INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE POLITIQUE - LES MÉTAMORPHOSES DE L'AUTORITÉ

UN COURS PARTICULIER DE PIERRE-HENRI TAVOILLOT

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Jamais la crise de l’autorité n’a été plus débattue qu’aujourd’hui. Le père de famille, le maître d’école, le chef politique, le juge : aucune des figures traditionnelles de l’autorité ne paraît plus être à même de résister aux coups de boutoir de notre époque dont l’anti-autoritarisme fut, et sera le cheval de bataille.
Pierre-Henri Tavoillot
Maître de conférence à l’université Paris-Sorbonne, Président du Collège de Philosophie et membre du Conseil d Analyse de la Société, Pierre-Henri Tavoillot est une figure majeure de la philosophie contemporaine.

Qu’elle soit morale, scientifique, politique ou sacrée, l’autorité est un concept qui, depuis les premières sociétés jusqu’aux démocraties modernes, ne cesse d’être questionné. Pierre-Henri Tavoillot, dans un langage clair, à la portée de tous, démontre par une brillante analyse que ce concept est en perpétuelle transformation. Il illustre son approche philosophique par des réflexions des grands philosophes, depuis les penseurs grecs jusqu’aux Lumières, en passant par Machiavel, Proudhon ou Tocqueville. Le philosophe délivre à l’auditeur une analyse passionnante au détour de l’histoire, de la sociologie et de la philosophie politique.
Claude Colombini Frémeaux

PRODUCTION : CLAUDE COLOMBINI FRÉMEAUX EN ACCORD AVEC CHRISTOPHE BATAILLE DE GRASSET
DROITS : FREMEAUX & ASSOCIES.

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Les métamorphoses de l'autorité FA5372

Les metamorphoses de l'autorité
UN COURS PARTICULIER EN 4 CDS




Pierre-Henri Tavoillot

 

INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE POLITIQUE










CD 1 : Qu’est-ce que l’autorité politique ?
1. Introduction 5’28
2. L’autorité du passé 4’29
3. L’autorité du cosmos et du sacré 3’30

Les enjeux contemporains : La métamorphose de l’autorité
4. La crise de l’autorité 5’29
5. Le syndrome de Pénélope 3’22
6. Qu’est-ce qui fait autorité aujourd’hui ? Le savoir et l’expertise 5’06
7. La science : une autorité ambivalente 3’51
8. Le charisme 4’39
9. L’autorité compassionnelle 3’05
10. Il n’y a pas d’autorité incontestable 2’49

L’autorité politique : Qui doit gouverner ? 
11. Une définition de la philosophie politique 4’07
12. L’anecdote de Raymond Aron 3’50
13. Idéal ou réal-politique 3’20
14. Les trois dimensions de la philosophie par Kant 6’17
15. Une adversaire : L’idéologie politique 4’04

 


CD 2 : Une dimension historique : La genèse de l’autorité politique
1. Les conflictualités des hiérarchies 4’11
2. Les sociétés sauvages 4’38
3. La puissance de la tradition 4’15

La Grèce
4. L’autorité cosmologique 3’01
5. Platon : fondateur de la philosophie politique 3’33
6. Objections faites au philosophe roi  5’16
7. Une philosophie pessimiste 4’00
8. Le citoyen philosophe d’Aristote 4’13
9. Le juste partage du pouvoir 2’46
10. L’héritage de la philosophie grecque 2’06

Rome
11. Rome : synthèse des trois grands modèles d’autorité 4’33
12. L’Empire maintient la fiction des trois régimes 4’51
13. La légitimité cosmique à Rome 2’25

Le Christianisme
14. L’incorporation de la religion chrétienne à la romanité : Un besoin 5’52

Le Problème Théologico-Politique
15. La chute de Rome et ses conséquences 1’51
16. Une querelle sans issue entre l’Église et L’Empire 4’03
17. La solution monarchique : La fondation d’une nation 5’56
18. Une monarchie absolue 5’13
19. Le Roi, lieutenant de Dieu 2’50
20. Conclusion 2’18

 


CD 3 : De la crise des fondements de l’autorité au désarroi démocratique
La Renaissance en trois crises
1. Introduction 3’05
2. La querelle des Anciens et des Modernes 5’04
3. La fin du Cosmos 4’04
4. La crise du dogme 5’02

Première solution : La raison d’état
5. Machiavel et la déconstruction de l’autorité 4’57
6. Machiavel et la reconstruction de l’autorité 5’23
7. La raison d’état 5’53

Deuxième solution : Le droit naturel
8. Une redéfinition de l’humain 6’00
9. L’école du droit naturel 4’33
10. Première étape : L’état de nature 5’23
11. Le contrat : Un état de soumission 4’32
12. Le contrat : Un pacte d’association 2’27
13. La recherche des institutions 4’42
14. Les principes fondamentaux 4’34

