AUTOUR D'ALBERT CAMUS - TABLE RONDE A L'AUDITORIUM DU MONDE,2010

JEAN DANIEL - MICHEL ONFRAY - BERNARD-HENRI LEVY

Plus de détails

Nombre de CDs : 2


29,99 € TTC

FA5284

En Stock . Expédition prévue sous 24 à 72h selon week-end

Ajouter à ma liste

+3 pts fidélité


Enregistrement organisé par Le Monde en partenariat avec La Fnac.

Table ronde autour d’Albert Camus
2010 auditorium du monde 

JEAN DANIEL
MICHEL ONFRAY
BERNARD-HENRI LÉVY
 

Modérateur : éric Fottorino / éditorialisation : Lola Caul-Futy Frémeaux 




Albert Camus 1913-1960
Plus de cinquante ans après sa mort, Camus fait toujours l’objet de nombreuses controverses. Homme public à l’envergure internationale grâce au Prix Nobel de Littérature qu’il obtient en 1957, ses romans, ses prises de position, ses engagements politiques et ses réflexions philosophiques sont examinés par la critique et jugés par tous.
Auteur qui ne laisse pas indifférent, la pluralité de ses combats et la force de ses convictions ont parfois souffert dans la presse de détournements et de simplifications qui aujourd’hui encore font de la personnalité et des fondements de la réflexion de Camus un sujet de débat.
Comment interpréter la célèbre phrase “Au bout du compte, s’il faut choisir entre la justice et ma mère, je choisis ma mère” ? Quelle relation entre Sartre et Camus, pourquoi leur opposition ? Nietzschéen, résistant, communiste, révolté, comment appréhender ce personnage aux facettes multiples ? 
Cette rencontre entre Bernard-Henri Lévy, Jean Daniel et Michel Onfray, modérés par le directeur du Monde, Éric Fottorino, nous offre une occasion unique de nous attarder, au-delà de l’œuvre littéraire, sur l’identité de Camus.  Privé de son père, élevé dans la pau­vreté, atteint de la tuberculose à 17 ans, “Personne autour de moi ne savait lire” rappelle Camus ; rien ne destine Camus à l’excellence littéraire, le maniement de la langue est pour lui un acquis. C’est ainsi à son instituteur, celui qui l’a fait travailler, qui lui a obtenu une bourse et lui a ouvert un avenir autre que celui d’un ouvrier, que Camus rend hommage lorsqu’on lui remet le prix Nobel.
Idéalisant l’innocence et la simplicité de son enfance, il associe sa liberté d’alors et sa vie près de la mer au bonheur, que la gloire et l’aisance matérielle de sa vie d’adulte ne parviennent pas à égaler.
Ses origines se retrouvent tout au long de sa littérature, prônant toujours l’ardeur de vivre, symbolisée par la mer, le soleil, la beauté du climat méditerranéen. Ses premiers succès lui offrent la joie de l’accomplissement. Adopté par les grandes figures littéraires de son temps, il fréquente Sartre, Beauvoir, Queneau, Gide…

