JEAN-TOUSSAINT DESANTI

L'ANTHOLOGIE SONORE - ENREGISTREMENTS (1969-2000)

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Nombre de CDs : 3


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FA5239

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Ce coffret présente pour la première fois des entretiens de Jean-Toussaint Desanti (1914-2002), réunis par Christine Goémé à partir des archives de l’INA et de l’Institut Jean-Toussaint Desanti. Il donne à entendre, pendant près de trois heures, la voix d’un philosophe majeur de son temps, qui fit réellement partie de son siècle : en tant qu’homme d’engagement, en tant que passeur et en tant que penseur.
Engagement dans la Résistance puis, un temps, dans le communisme ; Passeur déterminant auprès de génération d’élèves – en lycée, à l’École Normale Supérieure, puis à l’Université (il eut pour élèves, entre autres, Michel Foucault, Louis Althusser, dirigea la thèse de Jacques Derrida) ; Penseur justement célèbre pour son apport à la philosophie des mathématiques, avec sa thèse éditée en 1968 : “Les Idéalités mathématiques”, Desanti laisse cette science exacte traverser son oeuvre. Accompagné d’un livret contenant un entretien inédit avec Maurice Caveing – spécialiste de l’histoire des mathématiques et ami de Desanti – cette sélectiond’archives sonores permet de suivre l’itinéraire de ce penseur hors-pair et rend justice à l’aura qui reste attachée au philosophe et au pédagogue.
Patrick Frémeaux

Ces trois CD proposent de rencontrer Jean- Toussaint Desanti.
Le premier, avec son travail de philosophe et de philosophe des mathématiques, avec son objet et avec ses maîtres et les pensées qui l’ont, en partie, formé.
Le second avec sa subjectivité : ses rencontres personnelles, ses amitiés et une confidence mais aussi ses craintes face à un monde en crise.
Le troisième avec Sartre, qui fut son ami, dans une conférence donnée le 15 novembre 1990. Celle-ci donne une parfaite idée de la manière dont enseignait Desanti : il prenait son auditeur “par la main”, en commençant par le plus simple et le mieux connu, puis “l’entraînait” avec lui pour faire partager sa démarche intellectuelle et ses découvertes.
Christine Goémé

Droits : Frémeaux & Associés en accord avec Dominique Desanti - Succession Jean-Toussaint Desanti et Béatrice Montoriol et Christiane Lemire pour l'Ina.

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Jean-Toussaint DESANTI

L’Institut National de l’Audiovisuel
Frémeaux & Associés
La Librairie Sonore
présentent
une réalisation de Christine Goémé

Jean-Toussaint DESANTI
L’ANTHOLOGIE SONORE

(Enregistrements 1969-2000) 
Inclus dans le livret : un entretien inédit avec Maurice Caveing Archives choisies et présentées par Christine Goémé 


A Dominique Desanti, mon amie

Avant-propos par Christine Goémé  Un très grand philosophe est toujours « au présent »… Ainsi Jean-Toussaint Desanti, disparu en 2002, a-t-il encore bien des choses à nous dire : c’est ce que ces trois CD démontrent absolument. Jean-Toussaint Desanti a occupé, en effet, une place singulière dans la philosophie contemporaine : pour lui, les concepts les plus abstraits et les objets les plus concrets ont une seule et même matérialité… Il ne séparait jamais le fait de penser, d’éprouver des émotions, d’aimer, de combattre, de parler, d’inventer, d’écrire et d’enseigner. Chez lui, théorie et pratique, théorie de la pratique, pratique de la théorie sont prises dans un seul et même mouvement. Professeur de philosophie, il a influencé des générations d’étudiants. Transmettre des concepts et en inventer, maintenir vivantes les questions et les doutes que l’homme se pose sur lui-même et sur le monde,  rencontrer les pensées les plus proches et les plus lointaines dans l’espace et dans le temps, mais aussi les renouveler : telle est, pour lui, la tâche du philosophe. Jean-Toussaint Desanti a, de plus, philosophé sur un objet particulier : les mathématiques. La philosophie des mathématiques, un des champs parmi les plus raffinés du travail philosophique, a été, en Europe, le lieu de rencontres vives et d’aventures de l’esprit avant la dernière guerre mondiale. Les philosophes européens des mathématiques et les mathématiciens qui travaillaient avec eux, en France, en Allemagne ou en Autriche, étaient soit juifs, soit résistants au nazisme. Ils ont donc été massacrés ou se sont exilés… Et comme ce champ spécifique suppose un apprentissage difficile et délicat (comme c’est le cas pour les très rares  philosophes qui travaillent sur des pensées et des philosophies atypiques et mal connues), peu ont repris le flambeau après guerre.  Mais, pour Desanti, la rencontre avec Cavaillès, le plus grand philosophe français des sciences, se fit juste avant guerre (car, chef de la Résistance, ce dernier fut assassiné par les nazis). Ce fut ce qu’on appelle une transmission réussie : la passion et l’intelligence contagieuses de Cavaillès ont pu passer au jeune normalien qui le fréquentait. Car la philosophie, comme l’explique Jean-Toussaint Desanti, est affaire de culture et de sujet. Elle se transmet par les livres, par le « bouche à oreille », par « contamination » : elle a, pour condition première et absolue, l’amour et la recherche de l’altérité. Ainsi, s’agit-il de maintenir vivante, à travers cette voix, une tradition philosophique devenue très marginale. Cette tradition a pour elle toutes les grandeurs :
– elle ne prête aucune oreille complaisante aux bavardages philosophiques contemporains ;
– elle donne des clefs pour analyser et se tenir loin des croyances dans les diverses idéologies, comme des modes qui pervertissent la pensée ;
– elle ouvre sur toutes les aventures de la pensée : parce qu’elle est un dialogue incessant avec les livres au-delà des temps, des espaces et des univers, elle maintient vivante la grande conversation universelle entre les hommes « de bonne volonté ». 
Ces trois CD proposent de rencontrer Jean-Toussaint Desanti.  Le premier, avec son travail de philosophe et de philosophe des mathématiques, avec son objet et avec ses maîtres et les pensées qui l’ont, en partie, formé. Le second avec sa subjectivité : ses rencontres personnelles, ses amitiés et une confidence, mais aussi ses craintes face à un monde en crise. Le troisième avec Sartre, qui fut son ami, dans une conférence prononcée le 15 novembre 1990. Celle-ci donne une parfaite idée de la manière dont enseignait Desanti : il prenait son auditeur « par la main », en commençant par le plus simple et le mieux connu, puis « l’entraînait » avec lui pour faire partager sa démarche intellectuelle et ses découvertes.
Christine Goémé
© 2009 FRÉMEAUX & ASSOCIÉS  

Christine Goémé est née en 1950. Depuis 1978, elle est productrice d’émissions pour France-Culture : Les Chemins de la connaissance, A voix nue, Le Bon plaisir, Radio Libre, Une vie, une œuvre, La Matinée des autres… Créatrice de l’émission Les Idées en revue (1991-1999) elle a également produit de nombreuses émissions spéciales, sur Michel Foucault, sur Descartes, sur Aragon, ou encore sur Jacques Lacan, etc. Certaines de ces émissions ont été éditées : Les Saveurs du savoir, cinq heures sur Roland Barthes ; Vladimir Jankelevitch ou la tentation de penser et l’Immédiat, deux fois cinq heures à partir des cours qu’elle a établis, ainsi que Un homme libre, trois heures d’hommages consacrées à ce philosophe (les archives contenues dans ces émissions ont été rééditées aux éditions Frémeaux & Associés).  Pour les éditions Frémeaux et Associés, elle a choisi et présenté de larges extraits d’interventions d’une vingtaine de grands philosophes du 20ème siècle regroupés en 6 CD sous le nom Anthologie sonore de la pensée française par les philosophes du XXe siècle. En 2006, elle fait paraître chez Frémeaux & Associés « Henry Corbin et la philosophie Islamique », un coffret de 3 CDs réalisé à partir des archives de l’INA. Elle produit aujourd’hui, toujours sur France-Culture, L’Éloge du Savoir. Christine Goémé est Vice-Présidente de la Société des Gens de Lettres de France (SGDL). Elle est également Membre du jury de divers prix littéraires et Membre Fondateur et secrétaire générale de la Revue MOMUS. 

