LYS GAUTY

1932 - 1944

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Livret : 32 PAGES - ENGLISH NOTES
Nombre de CDs : 2


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FA5033

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“Je crois pouvoir dire que j’ai défendu la chanson fine et belle dans ce qu’elle a de meilleur, j’ai été une des premières à chanter des chansons de qualité littéraire comme celles de L’Opéra de quat’ sous.”
Lys Gauty, 1951

Eric Rémy présente au travers de ces 36 titres sur 2 CD accompagné d'un livret de 32 pages l'interprète du "chaland qui passe".
Patrick Frémeaux

Droits audio : Groupe Frémeaux Colombini SAS - Ecouter notre mémoire collective.

Le chaland qui passe • J’aime tes grands yeux • La fiancée du pirate • Chant de Barbara • Qui j’aime • A Paris dans chaque faubourg • Départ • Loin de toi • La ballade du cordonnier • C’est le plaisir que j’aime • Mon cœur est léger • Israël • Chanson de l’escadrille • Le bistrot du port • Complainte de la Seine • Je ne t’aime pas • Complainte désabusée • Un soir d’hiver... tard • Le moulin qui jase • Nostalgie • Libre de moi • La belle escale • Au revoir, bon voyage • ça sent la friture • Mirages • Un jour de différence • Quel beau dimanche ! • J’attends un navire • Sammy de la Jamaïque • Dis-moi pourquoi et Le bonheur est entré dans mon cœur (BO de La goualeuse) • Le bassin de la Villette • Echanges • On me prend pour un ange • Aujourd’hui, bal de nuit • Un soir sur le port • Echos.

Les ouvrages sonores de Frémeaux & Associés sont produits par les meilleurs spécialistes, bénéficient d’une restauration analogique et numérique reconnue dans le monde entier, font l’objet d’un livret explicatif en langue française et d’un certificat de garantie. La marque Frémeaux & Associés a obtenu plus de 800 distinctions pour son travail muséographique de sauvegarde et de diffusion du patrimoine sonore.
This album, issued by the world-famous publishers, Frémeaux & Associés, has been restored using the latest technological methods. An explanatory booklet of liner notes in English and a guarantee are included.
Lys Gauty : 1932-1944 - FA5033

LYS GAUTY

1932 - 1944






Alice Gauthier naît en 1900 à Levallois, cadette des quatre enfants d’une famille pauvre; le père est mécanicien dans un garage du temps des premières automobiles et la mère couturière. C’est la dèche : “Quand je suis venue au monde, mon père m’a prise dans ses bras et m’a dit : “Ma petite chérie, comme tu viens mal au monde! On t’appel­lera mademoiselle Misère.” Comme souvent dans ces histoires, on chante malgré tout et beaucoup : d’apprentissages (leçons de couture, de dactylo) en besognes (vendeuse aux Galeries Lafayette, puis modiste), la jeune femme parvient à se payer ses premières leçons de chant auprès d’une choriste de l’Opéra qui finit par lui dire : “Vous avez une présence énorme et vous végétez. Je vais parler à quelqu’un que je connais”. Lys est donc engagée en attraction (formule courante à l’époque) dans des cinémas de quartier où elle chante des arias du répertoire classique1. Mais pour peu de temps car elle se retrouve assez vite à l’Olympia, en 1925, engagée par son directeur en personne puis, tête d’affiche à l’Empire, tout en “doublant”2 dans d’autres cabarets parisiens dont l’illustre Fysher3.

Dans son cabaret “grunge” avant la lettre (on disait “lépreux”, alors, ou “craspèque”), Nelson Fysher la fait chanter en numéro deux de soirée, après une autre débutante, Lucienne Boyer, et juste avant une autre en­core : Yvonne George. Le sieur Fysher aimait les dames qui savaient se faire entendre : et sûr qu’il en fallait de l’abattage à Damia, Fréhel, Cora Madou, Dora Stroëva, Gaby Montbreuse, la Môme Moineau, Germaine Lix, Arletty, pour s’imposer, même si le lieu était minuscule, dans cette bousculade très chic et très courue du Tout-Paris noctambule, entre un ballet suédois4 et un jazz-cocktail au Bœuf sur le toit, tout cela véhiculé, comme il se doit, par un chauffeur de taxi russe à 36 quartiers de noblesse...

Lys est épaulée par Gaston Groener, requin suisse de douze ans son aîné qu’elle épouse en 1925 et qui lui sera plus un imprésario qu’un réel homme de coeur. “Pour lui c’était un mariage d’amour, mais pas pour moi. Nous étions deux amis.” Ami digne de Balzac en vé­rité, froid rapace rachetant les textes d’une foule d’auteurs pour une bouchée de pain avant de les signer sans autre forme de procès. Pierre Dudan s’en souvient bien qui, encore inconnu, faillit se faire tondre pour presque rien. George Van Parys, pianiste chez Fysher, raconte que lorsqu’il parlait de sa femme, son talent, ses succès, Groener parlait au pluriel : annexion totale. Il disait : “Nous avons été chanter à Bruxelles et nous avons eu un gros succès.” Comme il dirige le Théâtre des Dix Heures à Bruxelles, Lys l’y suit et, en 1927, y ouvre à son tour un cabaret, le Merry Grill, où se presse le beau monde. C’est aussi dans la capitale belge qu’elle enregistre ses premiers disques.

Elle retrouve Paris en 1930. Elle se lie avec Rosemonde Gérard (veuve d’Edmond Rostand qui rimaille à ses heures5) et Tiarko Richepin (consolateur de ladite veuve, fils de Jean Richepin et compositeurs d’opérettes à succès) ; ils lui écrivent quelques titres, ce que toute la profession juge très honorifique. Le prestige de leurs chansonnettes (petites moralités assez sentencieuses et terriblement vieillottes) est aujourd’hui bien pâli.

C’est d’un monde beaucoup moins “comme il faut” qu’elle va être l’une des porte-paroles à l’automne de 1930 puisqu’elle sera de l’aventure de “L’opéra de quat’sous” monté par Gaston Baty au Théâtre Montparnasse. Bien entendu, le prestige de cet avant-gardisme amoral reste, pour l’heure, assez confidentiel. Mais les amères années à venir vont lui profiter.

1933 et 1934 vont être de grandes années Gauty ; ce sont celles de ses plus beaux titres de gloire qui flottent encore dans la mémoire collective : Le Chaland qui passe, Le Bistrot du port, J’aime tes grands yeux, A Paris dans chaque faubourg, les Kurt Weill et les Jean Tranchant.       