Le plus grand défi de ses convictions morales se présente avec la Seconde Guerre Mondiale et l’invasion allemande ; Camus, avec de faux papiers, entre dans la Résistance et écrit la réalité de ce qui l’entoure. 
Face à la barbarie de la guerre, il développe sa réflexion sur l’absurde, “L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde” dans le  Mythe de Sisyphe en 1942. 
Avec son poste de rédacteur en chef de Combat, il se retrouve au devant de la scène, car pour la première fois son engagement dans les nombreux débats qui sont au cœur de la société, le communisme, la peine de mort, la décolonisation, le terrorisme… ses idées se trouvent citées, commentées, décriées.
L’atmosphère de travail, la complicité partagée sont pour Camus un bonheur.  Lorsqu’à l’Après-guerre des rumeurs se rependent sur l’existence des Goulags soviétiques, Camus renonce au communisme. Il quitte bientôt Combat et s’éloigne peu à peu de son cercle littéraire parisien. 
Cependant le message humaniste qu’il tente de transmettre n’est pas toujours compris. Privé de famille politique à laquelle se rattacher, les critiques se font de plus en plus vives.
La parution de l’Homme révolté précipite les attaques de Sartre. Le retour de la maladie, l’incompréhension de certain de ses contemporains pousse Camus à une certaine désillusion, exprimée dans La Chute, récit particulièrement sombre. L’accident de voiture qui coûte la vie à Albert Camus le 4 janvier 1960 nous prive de Premier Homme, récit autobiographique qui reste inachevé et qui semblait annoncer un tournant dans l’orientation littéraire du célèbre homme de lettres. 
Pour Frémeaux & Associés, défenseur du patrimoine sonore et du témoignage littéraire ou philosophique incarné par son auteur, Albert Camus est un personnage particulièrement significatif de par son implication pour l’oralité, vecteur de l’émotion.
Grâce à Michel Polac, l’enregistrement intégral de L’Etranger de Camus lu par lui-même est réédité en 2002 en coédition INA – Frémeaux & Associés et en accord avec Gallimard ; quelques années plus tard est rééditée l’interprétation faite par Camus lui-même en 1954 au théâtre des Noctambules de Caligula, pièce majeur de sa réflexion sur l’absurde. Ces témoignages offrent ainsi la plus grande des proximités avec l’auteur, maître de l’interprétation de ses textes. 
En 2010, à l’occasion de la célébration nationale de Camus initiée par sa famille et Gallimard, Le Monde propose cette table ronde réunissant un proche de Camus, Jean Daniel, et deux philosophes majeurs qui nous dévoilent ici leurs points de vue communs ou divergents relatifs à l’interprétation de la pensée camusienne.
Lola Caul-Futy Frémeaux
© 2010 FRÉMEAUX & ASSOCIÉS 