Jean-Toussaint Desanti 
Les repères biographiques et bibliographiques sont issus du travail de l’Institut Jean-Toussaint Desanti. Je n’en livre ici que des extraits réaménagés (C.G.).
L’Institut Jean-Toussaint Desanti est une composante du CERPHI (UMR 5037 Institut d’histoire de la pensée classique). Cet Institut est chargé de l’exploitation des archives du philosophe, de la valorisation de son œuvre et de la poursuite du travail qu’il a initié en histoire des sciences et en philosophie de la connaissance. Que les responsables de cet institut soient ici remerciés, et particulièrement David Wittmann qui nous a procuré la conférence sur Sartre qu’on trouvera dans le dernier CD.

Je cite ici quelques mots du texte de présentation qu’on trouvera en entier sur le site : Phénoménologie, mathématiques (et logique), pensée grecque (et figures classiques : Spinoza, Leibniz, Hegel) : Desanti visait la constitution d’une histoire de l’engendrement spécifique des systèmes de pensée, mais aussi la persistance ou le renouvellement de formes d’interrogations que ces systèmes n’absorbent ni ne « liquident ». En 1968 paraît son maître livre Les Idéalités mathématiques, par lequel, suivant l’exemple déjà donné par Cavaillès et Lautmann en mathématique, par Bachelard pour les sciences physico-chimiques, Desanti examine comment le développement de la théorie des fonctions de variables réelles amène la formation de la théorie des ensembles de points, puis l’axiomatisation de Zermelo-Fränkel. 

– 8 octobre 1914 : Naissance de Jean-Toussaint Desanti à Ajaccio, au troisième étage de l’immeuble familial du 3 rue Bonaparte, dans la vieille ville. Dès l’âge de neuf ans, son père l’initie aux premiers rudiments du latin. Puis, deux ans plus tard, il enchaînera avec le grec. Très tôt donc, Jean-Toussaint Desanti aura la pratique de ces deux langues anciennes. Il fréquente ensuite le collège Fesch d’Ajaccio où son père enseigne. C’est un élève sérieux et studieux. Seuls les cours de mathématiques l’ennuient : il préfère travailler en solitaire dans des livres qu’il récupère à la bibliothèque. À partir de l’adolescence, il entreprend la lecture des philosophes. Ses premières passions iront à Bergson et à Kant. 
– 1934 : Jean-Toussaint Desanti intègre la khâgne du lycée Lakanal à Sceaux. Il obtient le premier prix de philosophie, réussit en 1935 le concours d’entrée à l’ENS, rue d’Ulm, où il prépare l’agrégation de philosophie. Découverte de Hegel et de la phénoménologie husserlienne à travers les cours et les conversations avec Maurice Merleau-Ponty, répétiteur-agrégé (« caïman ») à l’École.  Il participe activement aux mouvements étudiants soutenant les Républicains espagnols en lutte et le Front Populaire en préparation. 
– 1937 : Il rencontre Dominique, qu’il épouse en 1938, à Paris. La guerre est déclarée en 1939 et Jean-Toussaint Desanti est mobilisé comme soldat de deuxième classe. 
– 1940 : Après la défaite, Jean-Toussaint, démobilisé, et Dominique fréquentent, rue Campagne Première, l’atelier où vivent Alix Guillain et le philosophe Bernard Groethuysen (alors conseiller littéraire aux éditions Gallimard), qui révèlera au jeune normalien aussi bien Dilthey que Heidegger. Chez le couple, les Desanti se lient avec le philosophe Brice Parain, les poètes Francis Ponge et Jean Tardieu, et Jean Paulhan qui vient de démissionner de la « Nouvelle Revue Française ». C’est là aussi qu’ils verront Éluard et Dubuffet (qui n’était pas encore connu), ainsi que Malraux et bien d’autres intellectuels de premier plan. En juin, ils avaient entendu à la radio l’appel de Charles de Gaulle, un général dont ils ignoraient tout jusque là. En octobre, ils se réunissent en un groupe d’étudiants et de chercheurs révolutionnaires, sans appartenance précise, qu’ils baptisent ironiquement « le Zoo ». Ils conçoivent, ronéotent et distribuent un tract périodique intitulé « Sous la Botte ». 
– 1940-1941 : Après un premier poste de délégué rectoral au lycée Charlemagne, dans le Marais (où des élèves en fin d’année disparaissaient sans préavis de la classe : c’étaient des élèves juifs), J.-T. D. est nommé au lycée Rollin, où enseigne également Daniel Decourdemanche, professeur d’allemand, qui fut fusillé en 1944, à trente quatre ans, sous son nom de résistant, Jacques Decour. Une amitié le liait à Jean-Toussaint Desanti ; chacun savait que l’autre « faisait quelque chose », mais ils n’en parlaient jamais. La même année, le « Zoo », par l’intermédiaire de Maurice Merleau-Ponty, entre en contact avec Jean-Paul Sartre, rapatrié sanitaire de son stalag. Avec Sartre, Beauvoir et leurs amis, ils font paraître « Socialisme et Liberté », de façon toujours artisanale. 
– 1942-1943 : Reçu à l’agrégation, Jean-Toussaint Desanti est nommé dans le nouveau lycée, ouvert à Vichy, pour les enfants des fonctionnaires repliés dans la « capitale » de Pétain. Le couple préfère s’installer à Clermont-Ferrand. Bientôt contactés par une organisation de Résistance baptisée « Front National », clandestinement dirigée par le Parti communiste, s’occupant également du « Mouvement National contre le Racisme » (MNCR), les Desanti mènent une double vie, dont la partie clandestine occupait la majeure partie de leur temps. En 1943, ils adhèrent séparément au PCF. 
– 1944-1945 : La Libération les propulse dans l’éphémère, mais profonde agitation suscitée par l’espoir de changer la société. Jean-Toussaint Desanti enseigne en khâgne pendant une courte période au lycée de Clermont-Ferrand. De retour à Paris, il est nommé successivement aux lycées de Saint-Quentin (1945), puis de Chartres (1946). 
– 1948 : Jean-Toussaint Desanti est nommé professeur au lycée Lakanal. Il donne aussi un Séminaire à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm depuis 1947. Dans un discours à l’université de Fulton, Churchill constate : « un rideau de fer est tombé au milieu de l’Europe » (1946) ; Est et Ouest sont désormais séparés : la guerre froide commence. Le Parti communiste n’est plus seulement une force d’opposition, mais une espèce de « contre-société » ayant ses lieux culturels, son « université nouvelle », ses écoles de cadres, ses « batailles du Livre ». Le bloc soviétique a lancé le Mouvement de la Paix, précédé en août 1948, à Wroclaw en Pologne, par un « Congrès mondial des intellectuels pour la paix et la libre circulation des idées ». Pour faire comprendre que le « réalisme socialiste » s’appliquait également à l’Occident (où le PCF avait parmi ses membres Picasso, Aragon, Éluard, Tzara, Francis Ponge), le chef de la délégation soviétique traita Sartre de « hyène dactylographe ». Jean-Toussaint Desanti n’ose refuser d’entrer au comité de rédaction de « La Nouvelle Critique », revue de combat du PCF, dont le rédacteur en chef intitulera l’un de ses articles « Science bourgeoise, science prolétarienne ». Gaston Bachelard obtient pour Jean-Toussaint Desanti un détachement de deux ans au CNRS. Mais le contact des étudiants lui manque, et en 1952 il retourne aux classes préparatoires aux grandes Écoles du lycée Saint-Louis. Durant cette période, Jean-Toussaint Desanti se partage entre l’enseignement et l’activité militante.  
– 1956 : l’année même du « rapport secret » sur les crimes de Staline et de l’insurrection de Budapest, au milieu de discussions orageuses à l’intérieur du PCF, Jean-Toussaint Desanti publie une « Introduction à l’Histoire de la philosophie », dont la couverture reproduit un portrait (rêvé) de Spinoza dessiné pour la circonstance par Picasso. En 1957, il démissionne de la rédaction de La Nouvelle Critique (il quittera le PCF en 1962). Les agrégatifs de l’ENS de Saint-Cloud lui demandent d’assurer des conférences pour les préparer au concours, où ils sont tous reçus. Quelques années plus tard Jean-Toussaint Desanti est titularisé comme professeur de philosophie à Saint-Cloud, enseignement qu’il ne quitte que bien après sa nomination de professeur à l’Université de Paris I (Sorbonne-Panthéon), intervenue en 1973. 
– 1968 : Jean-Toussaint Desanti est entraîné par le mouvement de Mai, dont il restera convaincu qu’il a profondément influencé le changement des rapports entre enseignants et enseignés, et surtout entre hommes et femmes. Il s’est toujours montré féministe et en théorie et en action. À l’automne 1968, il soutient sa thèse, « Recherches épistémologiques sur le développement de la théorie des fonctions de variables réelles », qui est publiée la même année au Seuil sous le titre « Les Idéalités mathématiques ». Tout en enseignant et en voyageant (Mexique, Brésil, Italie), il écrit plus d’une centaine d’articles, une dizaine d’ouvrages et donne de nombreuses conférences dans le monde entier. La retraite n’arrête pas son activité : « professeur émérite », il continue notamment d’assurer un séminaire pour les agrégatifs à Paris I (Panthéon-Sorbonne), qu’il interrompt l’année de ses quatre-vingts ans (« il ne faut pas charrier, même sur une chaire… »). 
Il meurt à Paris le 20 janvier 2002… avec sur sa table de chevet, le livre qu’il était en train de lire : Homère. Dans le texte grec, naturellement ! Ses cendres sont dispersées au large d’Ajaccio, aux « Iles Sanguinaires », en écho à l’un de ses textes « Effacer la mer ». 

