Whiteman’, whose group concentrated on symphonic jazz.In autumn 1936, replacing Edgar Sampson, the composer of Stomping At The Savoy, Louis Jordan joined Chick Webb’s big band.  At that point of time, Chick Webb was idolised by the dancers at the Savoy.  His band comprised a number of high-class artists such as Taft Jordan, Sandy Williams, Teddy McRae and Wayman Carver.  On the vocals were crooner Larry Linton, or the ‘silver-toned tenor’ and Ella Fitzgerald.  With this team, Louis Jordan recorded some fifteen sides.  He can heard in Gee, But You’re Swell (15 January 1937), Rusty Hinge and It’s Swell Of You (24 March 1937).  Despite Chick’s many talents, he was not a showman and Louis presented the pieces, leading some to believe that he was the band leader.In 1938, Jordan felt he deserved better and decided to create his own band, assisted by arranger Jessie Stone.  The Elk’s Rendez-vous Band  first appeared on 4 August 1938 in a club bearing the same name in Lennox Avenue.  Initially, it had nine members but was rapidly reduced to six, namely trumpeter Courtney Williams, tenor saxophonist Lem Johnson, pianist Clarence Johnson, bassist Charlie Drayton and drummer Walter Martin.  Disregarding the number of musicians, the band was renamed The Tympany Five, a name which stuck even when the kettle-drums were omitted.  In December 1938, J. Mayo Williams from the Race Records department of Decca, summoned the band to accompany singer Rodney Sturgis.  During the session, two sides were cut without Sturgis - Barnacle Bill The Sailor, the classic as already interpreted by Hoagy Carmichael and Honey In The Bee Ball which was to be recorded a few months later by drummer-cum-singer O’Neil Spencer.

In 1941, the young bandleader left New York and headed to Chicago where, thanks to Berle Adams, his impresario and future president of Mercury, he was billed at the Capitol Lounge with the Mills Brothers and pianist Maurice Rocco.  While still in the windy city, he toured the various clubs, adding jokes and some new compositions to his act.  Trumpeter Eddie Roanne, pianist Arnold Thomas, bassist Dallas Bartley and the ever-faithful Walter Martin were now members of his new band.  This initiative proved resourceful and the punters were delighted.  On 15 and 22 November 1941, eight titles were waxed, with Mama, Mama Blues (Rusty Dusty Blues), I’m Gonna Move To The Outskirts Of Town, and Knock Me A Kiss which headed for the top of the Harlem Hit Parade.  Producer Milt Gabler, founder of the Commodore label, replaced Mayo Williams, though followed the same lines as his predecessor.  The marathon session of 21 July 1942, just before the recording strike, gave birth to What’s The Use Of Gettin’ Sober, The Chicks I Pick Are Slender, Tender And Tall, Somebody Done Changed The Lock On My Door, Five Guys Named Moe, It’s A Low Down Dirty Shame and I’m Gonna Leave You On The Outskirts Of Town.The Tympany Five were acclaimed nation-wide and were applauded on prestigious stages such as in the Howard Theater (Washington), the Paradise Theater (Detroit), the Apollo Theater (New York), the Coliseum (New Orleans) and the Regal Theater (Chicago).  Louis Jordan had become one of the most popular artists of Afro-American music of his day and age, and triumphed with a string of hits. 

Caldonia (1945), was borrowed by Dizzy Gillespie and Woody Herman, Choo Choo Ch’Boogie (1946) sold over a million copies and Let The Good Times Roll (1946) all climbed in the Rhythm and Blues Charts along with Ain’t Nobody Here But Us Chickens, Boogie Woogie Plate, Saturday Night Fish Fry, Run, Joe, Texas And Pacific, Beans And Cornbread, Don’t Worry ‘Bout That Mule, Mop Mop, Ration Blues and What’s The Use Of Getting Sober.    Is You Is Or Is You Ain’t My Baby and Ration Blues reached the number one spot in the Country Charts.Such a success could be for many reasons.  Firstly, Louis Jordan came around at the right time.  In addition, he followed the sound advice of Berle Adams.  Composers including Mike Jackson, Jessie Mae Robinson, Sam Theard, Billy Austin, Denver Darling and William Tennyson provided quality material which was truly complemented by Louis Jordan’s gifts as a showman and musician.   His music fitted perfectly in the economic and cultural context of the day.  His repertoire includes sagas developed around classical themes such as food, the country and women, all treated with vulgar-free humour.  His talent as a story-teller enabled him to develop the most bland tales.  In Harlem parties, Caldonia Boogie and Choo Choo Ch’Boogie provided a perfect shuffle rhythm for dancing, and answered the post-war needs of the Blacks.  Indeed, many of his songs were focused on the black community - Rusty Dusty Blues, Ration Blues, Buzz Me, Somebody Done Changed The Lock Of My Door, Reconversion Blues, Heed My Warning and Inflation Blues.  The latter indicates how the entertainer was also aware of the social problems which prevailed. 

The same qualities can be found in charming ballads such as Knock Me A Kiss, Is You Is Or Is You Ain’t My Baby and Don’t Let The Sun Catch You Cryin’.The first titles of the present selection demonstrate the embryonic art form of Jordan, though the principal characteristics are already clear.  His style on the alto, inspired by Pete Brown, becomes increasingly self-assured and gains a more personal touch.  His band cannot be faulted and his repertory is varied and original.  We may discover traditional blues (Hard Lovin’ Blues with singer Yack Taylor), boogies (Pinetop’s Boogie Woogie) and lively jump numbers such as the exotic Swinging In A Coconut Tree and June Tenth Jamboree where the famous shuffle rhythm starts to appear, which was to be one of the secrets behind his success.  Along the same lines, At The Swing Cat’s Ball calls for partying as do Saturday Night Fish Fry and Blue Light Boogie.The other pieces found here are of such quality that is rarely found in music destined for entertainment purposes.  The band members vary according to the session and circumstance, and include Courtney Williams, Eddie Roane, Aaron Izenhall, Kenneth Hollon, Josh Jackson, Stafford Simon, Al Morgan, Dallas Bartley, Bill Hadnott, Walter Martin, Chris Columbus, Shadow Wilson, Joe Morris, Carl Hogan and Bill Jennings - and are all competent, meticulous and talented.  As Kenneth Hollon once put it, Louis was a fantastic musician, a great jazz vocalist and made sure he was accompanied by the ‘swingingest cats around’.  The Tympany Five have often been copied, but never equalled and have inspired stars such as Roy Milton, Joe and Jimmy Liggins and Joe Lutcher.Louis Jordan pursued his triumphant path.  He was found in the company of Bing Crosby, another Decca star.  His encounter with Ella Fitzgerald resulted in some marvellous swinging duos such as Baby It’s Cold Outside. 