Le 6 avril 1933 un prestigieux jury parisien, réuni pour la troisième année consécutive sous les hospices de l’hebdomadaire de luxe, le très réactionnaire Candide, distingue quelques interprètes pour leur décerner son Grand Prix du disque. Et, ce printemps-là, la palme est offerte à Lys Gauty pour son interprétation magistrale de deux airs de L’Opéra de quat’sous : Le Chant de Barbara et La Fiancée du pirate. Pour ultra-droitier que fût Candide, le jury6 n’avait pas froid aux yeux. Car si la création scénique parisienne de l’œuvre de Kurt Weill et Bertold Brecht7, n’eut guère de retentissement, le film qui en fut tiré, provoqua l’ire féroce de l’extrême-droite française et, partant, une certaine publicité de scandale envenimée (à quelques mois de l’affaire Age d’or de Bunuel) par les duels juridiques entre auteurs et adaptateurs8, les coups d’épée de la polémique politique et les coups de ciseaux de la censure9. Il n’empêche que de grandes dames du music-hall et pas des moindres, lesquelles n’étaient pas vraiment connues comme pétroleuses ou “pasionarias” (Damia, Forelle, Lys Gauty10) donnèrent leurs versions des méchantes et vitriolesques arias weilliennes.

Gloire et honneur à Lys, donc. On dit que Florelle (qui avait été la vedette du film de Pabst) en eut les sangs retournés. La blonde Flo et la brune Lys allaient d’ailleurs se retrouver en concurrence autour de ce pauvre Kurt ; c’est néanmoins Florelle qui fut l’héroïne de la comédie musicale Marie Galante, Lys créant au cabaret deux autres arias de l’exilé berlinois : le masochiste slow Je ne t’aime pas et l’onirique tango Youkali (qu’inexpliquablement elle n’enregistra pas). Elle réussit cependant, par les accents déchirants qu’elle y mettait à faire presque sienne deux arias majeures de ladite Marie Galante, la sinistre Complainte de la Seine et J’attends un navire.

De son côté, Jean Tranchant, jeune touche-à-tout, un peu décorateur, un peu publiciste et beaucoup compositeur, qui, avec Mireille et Jean Nohain, ne contribua pas peu au renouveau de la chanson française des années 30, la portraiture et lui écrit des chansons11 (Départ, Les Marins du Surcouf, Le Piano mécanique, Ballade du cordonnier, La Prière du pauvre homme, J’aime tes grands yeux).

Une demi-douzaine de Tranchant, autant de Kurt Weill : on est loin de Rosemonde Gérard, des sucreries et de la fleur bleue. Dans le milieu volontiers tape-à l’œil et populiste du music-hall, encore peu habitué à une telle sophistication, à un tel “engagement”12, on passe pour moins que cela pour une “intellectuelle”, une “cérébrale” d’autant que la dame est une perfectionniste qui soigne le moindre effet et que son style n’est pas exempt de certains maniérismes qui lui gagnaient aussi le cœur des foules (léger chuintement, portamento, vibrato voire trémolo ajoutés à des afféteries de diction ou des roulements de “r” – d’ailleurs irréguliers – encore habituels à l’époque). C’est assez pour que Damia, “l’irrégulière” qui, soit disant faisait fi de toute distinction, de toute respectabilité, la surnomme “la sous-préfète”, stigmatisant ainsi une recherche du bon goût qu’elle jugeait sans doute provinciale et petite bourgeoise ! (“Damia : une bonne artiste, une belle femme mais tellement méchante !” déplorera plus tard Lys dans une interview13).  

Mistinguett était en plumes, Joséphine à poil, Damia en noir, Fréhel... en rien ou en n’im­porte quoi, Lucienne Boyer en bleu, Marianne Oswald en rouge, Lys, elle, était en blanc, sans bijou, chiffonnant un foulard. Son art de la pose, sa distinction, ses confidences au micro (instrument encore tenu pour sacrilège et qu’elle contribue à imposer), “la dame aux yeux clairs” ne dédaignait pas du tout de les confronter au public, au grand public, celui qui est fait de tous, des bourgeois au populo. Et où le trouver plus sûrement qu’au Vel d’hiv ? Elue “reine des Six Jours” en mars 34, elle en sera “l’Impératrice” l’année suivante. Elle dose et panache suffisamment ses récitals pour passer d’une chanson de marin vraie (Valparaiso) ou fausse (les Tranchant) à une langoureuse viennoiserie, d’un tango sentimental à un slow amer, et d’une bluette au blues.

En mars au Vel d’hiv, elle est en mai au Théâtre des Champs-Elysées, temple de l’establishment musical et de la “grande musique” tout en veillant au destin de “La Folie de Lys Gauty”, son cabaret ouvert en début d’année à Pigalle, dans les locaux de l’ex Chat Noir, 12 rue Victor Massé.

En avril 1935, la toute première émission de télévision en France nous conserve sa noble silhouette vêtue de probité candide et de crêpe blanc, sa voix vibrante et ses yeux, ses yeux surtout, extraordinaires, verts, fluo­rescents, nous dardant, nous vrillant encore dans l’image trouble de ce premier témoi­gnage télévisuel, “des yeux à transpercer le corps” aurait dit Jean-Christophe Averty qui recueillit pieusement pour la radio ce qui fut sans doute, près de 60 ans plus tard, sa dernière interview et rendait un son pathétique14.

Sa popularité s’étend à l’Angleterre et aux Pays-Bas où elle tourne régulièrement ; elle sera sur le continent sud-américain en 1939. Après la télévision15, le cinéma, à son tour nous la présente dans un rôle conventionnel et émouvant, un peu trop humble pour sa sta­ture : Lys Gauty est bien plus qu’une “goua­leuse” (c’est le titre du film) mais elle a au moins prouvé, à cette occasion qu’elle est une comédienne convaincante et vient elle-même, en attraction au ci­néma Moulin Rouge, défendre son film à sa sortie en octobre 38. Toujours avec autant de flair que de compassion, au moment où une seconde vague d’immigrés fuyant les persécutions nazies vient échouer à Paris, Lys adopte Joseph Kosma et Norbert Glanzberg comme pianistes et auteurs.   

Mais ces actes conjuratoires n’empêchent pas le pire : les Allemands sont en France en juin 40 et les lois raciales promulguées dès septembre. Les consonances du nom de sa grand-mère de l’Allier, d’origine polonaise née Pierkowicz, et de celui de son mari, Groener, lui valent quelques tracas de la part des sourcilleuses autorités de ces temps d’infamie. Son répertoire, ses accompagnateurs ont rendu la Propagande soupçonneuse : elle doit se prêter docilement,  en juillet 42, à une tournée en Allemagne avec Fréhel, Raymond Souplex et l’orchestre de Raymond Legrand, tournée gérée par l’organisation “Kraft durch Freude” (la Force par la Joie !) durant la­quelle elle se produit devant les expatriés du STO et les prisonniers des Stalags à qui elle peut du moins apporter un peu de réconfort.