Bibliographie :
– 1956 : Introduction à l’histoire de la philosophie, Les Editions de la Nouvelle Critique
– 1963 : Phénoménologie et Praxis, Éditions Sociales.
– 1968 : Les Idéalités Mathématiques, recherches épistémologiques sur le développement de la théorie des fonctions de variables réelles, Le Seuil (Prix Cavaillès).
– 1975 : La Philosophie Silencieuse ou Critique des philosophies de la science, Le Seuil, (recueil d’articles, avec une introduction pour l’essentiel inédite : « Sur le rapport traditionnel des sciences et de la philosophie », p. 7-109). 
– 1976 : Le Philosophe et les Pouvoirs, Entretien avec Blandine Kriegel et Pascal Lainé, Calmann-Levy. – Introduction à la Phénoménologie, Gallimard/Idées.
– 1982 : Un destin philosophique, Grasset.
– 1992 : Réflexions sur le temps, Grasset (premier volume de « Variations philosophiques », conversations avec Dominique-Antoine Grisoni).
– 1994 : Introduction à la Phénoménologie, avec une nouvelle introduction, Gallimard, Folio-Essais
– 1999 : Philosophie : un rêve de flambeur, Grasset (second volume de « Variations philosophiques », avec Dominique-Antoine Grisoni). 
– 2002 : La liberté nous aime encore (Dominique et Jean-Toussaint Desanti avec Roger-Pol Droit), Éditions Odile Jacob. 
– 2004 : La peau des mots. Réflexions sur la question éthique, Conversations avec Dominique-Antoine Grisoni, Seuil.
– 2005 : Introduction à la Phénoménologie, Gallimard, Folio-Essais (rééd. du texte de 1994).
– 2006 : Introduction à l’histoire de la philosophie, suivi de Esquisse d’un second volume, réédition du texte de 1956 par Jacques Deschamps et David Wittman, Préface de Dominique Desanti, Postface de Pierre-François Moreau, P.U.F., Collection « Quadrige ».
– 2008 : Le Philosophe et les Pouvoirs et autres dialogues texte de 1976 réédité par Jacques Deschamps et David Wittman, suivi de douze entretiens de J.-T. Desanti, Hachette Littératures. Coll. Pluriel.
– Un destin philosophique ou les pièges de la croyance, réédition du texte de 1982, Postface de Maurice Caveing, Hachette Littératures, Collection Pluriel.
– Une pensée captive, articles de « La Nouvelle Critique » (1948-1956), Introduction et commentaires de Maurice Caveing, P.U.F., Collection « Quadrige ».
– Les Idéalités mathématiques réédition du texte de 1968 Seuil.  

A lire également :  Voir ensemble (Marie-José Mondzain éd.), Gallimard, 2003 (douze voix autour de Jean-Toussaint Desanti, avec la réédition de son texte « Sur la crise », 1984).  

Entretien avec Maurice Caveing
par Christine Goémé
Maurice Caveing a été directeur de recherche au CNRS au Laboratoire d’histoire des sciences et des techniques (1983-1988), Président de la Société française d’histoire des sciences et des techniques jusqu’en 1993. Il est membre depuis 1986 de l’Académie d’histoire des sciences. Engagé dans la Résistance, il fut un des plus proches amis de JT Desanti.  Spécialiste de l’histoire des mathématiques en Grèce, Mésopotamie et Égypte ancienne, il est internationalement connu pour ses recherches sur Zénon d’Elée et Euclide, sur lesquels il a publié. Auteur d’une œuvre importante, son dernier livre « Le problème des objets dans la pensée mathématique » est paru chez Vrin.

