CORSE (1916 - 2009)

UNE ANTHOLOGIE DES MUSIQUES TRADITIONNELLES

Plus de détails

Nombre de CDs : 1


19,99 € TTC

FA5268

En Stock . Expédition prévue sous 24 à 72h selon week-end

Ajouter à ma liste

+2 pts fidélité


Corse

Ce disque regroupe des enregistrements de musiques traditionnelles collectées in situ tout au long du XXe siècle. L’édition a été réalisée dans le cadre du travail muséographique de Guillaume Veillet (collecteur et ancien rédacteur en chef de Trad Magazine), pour diffuser au public un panorama des musiques traditionnelles de France. Il fait partie d’une collection de 10 CDs, organisés par zones géographiques destinés à témoigner de l’apport populaire à l’histoire et à l’actualité de notre patrimoine culturel et artistique.
Patrick Frémeaux

This record was produced in the context of the museum work of Guillaume Veillet (a collector and former editor of Trad Magazine), so as to make available to the public a broad panorama of French traditional music. It is one of a collection of 10 CDs, divided geographically by region, that aim at documenting popular contributions to the history and contemporary nature of our cultural and artistic heritage.
Benjamin Goldenstein
 

1. L’alcùdina - 2. Vuleria chì la mio pelle (paghjella) - 3. Brìndisi - 4. Salute amati sposi (brìndisi) - 5. Vòceru di Pàduva Maria - 6. A morte di Filicone (lamentu) - 7. Suite d’airs à danser (quadriglia) - 8. Suda sangue - 9. Rite grec à Cargèse lors de la semaine de Pâques - 10. Perdono mio Dio - 11. Carillonneurs lors des rencontres de cloches de Pioggiola - 12. Credo - 13. Valse du village de Prato di Giovellina - 14. Padre (madrigale) - 15. A pedina (punt’ è taccu) - 16. Chants électoraux à Pero-Casevecchie - 17. Tribbiera - 18. Solo de flûte pìrula - 19. Paysage sonore : troupeau ensonnaillé - 20. Chjama è rispondi - 21. La ricchezza di la so mammucia (berceuse) - 22. Cantu ghjunsanincu - 23. Nun ti scurdà di mè (terzetti) – 24. Dio vi salvi Regina.

Droits : Frémeaux & Associés - Groupe Frémeaux Colombini SAS. Avec le soutien de la SACEM, en accord avec les interprètes, les collecteurs, ou leur successions et avec le concours de la FAMDT, le MuCEM, Trad Magazine, la SACEM, la BnF, Dastum, Dastum Bro Leon, Dastum 44, le GCBPV, L’Epille, UPCP-Métive/CERDO, La Loure, Arexcpo, Berluette, Arès, Ellébore, la Bibliothèque nationale de France, l'AMTA, le CRMTL, les Archives Départementales du Cantal, Mémoires Vives, UCPS, Thiaulins de Lignières, le Conservatoire Occitan, La Talvera, Menestrers Gascons, l'Institut Culturel Basque, l’Institut Occitan, l’AMTP du Quercy, le CMTRA, la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme, le Musée Dauphinois, le CIMP, la Phonothèque Nationale Suisse, Terres d’empreintes, le Centre d’Etudes Francoprovençales René Willien, le Musée de la Corse, l’INA, Voce, la Collectivité Territoriale de Corse, le CADEG, Takamba, le PRMA, ADCK, Rèpriz, les Archives de folklore et d’ethnologie de l’Université Laval, le Centre d’Etudes Acadiennes Anselme Chiasson, le Centre Franco-Ontarien de Folklore, Archives of Cajun and Creole Folklore."

France - Corse

Corse
Enregistrements réalisés entre 1916 et 2009









La Corse, île méditerranéenne au relief montagneux, est française depuis 1769. Elle a su conserver sa culture et sa langue. On a parfois une vision un peu réduite de la musique traditionnelle corse. Depuis les années 1970, une pratique, certes fascinante, a été mise en avant par le riacquistu, important mouvement de réappropriation de la culture locale : il s’agit du chant polyphonique (sous ses diverses formes : paghjella, terzetti, madrigale…). Ce mode d’expression, dont ce disque présente de beaux exemples, n’est qu’une tradition musicale parmi d’autres sur l’île. Depuis 1948 au moins, suite aux premières collectes de Félix Quilici (1909-1980), on sait que la réalité est beaucoup plus variée : complaintes, chants funèbres, sérénades aux époux, joutes improvisées… sans compter la riche tradition instrumentale (de violon, principalement).

- Pour chaque morceau sont indiqués, à la suite du titre : l’interprète, l’instrument pratiqué, la date et le lieu d’enregistrement, ainsi que le nom du collecteur.  Il a également été choisi de préciser le département, et donc de respecter le découpage administratif actuel. D’autres choix auraient été possibles, du fait de la superposition en France de divers référents territoriaux et aires culturelles : terroirs ou “pays”, anciennes provinces, régions… 

- Pour une identification plus précise de la provenance de chaque extrait (fonds d’archives, publications précédentes), ainsi qu’un minutage précis, on se reportera en fin de livret, à la rubrique Provenance des enregistrements.

- Le texte intégral des chansons est consultable sur le site Internet de Frémeaux & Associés


1. Principià vogliu à lodare (L’Alcùdina)
François Bianconi (chant)
Enregistré en 1949 à Zicavo (Corse-du-Sud) par Félix Quilici.
Un chant à la gloire du mont Alcùdina, qui domine l’Alta Rocca, en Corse du sud. Il est interprété par un adolescent.. 

Principià vogliu à lodare
U San Pietru è Veraculongu
Po ci hè Nebbiu incù la Trova
O Frauletu à fà la prova
Funtana di Terminelli
U termine da faccia al pianu
Di bellezza hè in i confine
O da quel (??) circondate 

Sottu quel toppe di prati
O sguìzzanu tanti roscelli
Sottu son pesci sarrati
È sopra pàscenu l’agnelli 

Je veux commencer par faire l’éloge
De San Petru et Veraculongu
Puis viennent Nebbiu et la Trova
Ainsi que Frauletu qui le mérite
La fontaine de Terminelli
Est à la limite du plateau
En tout point dans ces parages
On est entouré de beauté 

Sous les percées de prés
Surgissent tant de ruisseaux
Où les truites  sont prisonnières
Et au-dessus paissent les agneaux


2. Vuleria chì la mio pelle 
Andria Olivi (basse), Tumasgiu Cipriani (seconde), Antonmarcu Campana (terza)
Enregistrés le 19 mars 2009 à Taglio-Isolaccio (Haute-Corse) par Catherine Herrgott avec Salvatorangelo Pisanu (prise de son).
Cette paghjella (chant polyphonique à trois voix) est une composition de l’“équipe des beaux-frères”, trois chanteurs emblématiques de Taglio-Isolaccio : Pierrot Bernardini, Petrettu Mariani et Saveriu Ciavaldini (le seul toujours vivant aujourd’hui). 

Vuleria chì la mio pelle
Diventassi un coghju forte

Per mandalla à la concia
Per fanne un paghju di botte

Per pudè purtalle tù
Lu mio amore fin’à la morte

Je voudrais que ma peau
Devienne un cuir fort 

 Pour l’envoyer chez les tanneurs
Et en faire une paire de bottes
 

Pour que tu puisses les porter
Mon amour, jusqu’à la mort.

3. Brìndisi
Anghjula Potentini (chant)
Enregistrée le 4 mars 2005 à Patrimonio (Haute-Corse) par Guillaume Veillet.
Félix Quilici a recueilli en situation une strophe de berceuse, dans le village d’A Casalta (Pieve d’Ampugnani), sensiblement identique à ce toast aux époux. Anghjula Potentini, qui l’interprète ici, est une jeune chanteuse professionnelle bien connue en Corse. Elle tient ce chant de son père, berger.

Ch’ellu ti sia cuncessu
Tuttu l’oru di la Spagna
U granu di la Casinca
Cun l’oliu di la Balagna
U vinu di U Migliacciaru
È d’Orezza la castagna.
Que te soit accordé
Tout l’or de l’Espagne
Le blé de la Casinca
Ainsi que l’huile de la Balagne
Le vin de Migliacciaru
Et les châtaignes de l’Orezza.


4. Salute amati sposi 
Jean-Benoît Mariani (chant) et Don Matteu Giacometti(violon)
Enregistrés en 1949 à Sermano (Haute-Corse) par Félix Quilici.
L’interprète improvise une sérénade aux époux, brìndisi.  Celle-ci est chantée sous la forme d’une currente, qui est le terme désignant l’accompagnement d’une chanson au violon.

Salute amati sposi
Onore à Sant’Andria
Ma ùn ci sia più ghjelosi
Sì la nostra hè Maria
Preghenduvi bona sorte
Sermanu anu da apre le porte.

