MOULOUDJI

ANTHOLOGIE 1951-1958

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« Créateur fantaisiste aux dons multiples, tour à tour comédien, peintre, écrivain, Mouloudji reste dans nos mémoires l’une des figures les plus authentiques de la chanson française d’après-guerre.
La couleur unique et l’expressivité incomparable de sa voix en firent l’interprète des plus grands : Jacques Prévert, Boris Vian, Léo Ferré et tant d’autres.
Mais cet infatigable serviteur de la parole des autres fut également un auteur-compositeur talentueux et inspiré. Le présent florilège réalisé par Dany Lallemand en témoigne. »
Claude COLOMBINI FRÉMEAUX

Cd 1 : 1. La complainte des infidèles 3’11 • 2. Barbara 3’24 • 3. Les petits pavés 3’21 • 4. Le mal de Paris 3’20 • 5. Si tu t’imagines 3’12 • 6. Comme un p’tit coquelicot 3’45 • 7. Mon quartier 3’00 • 8. Saint-Paul-de-Vence 2’22 • 9. Ballade en si bémol 2’58 • 10. Elle s’appelait Marie 3’39 • 11. On m’a donné une âme 3’19 • 12. Un jour tu verras 3’30 • 13. Elle tourne… la terre 3’23 • 14. Le déserteur 3’06 • 15. Province blues 2’47 • 16. La chanson de Tessa 2’29 • 17. La complainte du mal d’amour 2’43 • 18. Mea culpa 2’59.
Cd 2 : 1. La complainte de la butte 2’42 • 2. J’suis snob 3’10 • 3. Valse jaune 3’44 • 4. Cinématographe 3’03 • 5. Mon pot’ le gitan 3’02 • 6. Si tu m’aimais 3’22 • 7. Pauvre Georges André 2’14 • 8. Moi j’aime les femmes fatales 3’10 • 9. Je suis amoureux 2’33 • 10. Les enfants de l’automne 2’31 • 11. Les jours perdus 3’14 • 12. Va vivre ta vie 2’50 • 13. Le long des rues de Paris 3’44 • 14. Fleurs fanées 3’23 • 15. Julie 3’18 • 16. La complainte de Paris 2’38 • 17. Le piano de la plage 2’57 • 18. Rue de Lappe 2’48.


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MOULOUDJI 1951 - 1958

MOULOUDJI  1951 - 1958











Durant sa longue et brillante carrière, MOULOUDJI a toujours affirmé avoir perdu le goût du bonheur en devenant chanteur. Cette déclaration nous pose une terrible interrogation quand on se penche sur son exceptionnel parcours : enfant- vedette de cinéma dès l’âge de quatorze ans, puis comédien, acteur, romancier, auteur, compositeur, chanteur, peintre… des dons multiples qu’il n’a jamais voulu exploiter qu’au gré de sa fantaisie et de son éternelle humeur vagabonde. MOULOUDJI, fortement marqué par son enfance sur laquelle nous reviendrons plus loin, en a gardé une douce nostalgie indélébile, malgré la misère, le manque d’amour maternel, les injustices, la violence parfois, tout cela partagé au quotidien pendant les premières années de sa vie. Ceci expliquant cela et à l’instar de Francis Lemar­que, MOULOUDJI reste dans nos mémoires l’un des plus authentiques chanteurs populaires au sens le plus noble du terme. Marcel MOULOUDJI est né le 16 septembre 1922 (à l’Hôtel-Dieu) à Paris, d’une mère bretonne, femme de ménage qui sombrera dans la démence, et d’un père kabyle, maçon de profession. Après de nombreux déménagements au début des années 30, le couple s’installe avec le jeune Marcel et André, son frère cadet, dans le 19ème arrondissement dans un logement sans aucun confort. Saïd le père, est communiste, illettré, souvent porté sur la boisson, mais d’une grande générosité et d’une droiture inflexible. C’est dans ce milieu semblant emprunté à un roman de Zola, que le jeune Marcel et son frère font le dur apprentissage de la rue, du Canal Saint-Martin aux Buttes Chaumont. Ils sont immédiatement séduits par les radios qui, dans la cour de leur immeuble, diffusent généreusement les chansons de Tino Rossi, Jean Lumière et Berthe Sylva. Mais le Front Populaire fait bientôt naître d’autres vocations de chanteurs tels les duettistes Gilles et Julien et leurs émules les frères Korb, baptisés les Frères Marc (Francis Lemarque et son frère). Marcel Maillot, directeur de la colonie de vacances du Syndicat du Livre, encourage Marcel et son frère André à se produire en amateurs dans les fêtes de quartiers, dans un répertoire où “L’internationale” et “Au devant de la vie” sont inévitablement incluses. Bientôt Marcel décide de chanter seul et c’est dans un répertoire de chansons d’amour qu’il se fait remarquer à la Grange-aux-Belles par le metteur en scène Sylvain Itkine. Ce dernier le présente au comédien Jean-Louis Barrault qui l’héberge dans son atelier de la rue des Grands-Augustins. En janvier 1936, Marcel MOULOUDJI débute à la Maison de la Culture de la rue Navarin (9ème) dans “Le tableau des merveilles”, une pièce de Jacques Prévert dans laquelle avec le Groupe Octobre il interprète la chanson “L’enfance”, musique de Joseph Kosma. MOULOUDJI, que ses amis appellent désormais Moulou, est immédiatement adopté par tous les membres de la troupe qui le présentent à leurs relations, et non des moindres : Robert Desnos, Marcel Duhamel (futur directeur en 1945 de la “Série Noire”) et Maurice Baquet chez lesquels il trouve le gîte et le couvert.