Les révolutions démocratiques
15. Naissance de l’idée démocratique 2’50
16. Les troies voies de la démocratie 3’08
17. La voie française 5’01
18. Conclusion 1’19

 


CD 4 : Qui est le peuple de la démocratie ?
1. Introduction 4’47

Un peuple à fabriquer
2. Une regénération du peuple 3’39
3. Instruire le peuple  3’11
4. Peuple : Société civile ou état ? 4’16

L’idée d’anarchisme
5. La déconstruction de l’autorité par Proudhon 2’51
6. L’économie pourvoyeuse d’ordre 4’59
7. L’anarchisme de gauche 5’59

L’étatisme
8. «?L’état est le cerveau de la société?» E. Durkheim 4’22
9. Conquérir l’état : L’idée du communisme final 4’14

La triomphale défaite du libéralisme
10. Le socle libéral 2’36
11. Le libéralisme est un individualisme 2’12
12. L’état est limité par le droit 2’06
13. La neutralité de l’état et le principe de représentation 4’54
14. La supériorité de la démocratie représentative 5’13
15. Tous libéraux ? 2’00
16. Une dualité entre état et société civile 0’46

La situation actuelle : Qui doit gouverner la société d’individus ?
17. Le syndrôme d’Iznogoud 3’09
18. La figure de l’homme politique 2’43
19. L’opinion publique et la figure de la rue 3’44
20. Le règne de l’intérêt face au gouvernement des juges 5’28
21. L’internationale 2’21
22. Conclusion 3’37



Les Métamorphoses de l’Autorité
Par Pierre-Henri Tavoillot

Tout fout le camp, c’est connu. Mais parmi toutes ces choses que nos yeux étonnés — et déjà dépassés — voient disparaître, l’autorité semble occuper la meilleure place. Le diagnostic est trop connu pour qu’on s’y arrête : nous vivons le crépuscule de l’autorité, prélude à sa disparition prochaine. Dans tous les domaines, celle-ci se trouve désormais ébranlée : que ce soit dans la famille, qui a vu l’avènement triomphal de l’enfant-roi, à l’école, où l’admiration muette pour la culture et le maître ne sont plus que de pâles souvenirs, dans la Cité, même, qui a vu la capacité à gouverner, à ordonner et à punir se réduire à une peau de chagrin. Le père de famille, le maître d’école, le chef politique, le juge : aucune des figures traditionnelles de l’autorité ne paraît plus être à même de résister aux coups de boutoir d’une époque – la nôtre –, dont l’anti-autoritarisme fut, est et sera le cheval de bataille. Bref, tout se passe comme si le fameux slogan de 68 — «?il est interdit d’interdire?» — était devenu la vérité de notre temps.

Requiem in pace, donc ! Mais avant de refermer la pierre tombale et de se réunir accablés de chagrin pour des obsèques en grandes pompes, il faut peut-être laisser une dernière chance au dernier souffle du moribond. Une seule raison à ce sursis : jamais la crise de l’autorité n’a été plus débattue qu’aujourd’hui, au point de faire même la une des magazines. Jamais sa disparition promise n’a suscité autant d’effroi, de nostalgie et de désespoir. Le fait qu’il y ait tant de pessimistes, voilà peut-être enfin une bonne raison d’être optimiste ! Le sentiment du déclin étant la chose du monde la mieux partagée, cela signifie peut-être que des ressources existent pour envisager une refondation, une réinvention ou une redécouverte de l’autorité dans une époque qui semble la condamner. C’est loin d’être gagné, mais la piste mérite d’être explorée.

Qu’est-ce que l’autorité ?
Il faut distinguer l’autorité du pouvoir, ne serait-ce que parce qu’il peut y avoir du pouvoir sans autorité (l’autoritarisme du petit chef) et de l’autorité sans pouvoir (la sérénité du vieux sage). L’autorité se distingue aussi de la contrainte par la force, qu’elle permet d’éviter, et de l’argumentation rationnelle, qu’elle dépasse. L’autorité n’a besoin ni d’imposer ni de justifier. L’étymologie du terme est intéressante. Le mot vient du latin augere qui signifie augmenter. L’autorité est donc une opération un peu mystérieuse qui augmente un pouvoir (le petit chef devient alors un grand homme) ou un argument (puisque l’argument d’autorité est censé avoir plus de valeur que les autres).

