L'INJUSTICE DE LA JUSTICE - MICHEL ONFRAY

CONFERENCE SYNDICAT DES AVOCATS DE FRANCE

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Nombre de CDs : 2


29,99 € TTC

FA5242

En Stock . Expédition prévue sous 24 à 72h selon week-end

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L’enregistrement inédit contenu dans ce coffret de 2 CDs propose une conférence de Michel Onfray à Alençon, à l’invitation du syndicat des avocats de France. La question de la justice est analysée au regard du système judiciaire de nos civilisations. L’approche scientifique et pédagogique de Michel Onfray met en lumière les dimensions philosophiques et « humanistes » de notre justice et permet de s’interroger sur ses fondements afin de réfléchir à son avenir.
Patrick Frémeaux

« … Dans certaines circonstances, dans certains lieux, dans certaines conditions, on sait la chance impossible et les probabilités grandes de délinquer. Qu’on crée donc d’autres circonstances, qu’on détruise certains lieux, qu’on rende impossibles certaines conditions, qu’on brûle les bouges, qu’on épuise les vitalités du maléfice. Et que disparaissent les mauvaises étoiles remplacées par des feux magnifiques. Aucune révolution métaphysique de la justice ne s’accomplira sans une politique des contre-feux favorables. Qu’advienne la politique douce pour que cesse la morale cruelle. »
Michel Onfray

CD1 -  1. Présentation 4’24, 2. Introduction 4’44, 3. L’épistème chrétienne 5’00, 4. La généalogie de la loi est une question politique 5’00, 5. Théorie du contrat 4’01, 6. Renoncement à soi 4’58, 7. Une logique sacrificielle 4’28, 8. Une vengeance légale 4’33, 9. La souffrance est rédemptrice 3’58, 10. La fiction du libre arbitre 4’27, 11. Entendre « l’innocence du devenir » 5’03, 12. La pensée panoptique 5’07, 13. Se situer « Par-delà le bien et le mal » 4’52, 14. Agir sur les choses 5’29, 15. Réhabiliter des vertus politiques 5’16, 16. Promouvoir une politique de la chance 3’08

CD2 - Questions des auditeurs de la conférence : 1. Première question 9’59, 2. Deuxième question (1) 4’20, 3. Deuxième question (2) 5’36, 4. Deuxième question (3) 6’50, 5. Troisième question 8’11, 6. Quatrième question 3’42, 7. Cinquième question 1’47

Droits : Frémeaux & Associés - La Librairie sonore (philosophie, livre audio, cours en direct, conférence enregistrée...).

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MICHEL ONFRAY L’INJUSTICE DE LA JUSTICE

LA CONFÉRENCE EN PUBLIC DU 7 MARS 2008 PAR
MICHEL ONFRAY
L’INJUSTICE DE LA JUSTICE
 

COFFRET 2 CD AUDIO - LA LIBRAIRIE SONORE 







"POUR EN FINIR AVEC LE JUGEMENT DES HOMMES"
Pour Céline Gasnier 

Dans un pays sans nom, innommé tout autant innommable, sous un drapeau sans couleurs, avec des hommes sanglés dans un uniforme qui pourrait être celui de nombre de nations, des individus consciencieux s’affairent auprès d’une étrange machine. Dès la sollicitation de son mécanisme, elle fonctionne seule, dans la plus parfaite et aveugle autonomie. Pour ce qui est de son office, les règlements en confinent l’usage à douze heures, entre le lever et le coucher du soleil, le temps de déroulement d’une journée d’homme ordinaire et sans qualités. Pendant la durée de cette course des planètes, un supplicié déglutit son sang dans sa gorge, boit la haine et digère la mort distillée. A l’œil, l’engin ressemble à l’une de ces machines infernales que l’on retrouve en feuilletant les vieux grimoires illustrés de bois gravés qui racontent l’histoire des instruments inventés pour punir. Sur le lit de gros madriers rudes, des sangles maintiennent fixes les bras et les jambes, puis le crâne. Au-dessus de cette surface, une herse aux pointes de verre aiguisées à blanc reproduit très exactement la configuration du corps humain, tête, tronc, membres. Chaque dent longue se double d’une plus courte, la première grave, la seconde, à l’aide d’un jet d’eau, lave les couleurs de lymphe et de sang. Entre ces deux plans, on glisse parfois, de temps en temps, souvent, le corps nu d’un homme à supplicier. A plat ventre, il mord dans une masse de cuir quand son dos s’offre au labour des crocs. Juste au-dessus de la tête, un seul piton menace. On connaît également le fonctionnement de cette machine : le lit oscille de droite à gauche et de haut en bas, roulis et tangages de mort. Les oscillations faibles ou rapides offrent une parfaite synchronisation avec le mouvement de la herse. Les pointes s’enfoncent donc dans un corps qui épouse les manoeuvres du lit. Et l’appareillage tout en verre permet de suivre toutes les opérations dans le moindre détail : la pointe approchée de la chair, la peau touchée, puis coupée, enfin déchirée, la viande offerte, le muscle tranché, les humeurs et les liquides suintants, pulvérulents, coulants, l’eau marbrée de coulures rougeoyantes puis rosés, les vibrations tranquilles mais lancinantes. Un système avec de la ouate sèche la surface vivante et permet une relative propreté du support. De sorte qu’en transparence, on déchiffre le dessin et les arabesques gravés par la herse. En des heures moins humaines, les responsables humidifiaient les pointes du méca­nisme d’un acide extrêmement corrosif. Mais la bonté légendaire des hommes et leur aptitude au progrès les a conduits à renoncer progressivement à ces raffinements.

Son existence assurée, son mécanisme expliqué, reste à préciser sa fonction, ce pour quoi des ingénieurs l’ont désirée, voulue, pensée, dessinée, construite, mise au point. Elle inscrit dans le corps de l’homme supplicié le texte au nom de quoi il a été condamné. Ignorant la sentence, le prisonnier torturé ne voit pas la phrase qui s’écrit sur son dos, mais sa chair, elle, la lit, son corps l’enregistre, en prend connaissance, petit à petit, dans une progression lente mais certaine, avec une souffrance calculée pour que les membres découvrent puis retiennent une leçon directement destinée à Pâme mais exclusivement infligée à la viande, médiatisée par elle. Ne sont sollicités ni la conscience ni le jugement, mais les sensations, les émotions, les perceptions, la pure matière et la matérialité brute de l’être. L’exécution de la sentence coïncide avec sa gravure. Au final de cette opération, la mort parachève le travail. A un moment, sur la peau du coupable, on parvient à lire l’objet du délit. La machine s’installe entre le Code pénal et la chair suppliciée, elle fusionne la loi écrite, le droit manifeste, la règle, les interdits et le corps en un dramatique objet sanguinolent. L’écriture s’accompagne d’une foule de dessins libres et fantasques sur les membres. La sentence elle-même, dans cet entrelacs de lignes gratuites, se marque dans l’espace d’une étroite cein­ture. Le temps de la calligraphie se déplie lentement et la profondeur maximale s’envisage seulement dans les derniers moments du supplice. Les douze heures écoulées, la herse embroche totalement le corps. La pointe qui menaçait la tête s’enfonce dans le crâne pour atteindre la cervelle et fixer l’âme sur le bois du banc de supplicié. Démembré, ce qui fut un être humain finit aux chiens dans un cul-de-basse-fosse où les rats finissent le travail, désossent et œuvrent pour le droit... 