Après une brève audition, le réalisateur Marcel Carné l’engage pour le rôle du petit chanteur des rues dans “Jenny” (1936), avec Françoise Rosay et Albert Préjean. Dans ce film, Moulou chante “Cosy Corner”, accompagné par l’accordéoniste Emile Prud’homme. La même année, il apparaît dans “Ménilmontant” de René Guissart et “La guerre des gosses” de Jacques Daroy. Après d’autres petits rôles de moindre importance, MOULOUDJI (avec Jean Claudio et Serge Grave) incarne l’un des trois collégiens du film de Christian-Jaque “Les disparus de Saint-Agil” (1938), les rôles principaux étant tenus par Eric Von Stroheim, Michel Simon et Robert Le Vigan. Parmi les autres films de cette époque auxquels il participe citons : “A Venise, une nuit”, “Claudine à l’école”, “Mirages”, “L’entraîneuse” (avec Mi­chèle Morgan et Fréhel), “Les gaietés de l’exposition” (d’Ernest Hajos) et “L’enfer des anges” (1939) de Christian-Jaque encore, avec Louise Carletti et ses copains (les Chiche-Capons des “Disparus de Saint-Agil”) Jean Claudio et Serge Grave. “L’enfer des anges” sortira sur les écrans quelques semaines avant la déclaration de guerre.  Durant l’Occupation, après un bref séjour à Marseille où il retrouve Jacques Prévert et quelques membres du Groupe Octobre, MOULOUDJI fréquente régulièrement le Café de Flore à Saint-Germain-des-Prés. Il y rencontre Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir qui l’encouragent à poursuivre l’écriture de son premier roman “Enrico”, tout en continuant à se produire au théâtre dans différents petits rôles. C’est en jouant dans “Richard III” au Théâtre de l’Atelier en 1940, qu’il rencontre la comédienne Louise Fouquet, dite Lola, qu’il épousera six ans plus tard. Toujours en 1940, il se produit au cabaret d’Agnès Capri, rue Molière, et se lie d’amitié avec l’excellent guitariste Henri Crolla dont le style est très proche de celui de Django Reinhardt. C’est avec son nouvel ami Henri Crolla qu’il chante au “Bœuf sur le toit”, encouragé et conseillé par Jean Cocteau ; malheureusement le succès n’est pas au rendez-vous, aussi doit-il à nouveau exercer différents petits métiers. Heureusement, la chance lui sourit rapidement lorsqu’il est pressenti pour incarner le jeune assassin du film d’Henri Decoin “Les inconnus dans la maison” (1941, sorti en mai 1942) avec Raimu. Ce premier rôle de voyou va lui coller à la peau durant la quasi-totalité de sa carrière cinématographique. 1942 est l’année du tournage du film “Les cadets de l’océan” de Jean Dréville qui sera interdit jusqu’en novembre 1945. En 1943, il tourne “Adieu Léonard” des frères Prévert, avec Charles Trenet et toute la bande du Flore, et enchaîne avec un petit rôle dans “Vautrin” de Pierre Billon, avec Michel Simon et Madeleine Sologne. Le 23 février 1944, à son grand étonnement, le prix de la Pléiade lui est remis pour son roman “Enrico”, écrit rappelons-le sur les conseils de Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre. Le 15 juillet 1944, MOULOUDJI épouse Lola à Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne) où ils sont réfugiés en attendant la libération de Paris. 

En juin 1945, il embarque pour l’Angleterre, engagé par Alexandre Esway, pour être le canaque du film “Bataillon du ciel” d’après le roman de Joseph Kessel, avec une foule de comédiens français dont Pierre Blanchar et Raymond Bussières. On le retrouve au générique de “Boule-de-Suif” de Christian-Jaque, avant d’être engagé avec sa femme Lola pour une tournée théâtrale en Allemagne occupée. En 1947, alors que Saint-Germain-des-Prés débute son âge d’or (avec Boris Vian, Gréco, Anne-Marie Cazalis…) MOULOUDJI participe peu à ce nouveau mouvement culturel dont la presse parle beaucoup trop selon lui et attire les touristes. Il est engagé par Jean Delannoy pour le film “Les jeux sont faits”, avec Micheline Presle et son ex-professeur Charles Dullin. C’est à cette époque aussi que MOULOUDJI commence à se passionner pour la peinture, tout en poursuivant une modeste carrière d’acteur avec deux films d’Henri Calef : “Ba­garres” avec Maria Casarès et “Les eaux troubles” (1948) avec Ginette Leclerc, sans oublier “La maternelle” d’Henri Diamant-Berger.  On le retrouve aussi au théâtre dans “La Tour Eiffel qui tue” de Guillaume Hanoteau, musique de Georges Van Parys, au Vieux-Colombier.  En 1950, le réalisateur André Cayatte a enfin remarqué les talents de comédien de MOULOUDJI dans un personnage secondaire de son film “Justice est faite”, aussi lui confie-t-il en 1952 le rôle principal de son chef-d’œuvre “Nous sommes tous des assassins” dans lequel il incarne René Le Guen, un condamné à mort. Son interprétation magistrale que complète son physique d’exception pour le rôle, confir­me sa notoriété au cinéma précédemment acquise un an auparavant par “La complainte des infidèles”, musique de Georges Van Parys, qu’il chante dans le film “La Maison Bonnadieu” de Carlo Rim, avec Danielle Darrieux, Bernard Blier et Françoise Arnoul. Le succès commercial remporté par cette chanson incite sa femme Lola à s’occuper désormais très attentivement et exclusivement de sa carrière de chanteur, en même temps que le couple s’installe cité Chaptal près de Pigalle.

C’est ainsi qu’il débute dans le tour de chant en se produisant quinze jours au “Gypsy’s”, un petit cabaret de la rue Cujas, puis au “Méphisto” boulevard Saint-Germain où le public tombe sous le charme de son étonnante présence scénique, malgré sa sobriété, et plus encore en raison de l’originalité de sa voix d’une rare authenticité et là aussi malgré son manque de justesse parfois. Au début de l’année 1951, MOULOUDJI enregistre ses deux premiers 78 tours pour Le Chant du Monde, avec les chansons “Si tu t’imagines” et “Barbara” sur le premier et “Rue de Lappe” et “Le général” sur le second. La deuxième séance d’enregistrement pour Le Chant du Monde (18 mai 1951) avec “Les petits pavés” de Paul Delmet et surtout “La complainte des infidèles” lui assure immédiatement une certaine notoriété dans le monde de la chanson. Jacques Canetti, directeur artistique des disques Polydor et Philips (ces derniers viennent de débuter leur catalogue avec Juliette Gréco) et du cabaret “Les Trois Baudets” est aussitôt séduit par la forte personnalité de ce nouveau chanteur au passé de comédien auquel il signe immédiatement ( en juin 1951) un contrat d’exclusivité de dix ans sur l’étiquette Philips. Sur ce nouveau label, MOULOUDJI enregistre “Le mal de Paris”, “Mon quartier” et d’autres chansons sur lesquelles nous reviendrons plus loin et dont les qualités d’écriture et d’interprétation le propulsent rapidement parmi les grands de notre music-hall. Aux “Trois Baudets” à partir du 29 septembre 1952, MOULOUDJI chante dans “Montmartre 81-98”, un spectacle où se côtoient Juliette Gréco, Henri Salvador, Pierre Dudan, Pierre-Jean Vaillard, Lucie Dolène… Il est aussi demandé par Sacha Guitry pour interpréter la chanson du générique “La ballade en si bémol” et faire deux brèves apparitions dans le film “La vie d’un honnête homme” avec Michel Simon. Toujours en 1952, il est en vedette à Bobino à partir du 31 octobre, tout en continuant à se produire en différents cabarets et s’adonner à la peinture. Après trois semaines de contrat passées au Canada, il retrouve “Les Trois Baudets” dans un nouveau spectacle “Ne tirez pas sur le pianiste” avec Georges Brassens, Philippe Clay, Catherine Sauvage, toute l’élite de la chanson française. Toujours chez Philips et sous la direction artistique de Jacques Canetti, MOULOUDJI poursuit sa carrière  discographique avec l’enregistrement de nombreuses chansons, à raison de dix faces chaque année, les meilleures étant présentées sur ce CD, dont “Comme un p’tit coquelicot”, “Un jour tu verras”, “Le déserteur”, “Province blues”… Pour son 33 tours (25cm) regroupant les dix chansons des cinq premiers 78 tours gravés chez Philips, il reçoit  en 1953 le Grand Prix du Disque de l’Académie Charles Cros. Il figure aussi parmi les invités du film “Boum sur Paris” (1953) de Maurice de Canonge, où un scénario assez mince sert de prétexte à la présentation des vedettes de la chanson de l’époque : Charles Trenet, Juliette Gréco, Jacqueline François, Edith Piaf… MOULOUDJI quant à lui chante “Le voleur” et “Comme un p’tit coquelicot”. Autre succès discographique en 1954 et grâce encore au cinéma avec sa chanson “Un jour tu verras” valse lente, musique de Georges Van Parys, chantée à Françoise Arnoul dans “Riviera Express” de Ralph Habib, l’un des quatre sketches du film “Secrets d’alcôve”.

