CALIGULA LU PAR ALBERT CAMUS

LU PAR ALBERT CAMUS EN 1954

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CALIGULA 
Texte intégral interprété par Albert Camus en avril 1954  suivi d'entretiens de l'INA.

"Je marche du même pas comme artiste et comme homme" Albert Camus 13 septembre 1955
 
En septembre 2002, Frémeaux & Associés et l’Ina (Institut national de l’audiovisuel), en accord avec Gallimard, mettent pour la première fois à la disposition du public le texte intégral de l’Etranger d’Albert Camus. C’est à l’initiative de Michel Polac que nous présentons aujourd’hui la pièce maîtresse de l’œuvre théâtrale d’Albert Camus : Caligula, interprétée par son auteur.
Nous remercions la succession d’Albert Camus de nous avoir autorisé à reproduire un certain nombre d’interviews qu’Albert Camus avait donné à Jean Mogin le 13 septembre 1955, ainsi qu’une explication de Caligula enregistrée le 1er janvier 1958.  LES LECTURES À HAUTE VOIX par Michel Polac .
En 1952, avant de monter dans son TNP “La Mort de Danton” de Büchner, Jean Vilar lut la pièce aux représentants des associations qui l’aidaient à remplir l’immense salle de Chaillot. Cette lecture a eu lieu au petit théâtre des Noctambules et je l’ai diffusée au “Club d’Essai de la RTF”.
Ainsi est née mon émission “Lecture à une voix” qui a duré une dizaine d’années et qui a permis à des dizaines de comédiens et aussi quelques auteurs de découvrir les charmes et parfois les difficultés de ce genre d’exercice particulièrement risqué puisqu’il s’agissait d’une lecture publique donc dans les conditions du direct sans possibilités de corrections : cela donnait une tension dramatique au jeu de l’acteur, et l’encourageait car il sentait les réactions des spectateurs, tout particulièrement pour les pièces comiques.
C’est dans ces conditions que fut réalisée la “Lecture à une voix” de “Caligula” par son auteur Albert Camus, au cours de la saison 53-54 (bien que les fiches de la phonothèque indiquent 1955) aux Noctambules; à partir de 1955 ce fut au “Vieux Colombier” qui avait le double de places et une meilleure insonorisation que nous avons émigré. Aux Noctambules il me fallait la connivence du voisin du dessus, or justement, un jour il oublia de s’abstenir de tirer la chasse d’eau et je dus me pencher à l’oreille de Camus pour lui demander de s’interrompre en pleine action. J’ai longtemps conservé ce bobineau inoubliable!
C’est une chance pour nous que Frémeaux se soit attelé à la tâche d’exhumer de leurs tombeaux sonores de précieuses reliques enfouies dans les archives depuis cinquante ans.  
Michel Polac 

CALIGULA
© Gallimard
Par Roger Grenier (auteur de “Albert Camus soleil et ombre”) 
“Pourquoi je fais du théâtre ? Eh bien je me le suis souvent demandé, déclare Camus en 1959.
Et la seule réponse que j’ai pu me faire jusqu’à présent vous paraîtra d’une décourageante banalité : tout simplement parce qu’une scène de théâtre est un des lieux du monde où je suis heureux.” Il ajoute : “Le théâtre est mon couvent.” Autrement dit un endroit où il est à l’abri de ses ennemis et des fâcheux. “Je préfère la compagnie des gens de théâtre (...) à celle des intellectuels, mes frères.
Pas seulement parce qu’il est connu que les intellectuels, qui sont rarement aimables, n’ar­rivent pas à s’aimer entre eux. Mais voilà, dans la société intellectuelle, je ne sais pourquoi, j’ai toujours l’impression d’avoir enfreint une des règles du clan.
Cela m’enlève du naturel, bien sûr, et privé de naturel, je m’ennuie moi-même. Sur un plateau de théâtre, au contraire, je suis naturel, c’est-à-dire que je ne pense pas à l’être ou à ne l’être pas et je ne partage, avec mes collaborateurs, que les ennuis et les joies d’une action commune.
Cela s’appelle, je crois, la camaraderie, qui a été une des grandes joies de ma vie, que j’ai perdue à l’époque où j’ai quitté un journal que nous avions fait en équipe, et que j’ai retrouvée dès que je suis revenu au théâtre.” Il y a aussi une des idées fondamentales de Camus : le bonheur est d’autant plus précieux qu’il est périssable. Le théâtre est un moment de bonheur placé sous le signe de l’éphémère. “Les communautés de bâtisseurs, les ateliers collectifs de peinture à la Renaissance, ont dû connaître la sorte d’exaltation qu’éprouvent ceux qui travaillent à un grand spectacle. Encore faut-il ajouter que les monuments demeurent, tandis que le spectacle passe et qu’il est dès lors d’autant plus aimé de ses ouvriers qu’il doit mourir un jour.” Camus assurait que la passion du théâtre ne lui était pas venue d’un spectacle, il n’y en avait guère à Alger, ni d’une retransmission, car il n’y avait pas de radio. Il aurait été influencé par des lectures : l’histoire du Vieux Colombier et les écrits de son créateur Jacques Copeau. 

