LES EXPEDITIONS POLAIRES FRANCAISES

PAUL-EMILE VICTOR, ROBERT GESSAIN, CLAUDE LORIUS

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Nombre de CDs : 3


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FA5211

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Pour la première fois, l’édition phonographique propose une histoire vivante des expéditions polaires françaises.
Dès le début des années 50, des enseignants ont voulu utiliser le sonore comme moyen pédagogique, en faisant réaliser les entretiens par les enfants eux-mêmes dont le besoin de comprendre en fait souvent de meilleurs interviewers, car ils sont capables d’aller du particulier au fondamental. Rétrospectivement, ce travail effectué sous la direction de Pierre Guérin (dans la lignée de Célestin Freinet) devient pour de nombreux sujets un travail historiographique et sociologique extrêmement passionnant.
Les grandes expéditions polaires racontées et expliquées à trois périodes différentes de la connaissance culturelle et scientifique par Paul-Emile Victor (en 1962), par Robert Gessain (en 1982) et par Claude Lorius (en 1986 et 2006) nous font vivre, découvrir et comprendre au travers de leurs aventures, un monde totalement différent et fascinant. »
Claude Colombini-Frémeaux & Patrick Frémeaux

Paul-Emile Victor
: Aller au Groenland - L’Arctique - Vivre aux pôles - Habitants du Groenland - L’Antarctique
Robert Gessain : Les Eskimos, hier et aujourd’hui - Formes d’adaptation au milieu - Un peuples de chasseurs - Culture traditionnelle et éducation – Religions - Fêtes d’hier et d’aujourd’hui - Vers quel avenir ?
Claude Lorius : L’Antarctique, terre internationale - Lire la glace du Pôle sud - Pays extrême - Calotte glaciaire et glace de mer - L’homme et l’Antarctique - Les recherches polaires - En 2006.

Droits : Frémeaux & Associés - La Librairie Sonore en accord avec Paroles Images et Sons (Claudie Guérin) cessionnaires des autorisations de Mme Daphné Victor pour Succession Paul Emile Victor, Mme Robert Gessain pour Succession Robert Gessain et Mr Claude Lorius.

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les expéditions polaires françaises

Les expéditions polaires françaises
Paul-Emile Victor - Robert Gessain - Claude Lorius 









EXPEDITIONS POLAIRES FRANÇAISES
CD1 Paul-Emile VICTOR 
Interrogé en 1962 par des élèves de Simonne et Jacques Lacapère à l’Ecole de Plein Air de Suresnes.
1. Aller au Groenland 3’51
2. L’Arctique 12’51
3. Vivre aux pôles 12’48
4. Habitants du Groenland 10’13
5. L’Antarctique 16’52

CD2 Robert GESSAIN
Interrogé en 1982 par des élèves de Fernande Landa (CES “Travail” de Bagnolet).
1. Les Eskimos, hier et aujourd‘hui 8’44
2. Formes d’adaptation au milieu 8’12
3. Un peuple de chasseurs 12’07
4. Culture traditionnelle et éducation 10’15
5. Religions 5’28
6. Fêtes d’hier et d’aujourd’hui 9’59
7. Vers quel avenir ? 6’04

CD3 Claude LORIUS
Interrogé en 1986 par des élèves d'Emilie Faure du groupe scolaire du Village Olympique  de Grenoble puis interrogé à nouveau en décembre 2006 par Jean-Pierre Jaubert de Gap.
1. L’Antarctique, terre internationale 4’31
2. Lire la glace du Pôle sud 7’23
3. Pays extrême 12’43
4. Calotte glaciaire et glace de mer 6’49
5. L’homme et l’Antarctique 4’56
6. Les recherches polaires 3’29
7. En 2006 13’08

Les successions de Paul-Emile Victor et de Robert Gessain, ainsi que Claude Lorius ont abandonné leurs droits d’auteur au profit de l’association Paroles Images et sons, fondée par Pierre Guérin. 

LES EXPEDITIONS POLAIRES FRANÇAISES 
Des enfants interrogent des explorateurs : 
PAUL-EMILE VICTOR : enregistrement réalisé en 1962 par Pierre GUERIN, Simonne et Jacques LACAPERE, avec les enfants de l’Ecole de Plein Air de Suresnes. 
ROBERT GESSAIN, en 1982, avec les élèves du C.E.S. « Travail » de Bagnolet. 
CLAUDE LORIUS, du C.N.R.S. : interview par les élèves du Groupe Scolaire du village olympique de Grenoble (classe d’Emilie Faure), enregistré en 1986 par Jean-Pierre JAUBERT.

Circonstances des enregistrements : Dès le début des années 50, des enseignants qui pratiquaient déjà la correspondance scolaire, avec Célestin FREINET, découvrent le magnétophone à bande, outil qui leur devient vite indispensable. A la correspondance écrite s’ajoute la correspondance sonore ; et les enfants vont aussi bien interroger leur grand-mère que le rémouleur qui passe dans le village. Et quand Jean THEVENOT, journaliste et homme de radio, leur donne les clefs de l’interview, ils n’hésitent pas à rencontrer des personnes capables de répondre aux questions qu’ils se posent.  Alors, pourquoi pas un grand explorateur comme Paul-Emile VICTOR qui, par ses conférences dans de nombreuses villes, fait connaître ses Expéditions Polaires Françaises à la France entière ? D’autant plus que P.- E. Victor n’est pas un inconnu, car son album du Père Castor : APOUTSIAK, le petit Eskimo, connaît un grand succès dans toutes les petites classes de nos écoles. C’est ainsi que Paul-Emile VICTOR s’est retrouvé à l’Ecole de Plein Air de Suresnes, alors dirigée par Simonne et Jacques LACAPERE, pour ré­pondre aux questions des enfants. (prise de son : Jacques LACAPERE et Pierre GUERIN). Vingt ans plus tard, ce sont les adolescents du C.E.S. « Travail » de Bagnolet qui, avec leur professeur Fernande LANDA, ont voulu en connaître plus sur les Eskimos et sont allés rencontrer Robert GESSAIN au Musée de l’Homme (prise de son Pierre GUERIN). Et en 1986, des enfants de Grenoble, du Groupe Scolaire du Village Olympique (classe d’Emilie FAURE) ont été reçus, dans leur ville, par Claude LORIUS, au Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement (prise de son Jean-Pierre JAUBERT).  Dans ces documents sonores, ce sont presque toujours des enfants qui interrogent les per­sonnes interviewées. Leurs questions spontanées, à la forme parfois naïve, sont cependant judicieuses. Et les réponses apportées, tout en respectant le niveau de compréhension des enfants, offrent pour les adultes un intérêt indéniable. Elles sont le reflet de ce qu’étaient la recherche et la situation des populations arctiques à l’époque où les rencontres ont eu lieu. A l’écoute de ces enregistrements, on peut mesurer à la fois ce qui est resté actuel et les avancées qui ont été réalisées depuis, grâce à la présence permanente sur le terrain de tous ces chercheurs et de leurs successeurs.  

Les Expéditions Polaires Françaises ont été créées en 1947, par Paul-Emile Victor, avec le soutien du gouvernement français. P.-E. Victor va en assurer la direction jusqu’en 1976. Claude Lorius lui succédera jusqu’en 1987. Les Expéditions Polaires Françaises ont pour fonction de promouvoir, d’organiser et de financer des missions de recherche scientifique, en particulier au Groenland dans l’Arctique et à partir de la Terre Adélie dans l’Antarctique. Pour bien saisir la part de ce travail dans l’ensemble international des recherches polaires, il paraît nécessaire de le replacer dans l’espace et dans le temps. Le cadre géographique d’abord : ce sont les régions polaires, dont on retrouvera les cartes et les croquis sommaires ci-après, et dont les conditions climatiques extrêmes sont évoquées par ceux-là mêmes qui les ont vécues. Ce travail d’exploration doit se situer aussi dans le temps, dans la chaîne des « découvreurs » qui, tout au long des siècles, souvent dans des conditions dramatiques, nous ont permis de mieux connaître l’image de la Terre. C’est une aventure humaine aux personnages si nombreux que nous ne pouvons citer ici que les plus marquants d’entre eux. Et c’est grâce à eux, grâce aussi aux progrès techniques de la science contemporaine, que les chercheurs d’aujour­d’hui peuvent retrouver et écrire pour nous l’histoire même de notre planète.   

PAUL-EMILE VICTOR (1907 -1995)
1907 : naissance de Paul-Emile VICTOR à Genève. 
1922 : «J’avais quinze ans... », déjà passionné par l’ethnologie, les expéditions lointaines (Polynésie, régions polaires...) et la technique. D’où : études à l’Ecole Centrale de Lyon, sanctionnées par un diplôme d’ingénieur, puis à l’Institut d’Ethnologie de Paris. 
1933 : Rencontre déterminante avec le docteur Charcot.
1934 : Avec Robert Gessain, Fred Matter et Michel Pérez, embarquement à bord du «POURQUOI PAS» qui les dépose sur la côte est du Groenland, à Ammassalik, pour une année d’étude de la vie d’une communauté d’Eskimos. 
1936 : Avec Robert Gessain, Michel Pérez et Eigel Knut, traversée de la calotte glaciaire du Groënland : 800 kilomètres en traîneaux à chiens. Puis séjour de quatorze mois dans une famille eskimo, à Kandgerdlugssuatsiaq (au nord d’Ammassalik, près du cercle polaire). 
1938-1939 : Missions ethnographiques en Laponie. 
1940 :La guerre, dans la marine nationale. Démobilisé après l’armistice, P.-E. Victor quitte la France. 
1942 : Engagement dans l’U.S. Air-Force. 
1944 : A la tête d’une escadrille basée en Alaska, P.-E. Victor est chargé de la recherche et du sauvetage des équipages perdus. 
1947 : P.-E. Victor crée les « Expéditions Polaires Françaises » qu’il dirigera jusqu’en 1976. 
1950-1952 : Installation, en Antarctique, de la base « Port-Martin », détruite par un incendie en 1952. 
1956 : Implantation de la base « Dumont d’Urville », en Terre Adélie. 
1957 : Les Expéditions Polaires Françaises organisent, avec cinq pays européens, l’«Expédition Glaciologique Internationale» pour l’étude de la calotte glaciaire du Groenland. P.- E. Victor y dirige plusieurs missions jusqu’en 1968. 
1957-1959 : ANNEE GEOPHYSIQUE INTERNATIONALE. Installation de la base « Charcot » en Antarctique. 
1976 : P.-E. Victor se retire en Polynésie Française, près de Bora Bora. 
1987 : Derniers voyages de Paul-Emile VICTOR en Antarctique et dans le Grand-Nord. 
1995 : Décès de Paul-Emile VICTOR. 

ROBERT GESSAIN
Laissons la parole à Paul-Emile Victor dans «Boréal-banquise» Editions Grasset et Fasquelle 1938 ) :
... Un jour que je feuilletais des notes à un cours quelconque de l’Institut d’Ethnologie, un jeune homme assis devant moi se retourne et me dit :
- Est-ce vrai que vous allez partir pour le Groenland ?
- Oui.
- Vous en avez de la veine !
Le cours terminé, nous nous levons ensemble
- Vous n’avez pas besoin d’un toubib, par hasard ? me dit-il.
Je le regarde et je pense : il a une bonne gueule, il est toubib et il fait de l’anthropologie...
- Si !
- Alors... emmenez-moi ! dit-il en riant.
- Vous savez que je parle sérieusement ?
- Mais moi aussi !
Dix minutes plus tard, il était entendu qu’il me donnerait la réponse le lendemain. Le lendemain, il venait vers moi :
-Entendu !
Poignée de mains, les yeux dans les yeux. C’était Robert Gessain. Il entra immédiatement dans le tourbillon.

Le «tourbillon», c’est donc, dès le 11 juillet 1934, le départ vers Ammassalik, de l’Expédition française de la côte est du Groenland, (mission du Musée de l’Homme : Victor, Pérez, Matter et Gessain) à bord du Pourquoi Pas ? du commandant Charcot. Voyons cela en détail. 
1907 : Naissance de Robert GESSAIN à Clermont-Ferrand. 
1932 : Robert GESSAIN est diplômé de la Faculté de Médecine de Paris. 
1933 : Service militaire dans le Rif marocain. 
1934 : Retour à Paris. Rencontre avec P.-E.  VICTOR à l’Institut d’Ethnologie et départ pour le Groenland. 
1934-1935 : Une année d’études de la vie des Eskimos d’Ammassalik 
1936 : Retour au Groenland, pour retrouver Victor, Pérez et Eigel Knuth, pour la traversée ouest-est de l’Inlandsis en traîneaux à chiens : 800 kilomètres de désert de glace, à une altitude pouvant atteindre 3000 mètres, des tempéra­tures de moins 30° et des vents de 120 kilomètres-heure, 45 jours du 17 mai au début août ! 
1958 : Robert GESSAIN est nommé sous-directeur du Musée de l’Homme. Il y fonde le Centre de Recherches Anthropologiques du Musée de l’Homme, qu’il dirigera pendant vingt ans, jusqu’à sa retraite. 
1965 : II est professeur au Muséum d’Histoire Naturelle. 
1968 : Robert GESSAIN est professeur titulaire de la chaire d’anthropologie et directeur du Musée de l’Homme. Après des missions au Mexique et au Sénégal, il est retourné à Ammassalik et, trente ans après ses premiers séjours, il est frappé par l’ampleur et la brutalité des changements dus à la ren­contre inégale des Eskimos avec la société occidentale. Il publie alors : Ammassalik ou la Civilisation Obligatoire. (1969) 
1986 : Décès de Robert GESSAIN.