CHRONOLOGIE
1913. Albert Camus naît le 7 novembre à Mondovi, département de Constantine.
1914. Son père, Lucien Camus, blessé à la bataille de la Marne, meurt à l’hôpital de Saint-Brieuc. Sa mère Catherine s’installe avec ses enfants, Albert et Lucien, chez la grand-mère et l’oncle Étienne, ouvrier tonnelier. Ils vivent dans deux pièces à Belcourt, quartier populaire d’Alger.
1918-1923. École communale de la rue Aumerat.
1923-1930. Boursier au lycée d’Alger.
1928-1930. Gardien de but du Racing-Universitaire d’Alger.
1930. Premières atteintes de la tuberculose.
1932. Études de Lettres avec pour professeurs Paul Mathieu et Jean Grenier. Premiers articles dans la revue Sud.
1933. Milite dans le mouvement antifasciste Amsterdam-Pleyel.
1934. Mariage avec Simone Hié, brillante étudiante. Adhésion au Parti Communiste où il est chargé de la propagande dans les milieux musulmans.
1935. Exerce divers métiers tout en poursuivant ses études.
1936. Diplôme d’études supérieures sur Plotin et Saint Augustin : Métaphysique chrétienne et Néoplatonisme. En juin, voyage en Europe Centrale et rupture avec Simone. À la même époque, Camus prend en charge la maison de la Culture et fonde le Théâtre du Travail. Pour gagner sa vie, il fait aussi des tournées comme acteur avec la troupe de Radio-Alger.
1937. Le 10 mai paraît L’Envers et l’Endroit. Le jeune homme ne peut se présenter à l’agrégation de philosophie, puisqu’il est atteint d’une maladie contagieuse. L’été, il va se reposer à Embrun, puis visite la Toscane. Ayant quitté le Parti Communiste, Camus remplace le Théâtre du Travail par le Théâtre de l’Équipe. Il commence à travailler à Caligula.
1938. Pascal Pia, envoyé à Alger pour créer un journal de gauche, Alger Républicain, embauche Camus.
1939. Noces. Enquête, pour Alger Républicain, sur la misère en Kabylie. Quand la guerre éclate, Camus veut s’engager, mais il est ajourné.
1940. Alger Républicain, en lutte contre le Gouvernement Général, devient Soir Républicain, mais est interdit. On s’arrange pour que Camus ne puisse plus trouver de travail en Algérie. Il rejoint Pascal Pia à Paris et devient secrétaire de rédaction à Paris-Soir. Au moment de l’invasion allemande, le journal se replie à Clermont-Ferrand, puis à Lyon. Camus y épouse une Oranaise, Francine Faure. Bientôt licencié, il retourne en Algérie. 
1941. À Oran, il enseigne dans un établissement privé qui recueille les enfants juifs exclus de l’enseignement public.
1942. Malade, il obtient l’autorisation de passer l’été dans le Massif Central. Il s’installe près du Chambon-sur-Lignon. L’Étranger paraît en juillet. En novembre, les Alliés débarquent en Afrique du Nord et la zone sud de la France est occupée par l’armée allemande. Camus ne peut rejoindre Oran.
1943. Le Mythe de Sisyphe. Camus gagne Paris où Gallimard lui offre un poste de lecteur et où Pascal Pia le fait entrer dans la Résistance, notamment au journal clandestin Combat.
1944. Le Malentendu est créé au théâtre des Mathurins par Marcel Herrand et Maria Casarès le 24 juin 1944. La pièce avait été publiée en mai, groupée en un volume avec Caligula. À la Libération, Combat paraît au grand jour avec Pia pour directeur et Camus pour rédacteur en chef. 
1945. Lettres à un ami allemand. 5 septembre, naissance de Jean et Catherine Camus. Le 26 septembre, Caligula triomphe avec Gérard Philipe.
1946. Voyage aux Etats-Unis.
1947. En proie aux difficultés financières et aux déchirements politiques, l’équipe de Combat passe la main. Huit jours plus tard paraît La Peste, premier grand succès public de Camus.
1948. Échec de L’État de siège, monté par Jean-Louis Barrault.
1949. Voyage en Amérique du Sud qui aggrave son état de santé. En décembre, création des Justes.
1950. Actuelles I. Installation 29, rue Madame.
1951. L’Homme révolté, essai qui provoque une brouille avec Breton et les surréalistes, puis avec Sartre et l’équipe des Temps Modernes.
1952. L’Exil et le Royaume.
1953. Actuelles II.
1954. L’Été. En novembre commence la guerre d’Algérie.
1955. Camus revient au journalisme, à L’Express. Il milite pour le retour de Mendès-France au pouvoir, en espérant qu’il pourra mettre fin au conflit.
1956. Avec les libéraux des deux camps, il lance à Alger un appel à la trêve civile. C’est un échec. Il est même menacé de mort. La Chute. En septembre, adaptation de Requiem pour une nonne, de Faulkner, avec Catherine Sellers. 
1957. L’Exil et le Royaume. Le 17 octobre, le Prix Nobel de littérature lui est décerné. Il est le plus jeune lauréat après Kipling.
1958. Discours de Suède. Actuelles III, chroniques algériennes. Voyage en Grèce. Achat d’une maison à Lourmarin (Vaucluse).
1959. Création des Possédés, d’après Dostoïevski, au théâtre Antoine.
1960. Le 4 janvier, Albert Camus trouve la mort dans un accident d’auto, à Villeblevin, près de Montereau.
1962. Carnets I.
1964. Carnets II.
1971. La Mort heureuse.
1978. Fragments d’un combat (Alger Républicain, Le Soir Républicain). Journaux de voyage.
1981. Correspondance Albert Camus – Jean Grenier.
1984. Caligula, version de 1941.
1987. Albert Camus éditorialiste à L’Express.
1989. Carnets III.
1994. Le Premier homme.
2000. Correspondance Albert Camus – Pascal Pia.
2002. Camus à Combat.
2002. L’étranger de Camus (édition inédite du texte d’Albert Camus interprété par lui-même en 1954, coédition INA – Frémeaux & Associés en accord avec Gallimard).
© 2002 ROGER?GRENIER - FRÉMEAUX & ASSOCIÉS 

Albert Camus(1913-1960), le reflet de nos contradictions
“Le Monde” lui a rendu hommage lors d’une rencontre-débat
Nietzschéen, généreux, humaniste, c’est sous ces différentes figures parfois contradictoires qu’est apparu le romancier et philosophe dont on célèbre le cinquantième anniversaire de la mort. A cette occasion, Le Monde, en partenariat avec la Fnac, a organisé mardi 19 janvier, dans l’auditorium du journal, une rencontre animée par Eric Fottorino, aussi passionnante que passionnée, dont voici quelques extraits.  