Sermanu apre le porte
Cù la strada di li fiori
È vi offre per cumpagnu
Lu più bravu di li cori
Cullate in casa di Lesiu
Voi serete in paradisu.
Bonsoir époux bien aimés
Honneur au village de Saint- André
Mais qu’il n’y ait plus de jaloux
Si notre Marie est l’épousée
En vous souhaitant bonne chance
Sermanu va vous ouvrir les portes.

Le village de Sermanu ouvre ses portes
Sur une route toute fleurie
Et vous offre pour compagnon
Le plus généreux des coeurs
Vous allez dans la maison d’Alexis
Là vous serez au paradis. 

 
5. Ni sentu una voci in piazza (Vòceru di Pàduva Maria)
S. Castelli et O. Veyrune (chant)
Enregistrées en 1949 à Zonza (Corse-du-Sud) par Félix Quilici.
Voici quelques strophes d’un très beau chant funèbre (vòceru), épilogue d’une histoire d’amour contrarié. Dialogue improvisé entre la mère d’un jeune homme défunt et la jeune fille dont il était amoureux, mais que la famille du garçon refusait d’accepter. Le prénom, Pàduva, référence à saint Antoine de Padoue, devient Pàula lorsqu’il n’est pas compris par certaines interprètes, comme ici.

“Ni sentu una voci in piazza
Mi par Paula Maria
Quella chè lu mio figliolu
Amava per cumpagnia.”

“Or lasceti u m’abbraccià
Incù poca ghjilusia
Ch’era ghjà trè mesi è più
Chì vidutu eu ùn l’avia
Chì lu vi teniate ascosu
Indeh par Paula Maria.”

“La me Paula Maria
Cunfessu lu me piccatu
Piuttostu chè dallu à voi
Bramava avellu intarratu
Ma sè era vivu stamani
Saria lu vostru spusatu

Or cacciami da st’angoscia
Or cacciami da quistu mali
È po fà alloch’è à trè anni
O cara lu viduvali
Ti docu trecentu scudi
Cuntati in u me scusali
Altrettanti à la me morti
Li ti suttuscrivu avali.”

“Ringraziu  i vostri dinari
Ringraziu i vostri quattrini
Sapeti ch’in la me casa
Si misuranu à bacini

In casa di lu me babbu
Ci fala quattru funtane
Una di lu russu vinu
L’altra di lu biancu pani
Una di l’amor di Diu
L’altra di la caritani.”
“J’entends parler au pied de ma maison
Il me semble reconnaître la voix de Paula Maria
Celle dont mon fils
Aimait la compagnie.”

“Laissez-moi donc l’embrasser
Sans aucune jalousie 
Car il y avait plus de trois mois
Que je ne l’avais pas revu
Vous le gardiez caché
Aux yeux de Paula Maria.”

- Ma chère Paula Maria
Je confesse mon péché
Plutôt que de vous le donner
Je préférais le voir enterré
Mais s’il était vivant ce matin
Il serait votre époux

Ôte-moi cette angoisse
Ôte-moi cette souffrance
Et porte pendant trois ans,
Ma chère petite, l’habit des  veuves
Je te donnerai trois cents écus
Sonnants dans mon tablier
Encore autant à ma mort
Je te les promets par écrit sur le champ.” 

“Je vous remercie pour votre argent
Je vous remercie pour vos écus
Vous savez bien que chez moi
On les compte par boisseaux

Dans la maison de mon père
Coulent quatre fontaines
L’une de vin rouge
L’autre de pain blanc
L’une d’amour de Dieu
L’autre de charité.”

  
6. Impiegà vogliu la musa (A morte di Filicone)
Pierre Grimaldi dit “Peppetru u Barbutu” (chant)
Enregistré en 1961 à Piobetta (Haute-Corse) par Félix Quilici.
Emouvante complainte (lamentu) pour la mort d’un chien de chasse, tué par un sanglier. Elle fut composée par le père de l’interprète, Ghjuvanghjiseppu Grimaldi.  

Impiegà vogliu la musa
Per fanne duie canzone
Mi ritrovu ind’E Poghje
È dimoru in l’Arbitrone
Ne sò tristu è scunsulatu
Chì ghjè mortu Filicone.

La morte di Filicone
Quantu mi hà datu pena
Sò ghjunti li cacciadori
Di lu Pricoghju è d’Arena
Sonu arrivati da Fiumorbu
Di Serra di Scopamena.

Quand’elli la senteranu
Li cacciadori in Casinca
Ch’ellu hè mortu Filicone
À u pede d’una lustinca
N’hè mortu bellu onoratu
Cù l’un cinghjale capu à capu.

Cinghjale di trenta chilò
U l’avimu pigliatu in bocca
N’avimu fattu le parti
In lu collu d’Arcarotta
Ci si truvava ancu Ghjambattistu
Soprannome Cocca Cocca.

Ellu trovava pernici è lefre
Molti cinghjali è fasgiani
È ne partia da Aleria
Sinu à Fiume Alisgiani
Passava per Padulella
Cantone di Moriani.

O quale hè chì ferà la guardia
Indu la casa à l’Arbitrone
La notte cum’è lu ghjornu ?
N’era sempre reunione
Avà ghjè finitu tuttu
Chì ghjè mortu Filicone.

Quì finiscu è chjodu il fogliu
Tuttu tristu è scunsulatu.
M’hà dispacciatu il mio amicu
Chì si trova nel Viscuvatu
Saria venutu à l’interru
S’ellu era statu avisatu.
Je fais appel à ma muse
Pour composer quelques vers
Je me trouve dans les Poghje
Et habite à Arbitrone
Je suis triste et désespéré   
Car Filicone est mort.

La mort de Filicone
M’a causé une peine immense
Sont arrivés les chasseurs
De Pricoghju et d’Arena
Ils sont venus du Fiumorbu
De Serra di Scopamena.

Lorsque vont apprendre
Les chasseurs de Casinca
Que Filicone est mort
Au pied d’un lentisque
Il est mort dans le plus grand honneur
Face à face avec un sanglier.

Nous lui avons ôté de la gueule
Un sanglier de trente kilos
Nous nous le sommes partagé
Au col d’Arcarotta
Il y avait avec nous Jean-Baptiste
Surnommé Cocca Cocca.

Il débusquait perdrix et lièvres
Nombre de sangliers et de faisans
Il partait d’Aleria
Et allait jusque dans l’Alisgiani
Il traversait Padulella
Dans le canton de Moriani.

Qui montera désormais la garde
Dans la maison de l’Arbitrone
La nuit comme le jour ?
Il y avait concours de foule
Aujourd’hui tout cela est fini
Car Filicone est mort.

Je termine et achève mes vers
Plein de tristesse, de désespoir.
Mon ami m’a télégraphié
Qui habite à Viscuvatu
Il serait venu à l’enterrement
S’il avait été prévenu.



7. Suite d’airs à danser (quadriglia)
Joseph Figarelli (accordéon diatonique)
Enregistré le 17 août 1962 à Guagno (Corse-du-Sud) par Félix Quilici.
Le quadrille (quadriglia) est en Corse une danse qui comporte une suite de figures, généralement annoncées par le musicien. La plupart du temps menée par le violon, elle peut l’être aussi par l’accordéon diatonique. Joseph Figarelli interprète ainsi une suite comprenant mazurka, valse, polka, scottish, etc.. 

8. Suda sanguE (PASSIONE)  
Confrérie de Patrimonio : Christian Andreani, Jean-Baptiste Arena, André Dominici, Gérard Giovannetti, Thomas Giovannetti, Jean-Claude Lazzarini et Julien Truchon (chant)
Enregistrée le 4 mars 2005 à Patrimonio (Haute-Corse) par Guillaume Veillet.
La Semaine Sainte, qui précède Pâques, donne lieu dans toute la Corse à de nombreuses cérémonies religieuses. Les plus connues et marquantes sont les processions du Jeudi-Saint et du Vendredi-Saint (particulièrement à Sartène, avec le catenacciu qui commémore la montée du Christ au calvaire).
Les Confréries jouent un rôle important dans ce contexte. Ces regroupements de fidèles laïcs sont les défenseurs de bon nombre de traditions liées aux processions, fêtes votives et rites. Les Confréries ont également perpétué l’art du chant sacré.
Celle de Patrimonio, dans le nord de l’île, a repris ses activités il y a quelques années, après une longue pause. Elle est menée par un inlassable promoteur de la culture corse, Christian Andreani. La Confrérie de Patrimonio interprète ici un extrait des innombrables cantiques de la Semaine Sainte, dont le titre est Passione