La même année encore, le réalisateur Pierre Gout tourne “Tout chante autour de moi” dont le scénario est écrit sur mesure pour MOULOUDJI, lequel incarne un compositeur de chansons en province, amoureux d’une jeune aveugle interprétée par Christine Carrère. Pierre Mondy, Michel Piccoli et Florence Fouquet dite Lola faisaient également partie de la distribution. Malgré trois chansons créées dans cette production, dont “Province blues”, le film “Tout chante autour de moi” ne connaîtra qu’un modeste succès. C’est la même année encore qu’il enregistre quatre chansons de Boris Vian qui, après avoir abandonné la trompette, est devenu l’un des directeurs artistiques de chez Philips. Entre l’écriture de deux romans et des revues de presse pour le magazine Jazz-Hot, Boris Vian écrit des chansons dont “Cinématographe”, “J’suis snob” et surtout “Le déserteur” qui fera couler beaucoup d’encre et suscitera bien des remous ; MOULOUDJI et Boris Vian se partageront la création de ces chansons aux “Trois Baudets” et lors de galas souvent houleux en province. On notera aussi les passages de MOULOUDJI en mars 1954 à l’Alhambra, ainsi qu’en septembre de la même année à l’Olympia. Au cinéma, mais sans intervenir comme chanteur, on le retrouve dans  le rôle d’un gitan dans le film de Pierre Billon “Jusqu’au dernier” (1956) avec Jeanne Mo­reau, Raymond Pellegrin et Paul Meurisse ; l’année suivante, il est encore un voyou et indicateur dans “Rafles sur la ville” de Pierre Chenal, avec Charles Vanel, Bella Darvi et Danik Patisson. Jusqu’en 1961, et toujours pour les disques Philips, MOULOUDJI enregistre différents 45 tours dont quatre chansons de Charles Trenet, quatre de Françoise Sagan, quatre écrites en collaboration avec Léo Ferré, d’autres encore mais toujours signées des auteurs les plus illustres : Bruant, Cocteau, Prévert, Brecht-Weill… et bon nombre aussi de ses propres compositions. 

En 1961, MOULOUDJI termine son contrat avec les disques Philips qui, au départ de Jacques Canetti, privilégient les chanteurs de la vague “yé-yé” ; il signe avec les disques Vogue pour lesquels il enregistre 54 titres (dont une majorité de ses œuvres) jusqu’en 1964. A cette date, il fonde son propre label où enregistreront Nicole Louvier, Hélène Martin, Graeme Allwright, Catherine Paysan…  en même temps qu’il collabore étroitement avec le pianiste-compositeur Gaby Wagenheim qui devient aussi son accompagnateur régulier. Parmi les chansons enregistrées durant cette autoproduction nous retiendrons surtout : “Les Beatles de 40”, “Six feuilles mortes de San Francisco”, “Faut vivre”, “Tout fout l’camp”, “Le temps de vivre”…  Durant le contrat qui le liait avec les disques Vogue, MOULOUDJI sous la direction de Raoul André, a tourné son dernier film “La planque” (1961), avec Louise Carletti, Francis Blanche et Yves Vincent ; il y interprète la chanson “Mon p’tit bouquet de printemps”. Vouloir résumer ici les multiples activités et prestations de celui qui se disait être paresseux, relève de la plus grande utopie. L’établissement de la discographie complète de MOULOUDJI fut un véritable casse-tête pour les admirateurs et collectionneurs que nous étions pour la rédiger. Affaibli par la maladie et ayant perdu les qualités de sa voix et alors qu’il envisageait de rééditer sur CD la plupart des albums 33 tours dont il était propriétaire des bandes, MOULOUDJI nous a quittés le mardi 14 juin 1994 au centre chirurgical Henri Hartmann de Neuilly-sur-Seine des suites d’une hémorragie cérébrale. Ses obsèques ont été célébrées en l’église Saint-Roch le 17 juin 1994 ; il repose aujourd’hui au cimetière du Père-Lachaise.   Notre sélection présente tout d’abord trois chansons choisies parmi les six premières enregistrées en 1951 pour Le Chant du Monde. “La complainte des infidèles” (CD1-N°1) a indiscutablement été le détonateur de la carrière de chanteur de MOULOUDJI. Chantée avec accompagnement d’orgue de barbarie dans le film “La maison Bonnadieu” de Carlo Rim, j’ai donc privilégié ici cette première version, la plus proche semble-t-il de celle de la bande sonore du film. Cette complainte de Georges Van Parys reste indissociable du nom de son créateur qui l’enregistrera plusieurs fois durant sa longue carrière discographique, notamment chez Philips en 1956 (avec André Popp et son orchestre), chez Vogue en 1964 (avec Jean Claudric et son orchestre) et en 1966 sur son propre label (orchestre direction Gaby Wagenheim). “La complainte des infidèles” fut aussi reprise et enregistrée par Danielle Darrieux (vedette du film “La maison Bonnadieu”), Dany Dauberson, Michèle Arnaud, Jacqueline François, Catherine Sauvage, Germaine Montéro, Eliane Embrun… “Barbara” (CD1-N°2) de Jacques Prévert et Joseph Kosma est ici chantée par MOULOUDJI, alors qu’Yves Montand n’en dit que le poème dans son premier enregistrement de cette œuvre. Pour compléter la séance du 18 mai 1951 chez Le Chant du Monde, MOULOUDJI a retenu “Les petits pavés” (CD1-N°3) paroles de Maurice Vaucaire sur une musique de Paul Delmet, chanson qu’il avait déjà à son répertoire lorsqu’enfant il chantait dans les rues durant les années 30. ”Le mal de Paris” (CD1-N°4), paroles de MOULOUDJI, musique de Pierre Arimi, inaugure son contrat d’exclusivité chez Philips, sous la direction artistique de Jacques Canetti ; ce dernier a en effet réussi à convaincre MOULOUDJI de résilier son engagement avec Renaud de Jouvenel des disques Le Chant du Monde, ce qui se fit dit-on avec grandeur et beaucoup de courtoisie. “Si tu t’imagines” (CD1-N°5) de Raymond Queneau et Joseph Kosma, précédemment enregistrée chez Le Chant du Monde en 1951, vous est présentée dans sa version Philips (1952), l’orchestre étant sous la direction d’André Grassi.