D’où peut provenir cette augmentation ? On peut d’abord en trouver la source dans une instance extérieure et supérieure au pouvoir lui-même, qui justifierait qu’on fasse  confiance à ceux qui le détiennent, au point de leur obéir parfois aveuglément. Dans l’histoire humaine, trois sources principales peuvent être repérées :

— Il y a d’abord l’autorité qui vient du passé. Cela ne signifie pas seulement qu’un pouvoir ou un discours se trouve accrédité lorsqu’il a fait ses preuves et peut s’appuyer sur l’expérience ; cela veut dire plus profondément qu’un pouvoir ou un discours ne vaut que s’il est hérité et qu’il peut justifier une généalogie qui le relie, sans solution de continuité, au passé fondateur. La meilleure illustration est donnée par les institutions de la Rome antique. C’est là d’ailleurs que naît le mot. Pour les Romains, la fondation de leur cité avait un caractère sacré. C’est de cette fondation que les dirigeants tiraient leur légitimité. «?Les hommes d’autorité, écrit Hannah Arendt, étaient les anciens, le Sénat ou les patres, qui l’avaient obtenu par héritage et par transmission de ceux qui avaient posé les fondations pour toutes choses à venir, les ancêtres, que les Romains appelaient pour cette raison les majores?». Du même coup, ainsi que Cicéron le disait, «?tandis que le pouvoir réside dans le peuple, l’autorité appartient au Sénat?» (De Legibus, 3, 12, 38), car c’est lui qui, relié au passé, a la capacité d’augmenter les décisions en les soustrayant aux querelles de la plèbe. A cette époque, l’âge et le train des sénateurs étaient perçus comme une inestimable qualité !

— Le pouvoir (ou le discours) peut être augmenté à partir d’une seconde source : la contemplation d’un ordre du monde ou, comme le disent les philosophes grecs, du cosmos. Quand on parle aujourd’hui du microcosme politique, c’est pour en souligner l’étroitesse et la mesquinerie. Chez les penseurs de la Grèce antique, si la cité est un microcosme, c’est qu’elle doit reproduire en petit ce que l’univers est en grand. La connaissance du monde permet donc de trouver les règles pour tenter de mettre de l’ordre dans la coexistence troublée et querelleuse des hommes. La philosophie politique est la quête de ce qui permet d’augmenter le pouvoir, c’est-à-dire d’en justifier la légitimité. Qui doit gouverner la cité ? Telle est sa question directrice. Aristote répondait que, à travers l’observation de la nature, on pouvait voir que «?certains sont faits pour commander et d’autres pour obéir?». C’était ainsi «?l’autorité de la nature?», et non pas seulement celle du passé, qui justifiaient les inégalités dans les sociétés d’ancien régime ou dans les systèmes de castes. La hiérarchie y était perçue comme «?naturelle?», distinguant des genres d’humanité distincts.

— Il existe enfin, à côté du passé et du cosmos, une troisième source d’augmentation du pouvoir : c’est celle du sacré ou du theos (divin). Saint Paul en est le meilleur interprète quand il énonce cette célèbre formule : «?Il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituées par Dieu. Si bien que celui qui résiste à l’autorité se rebelle contre l’ordre établi par Dieu?» (Epitre aux Corinthiens, 13, 1-7). Cette fois-ci, ce n’est plus seulement le lien avec le passé fondateur ou l’identification avec l’ordre naturel, qui garantit au pouvoir son autorité ; c’est la proximité d’avec Dieu. A vrai dire le christianisme proposa une forme de synthèse des trois modèles, puisqu’il associait l’autorité traditionnelle (par la référence à une Révélation primordiale), l’autorité cosmologique (par l’idée d’un ordre et d’une bonté de la Création) et l’autorité théologique (par l’idée d’un Dieu omnipotent, source, donc, de tout pouvoir).

Cette synthèse impressionnante d’une autorité absolue était aussi fragile, car il n’est pas certain que ces trois sources soient compatibles entre elles. C’est d’ailleurs l’ébranlement du dispositif chrétien qui est à l’origine de la crise contemporaine de l’autorité. Que s’est-il passé ?

Déconstruction ou reconstruction ?
Dans un abrégé saisissant de la Démocratie en Amérique, Tocqueville répond à cette question en quelques lignes d’une incroyable clarté. Ce fut Luther, écrit Tocqueville, qui, le premier, introduisit le démon de la critique en contestant l’autorité de l’Eglise au nom de l’autorité du texte biblique et d’une lecture personnelle. Cet examen, de portée encore limitée, devait se développer tout au long du XVIIe siècle avec Bacon (dans les sciences naturelles) et Descartes (dans la philosophie) qui « abolissent les formules reçues, détruisent l’empire des traditions et renversent l’autorité du maître?». Le «?je pense, je suis?» de Descartes place la subjectivité au fondement de la connaissance. Mais ce mouvement voit son apogée avec «?les philosophies du XVIIIe siècle?» qui, «?généralisant enfin le même principe, entreprennent de soumettre à l’examen individuel de chaque homme l’objet de toutes ses croyances […]. Qui ne voit que Luther, Descartes et Voltaire se sont servis de la même méthode, et qu’ils ne diffèrent que dans le plus ou moins grand usage qu’ils ont prétendu qu’on en fît ??».