CLAUDE LORIUS
Quelques repères :
1957 : Claude Lorius participe aux opérations de l’Année Géophysique Internationale en Antarctique. Il passe 12 mois d’hivernage à la station Charcot. 
1965 : Chef de mission à l’île des Pétrels où est installée la station Dumont d’Urville, il effectue deux raids de 1000 kilomètres dans l’est de l’Antarctique. 
1967 : Etude du rôle prépondérant de l’Antarctique dans les variations climatiques pour l’ensemble du globe. En collaboration avec les glaciologues soviétiques de la station Vostok, extraction d’environ 1500 échantillons, dont des carottes de glace de 2200 mètres. 
1969 : Création du Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement de Grenoble, particulièrement chargé de l’étude de l’environnement dans le passé, à partir des carottes de glace de l’Antarctique. Claude Lorius en sera le directeur de 1983 à 1988. Travaux financés par l’Institut National des Sciences de l’Univers et l’Institut pour la Recherche Polaire, en relations avec le Centre des Faibles Radioactivités de Gif-sur-Yvette, le Centre d’Etudes Nucléaires de Saclay, les centres de Colombus (U.S.A.), Saint-Pétersbourg et Melbourne. 
1984 : A la retraite de Paul-Emile Victor, Claude Lorius devient Président des Expéditions po­laires Françaises, jusqu’en 1987.
1992 : Claude Lorius fonde l’Institut Français pour la Recherche et la Technologie Polaires, dont il est le premier Président. 
2002 : Fondation de l’Institut Polaire Français « Paul-Emile Victor » Claude Lorius, Directeur de Recherches émérite, Membre de l’Institut, reçoit la Médaille d’Or du C.N.R.S.
2006 : Président du Comité français de parrainage de l’Académie des Sciences pour la 4e année polaire internationale 2007-2009.  

Les pôles
Les Pôles ?... Il y en a deux, bien sûr ! Le Nord et le Sud, tout le monde sait cela.  Eh bien non ! Naturellement, on pense à ceux dont on parle toujours, qu’on trouve au bout du pivot des globes terrestres, à l’école ou ailleurs. Ce sont les pôles géographiques, au nord et au sud, les points de sortie de l’axe idéal de rotation de la Terre sur elle-même. C’est par rapport à ces points qu’on détermine les méridiens et les parallèles qui servent à nous situer sur le globe terrestre. De nuit, la direction des pôles géographiques est donnée approximativement par l’Etoile Polaire dans l’hémisphère Nord, et par la Croix du Sud dans l’hémisphère Sud. Mais il y a aussi les pôles magnétiques et les pôles d’inaccessibilité. Le pôle magnétique Nord est celui dont la direction est indiquée par l’aiguille de votre boussole. Il ne se confond pas du tout avec le pôle géographique et, de plus, il n’est pas fixe : il se déplace d’environ dix kilomètres par an. Actuellement, le pôle magnétique Nord est situé à 1900 kilomètres du pôle géographique, dans la presqu’île de Boothia, sur la côte Nord du Canada. Roald Amundsen, au cours de sa réussite du « passage du Nord-Ouest », a hiberné deux ans dans ces parages, et y a observé, de 1903 à 1905, un déplacement de 50 kilomètres du pôle magnétique. Le pôle magnétique Sud est situé au large de la Terre Adélie, à 2600 kilomètres du pôle géographique. C’est en raison de ce décalage variable entre pôle géographique et pôle magnétique, qu’on doit régler sa boussole en fonction de la déclinaison magnétique du lieu.  Les pôles d’inaccessibilité sont les points les plus difficiles à atteindre, en raison de leur éloignement des côtes ou / et de leur altitude. 

Des jours et des nuits
« Est-il exact qu’au pôle, il y a six mois de jour et six mois de nuit ?... » La succession des jours et des nuits est le résultat de la rotation de la Terre sur elle-même, chaque point de sa surface étant ensoleillé (c’est le jour) ou non (c’est la nuit) au cours des 24 heures de cette rotation. Notons déjà que l’énergie apportée par cet ensoleillement est plus importante dans les zones tropicales, où les rayons solaires arrivent parfois à la verticale, que dans les régions polaires où ils sont beaucoup plus rasants. De plus, l’axe de rotation de la Terre est incliné – de 66°33’ – par rapport au plan de sa trajectoire annuelle autour du soleil. Et à certaines périodes de l’année (les solstices), un pôle (et la zone limitée par le cercle polaire) profite du soleil 24 heures sur 24, pendant que l’autre en est privé 24 heures sur 24, la situation inverse se présentant six mois plus tard. (Janvier, mois d’hiver pour l’hémisphère nord, marquant le plein été pour l’hémisphère sud). Naturellement, ce passage du jour complet à la nuit complète s’opère graduellement et la durée de ce passage dépend de la latitude du lieu, la limite étant justement le cercle polaire, arctique ou antarctique, – à 66°33’ – qui ne connaît chaque année, qu’un «jour » complet et qu’une « nuit » complète.  Les températures extrêmes dans les régions polaires dépendent de ces conditions. C’est pendant la nuit d’hiver qu’on a relevé les tempéra­tures record de – 69° à Verkhoïansk en Sibérie, de – 66° au cœur du Groenland et de – 88° en Antarctique. La proximité de la mer joue un rôle adoucisseur notable surtout dans l’Arctique. La durée de l’ensoleillement pendant l’été devrait aussi remonter la moyenne des températures, mais il faut compter avec la faible hauteur du soleil au-dessus de l’horizon, avec le pouvoir réfléchissant des surfaces gelées et enneigées, et aussi avec l’altitude du lieu (plus de 2000 mètres sur la calotte glaciaire du Groenland, plus de 3000 mètres en Antarctique).  

A la découverte du pôle nord
La notion même de pôle ne peut exister que si l’on sait que la Terre est ronde, ronde comme une boule (un peu aplatie aux pôles, nous le savons maintenant). Et de cela, bien avant que l’on parle de pôles, quatre siècles avant notre ère, PYTHEAS en était convaincu. 
PYTHEAS navigateur grec, né au 4e siècle avant Jésus-Christ à Massalia (qui sera Marseille), était aussi mathématicien, géomètre, astro­nome... Il savait mesurer une latitude d’après la longueur de l’ombre d’un gnomon (cadran solaire). Découvrant les marées au cours de son grand voyage, il devinera leur rapport avec les phases de la lune.  Vers 330 il part donc de Massalia, sur l’Arthémis, un bateau construit spécialement pour cette longue croisière de 162 jours, commissionné par les armateurs et marchands du port pour qui la science n’est pas le souci principal. Il s’agit avant tout de joindre, par mer, les pays dont l’ambre et l’étain étaient alors transportés par voie de terre. Une cargaison de ces matières précieuses serait naturellement la bienvenue pour prouver le succès de l’expédition et en payer le coût. Mais la deuxième partie de la mission est aussi importante : Pythéas devra trouver la « voie orientale » navigable, évoquée dans la légende de Jason, qui permettrait de joindre par des fleuves russes les mers du nord de l’Europe à la Méditerranée. Ce qui désenclaverait la cité phocéenne bloquée dans cette Méditerranée dont les navires puniques contrôlent l’unique sortie : les Colonnes d’Hercule, autrement dit : le détroit de Gibraltar. Pythéas réussit à tromper la surveillance punique et par une longue navigation sur l’océan Atlantique, longeant les côtes de Bretagne, la  « petite » et la « grande », il arrive en Islande qu’il nomme Thulé. Il continue vers le nord, vers ces régions où le soleil ne se couche même plus. Mais, arrêté par la banquise, il rebrousse chemin. Il passe chez les Skannes (la Scandinavie) où, dans la cale de l’Arthémis, il remplace les pierres du lest par de l’ambre et de l’étain, remplissant ainsi la première partie de son contrat. Mais la seconde partie du voyage se solde par un échec, impossible de passer d’un bassin fluvial à un autre, les portages étant inconcevables pour un bateau comme l’Arthémis! Qu’importent alors les découvertes géographiques et scientifiques? Qu’importe la cargaison précieuse longuement transportée (mais dont la quantité fait baisser les prix !) ? Pythéas est à jamais indigne de la confiance qu’on lui avait accordée. 

Les conditions de l’expédition de Pythéas, nous les retrouvons tout au long de l’histoire des découvertes et des explorations vers le «grand nord». Qu’est-ce qui pousse les hommes à aller toujours plus loin ? Le profit ou la curiosité ? Que sont les explorateurs au long des siècles : des marchands ou des aventuriers ? Ou bien les deux... 
C’est à la fin du 15e siècle, après l’échec de Colomb qui n’avait pu atteindre la Chine en traversant l’Atlantique, qu’un marchand vénitien installé en Angleterre, Jean Cabot, pensa qu’il était possible d’aller en Chine en contournant l’Amérique par le nord, ce qui devait raccourcir la traversée. Les marchands de Londres et de Bristol équipèrent plusieurs navires avec lesquels Jean Cabot explora les côtes du Labrador - cinq siècles après les Vikings -, à la recherche d’un passage, mais il dut rebrousser chemin, sans doute arrêté par les glaces. C’était certainement la première expédition vers le « passage du Nord-Ouest » à travers les îles du Nord canadien prises dans les glaces de la banquise, et le « passage du Nord-Est » longeant les côtes de Sibérie : deux possibilités d’atteindre le détroit de Béring, puis la Chine et ses richesses. Le détroit qui sépare l’Asie de l’Amérique avait été découvert par le cosaque Semen Dejnev, en 1648. Vitus Béring, explorateur danois envoyé sur les lieux par le tsar, 80 ans plus tard, apportera la preuve de l’existence du détroit auquel on donna son nom. Mais Béring, comme Dejnev, parvient à cette pointe extrême de l’Asie par la très longue voie de terre, alors que la route maritime est singulièrement plus courte. Au 19e siècle, on s’attachera à résoudre le problème, car le passage n’est libre que pendant la bonne saison, la banquise d’hiver de la mer Arctique empêchant toute navigation au long des côtes sibériennes. Il faut prévoir un hivernage. Le Suédois Nils Adolph Erik Nordenskjöld part de Gothenberg, à bord de la Véga, le 4 juillet 1878 et, premier à réussir cet exploit, passe le détroit de Béring, et arrive à Yokohama le 2 septembre 1879. Il revient en passant par l’océan Indien et le canal de Suez, et arrive en Suède le 24 avril 1880. Le passage du Nord-Ouest présente davantage de difficultés, et sa recherche est marquée par plusieurs tragédies, notamment celle de l’expédition de Sir John Franklin, en 1845, dont tous les membres périssent dans les glaces. C’est le Norvégien Roald Amundsen qui, le premier, réussit le passage. Parti d’Oslo le 16 juin 1903, à bord d’un ancien bateau de pêche: le Gjoa, il atteint le détroit de Béring le 30 août 1906. Son voyage a nécessité trois hivernages. Deux sont à proximité du pôle nord magnétique et il prend le temps d’en étudier les variations. 

Cependant, on pense toujours que le chemin le plus court passe par le pôle, le pôle géographique bien sûr, qu’il faut d’abord atteindre. Et cette quête du pôle, le plus souvent œuvre de chercheurs passionnés, prend parfois l’allure d’une véritable compétition. A tel point que lorsque Peary, en 1909, annonce qu’il a atteint le pôle Nord, son compatriote Frédérik Cook prétend y être arrivé un an plus tôt. (et la controverse dure encore !) Le pôle, on y arrivera à pied, on le sait. Mais le bateau en permet l’approche, jusqu’à la ban­quise. Après, il faut continuer... Et toutes les tentatives de la deuxième moitié du 19e siècle font progresser cette approche : Nares atteint la latitude de 83°20, Peary 84° 17. Mais pour beaucoup, c’est l’échec, sinon la tragédie. En 1845, personne ne revient de l’expédition de Sir John Franklin. En 1879-1881, la Jeannette, partie du détroit de Béring, est broyée par les glaces pendant son hivernage en Nouvelle-Sibérie, et seuls quelques hommes survivront à l’odyssée de leur retour. Ce ne sont que des exemples parmi bien d’autres.  Mais en 1884, on retrouve des épaves de la Jeannette sur la côte ouest du Groenland. Cela donne au docteur norvégien Fridtjof Nansen  l’idée d’utiliser la dérive de la banquise qui pourrait le porter au plus près du pôle. Il conçoit alors le Fram, un bateau construit spécialement pour résister à la pression des glaces. Il part de Christiania - maintenant : Oslo - le 24 juin 1893, vers le delta de la Lena. En fait, il aborde la banquise avant cela, le 20 septembre 1893, par 77°44, et la dérive commence, très lente. Trop lente : il faut deux hivernages pour arriver, en mars 1895, à la latitude de 86° 14’. Nansen accompagné de Johansen, part à pied vers le pôle. Ils ont un traîneau et des chiens, deux kayaks pour le retour, mais le 10 avril, ils abandonnent et retrouvent la terre ferme le 24 septembre. Vivant de leur chasse, ils doivent encore hiverner, et ne retrouvent la civilisation que le 23 juin 1896, au cap Flora, en Terre François-Joseph. Le Fram, qui s’est parfaitement comporté, les retrouve à Tromsoe, le 25 octobre 1896. Pendant son retour, il avait relâché dans l’île des Danois, au Spitzberg, en même temps qu’un vapeur suédois, le Virgo, qui transportait le matériel de l’expédition Andrée. Andrée, ingénieur suédois, voulait aller au pôle nord en ballon, comptant sur le vent pour pousser son engin dans cette direction. Il a installé une voilure qui lui permet, dans une certaine mesure, de se diriger. Après un échec en 1896, le vent soufflant du nord en permanence, le vrai départ a lieu le 11 juillet 1897 avec un vent favorable. Ce sera la dernière vision que l’on aura d’Andrée et de ses deux compagnons, de qui on ne recevra aucune nouvelle jusqu’en 1899, date à laquelle un pêcheur retrouvera une bouée du ballon. On découvre aussi, dans l’île Blanche, les corps des explorateurs et les épaves de leur matériel, parmi lesquelles les carnets de notes d’Andrée qui permettent de retracer le drame dû, semble-t-il, au givre qui aurait alourdi le ballon. Et en 1930, on a retrouvé l’appareil photo de l’équipage, avec les rouleaux de film qui, développés, illustraient de façon émouvante les phases de cette tragédie. 

