ANTHOLOGIE SONORE DE LA PENSEE FRANCAISE PAR LES PHILOSOPHES DU XXeme SIECLE

Sartre * Merleau-Ponty * Foucault * Bergson * Aron * Althusser * Bachelard * Chatelet * Corbin * Deleuze * Canghuihem * Desanti * Gilson * Jankelevitch * De Certeau * Koyre * Lyotard * Levinas

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La contribution majeure des archives sonores au patrimoine intellectuel français !
Coffret 6 CD avec livret 40 pages.
à partir des archives de l'Institut national de l'audiovisuel

Depuis l’antiquité, les étudiants se pressent pour écouter les philosophes. C’est seulement à partir du XXème siècle que l’on a pu enregistrer les maîtres de la philosophie contemporaine. L’ouvrage proposé est une porte ouverte sur la pensée et son histoire. Elle apparaît d’autant plus nécessaire dans un monde où la réflexion a été remplacée par une pensée restrictivement duale et instantanée.
Ce coffret propose pour la première fois de mettre à la disposition du public l’intimité intellectuelle de ces grands philosophes et d’en écouter avec l’éclairage de leurs propres voix, leurs idées, leurs propositions…
Patrick Frémeaux

Edition : Christine Goémé pour Frémeaux & Associés à partir des archives de l'INA en accord avec les Successions (Jean-Paul Sartre • Maurice Merleau-Ponty • Gabriel Marcel • Jean-François Lyotard • Emmanuel Levinas • Alexandre Koyré • Vladimir Jankélévitch • Étienne Gilson • Michel Foucault • Jean-Toussaint Desanti • Gilles Deleuze • Henry Corbin • François Châtelet • Michel de Certeau • Georges Canguilhem • Henri Bergson • Gaston Bachelard • Raymond Aron • Louis Althusser) .

Collection INA - Groupe Frémeaux Colombini - La Librairie Sonore - Ecouter les grands philosophes du XXe siècle sur CD - Le patrimoine sonore - notre mémoire collective - L'héritage de la pensée contemporaine).
Le livre audio "Anthologie sonore de la pensée Française par les philosophes du XXe siècle" entretiens radiophoniques de Sartre à Bachelard (livres audio, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre, lecture à voix haute, entretiens à haute voix...) est disponible sous forme de CD.

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Anthologie sonore de la pensée française

anthologie sonore de la pensée française
par les philosophes du xxème siècle

réunie et présentée par Christine Goémé
d’après les archives de l’institut national de l’audiovisuel 

A l’écoute des plus grands philosophes du XXème siècle
 






La plus importante contribution des archives sonores au patrimoine intellectuel français 

Depuis l’antiquité, les étudiants écoutent les philosophes mais leur savoir a essentiellement été transmis par l’écrit. C’est seulement à partir du XXème siècle que l’on a pu saisir la voix sur un support sonore. Les maîtres de la philosophie contemporaine ont ainsi pu être enregistrés. Pourtant, aucun éditeur n’a eu l’idée ou l’audace de présenter une anthologie sonore de la pensée française réunissant les plus grands philosophes du XXème siècle. Productrice depuis 25 ans d’émissions philosophiques sur France Culture, Christine Goémé est une experte du fonds sonore de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA). Elle s’est laissée convaincre du caractère magistral de cette entreprise. L’ouvrage proposé est une porte ouverte sur la pensée et son histoire. Elle apparaît d’autant plus nécessaire dans un monde où la réflexion a été remplacée par une pensée restrictivement duale et instantanée. La pensée française des cent dernières années est accessible à tous grâce à cette anthologie mêlant la solennité de cours magistraux et d’allocutions l’intimité d’interviews. Message de réflexion d’autant plus authentique qu’il nous est livré avec le timbre et les inflexions des grandes voix de la philosophie contemporaine. Ce coffret propose pour la première fois de mettre à la disposition du public le message intellectuel de ces grands philosophes et d’en écouter avec l’éclairage de leurs propres voix, leurs idées, leurs propositions… 
Patrick Frémeaux - L’éditeur

Nota Bene : Cet ouvrage permet de mesurer l’importance de l’existence de l’Institut national de l’audiovisuel dans la conservation historique de l’esprit et de la pensée sous l’angle de l’oralité.  

MERCI A SUCCESSION ALTHUSSER (FRANçOIS BODDAERT & OLIVIER CORPET POUR L’IMEC), SUCCESSION ARON (D. SCHNAPPER), SUCCESSION BACHELARD (SUZANNE BACHELARD), SUCCESSION BERGSON © PUF, SUCCESSION CANGUILHEM (BERNARD CANGUILHEM), SUCCESSION DE CERTEAU (LUCE GIARD), SUCCESSION CHATELET (ANTOINE & NOELLE CHATELET), SUCCESSION CORBIN (STELLA CORBIN), SUCCESSION DELEUZE(J DELEUZE), SUCCESSION DESANTI (DOMINIQUE DESANTI) , SUCCESSION FOUCAULT (FRANCINE FRUCHAUD, DR DENYS FOUCAULT), SUCCESSION GILSON (ÉDITIONS VRIN), SUCCESSION JANKELEVITCH (LUCIENNE JANKELEVITCH), SUCCESSION KOYRE (MME KOYRE), SUCCESSION LEVINAS (MICHAEL LEVINAS & DR SIMONE HANSEL), SUCCESSION LYOTARD (DOLORES LYOTARD), SUCCESSION GABRIEL MARCEL (FAMILLE MARCEL), SUCCESSION MERLEAU-PONTY (PAR LES EDITIONS GALLIMARD), SUCCESSION SARTRE (ARLETTE ELKAIM SARTRE), AUX EDITIONS GALLIMARD (PRUNE BERGE, FREDERIQUE MASSART, FLORE BOUHEY)… 

DISCOGRAPHIE
CD  1
PLAGE 1 Louis ALTHUSSER, Helvetius révolutionnaire : Extrait de l’entretien de Serge Jouhet avec Althusser sur “l’homme d’Helvétius”, dans “Famille et éducation au XVIIIème siècle” (R.T.F., “Analyse spectrale de l’Occident”, 10 février 1962).
PLAGE 2/3 Louis ALTHUSSER, Marx et la science ; la coupure marxiste :
Deux extraits de l’intervention d’Althusser dans une émission consacrée à la philosophie de Karl Marx (R.T.F.,  16 février 1963).
PLAGE 4 Raymond ARON, Husserl et les sciences sociales :
Intervention intégrale de Raymond Aron dans l’émission “Anniversaire d’Edmond Husserl” (pour le centième anniversaire de sa naissance), produite par Georges Charbonnier (R.T.F., 30 avril 1959).
PLAGE 5 Gaston BACHELARD, Songes et pensées :
Extrait d’une causerie radiophonique “Dormeurs éveillés” (R.T.F., “le point de vue du philosophe”, 19 janvier 1954).
PLAGE 6 Henri BERGSON, Deux mots sur l’art :
Rare extrait d’une conférence sur l’art donné à la Sorbonne, dont la date d’enregistrement est inconnue, diffusée dans l’émission “La Radio écrit l’histoire” (R.D.F., 1948).

CD  2
PLAGE 1 Georges CANGUILHEM, Sur la philosophie de Jean Cavaillès :
Intervention écrite pour l’émission consacrée à Jean Cavaillès par Christine Goémé (France-Culture, “Une vie, une œuvre”, 27 avril 1989).
PLAGE 2 Michel de CERTEAU, L’ange et le langage :
Entretien avec Gérard Gromer sur le langage des anges, dans une émission sur les “Linguistiques fantastiques” (France-Culture, “Perspectives scientifiques”, 29 février 1984).
PLAGE 3 François CHÂTELET, Sur la philosophie de Nietzsche :
Extrait d’une émission sur “Nietzsche”, produite par Serge Jouhet (France-Culture, “Analyse spectrale de l’Occident”, 8 janvier 1966).
PLAGE 4 François CHÂTELET, Repenser la démocratie :
Extrait d’une réponse en direct à un auditeur dans une émission de Jean Montalbetti (France-Culture, “Les après-midi de France-Culture”, 9 juin 1978).
PLAGE 5 Henry CORBIN, Schiisme et ismaëlisme :
Extrait d’une causerie sur “le schiisme et l’ismaëlisme” (R.T.F., “Heure de culture française : l’Iran”, 8 avril 1957). 

CD  3
PLAGE 1 Henry CORBIN, Spendeurs de l’Ecole d’Ispahan :
Extrait d’une causerie sur “la théologie chiite à l’époque safaride” (R.T.F., “Heure de culture française : l’Iran”,  27 mai 1957).
PLAGE 2 Gilles DELEUZE, Artifice et société dans l’oeuvre de Hume :
Extrait d’une émission sur “La nature humaine selon Hume” (R.T.F., “Connaissance de l’homme”, 23 mai 1956).
PLAGE 3 Gilles DELEUZE, Le Dieu de Spinoza :
Extrait d’une série d’émissions “Le grand rationalisme” par Serge Jouhet (R.T.F., “Analyse spectrale de l’Occident”, 10 décembre 1960).
PLAGE 4 Gilles DELEUZE, Le travail de l’affect dans l’éthique de Spinoza :
Extrait de l’émission “Avez-vous lu Baruch ? ou portrait présumé de Spinoza ” par Michel Cohen (France-Culture, “les Samedis de France-Culture”, 4 mars 1978).
PLAGE 5 Jean-Toussaint DESANTI , Bernard Groethuysen , une amitié philosophique :
Deux extraits de l’intervention de J.-T. Desanti, dans une émission consacrée au philosophe Bernard Groethuysen par Christine Goémé (France-Culture, “Profils perdus”, 5 novembre 1987).
PLAGE 6 Jean-Toussaint DESANTI, Comment je philosophe ? :
Extrait d’une émission consacrée à J.-T. Desanti par Christine Goémé (France-Culture, “Radio libre”, 12 février 2000).
PLAGE 7 Michel FOUCAULT, A propos de l’Histoire de la folie :
Court extrait de l’entretien entre Michel Foucault et le professeur Henri Baruk consacré par Serge Jouhet à “Raison et folie” (R.T.F., “Analyse spectrale de l’Occident”, 16 décembre 1961).

CD  4
PLAGE 1 Michel FOUCAULT, Raymond Roussel écrivain :
Extrait d’une série intitulée “Photogrammes”, consacrée à Raymond Roussel (R.T.F., 21 novembre 1962).
PLAGE 2 Michel FOUCAULT, Le corps, lieu d’utopies :
Intervention dans une série d’émissions sur “l’Utopie et la littérature” (France-Culture, 21 décembre 1966).
PLAGE 3 Etienne GILSON, L’amour de Pétrarque :
Extraits du discours de réception d’Etienne Gilson à l’Académie française (R.D.F., 5 mai 1947).
PLAGE 4 Vladimir JANKÉLÉVITCH, Sur la philosophie d’Henri Bergson :
Extraits de “Hommage à Henri Bergson” produit par Pierre Sipriot (France-Culture, “Analyse spectrale de l’Occident”, 13 mai 1967).
PLAGE 5 Alexandre KOYRÉ, La place de Saint Anselme dans la philosophie occidentale :
Causerie sur Saint Anselme (R.T.F., “Connaissance de l’Homme”, 22 décembre 1954).

CD  5
PLAGE 1 Alexandre KOYRÉ, Kepler et la révolution astronomique :
Causerie sur Kepler (R.T.F., “Connaissance de l’Homme”, 17 juin 1955).
PLAGE 2/3 Emmanuel LEVINAS, L’être dans la pensée de Heidegger ; L’autre et son visage :
Deux courts extraits d’une longue série d’émissions consacrées à Emmanuel Levinas par Philippe Nemo, sur le thème “Ethique et infini” (France-Culture, “Chemins de la connaissance”, 3 mars et 10 mars 1981).
PLAGE 4 Jean-François LYOTARD, La pensée post-moderne :
Extrait de “Dialogues sur la condition post-moderne avec Vincent Descombes”, produit par Roger Pillaudin (France-Culture, 18 décembre 1979).
PLAGE 5 Gabriel MARCEL, Sur la philosophie de Saint Augustin :
Extraits de cinq causeries sur le thème de l’inquiétude (R.T.F., “Heure de culture française”, 24 avril 1954). 

CD  6
PLAGE 1/2/3 Maurice MERLEAU-PONTY, Eloge de la modernité :
Trois fragments extraits des causeries de Maurice Merleau-Ponty, intitulées “La pensée et l’art contemporain” (R.D.F., “Heure de culture française”, 9 octobre 1948).
PLAGE 4 Jean-Paul SARTRE, La république du silence :
Editorial de 1944 enregistré par les équipes françaises de la B.B.C.
PLAGE 5 Jean-Paul SARTRE, Littérature et liberté :
Extrait d’une conférence donnée en Sorbonne pour marquer la création de l’UNESCO (R.D.F., “les grandes conférences”, 30 novembre 1946). 