Les amateurs de machines de justice auront reconnu l’instrument de torture de La Colonie pénitentiaire de Franz Kafka, l’une des plus belles mécaniques allégoriques pour penser la justice et le rapport que le droit et la loi entretiennent au corps dans notre Occident frappé au coin du christianisme. Elle peut se lire comme une duplication littéraire de la crucifixion de Jésus dans laquelle on retrouve plus ou moins les clous, le sang, les pointes, les trous de lance, les plaies suintantes, la nudité de la victime, l’exposition d’une chair tuméfiée, la torture avant le trépas voulu comme tel, et surtout cette étrange idée qu’un châtiment, une punition – fondée ou non –, se pense en termes de graphisme de sang, d’écriture de chair, de calligraphie de viande. Sur le Golgotha palestinien, cette éminence en forme de crâne, la loi dit de manière emblématique et sanglante ses épousailles avec la souffrance, puis la mort. Où l’on peut lire en filigrane le crime indéfectiblement logé dans tout châtiment. D’aucuns rétorqueront qu’une machine de justice littéraire ne dispose de vérité et de statut que dans la fiction, entre glosateurs de textes classiques et spécialistes en histoire des idées ou des images. Kafka ne vaudrait qu’en inventeur de figures théoriques, poétiques. Or il n’en est rien. L’instrument maléfique de La Colonie pénitentiaire signifie rien moins, à mes yeux, que la quintessence de toutes les machines de justice inventées et fonctionnant de par le monde depuis l’apparition de l’homme jusqu’aux raffinements actuels dont vraisemblablement nous ignorons encore les détails mais qui sévissent sûrement à cette heure en un lieu de la planète pour mettre à mort les hommes jugés coupables. J’en veux pour preuve une exposition que j’ai visitée dans le quartier de Cannaregio à Venise il y a une quinzaine d’années. Elle montrait une collection impressionnante et effrayante d’instruments de torture ayant vu le jour et fonctionné entre le Moyen Age et l’époque industrielle – en fait, de la hache fichée sommairement sur son billot à la guillotine savamment conçue. Le génie des hommes semble illimité dès qu’il s’agit d’inventer de nouvelles douleurs, des supplices inédits, ou d’échafauder de sombres arithmétiques sadiques à l’ombre tutélaire de la pulsion de mort.

J’ai souvenir, dans cette collection disparate, qu’aucun endroit du corps n’avait été épargné par la furie destructrice des hommes : garrots pour le cou, cages d’enfermement pour tout le corps, entraves métalliques pour chaque articulation et jonction des membres, machines à écraser les doigts et les mains, les crânes et les ongles, les genoux et les pieds, colliers d’épines et masques infamants imitant une tête de porc, d’âne ou de monstre, instruments d’élongation – bancs, cordes, échelles –, poires d’écartement des orifices – bouche, vagin, rectum –, ceintures, cilices, fers à marquer et autres pals, scies, pinces, fouets, crocs, roues, piloris, griffes, poids et boulets. Je me rappelle même un genre de masque de fer contraignant la bouche à souffler, lors de l’expiration, dans l’embouchure d’un instrument de musique qui annonçait et soulignait le passage public du malheureux entravé. Un seul point commun à toutes ces machines de justice, réelles celles-ci : toutes supposent affirmée et avérée cette croyance qu’une (hypothétique) faute, qu’une (prétendue) culpabilité trouve une monnaie scripturale et d’échange pour apurer les comptes dans la griffure et le marquage des corps, dans la blessure et la torture des chairs. Comment donc trouver une équivalence entre l’action coupable d’un homme, du point de vue des lois et coutumes de son pays, et son éviscération, son dépeçage, son décharnement, son démembrage ? Quel type de justice se manifeste dans l’ordre donné de scier, brûler, ébouillanter, déchiqueter, supplicier, décapiter le corps d’un individu coupable d’un forfait, fût-il majeur ? De quelle façon établir sans broncher un signe d’égalité entre le vol, le larcin, le délit, le crime de délinquant et la souffrance délibérément infligée au nom de la loi en vertu des principes de justice par des figures investies de l’autorité et la moralité publiques ? Il faut obtenir des aveux, disent les juges ; on doit fonder et prouver la culpabilité, s’exclament les exécuteurs des basses œuvres ; la punition suppose sanction, l’exercice de la justice détermination, ajoutent les officiers de justice. Le philosophe s’autorise à douter de pareilles raisons. Quoi qu’il en soit, quand une répression se dit au nom de la loi, elle élit prioritairement le corps et la chair pour une contrainte infligée sur le seul bien dont dispose chaque homme en propre : une intégrité  physique, qui, aux mains d’un gouvernement autoritaire ou tyrannique, peut être l’objet d’un traitement brutal et sans égards. Qu’on songe aux incarcérations, aux dispositifs pénitentiaires, de l’entravement aux fers, hier, à celui des puces magnétiques, aujourd’hui ; aux colonnes de forçats, liés par des chaînes, qui traversaient les villages avant l’embarquement pour les bagnes outre-mer, jadis, et aux prévenus menottés, les mains dans le dos, dans les palais de justice contemporains ; aux exécutions capitales publiques au cours desquelles des bourgeoises en mal d’émotions venaient tremper leur mouchoir de batiste dans les litres de sang du guillotiné d’avant-hier et aux détenus américains d’aujourd’hui, emportés au petit matin dans une chambre à gaz, sur une chaise électrique ou liés sur un brancard avant l’injection d’une solution létale, tandis que dehors la foule jouit et frissonne. Chaque fois, et partout, à des degrés divers et selon des modalités différentes, la justice s’exprime par l’inscription d’une volonté tierce dans un corps : la loi veut la sentence incarnée, au sens étymologique – mise en chair.