Les débuts à Alger
Tout au début, le théâtre est pour Camus une façon de militer. On est en 1936, il a vingt-trois ans. Il est secrétaire général de la Maison de la culture d’Alger, fondée à l’initiative du Parti Communiste. La Maison de la culture lui fournit les premiers fonds pour créer une compagnie d’amateurs, le Théâtre du Travail. “J’ai d’abord voulu faire du théâtre d’agitation, directement. Ensuite, j’ai compris que c’était une voie fausse.”
À la même époque, pour gagner quelque argent, Camus est jeune premier dans la  troupe de Radio-Alger qui tourne dans les villes et les campagnes. Un vieux comédien, au nom burlesque de Max Hilaire, lui apprend à respirer et à poser le pied. Une photo  montre le jeune Camus grimé en Olivier le Daim, avec une perruque aux cheveux longs et raides et une frange, dans Gringoire, pièce gothique de Théodore de Banville. Le premier spectacle du Théâtre du Travail est une adaptation du roman de Malraux, Le Temps du mépris, qui traite du nazisme, de la torture. Le texte de l’adaptation, pre­mière œuvre théâtrale de Camus, est perdu. Le deuxième spectacle devait être une pièce,  écrite en commun, inspirée de l’insurrection ouvrière qui avait eu lieu en 1934 à Oviedo, dans les Asturies. Mais Révolte dans les Asturies est interdite par le maire d’Alger.
La pièce est alors publiée par un très jeune éditeur-libraire, Edmond Charlot, qui allait devenir l’éditeur des premiers livres de Camus. Le Théâtre du Travail monte le Don Juan de Pouchkine et L’Article 330, de Courteline. Camus est tour à tour don Juan et La Brige, le personnage courtelinesque qui comparaît en correctionnelle parce que, excédé par le trottoir roulant de l’Exposition de 1900 sur lequel donnent ses fenêtres, il a montré son derrière à 13 697 personnes. Dans la scène finale, les spectateurs de ce temps-là ont eu le privilège de voir, dans le rôle de La Brige, Albert Camus baisser son pantalon. 

Cali et Gula
À la fin de 1937, la rupture de Camus avec le Parti Communiste entraîne la fin du Théâtre du Travail. Il monte alors le Théâtre de l’Équipe et crée, chez l’éditeur Charlot, une collection : “Poésie et Théâtre”. Son quartier général est une maison des hauteurs d’Alger qu’il appelle “La Maison devant le monde”. Elle est peuplée de trois étudiantes et de deux chats.
Il baptise les chats Cali et Gula, premier indice qu’il travaille déjà sur l’empereur romain. Dans le manifeste inaugural intitulé Pour un théâtre jeune, on peut lire que l’Équipe “demandera aux œuvres la vérité et la simplicité, la violence dans les sentiments et la cruauté dans l’action. (...)
Ainsi se tournera-t-il vers les époques où l’amour de la vie se mêlait au désespoir de vivre.” Un programme qui s’applique à Caligula. Le Théâtre de l’Équipe monte La Célestine, de Fernando de Rojas, pièce fondatrice du théâtre espagnol, et Les Frères Karamazov, dans l’adaptation de Copeau. Camus est Ivan Karamazov. Il songe aussi à Othello. Et il écrit Caligula avec l’idée de le mettre en scène et de jouer le rôle. Il estimera plus tard que c’était presque une pièce de metteur en scène : “Les acteurs débutants ont de ces ingénuités.
Et puis j’avais vingt-cinq ans, l’âge où l’on doute de tout, sauf de soi.” La jeunesse de l’auteur se retrouve dans le personnage de Caligula. “Vixit annis viginti novem, imperavit triennio et decem mensibus diebusque octo. Il vécut vingt-neuf ans et fut empereur pendant trois ans, dix mois et huit jours”, écrit Suétone.
Caligula est né en 12 après J.C. et a régné de 37 à 41. Dès le début, Camus assigne une place à sa pièce dans l’œuvre qu’il commence à peine à construire. Il l’affirme dans une lettre à son amie Christiane Galindo : “Je ne peux détacher mon esprit de Caligula. Il est capital que cela soit une réussite. Avec mon roman et mon essai sur l’Absurde (L’Étranger et Le Mythe de Sisyphe), il constitue le premier stade de ce que maintenant je n’ai pas peur d’appeler mon œuvre. Stade négatif et difficile à réussir mais qui décidera de tout le reste.” 