A la Libération, les comités d’épuration ont partagé fort arbitrairement sanctions et clémence. On ne l’épargna pas. Après le temps des injustices, vint celui des séparations : Lys divorce en 47, mais sans Groener, sa carrière périclite. Les temps ont changé : Montéro, Vaucaire, Gréco, Sauvage sont les nouvelles figures de proue d’une chanson exigeante et engagée, de plus en plus prisée, dont elle avait pourtant, une des premières, tracé le sillon. Elle s’établit à Monte-Carlo pour une fin de carrière en pointillés où elle chante tout de même les premières chansons de son nouvel accompagnateur, Léo Ferré, crée l’opérette Ma goualeuse et grave ses derniers disques en Hollande en 1950. Quand elle sort de cette semi-retraite, c’est pour lire des avis de ce genre : “Lys Gauty reparaît à la radio... sa diction est de plus en plus affectée et pointue. On entend “Amur” et “Ceu queu demain” . C’est agaçant au possible.” (Claude Antony, 26-VI-49). Elle, prend la direction du casino de Luchon où elle fonde le Festival de la voix qui ne rayonnera guère. Désabusée, elle se félicitait au moins de ce que son métier lui avait permis de s’offrir des voyages uniques, de visiter une partie du monde. Mais elle se plaignait trop et de tout : du cinéma, tueur du music-hall (c’était oublier qu’elle avait voulu y briller avec La Goualeuse), du manque de gaieté même chez ceux qui font profession de fantaisie, des vedettes fabriquées en quelques mois et de leur manque de patience et d’exigence, des chansons et du goût qu’elles reflètent, “trop entiché de musiques américaines” (oubliant ses propres égarements dans ces parages)...bref, compte tenu de l’effritement de sa popularité ces critiques16 étaient trop récriminantes pour qu’elles ne semblent pas inspirées par une certaine amertume.

Lys se replie alors définitivement à Monte Carlo où, à la suite de son frère décédé, elle prend la direction... d’une agence immo­bilière. Elle meurt en 1993.

 

Répertoire

Les motifs musicaux du Chaland qui passe, originellement, étaient chantonnés, dans un film ultramontain, par un jeune premier gominé nommé Vittorio de Sica afin de sé­duire une petite jeune fille au moyen d’un fox-trot dont les paroles italiennes fleuraient bon l’eau de rose : “Parle-moi d’amour, Mariou...”. Ces vers immortels ne franchirent pas les Alpes mais le fox-trot italien fut acclimaté, et devint, sous forme de valse, une complainte de la Seine. Il fut même réquisitionné pour servir de réclame à un film pour le moins dépourvus d’atouts publi­ci­taires : L’Atalante de Jean Vigo, Jean Vigo qui n’a pas trente ans et déjà se meurt, Jean Vigo poète maudit qui est devenu un nom de prix officiel, Jean Vigo dont les goûts musicaux (Maurice Jaubert, en l’occurrence) semblaient dérisoires aux distributeurs qui jouèrent Bixio et Lys Gauty contre Maurice Jaubert... La réputation de Lys et Bixio, ne doit pas pâtir de ces tripatouillages commerciaux : ils n’y étaient certes pour rien et d’ailleurs, la mélodie du Chaland n’est ni indigne ni si éloignée de la poésie tragique dont Vigo avait baigné son film.

Les Hommes, quels mufles ! d’où provenait ce Chaland était une comédie sentimentale et populaire toute légère qui rallia, de par le monde, beaucoup de suffrages (il s’en trouve toujours une comme cela toutes les trois ou quatre saisons) et fit apparaître à l’écran une peuplade qu’on n’y avait jamais vue, tant la cinématographie italienne, depuis ses origines peplumesques, entre Grande Guerre et fascisme, Maciste et Mussolini, semblait condamnée au surhumain ou au néant. A cause de cette légèreté, de cette “dolcezza” et de la présence de De Sica, on prête à ce gentil film, et ce bien à tort, la douteuse paternité de toute une redoutable engeance, celle des comédies dites “à téléphones blancs”, cousines romaines et gâtées des comédies américaines en satin blanc.

On remarquera par ailleurs que nombreux furent, en ces années, les tangos nés au pays du bel canto : du gigolo illustre de 192817 à la Marilou “tinorossienne” en passant par le J’aime tes grands yeux et autres Violon dans la nuit de Bixio.18

Tout cela, du reste, si tant est qu’il y ait été voir, devait sembler bien étranger à Jean Vigo.

Il dut être autrement plus sensible à Weill sinon à Brecht, traduit donc inconnu par chez nous. Vigo et les jeunes berlinois avaient en commun le goût de la subversion et de l’anarchie même si leurs langages poétiques ont des saveurs bien différentes. La vie d’exil de Kurt Weill et de son épouse Lotte Lenya avait commencé le 21 mars 33, par une fuite en auto hors d’une Allemagne pestilentielle. Ils quitteront la France deux ans et demi plus tard pour les USA non sans avoir fait applaudir une ultime collaboration avec Brecht, Les Sept Péchés capitaux des petits bourgeois (avec Lenya) et, dans un très moindre mesure, un succès d’estime, Marie Galante (avec Florelle). A l’image du destin emblématique de leur auteur, J’attends un navire et Je ne t’aime pas, rebaptisé Wie lange nor ? (“Combien de temps encore?”) devinrent plus tard des chansons figures de proue de la Résistance.

Une péniche et les bords de Seine sont tout ce qu’il y a de commun à L’Atalante et à La Goualeuse et il s’agit sans aucun doute d’une coïncidence. La Goualeuse appartient au genre pas du tout maudit des “films de chanteurs”, salmigondis musicalo-cinématographique cuisinés à seule fin de maintenir un peu plus sous le charme un public acquis à telle ou telle vedette de music-hall. Le “véhicule” destiné à immortaliser Lys Gauty est un mélodrame, nanti de tous les lieux communs du “cinéma du dimanche soir” propre à “faire pleurer Margot”: fils naturel et mère indigne, gens riches contre misérables, erreur judiciaire et procès en assises plus quelques romances, bien entendu. Ce n’est pas pire que la moyenne des “nanars” du temps, c’est même juste un peu plus au dessus grâce à deux sortes d’atouts qui sauvent  parfois cinq ou dix minutes de ces rossignols de l’histoire du cinéma : les seconds rôles et l’ornement musical. Outre les grands premiers rôles, Lys Gauty et Jean Martinelli, un peu trop grands pour leurs incarnations de zonards, un peu trop maquillés, un peu trop Théâtre Français, on retrouve Dorville et ses bajoues, Margueritte Pierry et son profil de guenon (qui, pour une fois, ne joue pas les douairières), Constant Rémy... Et si les malheurs de Lys Gauty paraissent si émouvants c’est parce que chaque gros plan de son visage est accompagné de la valse de Glanzberg, Dis-moi pourquoi. Signalons aux adolescents et aux linguistes que les dialoguistes font déjà dire à Jean Martinelli que ceux qui travaillent sont des “bouffons”, dénomination qui s’est beaucoup portée depuis une décennie...     

La valse du film 14 juillet de René Clair était de Maurice Jaubert, compositeur auréolé par la malédiction de L’Atalante et une mort prématurée lors de la défaite de 1940. Sept ans plus tôt, sur la scène de l’Empire un phono joue la valse sur disque puis une main lève la tête du pick-up et une voix continue la chanson : celle de Lys Gauty en personne.

La Chanson de l’escadrille n’est pas qu’intéressante parce qu’elle réunit les signatures de Joseph Kessel et Arthur Honegger : y a-t-il tant de marches militaires que l’on se surprend à trouver entraînante, voire plaisante malgré ce qu’écrivait ce provocateur de Cocteau : “J’essaie de me durcir l’épiderme que nous avons tous sensible aux marches militaires.” ? Vraiment tous, cher Jean ? Honegger qui en écrivit d’autres, pour Damia notamment, cultivait l’éclectisme et ne dédaignait pas plus la chansonnette que le jazz, le cinéma (on peut lire son nom au générique de toute une théorie de films) que le rugby (qu’il célébra dans un poème symphonique de ce nom).