A la naissance du 20e siècle, les buts majeurs de l’exploration arctique étaient atteints. Mais deux ans, trois ans pour trouver un passage qui soit un « raccourci » ou pour arriver au pôle, c’est trop long. Et si Andrée utilise le ballon, c’est bien pour se dégager de cette banquise dont il faut toujours attendre qu’elle soit disposée à vous laisser le passage. Alors, les progrès techniques expliquent sans doute la multiplication des tentatives dans la fin du 19e. Le Fram de Nansen, le Gjoa d’Amundsen comme les navires de Charcot et bien d’autres, sont munis de moteurs auxiliaires. Dans l’Antarctique, Scott mise même sur des tracteurs à pétrole qui, hélas ! le laisseront en panne. Et pourquoi ne pas, comme Andrée, «survoler» les difficultés ? La guerre passée, les progrès sont tels qu’on peut se fier aux mécaniques.  En 1925, Amundsen s’envole de la Baie du Roi (Spitzberg) en hydravion pour survoler le pôle. Ils sont deux appareils pour cette épopée, deux bimoteurs «Dornier». Deux engins sûrs où tout a été calculé comme Amundsen sait le faire. Mais, à cause de la météo, la consommation d’essence est plus importante que prévu et on fait demi-tour à la latitude 88°, à la rencontre de gros problèmes : après l’amerrissage sur l’eau d’une crevasse de la banquise, un des hydravions est broyé par la glace se resserrant. Heureusement, les deux équipages peuvent re­venir sains et saufs avec le deuxième appareil. En 1926, le 9 mai, un jeune aviateur américain, Richard Evelyn Byrd, sur un avion trimoteur Fokker, survole le pôle Nord. Quinze heures et demie de vol pour un exploit qui, 17 ans plus tôt, avait demandé six semaines à Peary ! Deux jours plus tard, le 11 mai 1926, Amundsen et un officier italien : Nobile, à bord d’un ballon dirigeable, le Norge, fabriqué en Italie, s’en­volent du Spitzberg, passent au-dessus du pôle, et atterrissent, le 15 mai, à Teller, en Alaska, réussissant la première liaison aérienne par la «route polaire». 1928 : Nobile, devenu général, a fait construire un dirigeable, l’Italia, sur le modèle du Norge, et part de la Baie du Roi le 23 mai. Il survole le pôle le 24. Mais au retour, c’est la catastrophe. Alourdi par le givre, le ballon ne peut s’élever suffisamment au-dessus d’un relief, c’est la collision, une nacelle-moteur est perdue et l’Italia va s’écraser plus loin. Les appels de détresse de Nobile provoquent une mobilisation internationale de secours pour sauver l’équipage : des avions suédois, des bateaux de plusieurs nations, un brise-glace soviétique... le plus célèbre de ces sauveteurs étant Amundsen lui-même, parti de Caudebec, à bord de l’hydravion «Latham» du pilote Guilbaud. Les opérations de sauvetage seront très longues, marquées par plusieurs accidents, en particulier celui du « Latham » perdu en mer, corps et biens, au nord des côtes norvégiennes. Nobile a été sauvé, mais huit de ses compagnons ont trouvé la mort dans cette aventure.

Ce qu’on peut retenir de ce drame, c’est la part prise par l’avion dans les opérations de sauvetage. Le bateau est lent et sa route est barrée par la banquise. Seul, l’avion permet d’arriver directement au but. La route polaire , le « raccourci » depuis si longtemps cherché, entre l’Europe et l’Amérique a été ouverte par le Norge d’Amundsen. Mais le sauvetage de Nobile, c’est déjà la victoire de l’avion, le « plus lourd que l’air », sur le dirigeable. Le 22 mai 1937, quatre avions soviétiques atterrissent à proximité du pôle, amenant des équipes qui installent une station météorologique. Et le savant Yvan Papanine, reprenant le projet de Nansen, se laisse dériver sur la banquise pendant 274 jours. Neuf mois d’études météorologiques, du pôle Nord au Groenland ! Le 18 juin 1937, un avion ANT 25 décolle de Moscou, survole le pôle et atterrit le 20 à Portland, aux Etats-Unis. Il faut laisser passer la guerre et attendre 1954, pour qu’un D.C.6 scandinave parti de Los Angeles arrive à Copenhague en passant par le Groenland. La « route polaire » est adoptée et utilisée quotidiennement par les compagnies aériennes. La marine prend sans doute sa re­vanche avec l’arrivée de la propulsion nucléaire qui, en équipant sous-marins et brise-glaces, leur confère une autonomie confortable et leur permet d’atteindre le pôle en dépit de la ban­quise. Alors, besoin d’un retour aux sources ? Un seul homme, son traîneau et ses chiens : c’est le Japonais Uemura qui arrive au pôle en 1978. Dans le même genre, c’est l’expédition Steger (U.S.A.) en 1986, aussi avec des traîneaux et des chiens, qui rencontre, au retour, le solitaire français Jean-Louis Etienne, tirant lui-même son traîneau, à la conquête du pôle Nord.  

Chronologie
325 av. J.C. : Pythéas, parti de Marseille, aurait atteint l’Islande qu’il dénomme : Thulé, et la bordure de la banquise. 
982 : Les Vikings d’Erik le Rouge s’installent sur la côte ouest du Groenland.
1000 : Leif, fils d’Erik le Rouge, découvre la côte nord-est du continent américain, et s’ins­talle au nord de Terre-Neuve. 
1497 : Jean Cabot, navigateur vénitien au ser­vice de l’Angleterre, explore les côtes du Labrador. 
1648 : Le cosaque Semen Dejnev arrive au détroit qui sépare l’Asie de l’Amérique. 
1728 : Vitus Béring, envoyé par le tsar, confirme l’existence de ce détroit qui, désormais, porte son nom. 
1875-1876 : Nares (Grande-Bretagne) atteint la latitude 83°20 nord et explore la Terre d’Ellesmere. 
1878-1879 : Nordenskjöld ouvre le Passage du Nord-Est et pénètre dans l’océan Pacifique par le détroit de Béring. 
1898-1902 : Peary (Etats-Unis) atteint 84°17’ de latitude nord. 
1893-1896 : Nansen (Norvège) dérive avec son bateau : le Fram sur la banquise de la mer Arctique. En 1895, il tente de rejoindre le pôle à pied et atteint 86°14’ de latitude nord. 
1903-1906 : Roald Amundsen (Norvège) ouvre le Passage du Nord-Ouest et étudie les variations du pôle magnétique. 
1909 : Peary annonce qu’il a atteint le Pôle Nord le 6 avril 1909. 
1925 : Amundsen et Ellsworth (Etats-Unis), à bord de deux hydravions, atteignent 88° de latitude Nord
1926 : Le 9 mai, Richard-Evelyn Byrd (Etats-Unis) effectue le premier survol du pôle Nord en avion. 
1926 : Du 10 au 13 mai, Amundsen et Nobile (Italie), à bord du dirigeable le Norge, réalisent la première liaison aérienne Spitzberg-Alaska en passant par le pôle. 
1928 : Nobile atteint le pôle avec le dirigeable Italia, mais s’écrase au sol au retour. Partis pour le secourir, Amundsen et l’équipage de l’hydravion « Latham » disparaissent en mer. 
1936 : Le 15 septembre, près des côtes d’Islande, nau­frage du Pourquoi Pas ? du docteur Charcot. 
1937 : Les Russes installent au pôle une station météorologique avec laquelle le savant Yvan Papanine se laisse dériver pendant 274 jours, jusqu’au Groenland. Du 16 au 20 juin, un avion soviétique réalise la première liaison directe U.R.S.S.- U.S.A. en passant par le pôle. 
1958 : Le sous-marin atomique Nautilus (U.S.A.) traverse la mer Arctique en plongée sous la banquise, en passant par le pôle Nord. 
1959 : Le 17 mai, le sous-marin atomique Skate (U.S.A.), émerge au pôle en crevant la glace de la banquise. 
1962 : Les Russes renouvellent cet exploit. 
1968 : Une expédition américaine atteint le pôle en skidoo. 
1977 : Le 17 août, le brise-glace soviétique Artika, à propulsion atomique, arrive au pôle.
1978 : Le Japonais Uemura atteint le pôle, en solitaire, avec un traîneau à chiens. 
1986 : Le 11 mai, le Français Jean-Louis Etienne arrive au pôle, en solitaire lui aussi, en tirant lui-même son traîneau.    

Les terres arctiques 
Les régions comprises entre les côtes de la Mer Arctique et la limite marquée par l’isotherme +10°C, et qui couvrent la plus grande partie du nord de l’Amérique, de l’Europe et de l’Asie, se divisent en deux parties : la toundra et la taïga, bien évoquées dans le document sonore par Paul-Emile Victor. 
La toundra, c’est la partie la plus proche de la mer, caractérisée par le permafrost. Au début du printemps, à la fonte des neiges, seule la partie superficielle du sol - d’une épaisseur d’une vingtaine de centimètres - dégèle. En-dessous, le sol reste gelé en permanence, dur comme du roc, sur une profondeur pouvant dépasser le kilomètre. C’est le permafrost (on dit aussi pergélisol). L’eau de fonte ne peut pas s’y infiltrer. Elle ne peut pas non plus s’écouler car les précipitations sont trop faibles. Elle reste en surface, créant des zones marécageuses où la végétation se compose de plantes basses, de mousses, de lichens, et de buissons peu élevés. Cette végétation pérennante se reproduit au printemps sur les souches de l’année précédente et se déve­loppe très vite grâce à la durée de l’ensoleillement. L’arbre est complètement absent de la toundra et cette absence est même une caractéristique de ces régions. La faune se compose de peu d’espèces mais dont le nombre d’individus peut être considérable (les « milliards » de moustiques dont parle P.E. Victor en sont un exemple !). Il y a de nombreux oiseaux : des perdrix des neiges; des hiboux polaires, des corbeaux... des mammifères : des petits comme les lemmings, mais aussi des marmottes, des renards, des caribous. Ces derniers, à l’approche de l’hiver, vont chercher vers le sud l’abri de la forêt.  Car plus loin de la mer, plus au sud, c’est la taïga, la forêt arctique, la forêt de conifères, avec cependant, en bordure des points d’eau, des saules, des bouleaux, des peupliers. Arbres chétifs quand ils sont proches de la toundra, des résineux surtout, à la croissance très lente, mal enracinés, instables et provoquant dans leur chute des emmêlements inextricables. Ils deviennent plus forts et plus élevés au fur et à mesure qu’on s’éloigne de la toundra.  

UNE ÎLE ARCTIQUE : LE GROENLAND 
Le Groenland est une île, de 2 175 600 kilo­mètres carrés, la troisième du monde pour ce qui est de la superficie, après l’Antarctique et l’Australie. S’étendant de 59°46’ à 83°39’ de latitude Nord, sur une distance nord-sud de 2600 kilomètres (presque 3 fois la traversée de la France), la majeure partie de son territoire se trouve au nord du cercle polaire arctique. Elle est recouverte par une calotte glaciaire (ou inlandsis) de 1 726 000 kilomètres carrés, soit 80% de la surface totale. Cette calotte, d’une épaisseur moyenne de 1500 mètres, culmine à 3200 mètres. Elle forme un volume de glace de trois millions de kilomètres cubes. Elle n’épargne qu’une bor­dure côtière rocheuse très souvent coupée par des fjords (le plus important est le Scorebysund, de 300 kilomètres de long ) et par la descente de glaciers issus de l’inlandsis, formateurs des icebergs plus nombreux au sud qu’au nord, en raison des différences des précipitations : 1700 mm annuels au cap Farewell et seulement 60 mm dans l’extrême nord. Le point culminant du Groenland est situé sur la côte Est : c’est le Günnbjorn Fjeld (3700 mètres).  Le Groenland est cerné sur toutes ses côtes par la mer Arctique. La banquise occupe des surfaces qui varient avec les saisons. Elle est permanente sur les côtes Est et Nord-Est d’où elle se prolonge vers le pôle. En hiver, elle se forme sur toutes les côtes, atteignant à l’Est une largeur d’une centaine de kilomètres et rendant impossible toute navigation. Elle épargne en été les côtes Sud et Ouest, la région de Nuuk étant la plus favorisée. 

Le pays du froid
En juillet, les températures moyennes sont comprises, sur la côte, entre 0° au Nord et +8° au Sud. Elles sont alors de -12° au centre de la calotte glaciaire. En janvier, les moyennes sont de -20° à -36° sur la côte, et -44° sur l’inlandsis où, en 1951, on a relevé -66°. 
La flore, cantonnée dans la frange côtière de l’île, est le reflet de ce climat. Elle est conditionnée par la tempéra­ture et la constitution du sol. C’est la toundra : seule la partie superficielle dégèle en été, sur une épaisseur de 15 à 20 centimètres. L’eau de fonte reste en surface : elle ne peut ni s’écouler à cause de la faiblesse des précipitations, ni s’infiltrer car, dessous, la terre ne dégèle jamais et reste dure comme du roc : c’est le permafrost ou pergélisol. L’enracine­ment des plantes ne peut se faire qu’en surface. Il n’y a pas d’arbres au Groenland. Les armatures des kayaks et des oumiaks étaient autrefois construites en bois de dérive récupéré en mer. Et les Vikings, entre les années 1000 et 1500, devaient importer du bois des forêts du Markland (côte du Canada) pour construire ou réparer leurs  navires. Les plantes sont celles de la toundra : mousses, lichens, saxifrages et linaigrettes (dont l’inflorescence servait de mèche dans les lampes à huile), arbres nains... Les Eskimos y récoltent des baies qu’ils conservent dans la graisse, pour constituer les réserves végétales de l’hiver. Ils récoltent aussi des algues qui poussent sous la banquise. La faune est celle des bords de mer : phoques , morses, otaries. Les baleines ont à peu près disparu au 19e siècle. Sur terre : ours blancs, loups et renards, caribous et bœufs musqués, des rongeurs... La chasse était le seul moyen de se procurer, en même temps que la nourriture, les peaux et les fourrures pour s’habiller, ainsi que la graisse pour s’éclairer et se chauffer. En été, les oiseaux arrivent, très nombreux, appréciés pour leur chair et leurs œufs. C’est aussi la saison de la pêche : Au moment du frai, les saumons remontent en grand nombre les fleuves issus de la calotte glaciaire. Et l’arrivée des «ammassats», les petits poissons d’Ammassalik, est une véritable fête. 