Un héros absurde
Ce que Camus appelle l’absurde, c’est le sentiment que le bonheur que peut nous donner la vie nous sera un jour retiré. Il en prend conscience très tôt, en raison de la tuberculose qui, depuis l’âge de seize ans, fait peser sur lui une menace mortelle. Il tourne longtemps autour de cette idée.
Mersault, le héros de La Mort Heureuse, roman entrepris en 1937 et abandonné, pense que “la seule tâche des hommes fût de vivre et d’être heureux”. Dans Caligula, la formule est la même, mais inversée. La mort de sa sœur et amante Drusilla fait découvrir à Caligula que les hommes meurent et ne sont pas heureux. (Toutefois, le célèbre aphorisme : “Les hommes meurent et ne sont pas heureux”, n’apparaît en toutes lettres dans la pièce que dans la version de 1944.) Caligula en tire la logique. Il va se livrer à une liberté sans frein. L’auteur pense que cette liberté “n’est pas la bonne”. Parce que “son erreur est de nier les hommes”.
Aussi la scène se dépeuple-t-elle rapidement autour du jeune empereur, jusqu’à sa propre destruction. Dans un commentaire tardif, en 1958, Camus écrit : “À travers Suétone, Caligula m’était apparu comme un tyran d’une espèce relativement rare, je veux dire un tyran intelligent dont les mobiles semblaient à la fois singuliers et profonds. En particulier, il est le seul, à ma connaissance, à avoir tourné en dérision le pouvoir lui-même... L’histoire, et particulièrement notre histoire, nous a gratifiés depuis de tyrans plus traditionnels : de lourds, épais et médiocres despotes auprès desquels Caligula apparaît comme un innocent vêtu de lin candide. Eux aussi se croyaient libres puisqu’ils régnaient absolument. Et ils ne l’étaient pas plus que ne l’est dans ma pièce l’empereur romain. Simplement celui-ci le sait et consent à en mourir, ce qui lui con­fère une sorte de grandeur que la plupart des autres tyrans n’ont jamais connue.” Il explique aussi : “Caligula est l’histoire d’un suicide supérieur. (...) Caligula consent à mourir pour avoir compris qu’aucun être ne peut se sauver tout seul et qu’on ne peut être libre contre les autres hommes.”  Camus regrette de ne pas pouvoir se permettre, à cause de l’anachronisme, une plaisanterie qui résumerait tout : “Un seul être qui pense et tout est dépeuplé”.  Est-ce un sujet qui convient au théâtre ? Camus répond : “La passion de l’impossible est pour le dramaturge un sujet aussi valable que la cupidité ou l’adultère.”  La première note concernant Caligula, dans les Carnets – elle date de janvier 1937 –, ébauche un plan de la pièce et imagine un dénouement qui donne la parole à Caligula. Ses propos font déjà penser au thème de La Chute : “Il (Caligula) est en chacun de vous. Si le pouvoir vous était donné, si vous aviez du cœur, si vous aimiez la vie, vous le verriez se déchaîner, ce monstre ou cet ange que vous portez en vous. ”  