Two gems were recorded with Louis Armstrong - Life Is So Peculiar and You, Rascal You.  Jordan was famous at last.  He could be heard on major radio stations, appeared on the television, his name was used in advertisements and he participated in numerous short-length films and soundies - The Outskirts Of Town, Five Guys Named Moe (1942), Jumpin’ At The Jubilee (1943), Follow The Boys, Meet Miss Bobby Socks (1944), Buzz Me, Caldonia (1945), Swing Parade, Beware (1946), Reet-Petite And Gone (1947) and Look Out Sister (1948) which illustrated both his acting talent and the quality of his music.  But his glittering world was marred by one particular incident.  On 26 January 1947, Louis had an argument with his wife, Fleecie Moore, who attempted to stab him.  Jordan got away lightly with just a short stay in hospital.  Nevertheless, Louis was to remain distressed by this experience.When Berle Adams left in 1951, Louis Jordan decided to fulfil his goals as a musician and set up a big band, directed by Oliver Nelson.  However, this formula was becoming outdated and did not contribute to his success.  In 1952, feeling weary from endless tours, his personal problems and suffering from arthritis, he retired for a while in Phoenix.  His popularity was declining and even when he left Decca in 1954 to cut some excellent sides for Aladdin (Girl, You Need A Whippin’, If I Had Any Sense I’d Go Back Home), times had changed too much for him to really make an impact.  Rock ‘n’ Roll was now taking the leading role and Louis had much competition from certain Rhythm and Blues artists.  Bill Haley, who, ironically enough, was inspired by Jordan’s sounds, was now the darling of Decca.In 1955, Jordan recorded for X and Vik, two subsidiaries of RCA, but despite the quality of the music which was adopting a more modern style (Rock and Roll Call), the discs encountered little success.  RCA was busily promoting Elvis Presley whose records were selling like hot cakes, so Louis, who was using material poorly suited to his talent (Whatever Lola Wants) went on to the Mercury label. 

Backed by a prestigious band (Jimmy Cleveland, Ernie Royal, Budd Johnson, Charlie Persip, Mickey Baker, Sam Taylor) which Quincy Jones had put together, he attempted to retrieve his former acclaim, coming out with some excellent versions of his old hits (Caldonia, Early In The Morning).  Yet his efforts were in vain - even when he tried to win the crowds with a smaller set-up including organist Jackie Davis and the worthy singer Dorothy Smith, it was obvious that his days of glory were over, despite their lively rendition of Got My Mojo Working.As his career drew to a close, Louis Jordan continued to record occasionally for Warwick (1960), Black Lion (1962), Tangerine (1962-1963), Ray Charles’ label, Pzazz (1963), Black and Blue, Blues Spectrum (1973) and JSP (1974), proving that he was still an outstanding musician.  He carried on performing in clubs and toured England (1962), Asia (1964) and France (1973).After a final contract in Sparks (Nevada), Louis Jordan died of a heart attack on 4 February 1975.  His talent was recognised several years later when he entered the Blues Foundation’s Hall of Fame in 1983 and the Rock ‘n’ Roll Hall of Fame in 1987.  We would like to add that despite all outward appearances such as his behaviour on stage and his lyrics, Louis Jordan was well-balanced and thoughtful, and towards the end of his life he made large contributions to child delin­quency.  Let The Good Times Roll !
Adapted in English by Laure WRIGHT from the French text of Alain Tomas

CD1
1 - Swinging In A Cocoanut Tree. Louis Jordan And His Tympany Five : Louis Jordan (vcl, as), Courtney Williams (tp), Lem Johnson (ts), Clarence Johnson (p), Charlie Drayton (b), Walter Martin (dm). New York, 29 mars 1938.       2’46
2 - At The Swing Cat’s Ball (idem).       2’49
3 - June Tenth Jamboree. Louis Jordan And His Tympany Five : Louis Jordan (vcl, as), Courtney Williams (tp), Stafford Simon (ts), Clarence Johnson (p), Charlie Drayton (b), Walter Martin (dm). New York, 25 janvier 1940.        2’43
4 - Somebody Done Hoodooed The Hoodoo Man. Louis Jordan And His Tympany Five : Louis Jordan (vcl, as), Courtney Williams (tp), Kenneth Hollon (ts, cl), Clarence Johnson (p, vcl), Charlie Drayton (b), Walter Martin (dm). New York, 13 mars 1940. 2’40
5 - Pinetop’s Boogie Woogie. Louis Jordan And His Tympany Five : Louis Jordan (vcl, as, cl), Freddie Webster ou Kenneth Roane (tp), Stafford Simon (ts), Arnold Thomas (p), Charlie Drayton ou Henry Turner (b), Walter Martin (dm). New York, 24 janvier 1941.  2’56
6 - Mama, Mama Blues (Rusty Dusty Blues). Louis Jordan And His Tympany Five : Louis Jordan (vcl, as), Eddie Roane (tp), Arnold Thomas (p), Dallas Bartley (b), Walter Martin (dm). Chicago, 15 novembre 1941.   3’04
7 - Knock Me A Kiss (idem).          2’47
8 - I’m Gonna Move To The Outskirts of Town. Louis Jordan And His Tympany Five : Louis Jordan (vcl, as), Eddie Roane (tp), Arnold Thomas (p), Dallas Bartley (b), Walter Martin (dm). Chicago, 22 novembre 1941.         2’52
9 - Is You Is Or Is You Ain’t My Baby. Louis Jordan And His Tympany Five : Louis Jordan (vcl, as, ts), Eddie Roane (tp), Arnold Thomas (p), Jesse ‘Po’ Simpkins (b), Rossiere ‘Shadow’ Wilson (dm). Los Angeles, 4 octobre 1943. 2’44
10 - Buzz Me. Louis Jordan And His Tympany Five : Louis Jordan (vcl,as), Leonard Graham (Idress Sulieman) (tp), Freddie Simon (ts), William Austin (p), Al Morgan (b), Alex ‘Razz’ Mitchell (dm). New York, le 19 janvier 1945.          2’50
11 - Caldonia Boogie (idem).       2’42
12 - Somebody Done Changed The Lock On My Door (idem).     3’15
13 - Salt Pork, West Virginia. Louis Jordan And His Tympany Five : Louis Jordan (vcl, as, bar), Aaron Izenhall (tp), Josh Jackson (ts), Wild Bill Davis (p), Carl Hogan (g), Jesse ‘Po’ Simpkins (b), Eddie Byrd (dm). New York, le 16 juillet 1945.  3’00
14 - Petootie Pie. Ella Fitzgerald & Louis Jordan (vcl) with Louis Jordan And His Tympany Five : Louis Jordan (as), Aaron Izenhall (tp), Josh Jackson (ts), Wild Bill Davis (p), Carl Hogan (g), Jesse ‘Po’ Simpkins (b), Eddy Byrd (dm). New York, le 15 octobre 1945.       2’35
15 - Beware. Louis Jordan And His Tympany Five : Louis Jordan (vcl, as), Aaron Izenhall (tp), Josh Jackson (ts), Wild Bill Davis (p), Carl Hogan (g), Jesse ‘Po’ Simpkins (b), Eddie Byrd (dm). New York, le 23 janvier 1946.          2’52
16 - Don’t Let The Sun Catch You Cryin’ (idem). 2’58
17 - Choo-Choo Ch’Boogie (idem).          2’43
18 - Let The Good Times Roll. Louis Jordan And His Tympany Five : Louis Jordan (vcl, as), Aaron Izenhall (tp), Josh Jackson (ts), Wild Bill Davis (p), Carl Hogan (g), Jesse ‘Po’ Simpkins (b), Eddie Byrd (dm). New York, le 26 juin 1946.         2’48