Certes, en Occident, on a rangé au magasin des accessoires les lapidations, écartèlements, fustigations publiques et autres mutilations. Mais il me semble que rien n’a changé de cette mystique de la punition et de ses présupposés métaphysiques. On pense toujours, dans la France démocratique d’aujourd’hui, autant que dans les fausses républiques vraiment islamiques qui salissent ici ou là telle ou telle nation, que la faute existe, qu’elle ne fait pas problème, que son auteur est toujours responsable donc coupable, qu’il faut le punir, et que cette punition passe par une atteinte à l’intégrité de son corps. En quoi la machine de Kafka apparaît définitivement emblématique de ce qu’est toujours une machine de justice. Au commencement se trouve la loi, car c’est toujours en son nom que tombe la guillotine ou que se ferme une porte de  prison sur vingt ans de la vie d’un homme. Elle a d’abord procédé du divin, d’une extériorité et d’une transcendance. Dès les premiers codes égyptiens ou mésopotamiens, elle se veut parole terrestre descendue d’un lieu céleste. Désir des dieux, volonté des puissances de l’éther, la loi porte sur le terrain de l’immanence une parole venue des contrées réservées aux créatures parfaites. Le droit sacré précède et annonce le droit civil et j’aime que les étymologies données par Littré confirment la parenté de la loi et de la religion en insistant sur la liaison, ce qui fait tien et réunit, constitue un groupe. De l’Indus aux cathédrales d’Occident, en passant par les pyramides et le forum romain, droit et loi supposent Dieu et son silence troublé par sa propre parole. En matière de droit et de loi, les dieux conjurés ou congédiés le sont avec les penseurs du contrat social pour lesquels les hommes décident de leurs règles du jeu afin d’échapper à la violence naturelle ou dans le but d’établir une communauté fondée sur le bien commun et une vie collective heureuse. La généalogie de la loi demeure mystérieuse, la décision de sa formule procède d’un moment flou et théorique, mais tout un chacun, même non contractant immédiat, se trouve tenu d’honorer ou de subir un code qu’il n’a pas choisi mais qui fait autorité. A la manière du péché originel, le contrat social est une affaire de générations antérieures : fomenté à l’aube des temps, nous devons en supporter les conséquences à la manière d’un péché originel irrémissible. Bien que laïque et immanente, la loi conserve un aspect sacré, divin, car la religion du contrat social interdit depuis toujours qu’on la regarde en athée : nul n’est censé ignorer la loi, et l’on doit renoncer à son droit propre, singulier et individuel, en échange de la garantie d’une sécurité assurée par la collectivité. Ce à quoi hypothétiquement se sont engagés nos ancêtres nous tient formellement aujourd’hui dans des liens éternels et infrangibles qui ne souffrent aucune dérogation. Toute infraction à l’endroit de ce pacte primitif légitime la violence légale du groupe qui contraint le rebelle à rentrer dans le rang. La loi qui, jadis, procédait du sacré devient elle-même sacrée quand ce qui l’a rendue possible a disparu. L’autonomie du droit est une fiction : il énonce toujours une métaphysique qui, peu ou prou, s’appuie sur une mystique.

Le monarque, seul représentant sur terre de l’Un absolu régnant dans le ciel, a longtemps dit le droit en inspiré, en missionnaire éclairé et investi ; son absence, sa disparition physique et spirituelle induisent une parole sans autre bouche pour l’énoncer que le sacré laïc. Mais dans les deux cas, des sables mésopotamiens aux mégapoles planétaires, en passant par les cathédrales chrétiennes, le droit et la loi demeurent associés à une transcendance qu’en philosophe critique on peut, on doit interroger. Contre les généalogies qui en appellent à un au-delà du monde, je veux solliciter le réel immanent. Loin de tout sacré religieux, le droit et la loi d’une société obéissent à une logique des forces, une économie des énergies. La mystique juridique sacrée énonce les pleins pouvoirs des dieux et la soumission des hommes ; la mystique athée, païenne, consacre la toute-puissance du groupe et l’inexistence de l’individu : la totalité et l’universel priment, la partie et la particularité doivent se soumettre. Le droit occidental manifeste la force grégaire cristallisée et concentrée contre les électrons libres qui voudraient se déter­miner de manière autonome. La loi se fait l’instrument de la conservation du groupe qui la promeut et les hommes de loi profèrent des vérités utiles à la perpétuation de leur système de caste, donc du système social qui les permet et les appointe. Loin de tout arrière-monde possible ou pensable, aux antipodes d’un divin matriciel ou d’une nature intrinsèquement sacrée de la loi, elle avalise un rapport de force et inscrit dans un texte ce prin­cipe fondamental ; l’instinct grégaire cimente le social, il faut décréter bon et bien tout ce qui le rend possible, puis mal et mauvais ce qui contrarie la pulsion communautaire. La finalité du droit consiste donc à protéger le plus grand nombre de l’agissement des monades sauvages et sans loi. Instrument de la masse, la loi instaure en vérité générale et universelle ce qui pérennise le groupe comme tel. De sorte que la loi n’accorde de place qu’à l’individu soumis à la totalité et ayant abandonné son pouvoir d’être lui-même au profit d’une intégration sociale gratifiante. Renonçant à son autonomie, on lui accorde une prétendue sécurité qui culmine en assurance de pouvoir persister dans son automutilation.

La force du plus grand nombre constitue et structure la loi contre la puissance potentielle des individua­lités souveraines. L’exercice de la subjectivité hors du groupe, en dehors des sentiers balisés, devient un délit, un crime, une déviance, un désordre. L’antinomie radicale entre l’individu et la société se résout par le droit et la loi via le sacrifice de l’unicité au profit de la masse. La nature même du droit suppose le ressentiment du plus grand nombre cristallisé en refus de la souveraineté solaire d’une maigre poignée de figures libertaires. Ceux qui expriment le droit le font respecter de conserve avec ses inventeurs, ses promoteurs, ses thuriféraires qui se prémunissent contre les ferments de décomposition de la totalité à laquelle ils doivent leur essence et leur existence, leurs avantages et leur consistance. Les vérités de groupe définissent toujours des mensonges sociaux utiles à la production et à la repro­duction des systèmes éthiques, politiques et métaphysiques qui jettent le discrédit sur l’individu, l’atome, la singu­larité irréductible décidée à économiser le détour altruiste. Le corps politique a pour ennemi le corps des personnes qui le constituent : il veut être le seul à pouvoir disposer d’organes, de fonctions, de systèmes vitaux, d’autonomie, de liberté, d’une physiologie. Dès qu’un seul refuse la reconnaissance des règles, la totalité se ligue contre lui pour le dissoudre, le détruire, le réduire. Le délinquant surgit quand un seul regimbe à se faire semblable à tous. Les machines de justice existent pour remettre dans le droit chemin et inviter à la subsomption de soi sous le registre de l’universel social. Le corps politique, dans l’expression de sa mystique, induit une politique des corps – la plupart du temps répressive. Pour sanctifier ce règne juridique, l’onction d’une théorie du sacrifice est nécessaire. 

Délinquer, chez Bescherelle et Littré, signifie faillir, manquer à un devoir, commettre un délit, délaisser un droit chemin. De sorte que le délinquant sort de la route dans laquelle il aurait dû se contenter de cheminer. Chez les casuistes du droit pénal, d’aucuns distinguent parmi cette engeance le criminel-né, l’aliéné, le passionnel, l’occasionnel et l’habituel. De quoi classer l’amateur de contre-allées et de sentiers déserts parmi les tarés, les malades, les fous, les déraisonnables et autres déviants de tous ordres, familiers des marges ou de l’exception. Quoi qu’il en soit, contrevenir aux lois, au droit, aux règles, c’est, de fait, s’installer dans la pathologie – ce qui induit rapidement la nécessité d’une thérapie. Le corps social se dit parfois malade de la délinquance, il la voit comme une plaie, une excroissance, une tumeur bénigne ou maligne, un kyste. Ou encore un ferment de décomposition, un agent de pourris­sement, une occasion de gangrène généralisée, une épiphanie de contamination. D’où les métaphores médicales du soin, du curatif ou du préventif, de la pharmacopée et de la prophylaxie, de l’hygiène ou de la chirurgie, du diagnostic et du traitement, sinon de l’amputation ou de la guérison. L’animal grégaire veut une santé de fer et conçoit ce qui pourrait la perturber ou l’entraver comme un parasite, une peste, une lèpre ou une autre maladie relevant de l’épidémiologie. Dans cette logique, le sacrifice équivaut à la saignée chez les médicastres du Grand Siècle : purifier le corps social, faire couler le sang pour revivifier l’organisme, le vider de ses mauvaises humeurs, de ses substances corrompues. La justice semble agir motivée par des considérations de santé publique, elle pose des ventouses, scarifie, expulse le liquide de vie pour entreprendre une vaste opération de nettoiement à l’issue de laquelle l’organisme recouvre ses rythmes, ses fonctions, ses équilibres habituels et rituels. Châtier le délinquant suppose la croyance en cette antique et primitive logique qu’un sang qui coule – réellement ou métaphoriquement – paraît agréable au dieu auquel on sacrifie, car la colère des divinités s’apaise avec une offrande.