Suétone
L’idée de cette “tragédie de l’intelligence” est venue de la lecture de La Vie des douze Césars de Suétone (75 ?-160 ?). Camus a mis dans sa pièce beaucoup de faits relatés par le biographe latin, comme la scène du mime ou le concours de poésie, même si le Caligula de Suétone est un monstre, encore plus atroce que celui de la pièce. Camus garda toujours une sorte d’amitié pour Suétone, et signa de ce nom des billets satiriques dans Combat. D’où connaissait-il Suétone ?
Est-ce sa curiosité pour les écrivains de l’Antiquité ayant des attaches avec l’Afrique du Nord, comme Plotin et Saint-Augustin qu’il avait pris comme sujet de son diplôme d’études supérieures ? À Bône, l’antique Hippo Regius, aujourd’hui Annaba, on a retrouvé une inscription gravée en l’honneur de Suétone.
Mais il est plus vraisemblable que Camus l’a rencontré au cours de lectures : Les Fontaines du désir, de Montherlant et Les Îles, de Jean Grenier. Et aussi en suivant, en 1934, un cours de Jacques Heurgon, professeur de littérature latine et d’histoire romaine, qui parlait de Caligula. Le jeune auteur dramatique a trouvé dans Suétone la cruauté qui était, selon Antonin Artaud, l’essence du théâtre. Mais on ignore s’il avait connaissance du travail d’Artaud sur Héliogabale, “l’anarchiste couronné“, autre empereur fou, successeur lointain des douze Césars. L’Héliogabale d’Artaud n’est d’ailleurs pas une pièce, mais un récit. On trouve aussi, dans Caligula, une influence du Prométhée enchaîné d’Eschyle, que Camus avait adapté pour le Théâtre du Travail. Caligula, Prométhée, Sisyphe : trois héros qui se heurtent à l’impossible. D’un texte à l’autre, chez Camus, il y a souvent des connections, des allusions, voire des clins d’œil. C’est ainsi que Caligula déclare : “Enfin, c’est moi qui remplace la Peste.” 

Quatre actes
La pièce comporte quatre actes.
Acte I. Depuis la mort de Drusilla, sa sœur et son amante, Caligula a disparu. Les sénateurs se lamentent et s’inquiètent. Ils jouent d’une certaine façon le rôle dévolu au chœur dans la tragédie grecque. Le jeune empereur revient au bout de trois jours, et annonce à son confident Hélicon qu’il veut la lune, c’est-à-dire l’impossible. Il a découvert que les hommes meurent et ne sont pas heureux. Ils s’en accommodent. C’est que tout est mensonge. Désormais, il va s’appliquer à faire vivre les hommes dans la vérité, c’est-à-dire dans l’absurde, l’arbitraire, la terreur. 

Acte II. Trois ans sont passés. Caligula ne cesse d’humilier les patriciens, les dépouille ou les tue. Réunis chez Cherea, ils veulent se révolter, mais Cherea leur conseille d’attendre que la logique de Caligula soit devenue démence. En effet, Caligula s’enfonce dans le crime. En même temps, pressentant le complot, il refuse de le déjouer. Le jeune poète Scipion, dont Caligula a tué le père, l’affronte dans un dialogue où les deux hommes se rejoignent par moments dans la poésie. 

Acte III. Caligula donne un spectacle. Il incarne les dieux descendus sur terre. Il est d’abord Vénus et exécute une danse grotesque. Scipion lui reproche de blasphémer. Hélicon, puis un vieux patricien préviennent Caligula du complot qui se trame contre lui. Il se moque d’eux. Caligula a ensuite un entretien avec Cherea, le chef du complot. Ils essaient de se parler à cœur ouvert. Mais est-ce possible ?

Acte IV. Le jeune Scipion refuse de se joindre aux conjurés. Il dit que quelque chose en lui ressemble à Caligula. Hélicon, de son côté, dénonce ceux qui tiennent boutique de vertu et, à son tour, Cæsonia, la vieille maîtresse de Caligula, leur dit que, comme tous ceux qui n’ont point d’âme, ils ne peuvent supporter ceux qui en ont trop. Caligula organise un concours de poésie : les poètes, au coup de sifflet de Caligula, ont une minute pour improviser sur la mort. Pour parfaire sa solitude, il étrangle Cæsonia. Les conjurés surgissent. Tous le frappent. Ses derniers mots : “Je suis encore vivant !”