Départ de Jean Tranchant vogue sur les flots de la chanson de marin et les sanglots de la chanson réaliste et ne lésine pas sur les hyperboles : “C’est beau mais c’est humide” aurait dit Victor Hugo. Pour La Ballade du cordonnier, Tranchant s’était amusé à faire dire à la si distinguée Lys 17 fois “te casser la gueule” : défi relevé avec grand art de la modulation. La dimension tragique de la “si simple, si vraie, si déchirante, Lys Gauty, statue de l’éternelle douleur féminine, fine et blanche comme un marbre grec” (Pierre Varenne) occulte les virtualités fantaisistes de celle qui interpréta avec un humour délicat Mireille et Jean Nohain (L’Auto du charbonnier, Echanges) ou Prévert et Kosma (Les Escargots s’en vont à l’enterrement)19.

Cette classe confère à la valse Loin de toi créée par Lilian Harvey, la blondinette divette des opérettes UFA pré-nazies, des vibrations et un caractère qui entraînent cette très jolie viennoiserie dans les parages ombreux de l’Allemagne de Tumultes, autre opus germanique, dont le réalisme amer et la noirceur fatale (marque de Robert Siodmak, cousin germain de Lang, Pabst et consorts) devaient séduire Ingrid Caven et Nina Hagen, bien longtemps après.          

Les pseudonymes de Pierre Candel et Harry Bols dissimulent respectivement Bronislau Kaper et Joseph Hajos, en route vers l’exil américain. Quelques mois plus tard on lira leur nom au générique de films hollywoodiens car ils auront rejoint la colonie des rescapés du nazisme.

Lys Gauty est la seule chanteuse de cette pé­riode à inscrire à son répertoire et enregistrer, de surcroît, une chanson comme Israël va-t-en dont les paroles disent très bien l’antisémitisme endémique qui sévissait partout et en particulier dans l’intelligenstia artistique du tout-Paris20. Même l’incendiaire Marianne Oswald n’osa pas. Au plus faisandé de l’Occupation, quelque chose qu’on est bien obligé d’appeler une “publication française”, “Je vous hais” (sic...) se fait l’écho du texte dit par Gauty dix ans plus tôt, mais cette fois-ci au premier degré : “Partez. Partez vite. Partez avant.” Partez, à des juifs, en 1944.... ! Et avant quoi ?   

Ironie du sort, au moment de la prise du pouvoir par les nazis, le staff des directeurs artistiques de Polydor France, succursale issue de la Deutsche Gramophon berlinoise, se trouve constitué pour les variétés, par trois juifs de grand talent : Jean Lenoir (arrangeur et chef d’orchestre, de son vrai nom Jean Neuburger) et les tout jeunes Wal Berg (pseudonyme de Wladimir Rosenberg) et Jacques Canetti (pour Jacques Nissim).

Le compositeur, arrangeur et chef d’orchestre Wal Berg fut un des plus efficaces agents de l’américanisation de la chanson française à l’heure où Mireille et Jean Nohain, Tranchant, Charles (Trénet) et Johnny (Hess) clamaient leur amour du jazz et du cinéma américain. On ne s’étonnera pas que la blue note plane sans cesse sur ses gravures lorsque l’on saura que l’orchestre de Wal Berg, voulu comme un big band à la française recrutait toutes les pointures du jazz gaulois : Noël Chiboust, Alix Combelle, André Ekyan, Alex Renard, Michel Warlop (dont on entend très distinctement le violon derrière Lys), Django21 (quand il n’était pas à la pêche et qu’il avait besoin de quelques fafiots...). 

Chanson sous influence, oui, et la cause était bonne, n’en déplaise aux xénophobes. Ecoutez l’intro orchestrale de Sammy de la Jamaïque, hymne naïf au bon sauvage mais surtout rumba bien balancée. Ecoutez le feeling de Un jour de différence (What a Difference a Day Made) standard enregistré six mois plus tôt par les mêmes solistes avec, en vedette à la place de Lys, excusez du peu, Coleman Hawkins!22 Les variations de tempo sont très 1934 comme le prélude orchestral de On me prend pour un ange est très slow 1938. Mirages, gros succès du naissant hit parade aux USA était l’archétype du “torch song”, terme que l’on peut traduire par “ballade pour ambiance tamisée et larmes de cire”, genre sur lequel, à New York, régnait Helen Morgan. Au revoir bon voyage et Echos, conjuguent les charmes de l’exotisme et du jazz symphonique. Avec Echos, qui clôt notre sélection et qui n’avait jamais connu l’honneur d’une réédition, par la citation finale d’un motif de la Rhapsody in Blue, on peut même dire que c’est Gershwin qui a les dernières notes !           

Discographiquement, la seconde moitié des années trente est moins intéressante. Si son nouveau contrat chez Polydor assure à Lys la collaboration artistique d’un Canetti ou d’un Wal Berg, il faut hélas compter avec la valeur technique très inférieure des enregistrements et pressages Polydor, la prétendue “marque de l’élite” d’après la très présomptueuse proclamation publicitaire qui était la sienne. En vé­rité il suffit, de se livrer à l’écoute successive d’un titre Columbia et d’un titre Polydor pour percevoir la déperdition : on s’en rend bien compte entre le relief des chœurs de La Chanson de l’escadrille (Columbia) et le son pleurard et pincé de l’accordéon qui prélude au Bistrot du port (Polydor)... Pour ce qui est du répertoire, on trouve quantité de tangos sentimentaux (Tes bras dans la lignée de J’aime tes grands yeux), des marches cocardières et colonialistes (La Marie-Louise, La Rosière du régiment) et des portraits de filles à soldats (Mary Salope, La Garce de Kosma, Manola de Goublier fils), des évocations du fil de la vie en trois couplets d’une philosophie un peu usée (celle des lieux communs affectionnés par Rosemonde Gérard genre Bye bye  puis Collin Maillard, Presque rien) ; les titres de Kosma et Glanzberg sont assez décevants même si le texte de Gaston Groëner dans Amour en mineur  annonce déjà l’allure libre et improvisée des soliloques parlés-chantés qui caractérisera le style Kosma-Prévert pour l’heure embryonnaire. Sans y penser de Groëner-Glanzberg sera l’un des premiers titres enregistrés par Delyle (et même deux fois) à qui il convenait parfaitement. Le Chaland qui reste23 est une déception.

Restent tout de même Le Bassin de la Villette, beau et émouvant comme un Brassaï ou un Doisneau, Le Moulin qui jase, Ca sent la friture et Quel beau dimanche (d’un certain Trénet) de ce temps béni que fut le Front Populaire : toute une époque vraiment.

Eric Rémy

© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS/GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA, 2002

 

1 Une Femme, poème de Henri Heine mis en musique par le compositeur Sivio Lazzari et qui fut l’objet d’un de ses premiers disques est représentatif de l’ambition de l’interprète dès cette époque.