L’homme apparaît relativement tard dans ces paysages, vers 2000 avant J.C., venant des terres et des mers gelées du Nord-Canada, originaires de la lointaine Sibérie, en des temps où elle  n’était sans doute pas encore coupée de l’Alaska par un détroit. Personne n’était là avant eux. Ils sont les premiers humains sur cette terre. Deux autres immigrations, jusqu’au début de notre ère, arrivent encore de l’ouest. Et en 983, c’est de l’Est qu’arrivent les Vikings d’Erik le Rouge, sur cette côte qu’ils nomment le « Groenland » : le pays vert. P. E. Victor évoque la saga d’Erik le Rouge. En réalité, il y a plusieurs sagas car, si Erik le Rouge s’établit sur la côte ouest, au sud du Groenland, son fils Leifserikson, à son tour, partira de là pour, 500 ans avant Colomb, emmener ses Vikings en « Amérique ». Ecrites d’après la tradition orale, 200 ans après les événements, les sagas furent longtemps considérées comme des légendes. Le doute s’installe en 1837, émis par le professeur danois Carl Christian Rafn : « Et si les sagas rapportaient la vérité ?...». Il faut plus d’un siècle de recherches, de fausses pistes, de fraudes à déjouer... pour qu’entre 1961 et 1968, deux archéologues, les époux Ingstad, découvrent et étudient les vestiges du campement de Leifserikson, dans l’Anse des Meadows, au nord de Terre-Neuve : restes de constructions, d’outillages, d’objets ménagers...et qu’ils puissent en conclure que l’Anse des Meadows constituait une base de départ pour d’autres expéditions vikings : Vers le Helluland - ou pays des pierres plates - pays glacé, en tout cas, dans l’île de Baffin. Vers le Markland, au Labrador, le pays des forêts qui, jusqu’au 14e siècle fournira les chargements de bois transportés vers le Groenland. Vers le Vinland enfin, le pays du vin (d’airelles), vraisemblablement sur les rives du Saint-Laurent, qui lui aussi produit du bois à desti­nation du Groenland. 

La colonisation viking cessera au 14e siècle en «Amérique» et vers le 15e siècle au Groenland, sans qu’on connaisse bien la cause de cette retraite. L’île redevient alors le domaine des seuls Eskimos. Ceci jusqu’en 1721, où un pasteur norvégien, Hans Egede, vient s’installer avec sa famille, dans le fjord de Godthab. C’est lui qui donne ce nom (« Bonne Espérance » en norvégien) à la loca­lité qu’il va fonder, aujourd’hui : Nuuk, la capitale du Groenland. Il va travailler à la création de comptoirs sur la côte ouest, pour que les Scandinaves (Norvégiens et Danois) aient leur part dans la chasse à la baleine, dont les profits substantiels étaient accaparés, à cette époque, par les seuls Hollandais. Il introduit aussi la religion protestante dans cette partie du monde, mais il a fait naître un intérêt pour la civilisation eskimo. En 1776, pour faire face aux problèmes économiques, le gouvernement danois fonde la Compagnie Royale du Groenland, pour s’y assurer, jusqu’à nos jours, le monopole des transports et du commerce. 

Au 19e siècle, les préoccupations strictement commerciales s’estompent et laissent la place à un esprit de recherche plus scientifique. C’est le début de l’exploration des côtes d’abord. Découverte de la côte Est, d’accès si difficile. En 1822, Scoresby arrive au fjord qui portera son nom. En 1884, Holm découvre Ammassalik. Puis on s’intéresse à l’intérieur : en 1888, Nansen part d’Ammassalik et se lance dans la traversée de l’inlandsis. Peary le traverse aussi, plus au Nord, aller et retour, entre 1892 et 1895. Koch et Wegener réussiront aussi en 1913, comme le feront Victor, Gessain, Knut et Pérez en 1936. Ces derniers reprennent la tradition de Rasmussen, vivant avec les Eskimos pour étudier leur civilisation. Knud Rasmussen, né au Groenland, d’un père danois et d’une mère Eskimo, y a consacré sa vie, parcourant le nord du pays, se mêlant aux populations eskimo pour étudier leur mode de vie et pénétrer leur cul­ture. Pour rechercher leurs origines, il rencontre dans le Nord-Canada, des Eskimos inconnus installés près de la baie d’Hudson. Il fonde à Thulé, en 1910, un comptoir qui servira de base pour la plupart de ses expéditions. Et en 1924, il accomplit l’extraordinaire exploit de joindre le Groenland au détroit de Béring en traîneau à chiens !

L’étude de l’île ainsi entreprise sera confirmée par les travaux de l’Année Géophysique Physique Internationale (1957-1958). Elle a permis de mieux connaître l’extraordinaire adaptation des Eskimos aux conditions climatiques de leurs lieux de vie, telle que nous la relatent P.E. Victor et R. Gessain. Depuis des siècles, les Eskimos ont réussi à vivre par des froids extrêmes, à trouver à se nourrir, à supporter un rythme «jour-nuit » qui affolerait tout habitant “normal” de nos zones tempérées.
Il leur a fallu :
Se protéger du froid, s’habiller. Tout dépend de l’habillement. Robert Gessain dit bien la place de la femme dans la société eskimo : « ...si elle n’est pas bonne couturière, elle deviendra vite veuve». L’habit du chasseur, l’homme qui rapporte l’indispensable nourri­ture, est constitué de peaux et de fourrures patiemment assouplies, tannées et assemblées par des coutures rabattues précises, imperméabilisées à la graisse. Pour chasser la baleine, elles savaient coudre des intestins de phoques, tannés au sang, pour fabriquer des combinaisons à double paroi, gilets de sauvetage efficaces, des siècles avant ceux que nous connaissons aujourd’hui.
S’abriter, se loger. L’habitation permanente, c’est la hutte de pierres et de terre à demi enterrée, qui résiste à toutes les tempêtes, la grande maison patriarcale abritant trois générations. Dans «Boréal», P.E. Victor nous en décrit la construction : « 4 septembre : Nous travaillons ferme à la construction de notre hutte commune, car l’hiver approche. Ce sont les femmes qui sont chargées d’élever les murs. Les enfants, garçons et filles, arrachent les mottes d’herbe qui doivent cimenter les pierres. Les hommes donnent les conseils indispensables et transportent les pierres trop lourdes. La vieille Yoanna fait remarquer que la hutte serait plus chaude si elle avait une porte intérieure, de l’autre côté du couloir d’entrée. Mais l’ouverture du couloir est trop grande. -« Ce sont encore les hommes qui ont construit cela !... » dit-elle, méprisante. « 11 septembre : Nous terminons le toit de la hutte commune. De grands troncs, tous amenés de Sibérie par le courant glacial polaire, servent de charpente. Sur des bouts de bois posés n’importe comment sur ces troncs, de grandes plaques d’herbe sont étendues. Là-dessus, de la terre, puis des arbustes rampants destinés à isoler les peaux de phoques, vieilles enveloppes d’oumiaks qui vont, tant bien que mal empêcher la pluie de tomber à l’intérieur. Sur ces peaux, de nombreuses pierres pour qu’elles ne s’envolent pas par grand vent ».
« BOREAL » éd . Grasset 1938 

«18 heures : II fait nuit. Dans la hutte, il fait chaud. Trois onakrit* sur cinq sont allumés. Les enfants jouent en braillant. Yoanna dort... A côté d’elle, dans une obscurité presque to­tale, car son onakrit est presque éteint, Kriwi lit. Je sors de la hutte. A peine dehors, le faisceau de ma lampe éclaire un sol blanc de neige et, sur mon visage, je reçois des flocons frais et réguliers. Je crie dans la hutte par le couloir d’entrée : -« Venez vous autres, il neige ! » Alors, c’est la ruée de tous, certains entièrement nus, beaucoup à moitié endormis. Ils touchent la neige et courent en riant. -« Voilà le gentil hiver ! » dit Doumidia.
  « BOREAL »

*l’onakrit : c’est la lampe à huile de phoque, taillée en général dans une pierre tendre : la stéatite, servant à l’éclairage, au chauffage de la hutte, et à la cuisson des aliments.  

Les igloos. L’igloo était surtout répandu dans le Nord-Canada. Construit avec des blocs taillés dans la neige tassée par le vent, c’est une habitation en forme d’une demi-sphère, avec un couloir d’entrée, sorte de sas entre la chaleur intérieure et le froid rigoureux du dehors.  
La tente. La tente est l’habitation des migrations d’été, abritant en général une « famille élémentaire » : le couple des parents et leurs enfants. Elle est en peaux de phoques, la fourrure à l’intérieur, sur une carcasse de bois. Le rideau d’entrée est fait avec des intestins de phoques pour laisser passer la lumière quand on le ferme. La tente est chargée dans l’oumiak (le grand bateau) avec lequel on part à la chasse au phoque ou à la pêche au saumon. 
Des moyens de communication. En hiver, le seul moyen de transport était le traîneau, d’une construction relativement légère et souple, adaptée au relief accidenté du sol groenlandais, tiré depuis toujours par un attelage de chiens groenlandais qui sont les seules bêtes de trait du pays. Ils tirent au moyen d’un harnais de poitrine, de six à treize chiens attelés en éventail, disposition rendue possible par l’absence d’arbres en Groenland. Les traîneaux à chiens étaient en­core utilisés récemment dans la région d’Ammassalik, pour le transport des colis et des voyageurs vers l’aérodrome. Ils sont remplacés par l’hélicop­tère.
Dans le Nord-Canada, moins montagneux que le Groenland, on circule davantage en skidoo, ou moto des neiges. Plus rapide, le skidoo fait gagner du temps et permet d’étendre le terri­toire de chasse. On est même allé en skidoo jusqu’au pôle Nord, en 1968. Mais l’engin peut présenter des inconvénients, dont parle Robert Gessain. Ce que confirme un récit de Frison-Roche dans « Le versant du soleil » : revenant au Labrador, quelques années après un premier séjour, il apprend que deux chasseurs de ses connaissances se sont noyés avec leurs skidoos, en traversant sur la banquise un détroit « qu’ils sillonnaient pourtant à longueur d’année ».
En été, c’est par bateau que se font les déplacements. Il existait deux types d’embarcations : Le kayak. C’était le bateau individuel, employé surtout pour la chasse, construit «sur mesures» pour le chasseur, sur une carcasse de lattes de bois flotté recouverte par les femmes de peaux de phoque fraîches qui se tendaient en séchant (Actuellement, les peaux de phoques sont remplacées par de la toile peinte imperméable). Le chasseur s’assied dedans par le trou d’homme, ajustant ensuite un tablier de cuir qui rend imperméable l’ensemble «homme-kayak». Le matériel de chasse, harpon et flotteur, ou fusil, est attaché sur le kayak. A l’avant, un écran de toile blanche que le phoque peut confondre avec un bloc de glace. La pagaie est double, renforcée d’ivoire aux extrémités.  
L’oumiak. Construit comme le kayak, sur une carcasse de bois flotté, recouverte de peaux cousues, c’est le grand bateau des migrations d’été. Il peut transporter 25 à 30 personnes, avec le matériel nécessaire : tentes, matériel de cuisine, de couchage, de chasse et de pêche. Ramé par des femmes, il est dirigé par un homme au moyen d’un aviron-gouvernail, vers les terrains de chasse aux jeunes phoques et les points de pêche aux saumons et aux ammassats. Aujourd’hui, kayaks et oumiaks sont en général remplacés par des canots à moteur.
L’alimentation. La société du partage. Robert Gessain nous le dit : «Avant, tout le monde avait du phoque à manger...Le phoque, c’est ce qu’ils aiment...Mais les Eskimos ne mangeaient pas de la viande crue tous les jours, comme c’est écrit partout. » La viande de phoque, ils la mangeaient bouillie. Le phoque était le principal gibier. En 1884, à Ammassalik, pour une centaine de chasseurs, de six à sept mille phoques étaient tués chaque année, auxquels s’ajoutaient une centaine d’ours blancs. En été arrivaient les oiseaux, très nom­breux, chassés pour leur viande et précieux pour leurs œufs, et c’était aussi la saison de la pêche : aux saumons qui remontaient les torrents issus des glaciers, aux capelains ou ammassats, les petits poissons qui arrivaient par milliers sur les rivages d’Ammassalik et qui, ramassés et séchés, étaient conservés pour  l’hiver. La part indispensable de végétaux était constituée pendant l’été : des baies en particulier étaient conservées dans la graisse. Les algues étaient récoltées au fond de la mer, près du rivage, par des fissures de la banquise. A écouter Robert Gessain, tout cela était, somme toute, très appétissant, et la consommation et l’utilisation du phoque chez les Groenlandais n’était pas sans rappeler celles du cochon chez les Européens. Mais Paul-Emile Victor mettrait plutôt un bémol à l‘évocation de cette gastronomie en nous contant la dégustation du «kritsia», le phoque faisandé, régal des jours de fête.
«19 octobre : Comme c’est l’anniversaire de sa fille, Kristian a sorti de sous les pierres le gros phoque qu’il y a mis il y a un mois environ. Nous le remorquons jusque dans la maison. « Toutes les femmes, tous les enfants sont à leur place. Personne n’est dehors. L’événement est d’autant plus important qu’il est impatiemment attendu, et d’autant plus attendu qu’il y a huit jours qu’ils n’ont plus mangé de phoque et qu’ils ne se nourrissent que du riz, des macaronis, des lentilles et du pain de mer que je leur donne. « La chair du phoque fraîchement tué n’est bonne à manger qu’une fois cuite, tandis que la viande faisandée est absorbée crue et c’est l’aliment le plus apprécié. « Les hommes taillent d’énormes morceaux de viande noire. Une forte odeur se répand peu à peu dans toute la maison qui se remplit de vapeur chaude qui monte de la bête éventrée. «Au milieu des cris, des rots, des bruits de mâchoires, de conversation, le phoque petit à petit, diminue de taille, lâche ses intestins qui coulent sur la dalle mouillée. « - Ah ! rugit Mikidi, le sang coule !... « Et il ramasse précipitamment le précieux liquide avec ses mains en forme de coupe et le déverse dans la cuvette posée à côté de lui. Parfois, il en boit une gorgée. « Odarpi a la bouche pleine et mâche avec bruit. Il prend entre les dents un gros morceau de viande noire couverte d’une croûte de graisse dégoulinante d’huile épaisse, la coupe d’un geste rapide au ras des lèvres et aspire : floc ! Quatre coups de mâchoire pendant lesquels il se taille un nouveau morceau et tout est avalé : « - Au moins ça, c’est ce qu’il y a de tout à fait grandement meilleur, dit-il. «Autour de la viande étalée sur la peau étendue sur les dalles (ils...) taillent, dépècent, boivent de pleines gorgées de sang gluant, crient, se lèchent les doigts, mâchent, avalent, se bourrent de graisse, de viande, aspirent des bouts d’intestins, tendent des quartiers à leur femme respective. Et tout cela dans une sorte de fièvre lente, messe basse. « -Tu n’en veux vraiment pas un petit morceau ? me demande Mikidi, la bouche pleine. « Et j’en mange un lambeau grand comme deux doigts. Le goût ? Quelque chose comme de la chair molle, sans sel, poivrée, dans laquelle on aurait laissé rouiller un couteau de cuisine. « - Mange ! Mange ! me dit Kristian pour m’encourager. «Je connais heureusement l’effet désastreux de cette viande sur nos estomacs, et je me rappelle que Knud Rasmussen est mort d’une infection intestinale à la suite d’un repas semblable à celui-ci. » 
BOREAL. (1938)