Jean Daniel
Je voudrais dire d’abord ma joie d’avoir à parler de Camus dans un climat d’empathie car dans ma carrière, j’ai été plus habitué à défendre sa cause qu’à accueillir le déferlement, les ralliements. On se devait à cette époque d’ignorer l’auteur du Premier Homme.  En 1947, je dirigeais une petite revue, Caliban. Un jour, Camus m’appelle et me dit qu’il aimerait publier La Maison du peuple, de Louis Guilloux (…).Quand lenuméro a paru, ils m’ont invité à déjeuner. Guilloux a dit alors : “Albert, tu vas te faire houspiller car ce que tu as écrit en préface est sujet à problème”. La première phrase était : “Nous sommes quelques-uns qui deviennent impatients à la façon dont un certain nombre d’intellectuels et d’écrivains parlent de la misère en méconnaissance de cause”. Guilloux avait raison, cette phrase posait problème. Claude Roy m’a appelé, ému, me disant : “Alors il y aura donc une légitimité de la misère ? Il faudrait un examen de passage avant d’en parler ?” Et Camus m’a répondu : “Ne t’en fais pas(…),de toute manière, ils ont partiellement raison. Les penseurs révolutionnaires sont tous d’origine bourgeoise. Qu’ils nous enseignent à sortir de la misère d’accord, mais qu’ils écrivent comme s’ils en étaient, jamais!” J’avais l’habitude de considérer le mot “honneur”comme de droite et là, lors de ce repas, ils ont parlé de l’honneur du prolétariat (…). C’est là qu’a débuté moncamusisme (…). Je n’ai guère été surpris ni par sa tendance prolétaire, son anarcho-syndicalisme, ni par une chose dont on parle très peu, sa dimension chrétienne, de prolétaire chrétien. 
Sur l’Algérie. Il se peut qu’il y ait eu deux temps dans sa réflexion. Il acondamné avec tant de fermeté et d’éclat les attentats contre les civils qu’il pouvait se permettre de dire : je ne veux pas que le civil soitma mère. Il n’y a rien là contre l’universel et le pragmatisme. C’est la thèse de L’Homme révolté (…). Partir du moment où il sent que ce qu’il écrit, chaque semaine, peut, peut-être, servir un camp ou desservir un autre, il se sent prisonnier de sa théorie. Et là, il y a une contradiction. Il a deux géants près de lui, Nietzsche et Dostoïevski qui ont été on ne peut plus contradictoires. Pourquoi Camus ne serait pas grand par ses contradictions ? Estce que la cohérence que vous recherchez n’aboutirait pas à le simplifier ? Camus disait : “A partir du moment où l’opprimé prend les armes au nom de la justice, il met un pas dans le camp de l’injustice”. Cette phrase montre l’impossibilité d’en finir avec la question de la fin et desmoyens, de la violence. Je trouve qu’il a quelqu’un qui prononce des propos camusiens aujourd’hui, c’est Barack Obama (…). Si nous avons besoin de Camus, c’est que nous avons besoin d’un reflet de nos contradictions. 