CD2
1 - Ain’t Nobody Here But Us Chickens. Louis Jordan And His Tympany Five : Louis Jordan (vcl, as), Aaron Izenhall (tp), Josh Jackson (ts), Wild Bill Davis (p), Carl Hogan (g), Jesse ‘Po’ Simpkins (b), Eddie Byrd (dm). New York, le 26 juin 1946.          3’05
2 - Reed Petite And Gone. Louis Jordan And His Tympany Five : Louis Jordan (vcl, as), Aaron Izenhall (tp), James Wright (ts), Wild Bill Davis (p), Carl Hogan (g), Jesse ‘Po’ Simpkins (b), Joe Morris (Chris Columbus) (dm). New York, le 10 octobre 1946.        2’43
3 - Boogie Woogie Blue Plate. Louis Jordan And His Tympany Five : Louis Jordan (vcl, as), Aaron Izenhall (tp), Eddie Johnson (ts), Wild Bill Davis (p), Carl Hogan (g), Dallas Bartley (b), Joe Morris (dm). New York, le 23 avril 1947.        2’46
4 - Barnyard Boogie (idem).    2’46
5 - Early In The Morning (idem) mais avec The Calypso Boys (maracas & claves).     3’22
6 - Inflation Blues. Louis Jordan And His Tympany Five : Louis Jordan (vcl, as), Aaron Izenhall (tp), Eddie Johnson (ts), Bill Doggett (p), Carl Hogan (g), Dallas Bartley (b), Joe Morris  (dm), Los Angeles, 1er décembre 1947.    2’59
7 - You’re Much Too Fat (And That’s That) (idem).         2’41
8 - Daddy-O. Louis Jordan And His Tympany Five : Louis Jordan (vcl, as), Aaron Izenhall (tp), Eddie Johnson (ts), Wild Bill Davis (p), Carl Hogan (g), Dallas Bartley (b), Joe Morris (dm), Martha Davis (vcl). New York, le 8 décembre 1947. 3’17
9 - Cole Slaw. Louis Jordan And His Tympany Five : Louis Jordan (vcl, as, bar), Aaron Izenhall, Bob Mitchell, Harold Mitchell (tp), Josh Jackson (ts), Bill Doggett (p), James ‘Ham’ Jackson (g), Billy Hadnott (b), Joe Morris (dm). New York, le 12 avril 1949.           2’43
10 - Onion. Louis Jordan And His Tympany Five : Louis Jordan (as, ts), Aaron Izenhall, Bob Mitchell, Harold Mitchell (tp), Josh Jackson (ts), Bill Doggett (p), James ‘Ham’ Jackson (g), Billy Hadnott (b), Joe Morris (dm). New York, le 13 avril 1949.         2’53
11 - Heed My Warning (idem) mais Louis Jordan (vcl).  3’20
12 - Psycho-Loco (idem), no vcl.   3’00
13 - Baby, It’s Cold Outside. Ella Fitzgerald & Louis Jordan (vcl) with Louis Jordan And His Tympany Five : Louis Jordan (as), Aaron Izenhall, Bob Mitchell, Harold Mitchell (tp), Josh Jackson (ts), Bill Doggett (p), James ‘Ham’ Jackson (g), Billy Hadnott (b), Joe Morris (dm). New York, le 28 avril 1949.         2’41
14 - Saturday Night Fish Fry, parts 1 & 2. Louis Jordan And His Tympany Five : Louis Jordan (vcl,as), Aaron Izenhall, Bob Mitchell, Harold Mitchell (tp), Josh Jackson (ts), Bill Doggett (p), James ‘Ham’ Jackson (g), Billy Hadnott (b), Joe Morris (dm). New York, le 9 août 1949.          5’23
15 - Tamburitza Boogie. Louis Jordan And His Tympany Five : Louis Jordan (vcl, as), Aaron Izenhall (tabor drum), Wild Bill Davis (org), Bill Jennings (g), Bob Bushnell (b), Joe Morris (dm). New York, le 18 août 1950.        3’11
16 - Lemonade (idem), Aaron Izenhall out.           3’16
17 - It’s A Great, Great Pleasure (idem), add Aaron Izenhall (tp), Josh Jackson (ts). 3’08
18 - Life Is So Peculiar. Louis Armstrong & Louis Jordan (vcl) with Louis Jordan And His Tympany Five : Louis Jordan (as), Louis Armstrong, Aaron Izenhall (tp), Josh Jackson (ts), Bill Doggett (p), Bill Jennings (g), Bob Bushnell (b), Joe Morris dm). New York, le 23 août 1950.         3’20

CD Louis Jordan 1938 - 1950 © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)




PisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 GENERIQUE DEBUT CD1 - LEAUTAUD00'26
02 ENTRETIEN 1 - LEAUTAUD18'59
03 ENTRETIEN 2 - LEAUTAUD15'50
04 ENTRETIEN 3 - LEAUTAUD19'08
05 ENTRETIEN 4 - LEAUTAUD16'50
06 GENERIQUE FIN CD1 - LEAUTAUD00'23
CD 2
01 GENERIQUE DEBUT CD2 - LEAUTAUD00'25
02 ENTRETIEN 5 - LEAUTAUD18'08
03 ENTRETIEN 6 - LEAUTAUD18'14
04 ENTRETIEN 7 - LEAUTAUD19'48
05 ENTRETIEN 8 - LEAUTAUD16'55
06 GENERIQUE FIN CD2 - LEAUTAUD00'19
CD 3
01 GENERIQUE DEBUT CD3 - LEAUTAUD00'26
02 ENTRETIEN 9 - LEAUTAUD16'09
03 ENTRETIEN 10 - LEAUTAUD17'14
04 ENTRETIEN 11 - LEAUTAUD19'20
05 ENTRETIEN 12 - LEAUTAUD19'02
06 GENERIQUE FIN CD3 - LEAUTAUD00'23
CD 4
01 GENERIQUE DEBUT CD4 - LEAUTAUD00'25
02 ENTRETIEN 13 - LEAUTAUD16'40
03 ENTRETIEN 14 - LEAUTAUD17'49
04 ENTRETIEN 15 - LEAUTAUD17'24
05 ENTRETIEN 16 - LEAUTAUD16'32
06 GENERIQUE FIN CD4 - LEAUTAUD00'23
CD 5
01 GENERIQUE DEBUT CD5 - LEAUTAUD00'26
02 ENTRETIEN 17 - LEAUTAUD16'13
03 ENTRETIEN 18 - LEAUTAUD18'19
04 ENTRETIEN 19 - LEAUTAUD17'06
05 ENTRETIEN 20 - LEAUTAUD18'07
06 GENERIQUE FIN CD5 - LEAUTAUD00'23
CD 6
01 GENERIQUE DEBUT CD6 - LEAUTAUD00'24
02 ENTRETIEN 21 - LEAUTAUD19'28
03 ENTRETIEN 22 - LEAUTAUD19'20
04 ENTRETIEN 23 - LEAUTAUD19'10
05 ENTRETIEN 24 - LEAUTAUD18'05
06 GENERIQUE FIN CD6 - LEAUTAUD00'23
CD 7
01 GENERIQUE DEBUT CD7 - LEAUTAUD00'24
02 ENTRETIEN 25 - LEAUTAUD19'20
03 ENTRETIEN 26 - LEAUTAUD18'15
04 ENTRETIEN 27 - LEAUTAUD15'55
05 ENTRETIEN 28 - LEAUTAUD19'48
06 GENERIQUE FIN CD7 - LEAUTAUD00'23
CD 8
01 SERIE 2 ENTRETIEN 1 - LEAUTAUD19'29
02 SERIE 2 ENTRETIEN 2 - LEAUTAUD19'27
03 SERIE 2 ENTRETIEN 3 - LEAUTAUD18'56
04 SERIE 2 ENTRETIEN 4 - LEAUTAUD21'07
CD 9
01 GENERIQUE DEBUT CD9 - LEAUTAUD00'25
02 SERIE 2 ENTRETIEN 5 - LEAUTAUD19'07
03 SERIE 2 ENTRETIEN 6 - LEAUTAUD18'26
04 SERIE 2 ENTRETIEN 7 - LEAUTAUD18'32
05 GENERIQUE FIN CD9 - LEAUTAUD00'23
CD 10
01 LEAUTAUD BENDA ENTRETIEN 8 - LEAUTAUD20'54
02 LEAUTAUD BENDA ENTRETIEN 2 - LEAUTAUD19'46
03 LEAUTAUD BENDA ENTRETIEN 3 - LEAUTAUD23'45
04 LEAUTAUD BENDA ENTRETIEN 4 - LEAUTAUD14'33
"Léautaud - Mallet" par Le Nouvel Observateur

"Cinquante ans après leur première diffusion, on réédite en dix CD les admirables interventions radiophoniques de Léautaud. Le vieillard terrible n’y mâchait pas ses mots.“ LE NOUVEL OBSERVATEUR

"Cinquante ans après leur première diffusion, on réédite en dix CD les admirables interventions radiophoniques de Léautaud. Le vieillard terrible n’y mâchait pas ses mots.“La France découvrait Paul Léautaud. Dans le métro, en se rendant au travail, on échangeait ses impressions sur le Léautaud de la veille. On n’avait jamais entendu un type pareil, pareille liberté de propos, pareille vivacité. Son faire-valoir, le poète Robert Mallet, futur recteur de l’Académie de Paris, qui avait eu l’idée de ces entretiens et qui avait réussi à convaincre le solitaire, avait l’art de jouer le naïf, le conformiste, pour faire sortir Léautaud de ses gonds, et Léautaud en sortait volontiers, proférant des énormités (pour l’époque), partant d’un rire qui devint vite célèbre, trépignant, scandant ses propos de sa canne sur le plancher du studio d’enregistrement, c’était une bonne récréation. Ces fameux Entretiens, les voici parus en CD, intégralement, treize heures d’écoute. Comme le dit justement l’éditeur, ils « font partie de notre patrimoine national ». A ceux que ça tente d’en faire leur patrimoine particulier.” Delfeil de TON, LE NOUVEL OBSERVATEUR




"Paul Léautaud" par France Culture

"Misogyne, misanthrope, hilarant, exaspérant, brillant analyste de la poésie, Paul Léautaud est devenu célèbre avec cette quarantaine d'incroyables entretiens, dans lesquels il paraît parfois être le jeune libertaire, face à un Robert Mallet beaucoup plus conventionnel."    © FRANCE CULTURE

"Entre décembre 1950 et juillet 1951, sur les ondes du Poste National, le grand public découvre, parfois choqué, un vieux monsieur de presque 80 ans qui cogne avec sa canne, ricane, et peste contre une bonne partie de l'humanité. Misogyne, misanthrope, hilarant, exaspérant, brillant analyste de la poésie, Paul Léautaud est devenu célèbre avec cette quarantaine d'incroyables entretiens, dans lesquels il paraît parfois être le jeune libertaire, face à un Robert Mallet beaucoup plus conventionnel."    © FRANCE CULTURE




« Qui était Paul Léautaud ?» par Les Cahiers d’histoire de la radiodiffusion

Divers enregistrements des morceaux choisis de ses "Entretiens de Robert Mallet avec Paul Léautaud" ont été publiés au cours des trentes dernières années. Frémeaux et associés proposent à présent une version intégrale en 10 CD de la célèbre série. Qui était Paul Léautaud ? Ignoré du grand public, il était bien connu de la gent littéraire parisienne, comme critique dramatique du « Mercure de France » et de la « NRF » sous le nom de Maurice Boissard. Les fidèles ne se lassent pas d’ouvrir, au hasard  "Le journal littéraire" d’un auteur à l’expression libre de tout opportunisme. Les coups de pattes y sont fréquents. Les admirations vivement affirmées. Avec autant de subjectivité, dans les deux cas. Robert Mallet imagine en 1949 d’amener devant un micro ce témoin atypique d’un demi siècle de la vie littéraire et théâtrale parisienne. Léautaud est en effet entré en littérature par la publication en 1903 d’un ouvrage largement autobiographique "Le petit ami" qui aura le soutien d’Octave Mirebeau pour le Prix Goncourt de 1903 puis, l’année suivante, celui de Lucien Descaves. L’échec des deux démarches est une blessure. La première et la plus importante des frustrations fut l’absence d’une mère, « théâtreuse » volage. Ces deux déceptions détermineront l’existence de l’homme sensible et de l’écrivain acharné, mais sans succès, qui se réfugie dès lors dans une misanthropie provocatrice. La radio ? Il ne veut pas la connaître. N’a-t-il pas écrit en 1932 dans son «  journal » (5 juillet) « il nous faudrait une bonne guerre pour nous débarrasser de toute cette vermine à phonos et à T.S.F ». C’est par la ruse que Robert Mallet réussira à amener au micro «  l’ours » qui en méconnaît les usages et surtout la retenue de langage qu’exige la radio. Les enregistrements – dont on ignore le document brut tant les chutes de bandes ont été nombreuses  - révèlent une spontanéité qui assurera de la série. Car c’est un succès et même un grand succès. En programmant pendant plusieurs mois consécutifs des entretiens avec des auteurs, la direction de la radio instituait un genre nouveau et spécifique. Les anciens auditeurs le succès de la série radiodiffusée retrouveront la ferveur de leur écoute d’alors dans le coffret de cinq doubles albums que publie l’éditeur pour le cinquantenaire des émissions. Les plus jeunes y découvriront un auteur rare. J-J-L - LES CAHIERS DE L’HISTOIRE DE LA RADIODIFFUSION