Les versions successives
Camus n’a cessé de remanier le texte de sa pièce, surtout à partir du moment où elle a été représentée. Pour lui, un texte théâtral est quelque chose de mouvant, que l’on aménage suivant les acteurs, l’espace scénique. Il la remanié jusqu’en 1958, moins de deux ans avant sa mort. Le premier Caligula a été écrit de 1938 à 1940. Il existe une version de 1941, celle que Camus voulait faire éditer en même temps que L’Étranger et Le Mythe de Sisyphe. Cette version, traduite en italien, a été jouée par le Teatro di Roma à Rome en 1983 et au Festival d’Angers en 1984. Par bien des points, la tragédie de 1941 recoupe l’essai sur l’absurde, Le Mythe de Sisyphe. La version à travers laquelle on a connu la pièce, date de 1944. Par rapport à la première, elle est plus politique. L’auteur vit alors l’Occupation. Il insiste sur la dénonciation du totalitarisme. “La tyrannie ne se justifie pas, même par de hautes raisons.” Peut-être faut-il aussi ajouter que la première version avait été fraîchement accueillie par André Malraux et surtout par Jean Grenier qui y voyait du roman­tisme mièvre à la Jules Laforgue et à la Lorenzaccio.  En 1943, Gaston Gallimard avait fait lire à Jean-Louis Barrault le manuscrit de Caligula. Mais Barrault, bien qu’enthousiasmé, appartenait à la Comédie Française, et il ne pouvait monter l’œuvre d’un débutant. Au même moment, Jean Vilar avait travaillé sur la pièce et envisageait de la monter avec la Compagnie des Sept.  Finalement, elle est créée en 1945 au théâtre Hébertot, à Paris. Des anciens du Théâtre de l’Équipe d’Alger participent à l’aventure : les décors sont de Louis Miquel, les costumes de Marie Viton. La mise en scène est de Paul Œttly, oncle par alliance de Camus. Un garçon de 22 ans, Gérard Philipe, est engagé au dernier moment pour jouer Caligula, l’acteur prévu, Henri Rollan, étant tombé malade. Ce fut un triomphe pour Camus et Gérard Philipe. Au même moment, Gérard Philipe tourne au cinéma L’Idiot, d’après Dostoïevski. Le film dans la journée, la pièce le soir. “Les deux personnages se complétaient, a-t-il déclaré. Le Prince du Bien et le Prince du Mal qui, tous deux, se rejoignaient finalement dans une pureté exacerbée.” Camus a fait un voyage en Amérique du Sud, en 1949. À Rio, le 26 juillet, une troupe noire joue pour lui un acte de Caligula. “Ce qui me paraissait un jeu cruel et vif est devenu un roucoulis lent et tendre, vaguement sensuel.” Camus a lui-même lu sa pièce, le 1er avril 1955, au Théâtre des Noctambules, pour une émission publique du Club d’Essai, “Lectures à une voix”, produite par Michel Polac dans la série “Les Auteurs interprètes de leur œuvre”. Elle fut diffusée le dimanche 3 avril. C’est cette lecture que nous éditons aujourd’hui.   En 1957, la pièce est jouée au deuxième Festival d’Angers, mis en scène par Camus lui-même. Pour des raisons de distribution, il abrège le rôle de Caligula et développe celui d’Hélicon. Cette version est encore retouchée l’année suivante pour une reprise par le Petit Théâtre de Paris. Caligula est entré en 1992 au répertoire de la Comédie Française. 

L’édition
Caligula fut publié par Gallimard en mai 1944, d’abord groupé avec Le Malentendu, puis seul, avec peu de différences. Une nouvelle édition, en 1947, comporte des modifications entraînées par la représentation de 1945. Enfin, en 1958, l’édition définitive tient compte des retouches effectuées pour le Festival d’Angers et le Théâtre de Paris. On  trouve aussi, dans les Cahiers Albert Camus n° 4, la version de 1941, publiée par A. James Arnold.  

“Albert Camus parle de lui”, L’Homme révolté, “Pleins feux sur les spectacles du monde”
La lecture de Caligula est complétée par une interview de Camus, par Jean Mogin, enregistrée le 13 septembre 1955. “Je marche du même pas comme artiste et comme homme“, affirme Camus qui parle de l’absurde, de la composition de La Peste et de L’État de siège. Suit une lecture par Camus de fragments de L’Homme révolté. Enfin, enregistrée le 1er janvier 1958, pour l’émission “Plein feux sur les spectacles du monde”, l’auteur répond aux questions de Jacques Marcerou sur Caligula.  
Roger Grenier  
© 2003 FRÉMEAUX & ASSOCIÉS - GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA

CHRONOLOGIE
1913. Albert Camus naît le 7 novembre à Mondovi, département de Constantine.
1914. Son père, Lucien Camus, blessé à la bataille de la Marne, meurt à l’hôpital de Saint-Brieuc. Sa mère Catherine s’installe avec ses enfants, Albert et Lucien, chez la grand-mère et l’oncle Étienne, ouvrier tonnelier. Ils vivent dans deux pièces à Belcourt, quartier populaire d’Alger.
1918-1923. École communale de la rue Aumerat.
1923-1930. Boursier au lycée d’Alger.
1928-1930. Gardien de but du Racing-Universitaire d’Alger.
1930. Premières atteintes de la tuberculose.
1932. Études de Lettres avec pour professeurs Paul Mathieu et Jean Grenier. Premiers articles dans la revue Sud.
1933. Milite dans le mouvement antifasciste Amsterdam-Pleyel.
1934. Mariage avec Simone Hié, brillante étudiante. Adhésion au Parti Communiste où il est chargé de la propagande dans les milieux musulmans.
1935. Exerce divers métiers tout en poursuivant ses études.
1936. Diplôme d’études supérieures sur Plotin et Saint Augustin : Métaphysique chrétienne et Néoplatonisme. En juin, voyage en Europe Centrale et rupture avec Simone. À la même époque, Camus prend en charge la maison de la Culture et fonde le Théâtre du Travail. Pour gagner sa vie, il fait aussi des tournées comme acteur avec la troupe de Radio-Alger.
1937. Le 10 mai paraît L’Envers et l’Endroit. Le jeune homme ne peut se présenter à l’agrégation de philosophie, puisqu’il est atteint d’une maladie contagieuse. L’été, il va se reposer à Embrun, puis visite la Toscane. Ayant quitté le Parti Communiste, Camus remplace le Théâtre du Travail par le Théâtre de l’Équipe. Il commence à travailler à Caligula.
1938. Pascal Pia, envoyé à Alger pour créer un journal de gauche, Alger Républicain, embauche Camus.
1939. Noces. Enquête, pour Alger Républicain, sur la misère en Kabylie. Quand la guerre  éclate, Camus veut s’engager, mais il est ajourné.
1940. Alger Républicain, en lutte contre le Gouvernement Général, devient Soir Républicain, mais est interdit. On s’arrange pour que Camus ne puisse plus trouver de travail en Algérie. Il rejoint Pascal Pia à Paris et devient secrétaire de rédaction à Paris-Soir. Au moment de l’invasion allemande, le journal se replie à Clermont-Ferrand, puis à Lyon. Camus y épouse une Oranaise, Francine Faure. Bientôt licencié, il retourne en Algérie. 
1941. À Oran, il enseigne dans un établissement privé qui recueille les enfants juifs exclus de l’enseignement public.
1942. Malade, il obtient l’autorisation de passer l’été dans le Massif Central. Il s’installe près du Chambon-sur-Lignon. L’Étranger paraît en juillet. En novembre, les Alliés débarquent en Afrique du Nord et la zone sud de la France est occupée par l’armée allemande. Camus ne peut rejoindre Oran.
1943. Le Mythe de Sisyphe. Camus gagne Paris où Gallimard lui offre un poste de lecteur et où Pascal Pia le fait entrer dans la Résistance, notamment au journal clandestin Combat.
1944. Le Malentendu est créé au théâtre des Mathurins par Marcel Herrand et Maria Casarès le 24 juin 1944. La pièce avait été publiée en mai, groupée en un volume avec Caligula. À la Libération, Combat paraît au grand jour avec Pia pour directeur et Camus pour rédacteur en chef. 
1945. Lettres à un ami allemand. 5 septembre, naissance de Jean et Catherine Camus. Le 26 septembre, Caligula triomphe avec Gérard Philipe.
1946. Voyage aux Etats-Unis.
1947. En proie aux difficultés financières et aux déchirements politiques, l’équipe de Combat passe la main. Huit jours plus tard paraît La Peste, premier grand succès public de Camus.
1948. Échec de L’État de siège, monté par Jean-Louis Barrault.
1949. Voyage en Amérique du Sud qui aggrave son état de santé. En décembre, création des Justes.
1950. Actuelles I. Installation 29, rue Madame.
1951. L’Homme révolté, essai qui provoque une brouille avec Breton et les surréalistes, puis avec Sartre et l’équipe des Temps Modernes.
1952. L’Exil et le Royaume. 
1953. Actuelles II.
1954. L’Été. En novembre commence la guerre d’Algérie.
1955. Camus revient au journalisme, à L’Express. Il milite pour le retour de Mendès-France au pouvoir, en espérant qu’il pourra mettre fin au conflit.
1956. Avec les libéraux des deux camps, il lance à Alger un appel à la trêve civile. C’est un échec. Il est même menacé de mort. La Chute. En septembre, adaptation de Requiem pour une nonne, de Faulkner, avec Catherine Sellers. 
1957. L’Exil et le Royaume. Le 17 octobre, le Prix Nobel de littérature lui est décerné. Il est le plus jeune lauréat après Kipling.
1958. Discours de Suède. Actuelles III, chroniques algériennes. Voyage en Grèce. Achat d’une maison à Lourmarin (Vaucluse).
1959. Création des Possédés, d’après Dostoïevski, au théâtre Antoine.
1960. Le 4 janvier, Albert Camus trouve la mort dans un accident d’auto, à Villeblevin, près de Montereau.
1962. Carnets I.
1964. Carnets II.
1971. La Mort heureuse.
1978. Fragments d’un combat (Alger Républicain, Le Soir Républicain). Journaux de  voyage.
1981. Correspondance Albert Camus – Jean Grenier.
1984. Caligula, version de 1941.
1987. Albert Camus éditorialiste à L’Express.
1989. Carnets III.
1994. Le Premier homme.
2000. Correspondance Albert Camus – Pascal Pia.
2002. Camus à Combat. 