2 Les artistes de music-hall, ceux du moins pour qui “ça marchait”, pouvaient, dans une même soirée, faire diverses apparitions dans différents lieux (music-halls, cabarets, cinémas) pour trois ou quatre chansons. A cela on peut ajouter les animations (“thés” dans les restaurants hauts de gamme, grands hôtels, grands magasins...), les séances de disque, plus tard (années 30), les radios. On le voit, une journée pouvait être bien remplie et une vedette pouvait plus que “ doubler ”, c’est-à-dire comparaître sur deux scènes un même soir.

3 Elle semble avoir entrecoupé sa vie parisienne de séjours londoniens. Son répertoire est alors très populaire : “Eternelle java”, “Avec sa pomme”.

4 Après les Ballets Russes de Serge de Diaghilev, la troupe des Ballets Suédois de Rolf de Maré a fait sensation au Théâtre des Champs Elysées entre 1920 et 1925.

5 Rosemonde Gérard (1871-1953) est l’auteur de ces vers immortels : “Car, vois-tu, chaque jour je t’aime davantage / Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain.” ou encore : “Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille / Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.” (Les Pipeaux). A l’heure du surréalisme, on le voit, toute une conception de la poésie...

6 Constitué des sommités suivantes : Mesdames Colette (écrivain) et Lucienne Bréval (de l’Opéra) et Messieurs Gustave Charpentier (de l’Institut), Maurice Ravel et Maurice Yvain (compositeurs), Maurice Emmanuel (professeur au Conservatoire de musique de Paris), Jean Perier (de l’Opéra), Emile Vuillermoz et Dominique Sordet (critiques musicaux de la rédaction de Candide), Jacques Copeau (acteur et metteur en scène) et le général Ferrié (de l’Institut).

7 Théâtre Montparnasse, compagnie Gaston Baty-Marguerite Jamois, octobre 1930. Le nom de Brecht resta méconnu des français puisqu’on n’entendit de son texte qu’une traduction, d’ailleurs remarquable de André Mauprey. Brecht allait connaître une éclatante (et écrasante revanche) après la guerre.

8 Brecht et Weill intentèrent un procès à la société de production du film de Pabst car ils jugeaient leur œuvre dénaturée.

9 Le film, achevé au printemps ne fut projeté qu’à l’hiver. La mutilation du film avait été exigée par Messieurs les ministres de l’Intérieur et de la Marine ainsi que des membres de la Préfecture de Paris et de l’Académie des Beaux Arts...

10 Exceptionnnelle exception : la tisonnante Marianne Oswald.

11 Il en apporte d’autres à Lucienne Boyer (La Barque d’Yves, Moi j’crache dans l’eau) qui refuse cependant Ici l’on pêche...

12 On ne voit guère qu’Yvette Guilbert, Yvonne George et, quoi qu’elle dise car elle s’en défendait plus ou moins, Damia, qui aient, auparavant fait preuve d’une telle recherche.

13 Propos recueillis par Hélène Azéra pour Le Monde de la musique n° 124, juillet / août 1989.

14 Emission de France Culture, Les Cinglés du music-hall.

15 Où elle apparaît à nouveau le 9 avril 1939.

16 In l’hebdomadaire “La Semaine radiophonique” d’avril 1951.

17 Qui se métamorphosa en fox-trot dès 1930 avec Armstrong puis réapparut en rock 30 ans plus tard avec Louis Prima.

18 Il est vrai qu’en cette même année 34, Vesyoli Rebiata (Les Joyeux Garçons), production cinématographique vaguement stalinienne mais très musicale montrait de jeunes kolkhoziens très entichés de fox-trot et de tango. Ce fut un succès international !

19 On pourra entendre L’Auto du charbonnier et Les deux escargots dans l’album Chansons pour enfants (FA 045).

20 “Siodmak rentre chez toi !” écrira le journaliste Henri Chomette à propos du réalisateur susmentionné. Le grand musicien Florent Schmitt croira très subversif de crier “Vive Hitler !” à un récital où la cantatrice Madeleine Grey interprétait des airs de Kurt Weill en présence du compositeur qui n’a jamais oublié cette soirée. Et tout au long des années 30, une incessante polémique menée par des auteurs bien de chez nous (Reynaldo Hahn en tête) ne cessa de dénoncer l’invasion des scènes françaises d’opérettes par des oeuvres “apatrides”, “métèques” et “américano-youtres”...

21 Dont Lys, sous l’Occupation, adopta Crépuscule.

22 Esther Philips, 40 ans plus tard en fera un tube présent désormais sur l’inévitable compil disco de nos soirées du XXIe siècle.

23 Lucienne Boyer avait commandé un “Parle-moi d’autre chose” en clin d’œil à son “Parlez-moi d’amour” ; Lys eut donc droit à son “Chaland qui reste” comme pastiche à son “Chaland qui passe”.

 

LYS GAUTY

1932 - 1944

Alice Gauthier, born in Levallois, was the youngest of four children born to a poor family.  As in many tales of misery, she sang her way through her early years - during her training as a dressmaker and as a typist, during her first jobs as a salesgirl and as a milliner - and she finally managed to pay for her first singing lessons.  Through her teacher, she found work singing classical pieces in the local cinemas.  Shortly after, she was hired by the director of the Olympia and then topped the bill at the Empire and in other Parisian cabarets including that of Nelson Fysher.

At Fysher’s, she was the second artist of the evening, appearing after the debuting Lucienne Boyer and just before Yvonne George. Despite the lack of space in the cabaret, the cream of Parisian nightbirds were attracted to this outfit which hosted many other acclaimed ladies including Damia, Fréhel, Cora Madou, Dora Stroëva, Gaby Montbreuse, ‘la Môme Moineau’, Germaine Lix and Arletty.

Lys was protected by the Swiss shark, Gaston Groener who she married in 1925, though he remained her impresario rather than sweetheart.  Renowned for his underhand business methods, Groener always used the royal ‘We’ when speaking of his wife’s talent and success.  As he ran the Théâtre des Dix Heures in Brussels, Lys followed him and, in 1927, opened her own cabaret, the Merry Grill.  She also made her debut discs in the Belgian capital.  She returned to Paris in 1930 where Rosemonde Gérard (Edmond Rostand’s widow) and Tiarko Richepin wrote a few titles for her.

1933 and 1934 were the great Gauty years.  This period witnessed her most beautiful songs which are still remembered to this day :  Le Chaland qui passe (The Passing Barge), Le Bistrot du Port, J’aime tes grands Yeux, A Paris dans chaque Faubourg.

On 6 April 1933, a prestigious Parisian jury assembled for the third year for the luxurious weekly, Candide, to nominate a few interpreters for the Grand Prix du Disque.  The prize was offered to Lys Gauty for her worthy interpretation of two tunes from L’Opéra de quat’Sous (The Beggar’s Opera) :  Le Chant de Barbara and La Fiancée du Pirate.  The jury was certainly brave in making this choice as Pabst’s screened adaptation of this creation by Kurt Weill and Bertold Brecht caused major scandal among the French right-wing extremists.