Suda sangue il Redentore,
E non piangi o peccatore
   Miserere nostri, Domine
          miserere nostri
Sacre piaghe del mio Dio
Siate impresse nel cuor mio
            Miserere…
Piangi, piangi, o peccatore
La Passione del tuo Signore
            Miserere…
    Le Rédempteur sue du sang
    Et toi, pécheur, tu ne pleures pas
         Aie pitié de nous, Seigneur
                 aie pitié de nous
    Plaies sacrées de mon Dieu
    Soyez imprimées dans mon coeur
                     Aie pitié…
    Pleure, pleure, pécheur
    La Passion de ton Seigneur
                     aie pitié…


9. Rite grec lors de la semaine de Pâques
Enregistré en 1974 à Cargèse (Corse-du-Sud) par Markus Römer.
Au XVIIe siècle, quelques centaines d’habitants du village grec de Vitylo, dans le Péloponnèse, fuirent l’occupant turc et s’installèrent en Corse. Leurs descendants reçurent en 1773 le territoire de Cargèse, sur la côte Ouest de l’île, où ils édifièrent un village. Au cours des siècles, les mariages mixtes ont mêlé cette communauté aux Corses de souche. Toutefois, le rite orthodoxe grec s’est maintenu jusqu’à nos jours, avec une petite particularité : il se soumet à l’autorité papale. On parle donc de rite grec catholique (ou byzantin).  C’est dans ce cadre qu’a été enregistré ce chant, lors de la Semaine Sainte en 1974. On ne connaît pas le nom des chantres, mais on sait que l’archimandrite de Cargèse était à l’époque Mgr Marchiano. 

10. Perdono mio Dio
Maria Antonia Alfonso (chant)
Enregistrée le 30 mars 1991 à Levie (Corse-du-Sud) par Bernardu Pazzoni pour le Musée de la Corse..
Plus connu sous le nom de Perdono mio Dio, le véritable titre de ce cantique en italien, dont la version originale comporte 36 strophes, est Peccatore Giustificato.  Il est tiré de la Lira Sacra, recueil très populaire d’hymnes religieuses, psaumes et litanies, édité en Italie au XIXe siècle puis sans cesse réédité et mis à jour en Corse. La justesse du timbre de l’interprète, à la voix chaleureuse, exprime toute la modalité du chant. 

Perdono, mio Dio
Mio Dio, perdono
Perdono, mio Dio
Perdono e pietà.

Pur troppo vi offesi
Confesso, o Signore
Con sommo rossore
La mia iniquità.

Io son quell’ingrato
Che voi Redentore
Scacciai dal mio core
Con tanta impietà.

Perdono, mio Dio
Mio Dio, perdono
Perdono, mio Dio
Perdono e pietà.
Pardon, mon Dieu
Mon Dieu, pardon
Pardon, mon Dieu
Pardon et pitié.

Je vous ai, hélas, offensé
J’avoue, Seigneur
Avec la plus grande honte
Mon iniquité.

Je suis cet ingrat
Qui chassa de son coeur
Vous le Rédempteur
Avec tant d’impiété.

Pardon, mon Dieu
Mon Dieu, pardon
Pardon, mon Dieu
Pardon et pitié.


11. Carillonneurs lors des Rencontres de cloches de Pioggiola
Antoine Luiggi (menuisier) et Jacques-Philippe Luiggi (instituteur en retraite)
Enregistrés le 9 août 1992 à Pioggiola (Haute-Corse) par Bernardu Pazzoni pour le Musée de la Corse.   

12. Credo
Pierre-Marie Oppisi, Jean-Toussaint et Jules-François Rocchi, Jean-Benoit Moretti (chant)
Enregistrés le 24 août 1948 à Rusio (Haute-Corse) par Félix Quilici.
La Corse est l’une des rares régions où l’on chante encore à l’église sur des airs locaux proches des chants populaires. On connaît grâce à Félix Quilici la fameuse messe de Rusio. Ce village autrefois très isolé, à 1000 mètres d’altitude, avait conservé des chants religieux de toute beauté, interprétés par des habitants du lieu habitués depuis toujours à chanter ensemble (familles Rocchi, Moretti, etc.).

Credo in unum Deum,
Patrem omnipotentem,
factorem caeli et terrae,
visibilium omnium et invisibilium.
Et in unum Dominum Jesum Christum,
Filium Dei unigenitum
Et ex Patre natum ante omnia saecula.
Deum de Deo, Lumen de Lumine,
Deum verum de Deo vero.
Genitum, non factum, consubstantialem Patri
per quem omnia facta sunt.
Qui propter nos homines, et propter
nostram salutem, descendit de caelis.
Et incarnatus est de Spiritu Sancto
ex Maria Virgine, et homo factus est.
Je crois en un seul Dieu
le Père tout-puissant
créateur du ciel et de la terre
de toutes choses visibles et invisibles.
Je crois en un seul Seigneur Jésus-Christ,
le fils unique de Dieu,
né du Père avant tous les siècles :
Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière,
vrai Dieu né du vrai Dieu,
Engendré, non pas créé, consubstantiel au Père:
et par qui tout a été créé.
C’est lui qui, pour nous les hommes, et pour
notre salut, est descendu des cieux ;
Il a pris chair de la Vierge Marie, par l’action
du Saint-Esprit, et il s’est fait homme.

  
13. Valse du village de Prato di Giovellina
Sébastien Colombani (mandoline)
Enregistré le 10 novembre 1994 à Ajaccio (Corse-du-Sud) par Bernardu Pazzoni pour le Musée de la Corse.
M. Colombani joue à la mandoline les airs hérités de son père, violoneux dans le village de Prato di Giovellina, en Haute-Corse. La pratique de la mandoline, extrêmement répandue en milieu populaire tout au long du XXe siècle, a finalement peu suscité l’intérêt des collecteurs, l’instrument n’étant à tort pas considéré comme traditionnel.  

14. Padre 
Andria Olivi (basse), Tumasgiu  Cipriani (seconde), Antonmarcu Campana (terza)
Enregistrés le 19 mars 2009 à Taglio-Isolaccio (Haute-Corse) par Catherine Herrgott avec Salvatorangelo Pisanu (prise de son).
Voici un madrigale, une forme de chant polyphonique, différent dans sa structure de la paghjella. Ce texte, en toscan corsisé, raconte la confession d’un jeune moine à son père supérieur, à propos d’une jeune fille qui l’a écarté du droit chemin. Comme pour la piste n.2, il est chanté sur le versu ancien du village de Taglio-Isolaccio.  

Padre la presi per la mano e stretta
E poi la volevo condurre a quel desio
Faccendo questo e què a la mio diletta

Padre io son venuta a confessarmi
Ditemi se voi siete maritata o figlia
Padre vedova son senza famiglia

Assolvetemi voi padre pietosu
Che Dio mi assolverà se a me portate
A parlar con la brava mi son ascosu
Mon père, je la pris par la main bien serrée
Et je voulus la mener à cet extrême désir
En faisant mille choses à ma bien-aimée

Mon père, je suis venue me confesser
Dites-moi si vous êtes mariée ou jeune fille
Mon père, je suis veuve et sans famille

Donnez-moi l’absolution, père miséricordieux
Car Dieu me pardonnera si vous me conduisez
A parler avec elle en cachette


15. A pedina (punt’è taccu ou polka piquée) 
Pierre-André Colonna (violon)
Enregistré le 22 août 1948 à Piedigriggio (Haute-Corse) par Félix Quilici.
Le violon est sans doute l’instrument populaire emblématique de la Corse. Sa pratique s’est conservée tout au long du XXe siècle et Bernardu Pazzoni, par exemple, a pu enquêter auprès de plusieurs violoneux entre les années 1970 et aujourd’hui. Celui que nous pouvons entendre ici a été enregistré par Félix Quilici il y a plus de 60 ans, en situation de bal. Comme souvent, le musicien tenait sa technique et son répertoire d’un de ses aînés, André-François Simoni, originaire de la même région. On entend les danseurs manifester leur plaisir et encourager le violoneux par l’expression consacrée, utilisée comme une sorte d’apostrophe : “dùralali!” qui signifie : “continue !” 

16. Chants électoraux 
Enregistrés le 11 juin 1961 à Pero-Casevecchie  (Haute-Corse) par Félix Quilici.
Un groupe d’habitants se réunit pour fêter spontanément, et en chanson, la victoire de leur favori. Il s’agit ici d’une élection pour le poste de conseiller général du canton. Le vainqueur, Paul Renucci, est originaire de la commune de Pero-Casevecchie, dans la Tavagna, en Haute-Corse. Le micro a été posé sur le balcon, au premier étage de l’hôtel-de-ville et ne manque rien de l’ambiance de cette soirée (cris, explosions de pétards, etc.).