CALIGULA
© Gallimard
TEXTE INTÉGRAL ENREGISTRÉ PAR ALBERT CAMUS EN AVRIL 1954 

On ne peut être libre  contre les autres hommes.
Albert Camus 

CD1
1 Annonce 0'40
2 Acte I - Scène 1 & 2 5'03
3 Acte I - Scène 3 & 4 5'06
4 Acte I - Scène 5 & 6 1'55
5 Acte I - Scène 7 1'11
6 Acte I - Scène 8 & 9 & 10 3'32
7 Acte I - Scène 11 5'53
8 Acte II - Scène 1 & 2 5'33
9 Acte II - Scène 3 & 4 & 5 5'36
10 Acte II - Scène 6 & 7 & 8 1'51
11 Acte II - Scène 9 1'49
12 Acte II - Scène 10 4'20
13 Acte II - Scène 11 &12 & 13 & 14 2'32
14 Acte III - Scène 1 4'17
15 Acte III - Scène 2 4'18
16 Acte III - Scène 3 2'21
17 Acte III - Scène 4 1'59
18 Acte III - Scène 5 1'17
19 Acte III - Scène 6 7'05

CD2
1 Acte IV - Scène 1 & 2 2'47
2 Acte IV - Scène 3 & 4 2'58
3 Acte IV - Scène 5 & 6 & 7 & 8 1'30
4 Acte IV - Scène 9 2'26
5 Acte IV - Scène 10 & 11 2'31
6 Acte IV - Scène 12 4'00
7 Acte IV - Scène 13 8'33
8 Acte IV - Scène 14 3'09  Entretiens : 
9 Annonce Radio 0'22
10 A propos de Caligula 4'20
11 Interview I : Le philosophe 4'27
12 Interview II : La révolte 4'38
13 Interview III : Le style 0'54
14 Interview IV : La peste 3'07
15 Interview V : L'état de siège 2'12
16 Lectures 7'07

Ecouter CALIGULA  Texte intégral interprété par ALBERT CAMUS en avril 1954 (livre audio) © Frémeaux & Associés / Frémeaux & Associés est l'éditeur mondial de référence du patrimoine sonore musical, parlé, et biologique. Récompensés par plus de 800 distinctions dont le trés prestigieux "Grand Prix in honorem de l'Académie Charles Cros", les catalogues de Frémeaux & Associés ont pour objet de conserver et de mettre à la disposition du public une base muséographique universelle des enregistrements provenant de l'histoire phonographique et radiophonique. Ce fonds qui se refuse à tout déréférencement constitue notre mémoire collective. Le texte lu, l'archive ou le document sonore radiophonique, le disque littéraire ou livre audio, l'histoire racontée, le discours de l'homme politique ou le cours du philosophe, la lecture d'un texte par un comédien (livres audio) sont des disques parlés appartenant au concept de la librairie sonore. (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, cours sur CD, entretiens à écouter, discours d'hommes politiques, livres audio, textes lus, disques parlés, théâtre sonore, création radiophonique, lectures historiques, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre, audio-livre, lecture à voix haute, entretiens à haute voix, parole enregistrée, etc...). Les livres audio sont disponibles sous forme de CD chez les libraires  et les disquaires, ainsi qu’en VPC. Enfin certains enregistrements de diction peuvent être écoutés par téléchargement auprès de sites de téléchargement légal.

Livret historique par Roger Grenier

Droits : Licence Frémeaux & Associés en accord avec l'Ina, Gallimard, Michel Polac, et Isabelle Camus.