Rappelons que cette chanson fit l’objet du premier 78 tours enregistré par Juliette Gréco deux ans auparavant (le 30 juin 1950) pour l’étiquette Columbia. “Comme un p’tit coquelicot” (CD1-N°6) de Raymond Asso sur une musique de Claude Valéry (épouse de l’auteur) tout d’abord refusée par Yves Montand et Maurice Chevalier fut, sur les conseils de Patachou, enregistrée une première fois par MOULOUDJI le 21 décembre 1951. A la sortie du 78 tours Philips (N 72.058), MOULOUDJI insatisfait de la justesse de sa voix, exige auprès de Jacques Canetti un nouvel enregistrement de la chanson. La deuxième version est gravée le 5 février 1952 avec sensiblement la même orchestration (mais sans le vibraphone). Il existe donc deux versions de ce titre sorties avec le même numéro de catalogue, la première (N° matrice 1792 – 3) étant la plus rare. Possédant les deux enregistrements, j’ai évidemment opté pour le second, parfaitement réussi et authentique chef-d’œuvre de la chanson. A la même époque, Raymond Asso et Claude Valéry ont aussi offert à MOULOUDJI “Time is money” (couplage du 78 tours “Comme un p’tit coquelicot” et “Elle s’appelait Marie” (CD1-N°10) que Patachou et Maurice Chevalier enregistrèrent ensemble sur un disque rarissime, ainsi que Paul Péri (mari de Marguerite Monnot). Henri Crolla, exceptionnel guitariste avec lequel MOULOUDJI a débuté dans le tour de chant en 1940 sur la scène du “Bœuf sur le toit” est devenu le fidèle accompagnateur d’Yves Montant et pour lui il a composé “Saint-Paul-de-Vence” (CD1-N°8), magnifique chanson reprise ici par MOULOUDJI, sobrement mais superbement accompagné par le trio du prestigieux guitariste disparu prématurément en 1960.   S’il fut tout d’abord enfant-vedette du cinéma dans les années 30, puis acteur de second plan de plus d’une trentaine de films et comédien accompli et de premier plan de quelques chefs-d’œuvre, MOULOUDJI a confirmé son talent et sa notoriété en interprétant plusieurs chansons de films encore dans la mémoire de tous les cinéphiles : “Ballade en si bémol” (CD1-N°9) du film de Sacha Guitry “La vie d’un honnête homme” (1952), “Un jour tu verras” (CD1-N°12) du film “Secrets d’alcôve” (1954) et “Province blues” (CD1-N°15) paroles de Mouloudji, musique de Daniel White, chantée dans le film “Tout chante autour de moi” (1954), ainsi que “Je ne sais pas pourquoi” et “Complainte du mal d’amour”. “La complainte de la Butte” (CD2-N°1) reprise avec talent et succès par MOULOUDJI, est chantée par Cora Vaucaire dans le film de Jean Renoir “French Cancan” (1955). Quant à “Si tu m’aimais” (CD2-N°6), valse de Georges Van Parys, du film “Les grandes manœuvres” (1955) de René Clair, MOULOUDJI en a partagé la création avec Magali Noël, l’une des vedettes féminines de la production.  MOULOUDJI a consacré à Boris Vian son deuxième 45 tours EP Philips sorti en 1955 avec quatre chansons : “J’suis snob” (CD2-N°2), “Valse jaune” (CD2-N°3), “Cinématographe” (CD2-N°4) et surtout “Le déserteur” (CD1-N°14) précédemment enregistré sur 78 tours en 1954, l’année où “Mea culpa” (CD1-N°18) chanson de Michel Rivgauche et Hubert Giraud à remporté le Grand Prix de la Chanson à Deauville, chantée par Line Andrès. En 1954 donc, Boris Vian propose à MOULOUDJI la création de sa dernière chanson antimilitariste “Le déserteur” alors refusée par tous les interprètes pressentis. Moulou en accepte la création à condition toutefois de modérer quelques paroles, la guerre d’Indochine n’étant pas encore terminée. La chanson fait malgré tout scandale au Théâtre de l’Oeuvre où elle est créée, puis interdite d’antenne et classe MOULOUDJI parmi les chanteurs engagés à gauche, ce qu’il refusera toujours d’être aux yeux de son public. C’est aussi en 1954 qu’il revisite “La chanson de Tessa”, texte de Jean Giraudoux (1882-1944) sur une musique de Maurice Jaubert (1900-1940) incluse dans l’œuvre théâtrale “Tessa” créée au Théâtre de l’Athénée en 1934 avec Louis Jouvet et Madeleine Ozeray.