Puisque ce qui a eu lieu ne peut pas ne pas avoir été, qu’un crime ou un délit commis, un tort infligé, ne saurait d’aucune manière involuer dans le temps pour que l’individu les ayant subis se trouve en position de ne jamais les avoir connus, pour quelles raisons et selon quels étranges critères une peine est-elle infligée en guise de réparation, en forme de paiement d’une dette ? L’idée semble moins de prévenir ou de faire en sorte que l’événement n’advienne pas à nouveau que d’apurer les comptes en infligeant un dommage à qui en a commis un. Aussi est-on en droit de se demander en quoi consiste l’efficacité d’une violence légale aujourd’hui pour rendre impossible une violence illégale demain. L’essence de la justice paraît aux antipodes du discours mis en avant pour se justifier, et l’on a du mal à croire qu’elle puisse viser purement et simplement la prévention, la préservation de l’équilibre social. Comment peut-on, dans cet esprit, juger et justifier les mille vexations du corps subies par le prisonnier chaque jour dans sa cellule ? Sont-elles nécessaires au paiement d’une dette à l’endroit de la personne directement lésée ou à celle que pourrait revendiquer la société pour un dommage concernant son être propre ? En quoi le déni d’intimité, d’hygiène, de solitude, de moments privés, de sexualité, d’affectivité, de silence, d’espace, de temps peut-il trouver une justification éthique en matière de peine ? De quelle façon la gestion autoritaire et collective des corps incarcérés, l’humiliation et l’entrave, le refus de l’humanité élémentaire peuvent-ils exprimer la quintessence d’une justice ne renonçant jamais à se dire humaine, voire humaniste ? A moins de voir dans ces logiques de brutalité et de contraintes légales ce qui s’y trouve véritablement : une variation moderne et contemporaine sur le terme classique et antédiluvien de sacrifice.

L’objectif cesse d’être préventif ou curatif et la punition vise moins à rendre impossible le retour du négatif – sinon, il faudrait vraiment s’y prendre autrement... – que la jubilation dans l’exercice d’une magie singulière, celle qui entoure depuis toujours les offices du bourreau aujourd’hui disparu en France mais dont subsistent des clones, des figures recyclées. Le but apparaît clairement : la loi qui punit et agit douloureusement sur un corps ou une âme vise clairement à dédommager le social de l’offense en cas de non-respect de sa toute-puissance et de son autorité intégrale. Quiconque ne reconnaît pas la supériorité du groupe sur sa personne, et le montre par une action délinquante, fait les frais d’un sacrifice en bonne et due forme. En victime expiatoire pour réaliser, obtenir et maintenir la cohérence de la totalité et du nombre, les justiciers offrent son tribut au dieu social sous forme de parfum d’ossements, de viande à griller ou de corps à écorcher – aujourd’hui des amendes, des peines sursitaires ou effectives, des travaux divers dits d’intérêt général ou de la prison ferme. La justice ne veut pas prévenir mais punir. Elle entend de la sorte briser l’orgueilleux dont l’arrogance et l’insolence consistent à croire sans vergogne sa propre loi supérieure à celle du groupe. De quel schéma barbare procède cette croyance à l’efficacité du sacrifice propitiatoire et de l’immolation de la victime émissaire ? Comment peut-on décréter mauvaise une violence fondée sur le caprice d’un seul et bonne celle qui se réclame de la collectivité cristallisée ? Vérité de la brutalité en deçà, erreur au-delà ? Quelle plaisante montagne borne ces deux précipices ? Effacer la dette par le rachat, payer pour rembourser, monnayer un dû, fonctionner sur une logique de troc où un dommage ici compenserait un autre dommage là, l’un arrêtant singulièrement l’autre avec les mêmes moyens ? Quelles étranges confusions... De sorte qu’on découvre qu’en matière de justice, comme partout ailleurs où se joue la violence, la fin justifie les moyens. En l’occurrence, la fin visée par le sacrifice légal exprime le ressentiment généralisé d’un groupe sur le corps du solitaire en marge pour le punir d’avoir refusé les séductions de l’instinct  grégaire. Vouloir se retrancher du corps social expose à voir son propre corps retranché dudit corps social par ceux-là mêmes qu’on aura défiés et qui reprendront activement à leur compte ce qui, a priori, leur était destiné négativement. Le social récupère et recycle une force négative, la violence délinquante, pour en faire une force positive, la force du droit et de la loi. L’ensemble se place sous le signe de la réappropriation dialectique du mal afin de le transfigurer puis d’en faire un bien : l’en-dehors, pour n’avoir pas voulu le dedans du social, devient un incarcéré de celui-ci et gît à l’épicentre du mécanisme, au lieu même où le sacrifice sanctifie la cause collective.

Dans l’ordre du sacrifice, à quoi donc ressemble un châtiment ? A la possibilité d’exercer des violences légales en forme de dons nécessaires au recouvrement de l’équilibre social. Physiques ou psychiques, mentales ou corporelles, les souffrances obtiennent l’onction sociale puisqu’en la matière, la société est juge et partie. Privations, vexations, humiliations, soumissions, exactions, persécutions, mortifications, sujétions, tout donne forme au sacrifice : l’individu rebelle doit comprendre qu’il est moins coupable d’avoir fauté à l’endroit de tel ou tel qu’à celui du saint des saints, ce sanctuaire collectif, en bafouant le principe grégaire. Les puissances sociales ont été offensées ? Il faut les calmer, apaiser leur courroux, s’attirer leur faveur et leur pardon. D’où la croyance qu’en sacrifiant une chair ou une âme, en offrant à la divinité insultée une figure mutilée légalement, on obtient réparation, l’ordre revenant séance tenante. Sacrifice, expiation, purification et rachat, on reconnaît là, à peine travesti, le modèle chrétien lui-même fort averti des techniques recyclant les vieilles coutumes païennes de l’immolation des victimes émissaires. La faute, la punition, la passion, la pureté recouvrée, le salut, voilà de quoi fabriquer un schéma pratique pour christianiser une théorie du droit qui aurait pu être plus autonome, moins obsédée par ce modèle. Dans la logique christique, on retrouve le crime, la décision de justice, la peine de prison, la libération, la réintégration sociale. Et l’incarcération comme une épreuve initiatique visant la conversion induite et initiée par le consentement et l’acquiescement du patient éprouvé ou de la victime ayant expié. Toute pensée qui affirme la possibilité du jugement des hommes et la condamnation de l’un d’entre eux par un autre s’appuie sur le modèle chrétien. Elle consent à l’idée que le sacrifice conduit au rachat, qu’il vaut monnaie pour le paiement d’une dette dont les équivalences et détails sont posés par le système social, l’offensé devenant l’offenseur en vertu d’un équilibre métaphysique nécessaire. Le corps martyrisé, humilié, bafoué, torturé fournit le modèle du salut. Retenons que le christianisme n’élit pas impunément la croix et les instruments sanglants de la passion et du supplice comme signes de ralliement. Ces instruments valent nos chaises électriques, guillotines et autres instruments tranchants inventés par la délicatesse des hommes. Le culte de la souffrance rédemptrice est une idée radicalement judéo-chrétienne.