« L’expression spontanée de la pensée de Léautaud » par La Semaine radiophonique

Les entretiens de Paul Léauteaud et de Robert Mallet ont fait sensation. Il est bien rare d’entendre des émissions de cette qualité, de cette puissante originalité. Cela était dû, certes, à la personnalité unique de Léautaud, mais aussi à celle de «  l’interviewer ». Robert Mallet, docteur ès-lettre, docteur en droit, conseiller littéraire aux éditions Gallimard et (c’est sans doute la qualité à laquelle il tient le plus) un des poètes les plus représentatifs d’aujourd’hui. «  Je connais Paul Léauteaud depuis des années : j’ai pour lui beaucoup d’affection ; certes, je voudrais qu’il ait pour moi un peu d’amitié, mais… chaque fois que je causait avec lui, chez lui, je pensais : « Si un micro était là, et pouvait recueillir les propos de cet homme étonnant !... » C’est ainsi que l’idée m’est venue de ces entretiens. Pressentit, Paul Léautaud a d’abord été réticent, gêné par l’idée de ce mode invisible et curieux à l’écoute de ses paroles. Et puis, peu à peu, il a été pris par le miracle de la radio, qui laisse l’illusion de l’intimité… Il n’avait accepté ces conversations qu’à la condition qu’elles fussent exactement comme nos discussions habituelles. Et ce qui à fait leur charme et leur valeur c’est leur spontanéité unique de Léauteaud : elle donnait l’impression d’une conversation surprise par un porte entre-ouverte. Je préparais ma documentation dans le cadre du sujet abordé, rien n’étant établit d’avance. La discussion était aussi vive que dans le privé ; je défendais, plus ou moins sincèrement le point de vue objectif contre au sien, toujours passionnément subjectif. Cette subjectivité étant sa nature même, et la source vive de sa miraculeuse et presque provocante jeunesse. Des critiques ont prétendu plaisamment que j’étais le « vieux » face au « jeune » Léautaud… Il s’est prêt à ces entretiens avec une gentillesse parfaite, et la plus courtoise des exactitudes ; il a même accepté qu’on lui retirât sa canne avec laquelle il scandait ces affirmations. D’ailleurs, il s’est rattrapé en tapant des pieds ou des mains à l’occasion ; car la chaleur de sa pensée ne lui permet pas une objection immobile et froidement exprimée. Il n’a jamais aiguillé les choix de nos discussions: il ne savait jamais ce que j’allais lui demander. Il fallu supprimer, pour la radio, bien des moments passionnants de ces conversations. Mais leur texte intégral va paraître chez Gallimard : ce sera un document d’une vérité simple et totale, avec les hésitations, les redites mêmes : j’ai voulu qu’on y retrouvât l’expression spontanée de la pensée de Léautaud. LA SEMAINE RADIOPHONIQUE




« Ils connurent un succès fou » par Note Bibliographique

Ce fut un événement important que d’entendre à la radio, sur « le poste parisien », de décembre 1950 à juillet 1951, les trente-huit entretiens entre Paul Léautaud et Robert Mallet. Paul Léautaud avait près de soixante-dix-huit ans. Entré très jeune aux éditions Mercure de France, Il y restera jusqu’à sa retraite, écrivain peu connu alors. Robert Mallet, jeune poète,  pendant des heures de tête-à-tête, joua les provocateurs, réussit à tirer de son interlocuteur, ce terrible « cabotin », tous ses souvenirs, ses idées, ses goûts littéraires et autres, et cela avec humour, une spontanéité, une sincérité quasi incroyables pour l’époque (certains passages furent censurés), accompagnés par un rire à la fois hululement de chouette, bruit de crécelle et caquetage de poule. A leur étonnement, ils connurent un succès fou. On salue la réussite de l’éditeur d’avoir réalisé ces dix CD constituant la reproduction intégrale de ces entretiens, tout en améliorant au mieux la qualité d’écoute. Un excellent livret de quarante pages accompagne le coffret. Certains, à juste titre, assurent qu’ils font désormais partie de notre patrimoine national. NOTE BIBLIOGRAPHIQUE




« Mon père ne parlait jamais de lui » par Le Dauphine Libéré

Édités en compact-disque, les entretiens radiophoniques de Léautaud n’ont rien perdu de leur piquant… Il y a tout juste cinquante ans, un programme vespéral de la Radiodiffusion française déchaînait les passions jusqu’à la Chambre des députés. Egrillards, non-conformiste, les propos que tenait chaque semaine Paul Léautaud devant le micro de  Robert Mallet suscitaient tout autant d’enthousiasme que d’indignation. Les ligues de vertus criaient au scandale et les esprits libres applaudissaient à tout rompre en entendant ce vieil écrivain donner libre cours à sa verve satirique pour raconter la vie de bâton de chaise, égratigner ses éminents confrères, témoigner de son amour des  animaux ou de la piètre estime en laquelle il tenait l’humanité. « La dynamite  des ondes » tel était alors le surnom de Léautaud. Considéré comme une œuvre « radiophonique de référence, ces entretiens sont désormais disponibles en compacts-disques. Ils  avaient certes déjà fait l’objet d’une publication en livres par les éditions Gallimard. Il faut pourtant parler d’événement. Découvrir la voix de Léautaud, avec ses inflexions charmeuses et ses brusques dérapages, écouter son rire  de crécelle l’entendre pouffer d’auto-satisfaction surprendre le martèlement de sa canne au sol du studio, c’est assister à un formidable spectacle. Et puis surtout les borborygmes, les bredouillis, les railleries et les violentes dénégations qui accompagnent les propos concernant son père. C’est d’ailleurs par une évocation de ce dernier que commence que débute les entretiens : "Mon père Firmin Léautaud est né à Fours dans les basses Alpes, aux environs de Barcelonnette…C’était un vrai fils de pays. Enfant il allait garder les troupeaux." A vingt ans le berger monte à Paris : il est placé comme apprenti –bijoutier chez un vieil oncle « avare et juponnard » qui ne tarde pas à mourir. Firmin hérite du mobilier. Renonçant à toute activité commerciale, il presente le concours d’entrer au conservatoire d’art dramatique. Il y est reçu et sort sortira nantis d’un deuxième prix de comédie et d’un accessit de tragédie. Comment est née cette vocation artistique chez ce jeune ubayen, Robert Mallet pose la question à Paul Léautaud mais n’obtient qu’un cinglant ; « Mon père ne parlait jamais de lui. » Après une brève carrière sur les planches, Firmin s’illustre surtout en tant que souffleur à la Comédie Française. Le matin, il a l’habitude de se rendre au café, avec ses treize chiens et en tenant à la main un long fouet. Il s’en sert non pas pour corriger ses  bêtes mais pour harponner les passantes. « Et elles supportaient tout ça ? » S’indigne Robert Mallet. Voix d’extase de Paul Léautaud : « il avait un tel regard… personne n’avait un tel regard… personne ne pouvait lui résister… il a eu les plus jolies femmes de Paris… » Dans le livret (signé Edith Slive) qui accompagne les compact disques, on trouvera une photo de Firmin Léautaud : Il semble bien quand même plus matamore qu’enjôleur, vis-à-vis de son fils, il s’est toujours comporté en tyranneau. Paul n’en finit pas d’énumérer les avanies qu’il a dû supporter jusqu’à l’adolescence. Il explique par un sel mot : l’indifférence. Les chiens ne faisaient pas des chats. En 1903, il assistera à l’agonie de son père en prenant des notes pour un futur livre…François BILLY – LE DAUPHINE LIBERE