En 1956, MOULOUDJI rend un petit hommage à Charles Trenet avec cinq chansons regroupées sur un 45 tours EP dont est extrait “Pauvre Georges André” (CD2-N°7) que son auteur-compositeur n’enregistrera curieusement qu’un peu plus tard. Dans le même registre et toujours de Charles Trenet, MOULOUDJI nous offre aussi “Le piano de la plage” (CD2-N°17). Comme Juliette Gréco le fit en 1956 en enregistrant quatre chansons de Françoise Sagan mises en musique par Michel Magne, MOULOUDJI en 1957 retient lui aussi quatre autres textes de l’auteur de “Bonjour Tristesse”, habillés musicalement par l’inséparable Michel Magne. MOULOUDJI a choisi “Les jours perdus” (CD2-N°11) et “Va vivre ta vie” (CD2-N°12) présentés dans ce coffret, mais aussi “En dormant” et “Ciel et terre”, l’orchestre étant placé sous la direction du compositeur.    Dans ses premiers tours de chant au début des années 50, MOULOUDJI avait déjà incorporé “Elle tourne… la terre” (CD1-N°13) de son ami Léo Ferré, lequel lui aussi débutait sa carrière discographique au Chant du Monde. MOULOUDJI parolier sera aussi le complice de Léo Ferré compositeur pour quatre chansons écrites en collaboration postérieurement aux années évoquées ici (“Le cirque”, “La jeune fille à la frange”, “Rue de Crimée” et “Cache-cache”).  Il serait bien arbitraire de passer sous silence les indiscutables talents d’auteur surtout, mais aussi de compositeur de MOULOUDJI. Cette compilation n’en reflète qu’un bref aperçu avec quelques chansons seulement : “Le mal de Paris” (CD1-N°4) musique de Pierre Arimi, “Mon quartier” (CD1-N°7), “Un jour tu verras” (CD1-N°12) et “La complainte du mal d’amour” (CD1-N°17) mises en musique par Georges Van Parys, “Province blues” (CD1-N°15) musique de Daniel White. A compter de l’année 1956, malgré sa paresse souvent avouée et son éternel dilettantisme, MOULOUDJI se révèle être aussi un compositeur inspiré et original avec “Moi j’aime les femmes fatales” (CD2-N°8), “Je suis amoureux” (CD2-N°9), “Les enfants de l’automne” (CD2-N°10) ou encore “Le long des rues de Paris” (CD2-N°13), “Fleurs fanées” (CD2-N°14)… Postérieurement aux chansons incluses dans notre sélection, surtout à partir du contrat signé chez Vogue en 1961 et indépendamment de la reprise des grands classiques de la chanson et des œuvres de Bruant, Prévert et Dimey, MOULOUDJI signera les paroles de la quasi-totalité de son répertoire, ses compositeurs réguliers étant chronologiquement : Jean-Marie Le Guen (son premier accordéoniste-accompagnateur), Gaby Wagenheim (son pianiste), Cris Carol (qui en chantera et enregistrera une dizaine sur son label), Gaby Verlor (de 1972 à 1980) et plus brièvement Christian Chevallier, Jean Bernard, François Rauber…  Et à propos de “Rue de Lappe” (CD2-N°18), j’ai retenu la seconde version enregistrée chez Philips en 1958 avec Michel Villard et son ensemble, la première version gravée chez Chant du Monde en janvier 1951 ayant été réalisée avec un accompagnement où, bizarrement, une trompette (jouant toutefois parfaitement) remplace l’accordéon dans les traditionnelles variations de cette java populaire de Francis Lemarque et Rudi Révil.  Exceptionnellement doué en de multiples disciplines artistiques qu’il n’a pas exploitées sérieusement, par paresse selon lui, ne voulant pas sacrifier sa vie privée souvent tumultueuse et surtout peu soucieux de sa carr­­­­­ière de chanteur, MOULOUDJI devrait figurer aujourd’hui au côté des plus grands de la chanson. Librement, il en a décidé tout autrement ; il reste toutefois dans la mémoire de plusieurs générations l’un des chanteurs les plus emblématiques du music-hall, par le timbre de sa voix, sa présence scénique, son authenticité à chanter les rues de Paris et l’exceptionnelle qualité de son répertoire, d’Aristide Bruant à Bernard Dimey, en passant par Jacques Prévert, Boris Vian, Léo Ferré et les autres… et surtout l’originalité de ses créations personnelles.  
Dany LALLEMAND  

Disques originaux (78 et 45 tours) et photos Collection Dany Lallemand. 
Et nos vifs remerciements à Ida Quicray. 
© 2010 Frémeaux & Associés – Groupe Frémeaux Colombini  


English Notes
During a long and brilliant career, Mouloudji always used to say that on becoming a singer he lost the taste for happiness. The statement raises some terrible questions when you look at how exceptional his career was: at fourteen a child-star in films, later an actor, writer, composer, singer, painter... He had many gifts, but never used them deliberately, preferring to drift from one occupation to the next as the fancy took him. His childhood indeed left its mark on him — we’ll return to it later — and he retained a sweet, indelible nostalgia for that part of his life despite its misery, injustice and, often, violence, the absence of a loving mother, all of them experiences, in fact, which were part of everyday existence for him as a child. Nonetheless, Mouloudji, like Francis Lemarque, has remained in the collective memory as one of France’s most genuinely “popular” singers in the noblest sense of the term. Marcel Mouloudji was born in Paris on September 16th 1922. His mother was from Brittany, a domestic help who went insane, and his father, a Kabyle, was a mason by profession. In the Thirties they often moved house and they finally found a home — in extremely humble lodgings in the 19th arrondissement of Paris — that could accommodate the family, both Marcel and his younger brother André. The boys’ father, Saïd, was illite­rate; he was a Communist and often drank too much, but he was a generous man and also inflexibly honest. Their milieu seems borrowed from one of Zola’s novels, and Marcel and André learned about life on the streets along the Canal Saint-Martin. They were very taken by the sounds they could hear coming from radios around the courtyard where they lived — songs from Tino Rossi, Jean Lumière, Berthe Sylva — but soon the Popular Front would encourage others to be singers, the Korb Brothers, for example, who christened themselves the Frères Marc (Francis Lemarque and his brother). Marcel and André Mouloudji were encouraged as amateur singers, and they appeared locally with the Communist anthem The Internationale a natural part of their repertoire... When Marcel took it into his head to sing on his own, he was spotted by Sylvain Itkine and introduced to actor Jean-Louis Barrault, who found him a place to stay. 

In January 1936 Marcel Mouloudji made his debut as a soloist — at the Maison de la Culture on the rue Navarin — in Jacques Prévert’s play “Le tableau des merveilles”, where he sang the song L’enfance (Joseph Kosma had written its music for Prévert). Mouloudji, now known to his friends as “Moulou”, was instantly adopted by the whole troupe, and they naturally introduced him to their inner circle, whose members were nothing if not influential: Robert Desnos, for example, or Marcel Duhamel (editorial director of the “Série Noire” thrillers launched in 1945), and also Maurice Baquet, all of whom provided for Mouloudji. After one short audition, the film-director Marcel Carné hired him as the little street-singer in “Jenny” (1936), where Moulou sang Cosy Corner accompanied by accordionist Emile Prud’homme. That same year he appeared in René Guissart’s “Ménilmontant” and Jacques Daroy’s “La guerre des gosses” and other small roles followed in films where Mouloudji appeared with Von Stroheim, Michel Simon, Michèle Morgan or Fréhel. During the Occupation, Mouloudji was a regular visitor to the Café de Flore in Saint-Germain-des-Prés, meeting Jean-Paul Sartre and Simone de Beauvoir who encouraged him to continue writing his first novel “Enrico”. Mouloudji was meanwhile still busy in theatre, and in 1940, while acting in “Richard III”, he met the actress Louise Fouquet, known as Lola, whom he married six years later. In 1940 Moulou also met the excellent guitarist Henri Crolla — his playing was reminiscent of Django Reinhardt — and together, encouraged by Jean Cocteau, they appeared at the “Bœuf sur le toit”; it wasn’t a great success and Mouloudji went back to whatever work he could find. Luckily, he was chosen to play a young assassin alongside Raimu in Henri Decoin’s film “Les inconnus dans la maison”, released 1942, and that first role as a villain fitted him like a glove, so much so that it would influence the rest of his career in films. He appeared with Charles Trenet in “Adieu Léonard” and Michel Simon in “Vautrin”... before, to his great astonishment, receiving the Pléiade Prize in February 1944 for his novel “Enrico”, whose writing he’d finished at Sartre’s insistence.  1947 was the beginning of the Golden Age in Saint-Germain-des-Prés (among its heroic figures were Boris Vian and Juliette Gréco), but Mouloudji took little part in the movement, seeing it as no­thing more than a tourist-attraction which was receiving too much attention from the press. He pursued his (modest) acting career, both in films and in theatre, and took up an interest in painting. His acting-talents were finally noticed by André Cayatte, and in 1952 the director gave him the leading role in his masterpiece, “Nous sommes tous des assassins”, where Mouloudji played a man condemned to death. His masterly performance — and exceptional physical presence — comforted the success he’d attained a year earlier with the song La complainte des infidèles” and Mouloudji’s wife Lola decided to manage her husband’s singing-career. The couple moved to Pigalle, where Mouloudji appeared at the Gypsy’s club, and he also sang at the Méphisto in Saint-Germain...