La pensée juridique occidentale suppose une métaphysique religieuse et l’appui sur une mystique sacrificielle qui, toutes deux, impliquent et nécessitent la fabrication théorique d’un individu correspondant aux nécessités de leurs présupposés. D’abord, on dote cette figure singulière du pouvoir de choisir, donc de connaître, d’évaluer, de dire oui ou non tout en sachant où résident le Bien et le Mal, ce qui les distingue, pourquoi et comment l’un demeure préférable à l’autre, dans quelles circonstances et selon quels principes. Elle sait ce que définissent règles et lois, vertus et droit. Par conséquent elle n’ignore rien de l’inverse et distingue tout aussi nettement l’illégalité, le vice et la faute. La solidité de leur jugement, l’efficacité de leur raisonnement ne faisant aucun doute, ces individualités conscientes et rationnelles, raisonnables et logiques connaissent intimement le Juste, le Vrai, le Bien et savent le décliner sous toutes ses formes. Ensuite, on crédite cette création métaphysique d’un droit et d’un devoir de suite qui implique l’exercice libre du libre arbitre, d’où l’idée de responsabilité individuelle. Choisir le Bien ou le Mal, c’est être  susceptible de mériter les félicitations ou d’encourir l’opprobre, aller vers la Légion d’honneur ou se diriger vers la cellule malpropre. Dans tous les cas, puisqu’on peut choisir, on assume les conséquences de son geste et de ses préférences. Les rois et les sujets, les génies et les simples d’esprit, les puissants et les misérables, les nantis et les affamés, les savants et les incultes, les possédants et les démunis, les maîtres et les esclaves, voilà distinctions bonnes à mettre au panier : l’individu métaphysique existe dans l’absolu en vérité ontologique nécessaire à l’exercice occidental du droit. Or les individus ne disposent pas également d’un libre arbitre. Pis, ils sont d’autant moins responsables dans l’absolu que relativement ils procèdent d’occasions et résultent brutalement d’une nécessité impérieuse. La liberté de choisir même-ment distribuée chez chacun et le devoir d’assumer les conséquences d’un choix hypothétique tracent deux lignes de force sur lesquelles s’édifie la métaphysique juridique occidentale. Mais ces deux fables justifient le désir de légitimer la puissance et la cohésion du groupe : vouloir suppose opter délibérément et en pleine connaissance de cause pour ou contre la communauté. Dans un cas, on obtient d’elle ses félicitations et son adhésion, dans l’autre, sa réprobation et son exclusion. Or le libre arbitre n’existe pas. Seule triomphe la nécessité – le fatum des Latins –, définie en relation avec des agencements, des rencontres, des circonstances, des opportunités, des moments propices, des hasards objectifs. Là où gesticule l’individu se noue et se croise un formidable paquet de forces et d’énergies, d’influences et de déterminismes. L’identité de tout un chacun demeure redevable d’une physique, d’une physiologie, d’une histoire, d’une géographie, d’une climatologie, d’une génétique, d’une politique, d’une psychologie, d’une sociologie, d’une civilisation, d’une culture, d’une éthologie, et de tout ce qui disparaît, trop petit pour être repérable par une science précise, mais qui produit suffisamment d’effets pour induire de forts tropismes dans une âme. On ne naît pas ce que l’on est, on le devient. Et ce devenir tient moins à un libre arbitre doublé d’une conscience et d’une faculté de juger qu’à un matérialisme complexe où l’inextricable le dispute à l’indéfinissable.

Personne ne naît violeur ou gynécologue, criminel ou chirurgien, délinquant ou avocat général, char­cutier ou médecin légiste, instituteur ou pédophile, soldat ou saint, mercenaire ou médecin, évêque ou prostituée, philosophe ou prêtre, mais chacun le devient, aveugle sur une route où le conduisent des forces plus aveugles encore que lui. Ce qui sépare le chemin de ses fossés, ce qui distingue le Capitule de la roche Tarpéienne, ce qui creuse la différence entre le prix Nobel et l’échafaud, parfois, souvent, a l’épaisseur d’un papier japon. Cet infinitésimal procède de l’irrationnel et de l’irréductible aux raisons raisonnables. D’aucuns doivent leur versant sombre ou lumineux à une rencontre, un silence, une inflexion de voix, un décalage trop long de quelques secondes entre leur attente fébrile et l’arrivée d’une phrase décevante. Quelques-uns, bandits dans un moment, auraient été héros dans un autre, et parfois le sont. Sinon l’inverse. Qui osera rendre chacun responsable de ce qu’il est, intégralement, totalement, définitivement ? Lequel dira le devoir d’assumer toute sa nature, dans le moindre détail et la plus infime parcelle de son être ? Les plus dotés, les plus doués, croient le plus souvent à l’existence du libre arbitre pour justifier leur trajet et récolter des félicitations plus faciles à recevoir que des reproches. Mais ceux-là ne méritent pas plus la consécration que d’autres la vindicte : ce que tout un chacun est et devient, il l’est et le devient par-delà le Bien et le Mal, dans un registre où la morale n’a plus cours, mais seulement une mécanique d’un genre subtil. Un individu procède d’un compromis entre de multiples influences et résulte d’une alchimie singulière, complexe, impossible à réduire intellectuellement.

L’identité cristallise des zones d’ombre et des clartés magnifiques, des parts maudites et des coulées limpides, des morceaux de nuit et des inondations de grand jour, le tout enchevêtré dans un sac de peau dont aucune psychanalyse existentielle ne fournit le mode d’emploi. Entre Lacenaire et le professeur Barnard, Robespierre et Landru, Sade et mère Teresa, Violette Nozière et Simone de Beauvoir, le maréchal Pétain et Jean Moulin, Gilles de Rais et Jean XXIII, Vidocq et Mesrine, Marc Dutroux et monseigneur Lustiger, je vois moins effet de libre arbitre et responsabilités individuelles que travail de la nécessité, œuvre du déterminisme, tropismes irrésistibles, énergies impérieuses, puissance de logiques dans  lesquelles la liberté compte pour rien – ou presque. Ni les grands hommes dans la vertu, ni leurs semblables dans le crime ne sont responsables d’eux-mêmes puisque ce qui les construit suppose un enchevêtrement de dynamiques, de vitalités plus tard nommées des individualités. Si chacun disposait d’un libre arbitre, il faudrait en conclure, bien évidemment, et dans toutes ses conséquences, à la responsabilité de ses moindres faits et gestes, certes, mais aussi à la possibilité de se vouloir et de se pouvoir autre qu’on n’est. Or qui peut dire, qui peut se dire, à lui-même, en son for intérieur, qu’il peut, s’il le veut, être autre qu’il n’est ? Dans cette hypothèse, quel être impuissant ne souhaiterait la puissance ? Quel individu disgracié ne voudrait la grâce ? Quelle personne démunie ne se doterait illico des moyens de faire fortune ? Quel esclave ne deviendrait maître ? Quel homme du commun ne se voudrait exceptionnel, héros, génie ou saint ? Quel pédophile n’aspirerait immédiatement à une sexualité moins destructrice pour les autres et pour lui ? Quel violeur ne préférerait une sexualité épanouie ? Quel cri­minel n’opterait pour une vie lavée de toute trace de sang ? Et pourtant, combien d’impuissants et de disgraciés, de démunis et d’esclaves, d’hommes du commun et de pédophiles, de violeurs et de criminels qui subissent la loi de la nécessité et les contraintes du déterminisme ? Tous coupables, tous responsables de ne pas réaliser ce dont ils n’auront jamais les moyens ni la possibilité ? Sûrement pas...