Robert Gessain nous parle de ce kritsia qui était le seul excitant des jours de fête. Les boissons alcooliques n’existaient pas chez les Eskimos, et leur importation par les Danois, la disparition du phoque faisandé, le stress causé par les transformations de la vie quotidienne ont abouti à l’apparition de l’alcoolisme qui a posé beaucoup de problèmes dans le Groenland actuel. Le kristia était une manifestation de la vie communautaire, de cette société du partage qui semble en voie de disparition. Et pour cause : le rôle de l’argent dans notre société est en pleine contradiction avec la civilisation eskimo qui ignorait la notion même de monnaie. Tout était basé sur le partage et personne n’en était exclu. Tout gibier était réparti suivant des règles traditionnellement établies. Cela pour la nourriture car pour le reste, encore en 1977, «la vie est étonnamment communautaire : mer, terrain, sol et même certaines maisons appartiennent à toute la population. Seuls, traîneaux, kayaks et chiens sont personnels » constate Jean Leroy-Guyo dans son livre « Mon village sur la banquise» (Laffont éd.). En 2004, la tradition n’a pas disparu qui dit que la terre est propriété commune. Les maisons appartiennent à la commune ou au gouvernement qui les louent. Et ceux qui veulent construire (ou faire construire) leur maison en sont naturellement propriétaires mais le terrain occupé ne leur appartient pas.
La justice. Très édifiante était cette façon de régler les différends pouvant survenir entre deux membres de la tribu. Le « duel de danse » évoqué par Robert Gessain pourrait être rapproché du «jugement de Dieu» de notre histoire médiévale, qui donnait raison au vainqueur du duel ou d’une autre épreuve redoutable. A Ammassalik, le vainqueur était désigné au cours d’un «duel de danse», préparé pendant plusieurs mois, pour faire rire aux dépens de l’adversaire. «Merveilleux moyen de diminuer les tensions !» concluait R. Gessain. 

Le Groenland aujourd’hui*
Pour une superficie totale de 2 175 000 kilo­mètres-carrés, le Groenland comptait, en 2003, 56676 habitants, répartis naturellement sur la frange côtière laissée libre par l’inlandsis. Nuuk, la capitale, est maintenant une ville de près de 14 000 habitants. La population est jeune : 30% ont moins de 18 ans et 8% plus de 60 ans. La langue officielle est le groenlandais. Le danois est aussi employé et enseigné à l’école, mais sa pratique est en baisse parmi les jeunes générations. Sur la côte est, la commune d’Ammassalik regroupe 3000 habitants en 2005, dont 1850 à la capitale Tasiilaf, où les Ammassalimut sont plus souvent salariés que chasseurs. Des bateaux à moteur remplacent kayaks et oumiaks. Les  jeunes gens se retrouvent aujourd’hui dans les cybercafés. 
Le gouvernement. Longtemps colonie danoise, le Groenland est devenu territoire autonome le 1er mai 1979. Faisant partie du royaume du Danemark, les Groenlandais sont représentés au Parlement danois par deux députés (sur 179). Mais leur pays est administré par un Parlement groenlandais de 31 membres élus, issus des cinq formations politiques du Groenland. Depuis 2003, un Cabinet de huit membres permanents est chargé du gouvernement. Seules, les décisions concernant les affaires étrangères, la défense, la monnaie et la justice sont du ressort du Parlement danois. Le pays est divisé en 18 municipalités, administrées par autant de « mairies » dont les conseillers sont élus pour 4 ans et s’occupent des écoles, des routes, des services sociaux... 
Le commerce. La monnaie est la couronne danoise (1Kr = 0,135 €). Le salaire correspondant à notre SMIC est de 65 Kr de l’heure pour 40 heures par semaine. Mais il existe de grandes différences de salaire, et un pêcheur de flétan peut « se faire » des journées de plus de 1000 Kr. Supermarchés et « supérettes » ressemblent beaucoup aux magasins européens. Il faut y ajouter les « butiks » (boutiques) où l’on trouve à peu près de tout. La vente de l’alcool y est cependant strictement réglementée pour faire reculer les problèmes posés par l’alcoolisme. Il y a aussi les marchés, où l’on trouve, à des prix paraît-il avantageux, la nourriture traditionnelle toujours appréciée par les Groenlandais : viande de phoque, d’ours, de caribou, de bœuf musqué… et du poisson. 
Les ressources. Avec un territoire maritime s’étendant jusqu’à 200 milles des côtes, la pêche constitue la principale ressource du Groenland, ses produits représentant presque 1/3 du total des exportations. La flotte de pêche comptait en 1989, 131 unités pêchant la morue exportée en filets congelés et les crevettes qui représentent 60% des exportations des produits de la mer. La pêche et la chasse traditionnelles ont gardé leurs fidèles sur les côtes Nord et Est. Elles ne sont autorisées que moyennant le paiement d’une licence de « chasseur à plein temps » si on prétend en vivre. Le phoque est toujours chassé pour sa chair, mais aussi pour son huile et  sa peau. Les tanneries gouvernementales, qui achètent les peaux aux chasseurs pour les aider à subsister, traitent environ 80 000 peaux par an.
Elevage et agriculture. Au sud, on a installé 70 fermes d’élevage du mouton, totalisant en­viron 30 000 têtes, et on essaie l’élevage du  ca­ribou (actuellement : 3000 têtes).
Ressources minières. Existence de pétrole, de minerais (fer, zinc, plomb, cryolithe...), mais leur exploitation est difficile en raison des conditions climatiques du pays.
Le tourisme. 29 000 touristes ont été accueillis au Groenland en 2003. L’équipement hôtelier est très moderne, mais cher. Et le développement du tourisme ne répond pas toujours à ce que l’on en attendait.
Les transports. Avec une frange côtière seule habitable, le bateau est le moyen de transport le plus naturel (cargos, bateaux de cabotage...) rejoint par l’avion et l’hélicoptère : Avec 7 aéroports dont 3 accessibles aux longs-courriers, les communications sont assurées tant à l’intérieur du Groenland que pour les destinations extérieures, vers le Danemark en particulier. 
La religion. Autrefois chamaniste, la population groenlandaise est aujourd’hui à 99% de confession protestante luthérienne. Eglise et Etat ne sont pas séparés. 
L’enseignement. Développé depuis un siècle, l’enseignement est gratuit et obligatoire pour les enfants 6 à 15 ans et l’illettrisme est très réduit, ce que P.-E . Victor constatait dès 1936. Chaque village possède son école et il y a un lycée à Nuuk. On a créé en 1988, 14 centres d’apprentissage qui ont accueilli en 2000-2001, 611 apprentis. Mais sait-on que la formation des enseignants est assurée par une école spécia­lisée fondée à Nuuk (alors : Godthab)... en l845! 
Les services de santé. La médecine est gra­tuite. Il n’y a pas de médecins privés et il y a un hôpital, généralement bien équipé, dans chaque ville. 
Thulé : il est difficile de ne pas parler de Thulé, la mythique Thulé, quand on évoque le Groenland. Découvert par John Ross en 1828 ( le 10 août, d’après son journal de bord), le site s’appelait alors Uummannaq, au nord de la baie de Melville. Vivaient là, au plus, 150 Inuit. Tout au long du siècle, tant qu’il y eut des baleines, des baleiniers s’y arrêtèrent. Et en 1910, Rasmussen y créa un comptoir, qu’il baptisa Thulé, au point de départ de la plupart de ses expéditions. En 1937, Thulé passa sous la tutelle de l’administration danoise, qui en réglementa l’accès. Et en 1951, Jean Malaurie y fut témoin de l’installation et de l’occupation de la base militaire U.S. « secrète », par quelques 5000 américains. Les Inuit, privés de leurs terrains de chasse, préférèrent s’éloigner d’une centaine de kilomètres et s’installèrent à Qaanaaq, sur la rive nord du fjord d’Ingelfield : les derniers rois de Thulé... 
* La plupart des renseignements figurant dans ce chapitre sont tirés du guide « GROENLAND » en vente à la Maison du Groenland, 15 rue du Cardinal Lemoine, 75005 Paris.  

Robert Gessain insiste sur l’importance de la mémoire orale
«... à Ammassalik, nous avons enregistré huit à neuf cents chants différents... Les gens qui n’ont pas d’écriture ont de la mémoire. Eriki, en 1934, a chanté devant le gramophone à rouleaux, des chants traditionnels de la tribu pendant 21 jours. Tandis que nous, nous  n’avons plus de mémoire. La mémoire est dans nos livres. L’écriture apporte beaucoup de choses, mais l’écriture enlève la mémoire des hommes : ils n ‘en ont plus besoin. » (elle est engrangée maintenant - et nommément - dans les disques durs de nos ordinateurs !)  Dans « Hummocks » (T. 2, p. 480 et 481), Jean Malaurie rappelle son expérience d’instituteur volontaire, en 1987, à Ouélen, agglomération sibérienne, près du détroit de Béring, dans deux classes où les élèves russes et autochtones étaient mélangés. Dans la 1re (13 - 14 ans) : 70% d’autochtones, 30% de Russes. Dans la seconde, la proportion est exactement inversée. Les élèves esquimaux et tchouktches n’arrivaient pas à passer les examens écrits de classement. Pourquoi ? se demande-t-il.  La réponse lui est donnée à Leningrad, par une jeune étudiante selkoupe : « ...La pédagogie russe est totalement inadaptée à notre sys­tème de pensée... Nous ne savons pas rédiger. Nous pensons et nous rédigeons autrement, souvent en silence. Ici, la parole, c ‘est le pouvoir. Chez nous, on ne convainc pas par les mots. On convainc par l’exemple. On nous traite d’arriérés... (mais) nos techniques sont aussi développées que nous le permettaient nos moyens... »  Ainsi, à l’école d’Ouélen « ...c’est la sélection par l’échec, la dictature du livre et du devoir écrit». On confond la vérification d’un savoir livresque avec un test d’intelligence (situation identique avec une expérience semblable en Terre de Baffin, quelques années auparavant).  Et pourtant, si P.E. Victor a pu noter l’histoire des grandes famines du Groenland de 1882 et 1883, c’est bien grâce à la tradition orale et à la pro­pre mémoire de Doumidia qui les lui a racontées. Doumidia qui voulait «apprendre à bien écrire», dans la hutte commune où, au même moment, leur ami Kristian, chasseur de son état, rédigeait le sermon qu’il devait prononcer à  l’office luthérien du dimanche suivant. (dans BOREAL, 1938). Tout s’imbrique, et c’est grâce à l’écriture que l’Africain Hampaté Ba a pu nous rappeler que «Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle».  

L’ANTARCTIQUE 
Le Pôle Sud au centre d’un continent (voir carte page 43) 
Alors que les régions arctiques étaient peuplées depuis des siècles, l’Antarctique, dépourvu de toute population humaine, éloigné des zones habitées et donc des grandes voies de communications maritimes, resta très longtemps tout simplement ignoré. Il y avait bien une théorie selon laquelle il devait exister dans l’hémisphère sud, un continent inconnu dont la masse était « indispensable » pour équilibrer la masse des terres émergées de l’hémisphère nord et empêcher le globe de basculer. Partir à sa découverte, de la pointe ex­trême sud de l’Afrique ou de l’Amérique, c’était s’engager sur des mers très dangereuses, au-delà des 50e  degrés de latitude depuis longtemps qualifiés de « rugissants ». Peut-être des chasseurs de baleines et de phoques étaient-ils parvenus dans ces parages, mais ils s’étaient gardés de révéler le chemin de leurs lieux de pêche et de leurs réserves de gibier. Pourtant, en 1531, le cartographe Oronce Fine publie une mappemonde sur laquelle figure une Terra Australis, avec en son centre un «pôle méridional» entouré d’un «cercle antarctique», et dont le dessin des côtes présente une ressemblance troublante avec les cartes actuelles du continent antarctique. Hasard ? Ou bien résultat de renseignements fournis par des pêcheurs ou des aventuriers plus bavards que les autres ? Le mystère demeure. Alors, est-il le premier, l’Anglais James Cook, lorsqu’en 1772, il part avec deux vaisseaux, la Resolution et l’Adventure, pour une expédition dont il ne reviendra à Londres qu’en 1775 ? Est-il le premier lorsqu’il franchit à trois reprises le cercle polaire antarctique et atteint la latitude de 71°10’ ? C’est possible, mais ce qui est clair, c’est qu’il n’a rencontré aucun continent nouveau. Presque un demi-siècle plus tard, son compatriote William Smith commence, en 1819, une période riche en découvertes en arrivant aux îles Shetland du Sud, proches de la pointe nord de la péninsule antarctique, aux environs du 60e degré de latitude Sud. Cette pointe, l’Anglais Bransfield, puis l’Américain Palmer l’aperçoivent en 1820. La même année, l’expédition russe conduite par Bellingshausen arrive dans ces parages, et Lazarev, le second de Bellingshausen, note dans son livre de bord, en date du 27 janvier 1820, avoir devant son bateau «des glaces à perte de vue». L’expédition découvre les îles Pierre 1er et Alexandre 1er, près des côtes ouest de la Terre de Graham, en janvier 1821. Et en février 1821, les marins de l’équipage de l’Américain Davis sont les premiers hommes à débarquer sur le continent austral. Quelques années encore et, en 1831, l’Anglais John Biscoe, au service des frères Enderby, armateurs, passe le cercle polaire et découvre la «terre Enderby», explore l’île Adélaïde et la Terre de Graham. Et en 1832, l’Anglais Weddell atteint 74°15’ de latitude Sud, sur la plate-forme glaciaire qu’on désignera dès lors comme « Mer de Weddell ».