The public was spellbound by his astonishing presence and sober, original voice — admittedly off-key at times, but a genuine voice even so — and at the beginning of 1951 Mouloudji made his first two 78rpm records for Le Chant du Monde with the songs Si tu t’ima­gines and Barbara for the first, and Rue de Lappe and Le général featured on the second. His next record-session for Le Chant du Monde (on May 18th 1951) yielded Les petits pavés and, especially, La complainte des infidèles, which made him famous.  Jacques Canetti, then the Artistic Director of the Polydor and Philips labels — he began buil­ding their catalogues with Juliette Gréco — as well as of the “Trois Baudets” cabaret, was also extremely impressed by this young actor-turned-singer, so much so that he signed him to an exclusive ten-year recording-contract with Philips. On his new label, Mouloudji recorded Le mal de Paris, Mon quartier and other songs that showed a quality in writing- and performance-skills that instantly catapulted him to the top of the bill in music-halls. In 1952 he starred at Bobino, began painting again, sang in Canada, appeared in cabaret with French chanson’s elite — Georges Brassens, Philippe Clay, Catherine Sauvage — and continued recording, still under the guidance of Canetti. He recorded some ten sides every year, and the best of those are present on this CD, including Comme un p’tit coquelicot, Un jour tu verras, or Le déserteur. In 1953 Mouloudji was awarded the “Grand Prix du Disque” by the “Académie Charles Cros” for the 10” LP that reunited the ten songs from his first five Philips 78s, and that year he filmed “Boum sur Paris”. The screenplay had a thin plot, but the film was basically a pretext for featuring as many of the period’s song-stars as possible, Trenet, Gréco, Jacqueline François and Edith Piaf among them. As for Mouloudji, cinema-goers could see him performing Le voleur and Comme un p’tit coquelicot. In 1954 came “Tout chante autour de moi”, another film whose scenario contained a role that seemed tailor-made for Mouloudji (he played a song-composer), yet the film was only a modest success despite the song Province blues. The same year, he recorded four songs in the studios with Boris Vian, who’d abandoned his trumpet to become a producer for Philips. Between his two novels and writing reviews and essays for Jazz-Hot magazine, Vian also found time to be a songwriter, and we owe him Cinématographe, J’suis snob and above all Le déserteur, a song that caused much ink to flow and also raised a stir in political circles; the concerts where Mouloudji and Boris together first performed these songs often turned out to be turbulent occasions.

Mouloudji appeared at the Paris Alhambra in 1954, and then in September he sang at The Olympia. He still appeared in films, although not in a singing role, and his partners included Jeanne Moreau, Paul Meurisse and Charles Vanel. Up until 1961, still for Philips, Mouloudji recorded a number of singles which included four songs by Trenet, four by Françoise Sagan, another four written with Léo Ferré, and many more by illustrious songwriters — Bruant, Cocteau, Prévert, Brecht-Weill — not forgetting titles from his own pen, of course. In 1961, Canetti left Philips and the company turned to the younger pop singers riding the yé-yé wave. Mouloudji signed with Vogue, and recorded no fewer than 54 titles for them (most of them his own compositions) over the next three years. In 1964 he founded his own label — producing records by such singers as Graeme Allwright — and teamed up with pianist-composer Gaby Wagenheim, who became his regular accompanist at concerts. Among the songs Mouloudji produced during this later period were Les Beatles de 40, Six feuilles mortes de San Francisco, and Le temps de vivre. It was while under contract to Vogue that Mouloudji made his last film, “La planque”, in 1961, a film in which he sang Mon p’tit bouquet de printemps, but it would be ambitious, if not fanciful, to list here all the appearances and achievements of a man who once confessed to being “lazy”. Completing a discography of Mouloudji’s recordings was an extremely difficult enterprise for everyone involved, both admirers and collectors. Mouloudji, tired by illness and no longer able to sing — at a time when he was planning to re-release most of his LPs on CD (he owned the tapes himself) — passed away on June 14th 1994 in a Neuilly clinic after suffering a brain haemorrhage. His funeral took place three days later, and Mouloudji was buried at Père-Lachaise.     First in this selection are three songs taken from the first six that Mouloudji recorded for Le Chant du Monde in 1951. La complainte des infidèles (CD1-N°1) definitely launched his singing-career, and this first version, accompanied by a barre­­l-organ, comes closest to the title he sang in the Carlo Rim film “La maison Bonnadieu”. Written by Georges Van Parys, the tune remains inseparably linked to the singer’s career: he recorded it with André Popp’s orchestra for Philips in 1956, for Vogue in 1964 and also for his own label two years later in 1966. Barbara (CD1-N°2) by Jacques Prévert and Joseph Kosma is here sung by Mouloudji, whereas the poem was merely recited by Yves Montand in the first recording of the work. The session of May 18th 1951 for Le Chant du Monde was completed by Les petits pavés, a song already in his repertoire when he sang in the streets as a child in the Thirties. Le mal de Paris (CD1-N°4) inaugurated Mouloudji’s exclusive contract with Philips with Jacques Canetti as his producer; Canetti had convinced Mouloudji to put an end to his contract with Le Chant du Monde, and it was said that they gracefully terminated the agreement with great courtesy. Si tu t’imagines (CD1-N°5), by Raymond Queneau and Joseph Kosma, was previously recorded for Le Chant du Monde in 1951, and this is the Philips version (1952) with an orchestra conducted by André Grassi. The song had appeared on the first 78 recorded by Juliette Gréco two years previously for Columbia. Comme un p’tit coquelicot (CD1-N°6) was originally refused by both Montand and Maurice Chevalier, and its first recording was by Mouloudji (December 21st 1951). When the 78 was released by Philips (N 72.058), Mouloudji didn’t like the way his voice sounded and asked Canetti to do a new recording of the song; the second version was cut on February 5th 1952 with more or less the same instrumentation, except for the vibraphone. So two versions of this title were released under the same catalogue number, with the first (matrix N° 1792-3) being much the rarer. I have both recordings, and naturally I chose the second one, which is a genuine masterpiece. The same writers — Raymond Asso, Claude Valéry — also wrote Time is money for Mouloudji (paired with Comme un p’tit coquelicot on one 78), and the song called Elle s’appelait Marie (CD1-N°10) which was recorded by Patachou and Maurice Chevalier together on an exceedingly rare record. Henri Crolla, the exceptional guitarist with whom Mouloudji had begun as a singer in 1940, was now Yves Montand’s regular accompanist, and he wrote this Saint-Paul-de-Vence for him (CD1-N°8), a magnificent song taken up here by Mouloudji with a sober yet marvellous accompaniment from the trio of this great guitarist who died in 1960.