A ce jeu, chacun d’entre nous se choisirait tout de suite un autre destin, plus reluisant et plus doré, flamboyant, moins terne et moins banal. On peut toujours croire que l’on fait ce que l’on veut, mais a-t-on les moyens de vouloir autrement ? Je ne crois pas. Le vouloir n’est pas libre, il résulte d’une lutte intérieure pour des motifs, des raisons d’agir, dont certains d’entre nous triomphent, non parce que nous les choisissons, mais parce qu’ils nous choisissent, non parce que nous les voulons, mais parce qu’ils nous veulent. Le libre arbitre en l’homme pèse presque autant que dans les autres règnes, minéral, végétal ou animal. Pas plus que la pierre ne décide de l’agencement de ses cristaux, le tournesol ne choisit son mouvement vers le soleil, ni la langouste de migrer vers les fonds sous-marins aux courants plus chauds. De la même manière, le criminel n’opte pas pour le crime contre la vertu quand ce qui fait de lui un  criminel le requiert. Seule la volonté est libre, pas l’individu dont elle se joue. Le roman autobiographique de chacun obéit à une pure nécessité nulle part inscrite, mais tout entière en train de se faire au fur et à mesure que se déploie une existence dans un lieu, en relation avec des faits, des circonstances, des rencontres, des conditions, des personnes. Le libertin ou l’ascète, le criminel ou le saint, le bourreau ou la victime obéissent aux mêmes logiques et se situent aveuglément à l’épicentre d’eux-mêmes, ignorant ce qui les constitue et consentant sans aucune autre possibilité à ce qu’il advient d’eux. L’existence individuelle échappe en premier lieu à qui en est l’occasion, en second lieu à qui tâche de voir pourquoi et comment elle se structure ainsi et pas autrement. Dès lors, si l’on ne choisit pas son destin, mais qu’on est choisi par lui, qu’advient-il de la responsabilité ? Que reste-t-il comme arguments au juge pour juger, aux hommes pour condamner ? Jadis des procès d’animaux envoyaient des porcs à la hache du bourreau quand ils avaient dévoré un enfant ou blessé un homme ; des poules étaient égorgées, après décision de justice, pour avoir troublé la paix d’un voisin ; des chiens ont été pendus après avoir mordu des passants, et ce toujours en vertu de vérités juridiques supposant la possibilité d’étendre la responsabilité partout quand, à l’inverse, on aurait dû généraliser métaphysiquement l’innocence.

Croire à la responsabilité, tout comme fantasmer sur l’existence du libre arbitre, donne aux maîtres et aux seigneurs, aux puissants et aux dominateurs les moyens d’assurer leur pouvoir en s’érigeant en modèles, en acteurs emblématiques du devoir-être et du devoir-faire dans la société. Devenus parangons de vertu, dont ils disent les prospérités – autant qu’ils fustigent les malheurs du vice –, ils transforment les esclaves, les serfs, les délinquants, les gens de peu, les démunis, les malchanceux en bourreaux de la société bien qu’ils en soient les victimes les plus éprouvées. De ceux-là, on ne peut accepter que le déterminisme les conduise à mettre en péril la machine sociale à laquelle l’homme qui juge doit sa position de maîtrise. Et plutôt qu’agencer autrement les déterminismes pour agir sur la nécessité et les causes, on préfère réprimer les effets, se fâcher contre les conséquences. De sorte qu’en lieu et place de la politique, la justice opte toujours pour la morale. Que punissent les juges ? Un dommage et une offense causés à l’ordre auquel ils doivent leur statut et leur condition. Ils défendent un monde dans lequel les lois définissent les bonnes places et punissent les occupants des mauvaises – même si la défense d’autrui, de ses biens et de sa personne, de sa sécurité, fournit d’excellents arguments pour présenter la pensée juridique comme une éthique moraliste et humaniste. Le manque d’égards à l’endroit du social apparaît comme un défaut de révérence au monde qui sélectionne les dominants et les bénéficiaires de la machine grégaire. Le jugement des hommes ne peut se contenter d’avancer un franc et net ressentiment en guise de généalogie, pas plus une défense en règle du monde qui leur offre prébendes. D’où la fabrication d’une fable et de mythes – le libre arbitre et la responsabilité – en vertu de quoi l’exercice de leur office passe pour une défense et illustration désintéressée des grands principes : la Loi, le Droit, l’Ordre, la Justice.

D’aucuns verront dans une philosophie de la nécessité, dans une pensée de la pure détermination une option métaphysique tragique ne laissant d’alternative qu’entre le désespoir ou le laisser faire, le laisser aller : si les hommes ne sont pas libres de leurs faits et gestes, pas plus qu’ils ne sont responsables, si le bourreau ne vaut pas davantage ontologiquement que la victime, si tout ce qui advient procède d’une pure et inévitable logique de conséquences aveugles, alors le désordre est certain, l’anarchie à venir et l’apocalypse à nos portes. Comment penser positivement et offrir matière à une philosophie politique et juridique dans un monde fonctionnant sur ce mode terrible ? De quelle manière repenser le droit et la loi dès lors qu’on congédie le sacré, la transcendance, l’absolu pour délibérément s’installer sur le terrain nu de l’immanence, là où aucun arrière-monde ne perturbe la pensée ? Dans cette perspective au-delà du Bien et du Mal, la machine de justice de Kafka, et toutes celles qui en procèdent non pas métaphoriquement mais réellement, deviennent caduques. L’idée qu’un châtiment, qu’une peine à inscrire dans la chair ou que le corps devienne seule monnaie d’échange pour une réparation cesse d’être pertinente et d’actualité. Que faire, donc ? D’abord, sur le terrain théorique, dissocier la loi de la force du plus grand nombre et du ressentiment pour l’inscrire dans une logique politique et non plus seulement morale. Autant dire qu’il s’agit de vouloir une philosophie juridique qui revendique nettement une position politique et prenne en considération les causes à traiter dans la cité plus que les effets à juger à l’endroit d’un individu. Ensuite, renoncer au sacrifice et au recyclage des vertus de l’idéal mortifère qu’il suppose pour célébrer la pulsion de vie et les occasions de soigner plutôt que miser sur l’amputation, la destruction.