Induve hè pigliatu Romani
Chì in più docu lun si vede
Hè nantu à lu catafalcu
Tuttu accintu di candele
È lu sgiò Paul Renucci
Li canta lu Miserere.

Li canta lu Miserere
Cù lu santu De profundis
Lu partitu di Renucci
Criscimu cum’è li funghi
Chì lu nostru cuncurrente
In Peru più nun ci ghjunghji.

Quandu simu ghjunti in Peru
Ne sunava la ciccona
Pare ch’ellu fussi ghjuntu
Napuleone in persona
Lu nome di lu sgiò Paul
Quantu in cantone risona.
Où est donc passé Romani
Car on ne le voit plus nulle part
Il est étendu sur le catafalque
Tout entouré de cierges
Et monsieur Paul Renucci
Chante pour lui le Miserere.

Il lui chante le Miserere
Ainsi que le saint De profundis
Le parti de Renucci
Croît comme les champignons
Afin que notre concurrent
Ne mette plus les pieds à Peru.

Lorsque nous sommes arrivés à Peru
Les cloches carillonnaient
On aurait cru à la venue
De Napoléon en personne
Le nom de monsieur Paul
Résonne bien fort dans tout le canton.

(Précision de Ghjermana de Zerbi : De nombreux mots ne sont pas audibles, nous avons néanmoins pu transcrire en entier les trois dernières strophes qui donnent une idée du contenu des chants électoraux.)

17. Ola, ola, li bon boi (tribbiera)
Ange Grisoni (chant)
Enregistré le 19 août 1992 à Moltifao (Haute-Corse) par Bernardu Pazzoni pour le Musée de la Corse.
La tribbiera pouvait s’entendre pendant le battage autour du tribbiu, grosse pierre ronde tirée par les bœufs et servant à séparer le grain de la balle. Le meneur des bœufs chantait pour encourager ses bêtes. Si Félix Quilici a enregistré de tels chants en situation, la chose est aujourd’hui difficilement possible, le blé n’étant quasiment plus planté en Corse. M. Grisoni a toutefois conservé le souvenir d’une tribbiera qu’il chante bien volontiers et avec passion à l’enquêteur.

Ola, ola, li bon boi
Quelli chì la sanu fà.
Prima ci aiutanu à pone
È po dopu à tribbià.
S’elli avianu le so mani
Ci aiutavanu à macinà
È po fenduli li so ambasti
Ci aiutarebbenu à trascinà
Per purtà lu granu in casa
Ch’hè quellu chì ci hà da fà manghjà.
Allons, allons, braves boeufs
Vous qui êtes si habiles.
Ils nous aident d’abord à semer
Et ensuite à dépiquer.
S’ils avaient des mains
Ils nous aideraient à moudre
Et si nous leur mettions un bât
Ils nous aideraient à transporter
Pour pouvoir rentrer le blé
Car c’est ce qui va nous nourrir.

(Précision de Ghjermana de Zerbi : Nous avons corrigé une erreur : les chanteurs répètent, au vers 6, à tribbià, au lieu de à macinà, qui est la version habituelle et logique.) 

18. Solo de flûte pìrula
Sauveur Susini (pìrula)
Enregistré le 5 septembre 1948 à Calasima (Haute-Corse) par Félix Quilici.
La pìrula est un instrument à vent taillé dans le roseau. Percée de sept trous, elle se joue sur une octave et environ trois tons à l’octave supérieure. Elle constitue l’instrument pastoral typique, joué autrefois par les bergers, et est rarement joué aujourd’hui en Corse, à l’image d’autres instruments anciens peu ou pas enregistrés dans la tradition, comme la cètera (cistre) et la pìfana (flûte en corne de chèvre).

19. Paysage sonore : troupeau ensonnaillé
Enregistré le 2 août 1969 au hameau de Colle à Morosaglia (Haute-Corse) par Jean Raïsky.
Rentrée d’un troupeau de brebis pour la traite du soir. Les sonnailles étaient pour la plupart fabriquées localement, à Orezza et Murato notamment. Le forgeron de Corte en faisait également. Leur tintement clair, dû en partie à leur faible dimension, est spécifique des troupeaux d’ovins et de caprins. Tout berger est attentif au choix des sonnailles : chaque animal dans le troupeau et chaque troupeau en tant que tel étant parfaitement identifiables. (J.R.)  

20. Chjama è rispondi
Roccu Mambrini “U Rusignolu” et Carlu Parigi (chant)
Enregistrés le 13 juillet 1981 à Pigna (Haute-Corse) par l’association E Voce di U Cumune.
On retrouve des joutes chantées, basées sur l’improvisation, dans de nombreuses cultures d’Europe du Sud (Pays basque, Sardaigne, Baléares…). Lors d’une rencontre publique, plusieurs spécialistes s’affrontent verbalement, sur un thème tiré au sort et sur une mélodie donnée à l’avance, avec des règles poétiques et prosodiques strictes. Il est d’ailleurs à noter que l’improvisation poétique, qu’elle soit comme ici en joute alternée ou comme dans la sérénade aux époux accompagnée au violon, répond à des critères précis : elle est en sizain octosyllabique. Cette forme est également la métrique obligée de la complainte, de la berceuse, du vòceru ainsi que celle de la paghjella.

Roccu Mambrini :

Ne vogliu fà l’apertura
Cù la mio musa benigna
Sottu à un celu nivulosu
Induve pocu stella ne scrigna
È mandà lu mio salutu
À questu paese Pigna. […]

È po fendu lu mio giru
È po fendu la mio ronda
Felicità vogliu ancora
Ancu à Tonì Casalonga
Aghjustu à la mio puesia
I  fratelli Acquaviva.

Tutti què sò l’istigatori
O di questa seratina
D’avè riunitu in Pigna
I poeti di la confina
Chì durmianu inde l’ombra
D’una grotta tantu divina.

Hè per quella ch’io mi rigiru
Cum’è i preti à l’altare
Per mandà la benvinuta
À tutti questi poeti
Chì sta sera esposeranu
Tutt’ognunu i so mireti.

O trà ch’è no ci truvemu
À mezu à parenti è à amici
È siguru l’averanu
O li so cori felici
Vogliu passà a parolla
À un certu Carlu Parigi. […]

Carlu Parigi :


Vistu aghju contru  à stu lume
Chì girava una  farfalla.
E'aghju portu a  sedia
Ellu saperà chì hè calda.
Per finì a  pueasia
Quessa ùn vene da Bastia.


Je veux ouvrir le chant
Avec ma muse bienveillante
Sous un ciel nuageux
Où peu d’étoiles sourient
Et envoyer mon salut
À ce village de Pigna. [ ….]

Puis en faisant mon tour
Puis en faisant ma ronde
Je veux féliciter également
Toni Casalonga
J’ajoute à ma poésie
Les frères Acquaviva.

Toutes ces personnes
Sont à l’origine de cette soirée
Elles ont réuni à Pigna
Les poètes de la contrée
Qui dormaient dans l’ombre
D’une grotte si divine.

C’est pourquoi je me tourne
Comme les prêtres à l’autel
Pour souhaiter la bienvenue
À tous ces poètes
Qui ce soir feront la preuve
À tour de rôle, de leurs talents.

Puisque nous sommes
Entre parents et amis
Et qu’ils ont certainement
Le cœur joyeux
Je veux passer la parole
À un certain Carlu Parigi. […]



J'ai vu qu'autour de cette  lumière
Un  papillon tournait. 
Je lui ai porté une chaise
Il s'en apercevra  car elle est chaude.
Pour finir la  poésie 
Elle ne vient pas de  Bastia.


21. La ricchezza di la so mammucia 
Marie Rocchi, Laurette Rocchi et Laurette Federici(chant)
Enregistrées le 22 août 1948 à Rusio (Haute-Corse) par Félix Quilici.
Cette berceuse de facture récente (texte de Càrulu Giovoni, musique de Roger Lucchesi) a été popularisée par le groupe folklorique Cantu di Cirnu, qui l’a enregistrée dans les années 1950. Les jeunes interprètes ont ici spontanément changé par endroits quelques mots et images par rapport à la version originale.

O la ricchezza di la so mammuccia
U me figliolu tisoru di mè
A ninninanna digià t’abbiuccia
Chjodi i to ochji chì veghju per tè.

In celu luce tamanta una stella
U rusignolu hà cantatu dighjà
A luna hè tonda pare una bastella
L’anghjuli in celu a si volenu manghjà.

In li castagni ci sò tanti nidi
È l’acellucci sò tutti à dormì
A lucciulella fighjula è po ridi
È la so mamma hè cuntenta cusì.

Sottu la scala i piulelli sò fitti
Ùn ne finiscenu più di piulà
Ma s’elli ùn volenu micca stà zitti
A nostra cioccia li s’hà da lacà.