Une anthologie sonore de la pensée française au XXème siècle réunie et présentée par Christine Goémé.  
A Pauline Jambet 
Cette anthologie sonore rassemble des interventions d’une vingtaine de philosophes français, qui ont vécu et sont morts au XXème siècle. Leurs interventions orales, qui vont des années 40 à 2000, sont extraites des archives radiophoniques conservées par l’I.N.A. (Institut national de l’audiovisuel).  La tradition même de la philosophie appelle l’écoute et la parole : Socrate n’a jamais rien écrit et les étudiants se pressaient pour en­tendre Hegel.  Ecouter la voix de tous ces philosophes, qui ont tous été également professeurs, autorise un contact physique, charnel avec leur pensée. La transmission orale rend les idées palpables.  Cette anthologie est placée, comme il se doit, sous le signe de la diversité. La richesse de la philosophie du siècle dernier en France s’est constituée en effet dans la pluralité des savoirs, des références, et des appuis théoriques.  On y découvrira des procédures théoriques singulières et contradictoires, qui sont autant de matériaux de travail. On y rencontrera des philosophes des sciences (Alexandre Koyré, Georges Canguilhem), des religions (Henry Corbin, Michel de Certeau), de la littérature (Etienne Gilson sur Pétrarque), de l’art (Jean-François Lyotard), du politique (Louis Althusser, François Châtelet). On y trouvera les voix des grands courants de pensée qui ont parcouru le XXème siècle : l’existentialisme, le marxisme, le structuralisme… Il n’est pas question ici d’exhaustivité. Cette toute première anthologie sonore de la philosophie du XXème siècle veut ouvrir des portes, des possibles. Elle est une proposition.  Il existe cependant un lien entre toutes ces pluralités, qui est le signe de la spécificité de la philosophie française : penser la liberté. La philosophie française, dans un même mouvement, s’extrait du monde, l’analyse, le critique, tente de le comprendre, et s’y plonge pour proposer un partage des questions au travail.  Ce partage se fait grâce à l’enseignement de la philosophie dès la classe de terminale, un enseignement qui permet que chacun puisse mettre au travail la pensée, mettre le monde en question, et dérégler l’ordre des choses. Ainsi tous ces philosophes ont-ils été professeurs.  

J’ai choisi les archives les plus représentatives du travail de chacun. Vous entendrez par exemple François Châtelet penser avec les Grecs anciens, Koyré avec Saint Anselme et Kepler, Corbin sur le soufisme, ou encore Sartre sur la liberté…  J’ai choisi aussi le plus souvent des archives montrant le travail d’un philosophe sur un autre philosophe (Deleuze sur Hume, Canguilhem sur Cavaillès, Gabriel Marcel sur Saint Augustin). Parler en lecteur d’autres philosophes que soi permet, et de parler d’un autre, et de parler de soi. Désigner des sources, des généalogies, dans lesquelles un philosophe se reconnaît ou qu’il récuse, donne à la pensée sa vraie dimension trans-historique. En revanche faire comme si toutes les expériences du passé n’avaient jamais eu lieu produit au mieux de la répétition, au pire de la régression : seule la relation contemporaine au passé permet à chacun de faire un pas de plus dans la pensée. L’invention de la modernité ne peut s’accomplir qu’en une reprise de la tradition philosophique.  Les philosophes, dont la parole est ici présente, ont tous fait de la philosophie une expérience de vie. Ils pensaient comme ils vivaient, ils vivaient comme ils pensaient, car seules les pratiques peuvent vraiment valider des théories. Tous ont mis leur vie en jeu dans l’exercice de la philosophie, tous ont respiré l’aventure de l’esprit par delà le stade biologique, technicisé, instrumentalisé et reproductible de l’humain, qui est la forme du nihilisme contemporain.   Ainsi se proposent à nous, en cette anthologie, des voix qui ne cessent de nous appeler à la vigilance, à l’éveil, et à la vraie vie. Certes les temps ont changé, aujourd’hui les questions se sont déplacées, ainsi que les censures, mais notre monde est toujours occupé, aujourd’hui par l’ordre moral, social, économique, menacé par le retour du religieux, tenté par la servilité, le confort des évidences et la haine d’autrui. Quand menace la haine des savoirs et de la pensée critique, ces voix nous donnent l’exemple d’une certaine éthique de la vérité.   
Christine Goémé

Note sur les archives : Chacune des archives présentées dans cette anthologie se suffit en elle-même. Ce sont soit des interventions radiophoniques complètes, soit des extraits rendus le plus compacts possible. La règle pour les extraits était de les resserrer au maximum autour de la parole du philosophe. C’est pourquoi, lorsqu’il s’agit d’entretiens, j’ai supprimé le plus souvent possible la voix des interlocuteurs.  Que ceux-ci me pardonnent (je suis d’ailleurs parfois l’un d’entre eux), et qu’hommage et amitié leur soient ici rendus. Leurs questions et leur écoute autorisent les nôtres. Ils marchent sur les traces de la philosophie occidentale, née sous le signe du questionnement oral.   
© 2003 FRÉMEAUX & ASSOCIÉS

Christine Goémé est née en 1950. Depuis 1978, elle produit sur France-Culture des émissions pour “Les Chemins de la connaissance”, “A voix nue”, “Le bon plaisir”, “Radio libre”, “Une vie, une œuvre”, “La matinée des autres”. Créatrice de l’émission “Les idées en revue” (1991-1999), productrice depuis 2000 de l’émission “Perspectives contemporaines” pour le secteur des Fictions de France-Culture, elle a produit également de nombreuses émissions spéciales sur Michel Foucault, sur Descartes, sur Aragon, ou encore sur Jacques Lacan, etc. Certaines de ces émissions ont été éditées : “Les saveurs du savoir”, cinq heures sur Roland Barthes ; “Vladimir Jankélévitch ou la tentation de penser” et “l’Immédiat”, deux fois cinq heures à partir de ses cours, ainsi que “Un homme libre”, trois heures d’hommage consacrées à ce philosophe (les archives contenues dans ces émissions ont été récemment rééditées aux éditions Frémeaux & Associés). Christine Goémé est membre du Comité de la Société des gens de lettres. 

Louis ALTHUSSER (1918-1990)
Né en Algérie, Louis Althusser fit ses études secondaires à Marseille. En classe préparatoire, il fut marqué par l’enseignement et la personnalité de son professeur de philosophie Jean Guitton. Sous son influence, il milita dans les mouvements catholiques et fonda en 1937 une section de la J.E.C. (“Jeunesse étudiante chrétienne”). Reçu à l’Ecole normale supérieure en 1939, il partit immédiatement pour le front. Il fut fait prisonnier en 1940. Pendant ses années de stalag, il lut les moralistes français. C’est aussi pendant cette période que se déclara la maladie dont il souffrit toute sa vie, une mélancolie, qui alla en s’aggravant et le conduisit, dans un accès de délire, au meurtre de sa femme Hélène en 1980. Althusser finit sa vie dans un état de grande déréliction, accompagné dans ses derniers moments par un de ses plus proches amis, le philosophe Stanislas Breton. Après guerre, il rentra à l’Ecole Normale, où il rédigea un diplôme sur “la notion de contenu dans la philosophie de Hegel” sous la direction de Gaston Bachelard. En 1948, il fut reçu à l’agrégation de philosophie, et, la même année, il adhéra au P.C.F. Il fut nommé “caïman”, c’est à dire agrégé répétiteur à l’E.N.S., puis maître assistant en 1962. Althusser n’a pas grand chose à voir avec l’image de “maître penseur” que ses adversaires ont vu en lui. Le terme de dogmatique était pour lui l’équivalent de “théorique”. Il parlait d’“énoncé dogmatique” pour signifier : ouvrir des questions et en prendre les risques. Althusser fut un formidable inventeur de concepts. On lui doit par exemple ceux de “pratique-théorique”, de “surdétermination”, de “procès sans sujet”, ou encore d’ “appareil idéologique d’Etat”. Il a voulu fonder et élucider l’originalité radicale de la pensée de Marx pour dégager le moment de la coupure épistémologique, où Marx fonde la science de l’histoire et ce faisant crée une philosophie entièrement nouvelle.  Le prétendu “dogmatisme politique” d’Althusser a le même sens : ne pas laisser la politique marxiste se confondre avec un vague “humanisme”. Il a tenté d’ouvrir (mais sans succès) des questions. D’où son intérêt pour la Chine dans les années 1967-1968, ou encore son attitude critique à l’égard du P.C.F. qu’il n’arriva pourtant jamais à quitter. Il était plutôt proche d’un communisme à l’italienne. Italienne également était son élégance, son amour pour une esthétique vivante, et sa culture raffinée d’un style peu courant dans la vie universitaire.  Les témoignages de ses élèves de la rue d’Ulm attestent qu’Althusser fut un “catalyseur”. Il faisait intervenir pour eux toute la pensée contemporaine, invitant Foucault, Levi-Strauss, Michel Serres, Villemin, Barthes, etc. C’est lui qui accueillit Lacan, rue d’Ulm, quand celui-ci fut privé de son enseignement à l’hôpital Sainte-Anne. Son influence dans ses cours était plutôt celle d’un maître oriental : il cherchait avec ses élèves, qui devenaient ainsi des collaborateurs, ce qui les stimulait dans le savoir et la pensée. Philosophe généreux et clair, Louis Althusser laisse une œuvre écrite assez mince, mais une influence considérable.

Principaux ouvrages : Pour Marx, La Découverte (1ère éd. 1965) ; Philosophie et philosophie spontanée des savants, La Découverte (1ère éd. 1967) ; Lénine et la philosophie, La Découverte (1ère éd. 1968) ; Positions, 1976. Helvetius révolutionnaire (CD n° 1) : Cette archive a été diffusée sur la R.T.F. (Radio-Télévision Française) dans la série “Analyse spectrale de l’Occident” le 10 février 1962. Le thème en était “Famille et éducation au XVIIIème siècle”. L’entretien de Serge Jouhet avec Althusser s’intitulait “l’homme d’Helvétius” et portait sur la question fondamentale pour le siècle des lumières : l’éducation. Marx et la science ; la coupure marxiste  (CD n° 1) : Le 16 février 1963 sur la R.T.F., a été diffusée une émission consacrée à la philosophie de Karl Marx. Les deux archives présentées ici sont extraites de l’intervention d’Althusser, dans ce qui était probablement une série, “la Quinzaine Karl Marx”.

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Raymond ARON (1905-1983)
Né à Paris dans une famille de la moyenne bourgeoisie, Raymond Aron entra à l’Ecole normale supérieure en 1924, où il eut comme condisciples Georges Canguilhem, Daniel Lagache, Paul Nizan et Jean-Paul Sartre. Premier à l’agrégation de philosophie en 1928, il séjourna de 1930 à 1933 en Allemagne, où il lut Max Weber et assista, lucide, à la montée du nazisme. C’est lui qui conseilla à Sartre de partir pour Berlin en 1934. En 1935, il publia son premier livre, la Sociologie allemande, et soutint en 1938 sa thèse de doctorat de philosophie, Introduction à la philosophie de l’histoire : essai sur les limites de l’objectivité, sa thèse complémentaire étant consacrée à la Théorie de l’histoire de l’Allemagne contemporaine. Il fréquenta cette année-là le séminaire de Kojève, où il rencontra Koyré, Lacan et Weil. Mobilisé en 1939, il travailla pendant la “drôle de guerre” sur Machiavel. En juin 1940, il partit pour l’Angleterre, où il fonda avec trois autres personnes une revue mensuelle, la France Libre. Il y développait ses analyses sur Vichy, tout en prenant une distance critique avec le général de Gaulle. Directeur de cabinet de son ami André Malraux en 1945, il refusa un poste à l’université, gagnant sa vie comme analyste politique à  Combat, tout en collaborant aux Temps modernes. En 1947, il devint éditorialiste au Figaro qu’il ne quitta qu’en 1977 -avec éclat-, à la suite d’un désaccord avec Robert Hersant. Face à la montée du communisme Raymond Aron se rapprocha du général de Gaulle. Toute sa vie, il combattit l’idéologie marxiste, ce qui le conduisit à rompre avec beaucoup d’amis dont Sartre, comme à réagir contre la fascination de beaucoup d’intellectuels contemporains pour Althusser (L’opium des intellectuels, 1955; D’une sainte famille à l’autre, essai sur les marxismes imaginaires, 1969). Il prit aussi très vite position pour l’indépendance de l’Algérie, s’attirant ainsi les foudres de la droite et de la gauche (La tragédie algérienne, Plon, 1957). De 1955 à 1967, il occupa une chaire de sociologie à la Sorbonne. Ses cours publiés, Dix-huit leçons sur la société industrielle et les Etapes de la pensée sociologique, eurent un grand succès. En 1968, en réponse à une phrase ambiguë du général de Gaulle, il publia un livre, intitulé De Gaulle, Israël et les juifs : il y prit position pour un judaïsme laïc, où les juifs de la diaspora sont libres de faire ce qu’ils veulent avec leur judaïsme. Elu à la chaire de sociologie du Collège de France en 1970, il écrivit sur Clausewitz et renoua son dialogue avec Sartre, avec lequel en 1977 il défendit les droits de l’homme au moment de l’affaire des boat people. Il travailla à l’Express jusqu’à sa mort, en 1983, au sortir du Palais de justice où il était venu témoigner en faveur de Bertrand de Jouvenel. Très influencé par Willem Dilthey et par Hannah Arendt, Raymond Aron fut un des grands penseurs des idéologies totalitaires. Pour lui l’histoire ne peut prétendre à l’objectivité scientifique. Il laisse l’image d’un intellectuel de droite atypique et critique.