Enfin, penser l’individu autrement que comme une figure métaphysique douée de qualités qui n’existent pas pour célébrer un individu réel, concret, redevable d’une pensée pragmatique, nominaliste. Pour appuyer ces propositions et contribuer à la fin d’une loi patriarcale, divine, autoritaire, castratrice, dominatrice, on pourrait solliciter, informé des vérités de l’« innocence du devenir », une théorie du droit qui inverse la logique de la répression au profit d’une logique de la prévention : là où des causes entremêlées produisent la délinquance, que le droit défasse cet enchevêtrement et mette les individus susceptibles de sombrer dans une situation où ils auront à s’en sortir. Plutôt que de couper la main du voleur, rendre nulles et non avenues les conditions qui le font tel. Et pour celui qui a succombé, que la loi redise sa volonté de ne pas châtier et punir, mais son désir réparateur d’hospitalité communautaire et collective. Pour en finir avec le jugement des hommes, il faut laisser derrière soi l’attirail des concepts de la pensée juridique réactionnaire et conservatrice : la répression et le châtiment, le sacrifice et la peine, la res­ponsabilité et la volonté, le sacré et la transcendance, la condamnation et la réparation, la punition et l’expiation, le rachat et la faute. De la même manière qu’on a relégué aux musées de l’histoire de la cruauté les guillotines et les bancs d’élongation, les masques infamants et les cages d’exposition, les piloris et les fouets à clous, laissons aux musées des notions caduques tout ce matériel conceptuel. Et réhabilitons les vertus politiques qui ont à voir avec l’hospitalité et la longanimité, la magnanimité et la grâce, la clémence et la douceur. Car une nation qui dispose de valeurs et y croit, les défend et s’en honore, ne peut succomber à la tentation de la répression et de la cruauté en matière de philosophie juridique sans d’un seul coup montrer sa faiblesse, sa fragilité, son impuissance et son manque de grandeur. Seul est grand celui qui peut nuire ou tuer, mais qui s’en abstient. Il en va des individus comme des pays. Là où le ressentiment du plus grand nombre induit le recours au sacrifice et à la punition, la magnani­mité des meilleurs doit renoncer et annoncer une théorie de la chance. Je pense ce concept susceptible d’être cardinal pour élaborer une philosophie juridique qui soit politique et à la hauteur de ce à quoi devraient toujours servir les corps constitués : accueillir, intégrer, faire place et donner avant d’exiger qu’on lui donne, offrir avant de vouloir qu’on lui sacrifie. Pas d’Etat, de nation, de société sans ce devoir de civilité qui fonde la civilisation. L’obligation à des devoirs ne peut s’imposer sans que la puissance demanderesse soit aimable, désirable et complice. La chance, l’étymologie le confirme, suppose la bonne donne dans un jeu, l’aléatoire et le caprice du destin faisant l’essentiel du travail. Dans les trajets individuels et solitaires, dans les existences multiples et diverses, les chances se distinguent inégalement. Une pensée juridique – osons les mots – hédoniste et libertaire soumettrait le droit et la loi à des règles permettant la redistribution des cartes quand d’aucuns, trop lésés, se retrouvent à tricher pour disposer de la seule chance qu’ils puissent espérer pour gagner. On ne peut désespérer des hommes et leur reprocher de se comporter en désespérés si aucune chance ne leur est offerte pour qu’ils puissent jouer une fois sans risquer sûrement de perdre.

Dans le recours à la chance transparaissent les antiques et nobles vertus de la grâce, du droit régalien exercé par un seul qui expérimente de la sorte une puissance exprimée arbitrairement et soumise à son inspiration. Parce que son pouvoir procédait de Dieu, il pouvait en user selon son bon vouloir. Loin des princes et des dictateurs, loin des rois et des tyrans détenteurs des puissances les plus étendues, l’homme de justice, tournant le dos aux herses de Kafka et aux caves de torture, pourrait expérimenter la grâce pour montrer l’humanité de la fonction et sa logique aristocratique. Que ceux que le destin a désignés pour être heureux et prospères usent de leur chance moins en suzerains négateurs qu’en seigneurs affirmateurs et qu’ils n’ajoutent pas au désespoir des victimes du destin de plus grandes infamies. Une politique de la chance et une métaphysique de la grâce fournissent deux lignes de force pour une pensée juridique enfin laïque, païenne et immanente. Une théorie juridique de la chance reprend sur le terrain de la loi et du droit les arguments semblables à ceux du pari de Pascal : à ne pas donner sa chance, on perd à tous les coups ; à la donner rarement, on rend d’autant plus rares les occasions de gain ; à la donner souvent, on augmente et multiplie les probabilités. A ne rien essayer, on perd à chaque fois ; à tenter l’aventure, on explore des contrées vierges qui peuvent s’avérer chanceuses. La métaphysique active à laquelle je songe suppose que là où tombe un homme, au lieu de lui écraser le visage parce qu’il gît à terre, on le relève et on lui donne l’occasion de poursuivre son chemin dans de meilleures conditions. Là où le délinquant se retrouve tel, impuissant et produit d’un faisceau de causes sombres, la chance consiste à l’extraire de ces conditions, à l’éloigner de ce qui l’a fait tel, à lui faire prendre des distances avec le milieu délétère l’ayant constitué. La justice consiste à multiplier les chances heureuses là où les causes perverses font la loi, à fournir des occasions de déterminismes bénéfiques là où seuls sévissent les maléfiques. Créer des chances arrache l’individu aveugle à son destin pour l’installer dans des conditions où la nécessité devient autre, où les potentialités se modifient. Dans certaines circonstances, dans certains lieux, dans certaines conditions, on sait la chance impossible et les probabilités grandes de délinquer. Qu’on crée donc d’autres circonstances, qu’on détruise certains lieux, qu’on rende impossibles certaines conditions, qu’on brûle les bouges, qu’on épuise les vitalités du maléfice. Et que disparaissent les mauvaises étoiles remplacées par des feux magnifiques. Aucune révolution métaphysique de la justice ne s’accomplira sans une politique des contre-feux favorables. Qu’advienne la politique douce pour que cesse la morale cruelle.
Michel ONFRAY
© 2009 Frémeaux & Associés 

CD1 : Conférence de Michel Onfray – durée totale : 74’35
1. Présentation 4’24 ?
2. Introduction 4’44 ?
3. L’épistème chrétienne 5’00 ?
4. La généalogie de la loi est une question politique 5’00 ?
5. Théorie du contrat 4’01 ?
6. Renoncement à soi 4’58 ?
7. Une logique sacrificielle 4’28 ?
8. Une vengeance légale 4’33 ?
9. La souffrance est rédemptrice 3’58
10. La fiction du libre arbitre 4’27
11. Entendre « l’innocence du devenir » 5’03
12. La pensée panoptique 5’07
13. Se situer « Par-delà le bien et le mal » 4’52
14. Agir sur les choses 5’29
15. Réhabiliter des vertus politiques 5’16
16. Promouvoir une politique de la chance 3’08 

CD2 : Questions des auditeurs de la conférence – durée totale : 40’30 ?
1. Première question 9’59 ?
2. Deuxième question (1) 4’20 ?
3. Deuxième question (2) 5’36 ?
4. Deuxième question (3) 6’50 ?
5. Troisième question 8’11 ?
6. Quatrième question 3’42 ?
7. Cinquième question 1’47 