In un castellu eu socu una fata
Hè tantu bella è ti vol tantu bè.
Tanta ricchezza è tanta rinnumata
L’aghju dighjà cummandata per tè.

Più tardi quand’è tù serai maiore
Una regina ti vurrà spusà
U me geraniu di centu culori
U me figliolu, bijou di Mammà !
Toi la richesse de sa petite maman
Mon fils, mon trésor à moi
Déjà cette berceuse t’endort
Ferme tes yeux car je veille pour toi.

Dans le ciel brille une immense étoile
Le rossignol a déjà chanté
La lune est ronde on dirait une fougasse
Les anges au ciel voudraient la manger.

Dans les châtaigniers il y a tant de nids
Et les petits oiseaux sont tous endormis
La luciole regarde et sourit
Leur maman est contente ainsi.

Sous l’escalier les poussins sont serrés
Ils n’en finissent pas de piailler
Mais s’ils ne veulent pas se taire
Notre mère poule va les abandonner.

Dans un château je sais qu’il y a une fée
Elle est si belle et t’aime tant.
Une grande richesse et autant de renommée
Je lui ai déjà commandé pour toi.     

Plus tard lorsque tu seras grand
Une reine voudra t’épouser
Mon géranium aux cent couleurs
Mon fils, bijou de ta maman !

  
22. Ghjùnsimu ind’è Vincinsina (Cantu ghjunsanincu)
M. Anfriani, d’Aregno (Haute-Corse) (chant)
Enregistré le 23 novembre 1916 à Königsbrück (Allemagne) dans un camp de prisonniers.
Les plus anciens enregistrements connus de chanteurs corses ont été réalisés par les autorités militaires allemandes, auprès de prisonniers détenus en Allemagne lors du premier conflit mondial. Ces précieuses archives ont été retrouvées en 1956 par Wolfgang Laade au Lautarchiv de Berlin. L’extrait retenu ici est l’émouvante complainte d’un mauvais garçon de la région du Ghjunsani, en Haute Balagne, poursuivi pour avoir enlevé une jeune fille.

Ghjùnsimu ind’è Vincinsina
È quallà fècimu cena
Ne ghjunse quattru giandarmi
Mi strìnsenu le catene.

Cullendu pè tribunale
N’era bellu circundatu
Da li signori calvesi
N’era bellu accumpagnatu.

“Cundannàtelumi forte
Sintite lu tistimone.”
La sintenza hè digià fatta
Quattr’anni n’aghju pigliatu.

O lu mio Petru Ghjuvanni
Nun ere ancu trapassatu
Per avè vintiquattr’anni.

Ma s’o fussi un acellinu
Sparge l’ale è poi vulare
Un paese di Ghjunsani
Lu vulia fracillane.

O lu mio figliolu
N’ai fattu lu to statu
Nun era calchì cuntessa
Ch’ella ùn fussi al to paru.
Nous arrivâmes chez Vincinsina
Où nous prîmes notre dîner
Vinrent quatre gendarmes
Qui me mirent les chaînes aux pieds.

En allant au tribunal
J’étais bien entouré
Par les messieurs de Calvi
J’étais bien accompagné.
                                     
“Infligez-lui une condamnation sévère
Entendez le témoin.”
La sentence est déjà rendue
J’ai écopé de  quatre ans.

Mon cher Petru Ghjuvanni
Tu n’étais pas encore très âgé
Pour avoir vingt-quatre ans.

Mais si j’étais un petit oiseau
Etendre les ailes et voler
Un village du Ghjunsani
J’aurais aimé l’écrabouiller.

Mon pauvre enfant
Tu as fait ton malheur
Cette fille n’était tout de même pas une comtesse
Dont tu n’aurais pas été l’égal.

 
23. Nun ti scurdà di mè 
Paul Orsoni (seconde) et Ange-Toussaint Giordani (basse)
Enregistrés le  2 août 1969 au Col de Prato à Morosaglia (Haute-Corse) par Jean Raïsky.
Enregistrés dans une des baraques de la Foire du Col de Prato, ces terzetti sont saisissants. Ceci en raison du caractère lancinant de la voix principale, à l’articulation précise, à la scansion syllabique rigoureuse, aux mélismes bien posés, soumis à la métrique du vers. La seconde voix en miroir, reflet à la basse du timbre principal, participe par sa ligne mélodique et ses appuis harmoniques au sentiment d’étrangeté qui se dégage de la pièce. Outre son caractère de rareté dans le répertoire vocal enregistré et considéré comme tel par les exécutants, elle témoigne à la fois d’un fonds culturel très ancien et d’un modèle stylistique achevé. Questionnés sur l’occurrence d’une interprétation à trois voix, comme dans la paghjella, les interprètes avaient répondu qu’ils chantaient toujours cette pièce à deux voix. (J.R.)

Nun ti scurdà di mè ben’chè luntanu,
Appia cumpassione d’un infelice
Ch’eo vogu pienghjendu da li colli al pianu.

Chì à parlacci, a bocca più nun lice
Per spiegarti tutti i mei dolori ;
Legge il foglio dolente quel chè dice :

“ ‘nduve si ‘nduve stai ‘nduve domori ?
Idulu del mio core, nice si bella,
A tante pene perchè nun succorri ?

Son’sicuru che tù ‘n serai più quella ;
Avrai forse cambiatu di novu amore
A la fonte d’amore Diana Stella.”
Ne m’oublie pas, bien qu’éloignée
Aie pitié d’un malheureux
Qui déambule en pleurant, par monts et par vaux.

Ne pouvant plus m’exprimer par la parole
Pour te décrire toute ma douleur ;
Lis la lettre attristée, celle qui dit :

“Où es-tu, où vis-tu, où demeures-tu ?
Idole de mon cœur, ma belle, ma bien aimée,
Pourquoi ne remédies-tu pas à tant de peine ?

Je suis sûr que tu as changé
Et que tu es revenue
À la source de ton amour, Diana Stella.”


24. Dio vi salvi Regina
Jean-Toussaint Rocchi et les chanteurs de Rusio (chant)
Enregistrés le 15 août 1969 à Rusio (Haute-Corse) par Jean Raïsky.
Le Dio vi salvi Regina conclut à Rusiu, ce 15 août 1969, la fête de l’Assomption de la Vierge. La messe a été chantée en polyphonie le matin, précédée de la sonnerie des cloches carillonnées par les jeunes du village montés dans le clocher à cet effet. L’après midi, la statue est sortie de l’église et portée en procession jusqu’à l’ancienne aire de battage où le Chanoine Luciani, venu exprès de Bastia pour officier, procède à une bénédiction. Tout au long du chemin, le groupe de sept chanteurs déroule, également en polyphonie, les Litanies de la Vierge. Quelques coups de feu tirés des collines encadrent la procession, délimitant ainsi l’espace du sacré. De retour à l’église les hommes prennent à nouveau place dans la nef pour chanter le dernier office, toujours en polyphonie à trois voix. A l’issue de ce dernier office le Chanoine Luciani propose à l’assemblée “de chanter un  cantique que tout le monde connaît”. Jean-Toussaint Rocchi lance le Dio vi salvi Regina. Certes, de nombreux enregistrements en existent. Celui-ci apparaît cependant singulièrement intéressant car procédant d’une expression vocale vivante, empreinte à la foi de spontanéité et de gravité. Toute l’assemblée des fidèles l’entonne, y compris les femmes dans la partie droite de l’église, ce qui à l’époque n’était peut-être pas toujours le cas. Cette montée en puissance du chant, dominée par le timbre vocal si caractéristique et prenant du soliste, en font un document particulièrement émouvant. (J.R.)

Dio vi salvi Regina
E Madre Universale
Per cui favor si sale
Al Paradiso.

Voi siete gioia e riso
Di tutti i sconsolati,
Di tutti i tribolati,
Unica speme.

A voi sospira e geme
Il nostro afflitto cuore,
In un mar di dolore
E d'amarezza.

Maria, mar di dolcezza,
I vostri occhi pietosi,
Materni ed amorosi,
A noi volgete.

Noi miseri accogliete
Nel vostro santo Velo
Il vostro Figlio in Cielo
A noi mostrate.

Gradite ed ascoltate,
O Vergine Maria,
Dolce, clemente e pia,
Gli affetti nostri.

Voi dei nemici nostri
A noi date vittoria ;
E poi l'Eterna gloria
In Paradiso.
Que Dieu vous garde, Reine
Et Mère universelle
Par qui on s'élève
Jusqu'au Paradis.

Vous êtes la joie et le rire
De tous les attristés,
De tous les tourmentés,
L'unique espérance..

Vers vous soupire et gémit
Notre cœur affligé
Dans une mer de douleur
Et d'amertume.

Marie, mer de douceur,
Vos yeux pieux
Maternels et aimants,
Tournez-les vers nous.