1837 : le Français Jules Sébastien César Dumont d’Urville part à la recherche du pôle Sud magnétique et trouve une portion de côte rocheuse qu’il baptise du nom de sa femme : la Terre Adélie, pour la dédommager de sa très longue absence, car elle ne le reverra qu’en 1840 ! En mer de 1839 à 1843, l’Anglais James Ross reviendra avec une belle récolte. Il a découvert la grande plate-forme qui porte maintenant son nom : la Mer de Ross, il explore, sur 600 kilomètres la Barrière de Ross, et il découvre deux volcans auxquels il donne les noms de ses deux navires : l’Erebus et le Terror.  Ces expéditions, à la fois de découvertes et scientifiques, vont s’interrompre pendant presque un demi-siècle encore. Mais à la fin du 19e siècle, un événement mérite grandement d’être retenu : c’est le Congrès de Géographie de Berlin pendant lequel la délégation allemande propose l’internationalisation des recherches en Antarctique. Cette proposition adoptée, les recherches et les communications périodiques vont fonctionner et se développer. Y participent notamment : Charcot, Amundsen, Scott, Shackleton, Nordenskjöld... Jusqu’en 1914, jusqu’à la guerre. Cela n’apparaît-il pas comme un prélude au traité de l’Antarctique de 1959 ?  Mais il faut d’abord découvrir, explorer ce qu’on connaît encore très mal dans cette partie du monde. Longue suite d’aventures dont voici quelques jalons. De 1897 à 1899, le Belge Adrien de Gerlache part sur son bateau le Belgica. Roald Amundsen fait partie de l’équipage, ainsi que l’Américain Frederik Cook, le futur concurrent de Peary dans la course au pôle nord. Ils arrivent aux Shetlands du Sud et continuent pour revoir la cartographie des côtes de la Terre de Graham. A proximité de l’île Alexandre 1er, le Belgica est pris dans les glaces, et de Gerlache est obligé d’hiverner, et de vivre la nuit polaire qui va s’imposer du 17 mai au 22 juillet : 1600 heures sans revoir le soleil ! 1898. Le Norvégien Borchgrevink va hiverner, volontairement, en bordure de la Mer de Ross, au cap Adare. Là, on prépare l’hivernage ; on construit en particulier une hutte aussi confor­table que possible, et le bateau est renvoyé passer l’hiver en Nouvelle-Zélande. Du cap Adare, Borchgrevink va explorer les «environs». Il va étudier la Barrière de Ross et constater qu’elle a reculé de 31 milles depuis sa découverte par Ross en 1831 et il s’approche du pôle jusqu’à la latitude de 78°50’. C’était le premier hivernage volontaire en Antarctique. Il deviendra habituel par la suite, accepté comme une nécessité. En 1901, le Suédois Otto Nordenskjöld, le neveu du vainqueur du premier passage du nord-est, hiverne dans l’île Seymour, dans les Shetlands du Sud et, lui aussi, renvoie son bateau, l’Antarctic. Mais pendant l’hivernage, l’Antarctic fait naufrage et ne peut rapatrier les explorateurs. Des secours sont organisés et l’expédition sera sauvée par une canonnière argentine en 1904. Entre temps, en 1902, une expédition anglaise organisée par Scott accompagné de Shackleton, échoue à 856 kilomètres du pôle. En 1907, Shackleton part pour une deuxième tentative. A pied d’œuvre, il quitte son navire le  3 novembre 1908, avec trois coéquipiers. Ils ont des traîneaux tirés par des poneys et même un traîneau automobile qui tombera en panne... Ils rebroussent chemin à 178 kilomètres du pôle, ayant atteint la latitude record de 88°23’. Ils retrouvent le bateau le 1er mars 1909. Pendant leur absence, un autre groupe de l’expédition était parvenu au pôle sud magnétique. Le Français Jean Charcot, qui avait déjà hiverné de 1903 à 1905, dans l’île Wandel, avec son navire le Français, pour cartographier la côte ouest de la Terre de Graham, repart en 1908, avec son tout neuf Pourquoi Pas ? Il gagne l’île Alexandre 1er et explore la suite de la côte du continent antarctique. Il en revient en juin 1910, rapportant un relevé de 400 kilomètres de côtes jusque là inconnues. 

En 1910, Scott prépare une nouvelle expédition pour la conquête du pôle Sud, prévue pour le printemps austral 1911. Arrivé dans l’Antarctique, il organise son hivernage à l’extrémité ouest de la Grande Barrière de Ross et ap­prend qu’Amundsen hiverne à l’autre extrémité de la dite Barrière, aussi pour gagner le pôle Sud. Amundsen a quitté la Norvège en septembre 1910, avec le Fram de Nansen. Il a pu profiter du printemps pour organiser sa marche vers le pôle et préparer son hivernage, à la baie des Baleines, à l’extrémité Est de la Mer de Ross. Il part le 20 octobre 1911, avec quatre compagnons, quatre traîneaux et cinquante-deux chiens, et réalise un parcours exemplaire. Les 700 kilomètres de la Mer de Ross sont franchis en 22 étapes et il reste 360 kilomètres quand ils abordent montagnes et glaciers. Le 16 décem­bre 1911, ils atteignent le pôle et ils seront de retour à la Baie des Baleines le 25 janvier 1912. Scott est arrivé au pôle le 17 janvier 1912. Il y  trouve le drapeau norvégien planté à côté de la tente laissée par Amundsen. Il entame son retour, accumulant tous les déboires. Les traîneaux automobiles tombent en panne. Ils transportent le fourrage destiné à l’alimentation des poneys qui tirent les traîneaux et qu’on doit abattre. Ce sont les hommes qui les remplacent. La fatigue est immense et le moral est atteint par le succès d’Amundsen. On doit rationner les vi­vres et, enfin, les hommes affaiblis sont bloqués par le blizzard. Ils succombent, épuisés, à quelques kilomètres d’un dépôt de vivres, « le 29 mars 1912 » peut encore écrire Scott dans son carnet. Tragique dénouement qui ne sera connu que dix mois plus tard, par l’équipe de secours retrouvant les restes de Scott et de ses compagnons.  1913-1914: Shackleton - Sir Ernest Shackleton, depuis que la Reine l’a anobli après sa tentative de 1907 - prépare une expédition pour un projet téméraire : la traversée du continent antarctique en passant par le pôle ! En juillet 1914, tout est prêt : le bateau (l’Endurance), le matériel, les hommes... mais le 1er août, c’est la guerre et il faut tout arrêter. Ou plutôt : « il faudrait... », car le Lord de l’Amirauté, un certain Winston Churchill, enjoint à Shackleton de partir. Il y a  « là-bas » comme une revanche à prendre et il y va de l’honneur de la Grande-Bretagne. Alors, le 8 août 1914, l’Endurance fait voile vers l’Antarctique. Vers une aventure hors de l’entendement humain. Août-septembre 1915 : l‘Endurance est prise et, finalement, écrasée dans les glaces de la Mer de Weddell. Comment Shackleton réussit à sauver tout son équipage ne peut se relater en quelques lignes. Pendant quinze mois, tirant les canots montés sur des traîneaux, passant d’un glaçon à un autre, profitant de la dérive de la banquise, vivant de viande de phoques ou de pingouins, ils parviennent à l’extrême pointe de la Terre de Graham, à l’île de l’Eléphant. De là, six hommes, dont Shackleton, sur un canot, traversent en quatorze jours, 800 milles d’une des mers les plus démontées du globe, pour gagner la Géorgie du Sud* et chercher des secours. Un vapeur est envoyé à l’île de l’Eléphant. Shackleton revient en Angleterre en janvier 1917, ramenant sains et saufs les vingt-huit hommes de son équipage (dont un “passager” clandestin !). La paix revenue, les conditions et les moyens d’explorations polaires ont complètement  changé. L’avion et les liaisons radio y ont pris leur place. Le bateau est toujours utilisé, pour le transport des matériaux nécessaires à la  construction des bases, et pour amener à pied d’œuvre les engins d’exploration : avions et tracteurs à chenilles. Charcot continue son travail avec le Pourquoi Pas?, jusqu’en 1936, date de son naufrage. Et Byrd utilise encore des traîneaux à chiens traditionnels pour acheminer les matériaux de la base « Little America »  
* La Géorgie du Sud : île de l’Atlantique sud (54°30’ sud et 36°30’ouest), possession anglaise, centre baleinier, à la même latitude que le cap Horn dont elle est distante d’environ 1140 milles (ou 2000 km) 

En 1928, ce sont les premiers survols de l’Antarctique. Willkins et Hearts effectuent le premier vol de reconnaissance au-dessus de la Terre de Graham. Mais c’est surtout le début de tout le travail de Byrd en Antarctique, à partir d’une base permanente de départ qui n’a plus rien à voir avec les tentes et les huttes du demi-siècle précédent. La base « Little America », construite à 13 kilomètres de la baie des Baleines, sur la mer de Ross, a nécessité plus de 600 tonnes de matériel. C’est un vrai village, avec des logements confortables, des ateliers, des laboratoires, une station radio-émettrice permanente, et puis trois avions, un autogire (ancêtre de l’hélicoptère) et des tracteurs à chenilles... Deux exemples d’expéditions, l’un au début de cette période et l’autre à la fin : Le 28 novembre 1928, Byrd, avec trois compagnons, à bord du trimoteur Floyd Bennett (du nom du pilote qui l’accompagnait dans son vol au pôle Nord), s’envole vers le pôle Sud géographique et, ayant franchi la Chaîne Trans­antarctique, le survole et revient à Little America après un vol de 19 heures. En 1939, Byrd est à la tête d’une expédition des Services Antarctiques des Etats-Unis. En quatre vols, on a découvert cinq chaînes de montagnes et plus de sept-cents milles de côtes.  Une période s’achève, une fois de plus à cause de la guerre. Après, le travail reprend. Car  l’aventure a laissé la place à la recherche. Les découvreurs qui, souvent au péril de leur vie, ont ouvert les routes au long des décennies, ont permis aux scientifiques de se mettre au travail. Les stations polaires sont construites : par les Américains au pôle géographique, c’est la base Amundsen-Scott ; par les Soviétiques à Mirny, sur la côte, et aussi près du point d’inaccessibilité Vostok ; et puis Charcot, Dumont d’Urville en Terre Adélie par les Français... La liste en comporte une cinquantaine ! Autant de bases accueillant chaque été plus de six mille personnes de toutes nationalités, l’Antarctique étant désormais terre internationale. (1957 - 1959 : Année Géophysique Internationale. 1961 : Traité de l’Antarctique) Des chercheurs, bien sûr, mais aussi tout le personnel indispensable à la maintenance des conditions matérielles pour un travail efficace. Le champ des investigations s’est considérablement élargi. A l’étude du continent antarctique lui-même se sont ajoutées les recherches de ses influences sur l’ensemble de la Terre et, avec la glaciologie par exemple, l’histoire même de notre Terre.  Et alors, profitant des progrès souvent les moins spectaculaires de la vie quotidienne (allégement du matériel, efficacité des vêtements, alimentation « scientifique »... mais aussi liaisons radio et balisage par satellite), Jean-Louis Etienne renouvelle en 1989, le projet de 1914 d’Ernest Shackleton : la traversée, à pied, du continent Antarctique. Projet mis sur pied avec Will Steger (l’Américain rencontré pendant la marche vers le pôle Nord). Première gageure : une équipe internationale, et laquelle ! En pleine guerre  froide : un Français, un Américain, un Soviétique, un Anglais, un Japonais et un Chinois. L’expédition, nommée Transantarctica : 6300 kilomètres en 220 jours, avec l’aide de 36 chiens et trois traîneaux , vers la réussite, pour arriver à la conclusion de Jean-Louis Etienne : «L’Antarctique n’est pas un continent pour les hommes, c’est un continent pour la Terre». 