C.G. : Avant d’entrer avec vous, Maurice Caveing, dans le travail et l’œuvre de Jean-Toussaint Desanti, je souhaiterais que vous nous présentiez celui qui était votre ami :  Quand l’avez-vous rencontré ? Pouvez-vous, à travers vos relations avec lui, nous faire un portrait de l’homme ?
M.C. : J’ai rencontré Jean-Toussaint Desanti dans le séminaire qu’il donnait à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm pendant l’année universitaire 1947-48 et qui nous préparait à l’agrégation de philosophie. Lui et moi nous avions en commun, non seulement le cours des études supérieures passant par la porte étroite des concours académiques, mais aussi une marque plus profonde : celle que nous avait laissée l’engagement dans la Résistance. Toutefois, l’écart de neuf ans d’âge qui me séparait de Desanti faisait entre nous une importante différence, car il avait eu, dès avant la guerre, une activité militante d’ordre politique en même temps que prenait corps sa réflexion philosophique. Malgré cela – signe de sa bienveillante générosité – je fus très vite admis dans le cercle de ses élèves habitués à l’ambiance amicale de sa maison. Ce fut le début d’une relation intellectuelle et d’une amitié qui ne se démentirent pas jusqu’à sa récente disparition. C’était un homme d’une extrême contention d’esprit dont le visage, volontiers impénétrable, s’éclairait d’un regard aigu, toujours aux aguets, malicieux souvent, animé parfois d’une franche et imprévisible gaîté. Ce sérieux était au service d’une puissance conceptuelle que l’on attend sans doute des vrais philosophes, mais qui situait d’emblée Desanti au-delà des brasseurs d’opinions qui font le tout-venant de la production d’essais dits « philosophiques ». Cette maîtrise dans le déploiement de la pensée abstraite lui ouvrait aisément l’accès aux symboles des langues formelles qui règnent dans les mathématiques et dans la logique, disciplines qu’il pratiquait plusieurs heures chaque jour. Mais parallèlement, Desanti était doué d’une imagination très originale. De cette capacité inventive – dont le rêve était peut-être l’une des sources – résultaient des métaphores inattendues imprimant à son style le caractère d’un mixte insolite, et parfois déroutant, mais toujours stimulant pour la réflexion. Le même talent s’observait quand il inventait ce qu’il appelait « des fables », dont les personnages – parfois des machines ou des dispositifs imaginaires – étaient chargés d’incarner analogiquement des processus dont la description conceptuelle aurait été d’une complexité rebutante. Ce faisant, Desanti se souvenait évidemment du rôle des « mythes » inventés dont Platon émaille plusieurs de ses Dialogues. La réflexion de Desanti comportait aussi une importante composante sémantique. Pour lui les mots ont une « peau », une enveloppe extérieure faite de leur acception usuelle, vague et banale, à travers laquelle leur sens est exténué. Il nous faut aller au-delà, restituer au champ son épaisseur et son amplitude, si l’on veut atteindre le sens authentique, le seul qui pourra fonder les suites langagières formant de véritables énoncés philosophiques. Il ne s’agit pas nécessairement de récupérer un sens ancien ou originaire, étymologique ou ésotérique. Il s’agit de porter l’analyse sémantique au niveau d’exigence requis pour l’intelligence d’un texte ou pour formuler un discours nouveau. Autre trait de la pensée de Desanti, son caractère « dialogique », non pas au sens de « l’homme de dialogue », qui accepte la confrontation de sa doctrine avec celle d’un autre, mais au sens où sa réflexion, loin de prétendre édifier une doctrine, consistait en un cheminement au sein d’un questionnement. De là procède sa « posture de pensée » : la suspension du jugement, le silence méditatif, l’ironie à l’égard des fausses solutions ou des réponses hâtives et insuffisantes, enfin la non-clôture de la réflexion. On reconnaît sans peine, sous ces caractères, l’aspect socratique de l’attitude philosophique de Desanti, dont plusieurs ouvrages ont la forme de dialogues. Si l’on ajoute que Desanti n’a jamais fixé de bornes au champ de la recherche philosophique – ce que font tous ceux qui, par exemple, se présentent comme philosophes, tout en excluant d’avance de leur information les connaissances scientifiques-, on comprendra qu’il fut, de surcroît, un enseignant exceptionnel, non pas tellement un maître qu’un guide amenant chacun à trouver sa propre voie. 

C.G. : Dominique Desanti vous a demandé de prendre des responsabilités dans l’édition de l’œuvre de son mari. Comment le philosophe que vous êtes décrirait-il le parcours intellectuel de Jean-Toussaint Desanti et les grands thèmes qui le scandent ?
M.C. : Dans la phase initiale de sa réflexion, Desanti rencontre d’abord Spinoza, cartésien panthéiste, dont le système, quoique exposé par voie axiomatique et déductive, aboutit cependant à une ontologie problématique, puis Husserl qui lui fournira le langage adéquat de la conscience réflexive, celui de la phénoménologie, débarrassé des préjugés et des formules de l’attitude « naturelle », c’est-à-dire de l’usage « mondain », factice, de la réalité. Survient l’imprévu de l’histoire, la guerre et ses suites. Passé de la Résistance à l’engagement politique dans le parti communiste, Desanti aborde un marxisme qu’il ne doit pas à une approche intellectuelle. Tout en s’interrogeant sur la possibilité de « fonder philosophiquement » le marxisme de Marx, il se trouve dans la situation de défendre autant que faire se peut comme « théoricien » les options idéologiques du PCF. C’est la période de ce qu’il appellera un « détournement » de la réflexion philosophique (1948-1956). Puis, s’éloignant du PCF, Desanti va mettre à l’épreuve les outils intellectuels dont il dispose. Il ne renonce pas à fonder le marxisme par un recours à la notion de « praxis » et s’essaie, sur le cas de Spinoza, à une histoire marxiste de la philosophie, en publiant en 1956 une Introduction à l’histoire de la philosophie qui restera sans lendemain. D’autre part, il s’explique avec la philosophie de Husserl et identifie les points qui font difficulté : la notion de sujet comme « ego transcendantal », instance originaire de toute la vie de l’esprit, et corrélativement celle du temps comme prenant source dans le sujet lui-même. Ces deux problématiques demeureront « en chantier » dans tout le cours de sa pensée. En 1963, parait Phénoménologie et Praxis, repris en 1976 sous le titre Introduction à la Phénoménologie, lorsque l’espoir de « fonder le marxisme » aura été abandonné. Entre temps, Desanti aura mené à bien le grand œuvre qu’est la thèse de doctorat de 1968 : Les Idéalités mathématiques, où la phénoménologie est mise en œuvre de façon magistrale comme méthode d’analyse de la connaissance. Partant de la théorie des fonctions de variables réelles, le livre dévoile les médiations par lesquelles se constituent les énoncés axiomatiques de la théorie abstraite des ensembles. A la même veine appartient la Philosophie silencieuse (1975), recueil d’articles d’épistémologie, critique des doctrines qui prétendent fixer des normes à la science à partir de l’autorité d’une parole philosophique qui serait originairement détentrice de vérité. Presque aussitôt paraît Le philosophe et les pouvoirs (1976), dialogue sur la condition du penseur face aux contraintes du temps historique, des traditions, des structures et, bien sûr, du politique. En rompant le silence sur l’enchaînement des certitudes qui ont conduit l’auteur au dogmatisme communiste, le recueil montre que l’interrogation sur « le philosophe militant » qu’il fut ne l’a jamais quitté et annonce le livre suivant. C’est en effet en 1982 dans Un destin philosophique, ouvrage capital, que Desanti procède à un réexamen analytique de sa période stalinienne et met en place les concepts qui rendent compte de la « capture » d’une pensée libre, piégée au profit d’un système politique cimenté par une idéologie mythifiée. Par la suite, l’œuvre de Desanti consiste dans un approfondissement continu des thèmes majeurs déjà présents en ses débuts. Deux dialogues, Réflexion sur le temps (1992) et Philosophie : un rêve de flambeur (1999), abordent les questions de la temporalité, du sujet, du symbolique, de l’histoire et de la philosophie elle-même, ne cessant d’ouvrir à chaque page des voies nouvelles à la méditation. Dans l’ultime dialogue avec son épouse, La liberté nous aime encore (2001), Desanti livre ses dernières pensées sur les moments historiques cardinaux qu’ils vécurent ensemble, tandis que dans le petit livre posthume, La peau des mots (2004), il introduit la question éthico-politique contemporaine des droits de l’homme, en explorant les significations latentes au fond de « l’humain » et de « l’homme ». 