Nous, malheureux, accueillez-nous,
En votre saint Voile
Votre fils au Ciel
Montrez-le nous.

Acceptez et écoutez
Ô Vierge Marie,
Douce, clémente et pieuse,
Nos marques d'affection.

Sur nos ennemis
Donnez-nous la victoire ;
Et puis l'Éternelle gloire
Au Paradis.

 
Guillaume Veillet, Ghjermana de Zerbi et Jean Raïsky

© 2009 Frémeaux & Associés  

English notes
Corsica
Corsica, a mountainous Mediterranean island, has been part of France since 1769. It has retained its culture and language, and while views of traditional Corsican music are sometimes simplistic, one musical practice came to prominence since the Seventies thanks to the riacquistu, a major movement involved in re-appropriating the local culture: the practice of polyphonic singing (in all its varied forms, paghjella, terzetti, madrigale…). This mode of expression, some of whose finest examples can be found in this volume, is only one of the musical traditions that exist on the island. Since at least 1948, when Félix Quilici (1909-1980) first began collecting, people have been aware of a much greater diversity there: laments, funeral songs, ploughing calls, improvised verbal jousting... not to mention Corsica’s rich instrumental tradition and the use of the violin in particular. .

Guillaume Veillet

English translation: Martin Davies
© 2009 Frémeaux & Associés 

Provenance des enregistrements - Durée totale : 69’51
(Tous ces morceaux sont consultables à la phonothèque du Musée de la Corse à Corte : 04 95 45 25 44)   
1. François Bianconi : Principià vogliu à lodare (L’Alcùdina)
Fonds Félix Quilici / Institut National de l’Audiovisuel. Inédit. 1’52  
2. Andria Olivi, Tumasgiu Cipriani & Antonmarcu Campana : Vuleria chì la mio pelle 
Collection privée. Inédit. 2’01  
3. Anghjula Potentini : Brìndisi
Collection privée. Inédit. 0’33  
4. Jean-Benoit Mariani & Don Matteu Giacometti: Salute amati sposi
Fonds Félix Quilici / Institut National de l’Audiovisuel. Inédit. 1’58  
5. S. Castelli & O. Veyrune : Ni sentu una voci in piazza (Vòceru di Pàduva Maria)
Fonds Félix Quilici / Institut National de l’Audiovisuel. Inédit. 4’46  
6. Pierre Grimaldi dit “Peppetru u Barbutu” : Impiegà vogliu la musa (A morte di Filicone)
Fonds Félix Quilici / Bibliothèque Nationale  de France. Déjà publié dans le coffret 33 tours “Musique Corse de tradition orale. Enregistrements effectués  par Félix Quilici” (Bibliothèque Nationale APN 82-1 à 4). 4’26  
7. Joseph Figarelli : Suite d’airs à danser (quadriglia)
Fonds Félix Quilici / Bibliothèque Nationale de France.  Déjà publié dans le coffret 33 tours “Musique Corse de tradition orale. Enregistrements effectués par Félix Quilici” (Bibliothèque Nationale APN 82-1 à 4). 6’31  
8. Confrérie de Patrimonio : Suda sangue (Passione) 
Collection privée. Inédit. 2’45  
9. Rite grec à Cargèse lors de la semaine de Pâques
Fonds Musée de la Corse. Inédit. 2’49
10. Maria Antonia Alfonso : Perdono mio Dio
Fonds Musée de la Corse. Inédit. 2’01
11. Antoine Luiggi & Jacques-Philippe Luiggi : Carillonneurs lors des Rencontres de cloches de Pioggiola
Fonds Musée de la Corse. Inédit. 1’44
12. Pierre-Marie Oppisi, Jean-Toussaint Rocchi, Jules-François Rocchi & Jean-Benoit Moretti : Credo
Fonds Félix Quilici / MuCEM (49.1.74). Inédit. 3’47
13. Sébastien Colombani : Valse du village de Prato di Giovellina
Fonds Musée de la Corse. Inédit. 1’06
14. Andria Olivi, Tumasgiu Cipriani & Antonmarcu Campana : Padre 
Collection privée. Inédit. 5’28
15. Pierre-André Colonna : A pedina 
Fonds Félix Quilici / MuCEM. Inédit. 1’28
16. Chants électoraux à Pero-Casevecchie
Fonds Félix Quilici / Bibliothèque Nationale de France.  Déjà publié dans le coffret 33 tours “Musique Corse de tradition orale.  Enregistrements effectués par Félix Quilici” (Bibliothèque Nationale APN 82-1 à 4). 4’21
17. Ange Grisoni : Ola, ola, li bon boi (tribbiera)
Fonds Musée de la Corse. Inédit. 1’26
18. Sauveur Susini : Solo de flûte pìrula
Fonds Félix Quilici / MuCEM. Inédit. 0’59
19. Paysage sonore : troupeau ensonnaillé
Collection Jean Raïsky. Copie MuCEM & Musée de la Corse. Inédit. 0’42
20. Roccu Mambrini “U Rusignolu” & Carlu Parigi : Chjama è rispondi
Fonds E Voce di U Cumune. Inédit. 4’30
21. Marie Rocchi, Laurette Rocchi & Laurette Federici: La ricchezza di la so mammucia 
(Càrulu Giovoni /Roger Lucchesi)
Fonds Félix Quilici / MUCEM. Inédit. 2’36
22. M. Anfriani : Ghjùnsimu ind’è Vincinsina (Cantu ghjunsanincu)
Issu du 33 tours “Canzone di prigiuneri corsi in Alimania 1916 / 17” (Vendémiaire VD 33127 AD 37) 1’33
23. Paul Orsoni & Ange-Toussaint Giordani : Nun ti scurdà di mè 
Collection Jean Raïsky. Copie MuCEM & Musée de la Corse. Inédit. 2’56
24. Jean-Toussaint Rocchi & les chanteurs de Rusiu: Dio vi salvi Regina
Collection Jean Raïsky. Copie MuCEM & Musée de la Corse. Inédit. 6’47 

Idée originale : Guillaume Veillet
Choix des morceaux : Guillaume Veillet, avec l’aide de Ghjermana de Zerbi, Mathieu Luzi et Bernard Pazzoni.
Textes du livret : Guillaume Veillet, avec l’aide de Ghjermana de Zerbi et Jean Raïsky (notices marquées J. R.).
Transcriptions et traductions : Catherine Herrgott (piste 2) et Ghjermana de Zerbi (pistes 1 et 8).
Remerciements : les collecteurs et interprètes, ou leurs ayants droit ; tout le personnel et les bénévoles des centres et associations partenaires ; la FAMDT et son directeur, Pierre-Olivier Laulanné ; André Ricros ; Reg Hall et Tony Engle du label Topic Records, à qui l’on doit la monumentale anthologie The Voice of the People, consacrée aux musiques traditionnelles d’Angleterre, d’Irlande, d’Ecosse et du Pays de Galles ; Christian Andreani ; Catherine Herrgott ; Elisabeth Scaglia ; Filippu Rocchi ; Ghjermana de Zerbi ; le Centre International de recherches Interdisciplinaires en Ethnomusicologie de la France (CIRIEF) ; Maie-Barbara Le Gonidec et Valérie Pasturel ; Marlène Belly ; Georges Delarue ; Yvon Guilcher ; Michel Esbelin ; André Maurelli ; Catherine Perrier et John Wright ; Claude Ribouillault… ainsi que toutes les personnes rencontrées au cours de ces années de recherches qui ont transmis un peu de leur savoir et de leur expérience.
Carte : Stéphane Bertaud, Ronan Lancelot et Guillaume Veillet
En couverture : Trois chanteurs en polyphonie lors de la fête de San Bàrtuli. Cliché Catherine Herrgott.  