Le continent antarctique
C’est un socle rocheux d’environ 12 500 000 kilomètres carrés (l’Europe : 10 200 000 kilomètres carrés) dont 98% sont recouverts par une calotte de glace d’une épaisseur moyenne de 2200 mètres, avec un maximum de 4800 mètres, et d’un volume évalué à 30 millions de kilo­mètres cubes, représentant 90% des réserves d’eau douce du monde.  Le continent est partagé en deux zones par une chaîne de montagnes : la Chaîne Transantarctique, longue de près de 4000 kilomètres. La zone Ouest comporte des massifs montagneux, dont le point culminant de l’Antarctique : le Mont Vinson (5140 mètres) et des volcans dont l’Erebus toujours en activité. La zone Est est un vaste plateau d’alti­tude élevée : 2500 mètres au pôle Sud, 3500 mètres à Vostok. La situation géographique, l’altitude, la présence permanente de la calotte glaciaire font du climat de l’Antarctique celui d’un désert froid : Températures très basses (– 89° relevés à Vostok) dues pour beaucoup à la réverbération de la plus grande partie du rayonnement solaire par la glace de l’inlandsis, précipitations très  faibles, vents violents, relevés à 320 kilomètres-heure, soufflant au niveau du sol et entraînant des nuages de cristaux de neige. La glace accumulée s’écoule lentement vers les côtes, se prolongeant parfois sur la mer en formant des plates-formes (ou ice-shelves) comme la Mer de Weddell et la Mer de Ross, chacune plus grande que la France, qui forment en se fractionnant, les icebergs qui dérivent dans les océans limitrophes.      Cette glace de l’inlandsis, glace d’eau douce, est prolongée en mer par la banquise qui est la mer gelée, de la glace d’eau salée, qui couvre en été 4 millions de kilomètres carrés et qui s’étend en hiver à 20 millions de kilomètres carrés, rendant alors impossible par bateau tout accès à la côte. Ouvert sur les océans Atlantique, Indien et Pacifique, l’Antarctique est limité par la Convergence Antarctique, ligne marquant la transition entre les eaux polaires froides et les eaux plus « chaudes » des océans.   

La flore et la faune
Contrairement aux régions arctiques, il n’existe en Antarctique aucun vestige d’une quelconque occupation humaine. Actuellement, les seuls humains qui sont présents en Antarctique sont les scientifiques chargés de l’étudier : environ six mille pendant l’été austral et un millier en hiver. Les côtes sont les seules régions antarctiques où la vie peut exister, la rigueur du climat étant tempérée par la proximité de la mer, et leurs parties découvertes ne représentent que 2% du socle rocheux. La pauvreté de la végétation - essentiellement : mousses et lichens -empêche le développement des mammifères terrestres, mais les eaux antarctiques comptent biologiquement parmi les plus riches du globe. L’abondance du plancton, du krill (minuscules crevettes, nourriture des grands cétacés) et de poissons permet la vie des mammifères marins. Les cétacés, du petit rorqual à la grande baleine bleue ; les pinidés : phoques, morses, otaries, sont si nom­breux qu’on doit parfois, dit P.E. Victor « se frayer un passage à coups de bâtons pour débarquer !» La côte rocheuse est le lieu de reproduction de très nombreux oiseaux : sternes,  pétrels, albatros, skuas...et surtout, c’est le domaine de centaines de milliers de manchots  « empereur » et de manchots « Adélie » plus petits, dont les facultés d’adaptation au milieu polaire recèlent encore bien des mystères.

A qui appartient l’Antarctique ? 
Le traité de Washington
Dans le revue «l’Illustration» du 19 janvier 1924, on peut retrouver un article intitulé : « La Grande-Bretagne annexe une partie des terres antarctiques ». « Se basant sur des prises de possession effectuées par des navigateurs anglais depuis 1775...» le gouvernement anglais revendique la propriété de deux secteurs dont le sommet est au pôle et dont les bases sont constituées par les mers de Ross et de Weddell. Annexion motivée par l’importance croissante de la chasse à la baleine sur le plan économique. A partir de cette date (1924), les baleiniers ne peuvent plus opérer dans ces zones que munis d’une licence octroyée par le gouvernement britannique. La France imite la Grande-Bretagne et revendique le secteur de la Terre Adélie. L’Australie en fait autant, et la Norvège... Huit nations formulent des déclarations de propriété qui, parfois se recoupent et posent des pro­blèmes géographiques : sous des dizaines ou des centaines de mètres de glace, où sont les limites côtières ? Ainsi, la Terre Clarie que Dumont d’Urville avait découvert, en même temps que la Terre Adélie, ne pouvait plus être annexée. C’était en réalité une falaise de glace qui, depuis 1840, s’était transformée en icebergs qui avaient fondu dans l’océan ! («Illustration» du 14 juin 1924) De toutes façons, les Etats-Unis et l’U.R.S.S. n’admettent aucune de ces annexions, se réservant de faire valoir les droits de leurs ressortissants en fonction de leurs activités en Antarctique. La Seconde Guerre mondiale ajoute à tout cela un intérêt stratégique ; le détroit de Drake, par exemple, entre le cap Horn et la Terre de Graham, est un point particulièrement sensible, et on peut craindre l’installation de bases militaires de surveillance, analogues à celles de l’Arctique. Heureusement, les scientifiques s’intéressent eux aussi de plus en plus aux problèmes et aux possibilités de l’Antarctique, considéré comme un vaste laboratoire où toutes les nations pourraient collaborer à partir de stations perma­nentes, à la disposition de tous. En 1949-1950, les Français créent en Terre Adélie la station de Port-Martin, puis celle de Dumont-d’Urville. 1950-1952, c’est la première expédition multinationale de l’après-guerre (Anglais, Norvégiens et Suédois), première collaboration de savants de nationalités différentes. Naît l’idée d’une Année Géophysique Internationale, fixée en 1957-1958, qui est une réussite. En ce qui concerne l’Antarctique, douze nations y participent, occupant les bases déjà construites et en créant de nouvelles : les Américains ouvrent au pôle géographique la station Amundsen-Scott. Les Soviétiques créent leur station Vostok au point d’inaccessibilité...En 1959, ce sont 62 bases scientifiques qui existent en Antarctique, dont il faut préserver le statut par une convention internationale. C’est le Traité de l’Antarctique, signé à Washington le 1er décembre 1959, entré en vigueur le 23 juin 1961 et renouvelable tous les 30 ans.* 
* Lors de l’enregistrement sonore, un lapsus a fait dire à Paul Emile Victor que le traité de l’Antarctique est renouvelable tous les trois ans. C’est bien trente ans qu’il faut comprendre : il a été révisé effectivement en 1991. 

Le traité concerne « la région située au sud du 60e degré de latitude sud, y compris toutes les plates-formes glaciaires ». Il est signé par les douze Etats qui ont apporté une aide effective à l’Année Géophysique Internationale, étant admis que d’autres Etats pourront rejoindre les douze signataires. Il prévoit en phase initiale : - Le gel des revendications territoriales - portant sur le contentieux et non sur les droits - L’internationalisation basée sur l’utilisation pacifique du territoire. - Il institue en fait une internationalisation fonctionnelle de l’Antarctique « dans l’intérêt de l’humanité tout entière » - Il interdit toutes mesures de caractère militaire : établissement de bases, de fortifications, manœuvres et essais d’armes de toutes sortes. - Il proscrit la décharge de déchets radio-actifs. - Il rend effective la liberté de recherche telle qu’elle avait existé pendant l’Année Géophysique Internationale. Chaque pays peut entreprendre des études scientifiques dans une région quelconque de l’Antarctique. Des réunions périodiques de consultation, information et perfectionnement sont prévues. - Il prévoit une collaboration entre les institutions spécialisées des Nations Unies et les autres organisations internationales pour lesquelles le continent austral offre un intérêt scientifique ou technique.

Intérêt des recherches.
Elles seront dirigées vers : - La structure interne du globe. - L’influence sur les climats : météorologie, aurores australes. - La haute atmosphère et les rayons cosmiques. - La faune et la flore. - La glaciologie (qui se développe dans le dernier quart du 20e siècle).  

La glaciologie en Antarctique.
L’écoulement de la masse glaciaire est très lent et sa relative stabilité permet d’étudier les informations contenues dans ses couches successives pour retracer l’évolution du climat et de l’environnement de la Terre tout entière. Dans le document sonore, Claude Lorius nous parle des conditions et des résultats du travail qu’effectue dans l’Antarctique, en 1986, le Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement de Grenoble. Claude Lorius montre aux enfants la photo, prise en lumière polarisée, d’une lame de glace pré­levée dans une carotte et dont l’âge a été évalué à 20 000 ans. Photographie : Expéditions polaires françaises, Claude Lorius et Robert Gessain, SBT 493 p. 20 Les points noirs qui la parsèment sont des pe­tites bulles d’air emprisonnées dans la glace lors de sa formation, il y a donc 20 000 ans. Les chercheurs analysent l’air contenu dans les bulles, ainsi que les poussières ou particules (dites aérosols) qui se trouvent dans la glace. Procédant ainsi à différents niveaux de la  ca­rotte, ils établissent, pour chaque élément,  l’évolution de sa place dans la composition de l’atmosphère. Ainsi, pour le gaz carbonique : (voir livret papier) 

ANNEE POLAIRE INTERNATIONALE ET COOPERATION SCIENTIFIQUE  
Décembre 2006 : Vingt ans après avoir présenté son travail en Antarctique ( enregistrement de 1986), Claude Lorius, en conclusion de ce document sonore, fait à nouveau le point sur les recherches po­laires. Cela quelques semaines avant l’ouverture, le 1er mars 2007, de l’Année Polaire Inter­nationale dont le comité de parrainage français sera présidé précisément par Claude Lorius.  Cette Année Polaire Internationale, la 4e du nom, devrait être un événement d’une importance capitale, dans le contexte actuel d’une prise de conscience des changements climatiques dont les signes sont de plus en plus évidents. On annonce la participation de 60 pays, regroupant environ 200 projets sur lesquels vont travailler plusieurs milliers de scientifiques.  La 1re Année Polaire Internationale fut organisée en 1882-1883. Il y a donc 125 ans. La 2e le fut en 1932-1933 et la 3e en 1957-1958. En principe, tous les 50 ans. Mais les deux guerres mondiales ont pu désorganiser le calendrier. En pratique, le choix des dates tient surtout compte des perturbations solaires pour un examen de notre planète dans les meilleures conditions. Il faut signaler aussi que l’idée même d’une coopération scientifique internationale est plus ancienne et, déjà, presque tout le 19e siècle est jalonné par les créations d’ententes, de regroupements... dont font partie les Années Polaires, et dont le 20e siècle verra la réalisation. 
1836 : la «Magnetisches Verein», association pour l’étude du magnétisme terrestre, initiée en particulier par Gauss et Humbolt. 
1855 : L’astronome français Le Verrier organise un réseau européen d’observations météorologiques et jette les bases d’une organisation mondiale. 
1863 : la « Europaïche Gradmessung », une entente à l’échelle européenne, pour la mesure des températures 
1875 : Entente internationale météorologique pour l’adoption d’un langage international chiffré permettant l’échange fiable et rapide des résultats des observations. 
1878 : Création de l’O.M.I. ou Organisation météorologique internationale, qui deviendra l’O.M.M. (Organisation météorologique mondiale) pour le développement des stations d’observations et la « couverture » de l’ensemble de la planète. 
1882-1883 :   1re ANNEE POLAIRE INTERNATIONALE. A la fin du siècle, au Congrès de Géographie de Berlin, les délégués allemands proposent l’internationalisation des recherches scientifiques en Antarctique. Participeront à ces travaux Charcot, Scott, Shackleton, Nordenkjöld, Amundsen... jusqu’en août 1914. 
1919 : à Bruxelles, création de l’U.G.G.I. (Union Géodésique et Géophysique Internationale) regroupant les associations scientifiques spécialisées dans le but de « faire renaître et développer les rapports scientifiques interrompus par la guerre ». 
1932-1933 :   2e ANNEE POLAIRE INTERNATIONALE. C’est aussi l’époque (1928-1940) des explorations aériennes de Byrd en Antarctique et l’installation de la station américaine «Little America», en bordure de la Mer de Ross, à proximité de l’emplacement du camp de base d’Amundsen en 1911. 
1946 : Après la guerre, 1er acte international concernant l’Antarctique : signature de la Convention Baleinière qui réglemente la chasse à la baleine.  
1948 : Les Etats-Unis proposent la réunion d’une conférence internationale pour régler le devenir de l’Antarctique. 
1950-1952 : 1re expédition multinationale en Antarctique, à Maudheim, réunissant Britanniques, Norvégiens et Suédois. 
1953 : Les Nations Unies fixent la date de la prochaine Année Polaire. 12 nations ouvrent des stations scientifiques . Les U.S.A. à « McMurdo » et, au pôle Sud, « Amundsen-Scott » . L’U.R.S.S. « Vostok » au pôle géomagnétique et pôle  d’inaccessibilité, et à « Mirny ». Et aussi : la Nouvelle-Zélande, le Japon, l’Afrique du Sud, l’Argentine, l’Australie, la France, le Chili, la Grande Bretagne, la Belgique, la Pologne. Au total 62 stations seront en état de fonctionner. 
1957-1958 : 3e ANNEE POLAIRE...qui change de nom et devient ANNEE GEOPHYSIQUE INTERNATIONALE . Paul-Emile Victor et Claude Lorius nous ont parlé de son succès et de la qualité de la collaboration qui s’établit entre les participants. Cela aboutit à la signature, le 1er dé­cembre 1959, du traité de Washington et à sa mise en vigueur en 1961 : l’Antarctique devient terre internationale et son utilisation est exclusivement pacifique, « dans l’intérêt de l’humanité tout entière ». 
1987 : Discours de Gorbatchev qui marque la fin de la guerre froide. C’est après cette date que se met en place un Comité international pour les recherches scientifiques. 
1989 : le nombre de stations permanentes installées en Antarctique est passé à 76. (et, en 2005, ouverture de Concordia, 2e station permanente française en Antarctique). 
1998 : Entrée en vigueur du protocole de Madrid qui complète le traité de l’Antarctique et qui protège cet environnement exceptionnel pour 50 ans.  
2007 : le 1er mars, ouverture de la 4e ANNEE POLAIRE INTERNATIONALE. Pierre Chaillou (mars 2008)  

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE
(Les textes qui m’ont aidé à réaliser ce livret)
Paul-Emile Victor, BOREAL, éd. Grasset 1938.
Paul-Emile Victor, DOUMIDIA éd. Grasset. 
Paul-Emile Victor, IGLOU, éd. Stock 1987. 
Paul-Emile Victor, APOUTSIAK, éd. Flammarion 1948.
Robert Gessain, AMMASSALIK OU LA CIVILISATION OBLIGATOIRE.
J-P. Jaubert et Cl. Lorius, TERRES ET OCEANS POLAIRES « Périscope » PEMF 1988.
Jean Malaurie, LES DERNIERS ROIS DE THULE, éd. Plon 1989.
Jean Malaurie, HUMMOCKS . T. 1 et 2, éd. Plon 1999.
Jean-Louis Etienne, TRANSANTARCTICA, éd. R. Laffont 1990.
Jean Leroy-Guyo, MON VILLAGE SUR LA BANQUISE, éd. R. Laffont 1977.
Roger Frison-Roche, LE VERSANT DU SOLEIL, éd. Flammarion 1981.
Ferdinand Lallemand, PYTHEAS DE MARSEILLE, éd. France-Empire 1974.
Ernest Shackleton, L’ODYSSEE DE L’ENDU­RANCE, éd. Payot 1993.
Ch. Edel et J.P Sicre, LE PASSAGE DU NORD-EST, éd. Phébus 1987.
Régis Boyer, LES VIKINGS, éd. Plon 1992.
Inuit, Images d’Ammassalik, Groenland, 1934-1936 avec les photographies de Robert Gessain, Ed La Martinière 2007. 