C.G. : Entrons avec vous dans « la fabrique » philosophique de Jean-Toussaint Desanti : comment travaillait-il ? Avec quels matériaux irriguait-il son travail ? Quelles étaient ses méthodes ? On sait quel lecteur insatiable il était. De quoi sa bibliothèque était-elle faite et comment l’utilisait- il ?
M.C. : Desanti n’est en rien un « homme de cabinet », un pilier de l’académisme, occupé à confectionner des fichiers remplissant des mètres de rayonnages. Il est probable qu’il n’a jamais, de sa vie, rédigé une fiche, b.a.ba. de tout universitaire qui se respecte. Il travaillait plutôt à la manière d’un écrivain, notant ses pensées sur de grandes feuilles rassemblées dans des dossiers thématiques, ou les rédigeant dans des cahiers. Ces divers recueils continuaient à vivre autour de lui pendant des années, car il n’avait pas la superstition de la publication, si bien que la chronologie de ses écrits publiés ne reflète qu’imparfaitement le développement de sa pensée. A l’aise dans le dialogue où elle se déployait, en prise directe sur la parole d’autrui, il usait alors de l’enregistrement. On était bien inspiré de faire de même pour ses cours, car Desanti était de ces professeurs fort rares qui pensent en parlant devant leur auditoire. Dans son bureau, pas d’ordinateur, mais beaucoup de livres – en ordre ou en désordre – et pas seulement des livres de philosophie ! Il y avait aussi des mathématiques et de la logique : traités, mémoires originaux etc. dont il pratiquait la lecture la plume à la main, selon le précepte qu’on ne peut pénétrer le sens d’un texte mathématique qu’à condition d’en réeffectuer soi-même les procédures. Il y avait aussi du grec ancien, (langue qu’il lisait bien entendu dans le texte), des poètes, des historiens, des médecins, des orateurs. Il avait commencé à lire du latin et du grec à l’âge de neuf ans, et des mathématiques à dix-sept. Sur sa table de travail, il arrivait qu’il y eût en même temps quatre ou cinq livres ouverts, par exemple, la Métaphysique d’Aristote, un traité de mécanique quantique, les Fondements de l’Arithmétique de Frege, un opuscule de Leibniz, et on voyait bien qu’il les utilisait ensemble. Quelle était la raison de cette façon de travailler ? C’est, disait-il, qu’avant chaque partie, il faut mélanger longuement les cartes afin que le jeu ne contienne pas de suites préordonnées. De même, il faut se méfier des connexions conceptuelles devenues habituelles, il faut les briser, changer de langage et de champ. Il déclarait qu’il avait ainsi appris à travailler d’une manière « méthodiquement a-méthodique », pouvant passer pour vagabondage ou anarchie. Il ne faut pas « ronronner » dans les concepts, mais apprendre à notre cerveau l’art des connexions insolites et difficiles. C’est leur souplesse qui garantit la liberté du jeu de l’intellect et donc son sérieux. A part cela, ses lectures préférées étaient les « polars », et ses films les « westerns » ! 

C.G. : Y-a-il eu dans sa vie une expérience déterminante dans l’orientation définitive de sa pensée philosophique ?
M.C. : Incontestablement oui ! Ce fut la responsabilité assumée au comité de rédaction de La Nouvelle Critique, revue publiée par le parti communiste. Présentée comme expression du « marxisme militant », c’était en fait celle du stalinisme dans les domaines intellectuels et culturels. Lorsque Desanti se fut détaché du PCF, à la différence de beaucoup d’autres il ne se contenta pas de renier de tels écrits. Tout en les qualifiant de « discours apologétiques » et « ecclésiaux », il considèra son activité d’alors comme « constitutive de son identité » et chercha à répondre par une réflexion philosophique à la question : « comment ai-je pu soutenir de pareilles thèses ? » Il en résulta l’ouvrage étonnant Un destin philosophique. Il s’agit de comprendre par quels chemins ce que l’on croit penser (le contenu doctrinal) est représenté comme pensable dans le cas d’un philosophe promu porte-parole du PCF dans la diffusion d’un « marxisme » qui n’est finalement que le commentaire soi-disant théorique de la ligne politique fixée par les dirigeants. Cela engage Desanti dans une phénoménologie de la croyance qu’il conduit avec maestria, décrivant le système des « renvois symboliques » qui s’échangent entre le sommet du «parti » et « les masses populaires », énoncés en eux-mêmes vides de sens, mais faisant signe vers la cible, toujours fuyante, qu’est l’espérance du « socialisme », et par là chargés d’un « excès de sens » qui forme le « socle » de l’existence du militant. Ce qui survient alors au philosophe, dans l’espace symbolique où, sur la base de l’engagement existentiel, se renforcent sans cesse les points d’adhérence au système, c’est la « capture » de son champ réflexif, c’est-à-dire que la réflexion persiste dans son mode philosophique au sein même de sa captivité. C’est là son « détournement » au profit d’une « idéologie ». Ainsi le PCF, par son langage, ses codes et ses rituels, formait une contre-société à la fois réelle et irréelle. Sa réalité ne consistait que dans son irréalité, c’est-à-dire son idéologie, mythologique et illusoire. Ce n’était donc qu’un « semblant » mais qui était doué de solidité. C’était un « bloc de certitudes » difficile à briser. Or Desanti, comme le montrent de nombreux textes ultérieurs, ne s’est jamais départi de l’attitude de réflexion critique adoptée dans Un destin philosophique et en a toujours confirmé les analyses. Mieux même, il les a généralisées car, dans ses autres œuvres, on constate sans cesse le dessein de débusquer les « semblants solides » que nous rencontrons à chaque pas et de dissoudre les « blocs de certitudes » incrustés en nous et demeurés inanalysés qui entravent notre marche. De l’expérience vécue, subsiste à jamais chez Desanti la vigilance à l’égard des pièges qui guettent le philosophe. 

C.G. : Jean-Toussaint Desanti a reçu en 1968 le très prestigieux « Prix Cavaillès », Cavaillès dont il se réclame pour une part, et qu’il a bien connu. Quel rôle jouent les savoirs dans son travail, et plus précisément le savoir mathématique ?
M.C. : Les mathématiques correspondaient chez Desanti à un goût personnel manifesté dès sa prime jeunesse, mais il les retrouvait en pratiquant les plus grands philosophes. L’épistémologie de ces sciences, chez les Anciens, c’est dans Platon et dans Aristote qu’on la trouve. A l’âge classique, Descartes, Leibniz, Pascal sont mathématiciens, et Spinoza leur emprunte leur forme axiomatique. Dans la critique kantienne des modes du savoir, elles occupent le premier rang. Des penseurs aussi différents que Hegel, Auguste Comte, Husserl s’attachent à éclaircir leur objet, leur statut, leurs démarches, tandis que, dès le XIXe siècle, elles sont à la source de la nouvelle logique symbolique. Cependant, une tendance forte, parmi nos contemporains, a consisté à réduire la philosophie des mathématiques à des questions de logique et à abandonner aux logiciens, dont la spécialité est désormais d’une grande technicité, le soin de les traiter. Ce fut là un effet de la situation fort inquiétante – l’existence de paradoxes – apparue au début du XXe siècle dans la théorie des ensembles. Les problèmes philosophiques ne sont pas pour autant tous résolus, même s’ils sont renouvelés. Les mathématiques interrogent sur leur universalité, leur historicité, leur objectivité, leur finalité par rapport aux autres sciences, leur mode de production : s’agit-il de la découverte d’une « réalité » sui generis ou d’une création de l’esprit humain ? Au-delà, enfin, relèvent-elles d’une philosophie de la conscience, comme dans la phénoménologie de Husserl, ou d’une philosophie de la raison, du concept, comme le préconisait Cavaillès ? Selon Desanti lui-même, c’est l’influence de ce dernier qui l’a orienté définitivement vers la philosophie des mathématiques. Ainsi, sa « petite thèse » (obligatoire à l’époque), est-elle une recherche sur La formation du concept de mesure des ensembles, tandis que, dans la grande thèse, Les idéalités mathématiques, il élucide les voies et moyens par lesquels une théorie mathématique est constituée en un domaine rationnel. Pour atteindre ce but, l’épistémologue doit « défaire des mathématiques », « démonter » des théorèmes pour retrouver comment ils ont été produits, et, pour cela, d’une certaine manière, il doit être aussi mathématicien. La philosophie des mathématiques n’affirme donc rien par elle-même, elle n’est pas une idéologie, ni un ensemble doctrinal, mais elle dissout à sa manière-silencieuse – ce bloc de certitudes qu’est une théorie mathématique – non pas certes qu’il s’agisse d’un « semblant », objet d’une croyance – mais au sens où sa stabilité et sa « fermeture » risqueraient de faire oublier son essentielle mobilité. Au reste, Desanti s’est intéressé à des savoirs d’un autre type : n’a-t-il pas, pendant dix-huit ans, assuré un séminaire à l’Université de Paris-VII, de concert avec l’anthropologue Robert Jaulin ? 