Les partenaires de cette édition
Frémeaux & Associés, éditeur mondial de référence du patrimoine sonore musical et parlé, s’attache depuis près de 20 ans à défendre l’ensemble du patrimoine sonore, musical, historique, politique, littéraire et radiophonique en effectuant les recherches historiques, la restauration des disques ou des matrices, et sa mise à disposition auprès du public, des médiathèques et des établissements scolaires.
La Fédération des Associations Musiques et Danses Traditionnelles met en réseau les acteurs des musiques et danses traditionnelles en France. Elle a édité le Guide de traitement des archives sonores et est pôle associé de la BnF sur ce sujet. Elle met en place actuellement le portail du patrimoine oral, donnant accès aux différentes bases de données documentaires sur le domaine.
TRAD Magazine est le bimestriel consacré au monde des musiques et danses traditionnelles. Créé en 1988, TRAD Magazine est devenu la revue française de référence en la matière, et participe à la vie des musiques et danses traditionnelles par le biais d’articles, reportages, chroniques, calendriers…
La Société des Auteurs Compositeurs et Editeurs de Musique, créée en 1851, a pour objectif la défense des droits des créateurs de la musique. Elle assure la gestion collective de la collecte et de la répartition des droits d’auteurs des œuvres musicales de son catalogue. La SACEM est une entreprise privée reconnue et contrôlée par l'État français et chargée d'une mission de service public.
Le Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée est un musée consacré aux cultures de l’Europe et de la Méditerranée dont l’ouverture est prévue à Marseille. Aux collections de l’ancien musée des Arts et Traditions populaires situé dans le bois de Boulogne, s’ajoutent celles du département “Europe” que conservait le musée de l’Homme à Paris.
La Bibliothèque nationale de France recueille, conserve, enrichit et communique le patrimoine documentaire national. Chargée de la collecte du dépôt légal, elle est la plus importante bibliothèque de France. Ses locaux abritent plus de 13 millions de livres et imprimés et plusieurs millions de manuscrits, cartes, photographies, documents sonores ou vidéos.
La Collectivité territoriale de Corse (CTC) est le statut particulier de la Corse au sein de la République française, institué en vertu de la loi du 13 mai 1991, qui le substitue à l’ancien statut de région et lui confère plus de pouvoir. Le Musée de la Corse est l’une des institution relevant directement de la CTC.
Situé à Corte, le musée régional d'Anthropologie de la Corse a été inauguré le 21 juin 1997. Il est né de la volonté de la Collectivité territoriale de Corse de doter l’île d'un équipement culturel de haut niveau. Il est aussi le témoignage de l'attachement des insulaires à leur patrimoine.
L’Institut National de l’Audiovisuel sauvegarde, numérise et communique les archives de la radio et de la télévision française, soit plus de 70 ans de programmes sonores et audiovisuels. Ces 3 millions d’heures conservées représentent une source exceptionnelle d’archives pour la production, la diffusion, l’édition, mais aussi la recherche et l’éducation.
E Voce di u Cumune œuvre à la réappropriation du patrimoine musical de l’île par le biais de la recherche et de la formation. Fédération créée en 1978, elle organise les activités des associations auxquelles elle a donné naissance : la Casa Musicale, la SARL Casa Éditions, A Cumpagnia, Madrigalesca, Arte di a Musica, Festivoce. 

Liste des collecteurs de l'Anthologie France :
Alexandre, Al Leur Nevez, Anakesa, Anthony, Apiou, Aristow-Journaud, Armand, Arsenault, Azoulay, Baly, Bardot, Baudoin, Beaudet, Béraud-Williams, Berluette, Bernard, Bertrand, Bhattacharya, Blandin, Blouët, Bois, Boissel, Boissière,  Bolzon, Bouchot, La Bouèze, Boulanger, Bouthillier, Brandily, Brandywine Friends of Old Time Music, Bromberger, Bruneau, Brunot, Cadoudal, Carpitella, Castell, Casteret, Caumont, Centre Culturel La Marchoise, Challet, Chappuis, Chaventon, Chevallier, Chiasson, Christen, Collectif Vielle en Bretagne, Colleu, Comeau, Cordonnier, Coulomb, Cousteix, Darne, Davy, Delaval, Despringre, Desroches, Des Rosiers, Destrem, Devigne, Deygas, Dubois, Dubreuil, Ducaroy, Duplessis, Durif, Dutertre, Ecole de Musique de Gans, Ehret, Ellébore, Esbelin, Escolo Trencavel, Etay, E Voce di U Cumune, Février, Flagel , famille Gavinet, Gesser, Giometto, Gladu, Groupe d’Animation et de Recherche du Maine, G.R.E.T.T. du Charollais et Brionnais, Guillard, Guilleux, Harismendy, Herrgott, Hervieux, Jacquier, Joisten, Junquèr-d’Oc, Klopocki, Laade, Labelle, Labrie, Lacourcière, Lai Pouèlée, Lajoux, Laperche, Lauprêtre, Laurent, Lazinier, Le Creurer, Léger, Le Lamparo, Lemercier, Lemieux, Lempereur, Le Quellec, Leroux, Le Vraux, Loddo, Lomax, Lortat-Jacob, Los de Romanha, Mabru, Madelaine, Mahé, Marcel-Dubois, Marchand, Martin, Martinod, Mason, Matton, Mazéas, Mazellier, Ménétrier, Montbel, Morel, Morisson, Mosquès, Mouren-Prost, Moureu, Moyse-Faurie, Nioulou, Oller, Oster, Oxtikenekoak, Pacher, Parejo-Coudert, Pasturel, Paulet, Pauty, Pazzoni, Pearron, Perrier, Pichonnet-Andral, Pindard, Piraud, Pôle Régional des Musiques Actuelles de la Réunion, Précourt, Quilici, Quimbert, Raïsky, Redhon, Renaud, Ribardière, Ricros, Rocher, Römer, Ropars, Rouger, Roussel, Roux, Royer, R.T.F., Salesse, Sauvegarde des Traditions Mayennaises, Savard, Servain, Sette, Shields, Siblaires de Lanciour, Terral, Thiaulins de Lignières, Troadeg, Valière, Veillet, Vernay, Vidal, Vie et Traditions d’Artois, Voyer, Vrod, Weiri, Wright.

CD France - Corse © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)




EcoutezPisteTitre / Artiste(s)Durée
01 Principià vogliu à lodare (L’Alcùdina) - Bianconi01'54
02 Vuleria chi la mio pelle - Olivi / Cirpiani / Campana02'02
03 Brindisi - Potentini00'34
04 Salute amati sposi - Mariani / Giacometti02'00
05 Ni sentu una voci in piazza (Vòceru di Pàduva Maria) - Castelli / Veyrune04'47
06 Impiegà vogliu la musa (A morte di Filicone) - Grimaldi04'28
07 Suite d'airs à danser - Figarelli06'32
08 Suda sangue - Confrérie de Patrimonio02'46
09 Rite grec à Cargèse lors de la semaine de Pâques - Chanteurs de Cargèse02'50
10 Perdono mio dio - Alfonso02'03
11 Carillonneurs lors des rencontres de cloches de Pioggiola - Luiggi01'46
12 Credo - Oppisi / Rocchi / Moretti03'49
13 Valse du village de Patro di Giovellina - Colombani01'08
14 Padre - Cipriani05'29
15 A pedina - Colonna01'30
16 Chants électoraux à Pero-Casavecchie - Habitants de Pero-Casavecchie04'22
17 Ola, ola, li bon boi (tribbiera) - Grisoni01'28
18 Solo de flûte pirula - Susini01'00
19 Troupeau ensonnaillé - Paysage sonore00'44
20 Chjama è rispondi - Mambrini / Parigi04'32
21 La richezza di la so mammucia - Rocchi / Federici02'38
22 Ghjùnsimu ind’è Vincinsina (Cantu ghjunsanincu) - Anfriani01'35
23 Nun ti scurda di mè - Orsoni / Giordani02'58
24 Dio vi salvi Regina - Rocchi / Chanteurs de Rusio06'46
"C’est tout à l’honneur de Guillaume Veillet d’avoir réussi ce petit miracle" par Trad Magazine