Bernard-Henri Lévy
J’ai toujours ressentiune fraternité très grande avec son style. Il était assez nietzschéen pour savoir que le travail du philosophe ce n’est pas seulement produire une œuvre,mais également un style. Il le fit excellemment.  L’affaire entre Sartre et Camus est d’une telle complexité que le juge rétrospectif que nous sommes ne peut avoir qu’un jugement mesuré (…). Lorsque je la regarde du côté des hommes, je suis scandalisé par l’attitude des sartriens. Prendre le parti de Camus me semble une évidence. La violence,la vulgarité, la condescendance, la morgue des sartriens, tout cela ne peut quecréerunesympathietotale (…). Quand on regarde la chose du point de vue du fond politique de l’histoire, il est évident que le courage, la noblesse, la préscience, la générosité sont du côté de Camus. C’est lui qui, tout de suite, sent, dit, crie (…). Un monde où on distinguerait des bourreaux distingués et des victimes suspectes serait irrespirable et abject. Quand on prend la question du troisième point de vue, s’agissant de deux philosophes, étrangement, les fronts se renversent.  La philosophie vraiment antitotalitaire est, je crois, plutôt du côtéde Sartre quede Camus. La faiblesse de Camus (…) est dans une contradiction entre cette politique antitotalitaire admirable, sans équivalent ni dans la générosité ni dans la rigueur, et une philosophie qui était en retrait par rapport à cette politique. En gros, une philosophie de l’assentiment au monde (…), qui prétendait que le devoir d’un homme est de ne pas accepter les diktats de l’Histoire, mais qui, dans le même temps, postulait qu’il fallait accepter la loi de la nature, y trouver sa place. Cette philosophie- là n’était pas la plus accueillante pour cette politique antitotalitaire où il excella bien davantage que Sartre. 
Sur l’Algérie. Je crois que dans cette éthique d’intellectuel admirable, dont Camus a laissé la trace, il y a une faille. Elle est indexée sur son idiosyncrasie, sa situation personnelle, son rêve devoir la guerre d’Algérie se solder par une entente,une résorption du caractère tragique. Cet homme, qui a tellement parlé de l’absurde, du désaccord entre la volonté de transparence des hommeset la colère terrible des choses; qui a tellement cru au tragique et à l’absurde, d’un seul coup, n’y croit plus. Il a pensé que l’Algérie pouvait être le théâtre d’une réconciliation heureuse entre les protagonistes d’un drame qui était probablement irrémissible.  Il a été dépassé et pour le coup dans un embarras de paroles, alors il s’est tu. La grandeur de Camus, c’est son silence. 

Michel Onfray
Il nous faut reprendre la question du nietzschéisme de Camus parce que tout est là. On a souvent l’impression qu’un nietzschéen pense comme Nietzsche, non ce n’est pas cela, c’est quelqu’un qui pense à partir de Nietzsche. Il existe un nietzschéisme de gauche et certains individus l’ont incarné (…). Le nietzschéisme, c’est prendre en considération l’idiosyncrasie. Nietzsche nous dit : l’idiosyncrasie, c’est ce qui fait ce que l’on est et pas un autre. Avec ce qu’a vécu Camus, la pauvreté, la misère, pupille de la nation, l’instituteur, voilà quelqu’un qui entretient un autre rapport aux mots que Sartre. Il les découvre comme une occasion de rester fidèle au monde qui fut le sien. Il est resté fidèle à son idiosyncrasie, c’est ça être nietzschéen aussi! On a un corps et il est la grande raison.  Et, de fait, le corps de Camus est problématique sur la question de la santé. Il y a aussi un rapport à la nature, un consentement à elle, un plaisir pris au sable, à la lumière, à la Méditerranée, toutes choses qui font que le nietzschéisme est le grand consentement métaphysique à la nature. Mais il ne conduit pas forcément à une politique d’acceptation du monde comme il est (…). Le nietzschéisme de Camus est ontologique, métaphysique, il consent à ce qui est, à sa maladie, sa tuberculose, à la facticité de sa propre existence, son absurdité, mais cela ne l’empêche pas d’être un homme révolté. Le mythe de Sisyphe n’interdit pas d’être révolté. A partir de là, la politique de Camus n’est pas seulement un grand oui au monde. Il faut dire un grand oui au monde parce que nous n’avons pas le choix et le monde est ainsi fait, il faut consentir à la nature, à la Méditerranée, à la terre d’où on vient. Et puis ajouter à ça la pauvreté, l’absence de livres. Camussauve sa peau quand il pense. Il est nietzschéen jusqu’au bout sur le terrain de l’histoire qui est pour lui le chaos. 
Sur l’Algérie. On oublie un peu vite qu’il fut membre du Parti communiste et en est parti assez vite. Pour une raison bien simple, c’est qu’à l’époque, au Parti communiste, il n’était pas question de soutenir quelque forme de changement que ce soit en Algérie. La rupture s’est faite sur ce terrain-là. Camus, dès le départ, dit qu’il faut qu’il y ait un changement dans une perspective contractuelle. Il y avait chez lui deux craintes, schématiquement : le soviet et la charia.
Propos recueillis par Christine Rousseau
© 2010 Le Monde 