On le comprend, c’est ainsi toute la modernité qui apparaît comme une vaste critique de l’autorité transcendante, qu’elle soit traditionnelle, cosmologique ou théologique. Du passé, il faut faire table rase ; le cosmos a fait place, avec Galilée et Kepler, à un univers infini sans queue ni tête ; la religion est strictement limitée au domaine de la croyance et n’a plus vocation à imposer son ordre en politique (laïcité) ou en science (rationalisme). 

Mais cette déconstruction par la modernité de l’autorité ancienne s’accompagne aussi d’une tentative de reconstruction. Le projet paraît fou et voué à l’échec, puisqu’il s’agit de chercher l’augmentation d’un pouvoir non à partir d’une extériorité supérieure (le passé, le cosmos ou le divin), mais à l’intérieur de l’humanité elle-même. Quelle forme peut prendre une autorité purement humaine ?

La réponse est claire : c’est parce qu’il bénéficie de l’accord des hommes concernés qu’un pouvoir ou un argument se trouve augmenté ou, comme on dit aussi, légitime. En politique, cette reconstruction a pris, à partir du XVIIe siècle, la forme de la théorie du contrat social (Hobbes, Locke, Rousseau). C’est la volonté d’un peuple de vivre sous une loi commune qui justifie le pouvoir de l’Etat. Ce qui suppose trois conditions pour les contractants : l’égalité (nécessaire à l’établissement d’un contrat), la liberté (requise pour la validité de la décision) et la fraternité (c’est-à-dire une volonté minimale de vivre ensemble). Le même schéma vaudrait pour les savoirs : la vérité n’est plus à rechercher dans un ailleurs ou un avant qui la garantiraient, mais dans un certain accord, fut-il temporaire, des esprits.

Il ne faut pourtant pas se cacher les difficultés et faiblesses d’une telle solution purement humaine. Elle repose sur le principe de la liberté des individus : telle est sa force ; mais la liberté individuelle peut à tout moment se retourner contre elle : telle est sa fragilité.

Déconstruction ou reconstruction ? L’autorité de l’âge démocratique est vouée à cette ambivalence. La crise n’est donc pas circonstancielle, mais bel et bien structurelle. Ce qui explique aussi, qu’à son égard, deux attitudes sont possibles. Les pessimistes parient sur les forces de déconstruction tandis que les optimistes tablent sur les ressources de la reconstruction. C’est toute la difficulté de notre époque, qui nous oblige constamment à penser que tout va à la fois de mieux en mieux et de pire en pire.

 


Qu’est-ce qui fait autorité aujourd’hui ?
Pour tenter ce bilan, il faut poser cette question : qu’est-ce qui fait (encore) autorité aujourd’hui ? L’autorité traditionnelle a disparu. Si le passé continue d’augmenter le prix d’un objet — devenue une antiquité —, ce n’est que très marginalement qu’il vient augmenter un pouvoir ou un discours. A l’argument d’autorité nous préférons l’autorité de l’argument, et notre goût frénétique du neuf nous rend méfiant, surtout en politique, à l’égard de toutes les vieilles recettes.
• L’autorité du savoir : l’expertise
Notre époque est, en revanche, plus sensible à l’autorité du savoir et de la science. Voilà la nouvelle religion : nous croyons en la science. Devant elle on s’incline ; elle ferme les bouches et éteint les discussions. Le pouvoir en place doit s’entourer d’experts, voire confier les affaires de la cité «?au meilleur économiste de France?». Comme s’il allait de soi que celui-ci fût aussi le meilleur politique. Platon disait lui en son temps que c’était au philosophe qu’il revenait d’être roi ! Du côté de la famille, même évolution : à lire les magazines, tout pousse à penser qu’il est déraisonnable d’être parent aujourd’hui sans posséder une bonne dizaine de doctorats : en science de l’éducation, en psychologie, en médecine, en puériculture,… Et que dire de la justice ? Jusqu’à une récente «?affaire Outreau?», on a parfois cru que la fonction du juge pouvait se réduire à l’approbation des expertises psychologiques ou médicales. Sans même parler de l’autorité incontestable entre toutes : celle du médecin, devant laquelle même les puissants s’inclinent.