Lys’ achievement left Florelle seething, as she had starred in Pabst’s film.  Both girls competed around Kurt for the leading role in the musical, Marie Galante, but Flo was finally offered the part, whereas Lys received two other songs from the Berliner - the masochistic Je ne t’aime pas and the tango Youkali (which she never recorded).  Nevertheless, she did interpret two of the main titles from Marie Galante, namely Complainte de la Scène and J’attends un Navire.

The jack of all trades, Jean Tranchant, who largely contributed to French song in the thirties, also wrote some numbers for her (Départ, Les marins du Surcouf, Le Piano mécanique, Ballade du Cordonnier, La Prière du pauvre Homme and J’aime tes grands Yeux).

Among the gaudy music hall crowds, Lys appeared as an intellectual, a highbrow.  Moreover, the lady was a perfectionist and her style seemed somewhat affected, though this is what captivated the punters.  Thus Damia, who defied respectability, tagged her as the ‘sub-prefect’ (though at a later date, Lys complained, ‘Damia :  a good artist, a beautiful woman but so nasty!’).

While Mistinguett wore feathers, Josephine Baker wore nothing, Damia was dressed in black, Lucienne Boyer in blue, Marianne Oswald in red, and Fréhel in whatever took her fancy, Lys was dressed in white with no jewellery.  She had poise, distinction and knew how to confide in her audience.  In March 1934, she was elected as ‘the queen of six days’ and the following year she held the role of ‘Empress’.  Her concerts were varied and she alternated between various styles of sea shanties, languorous Viennese pieces, sentimental tangos, bitter slows and blues.

In March she was billed in the Vél d’Hiv (Vélodrome d’Hiver) and in May she was found in the musical temple, the Théâtre des Champs Elysées, while still acting as overseer for her Pigalle-based cabaret, ‘La Folie de Lys Gauty’ .

In April 1935, she participated in France’s very first television programme, overwhelming the viewers with he noble silhouette clothed in white, her vibrant voice and, above all, her extraordinary, piercing eyes.  Her popularity spread to England and to the Netherlands where she appeared on a regular basis.  In 1939 she was in South America.  Then, after the small screen, the movie world offered her a conventional and moving role in La Goualeuse.  Her part may have been a little humble, but she showed her talent as a worthy actress.  Forever compassionate, when the second wave of immigrants hit Paris, escaping Nazi persecution, Lys took on Joseph Kosma and Norbert Glanzberg as pianists and writers.  Yet her kind acts did not prevent the German invasion in June 1940.  With her grandmother’s maiden name being Pierkowicz and her husband named Groener, she had her share of trouble from the authorities of the period.  In July 1942, she had to gently accept to tour Germany along with Fréhel, Raymond Souplex and Raymond Legrand’s orchestra, organised by the organisation ‘Kraft durch Freude’.

After Liberation, Lys had to support the injustice of the purgers which was followed by separation.  She divorced in 1947, but her career deteriorated without Groener.  She decided to settle in Monte Carlo where she pursued her activities, though to a much lesser degree.  Nevertheless, she sang the first songs by her new accompanist, Léo Ferré, created the operetta Ma Goualeuse and cut her last records in Holland in 1950.  When she re-emerged from this semi-retirement, she was attacked by the critics and all her ventures seemed to fail.  Feeling bitter, she complained excessively about everything - the cinema world, the lack of spirit, man-made stars and songs in general (especially those influenced by American sounds).

After her brother’s death, Lys ran an estate agent’s business and she passed away in 1993.

 

Her Repertory

The tune of Le Chaland qui passe originated from the Italian fox-trot, Parlami d’amore, Mariu and was used commercially for Vigo’s Atalante.  The Italian lyrics never crossed the border but the rhythm transformed into a Parisian waltz associated with the film, Les Hommes, quels Mufles!

During this period, many tangos were born in Italy, including Bixio’s J’aime tes grands Yeux and Violon dans la Nuit.  This genre must have seemed strange to Jean Vigo, who, through his origins, may have preferred Weill or Brecht.

Kurt Weill and his wife Lotte Lenya began their exile from Germany on 21 March 1933.  They subsequently left France two and a half years later after an ultimate collaboration with Brecht for Les Sept Péchés capitaux des petits Bourgeois (with Lenya) and Marie Galante (with Florelle).  J’attends un Navire and Je ne t’aime pas, renamed Wie lange nor? were to later become emblematic songs of the Resistance.

La Goualeuse was the melodramatic film which immortalised Lys Gauty.  The tale seems even more heart-wrenching as each close-up of her face is accompanied by Glanzberg’s waltz, Dis-Moi pourquoi.

The waltz in René Clair’s film, 14 juillet was written by Maurice Jaubert whose life ended abruptly with the events of 1940.  Seven years previously, the record of this waltz was played on the stage of the Empire before Lys Gauty began singing it in person.

The military march, Chanson de l’Escadrille was signed by both Joseph Kessel and the eclectic Arthur Honegger.  The latter wrote other marches, mainly for Damia and was also fond of chansonettes, jazz, cinema and rugby!

Jean Tranchant’s Départ floats between the sea shanty and the sobs of realist song. In La Ballade du Cordonnier, Tranchant had fun in making such a delicate creature use quite inappropriate language.  Indeed, the tragic side of Lys, the epitome of femininity inspired the fantasies of other song-writers such as Mireille and Jean Nohain (L’Auto du Charbonnier, Echanges) and Prévert and Kosma (Les Escargots s’en vont à l’Enterrement).

The class used in the pretty waltz, Loin de Toi, written by Lilian Harvey is again found in another Germanic opus, Tumultes although the latter is tinged with the bitter realism which was to seduce Ingrid Caven and Nina Hagen at a much later date.

Lys Gauty was the only singer of this period to tuck into her repertoire and record a song such as Israël va-t-en, with its lyrics touching upon the endemic anti-Semitism which reigned, particularly amongst the artistic Parisian intelligentsia.

Ironically enough, when the Nazis came into power, the managers of Polydor France, a branch of Deutsche Gramophon in Berlin, were three talented Jews - Jean Lenoir (arranger and band leader, his true name being Jean Neuburger), Wal Berg (Wladimir Rosenberg) and Jacques Canetti (Jacques Nissim).  The composer, arranger and band leader, Wal Berg was an extremely efficient ‘Americanizer’ of French song when Mireille and Jean Nohain, Tranchant, Charles (Trénet) and Johnny (Hess) admitted they had a soft spot for jazz and American films.  It is hardly surprising that there is distinct jazzy note to his French big band which included Noël Chiboust, Alix Combelle, André Ekyan, Alex Renard, Michel Warlop and Django Reinhardt (when in the mood).

Songs with foreign influence were appreciated by those not suffering from xenophobia.  Listen to the introduction of Sammy de la Jamaïque, a well-balanced rumba.  Listen to the ambience in Un Jour de différence (What A Difference A Day Made), a standard recorded six months previously by the same soloists starring Coleman Hawkins replacing Lys.  The tempo is typical of 1934 in the same way as On me prend pour un Ange is a typical slow of 1938.  Mirages, a big hit in the teething hit parade in the States is the archetypal torch song.  Au revoir bon Voyage and Echos combine exotic charm and symphonic jazz.  Our selection closes with Echos, a piece which has never been re-issued previously and which finishes with a snippet of Rhapsody In Blue, almost as if Gershwin himself has the final word.