« Un document inestimable » par Le Temps

En 1951, le long dialogue radiophonique de l’écrivain avec Robert Mallet remporte un succès immense. Un document inestimable sur l’homme et sa vision du monde littéraire. Plus fort que Loft story, de décembre 1950 à juillet 1951, les trente-huit entretiens radiophoniques de Paul Léauteaud avec Robert Mallet mobilisent des centaines de milliers de  Français devant leur poste. Pour les écouter on annule des dîners, on renonce à des spectacles. Peu avant sa mort Gide s’étonne : «j’en reviens pas, on ne parle que de cela.» Le vieil écrivain misanthrope est lui-même tout surpris d’éveiller autant d’intérêt, et surtout, de sympathie. Un demi siècle plus tard, on comprend l’enthousiasme que suscita cette série. A 80 ans Léautaud est un grand acteur. On dirait par instant une composition comique de vieillard hargneux. Il n’a pourtant pas été facile de le convaincre. Paul Gilson, alors directeur de la radio, programmait des grands entretiens avec des auteurs aussi célèbres que Paulhan, Gide, Collette, Claudel, Cendrars. Robert Mallet chargé d’établir le lien avec Léautaud, était convaincu de l’intérêt d’enregistrer cette parole si libre, portée par  une voix stupéfiante (de sirène, dit-on au Mercure de France !) et ponctuée par un rire qui se module  du registre de la crécelle au hululement ou au caquètement, avec des éclats qui font sursauter l’auditeur. Circonvenu par sa fidèle maîtresse Marie Dormoy, Léautaud finit par accepter de se rendre au studio pendant trois mois, et même d’y retourner pour les raccords exigés par une censure qui voulait protéger les oreilles sensibles et les jeunes esprits. «  Je ne me souviens pas du tout de ce que j’ai pu dire, plus de bêtises certainement que de choses valables » constate le bavard. Si les questions des journalistes vieillissent en général plus vite que les propos de ceux qui les interrogent, ce n’est pas le cas ici. L’excellente connaissance que Mallet a de l’œuvre de son interlocuteur et son humour établissent une véritable complicité. Entre eux, on sent le jeu : chacun assume sa place. Mallet endigue, relance, fait entendre l’avis général contre les vociférations de Léautaud, au risque de paraître bien conventionnel face au vieil écrivain toujours vert. Les entretiens suivent un axe chronologique avec des développements thématiques qui concernent aussi bien la biographie que l’œuvre, sans oublier le plus divertissant : les commentaires sur la vie littéraire française. Léautaud commence par évoquer les amours de son père avec la toute jeune femme qui deviendra sa mère et la sœur de celle-ci. De telles libertés sont inimaginables sur une radio de service public. «  J’ai dû, recommencer, réduire, diminuer, châtrer cet espèce de Don Juan paternel », se plaint l’écrivain, qui se prête pourtant à ces arrangements. Plus périlleux encore sont ses commentaires sur les intellectuelles pendant l’Occupation et à la Libération: là, on se contentera de lui demander d’éviter de nommer trop précisément. Malgré ces précautions alors que des députés communistes accusent la radio d’être au service de la bourgeoisie, tel autre de telle gauche chrétienne, s’indigne d’entendre déblatérer sur les ondes « celui qui prétendait ne se plaire que dans la compagnie des animaux ». Le débat qui s’en s’ensuit dans la presse satirique semble des plus réjouissant d’après les extraits qu’en donne l’excellente brochure qui accompagne les disques. Léautaud déteste les attendrissements, pousse des hauts cris et tape de sa canne quand Mallet essaie de lui faire avouer sa solitude de petit garçon abandonné ou ses sentiments à la mort de son père. Mais les âmes maternelles ne s’y trompent pas : l’écrivain reçoit un abondant courrier de femmes prêtes à consoler ce misanthrope, anarchiste «aristocrate».Cet immense succès l’étonne le réconforte un peu et l’attriste à la fois. Il en conçoit de l’amertume, lui qui se sent à la fin de sa vie méconnu comme auteur. Le texte intégral les entretiens paraîtra a l’automne 1951 au Mercure de France : les lecteurs sont moins fragiles que les auditeurs ! La parole de Léautaud est extrêmement construite malgré son apparente spontanéité, ses éclats de rire. La cohérence de son propos, guidé par les question de Mallet, fait de ces quelques dix heures d’écoute un témoignage humain étonnant mais aussi un document sociologique sur la vie littéraire entre la fin du XIXe siècle et la première moitié du XXe. Isabelle RUF - LE TEMPS




« Monstrueux, hautain et pourtant sensible » par Écouter Voir

Frémeaux et associés, en collaboration avec l’INA et la SCAM, publie l’intégrale des entretiens accordés par Paul Léautaud à la radio-diffusion française, et au journaliste Robert Mallet. La première série de 38 émissions commença le 7 décembre 1950. Les émissions avaient lieu tous les lundis vers 21h15 et les jeudis vers 21h40 et duraient environ un quart d’heure. Des centaines de milliers de Français suivaient le dialogue et ce fut un franc succès. La seconde série débuta le premier dimanche de mai 1951, à 20h30 sur Paris-Inter. A peu près ignoré du grand public, le vieil écrivain, connut le succès grâce à ces émissions. On est très vite séduit par la voix veloutée de Paul Léautaud. On est surtout pris par sa manie de s’exprimer physiquement pour souligner sa pensée : il tape du pied et des mains, et cogne le plancher du studio avec sa canne. Sans complaisance, touchant, intelligent, profondément amoureux du verbe, monstrueux, hautain et  pourtant sensible : mille facettes composent le portrait de cet écrivain immense qui a parcouru le siècle avec verve et talent. Livret superbe d’Edith Slive chargée de publication des œuvres inédites de Paul Léautaud. Pour les passionnés, cette somme est à posséder. Pour les curieux à emprunter absolument en médiathèque. Lucas FALCHERO - ECOUTER VOIR