Dans tous ces cas, il semble que ce soit le savoir qui augmente le pouvoir. C’est malheureusement (ou heureusement !) illusoire, ne serait-ce que parce que la science moderne fonctionne à la critique ou à l’autocritique. Nous croyons très fort en la science, mais la science elle-même, hormis quelques scientistes incorrigibles, n’a que peu confiance en elle. Elle n’a même même jamais eu aussi peu de certitude. Bref, si le savoir peut accompagner le pouvoir, il ne le remplace pas. Le savant et le politique, comme disait Weber, sont deux vocations très différentes, même si l’on peut souhaiter que le savant pense davantage «?comme s’il devait agir?» et le politique agisse davantage «?comme s’il devait penser?». Il n’en reste pas moins que, comme l’écrivait Hobbes dans le Léviathan : Auctoritas, non veritas facit legem : c’est l’autorité, non la vérité, qui fait la loi.
• L’autorité charismatique : le leadership
Déçu par l’expertise, on se tournera alors vers une autre forme d’autorité : celle que confère le charisme. Notion confuse en vérité qu’on aurait bien du mal à définir. Elle s’attache à un individu supposé exceptionnel, souvent en raison de sa personnalité, mais aussi des circonstances dans lesquelles il a pu l’affirmer. C’est ce qu’on demande au professeur, quand l’autorité du savoir ne suffit plus. C’est ce qu’on attend du dirigeant d’entreprise en plus de sa compétence. C’est ce qu’on exige de l’homme politique, lorsque le «?sacre?» de l’élection semble insuffisant. Avec toutefois cette réserve cruciale : la traduction allemande de leader est Führer ! Staline se faisait appeler Guide génial et Mao Grand Timonier. Le maître charismatique risque à tout moment de se transformer en gourou. «?Il n’est point de pire tyran, disait Spinoza, que celui qui sait se faire aimer?». Bref, le Leadership peut toujours être suspecté de manipulation, de calcul ou d’oppression. La raison de cette méfiance est que l’origine de son exceptionnalité n’est pas identifiable : ni la tradition ni le cosmos ni le divin ne viennent plus l’assurer contre les risques de dérive. Elle ne peut donc résider qu’en lui-même, dans sa grandeur d’âme ou dans sa vile bassesse.

Comme le savoir de l’expertise, le leadership du charisme est un des éléments de l’autorité contemporaine, sans doute nécessaire, mais non suffisant. L’autorité contemporaine demande une garantie supplémentaire. Où la trouver ?
• L’autorité compassionnelle : la sollicitude
Prenons un exemple qui peut illustrer cette nouvelle autorité moins simple et moins évidente de nos temps hypermodernes. Mettons face à face un chef d’entreprise et un de ses salariés qui vient d’être licencié économique. Le premier aura beau expliquer — avec toute sa compétence et son charisme — l’absolue nécessité de sa décision, il aura l’air d’un salaud face au spectacle vivant de la détresse humaine. Or la souffrance fait la victime, et la victime, de nos jours, fait autorité, pour le meilleur ou pour le pire. Pour le meilleur, c’est la solidarité mondiale dans les catastrophes naturelles ou humaines : quand la sympathie universelle semble primer un temps sur les égoïsmes étroits?; pour le pire, c’est l’illusion que la souffrance confère mécaniquement des droits, voire des privilèges. Il faut donc user avec prudence de cette autorité de la souffrance humaine. Elle est un formidable levier pour l’action et la mobilisation des individus. Elle peut aussi donner lieu à la plus lamentable des démagogies, car la raison du plus souffrant n’est pas toujours la meilleure.
Compétence, charisme, compassion : on a là, sous réserve d’un inventaire plus complet, les trois éléments d’un portrait plausible de l’autorité contemporaine. Tout le problème est qu’il est devenu très difficile de l’incarner, car chacun de ces traits permet aussi bien de dénoncer que de fonder cette prétention. Ainsi, à l’image rêvée du «?visionnaire-charismatique-humaniste?», on pourra toujours opposer celle — honnie — du «?technocrate-gourou-dégoulinant-de-bons-sentiments?». Mais si l’idéal fonctionne le plus souvent pour déboulonner les apprentis, cela permet à tout le moins de conclure que ce n’est pas tant le règne de la médiocrité «?démocratique?» qui interdit de cultiver le panache et le grandiose en politique, c’est tout à la fois le développement de la critique et le renforcement des exigences.  Car ce qui fait le plus autorité à l’âge démocratique, c’est bien la critique de l’autorité.