Discographically speaking, the second part of the thirties is less interesting.  Lys’ new contract with Polydor enabled artistic collaboration with Canetti and Wal Berg but the technical quality was inferior to that of Columbia.  Her reper­tory comprised a number of sentimental tangos (Tes Bras), military and colonial marches (La Marie-Louise, La Rosière du Régiment) and tales of soldiers’ girls (Mary Salope, La Garce, Manola), slightly worn philosophical views on life (Bye Bye, Collin Maillard, Presque rien).  The titles by Kosma and Glanzberg are rather disappointing.  Sans y penser by Groëner-Glanzberg was one of the first songs recorded by Lucienne Delyle.  Le Chaland qui reste is a let-down.

We are still left with the beautiful and moving Le Bassin de la Villette, Le Moulin qui jase, ça sent la Friture and Quel beau dimanche (by Charles Trénet) from this period when the popular front ran the show.

English adaptation by Laure WRIGHT from the french text of Eric Rémy

© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS/GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA, 2002

 

Discographie

Tous les titres ont été enregistrés à Paris.

Les prénoms des auteurs et compositeurs entre parenthèses mentionnés une fois ne sont plus répétés par la suite.

Orchestres

Jean Jacquin : CD 1 : 1, 2, 5, 7, 8, 10, 11  –  Pierre Chagnon : CD 1 : 3, 4, 6, 13

Wal Berg : CD 1 : 14 à 18 ; CD 2 : 1 à 4, 10, 11

Michel Emer : CD 2 : 5 à 9  –  Jacques Météhen : CD 2 : 12

Marcel Cariven : CD 2 : 13 à 16  –  Marius Coste : CD 2 : 17  –  Camille Martens : CD 2 : 18


CD 1  

1. Le Chaland qui passe (“Parlami d’amore, Mariù”, du film Gli Uomini, che mascalzoni ! / Les Hommes, quels mufles ! m. Cesare Antonio Bixio - p. f. André de Badet) 14 juin 1933

Columbia BF 139 CL 4144-4        3’15

2. J’aime tes grands yeux (“Cuore vagabondo” ; m. Bixio - p. f.  Jean Tranchant) 2 mars 1933

Columbia BF 139 CL 4141-4        2’53

3. La Fiancée du pirate (“Seeräuberjenny”, de la pièce Die Dreigroschenoper / L’Opéra de quat’sous ; m. Kurt Weill - p. f. André Mauprey) 15 avril 1932

Columbia DF 873 WL 3680-1       3’27

4. Chant de Barbara (“Barbara Song”) Mêmes références que titre 3.       

Matrice WL 3681-1  3’37

5. Qui j’aime ? (“Ich weiss nicht zu wem Ich gehöre”, boston du film Stürme der Leidenschaft / Tumultes ; m. Friedrich Hollaender - p.f. Jean Boyer)        

Columbia DF 881 WL 3719-1       3’16

06. A Paris dans chaque faubourg (valse du film 14 juillet ; m. Maurice Jaubert - p. René Clair)

8 février 1934          

Columbia DF 1134 CL 4158-1     3’20

07. Départ (m. Gaston Groener - p. Tranchant) 8 avril 1933 

Columbia DF 1222 CL 4286-1     3’04

08. Loin de toi (“Wie hab’ich nur leben können ohne dich”, boston du film Ich und die Kaiserin / Moi et l’impératrice ; m. Hollaender- p. f. Boyer) 8 avril 1933

Columbia DF 1198 CL 4287-1     3’18

09. La Ballade du cordonnier (m. & p. Tranchant) Accompagnement de piano anonyme. 29 avril 1933

Columbia DF 1222 CL 4304-1     2’55

10. C’est le plaisir que j’aime (m. Wal Berg - p. Maurice Aubret) 2 novembre 1933        

Columbia DF 1331 CL 4480-3     3’11

11. Mon coeur est léger (m. Wal Berg - p. Camille François) Mêmes références que titre 10. 

Matrice CL 4481-3   3’03

12. Israël va-t-en (m. Bert Reisfeld & Rolf Marbot - p. François & Groener) Au piano : Pearl & Peel. 1er mars 1934    

Columbia DF 1454 CL 4718-1     2’53

13. Chanson de l’escadrille (marche du film Cessez le feu ; m. Arthur Honegger - p. Joseph Kessel) 12 juillet 1934   

Columbia DF 1563 CL 4990-1     3’20

14. Le Bistro du port (m. Pierre Candel & Walter Jurmann - p. Groener & André Saudemont)

18 octobre 1934      

Polydor 522987 1444 WPP          3’08

15. La Complainte de la Seine (m. Weill - p. Maurice Magre) 19 octobre 1934    

Polydor 522988 1445 1/2 WPP    3’21

16. Je ne t’aime pas (Mêmes références que titre 15)  /  Matrice 1446 1/2 WPP   3’28

17. Complainte désabusée (Ch. Verger - J. Fayard) 24 octobre 1934        

Polydor 522992 1458 WPP          3’07

18. Un Soir d’hiver... tard (G. Célérier - P. Pradier) 26 décembre 1934      

Polydor 524013 155 WPP 3’09



CD 2

1. Le Moulin qui jase (m. Harry Bols - p. de Badet) 26 décembre 1934      

Polydor 524013 1557 1/2 WPP    3’17

2. Nostalgie (m. Marf & V. Mascheroni - p. Louis Hennevé & Louis Palex) 26 décembre 1934           

Polydor 524015 1558 1/2 WPP    3’11

3. Libre de moi (m. Marbot & Reisfeld - p. Groener) Mêmes références.    

Matrice 1556 1/2 WPP       3’21

4. La Belle Escale (Rumba du film Escale; m. Jacqueline Batell - p. Anne Valray) 12 mars 1935      

Polydor 524044 1652 WPP          3’12

5. Au revoir... bon voyage (m. Marbot et Reisfeld - p. Louis Poterat) 18 juin 1935           

Polydor 524091 1885 1/2 WPP    3’11

6. ça sent la friture (m. Batell - p. Jean Marèze) 10 septembre 1935          

Polydor 524112 1978 1/2 HPP     2’58

7. Mirages (“Chasing Shadows” ; m. Davis & Silver - p.f. Paul Ganne & Monzeau) 25 septembre 1935

Polydor 524115 1993 3/4 HPP     3’09

8. Un jour de différence (“What a Difference a Day Made” - Grever - Adams - pf. Jean Delettre)        

Mêmes références que 7.