Ouvrages collectifs 
LES EXPLORATEURS CELEBRES, éd. Mazenod 1947. 
LA CONQUÊTE DES PÔLES, Grands Dossiers de l’Illustration 1987.
LES VIKINGS, Les Cahiers de Science et Vie n° 80 avril 2004. 
GROENLAND, Guides du Grand Nord, maison du Groenland à Paris 2004.
Bibliothèque de travail, nos 850 et 981. PEMF (1977-1986).

Documents recueillis par “Paroles, Images et Sons” sous la direction de Pierre Guérin.
Prises de son : Pierre Guérin, Jean-Pierre Jaubert.
Livret : Pierre Chaillou.
Ont collaboré : Lucien Buisson, Paulette Chaillou, Marcelle Drillien, Claude Dumond, Madeleine Guérin, Gilbert Paris, Marie Thomas et le secteur audiovisuel de l’Institut Coopératif de l’Ecole Moderne.   
Remerciements à :
- Madame Monique Gessain pour son aide à la relecture du livret “Les expéditions polaires françaises”.
- Claude Lorius qui a accepté de répondre à nouveau aux questions de Jean-Pierre Jaubert, à la veille de l’Année Polaire Internationale.
- la famille Victor (Daphné Victor).  

Pierre Guérin, sur les pas de Freinet Quarante personnalités (scientifiques, enseignants, bibliothécaires…) ou compagnons témoignent ici de ses réalisations novatrices et de son rayonnement. A leurs textes sont mêlés quelques-uns des écrits de Pierre Guérin. Pierre Guérin, enseignant, a été l’initiateur d’une partique amateur de l’enregistrement de témoins, soit inconnus dans l’optique d’une histoire sociale, soit acteurs incontournables du XXe siècle pour réaliser une histoire de notre temps incarnée par ses acteurs mêmes. Héritier de la pédagogie Freinet, collaborateur de Jean Thévenot (“Chasseurs de sons” sur France-Culture), Pierre Guérin a œuvré pour inscrire  l’audiovisuel dans le système éducatif de la fin du XXe siècle, comme un outil de structuration et de formation à part entière. 
Patrick FREMEAUX

Ecouter les expéditions polaires françaises (livre audio) © Frémeaux & Associés / Frémeaux & Associés est l'éditeur mondial de référence du patrimoine sonore musical, parlé, et biologique. Récompensés par plus de 800 distinctions dont le trés prestigieux "Grand Prix in honorem de l'Académie Charles Cros", les catalogues de Frémeaux & Associés ont pour objet de conserver et de mettre à la disposition du public une base muséographique universelle des enregistrements provenant de l'histoire phonographique et radiophonique. Ce fonds qui se refuse à tout déréférencement constitue notre mémoire collective. Le texte lu, l'archive ou le document sonore radiophonique, le disque littéraire ou livre audio, l'histoire racontée, le discours de l'homme politique ou le cours du philosophe, la lecture d'un texte par un comédien (livres audio) sont des disques parlés appartenant au concept de la librairie sonore. (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, cours sur CD, entretiens à écouter, discours d'hommes politiques, livres audio, textes lus, disques parlés, théâtre sonore, création radiophonique, lectures historiques, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre, audio-livre, lecture à voix haute, entretiens à haute voix, parole enregistrée, etc...). Les livres audio sont disponibles sous forme de CD chez les libraires  et les disquaires, ainsi qu’en VPC. Enfin certains enregistrements de diction peuvent être écoutés par téléchargement auprès de sites de téléchargement légal.




EcoutezPisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 Aller au Groeland - Paul-Emile Victor03'52
02 L'Arctique - Paul-Emile Victor12'49
03 Vivre aux pôles - Paul-Emile Victor12'18
04 Habitants du Groenland - Paul-Emile Victor10'13
05 L' Antarctique - Paul-Emile Victor16'53
CD 2
01 Les Eskimos hier et aujourd'hui - Robert Gessain08'42
02 Formes d'adaptation au milieu - Robert Gessain08'13
03 Un peuple de chasseurs - Robert Gessain12'07
04 Culture traditionnelle et éducation - Robert Gessain10'15
05 Religions - Robert Gessain05'29
06 Fêtes d'hier et d'aujourd'hui - Robert Gessain09'58
07 Vers quel avenir? - Robert Gessain06'05
CD 3
01 L' Antarctique, terre internationale - Claude Lorius04'31
02 Lire la glace du Pôle Sud - Claude Lorius07'22
03 Pays extrême - Claude Lorius12'43
04 Calotte glaciaire et glace de mer - Claude Lorius06'49
05 L'homme et l'Antarcique - Claude Lorius04'56
06 Les recherches polaires - Claude Lorius03'30
07 En 2006 - Claude Lorius13'06
"3CDs intitulés Les expéditions polaires françaises" par Michel Barnier

Faire interviewer ces grands hommes par des enfants est une démarche intéressante et pleine d'humanité. L'hommage que vous rendez aux explorateurs et aux espaces de l'extrême est tout a fait remarquable. Michel BARNIER - MINISTRE DE L'AGRICULTURE ET DE LA PECHE




« Paul-Emile Victor au Groenland » par Arts et Métiers Magazine

Treize ans après sa première expédition avec le commandant Charcot, le célèbre explorateur ethnographe repart à la conquête du Groenland, du 14 mai au 13 octobre, avec une équipe de 27 hommes. Le 14 mai 1948, à 6h30, le « Force », un caboteur norvégien, appareille du port de Rouen avec à son bord 90 tonnes de matériel. Il embarque 7 véhicules à chenilles amphibies, 14 traineaux en duraluminium, 3 cabines de laboratoires scientifiques, des caisses et des vivres pour six mois. Le tout a été acheminé depuis Paris par 35 camions de l’armée. Paul-Emile Victor, le fondateur des expéditions polaires françaises en 1947, dirige cette mission d’envergure subventionnée au Groenland. Il part avec 27 compagnons. Parmi eux, des scientifiques - gravimétristes, géophysiciens, glaciologue, météorologiste, topographe – mais aussi le journaliste Georges de Caunes, de la Radiodiffusion. Les préparatifs ont duré six mois. Le départ a lieu du quai même où Paul-Emile Victor était revenu en 1935, à bord du fameux « Pourquoi pas ? » du commandant Charcot, de sa première expédition au Groenland, qui avait duré un an. […] Le 28 mai, le « Force atteint Godthaab, la capital du pays blanc. Les explorateurs doivent progresser au-delà de 71 degrés de latitude Nord. Le bateau fait escale de nuit à Jakobshavn, et repart à 5 heures vers Port-Quervain, dans la baie de Disko, où il est prévu de débarquer et transporter le matériel sur l’immense désert de glace qu’on appelle Inlandsis. Le 1er juin, le « Force » s’immobilise en face d’un glacier, l’Equip Sermia. PEV et cinq de ses équipiers font une reconnaissance à pied durant 40 heures. Une semaine plus tard, tout a pu être débarqué en cinq jours avec l’aide de quinze esquimaux. Un treuil de 70 m hisse le matériel à 50 m au dessus du niveau de la mer. Ce sera le camp I. Le « Force » peut repartir pour une campagne de pêche en islande. Seuls deux problèmes à déplorer : un petit véhicule chenillé Weasel a coulé au fond de la mer et une vedette a basculé sous la poussée de la marée causée par une partie de glacier qui s’est effondrée. L’équipe entreprend de tracer une voie carrossable de 8km qu’elle balise de cairns peints en rouge, pour les voir dans la brume. Le camp II est installé parmi des nuées de moustiques, puis le camp III plus loin, sur une calotte de glace. Les explorateurs ont réussi à monteur les 150 kg d’une roue de téléphérique en haut d’une falaise et à la faire fonctionner. Les scientifiques s’activent dans leurs études. PEV part de nouveau en reconnaissance avec des équipiers le 28 juillet ; le lendemain un convoi s’ébranle avec trois traîneaux tirés par des véhicules. Un camps III bis sert de base à de petites reconnaissances. Après sept jours d’explorations, révélant un grand nombre d’obstacles dus à la fonte des neiges, le décision est prise de ne pas forcer le passage. Le travail scientifique occupe les journées. On pense aussi à la prochaine expédition  de 1949. Des jalons sont posés pour tracer une autre piste. […] Le 7 août, Paul-Emile Victor et un de ses équipiers regagnent la France à bord d’un aviso. Ils veulent assister l’équipe qui prépare une nouvelle expédition pour l’Antarctique. Pendant ce temps, au Groenland, le matériel est démonté, enduit de graisse empaqueté pour attendre sur place la prochaine équipée. Deux tonnes de matériel scientifique et d’ustensiles du quotidien vont être déplacées à pied et stockées sur le camp I. Le 22 septembre, un bateau norvégien rejoint les hommes restés sur place pour les ramenés à Rouen. Ils y sont accueillis le 13 octobre par les représentants de la municipalité, le consul du Danemark, la presse, et une foule d’anonymes. Le célèbre explorateur ethnographe organisera par la suite une trentaine de missions en Arctique et en Antarctique jusqu’en 1976. Nathalie DES GAYETS – ARTS ET METIERS MAGAZINE




« Des missions extraordinaires » par Historia

Les confins blancs et glacés de notre terre ont attiré de nombreux explorateurs dès la moitié du XIXe siècle (lire Historia n°727, de juillet 2007). Ces hommes, rivaux et de nationalités diverses, ont mesuré le poids de leur courage en s’engageant dans des missions extraordinaires. Parfois au prix de leur vie. Partir à la conquête du pôle Nord ou révéler au grand public les merveilles cachées derrière les glaciers de l’Antarctique devient un challenge, ou une obsession, pour des aventuriers comme Robert Edwin Peary, Frederick Albert Cook, Roald Admunsen ou encore Robert Falcon. Dans ces trois CD, des enfants – peut-il y avoir de meilleurs intervieweurs ? – interrogent les célèbres Paul-Emile Victor, Robert Gessain et Claude Lorius sur leur passion et leurs aventures dans les régions polaires. Parce que les questions les plus simples sont toujours les plus pertinentes, cette nouvelle réalisation de Frémeaux & Associés maintient en haleine jusqu’au dernier instant. V.B. – HISTORIA




« D’étonnantes rencontres » par l’Alsace

Si l’aventure polaire vous passionne, alors il faut vous plonger sans délai dans le coffret édité par Frémeaux et Associés, spécialiste reconnu des documents sonores historiques. Pour la première fois, dans le cadre d’étonnantes rencontres menées avec des classes, voilà longtemps déjà autour du sonore comme moyen pédagogique, des personnages aussi emblématiques de   l’aventure polaire de Paul-Emile Victor (en 1962) mais aussi Robert Gessain (en 1982) ou Claude Lorius (en 1982 et en 2006) racontent leur passion et surtout l’expliquent à des enfants en employant des mots clairs. L’ALSACE




«Un formidable exercice d’échange» par Enseignement catholique actualités

« Ils ont résisté à la froideur ? » s’exclame une petite voix en apprenant la mésaventure d’un navire russe coincé durant cent jours dans les glaces de l’Antarctique lors d’une mission scientifique. « Comment on peut mesurer l’âge de la neige ? » demande un autre enfant au président de l’Institut français pour la recherche et la technologie polaires. « CO2, qu’est-ce que ça veut dire ? » interroge un troisième. « Ah ! oui, c’est vrai, j’utilise parfois des mots un peu compliqués », s’excuse le chercheur. Après Paul-Emile Victor, interrogé en 1962 par les élèves de l’école de plein air de Suresnes, et Robert Gessain qui se livre au même exercice en 1982 avec les adolescents du collège Travail à Bagnolet, Claude Lorius raconte son expérience de cinq ans dans l’Antarctique devant une classe du groupe scolaire du village olympique de Grenoble, en 1986. Par l’intermédiaire des questions naïves des enfants, ces hommes de sciences se livrent à un formidable exercice d’échange sur les pôles et leurs mystères. MR – ENSEIGNEMENT CATHOLIQUE ACTUALITES




«Trois des plus grandes expéditions polaires françaises» par La Classe

Découvrez, dans un coffret de 3 CD, trois des plus grandes Expéditions polaires françaises sous la forme d’un compte rendu sonore donné par Paul-Emile Victor (en 1962) et Claude Lorius (en 1986). Originalité de ces documents sonores : ce sont presque toujours des enfants qui interrogent les personnalités. Leurs questions spontanées, à la forme parfois naïve, sont cependant toujours pertinentes. Et les réponses apportées, tout en respectant le niveau de compréhension des enfants, offrent même pour les adultes un intérêt indéniable. A l’écoute de ces témoignages vivants, à des époques différentes, on peut mesurer à la fois ce qui est resté actuel et les avancées qui ont été réalisées depuis, dans cette aventure si passionnante qu’est l’exploration polaire. L’ensemble est accompagné d’un livret de 48 pages richement documenté, où l’on trouve notamment la biographie de 3 scientifiques et le détail des expéditions menées. LA CLASSE




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