"C’était une gageure de présenter l’ensemble des traditions vocales et musicales de l’île. Et choisir parmi tant de beaux exemples ne fut sûrement pas chose facile. En effet, le chant traditionnel corse ne se limite pas, loin s’en faut, à la polyphonie. D’ailleurs, le terme corse pulifunia est un néologisme. Le répertoire est constitué, outre les chants polyphoniques profanes et sacrés, de chants monodiques comprenant différents genres, sans oublier les musiques à danser et les ambiances sonores. Mais c’est tout à l’honneur de Guillaume Veillet d’avoir réussi ce petit miracle : celui de restituer la variété et la richesse de ce patrimoine vocal et musical que certains souhaiteraient voir labelisé par l’Unesco en tant que Patrimoine Oral et Immatériel de l’Humanité. C’est encore à sa persévérance et à sa ténacité quant à l’obtention des accords des ayants droit que l’on doit cet accès privilégié à l’imaginaire insulaire, à cet univers poétique et émotionnel.
Plusieurs pièces composant cet opus sont issues des trois principales campagnes de collectage réalisées en 1948, 1949 et 1962, par Félix Quilici, ethnomusicologue et précurseur d’un travail visant à présenter « la vision insulaire du monde ». On relève également les noms de Markus Römer, Bernardu Pazzoni, Jean Raïsky, Guillaume Veillet et la collaboration de Germaine de Zerbi. Le chant était omniprésent dans la société agropastorale corse. Chaque activité liée à un rythme calendaire, chaque acte ritualisé de la vie, de la naissance à la mort, avait son chant profane ou sacré, le plus souvent interprété a cappella, même si la musique instrumentale avait aussi sa place, avec notamment violon et cetera (sistre corse). Ces chants évoquaient les travaux, les jours, l’exil, les séparations, l’horreur de la guerre de 1914/1918 (quel fragile et émouvant témoignage que l’enregistrement n°22 réalisé en 1916 dans un camp de prisonniers en Allemagne). Ils reprenaient des textes littéraires, notamment La Divine Comédie de Dante. Certains autres types d’expressions vocales, comme le « chjama è rispondi » (littéralement : appel et réponse), mettaient surtout en valeur les talents d’improvisation et l’esprit d’à-propos des chanteurs et poètes qui s’interpellaient et se défiaient, rivalisant en traits d’esprit à l’humour parfois dévastateur (enregistrement n°20). Il s’agissait là de véritables joutes oratoires où le fond primait sur la forme musicale, proche mélopée du théâtre antique, et qui se poursuivent encore de nos jours. D’autres, comme la paghjella (forme la plus représentative du chant polyphonique corse), font la part belle à la voix humaine, à l’émotion qu’elle véhicule, bien au-delà des mots. Le cantu in paghjella (ou paghjella) est composé en forme de sizain octosyllabique et s’interprète toujours à trois voix ou plutôt trois tessitures :  a seconda  (la seconde), u bassu  (la basse) et  a terza  (la tierce). La voix de basse peut parfois être doublée ou triplée, et les chanteurs peuvent alors être quatre ou cinq voire six. Il est à noter aussi que, normalement, les voix de a seconda et de a terza ne sont jamais doublées. Les trois voix entrent de manière quasi immuable : vient d’abord la seconde qui donne le ton et place le chant, suivie et soutenue par la basse, bientôt rejointe par le registre de haute-contre de la tierce qui improvise à partir des mélismes et de l’ornementation de la seconde. Dans le cadre de la pratique polyphonique, si les entrées successives des voix sont relativement codifiées, les fioritures et les mélismes dénommés e riccucate, jouant sur des intervalles variés et serrés, sont par contre très libres. Selon le nombre de pieds où vont rentrer successivement les voix de basse et tierce, un même texte poétique peut être chanté en versu cortu ou en versu longu. À signaler toutefois, deux exceptions notables à ce principe : la polyphonie en versu aschese  comme « Sè tu passi », où c’est la basse qui attaque le chant, et le versu di Tagliu, dans lequel c’est la tierce qui marque l’accord, constamment calée sur la voix de basse, laissant l’ornementation à la voix de seconde, ce qui confère à ce chant exécuté « nantu versu di Tagliu » (sur le versu de Tagliu) ces harmoniques tenues si caractéristiques. Un bel exemple de ce versu si particulier est constitué par l’enregistrement n°2, Vuleria chi la mio pelle, chanté par l’équipe Campana-Cipriani-Olivi. Quand les trois voix atteignent l’accord parfait, la quintina, harmonique née de la résolution des fondamentales, peut être entendue. Le chant profane polyphonique distingue outre a paghjella  évoqué précédemment : u madricale, forme polyphonique spécifique de la région des villages de Tagliu-Isulacciu (enregistrement n°14 Padre, bel et rare exemple de cette forme vocale et poétique ancienne) et de San Damianu ; u terzettu, chant composé de couplets de trois vers endécasyllabiques dont la rime est agencée en ABA, BCB, CDC. Très prisés au Moyen Âge, ils sont écrits en toscan littéraire. Ils ont en général une ligne mélodique harmonieuse (enregistrement n°23 Nun ti scurda di me, réalisé à la foire du col de Prato, présentant la particularité d’être exécuté à deux voix seulement, seconde et basse) et u terzinu semblables aux  terzetti. Les polyphonies corses sont maintenant célèbres. Il ne faut pas pour autant négliger le chant profane monodique qui distingue, quant à lui : u lamentu, complainte du malheur, du dépit amoureux, du départ, de l’exil, du bandit, de la mort d’un animal (enregistrement n°6 sur la mort d’un chien U mortu di Filicone et enregistrement n°1 d’un adolescent à la voix prenante sur l’Alcudina) ; a nanna, berceuse, parfois aux accents tragiques (enregistrements n°3 avec Anghjula Potentini et n°21 avec Maria Rocchi) ; u voceru, lamentation funèbre exécutée autrefois par les femmes sur le corps du mort (enregistrement n°5 d’un très beau chant funèbre improvisé entre la mère d’un jeune homme défunt et la jeune fille dont il était amoureux) ; les  serinati, chants d’amour (enregistrement n° 4 Salute amati sposi) ; les canti di travagliu, chants de travail (enregistrement n°17 Tribberia) ; les canzone d’elezzioni, chants satiriques effectués souvent par les femmes, au soir d’une élection dans un village (enregistrement n°16). Le chant polyphonique sacré, quant à lui, comprend des messes des morts ou des messes des vivants qui occupent encore une place importante dans la société insulaire contemporaine. La  tradition de messes entières en latin ou en latin corsisé s’est maintenue dans certains villages comme Rusiu (enregistrements n°12 Credo et n°24 Dio Vi Salvi Regina) ou Sermanu. Autre élément spécifique : le nombre conséquent de confréries dans l’île, les fonctions importantes qu’elles remplissent, plus précisément lors de la Semaine Sainte (enregistrement n°8 Suda sangue exécuté par la confrérie de Patrimonio et enregistrement n°10 Perdono mio Dio), et le rôle qu’elles ont parfois joué dans la préservation de traditions vocales sacrées multiséculaires, méritent d’être signalé. Autre particularité, la présence d’un rite orthodoxe grec à Cargèse (enregistrement n° 9). Enfin, le tour d’horizon proposé sur quasiment un siècle ne saurait être complet sans évoquer les ambiances sonores (enregistrements n°11 Carillonneurs et n°19 Sonnailles de troupeaux) mais aussi la musique instrumentale au travers d’instruments comme a casella, a cetera, a pivana, a  pirula (enregistrement n° 18) et a caramusa, l’accordéon également (enregistrement n° 7 Suite d’airs à danser) et surtout u viulinu (le violon) qui accompagnaient des danses telles que : quadrille, mazurka, scottish, valse (enregistrement n° 13), polka piquée (enregistrement n° 15) et des chansons."
par Catherine HERRGOTT - TRAD MAGAZINE




« Une anthologie unique et remarquable » par Revue Historia

« Dans ce coffret, Guillaume Veillet (collecteur et ancien rédacteur en chef de Trad Magazine) réunit près de 300 chansons traditionnelles  enregistrées in situ tout au long du XXe siècle. Celles-ci sont classées par grandes zones géographiques : Bretagne, France de l’Ouest, Auvergne et Limousin, Centre France, Sud-Ouest, Méditerranée, Alpes (Nord et Est), Corse, Outre-Mer et France d’Amérique. Une anthologie unique et remarquable. » 
Par REVUE HISTORIA




« Une belle découverte de la Corse ! » par Le Canard Folk

« On trouve bien sûr de beaux chants polyphoniques sur ce cd, mais il n’y a pas que ça en Corse. Voici donc une belle sérénade aux époux en forme de currente (chant accompagné au violon), un chant funèbre très prenant (en 1949), un quadrille à l’accordéon diatonique, un carillon, une valse à la mandoline, une polka piquée au violon en public en 1948, une pirula (flûte de roseau, en 1948), une joute chantée basée sur l’improvisation, une berceuse, des cantiques… Une belle découverte de la Corse ! »
Par M. Bauduin — LE CANARD FOLK




"Une mémoire émouvante" par La Tribune

Réalisés entre 1916 et 2009, ces enregistrements, qui font partie d’une « anthologie des musiques traditionnelles », sous la direction de Guillaume Veillet (ancien red-chef de « Trad Magazine »), portent une mémoire émouvante. Une génération de chercheurs, réagissant à la société de consommation et y ajoutant souvent une préoccupation identitaire, se lance dans la collecte auprès de personnalités bien trempées et d’interprètes reconnus. Ici évidemment le chant polyphonique sous ses différentes formes, mais aussi d’autres expressions. Celles qui ponctuaient, comme les poèmes improvisés, les événements de la vie locale : complaintes, chants funèbres, sérénades, joutes improvisées, chants électoraux mettant également en valeur la tradition instrumentale. Forte présence de la montagne et hommage tout particulier aux chants enregistrés par les autorités allemandes auprès de prisonniers corses détenus à Königsbrucck en novembre 1916. Plongée dans la Corse de nos souvenirs, terroir vivant ignorant encore le tourisme de masse. Autre titre, « Méditerranée » pour le sud langue d’oc.
Par LT – LA TRIBUNE





Les clients qui ont acheté ce produit ont également acheté...