Matrice 1994 HPP   2’43

9. Quel beau dimanche ! (m. Charles Trénet - p. Groener et Heim) 4 décembre 1935   

Polydor 524163 2189 1/2 HPP     2’45

10. J’attends un navire (slow fox de la pièce Marie-Galante ; m. Weill - p. Jacques Deval) 

5 mai 1935   

Polydor 524196 2468 et 2469 3/4 HPP  6’10

11. Sammy de la Jamaïque (m. Rudolf Goer - p. Michel Vaucaire) 5 octobre 1936        

Polydor 524240 2932 1/2 HPP     3’07

12. Dis-moi pourquoi ? (m. Joseph Kosma- p. Groener & Vaucaire) / Le Bonheur est entré dans mon cœur (m. Noël Glanzberg - p. Groener & Vaucaire ) Valses du film La Goualeuse ; bande originale du film sorti le 28 octobre 1938. Direction musicale : Jacques Metehen.         6’52

13. Le Bassin de la Villette (m. Goer - p. Vaucaire) 29 décembre 1938     

Columbia DF 2566 CL 6897-1     3’13

14. Echanges (m. Mireille - p. René Dorin) 19 décembre 1939       

Columbia DF 2686 CL 7179-1     3’08

15. On me prend pour un ange (G. Célerier - F. Menneval)

4 octobre 1940        

Columbia DF 2773 CL 7343-1     3’18

16. Aujourd’hui, bal de nuit (m. Paul Ganne - p. Jacques Larue) 13 mars 1942 

Columbia DF 2883 CL7577-1      3’26

17. Un soir sur le port        

(m. André Delmont & Jacques Ledru - p. Jacques Poterat & Groener)      

12 mars 1943          

Columbia BF 50 CL 7723-1          3’19

18. Echos (mêmes références que titre 17) 7 mars 1944                  

Columbia BF 69 CL 7896  3’16

Remerciements

Remerciements à Danièle Blanchard, Hélène Hazéra, Dany Lallemand, Daniel Nevers, Jack Primack, Jocelyne et Gérard Roig.

 

“Je crois pouvoir dire que j’ai défendu la chanson fine et belle dans ce qu’elle a de meilleur; j’ai été une des premières à chanter des chansons de qualité littéraire comme celles de L’Opéra de quat’ sous.”                         Lys Gauty, 1951

‘I believe that I have defended the best part of fine and beautiful songs ;  I was one of the first women to sing songs with literary quality such as those in L’Opéra de quat’sous.’               (Lys Gauty, 1951)

 

CD 1

01. Le chaland qui passe  3’15

02. J’aime tes grands yeux           2’53

03. La fiancée du pirate     3’27

04. Chant de Barbara                    3’37

05. Qui j’aime           3’16

06. A Paris dans chaque faubourg         3’20

07. Départ     3’04

08. Loin de toi          3’18

09. La ballade du cordonnier       2’55

10. C’est le plaisir que j’aime        3’11

11. Mon cœur est léger      3’03

12. Israël, va-t-en     3’20

13. Chanson de l’escadrille          2’53

14. Le bistrot du port           3’08

15. Complainte de la Seine          3’21

16. Je ne t’aime pas           3’28

17. Complainte désabusée           3’07

18. Un soir d’hiver... tard    3’09

 

CD 2

01. Le moulin qui jase        3’17

02. Nostalgie            3’11

03. Libre de moi                   3’21

04. La belle escale              3’12

05. Au revoir, bon voyage             3’11

06. ça sent la friture            2’58

07. Mirages   3’09

08. Un jour de différence   2’43

09. Quel beau dimanche ! 2’45

10. J’attends un navire      6’10

11. Sammy de la Jamaïque          3’07

12. Dis-moi pourquoi et Le bonheur est entré dans mon cœur (BO de La goualeuse)   6’52

13. Le bassin de la Villette            3’13

14. Echanges          3’08

15. On me prend pour un ange   3’18

16. Aujourd’hui, bal de nuit          3’26

17. Un soir sur le port         3’19

18. Echos      3’16

 

 





EcoutezPisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 LE CHALAND QUI PASSE - GAUTY03'15
02 J AIME TES GRANDS YEUX - GAUTY02'53
03 LA FIANCEE DU PIRATE - GAUTY03'27
04 CHANT DE BARBARA - GAUTY03'37
05 QUI J AIME - GAUTY03'16
07 DEPART - GAUTY03'04
08 LOIN DE TOI - GAUTY03'18
09 LA BALLADE DU CORDONNIER - GAUTY02'55
10 C EST LE PLAISIR QUE J AIME - GAUTY03'11
11 MON COEUR EST LEGER - GAUTY03'03
12 ISRAEL VA T EN - GAUTY02'53
13 CHANSON DE L ESCADRILLE - GAUTY03'20
14 LE BISTROT DU PORT - GAUTY03'08
15 LA COMPLAINTE DE LA SEINE - GAUTY03'21
16 JE NE T AIME PAS - GAUTY03'28
17 COMPLAINTE DESABUSEE - GAUTY03'07
18 UN SOIR D HIVER TARD - GAUTY03'09
CD 2
01 LE MOULIN QUI JASE - GAUTY03'17
02 NOSTALGIE - GAUTY03'11
03 LIBRE DE MOI - GAUTY03'21
04 LA BELLE ESCALE - GAUTY03'12
05 AU REVOIR BON VOYAGE - GAUTY03'11
06 CA SENT LA FRITURE - GAUTY02'58
07 MIRAGES - GAUTY03'09
08 UN JOUR DE DIFFERENCE - GAUTY02'43
09 QUEL BEAU DIMANCHE - GAUTY02'45
10 J ATTENDS UN NAVIRE - GAUTY06'10
11 SAMMY DE LA JAMAIQUE - GAUTY03'07
12 DIS MOI POURQUOI BONHEUR EST ENTRE DANS MON COEUR - GAUTY06'52
13 LE BASSIN DE LA VILLETTE - GAUTY03'13
14 ON ME PREND POUR UN ANGE - GAUTY03'18
15 AUJOURD HUI BAL DE NUIT - GAUTY03'26
16 UN SOIR SUR LE PORT - GAUTY03'19
17 ECHOS - GAUTY03'16
18 ECHANGES - GAUTY03'08
"She certainly had a lovely voice!" by Slipcue

"One of the reigning chanteuses of the early 1930s - before Piaf hit the scene - Lys Gauty (born Alice Gautier) sang in a more formal, classically-informed style than many of her contemporaries. Her voice was beautiful, her phrasing elegant, and yet many modern listeners may find themselves with a similar reaction as some of Gauty's cabaret contemporaries: that the diva was a bit of a prig, at least stylistically speaking. Although she dips lightly into genre styles such as accordion-driven musette and only the teensiest hint of Broadway-inflected jazz, Gauty was most at home with French stage and operetta music, and as such, her arrangements and vocal approach -- in particular, her emotional range -- all start to sound the same after a half-dozen tunes or so. She expressed distain for Latin-flavored material, and didn't seem to have much affinity for the blues, either, and while she was undeniably a great star of the Depression-era French popular song, her perfectionism and polish gives these recordings a smoothness that undercuts the otherworldly charm of recordings from that period. Some of it I like, but I have to confess listening to this collection was a bit of a chore, unlike many other recordings from the same era. Worth checking out, though -- she certainly had a lovely voice!"
By Joe SIXPACK - SLIPCUE.COM