Principaux ouvrages : Dix-huit leçons sur la société industrielle, Gallimard (1ère éd. 1963) ; Essai sur les libertés, Hachette (1ère éd. 1965) ; les Etapes de la pensée sociologique, Gallimard, (1ère éd. 1967) ; Penser la guerre, Clausewitz, Gallimard (1ère éd. 1976) ; Mémoires, Julliard (1ère éd. 1983). Husserl et les sciences sociales (CD n° 1) : A l’occasion du centième anniversaire de la naissance d’Husserl, la R.T.F. diffusa une longue émission produite par Georges Charbonnier, le 30 avril 1959, intitulée “Anniversaire d’Edmond Husserl”. L’intervention de Raymond Aron sur l’apport de la pensée d’Husserl aux sciences sociales est ici intégralement reproduite. 

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Gaston BACHELARD (1884-1962)
Issu d’un milieu populaire, Gaston Bachelard commença à travailler comme commis dans les Postes. Il entreprit par ailleurs des études supérieures et passa sa licence de mathématiques en 1912, puis prépara le concours d’ingénieur.  Mobilisé en 1914, il combattit sur le front, dans les tranchées. Son courage lui valut la croix de guerre. Après la démobilisation, il devint professeur de physique et de chimie dans l’enseignement secondaire (1919-1928). Pendant ces dix ans, il passa successivement une licence, une agrégation et un doctorat de philosophie avec une thèse, Essai sur la connaissance approchée (1927). D’abord professeur de philosophie à la faculté de Dijon, il fut nommé à la Sorbonne, sur une chaire d’Histoire et philosophie des sciences. Son œuvre est divisée en deux volets, presque étanches l’un à l’autre.  D’une part, philosophe des sciences, il se fait l’avocat d’une science ouverte, qui pour lui crée de la philosophie : “il n’y a pas de vérités premières ; il n’y a que des erreurs premières”. Bachelard se tint au plus près de l’évolution des découvertes et connaissances contemporaines, et il fut un des rares philosophes qui entretinrent des amitiés avec les grands scientifiques de son temps. Il s’intéressa à la physique et à la chimie, et commença à réfléchir sur la théorie de la relativité, puis sur la mécanique quantique, à laquelle il consacra plusieurs livres, qui sont des textes aigus, écrits sur le moment. Il fut ainsi amené à critiquer la théorie bergsonnienne du temps : “Les figures les plus stables, doivent leur stabilité à un désaccord rythmique. Elle sont les figures statistiques d’un désordre temporel…”. L’autre partie de son œuvre, écrite en parallèle, est consacrée à ce qu’on appelle “la poétique”. Bachelard fait des quatre éléments de la physique antique, -le feu, l’air, la terre et l’eau-, des catégories de l’imaginaire. Se définissant comme un lecteur, un “liseur”, il réfléchit sur l’espace, la rêverie et l’imagination littéraire : “nous passons des heures, des jours, à lire d’une lente lecture les livres, ligne par ligne, en résistant de notre mieux à l’entraînement des histoires, c’est à dire de la partie clairement consciente des livres”.  Gaston Bachelard est un assouplisseur de la pensée dans tous les domaines. Contre une raison figée, fermée sur elle-même, il ne cessa d’ouvrir des champs nouveaux à la pensée. Aux généralités creuses, il préférait les analyses précises et limitées.  Les deux volets de cette œuvre sont une seule et même entreprise de démolition des idées reçues. Contre le positivisme, il montre que la science procède par tâtonnements et approximations ; contre l’impressionnisme littéraire, il montre que l’imaginaire a sa logique et suit ses pentes propres, que l’on peut analyser comme en laboratoire.

Principaux ouvrages : Essai sur la connaissance approchée, Vrin (1ère éd. 1928) ; Le nouvel esprit scientifique, P.U.F. (1ère éd. 1934) ; La dialectique de la durée, P.U.F. (1ère éd. 1936) ; La psychanalyse du feu, Gallimard (1ère éd. 1938) ; Lautréamont, Corti (1ère éd. 1940) ; Le droit de rêver, P.U.F. (1ère éd. 1970).  Songes et pensées (CD n° 1) : L’archive que nous proposons, est extraite d’une causerie radiophonique “Dormeurs éveillés”, diffusée le 19 janvier 1954, dans une série de la R.T.F., qui s’intitulait “le point de vue du philosophe”. Bachelard y médite sur le surgissement de la pensée humaine entre songe et réalité.

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Henri BERGSON (1859-1941)
Henri Bergson incarne la philosophie française de la fin du XIXème et du début du XXème siècle. De père polonais et de mère anglaise, normalien et agrégé de philosophie, il enseigna dans divers lycées, puis à l’Ecole normale supérieure, avant d’être élu professeur au Collège de France en 1900.  Ses cours attiraient un public de spécialistes et d’amateurs cultivés. Consacré par toutes les institutions, membre de l’Académie française en 1914, prix Nobel de littérature en 1928, il devint membre de la commission internationale de coopération intellectuelle de la Société des Nations. Il joua par ce biais un rôle politique considérable.  Bergson a construit une grande métaphysique à la française, qu’il opposa à la tradition de la pensée allemande, qu’il la récusât (Kant), ou qu’il l’ignorât (Hegel, Marx). Sa pensée allie le sens de l’intuition concrète, de la vie de l’esprit, du mouvement intensif du réel à l’ouverture au monde et aux sciences qui sont pour lui l’appréhension rationnelle d’organismes vivants.  Le bergsonisme se veut une philosophie ouverte et en mouvement. La philosophie de Bergson articule des dualités et des oppositions paradoxales, comme par exemple intelligence/intuition, transcen­dance/immanence, clos/ouvert, moi social /moi subjectif, etc. Le problème bergsonien par excellence est le conflit entre la fixité et la durée, la matière et le flux créateur de l’énergie spirituelle, thèmes autour desquels s’organise toute sa démarche philosophique. Théoricien du temps, et singulièrement de celui que l’on trouve à l’œuvre en physique, Bergson critique le modèle spatial hérité d’Aristote et de Kant. Il formule la pensée la plus adéquate de la théorie de la relativité dans ses entretiens avec Einstein en 1922 (Durée et simultanéité). La durée est du côté de l’expérience, elle est “donnée immédiate de la conscience”, évènementielle et transcendante. Théoricien de la conscience, dont la liberté va jusqu’à constituer l’horizon de la vie naturelle, Bergson est également théoricien de la mémoire, dont “toutes les intensités” autorisent “tous les degrés de liberté”. Il est aussi théoricien de la singularité : pour lui, l’individualité l’emporte sur l’espèce, le créateur sur les pesanteurs de la cité. Profondément croyant, Bergson explore toutes les questions impliquées par la foi : relation de l’âme et du corps, de Dieu et du monde, rôle des mythes, de la morale, de la religion…  Juif, Bergson se convertit au christianisme dans les années 30, mais refusa le baptême à cause de la montée de l’antisémitisme. Il pensait qu’au moment de la montée du nazisme, être chrétien signifiait rester fidèle à “ceux qui seront demain persécutés”. Non seulement Bergson est la figure la plus connue de la philosophie européenne de son temps, il en est aussi la figure française la plus déterminante. Son héritage est double et paradoxal comme sa philosophie elle-même. D’une part elle a lesté la philosophie française, par sa fermeture à la pensée allemande, par son biologisme et par son spiritualisme. Mais elle lègue également à la philosophie française toutes sortes de questions capitales, comme par exemple le problème des relations vivantes entre science et philosophie, entre art et philosophie, et l’idée fondamentale que les concepts ouvrent sur des expériences de vie. Sa pensée place en effet tout geste théorique du côté de la liberté, d’une liberté vécue. C’est ce que retiendra de Bergson toute la philosophie française, même la plus anti-bergsonienne, comme celle de Sartre par exemple.

Principaux ouvrages : Essai sur les données immédiates de la conscience, P.U.F. (1ère éd. 1899) ; L’évolution créatrice, P.U.F. (1ère éd. 1907) ; Les deux sources de la morale et de la religion, P.U.F. (1ère éd. 1932). Deux mots sur l’art (CD n° 1) : Ce très bref document extrait d’une conférence sur l’art donné à la Sorbonne est, à notre connaissance, le seul enregistrement existant conservé dans les archives de l’Ina, de la voix de Bergson. On ne sait quand il fut enregistré, mais il fut diffusé en 1948 par la R.D.F. dans une émission intitulée “la Radio écrit l’histoire”.  A découvrir aussi Textes de Henri Bergson interprété par Jean Vilar, Jean-Louis Barrault et Pierre Lamy - 1 CD Édition Frémeaux & Associés, Historial de la grande guerre - FA5035.

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Georges CANGUILHEM (1904-1995)
Elève d’Alain, normalien, Georges Canguilhem passa l’agrégation de philosophie en 1927 et il devint professeur de lycée, poste dont il démissionna pour ne pas servir le régime de Vichy. Il entreprit également des études de médecine, qui s’achevèrent en 1943.  Nommé en 1941 chargé de cours à la faculté des lettres de Strasbourg (alors repliée à Clermont-Ferrand) et suppléant de Jean Cavaillès, il s’engagea dans la Résistance. Professeur de philosophie à la faculté de Strasbourg jusqu’en 1948, inspecteur général de philosophie, il devint en 1955 professeur à la Sorbonne et succéda la même année à Bachelard à la direction de l’Institut d’histoire des sciences. Sa thèse de doctorat en médecine, Le normal et le pathologique, est un des livres les plus importants du XXème siècle. Georges Canguilhem y remet à plat les questions posées par le savoir scientifique et technique à la médecine. Il y réconcilie la biologie et la philosophie avec l’intention de dérigidifier la raison et les procédures de connaissance.  Sa conception du sujet libre, inassignable à l’idée actuelle et quasi-religieuse du “tout technique”, contrecarre toute tentative d’instrumentalisation et d’adaptation des individus. Pour lui, la philosophie a pour “tâche spécifique de défendre le Je comme revendication incessible de présence-surveillance”. 

Principaux ouvrages : Le normal et le pathologique, P.U.F. (1ère éd. 1966) ; Etudes d’histoire et de philosophie des sciences, Vrin (1ère éd. 1968) ; Vie et mort de Jean Cavaillès, Allia (1ère éd. 1976) ; Idéologie et rationalité dans l’histoire des sciences de la vie, Vrin (1ère éd. 1977) ; La connaissance de la vie, Vrin (1ère éd. 1985). Sur la philosophie de Jean Cavaillès (CD n° 2) : Georges Canguilhem a très peu parlé à la radio. Cette intervention fut écrite et lue par lui pour l’émission “Une vie, une œuvre”, que Christine Goémé a consacrée à Jean Cavaillès, diffusée le 27 avril 1989 sur France-Culture. Canguilhem y fait le lien entre la pensée de Cavaillès et son engagement dans la Résistance.

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Michel de CERTEAU (1925-1986)
Né à Chambéry, Michel de Certeau fit des études de lettres, de philosophie et de théologie. Ce jésuite, docteur en science des religions, diplômé de l’Ecole des Hautes études, fut également membre de l’Ecole freudienne de Paris, jusqu’à sa dissolution en 1980. Enseignant à l’université de Paris VII jusqu’en 1978, il fut ensuite professeur à l’Université de Californie, à San Diego, puis à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales en 1984. Michel de Certeau occupe une place singulière dans cette anthologie, parce que sa position dans la vie intellectuelle est inassignable, au carrefour des disciplines, philosophie, linguistique, psychanalyse, histoire, anthropologie des religions, théologie. Il y a cependant sa place à part entière, parce qu’il travaille sur la constitution mouvante des discours humains. Totalement atypique, il s’est choisi comme objet de travail des questions et des objets eux-mêmes atypiques, comme par exemple l’écriture de l’histoire, la mystique, ou encore la linguistique fantastique, qu’il cherche à penser dans leur polyphonie et leur polysémie.  Ses travaux, à la fois érudits, curieux et opératoires, font jouer entre eux tous ses savoirs pour produire une vision extrêmement novatrice, servie par une écriture limpide. Ce type de fonctionnement étranger à toute étroitesse a été et restera le modèle absolu d’un promeneur curieux, rigoureux, efficace, inventif dans la pensée. 

Principaux ouvrages : L’étranger ou l’union dans la différence, Desclée de Brouwer (1ère éd. 1969) ; La possession de Loudun, Gallimard (1ère éd. 1970) ; L’écriture de l’histoire, Gallimard (1ère éd. 1975) ;  L’invention du quotidien, Gallimard (1ère éd. 1980) ; La fable mystique, Gallimard (1ère éd. 1982) ; Histoire et psychanalyse, entre science et fiction, Gallimard (1ère éd. 1987) ; La faiblesse de croire, Seuil (1ère éd. 1987) . L’ange et le langage (CD n° 2) : Dans une émission sur le thème des “Linguistiques fantastiques”, diffusée le 29 février 1984, dans la série “Perspectives scientifiques”, Michel de Certeau s’entretenait avec Gérard Gromer sur le langage des anges.