« Un morceau d’anthologie à ne pas manquer » par le Magazine Littéraire

Voici un morceau d’anthologie à ne pas manquer sous la forme d’un coffret de CD édités à l’heureuse initiative de la Scam : de décembre 50 à juillet 51, les conversation radiophoniques de Paul Léautaud avec Robert Mallet captivèrent les auditeurs, valurent à Léautaud une avalanche de courrier, comme le raconte Edith Slive dans le riche livret qui accompagne cette édition, où elle revient sur la censure opérée sur la matière première ; vingt-deux heures ! S’ils furent édités par Gallimard dès 1951, ces entretiens sont un régal pour l’oreille : « Non, non, non ! »  vocifère le vieux Léautaud, martelant ses coups de gueule de coups de canne, n’épargnant pas son interlocuteur tenace et un peu trop respectueux sans doute, Robert Mallet. Provocante émotion, le personnage vibre tout entier à se raconter. MAGAZINE LITTERAIRE




« Paul Léautaud radioactif » par Libération

Espiègle jusqu’au rire pincé dans les aigus, giboyeuse, piaffante, ronchonnante, emportée, miaulant comme l’un de ces chats trouvés qui accompagnèrent sa vie, roucoulant comme une cocotte, mettant des accents circonflexes sur toutes les voyelles, toujours spontanée, généreuse, jamais précautionneuse, cinglante à souhait et on ne peut plus vivante de bout en bout : la voix de Paul Léautaud fit un tabac lorsqu’elle passa sur les ondes de poste national, puis de Paris-Inter. Du jamais entendu. De décembre 1950 à juillet 1951, au fil de trente-huit émissions d’une bonne quinzaine de minutes chacune, ce sont des centaines de milliers d’auditeurs qui suivirent chaque semaine, comme un feuilleton, les jugements abrupts, les confessions sans faux cols ou les énervements d’un Léautaud octogénaire et toujours vert, face à un interlocuteur à la fois complice et faire-valoir, victime et inquisiteur, l’étonnant Robert Mallet. Et et le charme de ces entretiens beaucoup à l’équilibre de ce duo, version littérairo radiophonique du couple que forment, au cirque le clown Blanc et l’auguste. Délectation du dire. En décembre 1950, Paul Léautaud est écrivain apprécié du milieu littéraire, une plume du Mercure de France, on se souvient de ses critiques de théâtre acerbes ou fantasques, signées Maurice Boissard pendant plus de trente ans, mais les récits autobiographiques qui l’avaient fait connaître au début du XXe siècle, tel Le Petit ami (un bijou) sont alors introuvables. En fait le grand public l’ignore. En quelques semaines, il devient premier écrivain star de la radio (Truffaut et Rivette, jeunes rédacteurs des Cahiers du cinéma, vont lui vouer un culte et calquer leur célèbres entretiens au magnétophone sur ce modèle). A un point tel que Gallimard, avant même la fin de l’année 1951, presse Léautaud de publier ces entretiens. Ce n’était pas alors un lieu commun  que de coucher par écrit des propos enregistrés par un magnétophone, Léautaud accepte en maugréant. Ce livre est un régal. Mais aujourd’hui l’édition d’un coffret de dix CD, reprenant l’ensemble des émissions, multiplie notre plaisir au centuple. Ce n’était pas la première fois que des écrivains s’exprimaient longuement sur les ondes. Gide, Claudel, Breton et bien d’autres avaient précédé le moins connu Léautaud. Tous peu à l'aise avec l’improvisation de la parole, avait dresser des garde-fous : entretiens préparés, questions soumises à une réflexion préalable, voir textes lus à l’antenne… L’érudit Robert Mallet qui connaissait la verve de Léautaud  pour être souvent allé lui rendre visite dans son pavillon de Fontenay-aux-roses (Hauts-de-Seine) où il vivait parmi ses chats, sa chèvre et sa guenon, eu le génie, après les avoir énormément préparés (trop parfois), de mener ces entretiens en imposant la surprise de ses questions à un Léautaud qui se vautre sans tarder dans une sorte de délectation du dire. Peut-être parce que cet exercice du retour sur soi, son enfance, ses femmes, ses amitiés et inimitiés littéraires, ne faisait, dans le fond, que prolonger son œuvre écrite, laquelle a toujours pris sa vie, pas banale, pour source de ressourcement perpétuel. Le tout étayé par une mémoire phénoménale : « Tout ce qui m’a plu dans ma vie, je l’ai retenu. »  Tout ce qu’il a haï aussi. Et il le prouve. Horreur de la pitié. Sans jouer les pères la morale, Mallet adopte une posture un rien professorale, et il affronte un fauve prêt à bondir sur les idées toutes faites. Léautaud raconte, pour commencer, son enfance auprès d’un père, souffleur à la Comédie française, l’absence d’une mère qu’il ne verra que huit jour en tout dans sa vie ; la vieille bonne Marie Pezé qui veille sur lui, les femmes qui se succèdent dans le lit de son père, ces mois où deux maîtresses cohabitent. Cela devait être difficile, interroge Mallet. « Mais pas du tout ! » rétorque un Léautaud qui, hormis celle que lui inspire les animaux abandonnés parce qu’ils sont sans défense, a la pitié en horreur. « Non ! Je ne souffrais pas, je n’ai jamais souffert de rien du tout. » Tout de même votre père vous délaissait, lui donnait le pain blanc de ses chiens, vous n’aviez pas de pantalon à vous mettre cette pauvreté tout de même… » Je n’ai jamais souffert de la pauvreté ! » Éructe plusieurs fois le vielle écrivain en tapant avec sa canne. "Mais cette mère absente elle vous manquait psychanalyse Mallet.  « Mais non, mais non, mais non ! Impitoyable. Mallet en vient à la période où Léautaud écrivait des vers à foison. Vos sources d’inspiration » je n’en sais rien. » Ces poésie élégiaque s’adressaient bien à quelqu’un « Houp » Mallet lit quelques vers de Léautaud : «  Non, non, ça n’à aucun intérêt. » Il veut en lire encore : «  vous pourriez encore en rester là ! » Impitoyable avec lui-même, Léautaud est sans pitié avec ses confrères. Le Bateau ivre de Rimbaud ? « Fausse profondeur » « chiqué ». Racine Corneille ? «  C’est de la bouffonerie ne m’en parler pas ! » Les drames d’Henri Bataille ? Une « honte » Heredia ? « Une fabrication de vers en carton pâte. «  C’est en lisant des écrivains en carton que j’ai appris à écrire. Des gens qui puaient l’adjectif !», dira-t-il. Gide ? » « Prêt à admirer le premier venu ». Prix Goncourt ? «  Un  écrivain qui reçoit un prix est déshonoré, DESHONORE.» Mallet solliste « un peu d’indulgence »  pour les jeunes écrivains «  non je n’ai pas d’indulgence… C’est à vomir.» Et puis il y à tout ces mots que ne supporte pas Léautaud. «  Vous m’agacez avec ce mot « inspiration »que je trouve d’une Idiotie ! » Mallet ose «  état d’âme ». «  Qu’est ce qu’est cette expression ? L’âme qu’est ce que c’est que sa ? Ah ! Ah ! Ah ! »  De même que Mallet doit remballer toute notion de « sentiments » : « laisser moi tranquille avec ça ! » Dans un entretien particulièrement fort, Léautaud évoque comment il veilla son père mourant. Quatre jours et cinq nuits, crayon à la main, il prend des notes, approche parfois la bougie pour mieux voir le visage de l’agonie. Mallet risque «  sentiment étrange ». « Mais non ! Mais non ! Le cynisme n’est pas de regarder un homme en train de mourir. C’est d’en avoir fait un livre. C’est ma nature, je suis comme ça, là ! Nombre de ces propos de cet acabit seront censuré ou à l’antenne édulcoré. On demande à Léautaud de réenregistrer certains passages en étant moins cruels ou moins précis. La version publiée enregistrer restitue ces passages. Ainsi Léautaud évoque la jeune maîtresse de son père qui demande à l’enfant d’ôter son pantalon pour le raccommoder et en profite pour venir la tripoter. Pas de sa à l’antenne. On peut le lire page 24 de l’entretien (réédités au mercure de France). Léautaud considère les femmes comme des êtres inférieurs (cela passe sur les ondes), mais il dit aussi que, quand il fait l’amour il s’arrange toujours pour que sa partenaire soit satisfaite la première, ce qui est tout à fait à son honneur, mais ses propos la sont censuré. Autre passage coupé, celui ou Mallet lui demande si il est favorable au vote des femmes : » ça m’est égal », et puis : «  le vote des homme est déjà si peut brillant que les femmes ne peuvent le rendre plus mauvais. » Cependant, une comparaison des CD et des entretiens publiés montre que ces derniers édulcorent tout autant la vivacité de la parole en la banalisant dans une réécriture plus terne, par exemple en gommant un mot comme « porcheries » pour en garder «  polissonerie » («  les porcheries, je n’ai jamais écrit que ça », dit. Léautaud). Et puis, comment rendre par écrit les aléas de la conversation , le ton , les accélérations,les « ou-ou-ouh » les « vouih ! » les « ouiiii », les égosillements , toute cette éruption langagière qui vous attache à la voix de Léautaud comme une proies ; «  Mais voyons ! Qu’est- ce que vous dites là, mon ami ! Allons donc ! ». Verdeur et plumes d’oie. Les jugements, les idées de Léautaud peuvent énerver, sembler datés, voir réactionnaires. Sa prompte vivacité, son côté joueur, son instinct de bête de radio, sa franchise jusqu’auboutiste son quant à eux d’une étonnante verdeur. Et dire qu’il n’avait pas la radio chez lui: il ne s’entendit pas sauf une fois, chez sa voisine, et s’étonna dans la lettre de Roger Martin du Gard qu’on puisse être à Juan-Les-Pins et écouter vociférer sur les ondes. Cette star de la radiodiffusion écrivait encore en 1950 avec une plume d’oie, parce que « c’est épatant » et que « sa glisse ». Mallet : « Mais où vous les procurer vous ? On en trouve dans le commerce ? ». « Vous en trouvez chez n’importe quel volailler ! ».
Jean- Pierre THUBAUDAT LIBERATION