Ecouter Table ronde autour d’Albert Camus 2010 auditorium du monde - JEAN DANIEL MICHEL ONFRAY BERNARD-HENRI LÉVY (livre audio) © Frémeaux & Associés / Frémeaux & Associés est l'éditeur mondial de référence du patrimoine sonore musical, parlé, et biologique. Récompensés par plus de 800 distinctions dont le trés prestigieux "Grand Prix in honorem de l'Académie Charles Cros", les catalogues de Frémeaux & Associés ont pour objet de conserver et de mettre à la disposition du public une base muséographique universelle des enregistrements provenant de l'histoire phonographique et radiophonique. Ce fonds qui se refuse à tout déréférencement constitue notre mémoire collective. Le texte lu, l'archive ou le document sonore radiophonique, le disque littéraire ou livre audio, l'histoire racontée, le discours de l'homme politique ou le cours du philosophe, la lecture d'un texte par un comédien (livres audio) sont des disques parlés appartenant au concept de la librairie sonore. (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, cours sur CD, entretiens à écouter, discours d'hommes politiques, livres audio, textes lus, disques parlés, théâtre sonore, création radiophonique, lectures historiques, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre, audio-livre, lecture à voix haute, entretiens à haute voix, parole enregistrée, etc...). Les livres audio sont disponibles sous forme de CD chez les libraires  et les disquaires, ainsi qu’en VPC. Enfin certains enregistrements de diction peuvent être écoutés par téléchargement auprès de sites de téléchargement légal.



Production : Le Monde et Lola Caul Futy Frémeaux pour Groupe Frémeaux Colombini SAS..
Droits : Frémeaux & Associés - La Librairie Sonore en accord avec Michel Onfray, Jean Daniel, Bernard-Henri Levy et Hervé Lavergne pour le journal Le Monde..
"

Table ronde autour d’Albert Camus




PisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 Camus et nos invités - Eric Fottorino05'19
02 Camus un écrivain engagé qu'il a fallu défendre - Jean Daniel06'40
03 Le droit de parler de la misère - Jean Daniel04'18
04 Sartre et Camus, leurs rapports aux mots - Bernard-Henri Lévy04'58
05 L'opposition entre ces deux grandes figures - Bernard-Henri Lévy07'09
06 Camus le Nietzschéen - Michel Onfray05'12
07 Une philosophie forgée par ses origines - Michel Onfray03'13
08 Entre la justice et ma mère - Eric Fottorino04'18
09 Une vision pragmatique de la justice - Michel Onfray02'20
10 La mère, visage de la transcendance - Jean Daniel05'28
11 Le consentement au monde - Bernard-Henri Lévy04'20
12 Le devoir, universalité du philosophe - Bernard-Henri Lévy et Jean Daniel04'33
13 Comment prendre parti face à la guerre - Bernard-Henri Lévy et Jean Daniel05'05
CD 2
01 Le gai savoir - Michel Onfray05'49
02 Peut-on jamais justifier la colonisation? - Jean Daniel01'38
03 Résistant à la dictature de l'histoire - Bernard-Henri Lévy05'39
04 Le déchirement de l'Algérie - Jean Daniel03'21
05 Le Parti communiste et l'Islam face à l'indépendance - Jean Daniel et Michel Onfray05'18
06 Sartre dans le débat sur l'Algérie - Jean Daniel et Bernard-Henri Lévy05'46
07 Camus l'écrivain - Jean Daniel, Bernard-Henri Lévy et Michel Onfray07'56
08 Extrait de prose - Eric Fottorino00'44
09 La complexité et Edgar Morin - Jean Daniel01'29
10 Hannah Arendt et le totalitarisme - Jean Daniel et Bernard-Henri Lévy05'20
11 Camus, l'un des rares à avoir compris Sade - Michel Onfray05'41
« Un bel éloge à trois voix ! » Par Lire