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CALIGULA




PisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 ANNONCE - JEAN00'40
02 ACTE I SCENE 1 ET 2 - ALBERT05'53
03 ACTE I SCENE 3 ET 4 - ALBERT05'03
04 ACTE I SCENE 5 ET 6 - ALBERT01'11
05 ACTE I SCENE 7 - ALBERT03'32
06 ACTE I SCENE 8 ET 9 ET 10 - ALBERT05'06
07 ACTE I SCENE 11 - ALBERT01'55
08 ACTE II SCENE 1 ET 2 - ALBERT05'33
09 ACTE II SCENE 3 ET 4 ET 5 - ALBERT05'36
10 ACTE II SCENE 6 ET 7 ET8 - ALBERT01'51
11 ACTE II SCENE 9 - ALBERT01'49
12 ACTE II SCENE 10 - ALBERT04'20
13 ACTE II SCENE 11 ET 12 ET 13 ET 14 - ALBERT02'32
14 ACTE III SCENE 1 - ALBERT04'17
15 ACTE III SCENE 2 - ALBERT04'18
16 ACTE III SCENE 3 - ALBERT02'21
17 ACTE III SCENE 4 - ALBERT01'59
18 ACTE III SCENE 5 - ALBERT01'17
19 ACTE III SCENE 6 - ALBERT07'05
CD 2
01 ACTE IV SCENE 1 ET 2 - ALBERT02'47
02 ACTE IV SCENE 3 ET 4 - ALBERT02'58
03 ACTE IV SCENE 5 ET 6 ET 7 ET 8 - ALBERT01'30
04 ACTE IV SCENE 9 - ALBERT02'26
05 ACTE IV SCENE 10 ET 11 - ALBERT02'31
06 ACTE IV SCENE 12 - ALBERT04'00
07 ACTE IV SCENE 13 - ALBERT08'33
08 ACTE IV SCENE 14 - ALBERT03'09
09 ANNONCE RADIO - JEAN00'22
10 A PROPOS DE CALIGULA - ALBERT04'20
11 INTERVIEW I LE PHILOSOPHE - ALBERT04'27
12 INTERVIEW II LA REVOLTE - ALBERT04'38
13 INTERVIEW III LE STYLE - ALBERT00'54
14 INTERVIEW IV LA PESTE - ALBERT03'07
15 INTERVIEW V L ETAT DE SIEGE - ALBERT02'12
16 LECTURES - ALBERT07'07
« Pièce remarquable » par Notes Bibliographiques

Lue ici par l’auteur en 1954, dans une version comportant quatre actes, Caligula est l’œuvre théâtrale la plus célèbre d’Albert Camus ; Souvent remaniée par l’auteur, elle s’inscrit, avec L’étranger et Le mythe de Sisyphe, dans sa réflexion sur le destin tragique de l’homme. Du jeune empereur romain dément et sanguinaire (dont le court règne fut relaté par Suétone), Camus se fait le chantre de l’Absurde. « Les homme meurent et ne sont pas heureux » dit Caligula après la mort de son amante sœur. Cette constatation le conduit à une liberté débridée qui le poussera à exécuter son entourage et à affronter crânement sa propre mort, comme acte ultime de celui qui a pris conscience et fait prendre conscience de l’absurdité de la vie. Pièce remarquable par son intensité dramatique, non dénuée de dérision, dont Camus, acteur dans sa jeunesse algéroise, est un merveilleux interprète. De courtes notations scéniques écrites et dites par l’auteur s’intègrent parfaitement aux dialogues et en rendent la compréhension lumineuse. Comme il a été judicieux d’exhumer un tel chef-d’œuvre !
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES




"Caligula" Albert Camus par Epok

“Camus enregistra pour moi une Lecture à une voix de Caligula aux Noctambules. J’ai réécouté récemment le disque édité par Frémeaux et je trouve que, lue par l’auteur, la pièce tient drôlement le coup, avec son humour ravageur, cet humour dont les lecteurs de ses romans ne tenaient pas compte, se plaignait Camus, me rappelant que Kafka riait en lisant ses textes à ses amis.” Michel POLAC, EPOK




"Caligula" par Yves Michaud - France Culture

"La pièce la plus jouée de Camus."   © FRANCE CULTURE



"La pièce la plus jouée de Camus. Une tragédie politique, sur la corruption du pouvoir absolu, mais aussi une tragédie privée, celle d'un homme que sa liberté entraîne vers le crime et la mort, et un drame métaphysique, celui de la condition humaine, telle que Camus la voyait à cette époque : absurde."   Yves MICHAUD  - © FRANCE CULTURE





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