« L’ermite de Fontenay-aux-roses » par Télérama

En 1950, à 78 ans, l’écrivain Paul Léautaud accepte de participer à une série d’entretiens radiophoniques avec le journaliste Robert Mallet. Leur diffusion connaît un succès éclatant. La verdeur des propos de l’ermite de Fontenay-aux-roses, le portrait peu flatteur qu’il fait de ses parents, ses jugement impitoyables en matière de littérature réjouissent le public, peu habitué à tant de franchise. L’affaire provoque même une amorce de débat à l’Assemblée Nationale ! On adopte son rire de chouette, on s’amuse de ses rebuffades face à l’interviewer. Certains vont jusqu’à dire : Le vieux, c’est Mallet ; le jeune c’est Léautaud. » Jusqu’alors, l’édition en disque et en cassette de ces Entretiens (dont Truffaut a toujours dit qu’ils lui ont donné l’idée de son livre sur Hitchcock) n’en reprenait que quatre heures à peine. On peut enfin s’en procurer la quasi intégralité (plus de dix heures/un régal) avec une remarquable préface d’Edith Slive, chargée de la publication de l’œuvre inédite de Paul Léautaud. Bernard GENIN - TELERAMA




« Une merveille d’intelligence à découvrir » par L’Enseignant

Le catalogue des éditions Frémeaux recèle des trésors… Témoin, ce coffret de dix CD regroupant des heures d’entretiens avec Léautaud. Une merveille d’intelligence à découvrir. Chez le même éditeur. Les misérables, raconté aux enfants, par le grand Guy Tréjan, superbe. L’ENSEIGNANT




"Léautaud/Mallet" par Jean Amadou, Europe 1

Merci pour ce somptueux cadeau. Les entretiens de P. Léautaud et « Les hommes de bonne volonté ». Je les ai lus naguère…je m’apprête à les écouter.  Quant à Léautaud, c’est avec un bonheur constant d’entendre ce rire. Cette gaieté féroce qui n’a plus guère d’équivalent aujourd’hui. Jean AMADOU - EUROPE 1




« Le corps est dans la voix » par Le Nouvel Observateur

Il a écrit « Voix off » (Mercure de France), son autoportrait en avaleur de fables, pendant ses tournées, dans des chambres d’hôtel : la voix se prolongeait par l’écriture, faisait silence mais ne se taisait pas. Denis Podalydès écrivain ? On imagine mal ce fabuleux liseur s’excuser, le soir, auprès de sa bibliothèque et dire à Michelet, à Faulkner, à Montaigne : « Patience, les enfants, c’est moi, maintenant, qu’on lit ! ». C’est que le 505e sociétaire de la Comédie Française, qui confie n’aimer rien tant que les voix des écrivains, celle de Paul Léautaud, par exemple, lisant son Journal, s’est fait autant connaître pour ses rôles que pour ses lectures. « Le corps est dans la voix », dit-il. Et d’expliquer comment lui est venu ce goût des mots : « Ma famille était très bavarde. Tout le monde parlait en même temps, voire tout seul. » […] Didier JACOB – LE NOUVEL OBSERVATEUR




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