C.G. : Deux mots, peut-être sur son rapport à la politique : il a été résistant, marxiste, puis très critique face aux appareils politiques. Dans son ouvrage posthume et inachevé, La Peau des mots (2004), il avait entrepris une belle analyse critique du discours sur « les droits de l’homme ». Jean-Toussaint Desanti resta toujours résistant et réfractaire à tous les discours d’engagement collectiviste qui noient les singularités. Vous avez pourtant, sans hésiter, republié des textes d’un dogmatisme certain, datant des années 50. Comment évaluez-vous la pensée politique de Jean-Toussaint Desanti ?
M.C. : La publication des textes des années 1948-1956 avait pour but de procurer au lecteur le spécimen de « pensée captive », dont Un destin philosophique a produit l’analyse. C’est évidemment après cette expérience que pourra s’affirmer une pensée politique indépendante. En montrant comment le système idéologique clos du communisme renvoyait par nature – et par quelque chemin que ce soit –, à la figure unique, emblématique et mythologique du Secrétaire Général, Desanti faisait le pas décisif pour comprendre ce qu’est un totalitarisme. Il va désormais élargir la problématique : en effet, il n’y a pas seulement des totalitarismes d’État, mais toutes sortes d’autres, à toutes époques, à tous échelons des sociétés ; d’autre part, le concept n’est pas seulement politique, il appartient au champ philosophique de la réflexion sur les pouvoirs. Alors que Marx parait voir le « moteur de l’histoire », le ressort du devenir des sociétés, dans les seuls conflits entre des classes sociales, il nous faut reconnaître la multiplicité des types de conflits qui, en elles-mêmes et entre elles, secouent les sociétés humaines. C’est ce dont témoigne éloquemment le monde actuel. La situation planétaire qui a très vite succédé au stalinisme montre la nature intrinsèquement conflictuelle des rapports entre les humains. Il y a toutes les raisons de craindre l’avènement d’autres totalitarismes sous de nouvelles formes et il y a lieu d’essayer d’en déceler les germes. Sur ce point la pensée du philosophe relève d’un pessimisme, lequel, bien sûr, ne se fonde pas sur la méchanceté de « l’homo homini lupus ». Il faut partir du fait que les communautés – au sens le plus large du mot – qui constituent en quelque sorte la donnée anthropologique de base de l’existence des humains, sont enracinées dans des sites spatio-temporels. Spatialement, elles sont assujetties à des voisinages ; temporellement elles sont soumises à la double contrainte de la mémoire du passé et du souci de l’avenir. Liée à ces servitudes, il existe une violence structurelle dont il faut reconnaître l’existence au lieu d’y voir une pathologie. Les formes du pouvoir politique totalitaire moderne en sont une expression, et les termes de « führer », « duce » « caudillo » « chef » qui symbolisent leur essence sont empruntés au lexique du conflit. Il faut comprendre que la proclamation de l’exigence démocratique face aux totalitarismes ne saurait suffire, car la démocratie n’est pas le contraire, l’antidote magique du totalitarisme ; ses formes diverses ne sont que des façons de tempérer la violence. Le problème est ainsi « d’humaniser » les rapports entre les humains, ce qui pose les questions : « qu’est-ce qu’humaniser ? », « qu’est-ce qu’un homme ? « sur quoi peut-on fonder le discours des « droits de l’homme ? » Dans un des derniers écrits, Desanti a indiqué la part d’optimisme qui lui restait : « en ceci que j’ai confiance en la capacité de révolte des hommes, et je tiens pour a-humain tout ce qui s’emploie à tuer cette révolte qui est simplement le désir de vivre ». 

C.G. : Pour lui : qu’est-ce que philosopher ?
M.C. : Il est très probable que cette question aurait attiré une mise en garde de Desanti, car proposer une définition de la philosophie, ce serait fermer son champ et fixer son langage. Il n’y aurait jamais consenti, lui qui se disait « en cuisine comme en amour et en philosophie, incapable de suivre une recette », ajoutant parfois être « bien en peine de répondre à la question ». Il dépeignait pourtant « l’entrée en philosophie », rappelant Spinoza, le trouble dans lequel le jetait son inquiétude sur ses croyances et la décision qu’il prit de « réformer son entendement ». Maints autres philosophes d’ailleurs ont décrit leur « conversion » intellectuelle initiale. Desanti écrit que « quiconque n’a pas fait l’épreuve de la cassure » ni subi « l’effondrement du sens reçu » demeurera toujours au bord de la philosophie, simple expert des textes. Ce qu’il a cherché, lui, dans leur lecture, ce fut l’indication d’une décision de révolte contre l’inertie, celle des croyances, des institutions, des « conceptions du monde ». La démarche philosophique, c’est pour lui un « vagabondage », entamer un voyage sans en connaître le point d’arrivée, accepter de s’égarer, abandonner les paysages des sites anciens, inventer son chemin au fur et à mesure du parcours. Le champ de la philosophie n’est clos d’aucun côté. Mais c’est aussi une « philosophie sur le tas », elle ne descend pas du ciel des spéculations ou des intuitions originaires comme un commencement absolu. Elle est seconde, et il n’y a pas de philosophie première. Il s’agit de s’installer dans un domaine théorique constitué, de s’assimiler le savoir qu’il contient et de montrer, à partir du démontage de ses structures, sur quoi il repose, comment il est mis en place, comment il s’agence et trouve sa cohérence. Ce qui fut fait pour les théories mathématiques. Ce n’est pas au philosophe de dire ce qu’est la vérité de l’homme de science. Mais qu’en est-il ailleurs ? Par exemple dans le champ social ? C’est un domaine qui, à la différence des mathématiques, est morcelé en une multitude de langages. Chacun, d’ordinaire, s’y retranche dans son langage, chacun est le barbare des autres. Le philosophe, lui, est dans le partage, il est passeur de frontières, par exemple, entre psychanalyse et anthropologie. Ainsi, tout ce qui est figé, tout ce qui se confine en soi-même doit être remis en mouvement. Il n’y a pas de conviction que ne guette le danger de l’erreur, pas de croyance qui ne puisse cacher un piège, pas de système qui soit à l’abri du dogme, pas de théorie qui ne puisse charrier des énoncés tout faits. Persuadé d’avoir raison, chacun se contente de ces formations compactes d’énoncés, qui ne sont, quoique solides, que des semblants. C’est à ces blocs de certitudes que finalement le philosophe s’attaque pour « remettre en chantier » leurs fondements prétendus. Du fond de son inquiétude, le travail de sa pensée, en prise sur le réel, traque les illusions qu’il suscite. Incertain d’avoir trouvé le bon chemin, ou d’avoir tout perdu de ce qu’il a misé, le philosophe sait seulement que la réponse qu’il donne aux questions qui le hantent ne sera jamais définitive. 
Maurice Caveing est interrogé par Christine Goémé
© 2009 FRÉMEAUX & ASSOCIÉS  