« Jean Daniel commence par citer un texte de Camus dans lequel celui-ci s’en prendrait aux intellectuels qui, sans en être, écrivaient sur la misère. Cette évocation amène Bernard-Henri Lévy à imaginer une étude Sartre/Camus sous l’angle de la valeur des mots et du silence. Chez Sartre, la chance de pouvoir, enfant s’enivrer de la magie des mots, jusqu'à les traiter plus tard avec désinvolture. Chez Camus, respect, voire méfiance à leur égard ; il n’avait pas connu à la maison que le silence d’une mère analphabète. Si l’opposition de l’Histoire et de l’assentiment au monde (ce que Camus appelait «  le soleil ») apparaît aux yeux de Bernard-Henri Lévy comme le talon d’Achille de la philosophie antitotalitaire de Camus, cette opposition est, au contraire, pour Michel Onfray, l’expression de son nietzschéisme. « Un grand oui à la terre d’où l’on vient » n’est en rien contradictoire avec la lutte contre l’injustice. Un bel éloge à trois voix ! »
Par J.S.—LIRE




« Un document intéressant » Par Revue des Médiathèques et des Collections Musicales

« Table ronde autour d’Albert Camus, avec Jean Daniel, Michel Onfray, Bernard-Henri Lévy. Organisé par Le Monde et la Fnac, cette réunion de philosophes, écrivains et éditorialistes autour de Camus, dont la pensée est si souvent résumée pour souffrir de détournements ou de simplifications, permet d’élargir le débat et de questionner enfin son œuvre. La table ronde permet non seulement d’approfondir les connaissances sur son œuvre littéraire, mais aussi de mieux connaître l’homme. Un document intéressant. 2CDs et un livret de 12 pages. »
Par Pierre Denuis — REVUE DES MEDIATHEQUES ET DES COLLECTIONS MUSICALES




"Des instants rares (...) nous restituant un Camus sensible" par Joël Jégouzo

"Une table ronde sur Camus dans l’auditorium du Monde… Autour des registres habituels tout d’abord : l’engagement, les rapports avec Sartre, sa vision de la Justice, les nietzschéismes de l’époque… Rien que l’on ne sache déjà et puis, sans crier gare, sans doute sous l’effet de la présence affable d’un Jean-Daniel soudain livré à sa mémoire, tout un volet inusité, une histoire éclipsée filant sous la conversation et dévoilant presque à mots perdus, peu à peu, l’image des relations complexes de Camus avec l’Algérie, son pays natal. Moins des révélations que des confidences offertes en filigrane par Jean-Daniel, des instants rares, causeries amicales, apartés de bar nous restituant un Camus sensible, témoignant de ses hésitations, de ses convictions, de ses contradictions. Les silences sur l’Algérie du dernier Camus, par exemple. Troublants en effet, lorsqu’on les rapproche de ces entretiens rediffusés il y a quelques mois sur France culture, d’un Camus s’énonçant lui-même plus algérien qu’algérois. Troublants, quand on les rapproche du Camus découvrant, dès 1945, combien déjà l’Algérie ne pouvait plus être française, à la manière dont cette France la recelait alors. Ou de ce Camus souffrant de la rupture qu’il voyait inévitable et funeste, anticipant sur un devenir algéro-algérien angoissant. Mais un Camus convaincu que ce n’était plus possible. Songeons à ses reportages en Kabylie, à ses chroniques algériennes, Camus dressé contre les totalitarismes et l’autorité française, si abrutie dans ce moment de son histoire. Camus confiant à Jean-Daniel le félicitant pour son Nobel, que "l’important c’est que nous soyons déchirés". Camus en pleine contradiction, désespérant de la décolonisation mais moins fervent qu’on ne la dit de la colonisation française. Mais Camus, certes, sans l’audace d’un Sartre affirmant avec force le principe de l’auto-détermination du peuple algérien. Et puis Camus se taisant. La Guerre d’Algérie débutait. Il en avait redouté les immondes ravages. Dommage que l’on n’ait pas creusé cette identité algérienne / algéroise de Camus, aujourd’hui si importante à explorer : nos Algéries intérieures en quelque sorte…"
par JOËL JEGOUZO - DU TEXTE AU TEXTE