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François CHÂTELET (1925-1985)
Né à Boulogne-Billancourt, François Châtelet fit ses études de philosophie à la Sorbonne, où il fut l’élève d’Emile Bréhier, d’Henri Gouhier, de Ferdinand Alquié, de Gaston Bachelard, de Jean Wahl, et le condisciple de Michel Butor, de Gilles Deleuze, d’Olivier Revault d’Alonnes. Agrégé de philosophie en 1948, il fut professeur au lycée d’Oran, puis à Tunis, où il se lia aux intellectuels arabes qui militaient pour l’indépendance de leurs pays. En 1954, il soutint sa thèse de doctorat sur La Naissance de l’histoire : la formation de la pensée historique en Grèce. En 1958, après un passage au CNRS, il retourna à l’enseignement, dans les classes préparatoires des lycées parisiens Saint-Louis, puis Louis le Grand, où ses qualités pédagogiques et sa générosité intellectuelle laissent des traces profondes chez ses élèves. Entré en 1955 au parti communiste français où il milite contre la guerre d’Algérie, il fut toujours du côté des communistes critiques : il s’élève contre l’envoi des chars russes à Budapest.  Il est une des personnalités importantes qui sympathisent avec l’explosion de mai 1968, dont il pense les enjeux. Il est l’un des fondateurs de l’université de Vincennes, où il crée le département de philosophie. François Châtelet est à la fois, par sa formation et sa pratique savante, l’héritier de la vieille Sorbonne, et, par sa pensée propre et sa pratique militante, rebelle aux appareils. En bon continuateur de ses maîtres, il prône toujours la rigueur, l’étude scrupuleuse des textes, l’amour pour la belle écriture philosophique. La réflexion de François Châtelet s’organise autour de deux pôles : la Grèce antique et Marx. Sa réflexion historique en philosophie, qu’il définit plutôt comme une géographie de la philosophie, et son rationalisme militant et exigeant le poussent à revenir aux sources non pour s’y réfugier, mais pour les rendre vivantes, efficaces, agissantes dans le monde contemporain. Profondément anti-dogmatique, la pensée de François Châtelet dissout les totalités, les systèmes clos. Ce qui l’intéresse, dans la lignée de l’enseignement reçu de Bachelard, c’est la naissance des formes de pensée et leurs mouvements sans cesse à réinventer.

Principaux ouvrages : Platon, Gallimard (1ère éd. 1964) ; Hegel, Seuil (1ère éd. 1969) ; Histoire de la philosophie (dir.), 8 vol., Hachette (1ère éd. 1972) ; Les conceptions politiques au XXème siècle, P.U.F. (1ère éd. 1981) ; Histoire des idées politiques, P.U.F. (1ère éd. 1982) ; Une Histoire de la raison, entretiens avec Emile Noël, Seuil.  Sur la philosophie de Nietzsche (CD n° 2) : Dans cet extrait d’une émission sur “Nietzsche”, produite par Serge Jouhet, dans la série “Analyse spectrale de l’Occident”, diffusée le 8 janvier 1966, François Châtelet explique quelle est la rupture que Nietzsche introduit dans l’histoire de la pensée occidentale. Repenser la démocratie (CD n° 2) : Le 9 juin 1978, François Châtelet répondait en direct à un auditeur dans une émission de Jean Montalbetti, dans la série “Les après-midi de France-Culture”. C’est un extrait de la réponse qui est ici proposé.

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Henry CORBIN (1903-1978)
Né à Paris, Henry Corbin fut élève au Grand séminaire d’Issy, avant de passer sa licence en philosophie scolastique à l’Institut catholique de Paris. Elève d’Etienne Gilson, de Jean Baruzi et de Louis Massignon, diplômé des Langues Orientales, il soutint un diplôme d’études supérieures sur Luis de Leon. Converti au luthéranisme, H. Corbin eut une activité militante dans les cercles d’étudiants chrétiens. Il se lia d’amitié avec Alexandre Kojève, Alexandre Koyré, Georges Bataille, Jacques Lacan, Raymond Queneau.  H. Corbin mena de front, avant guerre, un travail de philosophe orienté vers la phénoménologie, et un travail de philosophe orientaliste. En 1937, il supplée A. Koyré à l’Ecole des Hautes études, mais ses premières publications sur la philosophie iranienne sont antérieures à sa traduction de Qu’est ce que la métaphysique ? de Martin Heidegger, parue en 1939. En 1940, Julien Cain lui permet de partir pour Istanbul, pensionnaire de l’Institut français d’archéologie. C’est là que H. Corbin prépare les éditions critiques des philosophes de l’Islam, singulièrement de Sohravardi (XIIe s.), et entreprend la découverte du champ méconnu de la spiritualité iranienne islamique. Après la guerre, H. Corbin s’installe à Téhéran, où il fonde le département d’iranologie de l’Institut français. Il collabore, de 1949 jusqu’à sa mort, au cercle Eranos, en compagnie des plus grands historiens des religions. En 1955, il succède à Louis Massignon à la chaire “Islamisme et religions de l’Arabie” à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Dès lors son temps se partage entre Téhéran et Paris, et il forme un grand nombre de chercheurs en science des religions. Philosophe, H. Corbin a opéré une synthèse entre une inspiration foncièrement platonicienne, l’héritage de Husserl, et les enseignements de la philosophie islamique, chrétienne ou hébraïque (il fut le lecteur passionné et l’ami de G. Scholem). Son nom s’attache à l’élucidation d’une thématique, celle de l’imagination symbolique et du “monde imaginal”. A une œuvre monumentale de savant, s’ajoute une méditation ouverte sur le sens même de l’Occident et de l’Orient, sur les fondements de la question de l’existence, sur l’irréductible destin de la singularité humaine, dans le sillage de Kierkegaard et du geste inaugural des grands protestants de l’esprit, de Luther à Berdiaeff. H. Corbin eut aussi une large influence internationale sur tous les chercheurs en mystique et en philosophie des spiritualités. 

Principaux ouvrages : Avicenne et le récit visionnaire, Verdier (1ère éd. 1954) ; l’Imagination créatrice dans le soufisme d’Ibn’Arabi, Flammarion (1ère éd. 1958) ; Trilogie ismaélienne, Verdier (1ère éd. 1961) ; Histoire de la philosophie islamique, des origines à la mort d’Avéroès, 595-1198, Gallimard (1ère éd.1964) ; En islam iranien : aspects spirituels et philosophiques, Gallimard, 4 vol. (1ère éd. 1971-72) ; L’archange empourpré, Fayard (1ère éd. 1976) ; Le Paradoxe du monothéisme, LGF (1ère éd. 1981). Schiisme et ismaëlisme (CD n° 2) : Cette causerie sur “le schiisme et l’ismaëlisme” a été diffusée le 8 avril 1957 sur la R.T.F., dans une émission intitulée “Heure de culture française : l’Iran”.  Spendeurs de l’Ecole d’Ispahan (CD n° 3) : Cette causerie sur “la théologie chiite à l’époque safaride” a été diffusée le 27 mai 1957 dans une émission de la R.T.F., intitulée “Heure de culture française : l’Iran”.

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Gilles DELEUZE (1925-1995)
Né à Paris en 1925, Gilles Deleuze fit ses études universitaires en même temps que Michel Butor, Michel Tournier et François Châtelet. Il eut comme professeurs Ferdinand Alquié, Maurice de Gandillac, Jean Hippolyte et Georges Canguilhem. Agrégé de philosophie en 1948, il enseigna au lycée, tout en collaborant aux rencontres entre intellectuels et écrivains organisées par Marie Madeleine Davy au château de La Fortelle. Il y fit connaissance avec Jacques Lacan, Jean Paulhan et Pierre Klossowski. Assistant en histoire de la philosophie à la Sorbonne, chargé de recherches au C.N.R.S. en 1960, il fit la rencontre en 1962 de Michel Foucault. Il fut nommé en 1964 chargé d’enseignement à l’université de Lyon. En 1968, il rencontra Félix Guattari, avec lequel il s’engagea sur un travail commun. En 1969, il fut nommé à Paris VIII-Vincennes, où il enseigna jusqu’en 1987.  Gravement malade, il se suicida le 4 novembre 1995. L’œuvre de Gilles Deleuze comporte plusieurs périodes. Il accomplit d’abord un travail d’historien de la philosophie. Il publia des ouvrages sur Hume, Bergson, Nietzsche, Kant, Spinoza, qu’il lit sous un angle qui expriment diverses facettes de sa pensée propre. En 1969, Différence et répétition marque un tournant dans son œuvre en révélant au public l’essentiel de sa “philosophie personnelle”.  La grande rupture se situe en 1972 avec la publication de l’Anti-Œdipe qu’il écrit avec le psychiatre et psychanalyste Félix Guattari. Dans ce livre, la figure générique du schizophrène est conçue pour révéler les limites du capitalisme et de la psychanalyse, systèmes familialistes et appareils de répression. En 1980, paraît Mille plateaux, dans lequel Deleuze et Guattari font jouer des couples de concepts tels que vitesse et lenteur, répulsion et attraction. Pour eux, le sujet est éclaté, multiforme : “effectuation pratique du multiple”, il est un “agencement collectif d’énonciations” ; l’existence est impersonnelle et l’organisme est une machine désirante. Dans ces deux livres, Deleuze et Guattari dénoncent l’inanité des grands modèles théoriques antérieurs, Hegel, Marx et Freud.  La philosophie de Deleuze a pour cible la dialectique, qu’il juge trop “chrétienne”, et surtout grossière et stérile. Dans Qu’est ce que la philosophie ? en 1992, Deleuze explique en quoi la philosophie est production de concepts. Cette démarche s’accompagne de l’ouverture incessante à la littérature. Deleuze a écrit sur Proust, Sacher-Masoch, Lewis Carroll, Joyce, Kafka. Il fait jouer à l’intérieur même de sa pensée philosophique de nouvelles références culturelles et artistiques comme le cinéma ou la peinture de Bacon. 

Principaux ouvrages : Nietzsche et la philosophie, P.U.F. (1ère éd. 1962) ; le Bergsonisme, P.U.F. (1ère éd. 1966) ; Présentation de Sacher-Masoch, Ed. Minuit (1ère éd. 1967) ; Logique du sens, Ed. Minuit (1ère éd. 1969) ; Spinoza : philosophie pratique, Ed. Minuit (1ère éd. 1970), L’anti-Œdipe : capitalisme et schizophrénie, Ed. Minuit (1ère éd.1972) ; Mille Plateaux, Ed. Minuit (1ère éd. 1980) ; Qu’est ce que la philosophie ? Ed. Minuit (1ère éd. 1991).  On trouve également en vidéo son “Abécédaire” en collaboration avec Claire Parnet.  Artifice et société dans l’œuvre de Hume (CD n° 3) : Dans l’émission “La nature humaine selon Hume”, diffusée sur le R.T.F., le 23 mai 1956, dans la série “Connaissance de l’homme”, Gilles Deleuze développe une méditation très “deleuzienne” sur l’altérité, expliquant comment l’homme doit aller non seulement vers ses semblables, mais aussi vers ses dissemblables.  Le Dieu de Spinoza (CD n° 3) : Cette intervention est extraite d’une série d’émissions sur “le Grand rationalisme”, produite par Serge Jouhet, dans la série “Analyse spectrale de l’Occident”, et fut diffusée sur la R.T.F., le 10 décembre 1960. Le travail de l’affect dans l’éthique de Spinoza (CD n° 3) : Cette intervention est extraite de l’émission “Avez-vous lu Baruch ? ou portrait présumé de Spinoza”, par Michel Cohen, diffusée le 4 mars 1978 dans la série “Les Samedis de France-Culture”.  A découvrir aussi Gilles Deleuze-Spinoza : Immortalité et éternité (cours du philosophe) collection à voix haute (dirigée par Prune Berge) - Double CD Gallimard - A76979.

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Jean-Toussaint DESANTI (1914-2002)
Né en 1914 à Ajaccio, où son père et son grand père furent professeurs, Jean-Toussaint Desanti prépara le concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure dans la khâgne du lycée Lakanal, où il eut comme professeur de lettres Jean Guéhenno. Reçu en 1935, il se lia au répétiteur de philosophie Maurice Merleau-Ponty, et épousa en 1938 celle qui devint l’écrivain Dominique Desanti. Ses amitiés avec ses condisciples mathématiciens, Laurent Schwartz et André Lichnerowicz, l’orientèrent vers la philosophie des mathématiques.  Ami de Jean Cavaillès et d’André Lautmann, tous deux assassinés par les nazis, Jean-Toussaint Desanti fonda avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Jean Pouillon, et son épouse Dominique le groupe et le bulletin clandestin “Socialisme et liberté”. Les Desanti entrèrent dans la résistance active à Clermont-Ferrand et adhérèrent en 1943 au Parti communiste clandestin. Ils rompirent ce lien après la révélation des crimes du stalinisme et l’insurrection de Budapest de 1956. Répétiteur de philosophie à l’Ecole normale de la rue d’Ulm et à celle de Saint-Cloud, puis professeur à la Sorbonne, il forma plusieurs générations de philosophes. Sa thèse de doctorat, les Idéalités mathématiques, est devenue un classique. Il publia par la suite La philosophie silencieuse, en 1975, Philosophie, un rêve de flambeur, 1998, ainsi que de très nombreux articles.  Quelques jours avant sa mort, en janvier 2001, parut le livre orchestré par Roger-Pol Droit, La Liberté nous aime encore, livre à deux voix, la sienne et celle de son épouse, qui expose le fil de sa vie et de ses convictions. 