Ecouter LA CONFÉRENCE EN PUBLIC DU 7 MARS 2008 PAR MICHEL ONFRAY L’INJUSTICE DE LA JUSTICE (livre audio) © Frémeaux & Associés / Frémeaux & Associés est l'éditeur mondial de référence du patrimoine sonore musical, parlé, et biologique. Récompensés par plus de 800 distinctions dont le trés prestigieux "Grand Prix in honorem de l'Académie Charles Cros", les catalogues de Frémeaux & Associés ont pour objet de conserver et de mettre à la disposition du public une base muséographique universelle des enregistrements provenant de l'histoire phonographique et radiophonique. Ce fonds qui se refuse à tout déréférencement constitue notre mémoire collective. Le texte lu, l'archive ou le document sonore radiophonique, le disque littéraire ou livre audio, l'histoire racontée, le discours de l'homme politique ou le cours du philosophe, la lecture d'un texte par un comédien (livres audio) sont des disques parlés appartenant au concept de la librairie sonore. (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, cours sur CD, entretiens à écouter, discours d'hommes politiques, livres audio, textes lus, disques parlés, théâtre sonore, création radiophonique, lectures historiques, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre, audio-livre, lecture à voix haute, entretiens à haute voix, parole enregistrée, etc...). Les livres audio sont disponibles sous forme de CD chez les libraires  et les disquaires, ainsi qu’en VPC. Enfin certains enregistrements de diction peuvent être écoutés par téléchargement auprès de sites de téléchargement légal.




EcoutezPisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 Présentation - Michel04'24
02 Introduction - Michel04'44
03 L'Episteme Chrétienne - Michel05'00
04 La Généalogie de la loi est une question politique - Michel05'00
05 Théorie du contrat - Michel04'01
06 Renoncement à soi - Michel04'58
07 Une logique sacrificielle - Michel04'28
08 Une vengeance légale - Michel04'33
09 La Souffrance est rédemptrice - Michel03'57
10 La Fiction du libre-arbitre - Michel04'27
11 Entendre l'innocence du devenir - Michel05'03
12 La Pensée panoptique - Michel05'07
13 Se situer par-delà le bien et le mal - Michel04'52
14 Agir sur les choses - Michel05'29
15 Réhabiliter des vertus politiques - Michel05'16
16 Promouvoir une politique de la chance - Michel03'08
CD 2
01 Première question - Michel09'59
02 Deuxième question 1 - Michel04'20
03 Deuxième question 2 - Michel05'36
04 Deuxième question 3 - Michel06'50
05 Troisième question - Michel08'11
06 Quatrième question - Michel03'42
07 Cinquième question - Michel01'47
« La dimension philosophique et humaniste de notre justice » par l’Alsace

A l’invitation du Syndicat des avocats de France, le philosophe Michel Onfray a donné à Alençon en mars 2008, une conférence sur la justice analysée au regard du système judiciaire et de nos civilisations. L’enregistrement (inédit) est réuni sous le titre de L’Injustice de la justice. Avec une approche scientifique et pédagogique, Onfray s’intéresse à la dimension philosophique et humaniste de notre justice. Il se penche sur le pourquoi punir ou la loi comme une invitation au renoncement de soi. Le second CD regroupe les questions/réponses sur la tolérance ou la peur. Une écoute salubre. L’ALSACE




"Il marque les esprits et constitue un véritable phénomène éditorial" par Joel Jégouzo

"Tôt ou tard on s’y colle, quand il est question du polar.  Mais tout d’abord, qu’est-ce qui fait le succès de Michel Onfray ? On peut être agacé par le personnage, et plus encore par les raccourcis intellectuels qui façonnent avantageusement son discours. Mais force est de constater qu’il marque les esprits et constitue un véritable phénomène éditorial. Trente livres publiés, une dizaine de conférences enregistrées, une université populaire qui voit des succursales s’ouvrir un peu partout dans le monde, et pour ne pas en finir, une université du goût, "parce qu’il existe une vie après les nouilles". On le voit : Onfray balaie large. Il est populaire, sans doute parce qu’il a délibérément choisi de ne pas dialoguer avec les institutions, à commencer par l’université où il se sentait trop à l’étroit, mais avec la société elle-même et en son sein, d’abord avec ceux qui pâtissent d’une économie de marché par trop libérale. Mais tout aussi sûrement, parce qu’il semble réitérer la position de Marx, quand celui-ci écrit que "les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde" et qu’il "s‘agit maintenant de le transformer". Du Marx revisité en somme, campant à la lisière de l’ultra-gauche. L’enregistrement des éditions Frémeaux propose ainsi une conférence faite à la demande du syndicat des avocats de France. Demande à laquelle Onfray répond en s’adressant aussi bien aux justiciables qu’aux justiciés, qui savent de quoi il retourne lorsqu’à la rééducation, on préfère la punition. Au nom de quoi punissons-nous ? Dans un langage volontiers métaphorique, Onfray passe les concepts de la philosophie sur la question à la moulinette du bon sens et s’interroge : la Loi ne serait-elle pas plutôt le fait d’un contrat dont on a oublié de nous demander de le penser ensemble ? Punir - essentielle vocation de la Justice-, est-ce vraiment le seul souci que nous voulons retenir entre nous ? Ne vaudrait-il pas mieux promouvoir l’innocence du devenir pour tous, donner des chances en gros, là où le libéralisme sauvage génère de la pauvreté qui génère en retour de la délinquance ? Une "politique de la douceur", selon ses propres termes, magnanime, pour déjouer les déterminismes maléfiques qui enferment la misère dans le cercle vicieux de la délinquance, comme pour mieux nous soustraire à l’obligation, "naturelle" dans une société démocratique, d’endiguer les exclusions. A méditer.  Et lire en parallèle l’excellente Colonie pénitentiaire de Kafka, qui fonde la métaphore constitutive de la vision de Michel Onfray sur la nature profonde de la justice dans les sociétés libérales. Michel Onfray, Frémeaux et Associés éditions, janvier 2009, 2 CD, durée 120’, avec un livret de 20 pages"
par Joël JEGOUZO - NOIR COMME POLAR




« Réponse à l’invitation des avocats de France » par Le Journal du Médecin

« Conférence donnée par Michel Onfray à Alençon, en réponse à l’invitation des avocats de France, l’injustice de la justice aborde la question de la justice au regard du système judiciaire de nos civilisations. Une fois de plus, comme dans les conférences données dans le cadre de l’Université populaire de Caen immortalisées elles aussi sur CD sous l’intitulé Une contre histoire de la philosophie-, la clarté de la voix de Michel Onfray n’a d’égale que celle de son discours. Son approche pédagogique et scientifique met en lumière les dimensions philosophiques et « humanistes » de notre justice et permet de s’interroger sur ses fondements afin de réfléchir à son avenir. Petit extrait de son toujours percutant discours : «  Certes, en Occident, on a rangé au magasin de accessoires les lapidations, écartèlements, fustigation publiques et autres mutilations. Mais il me semble que rien n’a changé de cette mystique de la punition et de ses présupposés métaphysiques. On pense toujours, dans la France démocratique d’aujourd’hui, autant que dans les fausses républiques vraiment islamiques qui salissent ici ou là telle ou telle nation que la faute existe, qu’elle ne fait pas problème, que son auteur est toujours responsable donc coupable, qu’il faut le punir, et que cette punition passe par une atteinte à l’intégrité de son corps. » »
Par Bernard Roisin — LE JOURNAL DU MEDECIN




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