Hannah Arendt, «?Qu’est-ce que l’autorité ??» in La crise de la culture, Gallimard «?Idées?», 1972.
Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde, Gallimard, 1985.
Alain Renaut, La fin de l’autorité, Flammarion, 2004.
Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, Gallimard «?Folio?», 2002

 


Pierre-Henri Tavoillot (né en 1965)
est agrégé (1992) et docteur en philosophie (1996), après avoir suivi des études d’histoire, de sciences politiques et de philosophie. Il est actuellement maître de conférences habilité à diriger les recherches à l’Université de Paris-Sorbonne et chargé de cours à Science-po. Depuis 1997, il préside le Collège de philosophie. Spécialiste de la philosophie des Lumières et de l’idéalisme allemand (Le crépuscule des Lumières, Editions du Cerf, 1995), son travail s’est aussi porté sur la question des âges de la vie. Il publie en 2007 en collaboration avec Eric Deschavanne, une Philosophie des âges de la vie. Pourquoi grandir ? Pourquoi vieillir ? (Grasset) qui a été couronnée par le prix François Furet 2007. Une version plus politique et plus appliquée de cet ouvrage paraît sous le titre Le développement durable. Pour une nouvelle politique des âges de la vie (La Documentation française, 2006) dans le cadre des rapports du Conseil d’Analyse de la Société (placé sous l’autorité du Premier Ministre), dont il est membre. En 2011, il publie aux éditions de l’Aube, Les femmes sont des adultes comme les autres et, aux éditions Grasset, Qui doit gouverner ? Une brève histoire de l’autorité. Pierre-Henri Tavoillot a également été conseiller au cabinet du Ministre de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur (de 2000 à 2002).

«?Jamais la crise de l’autorité n’a été plus débattue qu’aujourd’hui. Le père de famille, le maître d’école, le chef politique, le juge : aucune des figures traditionnelles de l’autorité ne paraît plus être à même de résister aux coups de boutoir de notre époque dont l’anti-autoritarisme fut, et sera le cheval de bataille.»
Pierre-Henri TAVOILLOT

 

«?Qu’elle soit morale, scientifique, politique ou sacrée, l’autorité est un concept qui, depuis les premières sociétés jusqu’aux démocraties modernes, ne cesse d’être questionné. Pierre-Henri Tavoillot, dans un langage clair, à la portée de tous, démontre par une brillante analyse que ce concept est en perpétuelle transformation. Il illustre son approche philosophique par des réflexions des grands philosophes, depuis les penseurs grecs jusqu’aux Lumières, en passant par Machiavel, Proudhon ou Tocqueville. Le philosophe délivre à l’auditeur une analyse passionnante au détour de l’histoire, de la sociologie et de la philosophie politique.?»
Claude COLOMBINI FRÉMEAUX

 

Maître de conférence à l’université Paris-Sorbonne, Président du?Collège de philosophie et membre du Conseil d’analyse de la société, Pierre-Henri Tavoillot est une figure majeure de la philosophie contemporaine.


Ecouter LES METAMORPHOSES DE L'AUTORITE - INTRODUCTION A LA PHILOSOPHIE POLITIQUE par PIERRE-HENRI  TAVOILLOT (livre audio) © Frémeaux & Associés 2012 Frémeaux & Associés est l'éditeur mondial de référence du patrimoine sonore musical, parlé, et biologique. Récompensés par plus de 800 distinctions dont le trés prestigieux "Grand Prix in honorem de l'Académie Charles Cros", les catalogues de Frémeaux & Associés ont pour objet de conserver et de mettre à la disposition du public une base muséographique universelle des enregistrements provenant de l'histoire phonographique et radiophonique. Ce fonds qui se refuse à tout déréférencement constitue notre mémoire collective. Le texte lu, l'archive ou le document sonore radiophonique, le disque littéraire ou livre audio, l'histoire racontée, le discours de l'homme politique ou le cours du philosophe, la lecture d'un texte par un comédien (livres audio) sont des disques parlés appartenant au concept de la librairie sonore. (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, cours sur CD, entretiens à écouter, discours d'hommes politiques, livres audio, textes lus, disques parlés, théâtre sonore, création radiophonique, lectures historiques, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre, audio-livre, lecture à voix haute, entretiens à haute voix, parole enregistrée, etc...). Les livres audio sont disponibles sous forme de CD chez les libraires  et les disquaires, ainsi qu’en VPC. Enfin certains enregistrements de diction peuvent être écoutés par téléchargement auprès de sites de téléchargement légal.