After being a child-star in films of the Thirties, Mouloudji enjoyed a career that included minor roles in over thirty feature-films before he became an accomplished actor who played the leading role in several masterpieces. He confirmed these talents in performing several songs from films that are still remembered by fans of the cinema the world over: Ballade en si bémol (CD1-N°9) from Sacha Guitry’s film “La vie d’un honnête homme” (1952), Un jour tu verras (CD1-N°12) from the film “Secrets d’alcôve” (1954) and Province blues (CD1-N°15), with lyrics written by Mouloudji, from the film “Tout chante autour de moi” (1954), not to mention Je ne sais pas pourquoi and Complainte du mal d’amour. The song La complainte de la Butte (CD2-N°1), which Mouloudji successfully “covered”, was ori­ginally performed by Cora Vaucaire in the Jean Renoir film “French Cancan” (1955). As for Si tu m’aimais (CD2-N°6), a Georges Van Parys waltz from René Clair’s film “Les grandes manœuvres” (1955), Mouloudji shared its very first performance with Magali Noël, one of that film’s female stars. Mouloudji devoted his second Philips 45rpm EP (released 1955) to Boris Vian with four songs: J’suis snob (CD2-N°2), Valse jaune (CD2-N°3), Cinématographe (CD2-N°4) and above all, Le déserteur (CD1-N°14), which had previously appeared on a 78rpm record in 1954, the year that Mea culpa (CD1-N°18) won the “Grand Prix de la Chanson” in Deauville (Line Andrès was the singer). Le Déserteur was Boris Vian’s last anti-military song, and he offered it to Mouloudji only after all the other singers he’d envisaged had refused to sing it. “Moulou” agreed to do the song, subject to changes in some of the lyrics (because the war in Indochina wasn’t yet over). Despite the changes, the song still caused a scandal; radio banned it, and Mouloudji found himself pigeon-holed as a militant “left-wing singer”, something he’d always refused to be in the eyes of his public.

In 1956 Mouloudji paid a tribute to Trenet with five songs on a 45rpm EP that included Pauvre Georges André (CD2-N°7), a song which, strangely enough, wasn’t recorded by the songwriter himself until later. Another song by Trenet in the same vein is Le piano de la plage (CD2-N°17). Following Juliette Gréco, who recorded four Françoise Sagan songs in 1956 (with music by Michel Magne), in 1957 Mouloudji in turn took four texts by the author of “Bonjour Tristesse”, and they were again set to music by Magne. Les jours perdus (CD2-N°11) and Va vivre ta vie (CD2-N°12) are included here (the others being “En dormant” and “Ciel et terre”), sung with an orchestra conducted by the songs’ composer. For his first song-recitals in the early Fifties Mouloudji had already chosen to include Elle tourne… la terre (CD1-N°13), a piece written by his friend Léo Ferré whose first records also appeared on the Chant du Monde imprint. Mouloudji the lyricist was also the accomplice of Ferré the composer for four songs written together (they date from after the years concerned by this collection): “Le cirque”, “La jeune fille à la frange”, “Rue de Crimée” and “Cache-cache”.  We also felt it our duty here to draw attention to the indisputable writing and compositional talents of Marcel Mouloudji; so this selection provides a brief insight with several songs: Le mal de Paris (CD1-N°4), with music by Pierre Arimi, Mon quartier (CD1-N°7), Un jour tu verras (CD1-N°12) and La complainte du mal d’amour (CD1-N°17), set to music by Georges Van Parys, and Province blues (CD1-N°15), with music by Daniel White. From 1956 onwards, despite his self-confessed laziness (and ever the eternal dilettante), Mouloudji also showed himself an inspired and original composer, with Moi j’aime les femmes fatales (CD2-N°8), Je suis amoureux (CD2-N°9), Les enfants de l’automne (CD2-N°10), Le long des rues de Paris (CD2-N°13), or again, Fleurs fanées (CD2-N°14). In his later songs, those written after the years featured here (and after he signed with Vogue in 1961), and apart from the standards and works by Bruant, Prévert or Dimey, Mouloudji would write the lyrics for almost all the songs in his repertoire, relying on the following composers (in chronological order) to supply the music: Jean-Marie Le Guen (his first accordionist & accompanist), Gaby Wagenheim (his pianist), Cris Carol (who sang and recorded ten of them on his own label), Gaby Verlor (1972 - 1980) and, more briefly, Chris­tian Chevallier, Jean Bernard, François Rauber…  On the subject of Rue de Lappe (CD2-N°18), I’ve included the second version recorded for Philips in 1958 with Michel Villard’s group, because the first version (which Mouloudji did for Le Chant du Monde in January 1951) has an accompaniment where a trumpet (played perfectly, it should be noted), strangely replaces the accordion that was traditionally featured in variants of this popular java written by Francis Lemarque and Rudi Révil.  As a man who was exceptionally gifted in many different fields of artistic expression (which he never exploited seriously, either through laziness, or because he didn’t want to sacrifice his private life, or, more particularly, because his singing-career wasn’t that important to him), Mouloudji ought to be one of the greatest figures in song today. Quite freely, he decided that it would be otherwise. Yet he is still remembered — by several generations — as one of the most emblematic singers in the music-hall tradition, thanks to his vocal timbre, his stage-presence, his authenticity in singing about the streets of Paris, the exceptional quality of his repertoire from Aristide Bruant to Prévert, Vian, Ferré and the rest... and especially because of the originality behind each and every one of his very personal creations.  
Translated by Martin DAVIES
 from the french text of Dany LALLEMAND
 

Original 78/45rpm records and photographs from the Dany Lallemand Collection. 
Very special thanks to Ida Quicray. 
© 2010 Frémeaux & Associés – Groupe Frémeaux Colombini  


Discographie CD 1  
 

1. La complainte des infidèles    3’11    
2. Barbara    3’24    
3. Les petits pavés    3’21    
4. Le mal de Paris    3’20   
5. Si tu t’imagines    3’12    
6. Comme un p’tit coquelicot    3’45   
7. Mon quartier    3’00    
8. Saint-Paul-de-Vence    2’22    
9. Ballade en si bémol    2’58
10. Elle s’appelait Marie    3’39
11. On m’a donné une âme    3’19
12. Un jour tu verras    3’30
13. Elle tourne… la terre    3’23
14. Le déserteur    3’06
15. Province blues    2’47
16. La chanson de Tessa    2’29
17. La complainte du mal d’amour    2’43
18. Mea culpa    2’59  