Principaux ouvrages : Les Idéalités mathématiques, Le Seuil, 1968 ; La philosophie silencieuse, Le Seuil, 1975 ; le Philosophe et les pouvoirs, Calmann-Lévy, 1976 ; Un destin philosophique, Grasset, 1982 ; Introduction à la phénoménologie, Gallimard, 1994 (2ème édition) ; Philosophie, un rêve de flambeur, Bernard Grasset, 1999. Bernard Groethuysen, une amitié philosophique (CD n° 3) : Cet enregistrement regroupe deux extraits de l’intervention de Jean-Toussaint Desanti, dans une émission consacrée, par Christine Goémé, au philosophe Bernard Grothuysen, dans la série “Profils perdus”, et diffusée sur France-Culture le 5 novembre 1987.  Comment je philosophe ? (CD n° 3) : Cette intervention est extraite d’une “Radio libre” consacrée à Jean-Toussaint Desanti, produite par Christine Goémé et diffusée sur France-Culture le 12 février 2000.

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Michel FOUCAULT (1926-1984)
Né en 1926, à Poitiers, dans une famille de médecins et de chirurgiens, Michel Foucault fit sa khâgne à Paris, au lycée Henri IV, où il eut comme professeur le grand spécialiste et traducteur de Hegel, Jean Hyppolite. En 1946, il entra à l’Ecole normale supérieure, où il eut comme condisciples, Pierre Bourdieu, Paul Veyne, et, comme “caïmans” (répétiteurs) de philosophie, Maurice Merleau-Ponty, qui le marqua profondément avec un cours sur la philosophie française (Malebranche, Maine de Biran, Bergson), puis en 1950 Althusser. Il adhéra alors au Parti communiste, mais n’y resta que deux ans, s’éloignant définitivement du marxisme que Sartre désignait comme “la philosophie indépassable” de son temps.  Agrégé de philosophie en 1951 (Georges Canguilhem était à son jury), répétiteur à son tour à l’E.N.S. en psychologie, puis assistant à la faculté de Lille en 1952, Foucault se forma à la psychiatrie et à la psychanalyse, tout en lisant la philosophie allemande, Heidegger, Husserl et surtout Nietzsche : il travailla avec le psychiatre Jean Delay en 1952, suivit le séminaire de Jacques Lacan à l’hôpital Sainte-Anne en 1953, et publia en 1954 son premier livre, Maladie mentale et personnalité.  Dans les années suivantes, Foucault séjourna successivement à l’université d’Uppsala en Suède, où il fut lecteur, à Varsovie, puis à Hambourg, où il dirigea l’Institut français, rentrant en France en 1960 pour soutenir sa thèse sur l’Histoire de la folie à l’âge classique, un des livres les plus marquants du XXème siècle. En 1966, Foucault publiait Les mots et les choses, où il appliquait la méthode éprouvée sur la folie au champ plus large des systèmes de pensée. En Tunisie en mai 1968, il participe à la création de l’université expérimentale de Vincennes.  Elu professeur au Collège de France en 1970, sur une chaire d’histoire des systèmes de pensée, Michel Foucault explora dans ses cours, successivement publiés, la généalogie de la prison, l’histoire de la sexualité, etc, tout en donnant de multiples conférences en Amérique et au Japon et en ayant une intense activité militante : fondateur notamment du G.I.P. (Groupe d’Intervention sur les Prisons) en 1971.  Michel Foucault voulait construire ce qu’il appelait des problèmes, autour de la question centrale, comment se constituent, évoluent et se dissolvent les discours, mais aussi les sujets qui s’y reconnaissent, proposant ainsi une “archéologie du savoir”. Il appliqua cette méthode à la clinique, mais surtout, de manière privilégiée, à des objets à l’écart du champ de la pensée : la folie, la prison, la sexualité. Anti-humaniste de raison (l’homme n’est pas au centre du monde, comme il le croit, comme il construit des discours pour le croire), Michel Foucault fut, du même souffle, résolument engagé auprès de tous ceux que le système social exclut, les fous, les prisonniers, les déviants, comme il fut attiré par les expériences littéraires limites, de Roussel, de Bataille, entre autres.

Principaux ouvrages : Folie et déraison, Histoire de la folie à l’âge classique, Plon, 1961 (rééd. augmentée, Gallimard, 1972) ; Naissance de la clinique : une archéologie du regard médical, P.U.F., (1ère éd. 1963) ; Les mots et les choses, Gallimard, (1ère éd. 1966) ; L’archéologie du savoir, Gallimard, (1ère éd. 1969) ; Surveiller et punir, Gallimard (1ère éd. 1975) ; La volonté de savoir, Gallimard (1ère éd. 1976) ; Histoire de la sexualité, Gallimard, 3 vol., 1976-1984 ; Dits et écrits, Gallimard, 2 vol. (1ère éd.1994 ; Herméneutique du sujet, Seuil, 2001 (éd. posthume). A propos de l’Histoire de la folie (CD n° 3) : Il s’agit ici d’un court extrait de l’entretien entre Michel Foucault et le professeur Henri Baruk consacré à “Raison et folie”, dans une émission produite par Serge Jouhet dans la série “Analyse spectrale de l’Occident”, et diffusée le 16 décembre 1961. Raymond Roussel écrivain (CD n° 4) : Extrait d’une série intitulée “Photogrammes”, consacrée à Raymond Roussel et diffusée le 21 novembre 1962. Le corps, lieu d’utopies (CD n° 4) : Intervention de Michel Foucault dans une série d’émissions sur “l’Utopie et la littérature”, et diffusée le 21 décembre 1966 sur France-Culture.

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Etienne GILSON (1884-1978)
Né à Paris, après des études secondaires classiques, Etienne Gilson découvrit Descartes pendant son service militaire. Il suivit les cours de Bergson et passa l’agrégation de philosophie en 1907, puis enseigna comme professeur de lycée en province jusqu’en 1913, date à laquelle il soutint sa thèse de doctorat sur La liberté chez Descartes et la théologie.  Mobilisé en 1914, Gilson combattit sur le front et participa à la bataille de Verdun. En 1918, il fut nommé à l’université de Strasbourg, puis occupa, dès 1920, une chaire d’histoire de la philosophie du Moyen âge à la Sorbonne, tout en enseignant dans de nombreuses universités étrangères. En 1932, il fut élu au Collège de France à la Chaire d’histoire de la philosophie du Moyen âge, et continua d’enseigner en Amérique, en particulier au Canada, à l’université de Toronto.  En 1946, il entra à l’Académie française. Conseiller de la République (MRP) en 1947-1948, il s’engagea de manière très gaullienne contre la manière dont s’élaborait le Pacte atlantique. En 1951, il prit sa retraite, mais poursuivit ses recherches, ses travaux et ses voyages, faisant des conférences dans le monde entier. Il mourut à Cravant en 1978 à quatre-vingt-quatorze ans. C’est grâce à Etienne Gilson que les philosophes de ces quelques dix siècles qu’on appelle confusément le Moyen âge ont retrouvé toute leur complexité et leur diversité, ainsi que leur place et leur influence sur la pensée la plus moderne. Il a fondé et historisé le concept même de philosophie chrétienne. Il démontre comment le Moyen âge, ou plutôt les âges groupés sous ce vocable, ont permis de repenser la philosophie antique, grâce aux démarches concrètes et aux violents débats suscités par sa confrontation avec les religions du livre, et singulièrement le christianisme. Il s’est attaché aussi à montrer comment les poètes (Pétrarque, Dante) et les artistes ont relevé également ce défi. Il montre la portée de chacun des penseurs à l’intérieur d’un contexte intellectuel, culturel et social précis. Pour lui, la philosophie n’est pas une abstraction, mais un geste, une intervention de la pensée, incarnée dans chacun des philosophes, à un moment concret. Il permet de comprendre que chaque époque, et donc aussi la nôtre, est confrontée aux renouveaux des interprétations, à de nouvelles formes de censure et d’ouverture. C’est pourquoi Etienne Gilson, ce grand spécialiste des Docteurs de l’Eglise, et de l’humanisme du Moyen âge et du début de la Renaissance, a pu penser avec tant d’acuité les problèmes du monde qui lui était contem­porain. 

Principaux ouvrages : Le thomisme, Introduction à la philosophie de Saint Thomas d’Aquin, Vrin (1ère éd. 1919, avec un sous-titre différent : introduction au système de Saint Thomas d’Aquin) ; La philosophie au Moyen âge : des origines patristiques à la fin du XIVème siècle, Payot (1ère éd.1922) ; La philosophie de Saint Bonaventure, Vrin (1ère éd. 1924) ; Introduction à l’étude de Saint Augustin, Vrin. (1ère éd. 1929) ; Héloïse et Abélard, Vrin (1ère éd. 1938) ; Dante et la philosophie, Vrin (1ère éd. 1939) ; Peinture et réalité, Vrin. (1ère éd. 1972). L’amour de Pétrarque (CD n° 4) : Ce sont de larges passages, consacrés à l’amour de Pétrarque pour Laure, extraits du discours de réception d’Etienne Gilson à l’Académie française, et diffusés sur la R.D.F le 5 mai 1947. 

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Vladimir JANKÉLÉVITCH (1903-1985)
Vladimir Jankélévitch est né en 1903, à Bourges, de parents russes. Son père, traducteur de nombreux ouvrages russes et allemands (Hegel), fut aussi le premier traducteur de Freud en français. Entré à l’Ecole normale supérieure en 1922, agrégé de philosophie en 1926, Jankélévitch enseigna à l’Institut français de Prague, et aux lycées de Caen et de Lyon. En 1931, il publia un livre sur Bergson, philosophe qui le marqua toute sa vie et qu’il se plaisait souvent à citer : “n’écoutez pas ce qu’ils disent ; regardez ce qu’ils font”. Spécialiste de la philosophie allemande, il soutint sa thèse de doctorat en 1933 sur Schelling, avant de renoncer à cause du nazisme (et jusqu’à la fin de sa vie) à tout contact avec la culture allemande. Maître de conférences à l’université de Toulouse, il fut mobilisé en 1939 et blessé en 1940. Révoqué par le régime de Vichy à cause des lois d’exception sur les enfants d’étrangers, il rejoignit la clandestinité. Sa philosophie fut marqué à jamais par la morale de la Résistance. Réintégré à la Libération, il fut nommé à Lille, où il publia en 1949 le Traité des vertus. Elu à la Sorbonne en 1951, où il enseigna jusqu’en 1978, il poursuivit son œuvre de philosophe et de moraliste, tout en écrivant parallèlement des ouvrages sur la musique, qui nourrit aussi son enseignement. Aux confins des cultures grecque, juive, russe et chrétienne, la pensée de Jankélévitch travaille sur des objets qui ne sont pas de manière évidente des concepts philosophiques, mais sur lesquels sa philosophie morale, très marquée par Bergson, peut s’appuyer : la tentation, l’insaisissable, l’inexprimable, l’inachevé, le “je ne sais quoi”, etc.  La voix de Jankélévitch est restée célèbre ; sa faculté d’improvisation, son sens de la formule, son amour du paradoxe font de Jankélévitch un des grands orateurs de notre époque.

Principaux ouvrages :  Henri Bergson, P.U.F. (1ère éd. 1931) ; Traité des vertus, Bordas, 3 vol. (1ère éd. 1949) ; Debussy et le mystère de l’instant, Plon (1ère éd. 1949) ; la Musique et l’ineffable, Armand Colin, 1961 ; l’Ironie, Flammarion (1ère éd.) ; le Pardon, Aubier (1ère éd. 1967) ; Le “je ne sais quoi et le presque rien”, Seuil, 1980.  Sur la philosophie d’Henri Bergson (CD n° 4) : Intervenant dans l’ “Hommage à Henri Bergson” produit par Pierre Sipriot, qui fut diffusé le 13 mai 1967 sur France-Culture, dans la série “Analyse spectrale de l’Occident”, Vladimir Jankélévitch propose, dans ces larges extraits, un contact direct avec l’œuvre de Bergson.  A découvrir aussi Vladimir Jankélévitch : Un homme libre, L’immédiat, La tentation, Cours improvisé - 4 CDs Éditions INA/Frémeaux & Associés - FA5038.