« L’occasion de se pencher sur une oeuvre comme sur l’identité de l’auteur » Par L’Alsace

« Plus de cinquante ans après sa mort, Albert Camus fait toujours l’objet de nombreuses controverses. Dans un entretien organisé par le journal Le Monde, Eric Fottorino a animé une table ronde qui a réuni Jean Daniel, éditorialiste, fondateur du Nouvel Obs et proche de Camus ainsi que les philosophes et écrivains Bernard-Henri Lévy et Michel Onfray. L’occasion de se pencher sur une oeuvre comme sur l’identité de l’auteur de L’étranger et du Mythe de Sisyphe.
Au fil des années, Frémeaux & Associés s’est imposé comme l’éditeur mondial de référence du patrimoine sonore, musical, parlé et bioacoustique. Avec pour objectif de conserver et de mettre à disposition du grand public une base muséographique des enregistrements provenant de l’histoire phonographie et radiophonique. »
Par L’ALSACE




« Cette rencontre érudite mêle anecdotes, souvenirs et disputes théoriques» Par Philosophie Magazine

« Nous allons évoquer non pas Albert Camus, mais « les » Camus. Chacun d’entre nous, chacun de nos invités a «  son » Camus », prévient Eric Fottorino en guise d’introduction à cette table ronde organisée à l’occasion du cinquantenaire de la mort de l’écrivain et philosophe. Autour de cette table, trois familiers. Jean Daniel, qui a côtoyé Camus et admire sa «  complexité » ; Bernard-Henri Lévy, qui se réclame de son humanisme et ressent une grande « fraternité » avec son « style » ; Michel Onfray, qui partage son nietzschétisme et loue sa posture philosophique, en prise avec l’actualité, contre l’idéalisme : « Camus sauve sa peau quand il pense. » Cette rencontre érudite mêle anecdotes, souvenirs et disputes théoriques. »
Par Cédric Enjalbert — PHILOSOPHIE MAGAZINE




"La voix apporte un plus" par L'Inédit

Que dire alors des critiques et philosophes parlant d’Albert Camus lors d’une table ronde organisée cette année 2010 à l’auditorium du journal « Le Monde » ? Ce sont les avis très personnels et souvent surprenants d’un écrivain littéraire, Jean Daniel, et de deux philosophes très particuliers et très médiatiques, Bernard-Henri Lévy et Michel Onfray. C’est important de les entendre débattre de leur avis parfois divergents avec le souci et la chance qu’ils ont, comme l’avait Camus lui-même, de toucher leur public de la voix, sans pathos, entre égaux. Quelle chance de disposer de ces enregistrements qui seront précieux pour les générations futures. La voix apporte un plus.
L'INEDIT




"Un passionnant débat sur la survivance d'un auteur et d'une oeuvre" par Le Quotidien du Médecin

A l'occasion de la commémoration du cinquantième anniversaire de la disparition d'Albert Camus, le journal Le Monde et son rédacteur en chef, par ailleurs lui-même écrivain, Eric Fottorino, a invité l'un des proches de l'auteur de l'Etranger, Jean Daniel du Nouvel Observateur, à débattre avec lui de l'héritage camusien. Ceci en compagnie d'un ancien nouveau philosophe, Bernard-Henri Lévy, et de son contraire médiatique, le toujours très clair Michel Onfray. Publié par les éditions Frémeaux, un passionnant débat sur la survivance d'un auteur et d'une oeuvre...
par B.R. LE QUOTIDIEN DU MEDECIN





Les clients qui ont acheté ce produit ont également acheté...