EcoutezPisteTitre / Artiste(s)Durée
CD 1
01 Introduction05'28
02 L'autorité du passé04'29
03 L'autorité du cosmos et du sacré03'30
04 La crise de l'autorité05'29
05 Le syndrome de Pénélope03'22
06 Qu'est ce qui fait autorité aujourd'hui? Le savoir et l'expertise05'06
07 La science, une autorité ambivalente03'51
08 Le charisme04'39
09 L'autorité compassionnelle03'05
10 Il n'y a pas d'autorité incontestable02'48
11 Une définition de la philosophie politique04'06
12 L'anecdote de Raymond Aron03'49
13 Idéal ou real politique03'20
14 Les trois dimensions de la philosophie par Kant06'17
15 Une adversaire: l'idéologie politique04'04
CD 2
01 Les conflictualités des hiérarchies04'10
02 Les sociétés sauvages04'37
03 La puissance de la tradition04'14
04 L'autorité cosmologique03'00
05 Platon, fondateur de la philosophie politique03'33
06 Objections faites au philosophe roi05'15
07 Une philosophie pessimiste03'59
08 Le citoyen philosophe d'Aristote04'13
09 Le juste partage du pouvoir02'45
10 L'héritage de la philosophie grecque02'06
11 Rome, synthèse des trois grands modèles04'33
12 L'empire maintenant, la fiction des trois régimes04'51
13 La légitimité cosmique à Rome02'24
14 L'incorporation de la religion chrétienne à la romanité: un besoin05'51
15 La chute de Rome et ses conséquences01'50
16 Une querelle sans issue entre l'Eglise et l'Empire04'02
17 La solution monarchique: la fondation d'une nation05'55
18 Une monarchie absolue05'12
19 Le roi: lieutenant de Dieu02'49
20 Conclusion02'18
CD 3
01 Introduction03'05
02 La querelle des anciens et des modernes05'04
03 La fin du cosmos04'03
04 La crise du dogme05'01
05 Machiavel et la déconstruction de l'autorité04'57
06 Machiavel et la reconstruction de l'autorité05'23
07 La raison d'état05'52
08 Une redéfinition de l'humain06'00
09 L'école du droit naturel04'33
10 Première étape: l'état de nature05'23
11 Le contrat: un état de soumission04'32
12 Le contrat un pacte d'association02'27
13 La recherche des institutions04'42
14 Les principes fondamentaux04'33
15 Naissance de l'idee démocratique02'50
16 Les trois voies de la démocratie03'08
17 La voie française05'00
18 Conclusion01'19
CD 4
01 Introduction04'47
02 Une régénération du peuple03'39
03 Instruire le peuple03'10
04 Peuple: société civile ou état?04'15
05 La déconstruction de l'autorité par Proudhon02'50
06 L'économie pourvoyeuse d'ordre04'59
07 L'anarchisme de gauche05'58
08 L'état est le cerveau de la société: E. Durkheim04'22
09 Conquérir l'état: l'idée du communisme final04'13
10 Le socle libéral02'35
11 Le libéralisme est un individualisme02'12
12 L'état est limité par le droit02'05
13 La neutralité de l'état et le principe de représentation04'54
14 La superiorité de la démocratie représentative05'13
15 Tous libéraux01'59
16 Une dualité entre état et société civile00'45
17 Le syndrôme d'Iznogoud03'08
18 La figure de l'homme politique02'42
19 L'opinion publique et la figure de la rue03'43
20 Le règne de l'intéret face au gouvernement des juges05'28
21 L'internationale02'20
22 Conclusion03'36
"Les différentes facettes de l’autorité" par Wukali

"Qu’elle émane de la puissance, de la légitimité, de la violence, mais aussi de la séduction, de la génération ou de la connaissance et du savoir, les différentes facettes de l’autorité expriment à la manière d’un marqueur chimique le degré de maturation, de cohésion, d’influence et de liberté ou au contraire de déliquescence d’une société à travers ses relais symboliques ou institutionnels. Quand nos sociétés se délitent et telle une banquise après le dégel se reconstituent et puis se figent à nouveau il nous appartient, à un temps politique majeur en France, à l’occasion tout particulièrement de l’élection présidentielle mais aussi de la crise mondiale qui secoue et bouscule nos certitudes de réfléchir avec intelligence et sans a priori ni réflexes langagiers pavloviens, et dans le plus existentiel sens du terme, au sens de l’autorité et aux liens qui fondent la société des hommes et qui leur apportent le bonheur ou le chaos, pour cela il suffit d’observer tout autour de nous comme Candide “le meilleur des mondes possible” ! C’est avec brio que Pierre-Henri Tavoillot développe un cours particulier de philosophie politique, qu’il est bien utile de méditer."
par Pierre-Alain LEVY - WUKALI




« Une figure majeure de la philosophie contemporaine » par La revue des médiathèques

« Introduction à la philosophie politique. Maître de conférences à l'Université Paris-Sorbonne, président du Collège de philosophie, Pierre-Henri Tavoillot est une figure majeure de la philosophie contemporaine. Ce sujet, l'autorité, n'a jamais été plus débattu qu'aujourd'hui. Du père de famille au chef politique, du maître d'école au juge, jamais l'autorité n'a autant été contestée et questionnée. Voici donc une réflexion intéressante, en quatre CDs, sur ce concept et celui d'anti-autoritarisme, objet convoité de notre société. »
Par Lucas FALCHERO – REVUE DES MEDIATHEQUES ET DES COLLECTIONS MUSICALES