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Alexandre KOYRÉ (1892-1964)
Philosophe français, né en Russie, issu d’une famille de la bourgeoisie juive, Alexandre Koyré se lia aux mouvements extrémistes de la révolution de 1905 et il termina pour cela ses études secondaires en prison. Il en profita pour lire Husserl. Après un court passage par la Suisse, il alla à Göttingen en 1908 où il fut l’élève de Hilbert et de Husserl, puis à Paris où il suivit les cours de Bergson et de Brunschvicg. Il retourna ensuite en Russie, où il participa activement à la révolution de février 1917 en s’engageant du côté des Socialistes-Révolutionnaires. Puis il émigra définitivement à Paris, où il soutint en 1923 son doctorat sur “l’idée de Dieu dans la philosophie de Saint Anselme”. Il engagea alors son travail sur les cosmologies des XVI et XVIIème siècles. Directeur d’Etudes à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, professeur à l’université du Caire, il fut pendant la Seconde guerre mondiale le représentant des Forces françaises libres aux Etats-Unis. Ami de Roman Jakobson, qu’il avait connu jeune homme, alors qu’ils participaient tous deux aux travaux du “Cercle de Prague”, il le présenta pendant son séjour à New York à Claude Levi-Strauss. C’est de cette rencontre qu’on date la naissance du structuralisme. Son cosmopolitisme intellectuel lui permit de faire travailler ensemble des philosophies venues d’univers différents (il introduisit Bergson en Allemagne et Husserl en France), ce qui lui permit d’inventer dans l’histoire des sciences et des religions. Koyré démontra en effet comment les contextes intellectuels autorisent les inventions conceptuelles et font émerger les principes qui révolutionnent la pensée scientifique. Il fut aussi un incitateur : il encouragea le travail de Kojève, qui fit connaître en France l’œuvre de Hegel, à qui il demanda, ainsi qu’ à Henry Corbin, de le remplacer aux Hautes études pendant qu’il enseignait au Caire. En 1932, avec H.C. Puech et A. Spaïer, il créa et dirigea la revue Recherches philosophiques, qui suscita, soutint et publia le travail des nouvelles tendances de la philosophie européenne. On y trouvait dès les premiers numéros les signatures de Bachelard, Corbin, Heidegger, Kojève, Lacan, Sartre, G. Marcel, G. Bataille…

Principaux ouvrages : L’idée de Dieu dans la philosophie de Saint Anselme, Vrin. (1ère éd.1923) ; La philosophie de Jacob Böhme : études sur les origines de la métaphysique allemande, Vrin (1ère éd.1929) ; Du Monde clos à l’univers infini, Gallimard. (1ère éd.1954). La place de Saint Anselme dans la philosophie occidentale (CD n° 4) : Nous avons retrouvé et fait restaurer par l’I.N.A. deux archives sonores, l’une consacrée à Saint Anselme, l’autre à Kepler. La première, consacrée à Saint Anselme, est une causerie diffusée le 22 décembre 1954, dans la série “Connaissance de l’Homme” sur la R.T.F. Alexandre Koyré y dresse un portrait de Saint Anselme qu’il replace dans l’histoire de la pensée occidentale. Il présente deux de ses textes, le Monologium et le Proslogium. Kepler et la révolution astronomique (CD n°5) : Dans la seconde archive, une causerie diffusée le 17 juin 1955 dans la même série “Connaissance de l’Homme” sur la R.T.F., Alexandre Koyré fait un portrait de Kepler, définit sa place dans la révolution scientifique du XVIIème siècle, et présente deux de ses ouvrages, Mystère cosmographique et Astronomie nouvelle.

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Emmanuel LEVINAS (1906-1995)
Né à Kaunas en Lituanie, à une centaine de kilomètres de Vilnius, capitale culturelle du “yiddishland”, Emmanuel Levinas est issu d’un milieu juif qui l’instruit dans la Bible et ses commentaires talmudiques d’une part, la littérature russe et anglaise d’autre part. Après la révo­lution bolchevique qu’il vécut en Ukraine où sa famille avait émigré, il arriva en France en 1923.  Il fit des études de philosophie à Strasbourg, où il rencontra Maurice Blanchot. Il lut Bergson, et il suivit, dans les années 1928-30, à Fribourg les cours de Husserl et le séminaire de Heidegger, dont l’ouvrage Sein und Zeit (l’Etre et le temps, 1927) le marqua définitivement. C’est dans sa thèse soutenue en 1930, “La théorie de l’intuition dans la phénoménologie de Husserl”, que Sartre découvrit la phénoménologie. A Paris, il se lia à Jean Wahl et à Gabriel Marcel. Mobilisé en 1939, fait prisonnier en 1940, il fut envoyé en captivité en Allemagne. Après guerre, il devint directeur de l’Ecole Normale Israëlite orientale de Paris. Il suivit les travaux talmudiques de Chouchani. En 1949, il publia En découvrant l’existence. Avec Husserl et Heidegger. Après avoir soutenu et publié son doctorat d’état, Totalité et infini en 1961, il fut nommé successivement professeur de philosophie à Poitiers, à Nanterre, et en 1973 à la  Sorbonne. Ses travaux se déploient sur deux axes : d’un côté il poursuit son œuvre talmudique, de l’autre son travail proprement philosophique. Dans Totalité et infini, Levinas renouvelle la métaphysique, qui est pour lui indiscernable de l’éthique. On aurait tort de penser que Levinas est plus un commentateur de la Bible qu’un philosophe. Penseur de la crise de son/de notre époque, il travaille les questions les plus anciennes de la philosophie, qui sont aussi les plus modernes, comme celles de l’Etre, de l’Infini et du travail que l’homme doit faire sur lui-même pour s’humaniser réellement. Dans sa pensée, chaque homme est responsa­ble de l’humanité, dont la figure générique est le juif : “tous les hommes sont capables d’être juif”. L’Autre et son épiphanie, le visage d’autrui, auquel vient s’appliquer le comman­dement : “tu ne tueras point”, est une exigence suprême de sainteté, de total désintéressement vis-à-vis de soi-même. Ainsi la Bonté est une émotion qui participe de l’absolu : c’est proprement l’au-delà de la haine, ou renversement du mal. On pourrait dire que toute la pensée d’Emmanuel Levinas consiste à répondre à la question : “comment penser après Auschwitz”. 

Principaux ouvrages : Le temps et l’autre, P.U.F. (1ère éd.1948) ; En découvrant l’existence, avec Husserl et Heidegger, Vrin (1ère éd.1949) ; Totalité et infini, essai sur l’extériorité, LGF (1ère éd.1961) ; Nouvelles lectures talmudiques, Ed. de Minuit (1ère éd.1977) ; Sur Maurice Blanchot, Fata Morgana (1ère éd. 1975) ; Nouvelles lectures talmudiques, 1977 ; Job et l’excès du mal, entretiens avec Philippe Nemo, Albin Michel. L’être dans la pensée de Heidegger ;  L’autre et son visage (CD n° 5) : Sont présentés ici deux courts extraits d’une double série de “Chemins de la connaissance” consacrée à Emmanuel Levinas, par Philippe Nemo, sur le thème “Ethique et infini”, et diffusée sur France-Culture les 3 et 10 mars 1981.

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Jean-François LYOTARD (1924-1998)
Né à Versailles en 1924, agrégé de philosophie en 1950, Jean-François Lyotard fut professeur de philosophie, dans le secondaire, une dizaine d’années, notamment au lycée de Constantine (1950-1952), puis à l’université, à la Sorbonne et à Nanterre, enfin, à partir de l’automne 1968, à l’université expérimentale de Vincennes, mais aussi en Californie, où il enseigna à l’université d’Irvine.  Militant marxiste critique, il appartint au groupe “Socialisme et Barbarie”, puis à “Pouvoir ouvrier”. Il devint plus tard un virulent adversaire du marxisme, et réinterpréta Freud dans le sens de la libération du désir. Dans son premier livre la Phénoménologie (1954), il écrit “comprendre l’histoire, il n’y a pas de tâche plus vraie pour le philosophe”. Son travail peut d’ailleurs s’entendre comme une subversion de ces deux termes, “histoire” et “philosophie”. En 1971, il publia un livre intitulé Discours figures dans lequel il entreprend une réflexion qui interroge la suprématie du discours en Occident. Dans son œuvre, l’énergie pulsionnelle et le corps sont de plus en plus en plus convoqués pour anéantir ce qu’il appelle le “méta-récit”, c’est à dire les récits issus de la raison comme l’histoire et la technique, qui sont pour lui autant de discours de l’ordre.  Rejetant tous les systèmes, il invente des notions en éclats comme “’économie libidinale”, “le Différend”, “les Immatériaux”, “le Post-moderne”. A partir de l’art et de la peinture, il pense que les objets doivent advenir à celui qui les reçoit et que celui qui les reçoit doit se mettre lui-même en position d’accueillir les sensations pour aller vers, dit-il, “l’affinement de la sensibilité”, seule façon possible pour lui de casser les dogmes et de critiquer les idéologies.  Ces notions prennent de plus en plus d’importance, jusqu’à l’invention du concept de post-modernité, auquel il consacre trois livres, La condition post-moderne en 1979, le Différend en 1983, le Post-moderne expliqué aux enfants en 1986, et une exposition, les Immatériaux, où il expose au sens strict sa vision de la modernité, de la technique, et du progrès en 1985. Si l’exposition fut une des plus controversées de la fin du XXème siècle en France, le terme de post-moderne, emprunté à la critique architecturale américaine, connut une extraordinaire fortune dans tous les milieux se réclamant de la créativité : “La modernité est vieille. La post-modernité est un essai pour entendre l’angoisse qui donne lieu à son refoulement activiste”. 

Principaux ouvrages : La Phénoménologie, P.U.F., 1954 ; Discours­/figure, Klincksieck, 1971 ; Economie libidinale, Editions de Minuit, 1974 ; La Condition post-moderne, Editions de Minuit, 1979 ; les Fins de l’homme, Galilée, 1981; le Différend, Editions de Minuit, 1983 ; le Post-moderne expliqué aux enfants, Galilée, 1986. La pensée post-moderne (CD n°5) : Extrait de “Dialogues sur la condition postmoderne”, émission produite par Roger Pillaudin et diffusée sur France-Culture le 18 décembre 1979. Dans cette émission enregistrée en public, Jean-François Lyotard, qui avait comme interlocuteur Vincent Descombes, s’explique sur ce qu’il appelle la post-modernité.

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Gabriel MARCEL (1889-1973)
Né à Paris en 1889, Gabriel Marcel perdit sa mère à l’âge de quatre ans, ce qui assombrit toute sa vie. Fils d’un conseiller d’état, il fut élevé par sa tante qui devint la deuxième femme de son père. Issu d’une famille riche, cultivée et agnostique, il fut un enfant choyé et doué.  Agrégé de philosophie à vingt ans, il publia en 1927 un journal métaphysique.  La philosophie de Gabriel Marcel, qui se convertit en 1929 au catholicisme, est fondamentalement chrétienne. Elle explore ce qui échappe à la raison, à la connaissance, mais qui s’offre d’emblée à la sensation : “il n’y a en réalité aucun sens à traiter la sensation comme une traduction ; elle est immédiate, elle est à la base de toute interprétation et de toute communication ; elle ne peut donc être elle-même une interprétation ou une communication.” La pensée est pour lui la transcription d’une expérience, celle d’une foi qui prend des risques et place l’amour au centre de sa démarche : “aimer un être c’est attendre de lui quelque chose d’indéfinissable, d’imprévisible ; c’est en même temps lui donner en quelque façon le moyen de répondre à cette attente. Oui, si paradoxal que cela puisse paraître, attendre, c’est en quelque façon donner ; mais l’inverse n’est pas moins vrai : ne plus attendre, c’est contribuer à frapper de stérilité l’être dont on n’attend plus rien, c’est en quelque manière le priver, lui retirer par avance - quoi exactement - sinon une certaine possibilité d’inventer ou de créer ?” On pourrait dire, pour aller vite que cette philosophie est une théologie, qui travaille sur l’abolition des valeurs abstraites. Pour lui le Beau, le Vrai, le Bien sont des fins concrètes, de même que la liberté : “je ne suis pas libre, j’ai à être libre”. Auteur de théâtre et compositeur de musique comme Rousseau et Nietzsche, Gabriel Marcel recevait tous les mardis un cercle d’auditeurs choisis pour réfléchir avec eux, car les individus ne sont au départ pour lui que des “solistes inexercés et pourtant prétentieux” : “Nous tenons à devenir peu à peu les membres fraternels et émerveillés d’un orchestre, où ceux que nous appelons indécemment les morts, sont sans doute bien plus près que nous de Celui dont il ne faut peut-être pas dire qu’il conduit la symphonie, mais qu’il est la Symphonie dans son unité profonde et intelligible, une unité à laquelle nous ne pouvons espérer accéder qu’insensiblement à travers des épreuves individuelles, dont l’ensemble imprévisible pour chacun d’entre nous est pourtant inséparable de sa vocation propre”.

Principaux ouvrages : Etre et avoir, Flammarion-Aubier (1ère éd. 1935) ; Positions et approches concrètes du mystère ontologique, J.M. Place (1ère éd. 1949) ; Fragments philosophiques, Nauwelaerts, 1964 ; L’heure théâtrale, Plon, 1959 ; Les Hommes contre l’Humain, Editions universitaires  (1ère éd. 1951). Sur la philosophie de Saint Augustin (CD n° 5) : L’archive choisie est un ensemble d’extraits de cinq causeries sur le thème de l’inquiétude diffusée le 24 avril 1954 sur la R.T.F. dans la collection “Culture française”. Gabriel Marcel y démontre en quoi pour le chrétien l’inquiétude est un ferment sans lequel l’âme ne saurait se convertir, en s’appuyant sur la lecture des Confessions de Saint Augustin. 