Discographie CD 2   

1. La complainte de la Butte    2’42    
2. J’suis snob    3’10    
3. Valse jaune    3’44    
4. Cinématographe    3’03   
5. Mon pot’ le gitan    3’02    
6. Si tu m’aimais    3’22    
7. Pauvre Georges André    2’14    
8. Moi j’aime les femmes fatales    3’10    
9. Je suis amoureux    2’33
10. Les enfants de l’automne    2’31
11. Les jours perdus    3’14
12. Va vivre ta vie    2’50
13. Le long des rues de Paris    3’44
14. Fleurs fanées    3’23
15. Julie    3’18
16. La complainte de Paris    2’38
17. Le piano de la plage    2’57
18. Rue de Lappe    2’48

Mouloudji 1951-1958 © Frémeaux & Associés(frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)






EcoutezPisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 La complainte des infidèles - Mouloudji03'13
02 Barbara - Mouloudji03'27
03 Les petits pavés - Mouloudji03'23
04 Le mal de Paris - Mouloudji03'21
05 Si tu t'imagines - Mouloudji03'14
06 Comme un p'tit coquelicot - Mouloudji03'46
07 Mon quartier - Mouloudji03'01
08 Saint-Paul de Vence - Mouloudji02'24
09 Ballade en si bémol - Mouloudji03'00
10 Elle s'appelait Larie - Mouloudji03'41
11 On m'a donné une âme - Mouloudji03'20
12 Un jour, tu verras - Mouloudji03'31
13 Elle tourne la Terre - Mouloudji03'25
14 Le déserteur - Mouloudji03'07
15 Province blues - Mouloudji02'48
16 La chanson de Tessa - Mouloudji02'31
17 La complainte du mal d'amour - Mouloudji02'45
18 Mea culpa - Mouloudji02'59
CD 2
01 La complainte de la butte - Mouloudji02'44
02 J'suis snob - Mouloudji03'12
03 Valse jaune - Mouloudji03'45
04 Cinématographe - Mouloudji03'04
05 Mon pot' le gitan - Mouloudji03'03
06 Si tu m'aimais - Mouloudji03'23
07 Pauvre Georges-André - Mouloudji02'16
08 Moi j'aime les femmes fatales - Mouloudji03'12
09 Je suis amoureux - Mouloudji02'35
10 Les enfants de l'automne - Mouloudji02'33
11 Les jours perdus - Mouloudji03'15
12 Va vivre ta vie - Mouloudji02'52
13 Le long des rues de Paris - Mouloudji03'46
14 Fleurs fanées - Mouloudji03'25
15 Julie - Mouloudji03'19
16 La complainte de Paris - Mouloudji02'39
17 Le piano de la plage - Mouloudji02'59
18 Rue de Lappe - Mouloudji02'47
"Une anthologie de qualité signée Frémeaux" par Le Journal de Montréal

"Pour fans avertis et nostalgiques de la chanson française. Une anthologie de qualité signée Frémeaux pour préserver un peu plus longtemps ce qui déjà n'est plus qu'un vague souvenir. Il était interprète, fantaisiste (humoriste léger qui n'utilise aucun gros mot à quatre lettres), peintre et comédien. Né en 1922, il représente la vieille France où un Algérien de la seconde génération suit le chemin de la bohème. On se rappellera surtout la couleur unique de sa voix et de ses qualités d'interprète de Prévert, Vian, Ferré..."
par LE JOURNAL DE MONTREAL




« Ses premiers succès » Par France Musique

« Portrait de l’artiste ne croyant pas à lui-même »… C’est ainsi, fin 2005, que nous intitulions notre émission consacrée à Marcel Mouloudji (1922-1994), car dès le début de sa carrière, au théâtre et au cinéma dès l’avant-guerre, puis dans la chanson à partir du début des années 1950, il fut toujours un peu surpris, de son aveu même, par son succès. Un succès rapide pour la chanson : en 1951, il enregistre un premier disque qui comprend « Rue de Lappe », « Si tu t'imagines » et «Barbara». Dans la foulée il monte pour la première fois sur la scène de Bobino, grâce à l’entregent de Jacques Canetti. Il est distingué dès 1952 et 1953 par le Grand Prix du disque et par le Prix Charles-Cros. Voici un chanteur vite reconnu. Et cependant, il s’évertuait à considérer, toujours, qu’il n’était pas l’artiste talentueux que l’on disait, que la chance avait beaucoup commandé pour lui… En homme de conviction et de franchise, ce n’était certainement pas une pose qu’il affectait là, même si, en première lecture, en première écoute, cette idée peut traverser l’esprit de celui qui (re)découvre Marcel Mouloudji. Quoiqu’il soit, nous revenons, dans cette heure sur son enfance, sur ses débuts dans la chanson, sur ses premiers succès. Il évoque également son refus d’être étiqueté comme chanteur engagé, la question de l’écriture et, enfin, son rapport à la scène et au public. »
Par Karine Le Bail et Philippe Tétart — FRANCE MUSIQUE

"(Depuis des années, Les Greniers de la Mémoire diffusent des disques publiés par Frémeaux & Associés. En les remerciant souvent d’offrir la seule possibilité d’illustration sonore pour tel ou tel thème, tel ou tel artiste, telle ou telle rareté. Il nous est donc tout naturel de dire l’importance du travail, militant, mené par cette « maison » afin de restaurer, sauvegarder et diffuser un patrimoine sonore – au sens le plus large – dont l’intérêt artistique, historique ou musicologique, essentiel, l’emporte rarement sur le principe de rentabilité à court terme.)"




« Cette belle sélection de 36 titres » Par Phonoscopies

«Le nom de Mouloudji évoque pour nous ces titres de sa grande année 1951 : Le mal de Paris  (un petit chef-d’œuvre …), Comme un p’tit coquelicot et La complainte des infidèles, qui figurent dans cette belle sélection de 36 titres. Personnage attachant au talent multiforme, doté d’une voix aisément identifiable, il aura peut-être souffert d’un certain manque d’ambition.»
Par PHONOSCOPIES




L’une des figures les plus authentiques de la chanson française d’après guerre par Si ça vous chante

Créateur fantaisiste aux dons multiples, tour à tour comédien, peintre, écrivain, Mouloudji reste dans les mémoires l’une des figures les plus authentiques de la chanson française d’après guerre. Créateur du Déserteur de Boris Vian (le 7 mai 1954, au Théâtre de l’Œuvre, le jour même de la chute de Diên Biên Phû !), il nous a quittés le 14 juin 1994, à l’âge de 71 ans. La couleur unique et l’expressivité incomparable de sa voix en firent l’interprète des plus grands (cf. La Complainte de la Butte de Jean Renoir et Georges Van Parys), mais cet infatigable serviteur de la parole des autres fut également un auteur-compositeur talentueux et inspiré. Le présent florilège réalisé par Dany Lallemand (où l’on retrouve notamment La Complainte des infidèles, Comme un p’tit coquelicot, La Chanson de Tessa, Mon pot’ le Gitan, Rue de Lappe, Le Déserteur...) en témoigne avec des chansons comme Province blues, Les Enfants de l’automne, La Complainte de Paris ou Un jour tu verras.
Par Fred HIDALGO – SI ÇA VOUS CHANTE





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