« Superbe leçon de philosophie » par Joël Jegouzo

« Superbe leçon de philosophie donnée par Pierre-Henri Tavoillot sur le sujet, évidemment politique, mais appréhendé toutefois ici bien au-delà de ce seul horizon, tant cette question, ces dernières années, aura traversé de part en part nos sociétés. Alors crise, ou fin de l’autorité ? Ebranlée dans la famille, à l’école, dans la cité, cette déploration aura été si systématique qu’on en viendrait presque à douter de sa fin tant annoncée. Pierre-Henri Tavoillot s’y refuse en tout cas, préférant parler des métamorphoses de l’autorité, pour mieux nous donner à en saisir les enjeux aujourd’hui. Et bien évidemment, pour l’évoquer, ne pouvant faire l’économie d’en tracer la genèse, il nous offre au passage une belle leçon d’histoire philosophique, scrutant les textes fondateurs pour nous aider à en comprendre les nuances.
L’autorité n’est donc pas le pouvoir. Les philosophes de l’Antiquité n’ont cessé de le démontrer, ce dont l’autoritarisme des petits chefs n’a jamais pris acte dans la pratique de leur pouvoir, dépourvu de toute aura d’autorité. Mais alors, qu’est-ce qui fonde l’autorité ? Celle du sage par exemple, si éloigné de tout pouvoir sur les hommes ? Le retour au latin permet ici d’en mieux saisir le sens : l’autorité c’est ce qui, littéralement, augmente, un pouvoir ou un argument. Mais d’où peut bien venir cette augmentation ? Traditionnellement, de trois sources : le cosmos, le sacré et le passé. Commençons au fond par le passé, qui faisait il n’y a pas si longtemps encore autorité. Nietzsche en installe la figure : la tradition, c’était ce qui s’imposait de soi-même et n’avait besoin d’aucune justification, s’affirmant comme une évidence sans question, ni critique. On le voit bien à relire Nietzsche : la crise de l’autorité que nous connaissons vient de ce que ces trois références ne fonctionnent plus de manière aussi évidente dans nos sociétés. Car ce qui fait autorité de nos jours, n’est ni le passé, ni le cosmos ou un quelconque référent transcendant de la nature, ni moins encore le sacré, mais le savoir et l’expertise scientifique. Les hommes, en mettant pareillement en avant leur science, ont ainsi voulu s’affranchir de toute référence extérieure, pour fonder en l’humain seul la possibilité de l’autorité. L’homme ne s’autorisant que de lui-même. C’est bien joli, mais à considérer la science dans sa démarche même, ce que l’on observe, c’est qu’elle ne fonctionne qu’à la critique et l’autocritique, c’est-à-dire au doute, cartésien si l’on veut, avec ce résultat qu’en définitive, elle ne peut nous donner confiance en elle. Karl Popper, le grand philosophe de la logique scientifique, en avait rajusté l’ambition : le but de la science c’est de falsifier, non d’atteindre une quelconque vérité. La seule certitude, en science, porte sur le faux. L’ordre du savoir n’est en aucun cas l’ordre de la Vérité. La science, ainsi, se trouve incapable de fonder l’autorité. Et ni nos savants, ni nos prétendus experts n’ont apporté le moindre démenti à ce constat. Et l’homme contemporain de s’en trouver fort marri, lui qui a fait sienne cette devise de Hobbes, selon laquelle "c’est l’autorité, non la vérité, qui fait la loi"… Une loi d’autorité qu’il est alors allé chercher, par exemple et pour ce qu’il en va de son rapport à la cité, dans le charisme de l’homme d’état… Une notion bien confuse, dont nul n’a jamais vraiment su ce qu’elle recouvrait, sinon qu’acceptable dans sa traduction américaine de leader, elle ne l’était plus du tout dans sa traduction allemande de Führer… Et Pierre-Henri Tavoillot de nous donner à comprendre qu’il y a là un vrai problème pour les citoyens que nous sommes, désemparés de ne pouvoir s’en remettre qu’à des autorités de façade. Voire ambivalentes, comme celle construite autour de la figure des victimes dans nos sociétés compassionnelles sans grandes solidarités continues, érigeant l’identité victimaire en autorité au vrai bien délicate à identifier, et à tout le moins, aussi obscure que celle déployée dans la figure du charisme… »
Par Joël JEGOUZO – BLOG MINISTRE DE LA CULTURE





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