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Maurice MERLEAU-PONTY (1908-1961)
Né à Rochefort-sur-Mer, Maurice Merleau-Ponty fit ses études aux lycées Janson-de-Sailly et Louis-le -Grand ; il entra à l’Ecole normale supérieure en 1926 et passa son agrégation de philosophie en 1930. Pendant son service militaire, il rencontra Jean-Paul Sartre. Professeur au lycée de Beauvais de 1931 à 1933, puis à Chartres de 1934 à 1935, il perfectionne son allemand et lit Husserl. Nommé professeur répétiteur (“caïman”) à l’ENS de 1935 à 1939, il y exerce une vive influence (Jean-Toussaint Desanti par exemple sera son élève). De 1940 à 1944, professeur au lycée Carnot, il est lié aux groupes de la Résistance. A la Libération, il devient professeur de khâgne au lycée Concordet. En 1945, il soutient son doctorat, dont les thèses sont publiées sous le titre de La structure du comportement et La phénoménologie de la perception, qui s’opposent à la psychologie positiviste américaine. La même année, il fonde avec Jean-Paul Sartre la revue Les Temps Modernes. Elu professeur au Collège de France en 1952, à la chaire qui fut celle de Bergson, Merleau-Ponty est un des introducteurs de la phénoménologie en France.  S’affrontant à la philosophie de son ami Jean-Paul Sartre, Merleau-Ponty place au centre de son travail la question de la liberté. Pour lui, la conscience de l’homme est une conscience libre sans nécessité ni normes : thème commun à la philosophie existentialiste qui privilégie la subjectivité et l’analyse du vécu. Ses derniers travaux déploient une recherche très originale sur la constitution de la chair du monde, et sur l’essence de la manifestation, de l’espace, de la peinture. Ami de Lacan, Merleau-Ponty fut aussi l’un des plus savants critiques de la psychologie moderne. Il se situe malgré ses influences allemandes (Hegel, Heidegger, Husserl) dans la lignée des philosophes français, Malebranche, Maine de Biran et Bergson, pour lesquels seules comptent toutes les formes de l’expérience humaine. Dans Eloge de la philosophie (1953), qui est sa leçon inaugurale au Collège de France, il ausculte les rapports problématiques que la philosophie entretient avec la vérité. Il introduit au cœur de la philosophie la nécessité de l’ironie, de la distance prise vis à vis de soi-même, et recentre donc la philosophie sur la figure de Socrate. Merleau-Ponty est un philosophe qui pense que la perception nous guide vers le monde extérieur et nous permet de l’appréhender. Il est le philosophe de “l’intermonde” : ce lieu où la subjectivité croise autrui est en permanente construction.

Principaux ouvrages : La phénoménologie de la perception, Gallimard (1ère éd.1945) ; Sens et non sens, Nagel (1ère éd.1948) ; Eloge de la philosophie et autres essais, Gallimard (1ère éd.1953) ; Les aventures de la dialectique, Gallimard (1ère éd.1955) ; Signes, Gallimard (1ère éd.1960) ; Le visible et l’invisible, Gallimard (1ère éd. posthume, 1964). Eloge de la modernité (CD n° 6) : Ces trois fragments sont extraits des causeries de Maurice Merleau-Ponty, intitulées “La pensée et l’art contemporain” dans la série “Heure de culture française” et diffusée sur la R.D.F., le 9 octobre 1948.

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Jean-Paul SARTRE (1905-1980) 
Né à Paris en 1905, dans une famille de la bourgeoisie, mi-catholique, mi-protestante (Albert Schweitzer, qui fut prix Nobel de la paix en 1952, est son cousin), Jean-Paul Sartre fut le philosophe le plus aimé et le plus haï de son temps, mais il fut aussi romancier, dramaturge, scénariste, essayiste et militant. Dès son enfance, plutôt triste, dont il sut rendre compte dans Les Mots (1964), Sartre se réfugia dans les livres. En khâgne, la lecture de l’Essai sur les données immédiates de la conscience de Bergson déclencha son désir d’être philosophe. Admis à l’Ecole normale, il eut comme condisciples Raymond Aron, Georges Canguilhem, Maurice Merleau-Ponty et Paul Nizan. En 1929, il rencontra Simone de Beauvoir, qui accompagna sa vie et avec laquelle il créa un modèle de relation amoureuse fait de liberté et d’égalité sans fusion : “Entre nous, il s’agit d’un amour nécessaire ; il convient aussi que nous connaissions des amours contingentes” (Simone de Beauvoir). Ils furent reçus l’un et l’autre cette année-là à l’agrégation de philosophie. Nommé professeur au lycée du Havre en 1931, Sartre découvrit la phénoménologie de Husserl grâce à Raymond Aron, à qui il succéda comme boursier à l’Institut français de Berlin en 1933. De retour en France, il publia en 1936 l’Imagination, son premier essai philosophique, et en 1938 la Nausée.  Il ne cessa d’écrire et de publier jusqu’à sa mort. Fait prisonnier en 1940, Sartre fut interné au stalag de Trèves, dont il réussit à s’échapper en 1941. De retour à Paris, il fonda avec Jean-Toussaint et Dominique Desanti, Maurice Merleau-Ponty, J.-L. Bost et Jean Pouillon, le groupe de résistance intellectuelle “Socialisme et liberté”, et poursuivit en parallèle recherches philosophiques et écriture littéraire, publiant L’Etre et le Néant et donnant le texte de la pièce Les Mouches la même année 1943. A la libération, Sartre devint la figure emblé­matique de l’intellectuel engagé, il inventa sa philosophie, l’existentialisme athée (L’existen­tialisme est un humanisme, 1946), autour de laquelle se cristallisa tout un mode de vie, lié à un quartier Saint-Germain-des-Prés : chansons, musique, poésie. Dans les deux décennies de l’après-guerre, Sartre construit son œuvre sur trois terrains : philosophique (Critique de la raison dialectique, 1950), littéraire - théâtre (Huis clos, 1945, les Mains sales, 1948, etc.), romans (Les chemins de la liberté, 1949), essais (Situations) -, et politique. Il créa en 1945 et dirigea jusqu’à sa mort la revue Les Temps modernes, qui eut un rôle intellectuel et politique considérable. Elle joua un rôle prépondérant dans toutes les luttes anti-coloniales. Sartre, qui était profondément sceptique face au communisme, se rapprocha du P.C.F. en 1952 et devint l’un de ses plus fidèles compagnons de route, ce qui scella sa rupture avec ses amis Raymond Aron et Maurice Merleau-Ponty. En 1964, il se vit attribuer le prix Nobel de littérature, qu’il refusa.  En 1968, Sartre prit position en faveur du mouvement étudiant et se rapprocha des mouvements gauchistes, maoïstes, et notamment de la Gauche prolétarienne, prenant la direction du journal La cause du peuple. En 1970 il fonda avec Maurice Clavel l’agence de presse “Libération”. En 1975, il commença à prendre ses distances avec le marxisme, s’affirmant partisan d’un “socialisme libertaire”. Il se réconcilia en 1979 avec Raymond Aron pour soutenir l’initiative “un bateau pour le Vietnam”, en faveur des “boat people”. Sartre est l’inventeur d’un existentialisme athée. L’existentialisme sartrien est à la fois anti-réaliste et anti-idéaliste. Pour lui, l’homme est un projet libre, en devenir vers sa liberté. La liberté est pour Sartre le fondement sans fondement de toutes les valeurs. En prenant partie pour sa liberté, l’homme prend partie pour celle des autres. La pensée philosophique, la réflexion politique et la vie militante de Sartre sont conduites par ce souci : ne pas être un salaud.

Œuvres principales  (œuvres philosophiques et essais) : L’imagination, P.U.F., 1936 ; L’imaginaire, Gallimard, 1940 ; L’être et le Néant, Gallimard, 1943 ; L’existentialisme est un humanisme (dialogue avec Pierre Naville), Nagel, 1946 ; Réflexions sur la question juive, Morihien, 1946 ; Critique de la raison dialectique, Gallimard, 1960 ; L’idiot de la famille, Gallimard, 1971-1972, 3 vol. ; Situations, I-X, Gallimard, 1947-1976, 10 vol. La république du silence (CD n°6) : Cette intervention est un éditorial de 1944 enregistrée par les équipes françaises de la B.B.C. Jean-Paul Sartre y explique pourquoi la résistance est une vraie démocratie. Littérature et liberté (CD n° 6) : Extrait d’une conférence donnée en Sorbonne pour marquer la création de l’UNESCO sur l’engagement et la responsabilité de l’écrivain, dans la collection “les grandes conférences” diffusées sur la R.D.F. le 30 novembre 1946.  

On ne peut se prévaloir d’un esprit scientifique tant qu’on n’est pas assuré, à tous les moments de la vie pensive, de reconstruire tout son savoir.
Gaston Bachelard - La formation de l’esprit scientifique © Vrin

Ecouter Anthologie sonore de la pensée française (livre audio) © Frémeaux & Associés / Frémeaux & Associés est l'éditeur mondial de référence du patrimoine sonore musical, parlé, et biologique. Récompensés par plus de 800 distinctions dont le trés prestigieux "Grand Prix in honorem de l'Académie Charles Cros", les catalogues de Frémeaux & Associés ont pour objet de conserver et de mettre à la disposition du public une base muséographique universelle des enregistrements provenant de l'histoire phonographique et radiophonique. Ce fonds qui se refuse à tout déréférencement constitue notre mémoire collective. Le texte lu, l'archive ou le document sonore radiophonique, le disque littéraire ou livre audio, l'histoire racontée, le discours de l'homme politique ou le cours du philosophe, la lecture d'un texte par un comédien (livres audio) sont des disques parlés appartenant au concept de la librairie sonore. (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, cours sur CD, entretiens à écouter, discours d'hommes politiques, livres audio, textes lus, disques parlés, théâtre sonore, création radiophonique, lectures historiques, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre, audio-livre, lecture à voix haute, entretiens à haute voix, parole enregistrée, etc...). Les livres audio sont disponibles sous forme de CD chez les libraires  et les disquaires, ainsi qu’en VPC. Enfin certains enregistrements de diction peuvent être écoutés par téléchargement auprès de sites de téléchargement légal.




PisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 HELVETIUS REVOLUTIONNAIRE - ALTHUSSER13'55
02 MARX ET LA SCIENCE - ALTHUSSER14'45
03 LA COUPURE MARXISTE - ALTHUSSER10'41
04 HUSSERL ET LES SCIENCES SOCIALES - ARON09'16
CD 2
01 SONGES ET PENSEES - BACHELARD24'57
02 DEUX MOTS SUR LART - BERGSON00'37
03 SUR LA PHILOSOPHIE DE JEAN CAVAILLES - CANGUILHEM16'10
04 LANGE ET LE LANGAGE - DE CERTEAU21'00
05 SUR LA PHILOSOPHIE DE NIETZSCHE - CHATELET11'31
06 REPENSER LA DEMOCRATIE - CHATELET15'34
07 SCHIISME ET ISMAELISME - CORBIN10'19
CD 3
01 SPLENDEURS DE L ECOLE D ISPAHAN - CORBIN10'38
02 ARTIFICE ET SOCIETE DANS L OEUVRE DE HUME - DELEUZE15'30
03 LE DIEU DE SPINOZA - DELEUZE04'30
04 LE TRAVAIL DE L AFFECT DANS L ETHIQUE DE SPINOZA - DELEUZE08'50
05 BERNARD GROETHUYSEN UNE AMITIE PHILISOPHIQUE - DESANTI14'07
06 COMMENT JE PHILOSOPHE - DESANTI06'52
07 A PROPOS DE L HISTOIRE DE LA FOLIE - FOUCAULT09'57
CD 4
01 RAYMOND ROUSSEL ECRIVAIN - FOUCAULT11'10
02 LE CORPS LIEU D UTOPIES - FOUCAULT18'08
03 L AMOUR DE PETRARQUE - GILSON25'18
04 SUR LA PHILOSOPHIE D HENRI BERGSON - JANKELEVITCH08'43
05 LA PLACE DE SAINT ANSELME DANS LA PHILOSOPHIE OCC - KOYRE12'04
CD 5
01 KEPLER ET LA REVOLUTION ASTRONOMIQUE - KOYRE14'07
02 L ETRE DANS LA PENSEE DE HEIDEGGER - LEVINAS10'11
03 L AUTRE ET SON VISAGE - LEVINAS13'21
04 LA PENSEE POSTMODERNE - LYOTARD17'42
05 SUR LA PHILOSOPHIE DE SAINT AUGUSTIN - MARCEL23'02
CD 6
01 ELOGE DE LA MODERNITE 1 - MERLEAU-PONTY08'04
02 ELOGE DE LA MODERNITE 2 - MERLEAU-PONTY16'40
03 ELOGE DE LA MODERNITE 3 - MERLEAU-PONTY14'05
04 LA REPUBLIQUE DU SILENCE - SARTRE04'42
05 LITTERATURE ET LIBERTE - SARTRE19'07
"Voix choisies de vingt philsophes" par La Croix

“Une initiative remarquable.” LA CROIX

"Etrange et très beau voyage, d’où les philosophes antérieurs ne sont pas bannis, puisque parmi les extraits choisis, se trouvent nombres de « dialogues » philosophiques par-delà les années ou les siècles : Deleuze sur Spinoza bien sûr, Marcel sur Saint Augustin, Aron sur Husserl, Châtelet sur Nietszche… mais aussi Koyré sur Saint Anselme ou Desanti sur le trop négligé Groethuysen…Une initiative remarquable.” LA CROIX





"Anthologie de la Pensée Française" par Magazine Littéraire

 “L’auditeur n’en revient pas d’avoir accès à ce florilège de pensée en mouvement, sans minimiser l’émotion de la voix. Une aventure exceptionnelle.”          V. MARIN LA MESLÉE, MAGAZINE LITTÉRAIRE

 “L’auditeur n’en revient pas d’avoir accès à ce florilège de pensée en mouvement, sans minimiser l’émotion de la voix. Une aventure exceptionnelle.” V. MARIN LA MESLÉE, MAGAZINE LITTÉRAIRE