A l’écoute de Jean-Toussaint Desanti
Christine Goémé
Que veut dire écouter, sinon briser des obstacles ? A quoi servirait la parole sans cette condition nécessaire qui est l’abandon du « moi », renforcé dans ses propres convictions ? Qu’est-ce que la culture, sinon un arrachement permanent à nos préjugés, à nos lourdeurs, avec les plus beaux moyens que l’humanité toute entière met à notre disposition et qui sont les mots mis en livres ou pris au vol ?  Qu’est-elle, cette culture, sinon l’apprentissage et le réajustement permanent de notre pensée et de nos sens, de nos savoirs et de nos sensations ? A quoi sert de vivre, au fond, si ce n’est pour ouvrir et inventer de nouvelles possibilités ? Et, autre question liée aux autres : à quoi sert la radio quand elle n’est ni un « fond sonore », ni le déversement mortifère d’une actualité déprimante et répétitive (guerres, famines, meurtres, prises de pouvoir, etc.) ? Les hommes et les femmes de radio répondent à ces questions en transformant leur écoute et leurs paroles en point de convergence et de dispersion de toutes les altérités. Je m’explique. Faire de la radio, c’est au fond le contraire de la communication, puisqu’il s’agit, loin du flux anonyme de « messages » qui sont autant d’ordres d’asservissement, de transformer l’écoute en lieu de rencontres,  d’aventures et de jouissance (j’ouïr). C’est mettre « l’écouteur » en position de sujet actif, lui donner des armes pour penser par lui-même et pour explorer des « ailleurs »… pour tenter des aventures de l’esprit, et pas seulement de l’esprit. Il faut aimer partager ce qui est sans partage, et, loin des paroles abrutissantes, appauvrissantes, des lieux communs et des discours ronflants de l’habitude et du bavardage, préférer la luxuriance de la singularité absolue. Il faut aimer la diversité du monde et de ses propositions Dans un monde qui s’unifie et s’homogénéise lamentablement, écouter et faire de la radio, comme l’ont faite tous ceux qui ont permis ici la parole de JTD, est œuvre indispensable de civilisation. Et cette écoute si raffinée autorise les « archives ».  On peut aujourd’hui juger une émission de radio, sur n’importe quelle chaîne, à cette capacité, à l’aune de cette question : cette émission pourra-t-elle, dans dix, vingt ou trente ans ou plus, rendre compte de la présence vivante d’une singularité irremplaçable ? Pourra-t-elle autoriser, au-delà du temps, une rencontre vivante avec une pensée, et une créativité ? Permettra-t-elle de trouver des appuis et des amis au-delà des simples et courtes temporalités de nos vies ? C’est pourquoi, je salue et remercie tous ceux qui firent ces émissions (évidemment sur France-Culture) dont je diffuse de larges extraits et grâce auxquels on peut entendre ici des voix toujours vivantes, des forces toujours présentes.
Christine Goémé
© 2009 FRÉMEAUX & ASSOCIÉS  

Références des extraits proposés dans le coffret
CD1
Plages 1 à 3 : Comment devient-on philosophe ?
– Extrait des « Chemins de la Connaissance » diffusé le 17/03/1986, producteur : Jean-Luc Guichet (3’12 ; 3’07 et 4’49) Plages 4 & 5 : Sur les conditions de la pensée philosophique
– Extrait de « Radio Libre » diffusé le 12/02/2000, producteur : Christine Goémé (3’10 et 3’49)
Plages 6 & 7 : Découverte des mathématiques
– Extrait des « Nuits Magnétiques » diffusé le 07/03/1989, producteurs : Marc Hindry et Sandra Delaunay (2’49 et 4’37)
Plages 8 & 9 : Contre certaines philosophies des sciences
– Extrait de «Les Matinées de France-Culture : les sciences et les techniques » diffusé le 13/08/1975, producteur : Georges Charbonnier (3’34 et 5’15)
Plages 10 & 11 : Pour une épistémologie bachelardienne
– Extrait de « Un rêveur de mots : Gaston Bachelard » diffusé du 8 au 12/08/1983, producteur : Michèle Cohen (2’01 et 5’05) 
Plage 12 : Sur la philosophie de Jean Cavaillès
– Extrait de « Une vie, une œuvre » diffusé le 27/04/1989, producteur : Christine Goémé (4’47) « Un philosophe mathématicien bourré d’explosifs » disait Georges Canghilhem en parlant de Jean Cavaillès. Né en 1903, Cavaillès laisse une œuvre décisive. Chef de la Résistance, il fut fusillé à Arras en 1944
Plages 13 à 15 : Sur « les Idéalités mathématiques »
– Extrait de «Les Matinées de France-Culture : les sciences et la nature » diffusé le 05/09/1969, producteur : Georges Charbonnier (5’02, 4’39 et 6’56) Publié en 1968 « Les Idéalités Mathématiques, recherches épistémologiques sur le développement de la théorie des fonctions de variables réelles ». Édité aux éditions du Seuil ce livre décisif recevra le prestigieux Prix Cavaillès. C’est un des livres de philosophie des mathématiques parmi les plus importants du XXème siècle
Plage 16 : Sur « les Idéalités mathématiques »… 30 ans après la parution du livre »
– Extrait de « Radio Libre » diffusé le 12/02/2000, producteur : Christine Goémé (4’54) 

CD2
Plages 1 & 2 : Rencontres pendant la guerre
– Extrait de « Jean-Paul Sartre : les années Sartre » émission d’été diffusée le 25/08/1990, producteurs : Michel Contat et Jacques Lecarme (3’08 et 3’06)
Plage 3 : Sur Merleau Ponty
– Extrait de « Une vie, une œuvre » diffusé le 13/02/1986, producteur : Catherine Ardent (3’03)
Plages 4 à 9 : Dans l’amitié de Bernard Groethuysen
– Extrait des « Chemins de la Connaissance » diffusé le 30/09/1981, producteur : Francesca Piolot (3’27 ; 3’40 ; 3’45 ; 4’18 ; 3’54 et 4’41) Né à Berlin en 1880, étudiant à Vienne, à Munich, à Berlin, où il suivit les cours de Gomperz, Simmel, Wolffli et Dilthey, Bernard Groethuysen, philosophe et écrivain allemand, fut professeur à Berlin. Il démissionna pour protester contre la montée du nazisme et s’installa en France en 1932. Il mourût en 1946.
Plages 10 à 12 : Dans l’amitié de Maurice Clavel
– Extrait des « Profils perdus » diffusé le 28/04/1988, producteur : Christine Goémé (4’19 ; 3’14 et 3’11) Maurice Clavel, né en 1920, fut un philosophe et journaliste français très engagé dans tous les combats de son temps. Résistant, il fut une des grandes figures chrétiennes qui se plaça toujours du côté de la rébellion contre l’ordre du monde. 
Plage 13 : Une confidence de Jean-Toussaint Desanti
– Extrait de « Radio Libre » diffusé le 12/02/2000, producteur : Christine Goémé (0’51) 
Plages 14 & 15 : Vivre dans un monde en crise
– Extrait de « Radio Libre » diffusé le 12/02/2000, Producteur : Christine Goémé (5’31 et 4’26) Il s’agit au départ d’une conversation entre Jean-Toussaint Desanti et son ami le philosophe Christian Jambet. Nous n’avons bien entendu conservé pour ce CD que les interventions de J-T Desanti    

CD3
Plages 1 à 12 : Conférence sur la pensée de Jean-Paul Sartre,
donnée le 15/11/1990 à l’UNESCO (4’44 ; 4’43 ; 4’11 ; 4’35 ; 3’41 ; 4’35 ; 4’11 ; 4’29 ; 4’49 ; 4’37 ; 4’48 ; 2’19)   

Ecouter Jean-Toussaint Desanti (livre audio) © Frémeaux & Associés / Frémeaux & Associés est l'éditeur mondial de référence du patrimoine sonore musical, parlé, et biologique. Récompensés par plus de 800 distinctions dont le trés prestigieux "Grand Prix in honorem de l'Académie Charles Cros", les catalogues de Frémeaux & Associés ont pour objet de conserver et de mettre à la disposition du public une base muséographique universelle des enregistrements provenant de l'histoire phonographique et radiophonique. Ce fonds qui se refuse à tout déréférencement constitue notre mémoire collective. Le texte lu, l'archive ou le document sonore radiophonique, le disque littéraire ou livre audio, l'histoire racontée, le discours de l'homme politique ou le cours du philosophe, la lecture d'un texte par un comédien (livres audio) sont des disques parlés appartenant au concept de la librairie sonore. (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, cours sur CD, entretiens à écouter, discours d'hommes politiques, livres audio, textes lus, disques parlés, théâtre sonore, création radiophonique, lectures historiques, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre, audio-livre, lecture à voix haute, entretiens à haute voix, parole enregistrée, etc...). Les livres audio sont disponibles sous forme de CD chez les libraires  et les disquaires, ainsi qu’en VPC. Enfin certains enregistrements de diction peuvent être écoutés par téléchargement auprès de sites de téléchargement légal.




PisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 Comment devient-on philosophe ?03'12
02 Comment devient-on philosophe ?03'07
03 Comment devient-on philosophe ?04'56
04 Sur les conditions de la pensée philosophique03'10
05 Sur les conditions de la pensée philosophique03'55
06 Découverte des mathématiques02'49
07 Découverte des mathématiques04'44
08 Contre certaines philosophies des sciences03'34
09 Contre certaines philosophies des sciences05'21
10 Pour une épistemologie bachelardienne02'01
11 Pour une épistemologie bachelardienne05'11
12 Sur la philosophie de Jean Cavailles04'53
13 Sur les idéalités mathématiques05'02
14 Sur les idéalités mathématiques04'39
15 Sur les idéalités mathématiques07'02
16 Sur les idéalités mathématiques04'59
CD 2
01 Rencontres pendant la guerre03'08
02 Rencontres pendant la guerre03'13
03 Sur Merleau-Ponty03'10
04 Dans l'amitié de Bernard Groethuysen03'27
05 Dans l'amitié de Bernard Groethuysen03'40
06 Dans l'amitié de Bernard Groethuysen03'45
07 Dans l'amitié de Bernard Groethuysen04'18
08 Dans l'amitié de Bernard Groethuysen03'54
09 Dans l'amitié de Bernard Groethuysen04'47
10 Dans l'amitié de Maurice Clavel04'19
11 Dans l'amitié de Maurice Clavel03'14
12 Dans l'amitié de Maurice Clavel03'18
13 Une confidence de Jean-Toussaint Desanti00'57
14 Vivre dans un monde en crise05'31
15 Vivre dans un monde en crise04'26
CD 3
01 Conférence sur la pensée de Jean-Paul Sartre04'44
02 Conférence sur la pensée de Jean-Paul Sartre04'43
03 Conférence sur la pensée de Jean-Paul Sartre04'11
04 Conférence sur la pensée de Jean-Paul Sartre04'35
05 Conférence sur la pensée de Jean-Paul Sartre03'41
06 Conférence sur la pensée de Jean-Paul Sartre04'35
07 Conférence sur la pensée de Jean-Paul Sartre04'11
08 Conférence sur la pensée de Jean-Paul Sartre04'29
09 Conférence sur la pensée de Jean-Paul Sartre04'49
10 Conférence sur la pensée de Jean-Paul Sartre04'37
11 Conférence sur la pensée de Jean-Paul Sartre04'48
12 Conférence sur la pensée de Jean-Paul Sartre02'19
« Une passion déposée en nous… » par Lire

Jean-Toussaint Desanti (1914-2002) fut un philosophe des mathématiques dont les travaux doivent beaucoup à Jean Cavaillès, qui transmit au jeune normalien plus qu’un savoir. Aussi commencera-t-on par les témoignages du deuxième CD. A travers les portraits attachants que le philosophe fait de Bernard Groethuysen et de Maurice Clavel, c’est sa densité humaine qui nous touche. On écoutera aussi son analyse fortement d’actualité sur ce qui fait la gravité d’une crise. On poursuivra avec la belle conférence sur Sartre de 1990 qui occupe le troisième CD. L’hommage qu’il lui rend en citant le mot de Proclus sur Platon est particulièrement émouvant. Que reste-t-il ? « Une passion déposée en nous et qui apporte un démenti à la vieillesse et à la mort. » On peut revenir au premier CD. La conception du « geste créatif » du mathématicien telle que Desanti la saisit chez Cavaillès est dans le droit fil de ses affinités. J.S. - LIRE




« Un coffret très intéressant » par La Revue des médiathèques et des collections musicales

Enregistrements 1969-2000. Ce coffret présente les entretiens de Jean-Toussaint Desanti réunis par Christine Goémé à partir des archives de l’INA et de l’Institut J.T. Desanti. Pendant presque trois heures, la voix du philosophe parle de son temps, de son siècle. En tant qu’homme d’engagement, de pédagogue et de penseur. Il eut pour élèves à l’Ecole Normale et à l’Université : Michel Foucault, Louis Althusser et il dirigea la thèse de Jacques Derrida. Il fut l’auteur des Idéalités mathématiques, un document célèbre pour son apport à la philosophie des mathématiques. Un coffret très intéressant, donc, qui sait montrer les différentes facettes du grand homme. Jacques VAZEILLE - REVUE DES MEDIATHEQUES ET DES COLLECTIONS MUSICALES




« Le coffret est magnifique, autant dire précieux » par Le Blog ministre la culture

« Superbe Jean-Toussaint Desanti ! Superbe parole, toujours dans l’expression la plus juste du penser, toujours en quête du mot exact, de la pensée vivifiante, du partage le plus confiant mais dont il sait qu’il faut le soutenir sans cesse de peur qu’il ne se dérobe, et de fait, d’un partage auquel il ne cesse de porter le secours d’une intelligence claire et généreuse.
Superbe parole offerte ici dans une série d’exercices singuliers, si divers, si distincts les uns des autres, qu’il s’agisse d’éclairer sa trajectoire humaine ou sa trajectoire intellectuelle, voire d’aborder ces idéalités mathématiques dont il se fit une spécialité. Superbe parole d’un philosophe au travail de penser à chaque instant de ces entretiens, creusant à tout moment ce qu’il en va de penser, qui nous change des rhéteurs trop habiles et si pressés de livrer leur faconde sans relief. Superbe leçon donnée par cet homme méditant sa vie, ses amitiés, son chemin. Superbe grain d’une voix accomplie, posant avec sérénité ses constructions, élevant sans hâte les concepts d’un entretien qui devient à l’oreille un véritable laboratoire de pensée, d’un penser placé toujours dans l’horizon de cet autre à qui Desanti veut s’adresser, qu’il veut toucher plutôt que convaincre, quand bien même sa présence ne serait que différée. Desanti toujours soucieux de cette place vide pourtant dans le studio d’enregistrement, qu’occupe à peine son interlocuteur qui ne saurait réduire l’adresse à son seul questionnement. Un Desanti gourmand, étonné, jamais superficiel, ni désabusé, ni accoutré de ses seules marottes. Superbe philosophe racontant sans pareil sa Corse, convoquée pour la plus pudique des confidences dont n’échappera rien du trivial habituel à ce genre d’exercice, mais juste l’énigme d’un souvenir que l’on sent encore inscrit dans la trame d’une blessure jamais refermée et dont il ne sait exprimer la mesure qu’en corse. Confidence d’un bout de lèvres évoquant à peine ces gens qui sciemment font le mal et dont il garde à tout jamais la mémoire. Superbe leçon d’humanité, la seule que l’on voudrait retenir au fond, d’un coffret pourtant riche d’idées lumineuses, comme lorsqu’il s’agit pour lui d’expliciter sa venue à la philosophie, un texte de Bergson un jour le frappant de plein fouet et décidant de son devenir. Superbe témoin enfin, des temps de résistance, racontant ses engagements, ses amitiés, Clavel, Merleau-Ponty, Sartre, la cave de Normal’ sup pendant la guerre, et la découverte de Cavaillès enfin, et des mathématiques. Le coffret est magnifique, autant dire, précieux, précieux du témoignage d’un homme qui n’aura eu de cesse de se présenter simplement à ses semblables, sans rien concéder à son exigence d’humanité ou de pensée et qui, de cette passion déposée en lui que fut la philosophie, a su faire une passion qu’il dépose en nous. »
Par Joël JEGOUZO – BLOG MINISTRE DE LA CULTURE





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