"Anthologie de la Pensée Française" par La Classe

“Un témoignage unique.“ LA CLASSE




"Anthologie de la Pensée Française" par Les Etudes Philosophiques

La contribution majeure des archives sonores au patrimoine intellectuel français
“Les six disques de cette anthologie devraient, sans aucun jeu de mots, se trouver dans la bibliothèque de tout lecteur de la philosophie du XXème siècle en France. (...) Comme on souhaiterait que les médias, loin de la nier, se concilient ainsi la parole pensante, à travers les individus et les oeuvres ! De cela aussi on a, dans ces disques, une remarquable anthologie.“ Frédéric WORMS, LES ETUDES PHILOSOPHIQUES (c) PUF

La contribution majeure des archives sonores au patrimoine intellectuel français
“Les six disques de cette anthologie devraient se trouver dans la bibliothèque de tout lecteur de la philosophie du XXe siècle en France. Il s’agit en effet d’un parcours sonore exceptionnel, allant de Bergson à Deleuze et Foucault, en passant par Jankélévitch, Sartre ou Merleau-Ponty, mais aussi Koyré, Corbin, Gilson et d’autres. Certes, l’anthologie dépend des documents existants et ne peut les inventer : entre l’unique fragment subsistant de la voix de Bergson, et le choix qu’il a fallu faire parmi les émissions de Sartre ou Merleau-Ponty, ou encore parmi les auteurs récents souvent sollicités par les meilleurs producteurs d’émissions philosophiques de la radio, parmi lesquels l’éditrice du volume, il y a une disproportion frappante. Mais tous sont égaux et uniques devant l’archive et ce qu’elle a d’irremplaçable. Surtout, jamais, même en quelques phrases de Bergson, même en réponse à des questions qui peuvent sembler extérieures ou datées, ces voix ne se laissent piéger : elles ne s’écoutent pas elles-mêmes parler, elles visent le contenu, elles font des choix, décident, tranchent, bref, pensent. Elles illustrent ce dont on est par ailleurs convaincu : que la philosophie ne réside certes pas dans la magie de la voix en elle-même, qu’elle n’est pas non plus trahie par les médiations techniques (médiatiques) de l’enregistrement sous toutes ses formes, mais que dans ses plus hautes pointes d’intensité, elle peut intégrer les deux dans son mouvement propre. Comme on souhaiterait que les médias, loin de la nier, se concilient ainsi la parole pensante, à travers les individus et les oeuvres ! De cela aussi on a, dans ces disques, une remarquable anthologie.” Frédéric WORMS, Les Études Philosophiques © PUF




"Anthologie sonore de la pensée française" par L'Humanité

"L’occasion sonore d’appréhender ces voix si différentes qui donnent corps aux mots, et attache concrète au sens. Invitation à entrer en lecture car c’est le réseau textuel, au final, qui nous livre un auteur. » J.-A. N. – L’HUMANITE


« Dans le domaine des idées, qui dit « archives » entend livres, tomes, études, dossiers manuscrits, cours transcrits… tous supports privilégiés de la communication intellectuelle. Cependant, personne n’échappant à sa condition d’être sensible, nous perdons à l’écrit ce qui, aussi, fait la singularité, parfois le charme, des individus. Dimensions qui passent par d’autres canaux que ceux de l’abstraction signifiante.
L’Institut national de l’audiovisuel et Frémeaux & Associés éditent, sous la direction de Christine Goémé, un coffret de 6 CD reprenant les interventions radiophoniques de philosophes français contemporains. De Bergson à Levinas, on peut y entendre les timbres et inflexions vocales de Sartre, Merleau-Ponty, Koyré, Jankélévitch, Foucault, Desanti, Althusser et beaucoup d’autres.
L’occasion sonore d’appréhender ces voix si différentes qui donnent corps aux mots, et attache concrète au sens. Invitation à entrer en lecture car c’est le réseau textuel, au final, qui nous livre un auteur. » J.-A. N. – L’HUMANITE




"Les voix des grands penseurs du siècle pêchées dans les archives de l'Ina" par Les Inrockuptibles

LE RETOUR DES MORTS VIVANTS "Afin d’éviter que ces centaines d’heures d’archives ne moisissent sur les rayons, et que cette mémoire vive ne tombe dans l’oubli, la maison Frémeaux & Associés, qui depuis une dizaine d’années réalise un formidable travail de sauvegarde du patrimoine sonore, a eue la bonne idée d’en réunir un florilège dans un coffret édité avec la collaboration de Christine Goémé, productrice d’émissions sur la philosophie pour France Culture depuis vingt cinq ans. " Nathalie DRAY – LES INROCKUPTIBLES


LE RETOUR DES MORTS VIVANTS « Afin d’éviter que ces centaines d’heures d’archives ne moisissent sur les rayons, et que cette mémoire vive ne tombe dans l’oubli, la maison Frémeaux & Associés, qui depuis une dizaine d’années réalise un formidable travail de sauvegarde du patrimoine sonore, a eue la bonne idée d’en réunir un florilège dans un coffret édité avec la collaboration de Christine Goémé, productrice d’émissions sur la philosophie pour France Culture depuis vingt cinq ans. » Nathalie DRAY – LES INROCKUPTIBLES




"Grandes Voix du siècle" par Le Monde

"Le dialogue d’idées comme passion commune, l‘échange oral comme modalité partagée : philosophie et radio étaient vouées à se rencontrer, et de ces épousailles sont nés des trésors de réflexivité, soigneusement conservés par l’Institut national de l’audiovisuel (INA). Prodigieux sanctuaire, terrible labyrinthe surtout, dont peu détiennent les clefs." Jean BIRNBAUM – LE MONDE


« Le dialogue d’idées comme passion commune, l‘échange oral comme modalité partagée : philosophie et radio étaient vouées à se rencontrer, et de ces épousailles sont nés des trésors de réflexivité, soigneusement conservés par l’Institut national de l’audiovisuel (INA). Prodigieux sanctuaire, terrible labyrinthe surtout, dont peu détiennent les clefs.
Aussi, pour bâtir une Anthologie sonore de la pensée française, l’éditeur Patrick Frémeaux devait-il d’abord convaincre Christine Goémé, productrice à France Culture depuis un quart de siècle : « Il me fallait quelqu’un qui connaisse bien le matériel de l’INA. C’est pourquoi j’ai passé six ans à la tarabuster pour que cela se fasse », confie le fondateur de la maison Frémeaux & Associés, attachée à la sauvegarde du patrimoine sonore.
Or Christine Goémé n’est pas seulement une professionnelle de la radio, héritière de cette tradition de producteurs pour qui « la grandeur d’une émission, c’est de fabriquer de l’archive ». C’est aussi une voix engagée, d’abord marquée par mai 68 : « Tout part de là, assure-t’elle. Je fais partie de cette génération qui aimait le paradoxe, le conflit, et qui lisait à la fois Althusser et Gilson, Sade et Lénine. Dans cette anthologie, j’ai donc choisi des penseurs qui ont pris des risques pour créer des béances dans la pensée : Bachelard a fait la guerre, Koyré de la prison, Canguilhem de la résistance, Foucault a fondé le Groupe d’information sur les prisons… »
Là est la limite, bien sûr, d’une entreprise qui s’assume comme « entièrement subjective », et dont chacun pourra pointer les lacunes ou les silences. Pourtant cette anthologie n’en fait pas moins entendre (avec pédagogie et dans une grande diversité de tons) la plupart des grandes voix philosophiques du XX ème siècle français, de Bergson à Levinas en passant par Sartre, Deleuze ou encore Jankélévitch.
Bien plus, ces six heures de sélections croisent les discours afin de restituer leur confrontation : «  Althusser face à Aron, Sartre contre Merleau-Ponty, c’étaient pas des tendres ! Or pour moi la vie de la pensée commence lorsque les gens ne sont pas d’accord », s’enflamme Christine Goémé, après deux années passées à hanter les cellules d’écoute de l’INA : « Je me suis servie de moi comme d’un cobaye, pour expérimenter ce que ces textes me faisaient. Le résultat, c’est quelque chose comme une communion des saints : un vrai dialogue entre les morts et les vivants, une parole réinvestie par la chair et le sang. »
Jean BIRNBAUM – LE MONDE




"La philosophie en CD" par La Vie

“Il fallait un sacré culot pour oser se lancer dans une telle entreprise. Imaginez cela : mettre sur le marché six CD, ne contenant que des propos tenus par la plupart des plus grands penseurs français du XXème siècle - il faut en effet être mort avant le 31 décembre 2000 pour figurer dans cette anthologie sonore. Prendre date, avant l’heure, sur le temps qui passe et proposer une liste de dix-huit noms, de Louis Althusser à Jean-Paul Sartre, pour éterniser la réflexion d’hommes qui ont, leur vie durant, travaillé sur la philosophie. Nul doute : le courage devait être au rendez-vous et dicter sa loi. Comment, par exemple, se convaincre que François Châtelet sera de ceux qui figurent dans le choix, alors que Camus, Belaval, Cioran, Clavel ou Lacroix, pour ne citer que ceux-là, n’y seront pas ? Certes, il y a d’abord ceux dont on dispose de la voix sur le plan sonore. Mais il y a aussi ceux dont on ne voulait pas, ceux que Christine Goémé, l’artisan de cette anthologie, a volontairement récusés pour établir son palmarès. Dans tous les cas le choix restera exemplaire. Cette « anthologie sonore de la pensée française » est, à sa manière, une ébauche qui ouvre et l’écoute et le débat.
Ils sont donc dix-huit au total – en vérité dix-sept, car Bergson n’occupe pas plus de trente secondes. Installés par ordre alphabétique, ils commencent avec Althusser, qui nous parle d’un Helvetius révolutionnaire et de Marx, se continuent avec Raymond Aron, qui nous entretient avec Husserl et des sciences sociales, avec Bachelard qui, pendant vingt-cinq minutes, nous explique le rapport entre songes et pensées, enfin avec Bergson, dont on a retrouvé une courte allocution radiophonique. Puis suivent, sur le second disque, Canguilhem, Michel de Certeau, François Châtelet et Henry Corbin. Il faut en fait attendre le troisième pour trouver Deleuze, Desanti et Foucault. Chacun de ces trois là est à sa manière un ténor. Ils ont bouleversé la pensée de leur temps. Du premier, Gilles Deleuze, suicidé pour cause d’étouffement progressif, on a diverses interventions qui occupent vingt-huit minutes au total. Il commence avec l’œuvre de Hume, un exposé tiré d’une émission diffusée le 23 mai 1956. Et continue avec Spinoza, l’un de ses penseurs fétiches, sur lequel il a longuement écrit. Puis vient Jean-Toussaint Desanti, qui nous parle de Bernard Groethuysen, un homme d’influence qu’il a longuement fréquenté durant la Seconde Guerre Mondiale, et continue avec un « comment je philosophe » absolument admirable. Enfin, Michel Foucault intervient, à cheval sur les 3° et 4° disques, pendant près de quarante minutes, la plus longue intervention avec celle de Maurice Merleau-Ponty. Il envisage L’Histoire de la folie, l’un de ses premiers écrits, et par ailleurs disserte longuement sur Raymond Roussel, un écrivain auquel il a consacré une étude exemplaire. Pour finir, il s’explique pendant presque vingt minutes sur « le corps, lieu d’utopies » : étonnant discours qui ramasse et disperse à la fois ce que l’on a dit de l’apparence et de l’être. Suivent encore Etienne Gilson, Vladimir Jankélévitch et Alexandre Koyré. Ce qui nous permet d’arriver au 5° disque, où nous trouvons Emmanuel Levinas, Jean-François Lyotard et Gabriel Marcel, trois autres maîtres, et enfin au dernier, le 6°, qu’occupent à eux seuls Maurice Merleau-Ponty et Jean-Paul Sartre. Du premier, « l’éloge de la modernité » dure presque quarante minutes. Philosophe jusqu’au bout des ongles, Merleau-Ponty surprend par la teneur de son discours. Il reste parfaitement abstrait tout au long de son exposé, et en même temps, laisse entendre qu’il ne quitte pas le monde concret, qu’il n’abandonne jamais l’expérience faite au quotidien pour extrapoler peu à peu et aboutir à ce raisonnement qu’il tient. Tandis que Sartre au contraire, part du concret et progressivement s’en éloigne pour tenir un raisonnement abstrait. Deux démarches apparemment opposées qui, en fin de compte, se réunissent et se complètent. En fait, ces six disques témoignent de la diversité de la pensée au  XXème siècle et aussi, de son incroyable complémentarité. Une leçon à retenir.”
Dominique Antoine GRISONI - LA VIE




« La CDthèque de ‘Sixties TV’ » par Le Nouvel Observateur

« Anthologie sonore de la pensée française ». 6 CD, 19 philosophes du XXe siècle. Bergson (avec le seul enregistrement de sa voix), Aron (en 1959), Sartre (sur la BBC en 1944, il était temps), Jankélévitch, Desanti qui aura pu documenter il situ la pensée totalitaire communiste, de la philo aussi qui sait se faire plus que fréquentable avec Foucault s’intéressant au fou littéraire Raymond Roussel, initiatique avec Bachelard, romantique avec le médiéviste Etienne Gilson qui raconte Laure et Pétrarque (un must, 1947). Frémeaux, INA.
LE NOUVEL OBSERVATEUR




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